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Grok restreint l’accès à son générateur d’images qui déshabille les femmes
BRUXELLES — L’IA d’Elon Musk Grok a limité l’accès à son générateur de deepfakes, disponible sur le réseau social X, après que ses utilisateurs ont créé une déferlante d’images de nus non consenties. Grok indique désormais que la création d’images “est actuellement limitée aux abonnés payants”, ce qui “permet de garantir une utilisation responsable pendant que nous continuons à affiner les choses”. Il cite “les problèmes récents et les améliorations apportées aux mesures de protection”. Le chatbot a attiré l’attention des autorités de régulation et des responsables politiques de toute l’Europe après avoir permis à ses utilisateurs de manipuler des photos publiées en ligne pour en faire une série de deepfakes, incluant des représentations de mineurs et de personnalités publiques déshabillés. La vice-première ministre suédoise Ebba Busch a été l’une des dernières victimes les plus en vue. Le message n’est cependant plus visible des utilisateurs européens. “Ce message de Grok a été bloqué dans l’Union européenne en vertu des lois locales”, est-il désormais indiqué. La Commission européenne a ordonné à X jeudi de conserver “tous les documents et données internes relatifs à Grok” — une escalade dans l’enquête en cours sur les politiques de modération de contenus de X — après avoir qualifié les deepfakes sexuellement explicites d’“illégaux”, “épouvantables” et “dégoûtants”. X n’a pas répondu à notre demande de commentaire à l’heure où nous publions.
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Les deepfakes de Grok mettent à l’épreuve la détermination de l’Europe à tenir tête à la tech américaine
BRUXELLES — Le réseau social X d’Elon Musk est dans le viseur des autorités à travers l’Europe après que son intelligence artificielle Grok a produit une série de deepfakes de nus, dont des représentations de mineurs dévêtus. L’affaire devient rapidement le dernier test en date pour l’Europe, qui doit déterminer si elle ose sévir contre Elon Musk et d’autres plateformes des géants américains, sachant qu’elle s’attirerait les foudres Donald Trump, dans un contexte de crise de confiance transatlantique majeure et de menaces sur le Groenland. Il y a tout juste un mois, Bruxelles a infligé une amende de 120 millions d’euros à X pour avoir enfreint la législation phare de l’Union européenne pour réguler les plateformes, le règlement sur les services numériques (DSA). Cette sanction a suscité une vive réaction de la part de Washington, l’administration américaine imposant une interdiction de séjour à l’ancien commissaire européen chargé des questions numériques et architecte du DSA, Thierry Breton, ainsi qu’à quatre militants de la lutte contre la désinformation. Lorsque Grok a commencé à produire à tour de bras des deepfakes sexuellement explicites et non consentis la semaine dernière, les autorités de régulation à Paris, Bruxelles, Londres, Dublin et dans d’autres capitales de l’UE ont lancé des enquêtes. Lundi, Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne pour les questions numériques, a qualifié cette pratique d’“illégale”, d’“épouventable” et de “dégoûtante”. Jeudi, l’exécutif européen a annoncé avoir ordonné à X de conserver “tous les documents et données internes relatifs à Grok”, intensifiant l’enquête en cours sur les politiques de modération de contenus du réseau social. Le DSA prévoit des amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires annuel mondial. En principe, il permet également à l’UE d’imposer une interdiction temporaire de X dans toute l’Europe, mais cela est considéré comme une “mesure de dernier recours”. Reste que les enquêtes prennent de nombreux mois et doivent avoir l’aval de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. “Ces incidents sont profondément troublants, totalement inacceptables et soulèvent des questions urgentes quant au respect et à l’application des règles européennes existantes”, a écrit Regina Doherty, eurodéputée irlandaise du Parti populaire européen, dans une nouvelle lettre adressée à Henna Virkkunen, la commissaire européenne aux Technologies numériques, qui supervise les services de l’UE chargés d’enquêter sur X. MISE EN GARDE Plusieurs gouvernements et régulateurs européens ont déjà fait savoir qu’ils ne laisseraient pas l’affaire Grok se dérouler sans réagir. Le parquet de Paris a annoncé vendredi dernier qu’il allait enquêter sur la prolifération de deepfakes à caractère sexuel non consentis générés par Grok et publiés sur X. Le gendarme des communications au Royaume-Uni, l’Ofcom, a indiqué être en “contact urgent” avec l’entreprise. Dublin, où se trouve le siège européen de X, est également à l’affût. “Partager des images intimes non consenties est illégal, et générer des contenus pédopornographiques est illégal”, a insisté mardi le régulateur irlandais des médias, Coimisiún na Meán, dans un communiqué adressé à POLITICO. L’autorité a précisé qu’elle collaborait avec la Commission européenne sur Grok, et a appelé les utilisateurs à lui signaler à elle et à la plateforme les contenus illégaux qu’ils ont vus. La loi irlandaise sur la sécurité en ligne exige que les plateformes donnent suite à ces signalements. X a également reçu une mise en garde de Berlin. “Nous observons avec une grande inquiétude cette tendance à utiliser des outils d’IA tels que Grok pour représenter des femmes et même des mineurs dans des poses sexualisées”, a énoncé mardi un porte-parole du ministère allemand du Numérique à POLITICO. “Toute personne qui crée ou diffuse de telles images sans consentement porte gravement atteinte aux droits de la personne et peut, dans de nombreux cas, commettre une infraction pénale”, a-t-il ajouté. En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après que Grok a généré des commentaires antisémites. | Michael Nguyen/NurPhoto via Getty Images Certaines autorités nationales pourraient agir seules, en particulier si l’outil est utilisé pour générer du contenu illégal passible de poursuites pénales, comme du contenu pédopornographique ou, dans certaines juridictions, du contenu pornographique non consenti. CE QUE PEUT L’UE Les autorités ont invoqué le règlement européen sur les services numériques ainsi que celui sur l’intelligence artificielle, comme outils juridiques pour mettre fin à la diffusion de ces images de nus non consenties et de contenus pédopornographiques. Mais le règlement sur l’IA et son mécanisme coercitif sont encore en cours de déploiement, ce qui fait reposer principalement la charge de sévir contre Grok sur les épaules de l’équipe de la Commission chargée de faire respecter les règles relatives aux plateformes. En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après que Grok a généré des commentaires antisémites. Dans le cadre de la procédure confidentielle, la société a répondu à une nouvelle demande d’informations à ce sujet pendant les vacances de Noël. La question des deepfakes de Grok s’est depuis invitée dans ces échanges. La Commission “examine très sérieusement cette affaire”, a assuré Thomas Regnier lors d’un point presse lundi. Cela ne signifie pas que l’enquête soit sur le point d’aboutir. Après avoir publié ses conclusions préliminaires dans l’affaire X, la Commission avait encore besoin de dix-huit mois pour la clore et fixer une amende. Puis, toute action de Bruxelles risque d’entraîner une réaction de Washington. Mais les parlementaires européens continuent de faire pression sur la Commission pour qu’elle applique dans tous les cas les lois de l’UE. “La petite amende infligée à X est un bon début, mais elle arrive vraiment trop tard et n’est absolument pas suffisante”, a réagi Alexandra Geese, députée européenne allemande des Verts, à propos de l’amende de 120 millions d’euros. X n’a pas répondu à une demande de commentaire avant la publication de cet article. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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La justice étend son enquête sur X aux deepfakes de femmes déshabillées par l’IA Grok
PARIS — La justice française va enquêter sur la prolifération, sur la plateforme X, de deepfakes à caractère sexuel générés par l’intelligence artificielle (IA) Grok, a indiqué le parquet de Paris à POLITICO. Le parquet a en effet été saisi, ce 2 janvier, par les députés Arthur Delaporte (PS) et Eric Bothorel (apparenté Ensemble pour la République) après que des milliers de deepfakes non consentis à caractère sexuel ont été générés par Grok et publiés sur X.  “Ces faits ont été joints à l’enquête déjà ouverte sur X, sur le fondement de l’article 226-8-1 du code pénal”, précise le parquet, qui rappelle que ce délit est puni de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende. Les deux parlementaires ont confirmé à POLITICO avoir effectué des signalements à la justice sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale.  Depuis deux jours, des centaines de femmes et d’adolescents témoignent du fait que leurs photos, publiées sur les réseaux sociaux, sont “dénudées” à la demande d’autres internautes par Grok, l’intelligence artificielle intégrée au réseau social X.  Ces montages photographiques générés par IA portent atteinte “à la dignité des personnes représentées” estime Arthur Delaporte dans son courrier à la procureure, consulté par POLITICO. Contacté par POLITICO, le cabinet de la ministre déléguée au numérique indique se pencher sur les problèmes posés par Grok, sans plus de précision pour l’instant. La haut-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry s’est dite “scandalisée” par ces pratiques. Plusieurs associations comme Stop Fisha et Respect Zone ainsi que le signaleur de confiance Point de Contact ont en outre indiqué à POLITICO être en train de récolter des contenus signalés par les utilisateurs pour les faire remonter aux autorités. Cette nouvelle affaire va étoffer l’enquête déjà ouverte par la section de lutte contre la cybercriminalité contre la plateforme X. Une procédure déjà élargie en novembre à des propos antisémites et négationnistes disséminés par Grok.  Eric Bothorel, qui avait obtenu l’ouverture de l’enquête judiciaire contre le réseau X en février dernier, a également indiqué à POLITICO saisir conjointement l’Arcom et la Commission européenne. Sollicité par POLITICO, X n’a pas donné suite au moment de la publication. 
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Comment le monde a appris à ne plus s’en faire et à aimer l’IA
PARIS — Les dirigeants dans le monde ne craignent pas que l’intelligence artificielle entraîne l’extinction de l’humanité ou qu’elle soit utilisée à mauvais escient par des terroristes. Ils semblaient beaucoup plus préoccupés par le fait de ne pas gagner la course mondiale à l’IA, lorsqu’ils se sont réunis au Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle qui s’est tenu à Paris cette semaine. Le président français Emmanuel Macron, le vice-président américain JD Vance, le Premier ministre indien Narendra Modi, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le ministre britannique de la Technologie Peter Kyle ont tous mis l’accent sur l’innovation et l’investissement dans leurs discours lors de l’événement. Les craintes sur la sécurité, érigées en priorité lors de deux précédentes éditions au Royaume-Uni et en Corée du Sud, ont été à peine évoquées. La déclaration finale du sommet français ne mentionne la sécurité que trois fois. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne l’ont même pas signée. Au lieu de cela, les responsables politiques ont vanté les mérites d’investissements massifs et promis une réglementation allégée. “Je ne suis pas ici pour parler de la sécurité de l’IA, je suis ici pour parler de l’opportunité de l’IA”, a souligné JD Vance. “Ce sommet est axé sur l’action, et c’est exactement ce dont nous avons besoin en ce moment”, a ajouté Ursula von der Leyen, avant d’annoncer la mise en œuvre d’un plan d’investissement de plusieurs milliards d’euros. CHANGEMENT DE CAP Ce changement de pied, passant de la sécurité et la gouvernance à la conclusion de deals et le développement d’entreprises, a mis du temps. La France avait volontairement qualifié l’événement de sommet “pour l’action”, ce qui contraste fortement avec l’édition britannique sur la “sécurité” à Bletchley Park en novembre 2023, au cours duquel les grandes entreprises de la tech se sont engagées à mettre en place des règles en ce sens. “Nous avons réduit au minimum” les références au sommet de Bletchley, a reconnu un responsable français. Cela a eu un coût, puisque le Royaume-Uni a décidé de ne pas signer la déclaration de Paris. Le timing a également joué un rôle, avec une série d’annonces chocs liées à l’IA dans les semaines précédant le sommet, mettant en lumière la course mondiale entre les Etats-Unis, la Chine et l’Union européenne. Le plan de 500 milliards de dollars du président américain Donald Trump pour les infrastructures d’IA et le détricotage des règles de sécurité mise en place par son prédécesseur marquent la détermination des Etats-Unis à gagner la course à l’intelligence artificielle. Quelques jours plus tard, les marchés ont effacé des milliards de dollars en Bourse pour les entreprises d’IA, lorsqu’un concurrent chinois a montré qu’il pouvait également développer des modèles mais à plus bas coût. Emmanuel Macron, quant à lui, a profité du sommet pour annoncer un investissement de 109 milliards d’euros dans l’IA au cours des prochaines années. | Photo d’archives de Mohammed Badra via Getty Images JD Vance a exhorté les pays européens, qui sont les premiers à réglementer cette technologie, à aborder “la nouvelle frontière de l’IA avec optimisme et non avec inquiétude”. Les réalités politiques à Bruxelles ont également changé. Ursula von der Leyen concentre désormais ses efforts à la relance de la croissance économique de la région, qui est en perte de vitesse. Le déploiement de l’IA est une priorité absolue pour atteindre cet objectif. “Le leadership mondial en matière d’IA reste à conquérir”, a déclaré la présidente de la Commission lors de son discours à la cérémonie de clôture. “L’Europe est ouverte à l’IA et aux affaires”, a-t-elle posté sur Bluesky mardi soir. Bien que JD Vance ait critiqué les “règles internationales onéreuses” de l’UE sur le numérique, qui, selon lui, étouffent l’innovation et créent des obstacles inutiles pour les entreprises américaines, von der Leyen et lui sont beaucoup plus alignés sur la question de l’IA. Alors que le vice-président américain a demandé des règles qui n’étranglent pas ce secteur en plein essor, la cheffe de l’exécutif européen a promis que l’UE réduirait les formalités administratives. La vice-présidente de la Commission chargée de la Souveraineté technologique, Henna Virkkunen, s’est également rendue à Paris, promettant de rendre le cadre réglementaire de l’UE plus “favorable à l’innovation”. Elle s’est engagée à ce que les règles relatives à l’IA et au numérique fassent partie de l’effort plus général de simplification de la réglementation prévu par l’UE. “Je prends également très au sérieux les critiques que nous recevons” de la part des petites entreprises et du secteur, “selon lesquelles nous avons trop de bureaucratie”, a-t-elle ajouté. Cela ne signifie pas que l’UE abandonne ses règles, von der Leyen ayant mentionné le nouvel AI Act comme un ensemble unique de règles de sécurité pour l’Union. Mais son annonce de débloquer des dizaines de milliards d’euros pour la puissance de calcul, essentielle à l’IA, n’est pas passée inaperçue. Emmanuel Macron, quant à lui, a profité du sommet pour annoncer un investissement de 109 milliards d’euros dans l’IA au cours des prochaines années. Le président français a également souligné la nécessité pour l’UE de devenir un leader dans les applications d’IA lors d’un dîner qu’il a organisé lundi soir, entouré de JD Vance, du patron d’OpenAI Sam Altman, et de hauts responsables venus du monde entier, y compris de Chine. Les invités ont peu fait référence aux questions de sécurité, à l’exception de Meredith Whittaker — une chercheuse en éthique de l’IA et dirigeante de la fondation derrière l’application de messagerie chiffrée Signal —, qui a souligné la nécessité de protéger la vie privée. Henna Virkkunen, s’est également rendue à Paris, promettant de rendre le cadre réglementaire de l’UE plus “favorable à l’innovation”. | Thomas Samson/Getty Images LA FOULE DU RISQUE EXISTENTIEL Le changement de ton des responsables politiques a été bien accueilli par le secteur de l’IA, surtout si l’on considère la lourdeur de l’examen réglementaire auquel certaines entreprises, comme OpenAI, pionnière des chatbots, ont été confrontées en Europe. Les dirigeants d’OpenAI ont d’ailleurs souligné le tournant politique lors d’une réception pour les journalistes en marge du sommet, même s’ils ont tempéré que les questions de sécurité devaient encore être abordées et que la confiance dans l’IA devait être renforcée. “Mais nous devons aussi être prêts à accueillir à bras ouverts cette innovation, car le plus grand risque est peut-être de passer à côté des opportunités économiques qui découlent de cette technologie”, a déclaré à la presse Chris Lehane, responsable des affaires internationales d’OpenAI. Au milieu de cet enthousiasme ambiant, une voix discordante s’est toutefois élevée : il s’agit du PDG d’Anthropic, Dario Amodei, qui a déclaré dans un communiqué que “les conversations internationales sur l’IA doivent davantage prendre en compte les risques croissants de la technologie en matière de sécurité”. Les entreprises du secteur ont publié des mises à jour de leurs règles de sécurité au cours de la semaine, comme elles s’y étaient engagées lors d’un sommet sur le sujet qui s’est tenu à Séoul en mai dernier. Elles n’ont toutefois pris aucun nouvel engagement, ce qui a alarmé ceux qui s’inquiètent des risques existentiels de l’IA. Max Tegmark, président de la Future of Life Foundation, spécialisée sur les dommages potentiels de l’IA, a qualifié la déclaration finale d’“énorme pas en arrière”. “En fait, c’est une remise en cause du consensus de Bletchley”, a-t-il déclaré, comparant l’événement de Paris au sommet de 2023. Les organisations de défense des droits numériques ont également exprimé leur mécontentement face à l’approche plus souple adoptée par les responsables politiques à l’égard des entreprises. L’EDRi, un groupe de défense des droits numériques basé à Bruxelles, critique la décision de l’UE d’inclure l’AI Act dans son projet de simplification réglementaire. “Avec cela, [Virkkunen] alimente la dérégulation, soulage les entreprises américaines et technologiques, tout en ruinant les quelques, mais difficilement arrachées, victoires de la société civile en matière de droits de l’homme dans l’AI Act”, tacle Blue Duangdjai Tiyavorabun, policy advisor à l’EDRi. Le représentant du Royaume-Uni au sommet français, Peter Kyle, s’est montré moins inquiet, soulignant que le nouveau gouvernement travailliste (qui n’était pas au pouvoir lors du sommet de 2023) met l’accent sur la croissance. “Je pense que la chose à faire est de comprendre quel est l’objectif de la sécurité”, a-t-il estimé. “Ma critique du sommet de Bletchley était qu’il était centré à 100% sur la sécurité”, a-t-il poursuivi. Depuis, le nouveau gouvernement “a dépensé énormément d’énergie pour rééquilibrer les choses de manière à ce que […] maintenant que l’aspect sécurité est réglé […] nous appliquions cette sécurité.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Sommet de l’IA
Au Sommet sur l’IA, le vice-président américain met en garde l’Europe contre une réglementation trop stricte
Le vice-président américain JD Vance a appelé mardi les pays européens à accueillir “la nouvelle frontière de l’IA avec optimisme et non avec inquiétude” et à assouplir sa réglementation sur le numérique. “Nous voulons nous lancer dans la révolution de l’IA qui nous attend dans un esprit d’ouverture et de collaboration, mais pour créer ce type de confiance, nous avons besoin de régimes réglementaires internationaux qui favorisent la création”, a-t-il déclaré aux participants du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle à Paris. Reprenant les griefs formulés par les entreprises américaines à l’encontre des efforts de l’Europe pour maîtriser les Big Tech, JD Vance a appelé à une réglementation de l’IA qui “n’étrangle pas” ce secteur en plein essor. “Restreindre son développement maintenant non seulement profiterait injustement aux opérateurs historiques, mais reviendrait aussi à paralyser l’une des technologies les plus prometteuses que nous ayons vues depuis des générations”, a-t-il considéré lors de son premier grand voyage à l’étranger depuis son entrée en fonction. Vance s’en est pris au règlement européen sur les marchés numériques (DMA) et celui sur les services numériques (DSA), exposant aux participants, dont la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qu’il s’agissait de “règles internationales onéreuses” qui ont étouffé l’innovation et créé des obstacles inutiles pour les entreprises américaines. Interrogée par POLITICO en marge du sommet, avant le discours de JD Vance, Henna Virkkunen, la commissaire européenne à la Souveraineté technologique, a fait valoir que les législations de l’Union sur le numérique étaient justes, puisqu’elles s’appliquaient à tout le monde de la même manière. Toutefois, elle a précisé qu’elle discuterait de la question avec ses homologues américains et a promis un cadre réglementaire sur l’IA plus favorable à l’innovation. Malgré ses critiques, les commentaires de Vance devraient être bien accueillis par les plus grands acteurs de l’IA en Europe, qui demandent à Bruxelles de se concentrer davantage sur l’innovation et moins sur la réglementation. Certains sont allés jusqu’à demander une révision de l’AI Act, qui interdit certaines pratiques et introduit des garde-fous. Vance a ajouté qu’il se félicitait du sens que prenaient les conversations lors du sommet, que le président Emmanuel Macron a qualifié de moment propice pour saisir les opportunités liées au développement de l’IA, plutôt que de se concentrer sur la réglementation et de réfléchir aux menaces existentielles que représente cette technologie. “J’aime voir ce parfum de déréglementation s’immiscer dans de nombreuses conversations”, s’est réjoui le vice-président américain. DES “ADVERSAIRES ÉTRANGERS HOSTILES” Il s’en est également pris à la Chine dans son discours, dénonçant les “adversaires étrangers hostiles” qui, selon lui, font des logiciels d’intelligence artificielle “une arme” pour réécrire l’histoire et censurer les discours. “De la vidéosurveillance aux équipements 5G, nous connaissons tous des technologies à bas prix sur le marché qui ont été largement subventionnées et exportées par des régimes autoritaires”, a-t-il pointé. “Si une affaire semble trop belle pour être vraie, il suffit de se rappeler le vieil adage que nous avons appris dans la Silicon Valley : si vous ne payez pas pour le produit, vous êtes le produit.” La rivalité entre les Etats-Unis et la Chine pour libérer le potentiel de l’IA s’est intensifiée le mois dernier après que le président américain Donald Trump a annoncé un plan de 500 milliards de dollars pour développer l’intelligence artificielle aux Etats-Unis, et que la start-up chinoise DeepSeek a dévoilé un chatbot, pour un coût qui serait une fraction de celui de ses concurrents américains. JD Vance a prononcé son discours quelques heures seulement après que Donald Trump a promulgué de nouveaux droits de douane de 25% sur l’acier et l’aluminium importés aux Etats-Unis, une mesure qui aura des répercussions sur les entreprises européennes et qui aggravera considérablement la guerre commerciale qui se prépare entre Bruxelles et Washington. Mardi, Ursula von der Leyen a qualifié les nouveaux droits de douane d’“injustifiés” et a promis qu’ils “ne resteraient pas sans réponse”. Vance et von der Leyen devraient se rencontrer à Paris dans le courant de la journée de mardi. Pieter Haeck a contribué à cet article. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Les 9 personnalités à suivre au Sommet pour l’IA à Paris
Plus de 1 000 experts, penseurs, investisseurs, régulateurs et acteurs de terrain en intelligence artificielle se réunissent à Paris cette semaine pour deux jours de discussions sur ce que la technologie peut et doit faire. POLITICO présente quelques-uns des grands noms qui influencent le débat. L’ESPOIR FRANÇAIS : ARTHUR MENSCH Arthur Mensch, 32 ans, incarne les espoirs de la France de faire une percée dans le monde impitoyable de l’IA. Cofondateur et CEO de la start-up Mistral AI, il a noué des liens étroits avec le secteur public français et le président Emmanuel Macron. Mensch, qui travaille sur la stratégie nationale en matière d’IA, a exprimé les préoccupations des entreprises d’IA sur la réglementation. Il a demandé à plusieurs reprises à ce que les règles de l’Union européenne en matière d’IA soient plus souples, après avoir plaidé pour un cadre propice à l’innovation lorsque le règlement sur l’IA était en cours d’adoption. Ce plaidoyer semble avoir porté ses fruits, puisque les responsables de l’UE acceptent désormais de simplifier certaines de leurs exigences. Essayer de devenir un succès européen dans le domaine de l’IA — avec en ligne de mire une éventuelle introduction en Bourse pour lever des fonds auprès d’investisseurs — implique un exercice d’équilibriste compliqué. En France, Mistral AI a ainsi tenté d’établir des partenariats avec l’AFP et l’armée. Mais Mensch, un ancien de Google DeepMind, a également tissé des liens de l’autre côté de l’Atlantique, où son équipe grandit et obtient des investissements. L’année dernière, l’entreprise a conclu un accord de distribution avec Azure, la branche cloud de Microsoft, déclenchant un débat sur la nécessité ou non, pour les entreprises européennes de l’IA, de rester indépendantes des mastodontes de la Big Tech. LE FIXEUR D’OPENAI EN EUROPE : SANDRO GIANELLA Peu après avoir pris la lumière, avec le lancement de ChatGPT en novembre 2022, OpenAI a su qu’elle devait faire appel à un expert des politiques publiques sur la tech et à une personne de confiance pour diriger ses opérations en Europe. Elle a choisi Sandro Gianella, qui a appris les ficelles du métier à la fois chez une Big Tech américaine (Google) et chez une jeune chalengeuse européenne (Stripe, une solution irlando-américaine de paiement en ligne). Gianella a commencé chez OpenAI à un moment crucial — en juin 2023 —, alors que les parlementaires européens tentaient d’aboutir sur l’AI Act, le tout premier règlement contraignant au monde pour cette technologie. Ces derniers appelaient alors à inclure des règles spécifiques pour les modèles d’IA grand public, tels que ceux d’OpenAI. Oubliez cette image du lobbyiste bruxellois en costume-cravate. Gianella est un adepte de cette culture du télétravail qui a essaimé après le Covid. On le trouve souvent dans les pittoresques Alpes bavaroises, près de Munich. Et, sur ses réseaux sociaux, il parle certes d’intelligence artificielle, mais tout autant de voyages à vélo ou à ski. De quoi peut-être lui permettre de trouver un équilibre, entre le rythme effréné des travaux d’OpenAI, et la mise sous surveillance de l’entreprise par plusieurs gouvernements européens. Bruxelles a rédigé un code de pratique volontaire pour les modèles d’IA grand public. Paris et Londres ont quant à eux tenu à développer leurs propres efforts en matière d’IA et à limiter les risques potentiels, notamment en examinant les liens entre OpenAI et Microsoft. LE PROPHÈTE : GEOFFREY HINTON Considéré comme l’un des parrains de l’IA pour ses travaux sur les réseaux neuronaux artificiels, Geoffrey Hinton a provoqué la stupeur, en mai 2023, lorsqu’il a quitté Google pour parler du risque existentiel de l’intelligence artificielle. L’expert en informatique a déclaré qu’il avait changé d’avis sur cette technologie après avoir constaté ses progrès rapides. Il a alors commencé à parcourir le monde pour mettre en garde contre les graves menaces qu’elle fait peser sur l’humanité. Il a notamment présenté à des ministres du Royaume-Uni les conséquences sociétales d’une perte de contrôle des systèmes d’IA par l’homme. Mais Mensch, un ancien de Google DeepMind, a également tissé des liens de l’autre côté de l’Atlantique, où son équipe grandit et obtient des investissements. | Dan Kitwood/Getty Images “Il était très convaincant”, relate une personne au fait de cette présentation. Ces avertissements ont contribué à convaincre le Premier ministre britannique de l’époque, Rishi Sunak, de lancer le premier AI Safety Institute (Institut sur la sécurité de l’IA) au monde et d’organiser un sommet sur le sujet à Bletchley Park. Depuis, les partisans de la fin de l’IA n’ont pas réussi à ralentir le développement de cette technologie, mais Hinton, âgé de 77 ans, continue d’alerter sur les risques existentiels qu’elle fait porter. Le lauréat du prix Nobel de physique sera à Paris pour prendre la parole lors d’événements parallèles. LE DÉFENSEUR DE L’IA OPEN SOURCE : YANN LE CUN Bien qu’il travaille pour le géant de la Silicon Valley Meta en tant que directeur scientifique de l’IA, Yann LeCun est un pilier de l’écosystème français. Pionnier de l’intelligence artificielle, il a toujours défendu l’open source, un type de développement logiciel ouvert et collaboratif qui contraste avec les modèles propriétaires fermés développés par la star du secteur OpenAI et d’autres. Le Cun joue un rôle influent au sein de Meta. En 2015, il a contribué à l’ouverture du laboratoire d’intelligence artificielle FAIR à Paris, une première en France à l’époque, motivée par sa conviction qu’il existait un vivier de talents inexploités dans la capitale française. Près de dix ans plus tard, d’anciennes entreprises issues de ce laboratoire ont essaimé dans toute l’Europe de l’intelligence artificielle. Antoine Bordes, qui était le codirecteur général de FAIR, travaille pour la start-up de défense Helsing, et un autre employé, Timothée Lacroix, est aujourd’hui cofondateur et directeur de la technologie de Mistral AI. Le Cun est également un fervent défenseur de la technologie. On peut croiser dans Paris avec sa paire de Ray-Ban dopées à l’IA, que Meta hésitait à commercialiser en Europe pour des questions réglementaires. Le Français n’a jamais été un prophète de l’apocalypse de l’IA, soutenant qu’une approche open source ne peut que permettre à cette technologie d’évoluer d’une manière bénéfique pour l’humanité, même si elle a également été considérée comme bénéfique pour la Chine, où l’open source a contribué à alimenter la création du chatbot DeepSeek. Dans sa défense de l’open source, Le Cun s’est opposé au fondateur de SpaceX, Elon Musk, sur les réseaux sociaux, avant le virage récent de Meta qui s’est rangée derrière l’administration du président Trump aux Etats-Unis. L’ÉMINENCE GRISE DE LONDRES : MATT CLIFFORD Matt Clifford est le Monsieur Technologie du gouvernement britannique. A 39 ans, cet originaire de Bradford préside l’ARIA, l’agence de financement de l’innovation technologique du pays. Il a contribué à mettre sur pied l’AI Safety Institute sous le précédent gouvernement, et conseille désormais le nouveau pour appliquer le “plan d’action pour les opportunités de l’IA”, dont il est l’auteur. Il a joué un rôle crucial dans l’AI Safety Summit, le premier sommet consacré à la sécurité de l’IA, qui s’est tenu à Bletchley Park en novembre 2023, parcourant le monde en tant que représentant du Premier ministre de l’époque Rishi Sunak. Par la suite, l’ancien consultant de McKinsey a repris son activité d’investisseur dans des start-ups de la tech. Lorsque le gouvernement de Sunak est tombé aux élections de l’année dernière, la nouvelle équipe travailliste au pouvoir a fait appel à lui. Clifford s’est entretenu à plusieurs reprises avec le ministre de la Technologie, Peter Kyle, ce qui l’a amené à être chargé d’élaborer un plan d’action pour l’IA au cours de l’été. Celui-ci a finalement été publié en janvier et constituera la ligne directrice de la politique britannique en matière d’IA. Le gouvernement a accepté l’ensemble de ses 50 recommandations, et Peter Kyle conseille désormais Downing Street une fois par semaine sur sa mise en œuvre. Emmanuel Macron n’a pas abandonné son ambition d’être le cerveau de la stratégie française — et européenne — en matière d’IA. | Oliver Bunic/Getty Images Aucun autre spécialiste de la technologie n’étant proche de Downing Street, la cote de Clifford ne cesse de grimper. Bien qu’il ne soit pas rémunéré pour son travail au sein du gouvernement, il a fait l’objet d’une série de mises au point à son encontre en raison de conflits d’intérêts présumés. Sa recommandation de réformer le régime des droits d’auteur a suscité l’ire des éditeurs et des ayants droit. LE RÉGULATEUR : KILIAN GROSS L’année dernière, l’Union européenne a fait figure de précurseur au niveau mondial en adoptant l’AI Act, un règlement contraignant qui régit les systèmes d’IA présentant les risques les plus élevés. Kilian Gross, ancien de la Commission européenne, a été l’un des principaux artisans de la mise en œuvre rapide de cette législation. Il dirige l’unité chargée de la réglementation et de la conformité en matière d’IA au sein du Bureau européen de l’IA, un groupe clé qui accompagne la mise en œuvre de l’AI Act. Si Lucilla Sioli, la patronne de cet organisme, est le visage de la Commission pour tout ce qui concerne la réglementation de l’IA, Kilian Gross n’est jamais très loin pour intervenir lorsque les choses deviennent techniques. Avocat en droit de la concurrence, il a aussi, au cours de son quart de siècle au sein de l’exécutif européen, travaillé sur les politiques du numérique, de l’énergie, de la fiscalité et sur les aides d’Etat. Gross a également conseillé Günther Oettinger, lorsqu’il était commissaire à l’Energie et au Logement. Gross a parcouru Bruxelles pour rencontrer des lobbyistes et des entreprises de la tech pour leur expliquer les règles ou écouter leurs plaintes sur la lourdeur de ces dernières. Ses nerfs pourraient être mis à rude épreuve au cours des dix-huit prochains mois, à mesure que les règles de l’UE en matière d’IA entreront progressivement en vigueur. LE SCIENTIFIQUE : YOSHUA BENGIO Alors que les décideurs politiques réglementent la manière dont les entreprises d’IA gèrent les risques liés à la technologie, l’étape précédente — identifier ces risques — est le terrain de jeu de l’expert canadien en informatique Yoshua Bengio. Comptant parmi les “parrains de l’IA”, avec Hinton et Le Cun, Bengio est une voix influente dans le débat sur les risques de l’IA et les réponses potentielles à y apporter. Dans la perspective du Sommet de Paris, Bengio a dirigé les travaux d’un rapport sur la sécurité de l’IA rédigé par 96 scientifiques, qui sera au centre des débats lors de l’événement. Son message : avant de commencer à traiter les risques, nous devons ouvrir les boîtes d’IA et exiger des entreprises qu’elles fassent preuve de plus de transparence sur le fonctionnement de leurs modèles. Bengio est également sollicité pour des travaux réglementaires. Le Bureau de l’IA de la Commission européenne l’a désigné comme l’un des experts universitaires chargés de rédiger un ensemble de règles volontaires pour les modèles d’IA grand public les plus avancés. Cette initiative est toutefois menacée depuis que Google et Meta ont attaqué la manière dont les règles sont rédigées. LA DISSIDENTE : MEREDITH WHITTAKER En tant que chercheuse influente en éthique de l’IA chez Google, Meredith Whittaker a insisté pour que l’entreprise en fasse plus sur les dommages potentiels de l’intelligence artificielle. Elle est aujourd’hui à la tête de la fondation à but non lucratif à l’origine de l’application de messagerie cryptée Signal et conseillère auprès de l’AI Now Institute. Mais elle reste une voix importante pour demander des comptes aux grandes entreprises de la tech et contrer la popularité médiatique de l’IA. Whittaker a quitté Google en 2019 après avoir mené une série de débrayages pour protester contre les comportements répréhensibles sur le lieu de travail. Elle a depuis averti que les systèmes d’IA existants peuvent inclure des ensembles de données biaisés qui ancrent les préjugés raciaux et sexistes — un problème qui nécessite une action immédiate de la part des régulateurs. En France, Mistral AI a ainsi tenté d’établir des partenariats avec l’AFP et l’armée. | Bertrand Guay/Getty Images Elle a également fait campagne contre les tentatives de briser le chiffrement et a mis en garde contre le pouvoir de marché d’une poignée d’entreprises américaines sur l’IA. Jusqu’à récemment, elle avait même un rôle auprès des régulateurs : elle était conseillère senior en matière d’IA auprès de Lina Khan, qui a présidé la Federal Trade Commission des Etats-Unis de 2021 à 2025. LE PRÉSIDENT : EMMANUEL MACRON S’il a été privé de gouvernement après les élections législatives qu’il a convoquées l’année dernière, Emmanuel Macron n’a pas abandonné son ambition d’être le cerveau de la stratégie française — et européenne — en matière d’IA. Hôte du Sommet pour l’action sur l’IA, le président français s’active depuis des semaines pour tenter d’embarquer les pays européens dans une stratégie d’innovation plus agressive — mais aussi pour attirer en France contrats et investissements. Il a ainsi multiplié les échanges avec les patrons français, européens et les chercheurs pour polir la vitrine de l’IA tricolore et renforcer l’attractivité nationale.  Son intérêt pour l’IA n’est pas nouveau : dès 2018, il a lancé une stratégie nationale, intitulée “AI for Humanity”, visant à positionner la France comme un leader mondial dans ce domaine. Cette initiative en trois volets est destinée à financer la recherche, l’innovation et la formation. Mais l’annonce du projet “Stargate”, abondé à hauteur de plusieurs milliards de dollars, aux Etats-Unis, ainsi que l’émergence de l’IA chinoise DeepSeek ont achevé de convaincre Emmanuel Macron de soutenir les entreprises françaises, en particulier Mistral AI, start-up d’IA générative sur laquelle la France compte pour rivaliser avec OpenAI.  Dans le même temps, le président n’a pas abandonné l’ambition de faire de Paris une plateforme d’échange multilatéral, censée promouvoir l’accès de l’IA à tous les pays, notamment au Sud global. Alors que l’Europe tente de se faire une place dans une course dominée par les Etats-Unis et la Chine, Emmanuel Macron a essayé d’attirer de nouveaux alliés, allant même jusqu’à demander au Premier ministre indien Narendra Modi de coprésider le sommet parisien. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Datacenters : des raccordements sous tension
PARIS — Pour faire tourner les datacenters, moteurs de l’intelligence artificielle, et attirer les investissements, le gouvernement rappelle que la France dispose d’une énergie abondante, décarbonée et pilotable. Des arguments qui ont suffit à convaincre la start-up Mistral AI d’implanter son prochain centre de données dans l’Hexagone.  “Nous avons choisi la France car elle dispose d’une électricité décarbonée et très compétitive”, a expliqué son directeur Arthur Mensch, dans un entretien à POLITICO. Même son rival américain Sam Altman d’OpenAI a mis en avant cet atout, dans une tribune au Monde samedi. Sans annoncer d’investissements en France à ce stade. En cause : l’empilement des demandes de tous types sur le bureau du gestionnaire de réseau, RTE. Ce dernier est tenu par la loi de répondre à toutes les sollicitations. “Les délais de réalisation de nos projets de datacenters sont passés de deux à trois ans en moyenne à plus de cinq ans et même parfois sept ans”, témoigne le patron de Data4, Olivier Micheli.  “En France, il n’y a pas de problème de production d’électricité, puisque nous en exportons beaucoup, mais bien de réseaux de distribution”, abonde son concurrent Fabrice Coquio de Digital Realty. Il cite l’exemple de la région marseillaise déjà saturée, dans l’attente d’une nouvelle ligne haute tension. Comme d’autres opérateurs de datacenters, il reproche à RTE, et plus largement aux pouvoirs publics, d’avoir mal anticipé l’évolution des usages et de la consommation électrique, et donc d’avoir sous-investi dans les réseaux. A tel point que les critères de sélection de l’emplacement des datacenters se sont complètement inversés : l’idée n’est plus de faire venir l’électricité aux datacenters, mais plutôt de construire les datacenters près de l’électricité et des centrales.  De son côté, RTE relativise l’embouteillage de demandes, qui représente environ neuf gigawatts sur les deux dernières années rien que pour les datacenters. Le gestionnaire de réseau souligne que de nombreux projets ne se concrétisent pas, et que certains font plusieurs demandes en parallèle dans différentes régions. Même son de cloche du côté de l’Elysée. “On a ce phénomène très fort d’annonce, [mais] il y a des projets plus ou moins crédibles, plus ou moins financés”, reconnaît une conseillère élyséenne, qui évoque des “projets parfois fictifs”. Autre constat : les porteurs de projets ont tendance à surestimer leur consommation d’électricité. Les opérateurs signent en effet des accords avec RTE pour sécuriser à l’avance une puissance électrique à un horizon plus ou moins lointain, mais n’utilisent actuellement que 20 à 30% de la puissance qu’ils ont souscrite. A Marcoussis, Data4 a ainsi signé pour 250 mégawatts, mais n’en utilise pour l’instant que 150. “Nos hypothèses de demandes de raccordement sont donc assez prudentes, pour tenir compte des nombreuses incertitudes sur ce type de nouveaux consommateurs”, indique une porte-parole de RTE. Un embouteillage artificiel auquel RTE entend mettre un terme en réaffectant des puissances électriques non utilisées. Un travail mené en lien avec le régulateur de l’énergie, la CRE : elle a pris une première décision en ce sens qui entrera en vigueur au 1er août. Le gestionnaire promet d’autres avancées jeudi, annoncées lors de la présentation de son schéma décennal de développement du réseau. Les opérateurs de datacenters et leurs investisseurs pourront discuter directement de ces sujets, ce lundi 10 février, avec les patrons de RTE et d’EDF, plusieurs ministres, mais aussi le président Emmanuel Macron, bien décidé à accueillir les infrastructures qui font carburer l’IA. Parmi les invités de cette réunion à l’Elysée, on retrouve les deux géants américains Equinix et Digital Realty, le français Data4, les fournisseurs de cloud et d’IA Microsoft et Google, l’inévitable Arthur Mensch, ainsi que des investisseurs comme Apollo, JP Morgan, ou encore MGX, le fonds émirati au coeur du deal à plusieurs dizaines de milliards d’euros signé jeudi entre la France et les Emirats arabes unis. 35 SITES “CLÉS EN MAIN”, VRAIMENT ?  Pour lancer les discussions, qui se poursuivront bien après cette première réunion selon l’Elysée, l’exécutif met sur la table une liste de sites particulièrement adaptés aux datacenters et “clés en mains”. Ces sites, dont certains sont d’anciennes usines ou friches de la SNCF, sont censés réunir tous les prérequis : la disponibilité du foncier, le raccordement effectif au réseau électrique et la connectivité en fibre optique. Enfin presque. Si certains seront prêts dès cette année, la plupart ne le seront qu’à partir de 2027, voire 2030. La liste communiquée par l’Elysée comptabilise 35 sites, dont certains pourront grimper jusqu’à un gigawatt de puissance. Huit sont situés en Ile-de-France, une région appréciée pour sa proximité avec les grandes entreprises. Mais aucun à Marseille. Pourtant la localisation de la cité phocéenne est considérée comme idéale : y atterrissent de nombreux câbles sous-marins qui connectent l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Reste à savoir si ces sites candidats sont véritablement nouveaux et attractifs. “C’est en partie du réchauffé”, analyse un acteur du cloud. Plus optimiste, le patron d’Equinix en France, Régis Castagné, estime que “tous les sites n’intéresseront pas tous les acteurs” mais que la pré-identification par le gouvernement constitue “déjà une grande avancée”, reprochant un manque de transparence de RTE sur “les sources d’électricité disponibles”. Selon lui, l’éloignement de certains sites proposés avec les grands centres urbains et les points d’atterrissages des câbles sous-marins n’est d’ailleurs pas forcément dissuasif, dans la mesure où les entreprises du cloud et de l’IA “sont moins sensibles à la problématique de la latence” que ne le sont les banques, par exemple. DE L’AMOUR ET DES PREUVES D’AMOUR Portés par le soutien affiché du gouvernement, les opérateurs se sentent donc pousser des ailes, mais attendent tout de même de voir si celui-ci tiendra parole et fera le nécessaire pour lever d’autres freins à leur implantation. A commencer par les formalités administratives : permis de construire, autorisations environnementales, demandes de raccordement électrique… Le projet de loi de simplification, maintes fois reporté, doit faire rentrer les grands projets de datacenters dans la catégorie des “projets industriels d’intérêt majeur”. Un sésame qui pourrait accélérer certaines procédures et leur faire gagner de précieuses places dans la file d’attente de RTE. Lequel propose aussi de modifier une circulaire datant de 2002 afin de raccourcir la durée des concertations préalables, histoire de gagner quelques mois. A condition de ne pas placer la barre trop haut. Data4 milite par exemple pour fixer le seuil d’éligibilité des projets à partir d’une puissance électrique de 100 mégawatts. Equinix attend lui aussi beaucoup de cette loi : il ne prévoit pas d’annoncer d’investissements avant d’obtenir ce statut coupe-file, et des garanties sur le prix de l’électricité.
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La France doit concevoir ses propres algorithmes, selon le chef de l’IA des Armées
PARIS — Bien qu’elle ne maîtrise pas toutes les technologies nécessaires au développement de systèmes d’intelligence artificielle, la France doit a minima créer ses propres algorithmes. C’est, en substance, le message passé par le directeur de l’agence ministérielle française pour l’IA de défense, lors d’un entretien avec POLITICO, en marge du Sommet français sur l’IA. “On est obligé de faire tout ce qui a trait aux algorithmes, entraînements et modèles. C’est le b.a.-ba. Si on ne sait pas faire ça, alors ça ne sert à rien de monter une agence”, souligne Bertrand Rondepierre. Cette capacité à concevoir ses propres algorithmes est “non négociable”. L’agence qu’il dirige, connue sous le nom d’AMIAD, a été créée en mai 2024. Elle dispose d’un budget annuel de 300 millions d’euros et emploie déjà plus de 100 personnes, sur un objectif de 300. Ses ingénieurs travaillent sur des questions allant de la lutte anti-drones au développement de grands modèles de langage, pour résumer des centaines de pages de documents et aider à la planification militaire. En matière d’IA militaire, les ambitions hexagonales sont élevées : le mois dernier, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a indiqué qu’il souhaitait, dès cette année, positionner la France parmi les leaders mondiaux. En septembre, l’AMIAD recevra d’ailleurs un supercalculateur, décrit par Lecornu comme le plus puissant classifié en Europe. Ce supercalculateur de défense a été commandé à Orange et Hewlett-Packard. Un duo franco-américain préféré au français Atos. Si la décision a suscité un certain émoi, la polémique a rapidement été désamorcée par Lecornu : l’offre concurrente d’Atos n’était pas non plus totalement souveraine, car l’entreprise française achète ses puces aux États-Unis. MAÎTRISER LES BRIQUES TECHNOLOGIQUES L’autonomie de la France, et de l’Europe, dans le développement de l’IA est cependant limitée. Les processeurs graphiques de l’entreprise américaine Nvidia et son logiciel CUDA — qui sont essentiels pour permettre des performances informatiques élevées — dominent en effet le marché occidental. “Sur cette couche, il y a une question de monopole international qui rend les choses compliquées”, souligne Bertrand Rondepierre, en faisant spécifiquement référence à l’entreprise américaine. Son agence étudie comment elle pourrait “descendre dans les couches” pour maîtriser davantage de briques technologiques : “Pas la partie cloud, car notre rôle n’est pas de faire du stockage de données, mais tout ce qui est lié au logiciel”, détaille-t-il. L’AMIAD travaille également sur un partenariat avec la start-up française d’intelligence artificielle Mistral. “J’ai besoin d’avoir accès à des modèles de classe mondiale”, justifie-t-il. Et d’ajouter : “Le partenariat ne consiste pas seulement à donner de l’argent. C’est une logique de co-construction”. Mistral donne à l’AMIAD l’accès à la technologie, et l’agence donne à Mistral l’accès au ministère de la Défense. C’est une situation “gagnant-gagnant”. Ce partenariat s’inscrit dans une tendance plus large qui voit plusieurs entreprises technologiques se rapprocher des ministères de la Défense ou des Armées. La semaine dernière, Google a ainsi renoncé à sa promesse de ne pas déployer l’IA dans le domaine de l’armement. “Il n’y a plus de séparation entre la technologie et la défense, alors qu’auparavant, les mettre dans la même phrase était un peu une hérésie”, juge Bertrand Rondepierre, qui a passé cinq ans au laboratoire de recherche en IA DeepMind de Google avant de rejoindre l’AMIAD. Il reconnaît toutefois que l’armée n’est pas à la pointe de l’innovation en matière d’IA. “Il faut avoir l’humilité de se dire que ce n’est pas le militaire qui va tirer le domaine civil. L’enjeu, c’est que le militaire suive la technologie civile et éventuellement la dépasse”, conclut-il. Emile Marzolf et Laurens Cerulus ont contribué à cet article.
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Les 42 personnes qui comptent dans la tech
Elus, lobbyistes, membres du gouvernement ou hauts fonctionnaires… Tous construisent, inspirent, voire infléchissent, au quotidien les politiques du numérique. POLITICO a listé la crème de la crème : voici les 42 personnes les plus influentes du moment, sur les sujets liés à la régulation de la tech et au développement du numérique en France. 1. XAVIER NIEL Fondateur d’Iliad Après des années de labeur, Xavier Niel a décidé de s’amuser et il le fait savoir. Son livre, “Une sacrée envie de foutre le bordel” affiche clairement la couleur — Orange comme la couverture, référence à l’opérateur historique bousculé par l’iconoclaste homme d’affaires. Il se paye aussi le culot de monter sur scène, à L’Olympia, devant un parterre de fans conquis, pour raconter son parcours et ses choix entrepreneuriaux, aussi agressifs que visionnaires. Rappelez-vous, le milliardaire, autodidacte, a fait ses premiers pas dans le minitel rose, avant d’exploser dans les télécoms en proposant la première offre « triple play » française, puis un forfait mobile illimité qui pousse la concurrence à casser les prix. Depuis, Niel met des billes un peu partout : dans la french tech (Deezer, Sorare, Alan… ou encore l’incubateur Station F), les médias (le groupe Le Monde, la société de production Mediawan), la formation (école 42). Pour l’heure, seule la télévision lui résiste encore. En 2023, il échoue à obtenir une fréquence TNT face à TF1 et M6, toutes deux candidates à leur renouvellement. Gageons qu’il n’a pas dit son dernier mot. 2. HENNA VIRKKUNEN Vice-présidente exécutive de la Commission européenne, chargée de la souveraineté numérique, de la sécurité et de la démocratie Notre classement ne pouvait pas faire l’impasse sur celle qui a remplacé Thierry Breton dans le cœur des acteurs de la Tech. Si sa lettre de mission cite, en premier lieu, le soutien aux “technologies de pointe” et à l’intelligence artificielle, la nouvelle commissaire au numérique sera aussi chargée du cloud, des semi-conducteurs, des réseaux, de la cybersécurité, du e-commerce, ou encore des droits d’auteur. Elle devra également veiller à la bonne mise en œuvre des règlements sur les services numériques et sur les marchés numériques. Henna Virkkunen aura autorité sur la direction générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies (DG CNECT). Un portefeuille légèrement différent de celui de son prédécesseur, qui avait hérité du Marché intérieur et des services (DG GROW). 3. CLARA CHAPPAZ Secrétaire d’Etat chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique Startuppeuse, directrice de la mission French Tech de 2021 à 2024… Sur le papier, la secrétaire d’Etat au numérique du gouvernement Barnier à tout pour plaire à l’écosystème de l’innovation. Son portefeuille, logé à la recherche et plus à Bercy, est pourtant une petite révolution. Une décision qui laisse songeur. Pour certains, c’est le signe que le gouvernement penche désormais pour une approche moins sociétale et économique, davantage centrée sur la recherche fondamentale. Pour d’autres, c’est un choix peu lisible, qui pourrait bien amoindrir le poids du secrétariat d’Etat en interministériel. Son agenda politique est tout tracé : à charge pour elle de mener à bien le sommet sur l’intelligence artificielle, que la France accueillera les 10 et 11 février 2025. L’événement, piloté par l’Elysée, réunira chefs d’État et de gouvernements, dirigeants d’entreprises, chercheurs, ONG, artistes et membres de la société civile. 4. BENOÎT LOUTREL Membre du collège de l’Arcom Polytechnicien, il est le “Monsieur Plateformes” de l’Arcom. Et pour cause : il maîtrise aussi bien les contenus que les tuyaux. Benoît Loutrel a été successivement directeur de la régulation des marchés fixes et mobiles, directeur général adjoint et directeur général de l’Arcep. Après une brève incursion aux affaires publiques de Google, il s’est lancé, en mars 2019, dans une mission sur la régulation des réseaux sociaux, confiée par l’Elysée. L’objectif : entrouvrir le capot de Facebook, dont la politique de modération était alors sous le feu des critiques. En 2021, Benoît Loutrel rejoint le collège de l’Arcom, où il préside le groupe de travail sur les plateformes numériques. Son franc-parler y fait des étincelles : il n’hésite pas à interpeller les plateformes, dont il critique le manque de transparence. 5. ANNE BOUVEROT Envoyée spéciale d’Emmanuel Macron pour l’AI action summit Dans la foulée d’une première édition britannique du sommet de l’intelligence artificielle (IA) centrée sur ses dangers, Anne Bouverot doit organiser la prochaine édition, prévue en France en février 2025. Son objectif : porter une vision française de l’IA, à savoir une approche centrée sur les bénéfices de l’innovation, tout en encourageant une “gouvernance mondiale”.  Après 18 ans chez Orange, Anne Bouverot est désormais présidente du conseil d’administration de l’Ecole normale supérieure (ENS) et s’est spécialisée sur les impacts sociétaux de l’IA. Elle est devenue, depuis un an, l’un des rouages de la politique française en matière d’intelligence artificielle, en étant l’une des principales plumes du rapport — ambitieux et dispendieux — qui devait guider l’action du gouvernement en la matière. 6. ARTHUR MENSCH Fondateur de Mistral AI Alors que sa start-up a atteint une valorisation de 5,8 milliards d’euros en à peine un an, Arthur Mensch porte sur ses épaules les espoirs français dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) générative. Il est à ce titre devenu une voix très écoutée des décideurs politiques. Passé par l’Ecole Polytechnique, l’Ecole normale supérieure et Google Deepmind, Arthur Mensch se veut désormais avocat de l’écosystème français de l’IA – notamment face aux réglementations jugées trop strictes, règlement européen sur l’IA en tête.  Arthur Mensch peut appuyer ses arguments sur la solide trajectoire de sa start-up. Depuis son lancement, Mistral AI a dévoilé de nouveaux modèles à un niveau soutenu et recruté, en France et aux Etats-Unis, une soixantaine de personnes. Arthur Mensch l’assure cependant : malgré son étirement d’un côté à l’autre de l’Atlantique, la start-up restera française.  7. RACHIDA DATI Ministre de la Culture Ministre plus politique que technique, Rachida Dati a rapidement pris position sur l’intelligence artificielle à son arrivée rue de Valois, en janvier 2024. “Il n’y a pas de raison que [le droit d’auteur] ne soit pas rémunéré, simplement parce que c’est noyé par l’intelligence artificielle”, déclarait-elle en mars, lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Fervente défenseure des créateurs — qui le lui rendent bien et ont massivement salué sa reconduction à la Culture au sein du gouvernement Barnier —, elle n’a pas hésité à monter au créneau pour ajouter un volet culturel au menu du sommet sur l’intelligence artificielle. Parmi ses priorités, la ministre a aussi placé très haut la mise en œuvre des propositions issus des états généraux de l’information (EGI), qu’elle espère traduire en projet de loi courant 2025.  8. BENOÎT COEURÉ Président de l’Autorité de la concurrence Peu connu du grand public lorsqu’il est propulsé à la tête du régulateur, Benoît Coeuré est un économiste passé par la Banque centrale européenne (BCE) et la direction du Trésor. Celui qui a succédé à Isabelle de Silva a fait du numérique (et de l’environnement) sa priorité. Au cours des derniers mois, l’autorité s’est notamment positionnée sur le secteur du cloud et sur l’intelligence artificielle générative. 9. JOHANNA BROUSSE Cheffe de la section J3 du parquet de Paris Elle est l’un des visages de la lutte contre la cybercriminalité, et des deux coups de filet qui ont secoué le secteur au cours de l’année 2024. Johanna Brousse est cheffe de la section J3 du parquet de Paris, qui a été à la manœuvre lors du blocage du site coco.gg, connu pour héberger des activités illégales. Plus retentissant : cette section est aussi à l’origine de l’arrestation du patron de Telegram, Pavel Durov, à la fin de l’été.  A la tête de la section cybercriminalité depuis 2021, la tenace magistrate de 40 ans à peine est ainsi au cœur d’un nouveau chapitre de la régulation du web : certains patrons de plateformes sont désormais mis face à leur responsabilité judiciaire. 10. CHANTAL RUBIN Cheffe du pôle Régulation des plateformes numériques à la direction générale des entreprises (DGE) C’est la papesse de la régulation des plateformes. Passée par le régulateur de l’énergie, Chantal Rubin a rejoint la direction générale des entreprises il y a 20 ans, où elle a fait de la tech sa spécialité. Désormais cheffe du pôle “Régulation des Plateformes numériques”, cette grande serviteure de l’Etat est autant incontournable pour le secteur qu’inconnue du public. Elle était ainsi en première ligne, au côté de son homologue de la Culture Laure Durand-Viel (passée depuis au secrétariat général du gouvernement), pour définir la position de la France lors des négociations sur les règlements sur les marchés et les services numériques (connus sous le petit nom de DSA et DMA).  11. PIERRE-ÉDOUARD STÉRIN Fondateur de Smartbox et d’Otium Capital Pierre-Edouard Stérin ne cache plus, ces derniers mois, ses ambitions politiques. Avec l’appui d’Otium Capital, fond d’investissement qui abonde la French Tech depuis des années, et du Fonds du Bien Commun, son organisation philanthropique, Pierre-Edouard Stérin a mis sur pied le “projet Périclès” censé permettre l’accès au pouvoir d’une droite conservatrice, en misant notamment sur le Rassemblement national (RN). S’il a échoué à racheter l’hebdomadaire Marianne après avoir essuyé les tirs de barrage de la rédaction, le milliardaire catholique qui réside en Belgique n’abandonne pas pour autant ses ambitions dans les médias. Il cherche plus largement des leviers pour peser sur l’opinion publique pour mener sa “bataille culturelle”.  12. VINCENT STRUBEL Directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information C’est un pur produit de l’Anssi que Vincent Strubel. Ingénieur X-Télécoms, membre du corps des Mines, il a fait de la sécurité des systèmes d’information sa spécialité. Il rejoint l’agence en 2009 comme chef du laboratoire architectures matérielles et logicielles. Il occupe ensuite les postes de responsable des expertises, puis Opérateur des systèmes d’information interministériels classifiés, avant d’être nommé directeur général, en 2023. 13. ARTHUR DELAPORTE ET STÉPHANE VOJETTA Député PS du Calvados et député EPR des Français établis hors de France Adversaires en politique, ces deux élus ont trouvé un terrain d’entente : réguler le secteur de l’influence. Arthur Delaporte (PS) et Stéphane Vojetta (EPR) ont porté ensemble la loi qui encadre les activités des créateurs de contenus. Une collaboration semble-t-il concluante, puisque les deux députés entendent remettre le couvert. Ils prévoient en effet déposer une nouvelle proposition de loi d’ici la fin de l’année, qui s’attaquera aux angles morts de la loi sur l’influence, notamment à la question de l’alcool et de sa promotion sur des réseaux sociaux, prisés des plus jeunes. 14. PAVEL DUROV Fondateur et dirigeant de Telegram Son arrestation cet été à l’aéroport du Bourget a été un événement mondial. Depuis, celui qui ne venait en France qu’occasionnellement a dû prendre ses habitudes à Paris, où il doit pointer au commissariat deux fois par semaine.  Défenseur autoproclamé de la liberté d’expression, Pavel Durov a connu une trajectoire sinueuse. Après avoir lancé le “Facebook russe” Vkontakte dans son pays natal, Pavel Durov a créé Telegram, plateforme de messagerie à la modération quasi-absente. C’est elle et les contenus illégaux qui y pullulent qui lui valent désormais d’être poursuivi par la justice française.  Cela n’empêche pas Paul du Rove — le nom qu’il a choisi au moment d’acquérir la nationalité française en 2021, avec la bénédiction d’Emmanuel Macron — de continuer à contrôler Telegram depuis Paris. Il cultive parallèlement ses réseaux d’affaires en France, dans l’attente de nouveaux rebondissements judiciaires.   15. FLORENCE PHILBERT Directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) Ancienne présidente d’un financeur du cinéma, cette conseillère-maître à la Cour des comptes a été nommée au ministère de la Culture en janvier 2020. Son périmètre touche de près à la régulation du numérique : sa direction s’est en effet dotée, fin 2020, en pleines négociations des règlements sur les services et les marchés numériques, d’une “délégation à la régulation des plateformes”. Sa mission : assurer une veille technologique et analyser l’évolution des modèles économiques des plateformes. Une expertise précieuse lorsqu’il faudra mettre en musique les états généraux de l’information, qui prévoient un volet sur la publicité en ligne. 16. YANN LE CUN Chef de la recherche en IA chez Meta Pionnier de l’intelligence artificielle, ce chercheur français dirige la recherche en IA de Meta, qu’il a rejoint dès 2013 pour ouvrir le premier laboratoire du groupe à New York. Lauréat du prix Turing 2018, considéré comme le Nobel de l’informatique, il est aujourd’hui érigé en star de l’IA et déplace les foules à chacune de ses conférences. Chez Meta, Yann Le Cun bénéficie d’une grande liberté de parole et d’action. En juin dernier, sur X, il n’a pas hésité à interpeller Elon Musk pour dénoncer “la façon dont il traite ses scientifiques”, qui publient trop rarement leurs avancées en leur nom. En 2018, le chercheur a quitté son poste opérationnel pour se (re)concentrer sur la recherche. 17. BENOIT TABAKA Directeur des affaires publiques de Google France Il est connu comme le loup blanc dans le petit monde du numérique. Rien d’étonnant : du Forum des droits sur l’internet au secrétariat général du Conseil national du numérique, en passant par les affaires publiques du groupe PriceMinister, Benoit Tabaka a enfilé bon nombre de casquettes au cours de sa carrière. A la tête des affaires publiques de Google France depuis 2018, il a su tisser une relation apaisée avec les pouvoirs publics (ministres, parlementaires, mais aussi collectivités locales), privilégiant le dialogue permanent à l’opposition de principe. 18. CORINE DE BILBAO Présidente de Microsoft France Après 28 ans au sein du groupe General Electric, dont trois à la présidence de GE France, elle a pris les rênes de la filiale française du géant de l’informatique en juillet 2021. Une arrivée qui a pu surprendre dans les rangs de la tech. « J’aime sortir de ma zone de confort », résume-t-elle dans une interview au Monde. A la tête de Microsoft, elle doit mener à bien la construction, en France, de data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Un investissement de 4 milliards d’euros, annoncé en mai dernier à l’occasion du sommet Choose France. Un choix qui n’a rien d’anodin et permet à l’entreprise américaine de donner des gages à la France en matière de sécurité et de souveraineté de la donnée. 19. HENRI VERDIER Ambassadeur pour le Numérique Nommé en octobre 2018, Henri Verdier apparaît comme un électron libre au sein du très feutré Quai d’Orsay. Il faut dire que son parcours détonne parmi les diplomates : chantre de l’open data et de la transformation numérique de l’Etat, il fut directeur d’Etalab, puis a pris la tête de la direction du numérique de l’État.  Depuis six ans, l’ambassadeur s’est surtout démarqué en accompagnant les obsessions du président Macron : appel de Christchurch pour lutter contre la diffusion de contenus terroristes, Lab de protection de l’enfance… Des initiatives qui ont marqué les esprits, mais peinent à exister dans la durée. Le sommet parisien sur l’IA sera une nouvelle occasion de prouver la pertinence d’une diplomatie du numérique à la française. 20. DANIEL KŘETÍNSKÝ PDG de Czech Media Invest A la tête d’un empire de près de 10 milliards d’euros, l’homme d’affaires tchèque a fait fortune dans l’énergie, en prenant le contrôle, aux côtés de la Slovaquie, du gazoduc Eustream. Depuis, il n’a cessé de s’étendre, rachetant successivement Metro en Allemagne, Casino et Fnac-Darty en France, Foot Locker aux Etats-Unis, Sainsbury en Angleterre. En France, il s’est aussi imposé dans le monde des médias et l’édition, investissant dans TF1 et M6, le magazine Elle et Editis, numéro deux français de l’édition. Sa dernière obsession : s’emparer d’Atos. Des vues qui ont déclenché l’ire d’une partie de la classe politique française. 21. PAUL MIDY Député de l’Essonne depuis 2022 Paul Midy se veut la voix des startups à l’Assemblée. L’année dernière, l’énergique quarantenaire avait pris son bâton de pèlerin pour aller recueillir leurs doléances dans le cadre d’une mission parlementaire sur le soutien à l’investissement dans les start-up et les PME innovantes. Il va désormais devoir défendre leurs acquis dans une période de disette budgétaire.  Ancien rapporteur spécial du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (SREN), Paul Midy est également partisan de la manière forte pour s’attaquer aux délits en ligne. Après avoir agité le secteur en proposant une levée de l’anonymat en ligne — une notion contestée — il a poussé l’an dernier en faveur d’un système d’identité numérique. Un sujet qui pourrait revenir à l’agenda, alors que l’enjeu de la protection des mineurs en ligne s’impose dans les débats au niveau français et européen. 22. MARIE-LAURE DENIS Présidente de la Cnil Conseillère d’Etat, Marie-Laure Denis est présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés depuis février 2019. Cette haute fonctionnaire a consacré 20 ans de carrière à la régulation au sein d’autorités administratives indépendantes : le Conseil supérieur de l’audiovisuel (devenu l’Arcom) jusqu’en 2011, le régulateurs des télécoms (l’Arcep) jusqu’en 2017, et la Commission de régulation de l’énergie de 2017 à 2019. Renouvelée en novembre 2023, elle a placé parmi ses priorités la protection de l’enfance en ligne et l’éducation au numérique, la régulation de l’intelligence artificielle, ou encore la prévention des risques cyber. 23. PASCAL ROGARD Directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques Cet inlassable défenseur de “l’exception culturelle” est connu pour ses passes d’armes avec les plateformes, et notamment TikTok qu’il menace régulièrement d’un procès pour non-versement des droits d’auteur. Juriste de formation et lobbyiste influent à Paris comme à Bruxelles, où il a mené le combat pour l’adoption de la directive Copyright, Pascal Rogard a fait toute sa carrière au service de la culture, d’abord auprès des producteurs et réalisateurs de cinéma, puis des auteurs. Loin de s’opposer de manière systématique aux Gafam — pourvu qu’ils paient leur dîme —, il défend une réforme de la chronologie des médias au service du public et de l’intérêt général, quitte à braquer au sein de son propre camp. 24. JUSTINE ATLAN Directrice générale d’e-Enfance Elle est incontournable sur la protection des mineurs en ligne. La directrice générale d’e-Enfance, association qui accompagne les victimes de cyberharcèlement, Justine Atlan a l’oreille des gouvernements, de Luc Chatel, ministre de l’Education nationale de 2009 à 2012, à Charlotte Caubel, secrétaire d’état à la protection de l’enfance de 2022 à 2024. Sa cause a séduit jusqu’à Brigitte Macron, qui l’a reçue pour parler des ravages des écrans sur les jeunes enfants. Ces dernières années, les nombreuses législations sur la protection des mineurs lui ont donné une opportunité en or pour porter son message. Pour elle, un système de vérification de l’âge des internautes est indispensable, tout comme la mise en place d’un accord parental pour l’inscription des moins de 15 ans sur les réseaux sociaux. 25. BRIGITTE MACRON Première dame L’épouse d’Emmanuel Macron est une influence discrète mais persistante sur les sujets de protection de l’enfance en ligne. Elle est sur les talons des ministres chargés de l’Enfance et du Numérique, parfois même dans les réunions. Les grandes plateformes l’ont bien compris. Meta, Google, TikTok… toutes ont été nombreuses à solliciter un rendez-vous élyséen avec Brigitte Macron dans l’espoir de convaincre la première dame de leur engagement, contre le harcèlement en ligne notamment. Si elle n’a pas de rôle officiel, Brigitte Macron reçoit chaque année des centaines de courriers, de parents notamment, faisant état de situations de harcèlement en ligne. “Elle est marquée par les rumeurs diffusées sur les réseau sociaux qui l’ont touchée personnellement et qui ont touché son couple”, note un ancien collaborateur du Palais. 26. ALEXANDRA BENSAMOUN Professeure de droit, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle Membre du conseil supérieur de la propriété intellectuelle, Alexandra Bensamoun est une spécialiste du droit d’auteur… Elle était surtout la seule représentante de la culture au sein du comité interministériel chargé par Elisabeth Borne de plancher sur la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle. Qu’à cela ne tienne : sa force de persuasion lui a permis d’introduire une recommandation sur le droit d’auteur dans les conclusions du comité. Plus récemment, elle a été mandatée par le ministère de la Culture pour mener deux missions sur le sujet : l’une sur les obligations de transparence incombant aux plateformes, l’autre sur la rémunération des ayants droit. Des rapports très attendus par le secteur de la tech, qui craint que ses recommandations ne soient un frein à l’innovation. 27. DENIS MASSÉGLIA Député EPR du Maine-et-Loire Le député Ensemble pour la République (EPR) Denis Masséglia se présente comme un passionné de jeu vidéo. Il est même actif sur Twitch pour y diffuser ses parties en direct ou y parler politique. L’élu a aussi présidé, depuis 2017, le tout premier groupe de travail de l’Assemblée dédié à cette industrie. Il a été rapporteur d’une partie de la loi sur l’espace numérique, s’occupant notamment des Jonum, ces jeux Web3 ayant des caractéristiques d’un jeu d’argent. Il est désormais rapporteur spécial de la mission Médias livre et industries culturelles du projet de loi de finances pour 2025. Sans surprise, il est un fervent défenseur du crédit d’impôt jeu vidéo.  28. INOXTAG Influenceur Vidéaste franco-algérien de 22 ans, Inès Benazzouz ne compte pas moins de 8,9 millions d’abonnés sur YouTube et 7 millions sur son compte Instagram. A la rentrée, le youtubeur a fait vendre plus de 200 000 places pour découvrir en salle de cinéma son documentaire “Kaizen”, qui relate son année de préparation pour gravir l’Everest. Il a créé la polémique dans le milieu très conservateur du cinéma en explosant les seuils prévus pour déroger à la chronologie des médias — et ainsi diffuser une œuvre en salle et sur YouTube le lendemain. Le Centre national du cinéma (CNC) a signalé l’infraction au procureur de la République. Cela fait risquer au producteur et exploitant de salles MK2, qui a organisé les diffusions, jusqu’à 45 000 euros d’amende.  30. ANNE LE HÉNANFF Députée Horizons du Morbihan La députée Horizons Anne Le Hénanff piaffe dans l’attente du projet de loi “résilience” qui doit ramener dans l’actualité l’un de ses dadas, la cybersécurité. L’élue du Morbihan est toute désignée pour rapporter ce texte, qui adaptera le droit français à la directive européenne NIS2 — la discussion s’annonce technique, mais très suivie par le petit milieu cyber.  Membre de la commission de la défense, Anne Le Hénanff est également attentive au secteur du cloud. Elle s’était déjà penchée sur ce sujet abrasif lors de l’examen du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (SREN) et gardera un œil sur ce dossier. 29. ROXANNE VARZA Directrice de Station F Peu de personnes peuvent se vanter de connaître les visages de l’écosystème des startups français comme Roxanne Varza. Née à Palo Alto, naturalisée française, Roxanne Varza est à la tête de l’incubateur de Station F depuis 2015. Elle avait été repérée par le milliardaire Xavier Niel, fondateur de Station F, alors qu’elle feuilletonnait l’actualité des jeunes pousses françaises pour le média TechCrunch.  En parallèle de ses missions à la tête de l’incubateur, Roxanne Varza a rejoint cette année l’équipe public-privé chargée de préparer le sommet mondial sur l’IA, qui se tiendra en février prochain en France. Elle coordonne dans ce cadre le volet “Innovation et culture”. 31. DAVID EL SAYEGH Directeur général adjoint de la Sacem Avocat de formation, il a mené la charge contre les plateformes lors des négociations sur la directive Droit d’auteur en 2018, et, plus récemment, sur le règlement européen sur l’intelligence artificielle. S’il ne s’oppose pas au développement de cette technologie, David El Sayegh défend une intelligence artificielle “régulée, transparente et vertueuse”, qui rémunère correctement les auteurs. Il est également président du Gesac, le lobby européen des sociétés d’auteurs et compositeurs de musique, depuis mai 2022. 32. FABRICE LAYER Directeur des relations gouvernementales de Shein Ancien responsable des affaires publiques du groupe de télécoms chinois Huawei, Fabrice Layer s’attèle, depuis un an, à un nouveau défi : redorer l’image de Shein en France. Décrié pour ses pratiques anti-environnementales et les conditions de travail de ses ouvriers, le site de mode en ligne chinois est à la fois dans le collimateur de la Commission européenne et des parlementaires français. La proposition de loi sur la fast-fashion, adoptée mi-mars à l’Assemblée nationale, doit être examinée au Sénat prochainement. 33. BRUNO PATINO Président d’Arte et président du comité de pilotage des états généraux de l’information Président d’Arte, professeur associé à Sciences Po, auteur d’une dizaine de livres… Bruno Patino est un hyperactif. Il a travaillé partout : dans le livre, la presse, la radio, la télévision. Rien d’étonnant qu’il ait accepté, au débotté, de remplacer Bruno Lasserre à la tête du comité de pilotage des États généraux de l’information. Alors que les EGI ont restitué leurs travaux le 12 septembre, l’homme de médias pointe, dans Le Monde, une “marginalisation de l’information par rapport à quantité d’autres messages, noyée par les plates-formes numériques”. Il appelle l’interprofession à se rassembler pour porter les propositions auprès des pouvoirs publics. 34. PHILIPPE LATOMBE Député MoDem de Vendée Membre de la commission des Affaires économiques, l’élu a fait de la souveraineté numérique son cheval de bataille — il est l’auteur d’un rapport parlementaire sur le sujet, publié en 2021. Du soutien au start-ups au transfert de données vers les Etats-Unis, en passant par le cloud souverain, Philippe Latombe se mobilise sur tous les fronts et appelle régulièrement à une volonté politique forte à Paris et à Bruxelles pour protéger entreprises nationales et citoyens. 35. GUILLAUME POUPARD Directeur général adjoint de Docaposte Il a passé près de huit ans à la tête de l’agence chargée de protéger des cyberattaques les entreprises et les infrastructures numériques de l’Etat. Sous son mandat, l’Anssi est montée en puissance, gagnant en capacité d’enquête à la faveur des lois de programmation militaire, doublant ses effectifs, et rayonnant à l’international. En janvier 2023, Guillaume Poupard a rejoint Docaposte en tant que directeur général adjoint. Il y est chargé du cyber et du cloud et demeure très investi sur la protection des données sensibles. 36. STÉPHANIE YON-COURTIN Députée européenne Renew C’est l’une des eurodéputées françaises qui s’est le plus investie sur les sujets numériques sous la Commission von der Leyen I. Elue depuis 2019, Stéphanie Yon-Courtin a été rapporteure sur le Digital Markets Act (DMA), le texte qui réglemente les marchés numériques, et siège aujourd’hui à la commission Marché intérieur du Parlement européen. Juriste de formation, elle a travaillé par le passé sur le programme MEDIA de la Commission de Bruxelles avant de se spécialiser en droit de la concurrence. De 2007 à 2010, elle était conseillère pour les affaires internationales au cabinet du président de l’Autorité de la concurrence Bruno Lasserre. 37. LAURE DE LA RAUDIÈRE Présidente de l’Arcep Pas facile de succéder à l’hyperactif Sébastien Soriano. Laure de la Raudière a pourtant réussi à imprimer sa marque dans le secteur des télécoms. Normalienne et ingénieur télécoms, elle a passé onze ans chez France Télécom, avant de fonder sa société de conseil. Elue députée d’Eure-et-Loire en 2007, elle s’investit dans les dossiers numériques et fait pas moins de neuf rapports sur le sujet, de la neutralité du net à l’économie numérique, en passant par la couverture du territoire. Sa nomination, début 2012, à la tête de l’Arcep, l’autorité de régulation du secteur, surprend autant qu’elle rassemble. Ce qui a fait pencher la balance ? “Elle est à la fois très ancrée dans la politique locale et sait traiter de sujets techniques arides”, expliquait alors aux Echos le ministre de l’Economie Bruno le Maire. Il aurait vivement recommandé la députée à Emmanuel Macron. 38. PATRICK CHAIZE Sénateur LR de l’Ain “On ne peut pas lui reprocher de ne pas connaître ses sujets”, reconnaît une lobbyiste souvent en désaccord avec lui. Patrick Chaize, sénateur de l’Ain, a une obsession : les télécoms, qu’il veille à mettre à l’agenda parlementaire aussi fréquemment qu’il le peut.  Fils d’électricien automobile, président de l’Avicca, l’association des collectivités locales engagées dans le numérique, Patrick Chaize est dur avec les opérateurs télécoms — il souhaite les voir améliorer la qualité des raccordements en fibre optique — et avec les plateformes numériques. Lors des émeutes du printemps 2023, il avait fait la demande ébouriffante que celles-ci suppriment les contenus incitant à la violence dans les deux heures. L’amendement avait été écarté en douceur. Patrick Chaize est un parlementaire que l’on ménage, tant dans le secteur télécoms que du côté du gouvernement. 39. AURÉLIEN LOPEZ-LIGUORI Député RN de l’Hérault Sous la précédente législature, le député Rassemblement national (RN) Aurélien Lopez-Liguori était président du groupe d’études consacré à la souveraineté numérique. Il devrait s’accrocher à ce sceptre qui lui a non seulement permis de gagner en épaisseur sur les sujets numériques, mais aussi de briser des frontières sur le plan politique.  Via le groupe d’études, Aurélien Lopez-Liguori avait en effet fait porter des amendements avec d’autres formations politiques, rongeant le cordon sanitaire du RN.  Ambitieux, l’élu héraultais de 31 ans avait également caressé l’idée d’un portefeuille ministériel après l’envolée temporaire de son parti dans les sondages. Le projet est remisé, mais Aurélien Lopez-Liguori continue de soigner ses relations avec l’écosystème numérique, qui lui a progressivement entrebâillé la porte. 40. CATHERINE MORIN-DESAILLY Sénatrice UDI de Seine-Maritime Elle a quitté la présidence de la commission Culture du Sénat en 2020, pour se plonger dans les affres du numérique, s’investissant dans la commission d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok et celle sur les politiques publiques face aux opérations d’influences étrangères, dont elle était vice-présidente. Dans les prochains mois, l’élue, qui est également membre de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), souhaite travailler sur l’hébergement des données de santé. 41. BÉNÉDICTE DE KERSAUZON Déléguée générale de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenus Après sept ans chez BNP Paribas, Bénédicte de Kersauzon s’attaque à un défi de taille : faire de l’Umicc, la fédération des acteurs de l’influence, un véritable syndicat. A cette fin, elle a récemment embauché le youtubeur Gaspard G. au poste de secrétaire général. La fédération, créée début 2023 au moment de l’examen de la loi influenceurs, reste toutefois fragile, plusieurs agences d’influenceurs ayant déjà mis les voiles, à l’instar de Bump, fondée par le YouTubeur Squeezie. 42. ERIC BOTHOREL Député EPR des Côtes-d’Armor Adoubé par le secteur des télécoms, à qui il prête une oreille attentive, le député breton œuvre pour réduire la fracture territoriale de la couverture numérique. Il a mené, en 2024, une mission d’information consacrée à l’avenir de la couverture mobile, et porte auprès du gouvernement le déploiement de la fibre pour tous dès 2025. A l’Assemblée, Eric Bothorel est membre de la commission des Affaires économiques et coprésident du groupe d’études sur la cybersécurité et la souveraineté numérique, et de celui sur l’économie numérique de la donnée, de la connaissance et de l’intelligence artificielle. En 2020, le Premier ministre Jean Castex lui avait d’ailleurs confié une mission relative à la politique publique de la donnée.
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