BRUXELLES — L’IA d’Elon Musk Grok a limité l’accès à son générateur de
deepfakes, disponible sur le réseau social X, après que ses utilisateurs ont
créé une déferlante d’images de nus non consenties.
Grok indique désormais que la création d’images “est actuellement limitée aux
abonnés payants”, ce qui “permet de garantir une utilisation responsable pendant
que nous continuons à affiner les choses”. Il cite “les problèmes récents et les
améliorations apportées aux mesures de protection”.
Le chatbot a attiré l’attention des autorités de régulation et des responsables
politiques de toute l’Europe après avoir permis à ses utilisateurs de manipuler
des photos publiées en ligne pour en faire une série de deepfakes, incluant des
représentations de mineurs et de personnalités publiques déshabillés.
La vice-première ministre suédoise Ebba Busch a été l’une des dernières victimes
les plus en vue. Le message n’est cependant plus visible des utilisateurs
européens. “Ce message de Grok a été bloqué dans l’Union européenne en vertu des
lois locales”, est-il désormais indiqué.
La Commission européenne a ordonné à X jeudi de conserver “tous les documents et
données internes relatifs à Grok” — une escalade dans l’enquête en cours sur les
politiques de modération de contenus de X — après avoir qualifié les deepfakes
sexuellement explicites d’“illégaux”, “épouvantables” et “dégoûtants”.
X n’a pas répondu à notre demande de commentaire à l’heure où nous publions.
Tag - Intelligence artificielle
BRUXELLES — Le réseau social X d’Elon Musk est dans le viseur des autorités à
travers l’Europe après que son intelligence artificielle Grok a produit une
série de deepfakes de nus, dont des représentations de mineurs dévêtus.
L’affaire devient rapidement le dernier test en date pour l’Europe, qui doit
déterminer si elle ose sévir contre Elon Musk et d’autres plateformes des géants
américains, sachant qu’elle s’attirerait les foudres Donald Trump, dans un
contexte de crise de confiance transatlantique majeure et de menaces sur le
Groenland.
Il y a tout juste un mois, Bruxelles a infligé une amende de 120 millions
d’euros à X pour avoir enfreint la législation phare de l’Union européenne pour
réguler les plateformes, le règlement sur les services numériques (DSA). Cette
sanction a suscité une vive réaction de la part de Washington, l’administration
américaine imposant une interdiction de séjour à l’ancien commissaire européen
chargé des questions numériques et architecte du DSA, Thierry Breton, ainsi qu’à
quatre militants de la lutte contre la désinformation.
Lorsque Grok a commencé à produire à tour de bras des deepfakes sexuellement
explicites et non consentis la semaine dernière, les autorités de régulation à
Paris, Bruxelles, Londres, Dublin et dans d’autres capitales de l’UE ont lancé
des enquêtes. Lundi, Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne
pour les questions numériques, a qualifié cette pratique d’“illégale”,
d’“épouventable” et de “dégoûtante”.
Jeudi, l’exécutif européen a annoncé avoir ordonné à X de conserver “tous les
documents et données internes relatifs à Grok”, intensifiant l’enquête en cours
sur les politiques de modération de contenus du réseau social.
Le DSA prévoit des amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires annuel
mondial. En principe, il permet également à l’UE d’imposer une interdiction
temporaire de X dans toute l’Europe, mais cela est considéré comme une “mesure
de dernier recours”.
Reste que les enquêtes prennent de nombreux mois et doivent avoir l’aval de la
présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
“Ces incidents sont profondément troublants, totalement inacceptables et
soulèvent des questions urgentes quant au respect et à l’application des règles
européennes existantes”, a écrit Regina Doherty, eurodéputée irlandaise du Parti
populaire européen, dans une nouvelle lettre adressée à Henna Virkkunen, la
commissaire européenne aux Technologies numériques, qui supervise les services
de l’UE chargés d’enquêter sur X.
MISE EN GARDE
Plusieurs gouvernements et régulateurs européens ont déjà fait savoir qu’ils ne
laisseraient pas l’affaire Grok se dérouler sans réagir.
Le parquet de Paris a annoncé vendredi dernier qu’il allait enquêter sur la
prolifération de deepfakes à caractère sexuel non consentis générés par Grok et
publiés sur X. Le gendarme des communications au Royaume-Uni, l’Ofcom, a indiqué
être en “contact urgent” avec l’entreprise.
Dublin, où se trouve le siège européen de X, est également à l’affût. “Partager
des images intimes non consenties est illégal, et générer des contenus
pédopornographiques est illégal”, a insisté mardi le régulateur irlandais des
médias, Coimisiún na Meán, dans un communiqué adressé à POLITICO.
L’autorité a précisé qu’elle collaborait avec la Commission européenne sur Grok,
et a appelé les utilisateurs à lui signaler à elle et à la plateforme les
contenus illégaux qu’ils ont vus. La loi irlandaise sur la sécurité en ligne
exige que les plateformes donnent suite à ces signalements.
X a également reçu une mise en garde de Berlin. “Nous observons avec une grande
inquiétude cette tendance à utiliser des outils d’IA tels que Grok pour
représenter des femmes et même des mineurs dans des poses sexualisées”, a énoncé
mardi un porte-parole du ministère allemand du Numérique à POLITICO.
“Toute personne qui crée ou diffuse de telles images sans consentement porte
gravement atteinte aux droits de la personne et peut, dans de nombreux cas,
commettre une infraction pénale”, a-t-il ajouté.
En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après
que Grok a généré des commentaires antisémites. | Michael Nguyen/NurPhoto via
Getty Images
Certaines autorités nationales pourraient agir seules, en particulier si l’outil
est utilisé pour générer du contenu illégal passible de poursuites pénales,
comme du contenu pédopornographique ou, dans certaines juridictions, du contenu
pornographique non consenti.
CE QUE PEUT L’UE
Les autorités ont invoqué le règlement européen sur les services numériques
ainsi que celui sur l’intelligence artificielle, comme outils juridiques pour
mettre fin à la diffusion de ces images de nus non consenties et de contenus
pédopornographiques.
Mais le règlement sur l’IA et son mécanisme coercitif sont encore en cours de
déploiement, ce qui fait reposer principalement la charge de sévir contre Grok
sur les épaules de l’équipe de la Commission chargée de faire respecter les
règles relatives aux plateformes.
En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après
que Grok a généré des commentaires antisémites. Dans le cadre de la procédure
confidentielle, la société a répondu à une nouvelle demande d’informations à ce
sujet pendant les vacances de Noël.
La question des deepfakes de Grok s’est depuis invitée dans ces échanges.
La Commission “examine très sérieusement cette affaire”, a assuré Thomas Regnier
lors d’un point presse lundi.
Cela ne signifie pas que l’enquête soit sur le point d’aboutir. Après avoir
publié ses conclusions préliminaires dans l’affaire X, la Commission avait
encore besoin de dix-huit mois pour la clore et fixer une amende.
Puis, toute action de Bruxelles risque d’entraîner une réaction de Washington.
Mais les parlementaires européens continuent de faire pression sur la Commission
pour qu’elle applique dans tous les cas les lois de l’UE. “La petite amende
infligée à X est un bon début, mais elle arrive vraiment trop tard et n’est
absolument pas suffisante”, a réagi Alexandra Geese, députée européenne
allemande des Verts, à propos de l’amende de 120 millions d’euros.
X n’a pas répondu à une demande de commentaire avant la publication de cet
article.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS — La justice française va enquêter sur la prolifération, sur la plateforme
X, de deepfakes à caractère sexuel générés par l’intelligence artificielle (IA)
Grok, a indiqué le parquet de Paris à POLITICO.
Le parquet a en effet été saisi, ce 2 janvier, par les députés Arthur Delaporte
(PS) et Eric Bothorel (apparenté Ensemble pour la République) après que des
milliers de deepfakes non consentis à caractère sexuel ont été générés par Grok
et publiés sur X.
“Ces faits ont été joints à l’enquête déjà ouverte sur X, sur le fondement de
l’article 226-8-1 du code pénal”, précise le parquet, qui rappelle que ce délit
est puni de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende.
Les deux parlementaires ont confirmé à POLITICO avoir effectué des signalements
à la justice sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale.
Depuis deux jours, des centaines de femmes et d’adolescents témoignent du fait
que leurs photos, publiées sur les réseaux sociaux, sont “dénudées” à la demande
d’autres internautes par Grok, l’intelligence artificielle intégrée au réseau
social X.
Ces montages photographiques générés par IA portent atteinte “à la dignité des
personnes représentées” estime Arthur Delaporte dans son courrier à la
procureure, consulté par POLITICO.
Contacté par POLITICO, le cabinet de la ministre déléguée au numérique indique
se pencher sur les problèmes posés par Grok, sans plus de précision pour
l’instant. La haut-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry s’est dite
“scandalisée” par ces pratiques.
Plusieurs associations comme Stop Fisha et Respect Zone ainsi que le signaleur
de confiance Point de Contact ont en outre indiqué à POLITICO être en train de
récolter des contenus signalés par les utilisateurs pour les faire remonter aux
autorités.
Cette nouvelle affaire va étoffer l’enquête déjà ouverte par la section de lutte
contre la cybercriminalité contre la plateforme X. Une procédure déjà élargie en
novembre à des propos antisémites et négationnistes disséminés par Grok.
Eric Bothorel, qui avait obtenu l’ouverture de l’enquête judiciaire contre le
réseau X en février dernier, a également indiqué à POLITICO saisir conjointement
l’Arcom et la Commission européenne.
Sollicité par POLITICO, X n’a pas donné suite au moment de la publication.
PARIS — Les dirigeants dans le monde ne craignent pas que l’intelligence
artificielle entraîne l’extinction de l’humanité ou qu’elle soit utilisée à
mauvais escient par des terroristes.
Ils semblaient beaucoup plus préoccupés par le fait de ne pas gagner la course
mondiale à l’IA, lorsqu’ils se sont réunis au Sommet pour l’action sur
l’intelligence artificielle qui s’est tenu à Paris cette semaine.
Le président français Emmanuel Macron, le vice-président américain JD Vance, le
Premier ministre indien Narendra Modi, la présidente de la Commission européenne
Ursula von der Leyen et le ministre britannique de la Technologie Peter Kyle ont
tous mis l’accent sur l’innovation et l’investissement dans leurs discours lors
de l’événement.
Les craintes sur la sécurité, érigées en priorité lors de deux précédentes
éditions au Royaume-Uni et en Corée du Sud, ont été à peine évoquées. La
déclaration finale du sommet français ne mentionne la sécurité que trois fois.
Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne l’ont même pas signée.
Au lieu de cela, les responsables politiques ont vanté les mérites
d’investissements massifs et promis une réglementation allégée.
“Je ne suis pas ici pour parler de la sécurité de l’IA, je suis ici pour parler
de l’opportunité de l’IA”, a souligné JD Vance.
“Ce sommet est axé sur l’action, et c’est exactement ce dont nous avons besoin
en ce moment”, a ajouté Ursula von der Leyen, avant d’annoncer la mise en œuvre
d’un plan d’investissement de plusieurs milliards d’euros.
CHANGEMENT DE CAP
Ce changement de pied, passant de la sécurité et la gouvernance à la conclusion
de deals et le développement d’entreprises, a mis du temps.
La France avait volontairement qualifié l’événement de sommet “pour l’action”,
ce qui contraste fortement avec l’édition britannique sur la “sécurité” à
Bletchley Park en novembre 2023, au cours duquel les grandes entreprises de la
tech se sont engagées à mettre en place des règles en ce sens.
“Nous avons réduit au minimum” les références au sommet de Bletchley, a reconnu
un responsable français. Cela a eu un coût, puisque le Royaume-Uni a décidé de
ne pas signer la déclaration de Paris.
Le timing a également joué un rôle, avec une série d’annonces chocs liées à l’IA
dans les semaines précédant le sommet, mettant en lumière la course mondiale
entre les Etats-Unis, la Chine et l’Union européenne.
Le plan de 500 milliards de dollars du président américain Donald Trump pour les
infrastructures d’IA et le détricotage des règles de sécurité mise en place par
son prédécesseur marquent la détermination des Etats-Unis à gagner la course à
l’intelligence artificielle. Quelques jours plus tard, les marchés ont effacé
des milliards de dollars en Bourse pour les entreprises d’IA, lorsqu’un
concurrent chinois a montré qu’il pouvait également développer des modèles mais
à plus bas coût.
Emmanuel Macron, quant à lui, a profité du sommet pour annoncer un
investissement de 109 milliards d’euros dans l’IA au cours des prochaines
années. | Photo d’archives de Mohammed Badra via Getty Images
JD Vance a exhorté les pays européens, qui sont les premiers à réglementer cette
technologie, à aborder “la nouvelle frontière de l’IA avec optimisme et non avec
inquiétude”.
Les réalités politiques à Bruxelles ont également changé.
Ursula von der Leyen concentre désormais ses efforts à la relance de la
croissance économique de la région, qui est en perte de vitesse. Le déploiement
de l’IA est une priorité absolue pour atteindre cet objectif.
“Le leadership mondial en matière d’IA reste à conquérir”, a déclaré la
présidente de la Commission lors de son discours à la cérémonie de clôture.
“L’Europe est ouverte à l’IA et aux affaires”, a-t-elle posté sur Bluesky mardi
soir.
Bien que JD Vance ait critiqué les “règles internationales onéreuses” de l’UE
sur le numérique, qui, selon lui, étouffent l’innovation et créent des obstacles
inutiles pour les entreprises américaines, von der Leyen et lui sont beaucoup
plus alignés sur la question de l’IA. Alors que le vice-président américain a
demandé des règles qui n’étranglent pas ce secteur en plein essor, la cheffe de
l’exécutif européen a promis que l’UE réduirait les formalités administratives.
La vice-présidente de la Commission chargée de la Souveraineté technologique,
Henna Virkkunen, s’est également rendue à Paris, promettant de rendre le cadre
réglementaire de l’UE plus “favorable à l’innovation”.
Elle s’est engagée à ce que les règles relatives à l’IA et au numérique fassent
partie de l’effort plus général de simplification de la réglementation prévu par
l’UE.
“Je prends également très au sérieux les critiques que nous recevons” de la part
des petites entreprises et du secteur, “selon lesquelles nous avons trop de
bureaucratie”, a-t-elle ajouté.
Cela ne signifie pas que l’UE abandonne ses règles, von der Leyen ayant
mentionné le nouvel AI Act comme un ensemble unique de règles de sécurité pour
l’Union. Mais son annonce de débloquer des dizaines de milliards d’euros pour la
puissance de calcul, essentielle à l’IA, n’est pas passée inaperçue.
Emmanuel Macron, quant à lui, a profité du sommet pour annoncer un
investissement de 109 milliards d’euros dans l’IA au cours des prochaines
années.
Le président français a également souligné la nécessité pour l’UE de devenir un
leader dans les applications d’IA lors d’un dîner qu’il a organisé lundi soir,
entouré de JD Vance, du patron d’OpenAI Sam Altman, et de hauts responsables
venus du monde entier, y compris de Chine.
Les invités ont peu fait référence aux questions de sécurité, à l’exception de
Meredith Whittaker — une chercheuse en éthique de l’IA et dirigeante de la
fondation derrière l’application de messagerie chiffrée Signal —, qui a souligné
la nécessité de protéger la vie privée.
Henna Virkkunen, s’est également rendue à Paris, promettant de rendre le cadre
réglementaire de l’UE plus “favorable à l’innovation”. | Thomas Samson/Getty
Images
LA FOULE DU RISQUE EXISTENTIEL
Le changement de ton des responsables politiques a été bien accueilli par le
secteur de l’IA, surtout si l’on considère la lourdeur de l’examen réglementaire
auquel certaines entreprises, comme OpenAI, pionnière des chatbots, ont été
confrontées en Europe.
Les dirigeants d’OpenAI ont d’ailleurs souligné le tournant politique lors d’une
réception pour les journalistes en marge du sommet, même s’ils ont tempéré que
les questions de sécurité devaient encore être abordées et que la confiance dans
l’IA devait être renforcée.
“Mais nous devons aussi être prêts à accueillir à bras ouverts cette innovation,
car le plus grand risque est peut-être de passer à côté des opportunités
économiques qui découlent de cette technologie”, a déclaré à la presse Chris
Lehane, responsable des affaires internationales d’OpenAI.
Au milieu de cet enthousiasme ambiant, une voix discordante s’est toutefois
élevée : il s’agit du PDG d’Anthropic, Dario Amodei, qui a déclaré dans un
communiqué que “les conversations internationales sur l’IA doivent davantage
prendre en compte les risques croissants de la technologie en matière de
sécurité”.
Les entreprises du secteur ont publié des mises à jour de leurs règles de
sécurité au cours de la semaine, comme elles s’y étaient engagées lors d’un
sommet sur le sujet qui s’est tenu à Séoul en mai dernier.
Elles n’ont toutefois pris aucun nouvel engagement, ce qui a alarmé ceux qui
s’inquiètent des risques existentiels de l’IA. Max Tegmark, président de la
Future of Life Foundation, spécialisée sur les dommages potentiels de l’IA, a
qualifié la déclaration finale d’“énorme pas en arrière”.
“En fait, c’est une remise en cause du consensus de Bletchley”, a-t-il déclaré,
comparant l’événement de Paris au sommet de 2023.
Les organisations de défense des droits numériques ont également exprimé leur
mécontentement face à l’approche plus souple adoptée par les responsables
politiques à l’égard des entreprises.
L’EDRi, un groupe de défense des droits numériques basé à Bruxelles, critique la
décision de l’UE d’inclure l’AI Act dans son projet de simplification
réglementaire.
“Avec cela, [Virkkunen] alimente la dérégulation, soulage les entreprises
américaines et technologiques, tout en ruinant les quelques, mais difficilement
arrachées, victoires de la société civile en matière de droits de l’homme dans
l’AI Act”, tacle Blue Duangdjai Tiyavorabun, policy advisor à l’EDRi.
Le représentant du Royaume-Uni au sommet français, Peter Kyle, s’est montré
moins inquiet, soulignant que le nouveau gouvernement travailliste (qui n’était
pas au pouvoir lors du sommet de 2023) met l’accent sur la croissance.
“Je pense que la chose à faire est de comprendre quel est l’objectif de la
sécurité”, a-t-il estimé.
“Ma critique du sommet de Bletchley était qu’il était centré à 100% sur la
sécurité”, a-t-il poursuivi. Depuis, le nouveau gouvernement “a dépensé
énormément d’énergie pour rééquilibrer les choses de manière à ce que […]
maintenant que l’aspect sécurité est réglé […] nous appliquions cette sécurité.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
Le vice-président américain JD Vance a appelé mardi les pays européens à
accueillir “la nouvelle frontière de l’IA avec optimisme et non avec inquiétude”
et à assouplir sa réglementation sur le numérique.
“Nous voulons nous lancer dans la révolution de l’IA qui nous attend dans un
esprit d’ouverture et de collaboration, mais pour créer ce type de confiance,
nous avons besoin de régimes réglementaires internationaux qui favorisent la
création”, a-t-il déclaré aux participants du Sommet pour l’action sur
l’intelligence artificielle à Paris.
Reprenant les griefs formulés par les entreprises américaines à l’encontre des
efforts de l’Europe pour maîtriser les Big Tech, JD Vance a appelé à une
réglementation de l’IA qui “n’étrangle pas” ce secteur en plein essor.
“Restreindre son développement maintenant non seulement profiterait injustement
aux opérateurs historiques, mais reviendrait aussi à paralyser l’une des
technologies les plus prometteuses que nous ayons vues depuis des générations”,
a-t-il considéré lors de son premier grand voyage à l’étranger depuis son entrée
en fonction.
Vance s’en est pris au règlement européen sur les marchés numériques (DMA) et
celui sur les services numériques (DSA), exposant aux participants, dont la
présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qu’il s’agissait
de “règles internationales onéreuses” qui ont étouffé l’innovation et créé des
obstacles inutiles pour les entreprises américaines.
Interrogée par POLITICO en marge du sommet, avant le discours de JD Vance, Henna
Virkkunen, la commissaire européenne à la Souveraineté technologique, a fait
valoir que les législations de l’Union sur le numérique étaient justes,
puisqu’elles s’appliquaient à tout le monde de la même manière. Toutefois, elle
a précisé qu’elle discuterait de la question avec ses homologues américains et a
promis un cadre réglementaire sur l’IA plus favorable à l’innovation.
Malgré ses critiques, les commentaires de Vance devraient être bien accueillis
par les plus grands acteurs de l’IA en Europe, qui demandent à Bruxelles de se
concentrer davantage sur l’innovation et moins sur la réglementation. Certains
sont allés jusqu’à demander une révision de l’AI Act, qui interdit certaines
pratiques et introduit des garde-fous.
Vance a ajouté qu’il se félicitait du sens que prenaient les conversations lors
du sommet, que le président Emmanuel Macron a qualifié de moment propice pour
saisir les opportunités liées au développement de l’IA, plutôt que de se
concentrer sur la réglementation et de réfléchir aux menaces existentielles que
représente cette technologie.
“J’aime voir ce parfum de déréglementation s’immiscer dans de nombreuses
conversations”, s’est réjoui le vice-président américain.
DES “ADVERSAIRES ÉTRANGERS HOSTILES”
Il s’en est également pris à la Chine dans son discours, dénonçant les
“adversaires étrangers hostiles” qui, selon lui, font des logiciels
d’intelligence artificielle “une arme” pour réécrire l’histoire et censurer les
discours.
“De la vidéosurveillance aux équipements 5G, nous connaissons tous des
technologies à bas prix sur le marché qui ont été largement subventionnées et
exportées par des régimes autoritaires”, a-t-il pointé. “Si une affaire semble
trop belle pour être vraie, il suffit de se rappeler le vieil adage que nous
avons appris dans la Silicon Valley : si vous ne payez pas pour le produit, vous
êtes le produit.”
La rivalité entre les Etats-Unis et la Chine pour libérer le potentiel de l’IA
s’est intensifiée le mois dernier après que le président américain Donald Trump
a annoncé un plan de 500 milliards de dollars pour développer l’intelligence
artificielle aux Etats-Unis, et que la start-up chinoise DeepSeek a dévoilé un
chatbot, pour un coût qui serait une fraction de celui de ses concurrents
américains.
JD Vance a prononcé son discours quelques heures seulement après que Donald
Trump a promulgué de nouveaux droits de douane de 25% sur l’acier et l’aluminium
importés aux Etats-Unis, une mesure qui aura des répercussions sur les
entreprises européennes et qui aggravera considérablement la guerre commerciale
qui se prépare entre Bruxelles et Washington.
Mardi, Ursula von der Leyen a qualifié les nouveaux droits de douane
d’“injustifiés” et a promis qu’ils “ne resteraient pas sans réponse”.
Vance et von der Leyen devraient se rencontrer à Paris dans le courant de la
journée de mardi.
Pieter Haeck a contribué à cet article.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
Plus de 1 000 experts, penseurs, investisseurs, régulateurs et acteurs de
terrain en intelligence artificielle se réunissent à Paris cette semaine pour
deux jours de discussions sur ce que la technologie peut et doit faire. POLITICO
présente quelques-uns des grands noms qui influencent le débat.
L’ESPOIR FRANÇAIS : ARTHUR MENSCH
Arthur Mensch, 32 ans, incarne les espoirs de la France de faire une percée dans
le monde impitoyable de l’IA.
Cofondateur et CEO de la start-up Mistral AI, il a noué des liens étroits avec
le secteur public français et le président Emmanuel Macron. Mensch, qui
travaille sur la stratégie nationale en matière d’IA, a exprimé les
préoccupations des entreprises d’IA sur la réglementation.
Il a demandé à plusieurs reprises à ce que les règles de l’Union européenne en
matière d’IA soient plus souples, après avoir plaidé pour un cadre propice à
l’innovation lorsque le règlement sur l’IA était en cours d’adoption. Ce
plaidoyer semble avoir porté ses fruits, puisque les responsables de l’UE
acceptent désormais de simplifier certaines de leurs exigences.
Essayer de devenir un succès européen dans le domaine de l’IA — avec en ligne de
mire une éventuelle introduction en Bourse pour lever des fonds auprès
d’investisseurs — implique un exercice d’équilibriste compliqué. En France,
Mistral AI a ainsi tenté d’établir des partenariats avec l’AFP et l’armée.
Mais Mensch, un ancien de Google DeepMind, a également tissé des liens de
l’autre côté de l’Atlantique, où son équipe grandit et obtient des
investissements. L’année dernière, l’entreprise a conclu un accord de
distribution avec Azure, la branche cloud de Microsoft, déclenchant un débat sur
la nécessité ou non, pour les entreprises européennes de l’IA, de rester
indépendantes des mastodontes de la Big Tech.
LE FIXEUR D’OPENAI EN EUROPE : SANDRO GIANELLA
Peu après avoir pris la lumière, avec le lancement de ChatGPT en novembre 2022,
OpenAI a su qu’elle devait faire appel à un expert des politiques publiques sur
la tech et à une personne de confiance pour diriger ses opérations en Europe.
Elle a choisi Sandro Gianella, qui a appris les ficelles du métier à la fois
chez une Big Tech américaine (Google) et chez une jeune chalengeuse européenne
(Stripe, une solution irlando-américaine de paiement en ligne).
Gianella a commencé chez OpenAI à un moment crucial — en juin 2023 —, alors que
les parlementaires européens tentaient d’aboutir sur l’AI Act, le tout premier
règlement contraignant au monde pour cette technologie. Ces derniers appelaient
alors à inclure des règles spécifiques pour les modèles d’IA grand public, tels
que ceux d’OpenAI.
Oubliez cette image du lobbyiste bruxellois en costume-cravate. Gianella est un
adepte de cette culture du télétravail qui a essaimé après le Covid. On le
trouve souvent dans les pittoresques Alpes bavaroises, près de Munich. Et, sur
ses réseaux sociaux, il parle certes d’intelligence artificielle, mais tout
autant de voyages à vélo ou à ski.
De quoi peut-être lui permettre de trouver un équilibre, entre le rythme effréné
des travaux d’OpenAI, et la mise sous surveillance de l’entreprise par plusieurs
gouvernements européens. Bruxelles a rédigé un code de pratique volontaire pour
les modèles d’IA grand public. Paris et Londres ont quant à eux tenu à
développer leurs propres efforts en matière d’IA et à limiter les risques
potentiels, notamment en examinant les liens entre OpenAI et Microsoft.
LE PROPHÈTE : GEOFFREY HINTON
Considéré comme l’un des parrains de l’IA pour ses travaux sur les réseaux
neuronaux artificiels, Geoffrey Hinton a provoqué la stupeur, en mai 2023,
lorsqu’il a quitté Google pour parler du risque existentiel de l’intelligence
artificielle. L’expert en informatique a déclaré qu’il avait changé d’avis sur
cette technologie après avoir constaté ses progrès rapides. Il a alors commencé
à parcourir le monde pour mettre en garde contre les graves menaces qu’elle fait
peser sur l’humanité. Il a notamment présenté à des ministres du Royaume-Uni les
conséquences sociétales d’une perte de contrôle des systèmes d’IA par l’homme.
Mais Mensch, un ancien de Google DeepMind, a également tissé des liens de
l’autre côté de l’Atlantique, où son équipe grandit et obtient des
investissements. | Dan Kitwood/Getty Images
“Il était très convaincant”, relate une personne au fait de cette présentation.
Ces avertissements ont contribué à convaincre le Premier ministre britannique de
l’époque, Rishi Sunak, de lancer le premier AI Safety Institute (Institut sur la
sécurité de l’IA) au monde et d’organiser un sommet sur le sujet à Bletchley
Park.
Depuis, les partisans de la fin de l’IA n’ont pas réussi à ralentir le
développement de cette technologie, mais Hinton, âgé de 77 ans, continue
d’alerter sur les risques existentiels qu’elle fait porter. Le lauréat du prix
Nobel de physique sera à Paris pour prendre la parole lors d’événements
parallèles.
LE DÉFENSEUR DE L’IA OPEN SOURCE : YANN LE CUN
Bien qu’il travaille pour le géant de la Silicon Valley Meta en tant que
directeur scientifique de l’IA, Yann LeCun est un pilier de l’écosystème
français. Pionnier de l’intelligence artificielle, il a toujours défendu l’open
source, un type de développement logiciel ouvert et collaboratif qui contraste
avec les modèles propriétaires fermés développés par la star du secteur OpenAI
et d’autres.
Le Cun joue un rôle influent au sein de Meta. En 2015, il a contribué à
l’ouverture du laboratoire d’intelligence artificielle FAIR à Paris, une
première en France à l’époque, motivée par sa conviction qu’il existait un
vivier de talents inexploités dans la capitale française.
Près de dix ans plus tard, d’anciennes entreprises issues de ce laboratoire ont
essaimé dans toute l’Europe de l’intelligence artificielle. Antoine Bordes, qui
était le codirecteur général de FAIR, travaille pour la start-up de défense
Helsing, et un autre employé, Timothée Lacroix, est aujourd’hui cofondateur et
directeur de la technologie de Mistral AI.
Le Cun est également un fervent défenseur de la technologie. On peut croiser
dans Paris avec sa paire de Ray-Ban dopées à l’IA, que Meta hésitait à
commercialiser en Europe pour des questions réglementaires.
Le Français n’a jamais été un prophète de l’apocalypse de l’IA, soutenant qu’une
approche open source ne peut que permettre à cette technologie d’évoluer d’une
manière bénéfique pour l’humanité, même si elle a également été considérée comme
bénéfique pour la Chine, où l’open source a contribué à alimenter la création du
chatbot DeepSeek. Dans sa défense de l’open source, Le Cun s’est opposé au
fondateur de SpaceX, Elon Musk, sur les réseaux sociaux, avant le virage récent
de Meta qui s’est rangée derrière l’administration du président Trump aux
Etats-Unis.
L’ÉMINENCE GRISE DE LONDRES : MATT CLIFFORD
Matt Clifford est le Monsieur Technologie du gouvernement britannique. A 39 ans,
cet originaire de Bradford préside l’ARIA, l’agence de financement de
l’innovation technologique du pays. Il a contribué à mettre sur pied l’AI Safety
Institute sous le précédent gouvernement, et conseille désormais le nouveau pour
appliquer le “plan d’action pour les opportunités de l’IA”, dont il est
l’auteur.
Il a joué un rôle crucial dans l’AI Safety Summit, le premier sommet consacré à
la sécurité de l’IA, qui s’est tenu à Bletchley Park en novembre 2023,
parcourant le monde en tant que représentant du Premier ministre de l’époque
Rishi Sunak.
Par la suite, l’ancien consultant de McKinsey a repris son activité
d’investisseur dans des start-ups de la tech. Lorsque le gouvernement de Sunak
est tombé aux élections de l’année dernière, la nouvelle équipe travailliste au
pouvoir a fait appel à lui.
Clifford s’est entretenu à plusieurs reprises avec le ministre de la
Technologie, Peter Kyle, ce qui l’a amené à être chargé d’élaborer un plan
d’action pour l’IA au cours de l’été. Celui-ci a finalement été publié en
janvier et constituera la ligne directrice de la politique britannique en
matière d’IA. Le gouvernement a accepté l’ensemble de ses 50 recommandations, et
Peter Kyle conseille désormais Downing Street une fois par semaine sur sa mise
en œuvre.
Emmanuel Macron n’a pas abandonné son ambition d’être le cerveau de la stratégie
française — et européenne — en matière d’IA. | Oliver Bunic/Getty Images
Aucun autre spécialiste de la technologie n’étant proche de Downing Street, la
cote de Clifford ne cesse de grimper.
Bien qu’il ne soit pas rémunéré pour son travail au sein du gouvernement, il a
fait l’objet d’une série de mises au point à son encontre en raison de conflits
d’intérêts présumés. Sa recommandation de réformer le régime des droits d’auteur
a suscité l’ire des éditeurs et des ayants droit.
LE RÉGULATEUR : KILIAN GROSS
L’année dernière, l’Union européenne a fait figure de précurseur au niveau
mondial en adoptant l’AI Act, un règlement contraignant qui régit les systèmes
d’IA présentant les risques les plus élevés. Kilian Gross, ancien de la
Commission européenne, a été l’un des principaux artisans de la mise en œuvre
rapide de cette législation.
Il dirige l’unité chargée de la réglementation et de la conformité en matière
d’IA au sein du Bureau européen de l’IA, un groupe clé qui accompagne la mise en
œuvre de l’AI Act. Si Lucilla Sioli, la patronne de cet organisme, est le visage
de la Commission pour tout ce qui concerne la réglementation de l’IA, Kilian
Gross n’est jamais très loin pour intervenir lorsque les choses deviennent
techniques.
Avocat en droit de la concurrence, il a aussi, au cours de son quart de siècle
au sein de l’exécutif européen, travaillé sur les politiques du numérique, de
l’énergie, de la fiscalité et sur les aides d’Etat. Gross a également conseillé
Günther Oettinger, lorsqu’il était commissaire à l’Energie et au Logement.
Gross a parcouru Bruxelles pour rencontrer des lobbyistes et des entreprises de
la tech pour leur expliquer les règles ou écouter leurs plaintes sur la lourdeur
de ces dernières. Ses nerfs pourraient être mis à rude épreuve au cours des
dix-huit prochains mois, à mesure que les règles de l’UE en matière d’IA
entreront progressivement en vigueur.
LE SCIENTIFIQUE : YOSHUA BENGIO
Alors que les décideurs politiques réglementent la manière dont les entreprises
d’IA gèrent les risques liés à la technologie, l’étape précédente — identifier
ces risques — est le terrain de jeu de l’expert canadien en informatique Yoshua
Bengio.
Comptant parmi les “parrains de l’IA”, avec Hinton et Le Cun, Bengio est une
voix influente dans le débat sur les risques de l’IA et les réponses
potentielles à y apporter.
Dans la perspective du Sommet de Paris, Bengio a dirigé les travaux d’un rapport
sur la sécurité de l’IA rédigé par 96 scientifiques, qui sera au centre des
débats lors de l’événement. Son message : avant de commencer à traiter les
risques, nous devons ouvrir les boîtes d’IA et exiger des entreprises qu’elles
fassent preuve de plus de transparence sur le fonctionnement de leurs modèles.
Bengio est également sollicité pour des travaux réglementaires. Le Bureau de
l’IA de la Commission européenne l’a désigné comme l’un des experts
universitaires chargés de rédiger un ensemble de règles volontaires pour les
modèles d’IA grand public les plus avancés. Cette initiative est toutefois
menacée depuis que Google et Meta ont attaqué la manière dont les règles sont
rédigées.
LA DISSIDENTE : MEREDITH WHITTAKER
En tant que chercheuse influente en éthique de l’IA chez Google, Meredith
Whittaker a insisté pour que l’entreprise en fasse plus sur les dommages
potentiels de l’intelligence artificielle. Elle est aujourd’hui à la tête de la
fondation à but non lucratif à l’origine de l’application de messagerie cryptée
Signal et conseillère auprès de l’AI Now Institute. Mais elle reste une voix
importante pour demander des comptes aux grandes entreprises de la tech et
contrer la popularité médiatique de l’IA.
Whittaker a quitté Google en 2019 après avoir mené une série de débrayages pour
protester contre les comportements répréhensibles sur le lieu de travail. Elle a
depuis averti que les systèmes d’IA existants peuvent inclure des ensembles de
données biaisés qui ancrent les préjugés raciaux et sexistes — un problème qui
nécessite une action immédiate de la part des régulateurs.
En France, Mistral AI a ainsi tenté d’établir des partenariats avec l’AFP et
l’armée. | Bertrand Guay/Getty Images
Elle a également fait campagne contre les tentatives de briser le chiffrement et
a mis en garde contre le pouvoir de marché d’une poignée d’entreprises
américaines sur l’IA. Jusqu’à récemment, elle avait même un rôle auprès des
régulateurs : elle était conseillère senior en matière d’IA auprès de Lina Khan,
qui a présidé la Federal Trade Commission des Etats-Unis de 2021 à 2025.
LE PRÉSIDENT : EMMANUEL MACRON
S’il a été privé de gouvernement après les élections législatives qu’il a
convoquées l’année dernière, Emmanuel Macron n’a pas abandonné son ambition
d’être le cerveau de la stratégie française — et européenne — en matière d’IA.
Hôte du Sommet pour l’action sur l’IA, le président français s’active depuis des
semaines pour tenter d’embarquer les pays européens dans une stratégie
d’innovation plus agressive — mais aussi pour attirer en France contrats et
investissements. Il a ainsi multiplié les échanges avec les patrons français,
européens et les chercheurs pour polir la vitrine de l’IA tricolore et renforcer
l’attractivité nationale.
Son intérêt pour l’IA n’est pas nouveau : dès 2018, il a lancé une stratégie
nationale, intitulée “AI for Humanity”, visant à positionner la France comme un
leader mondial dans ce domaine. Cette initiative en trois volets est destinée à
financer la recherche, l’innovation et la formation.
Mais l’annonce du projet “Stargate”, abondé à hauteur de plusieurs milliards de
dollars, aux Etats-Unis, ainsi que l’émergence de l’IA chinoise DeepSeek ont
achevé de convaincre Emmanuel Macron de soutenir les entreprises françaises, en
particulier Mistral AI, start-up d’IA générative sur laquelle la France compte
pour rivaliser avec OpenAI.
Dans le même temps, le président n’a pas abandonné l’ambition de faire de Paris
une plateforme d’échange multilatéral, censée promouvoir l’accès de l’IA à tous
les pays, notamment au Sud global.
Alors que l’Europe tente de se faire une place dans une course dominée par les
Etats-Unis et la Chine, Emmanuel Macron a essayé d’attirer de nouveaux alliés,
allant même jusqu’à demander au Premier ministre indien Narendra Modi de
coprésider le sommet parisien.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS — Pour faire tourner les datacenters, moteurs de l’intelligence
artificielle, et attirer les investissements, le gouvernement rappelle que la
France dispose d’une énergie abondante, décarbonée et pilotable. Des arguments
qui ont suffit à convaincre la start-up Mistral AI d’implanter son prochain
centre de données dans l’Hexagone.
“Nous avons choisi la France car elle dispose d’une électricité décarbonée et
très compétitive”, a expliqué son directeur Arthur Mensch, dans un entretien à
POLITICO. Même son rival américain Sam Altman d’OpenAI a mis en avant cet atout,
dans une tribune au Monde samedi. Sans annoncer d’investissements en France à ce
stade.
En cause : l’empilement des demandes de tous types sur le bureau du gestionnaire
de réseau, RTE. Ce dernier est tenu par la loi de répondre à toutes les
sollicitations. “Les délais de réalisation de nos projets de datacenters sont
passés de deux à trois ans en moyenne à plus de cinq ans et même parfois sept
ans”, témoigne le patron de Data4, Olivier Micheli.
“En France, il n’y a pas de problème de production d’électricité, puisque nous
en exportons beaucoup, mais bien de réseaux de distribution”, abonde son
concurrent Fabrice Coquio de Digital Realty. Il cite l’exemple de la région
marseillaise déjà saturée, dans l’attente d’une nouvelle ligne haute tension.
Comme d’autres opérateurs de datacenters, il reproche à RTE, et plus largement
aux pouvoirs publics, d’avoir mal anticipé l’évolution des usages et de la
consommation électrique, et donc d’avoir sous-investi dans les réseaux.
A tel point que les critères de sélection de l’emplacement des datacenters se
sont complètement inversés : l’idée n’est plus de faire venir l’électricité aux
datacenters, mais plutôt de construire les datacenters près de l’électricité et
des centrales.
De son côté, RTE relativise l’embouteillage de demandes, qui représente environ
neuf gigawatts sur les deux dernières années rien que pour les datacenters. Le
gestionnaire de réseau souligne que de nombreux projets ne se concrétisent pas,
et que certains font plusieurs demandes en parallèle dans différentes régions.
Même son de cloche du côté de l’Elysée. “On a ce phénomène très fort d’annonce,
[mais] il y a des projets plus ou moins crédibles, plus ou moins financés”,
reconnaît une conseillère élyséenne, qui évoque des “projets parfois fictifs”.
Autre constat : les porteurs de projets ont tendance à surestimer leur
consommation d’électricité. Les opérateurs signent en effet des accords avec RTE
pour sécuriser à l’avance une puissance électrique à un horizon plus ou moins
lointain, mais n’utilisent actuellement que 20 à 30% de la puissance qu’ils ont
souscrite. A Marcoussis, Data4 a ainsi signé pour 250 mégawatts, mais n’en
utilise pour l’instant que 150.
“Nos hypothèses de demandes de raccordement sont donc assez prudentes, pour
tenir compte des nombreuses incertitudes sur ce type de nouveaux consommateurs”,
indique une porte-parole de RTE.
Un embouteillage artificiel auquel RTE entend mettre un terme en réaffectant des
puissances électriques non utilisées. Un travail mené en lien avec le régulateur
de l’énergie, la CRE : elle a pris une première décision en ce sens qui entrera
en vigueur au 1er août. Le gestionnaire promet d’autres avancées jeudi,
annoncées lors de la présentation de son schéma décennal de développement du
réseau.
Les opérateurs de datacenters et leurs investisseurs pourront discuter
directement de ces sujets, ce lundi 10 février, avec les patrons de RTE et
d’EDF, plusieurs ministres, mais aussi le président Emmanuel Macron, bien décidé
à accueillir les infrastructures qui font carburer l’IA.
Parmi les invités de cette réunion à l’Elysée, on retrouve les deux géants
américains Equinix et Digital Realty, le français Data4, les fournisseurs de
cloud et d’IA Microsoft et Google, l’inévitable Arthur Mensch, ainsi que des
investisseurs comme Apollo, JP Morgan, ou encore MGX, le fonds émirati au coeur
du deal à plusieurs dizaines de milliards d’euros signé jeudi entre la France et
les Emirats arabes unis.
35 SITES “CLÉS EN MAIN”, VRAIMENT ?
Pour lancer les discussions, qui se poursuivront bien après cette première
réunion selon l’Elysée, l’exécutif met sur la table une liste de sites
particulièrement adaptés aux datacenters et “clés en mains”. Ces sites, dont
certains sont d’anciennes usines ou friches de la SNCF, sont censés réunir tous
les prérequis : la disponibilité du foncier, le raccordement effectif au réseau
électrique et la connectivité en fibre optique. Enfin presque. Si certains
seront prêts dès cette année, la plupart ne le seront qu’à partir de 2027, voire
2030.
La liste communiquée par l’Elysée comptabilise 35 sites, dont certains pourront
grimper jusqu’à un gigawatt de puissance. Huit sont situés en Ile-de-France, une
région appréciée pour sa proximité avec les grandes entreprises. Mais aucun à
Marseille. Pourtant la localisation de la cité phocéenne est considérée comme
idéale : y atterrissent de nombreux câbles sous-marins qui connectent l’Europe,
l’Afrique et le Moyen-Orient.
Reste à savoir si ces sites candidats sont véritablement nouveaux et attractifs.
“C’est en partie du réchauffé”, analyse un acteur du cloud. Plus optimiste, le
patron d’Equinix en France, Régis Castagné, estime que “tous les sites
n’intéresseront pas tous les acteurs” mais que la pré-identification par le
gouvernement constitue “déjà une grande avancée”, reprochant un manque de
transparence de RTE sur “les sources d’électricité disponibles”.
Selon lui, l’éloignement de certains sites proposés avec les grands centres
urbains et les points d’atterrissages des câbles sous-marins n’est d’ailleurs
pas forcément dissuasif, dans la mesure où les entreprises du cloud et de l’IA
“sont moins sensibles à la problématique de la latence” que ne le sont les
banques, par exemple.
DE L’AMOUR ET DES PREUVES D’AMOUR
Portés par le soutien affiché du gouvernement, les opérateurs se sentent donc
pousser des ailes, mais attendent tout de même de voir si celui-ci tiendra
parole et fera le nécessaire pour lever d’autres freins à leur implantation. A
commencer par les formalités administratives : permis de construire,
autorisations environnementales, demandes de raccordement électrique…
Le projet de loi de simplification, maintes fois reporté, doit faire rentrer les
grands projets de datacenters dans la catégorie des “projets industriels
d’intérêt majeur”. Un sésame qui pourrait accélérer certaines procédures et leur
faire gagner de précieuses places dans la file d’attente de RTE. Lequel propose
aussi de modifier une circulaire datant de 2002 afin de raccourcir la durée des
concertations préalables, histoire de gagner quelques mois.
A condition de ne pas placer la barre trop haut. Data4 milite par exemple pour
fixer le seuil d’éligibilité des projets à partir d’une puissance électrique de
100 mégawatts. Equinix attend lui aussi beaucoup de cette loi : il ne prévoit
pas d’annoncer d’investissements avant d’obtenir ce statut coupe-file, et des
garanties sur le prix de l’électricité.
PARIS — Bien qu’elle ne maîtrise pas toutes les technologies nécessaires au
développement de systèmes d’intelligence artificielle, la France doit a minima
créer ses propres algorithmes. C’est, en substance, le message passé par le
directeur de l’agence ministérielle française pour l’IA de défense, lors d’un
entretien avec POLITICO, en marge du Sommet français sur l’IA.
“On est obligé de faire tout ce qui a trait aux algorithmes, entraînements et
modèles. C’est le b.a.-ba. Si on ne sait pas faire ça, alors ça ne sert à rien
de monter une agence”, souligne Bertrand Rondepierre. Cette capacité à concevoir
ses propres algorithmes est “non négociable”.
L’agence qu’il dirige, connue sous le nom d’AMIAD, a été créée en mai 2024. Elle
dispose d’un budget annuel de 300 millions d’euros et emploie déjà plus de 100
personnes, sur un objectif de 300. Ses ingénieurs travaillent sur des questions
allant de la lutte anti-drones au développement de grands modèles de langage,
pour résumer des centaines de pages de documents et aider à la planification
militaire.
En matière d’IA militaire, les ambitions hexagonales sont élevées : le mois
dernier, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a indiqué qu’il souhaitait,
dès cette année, positionner la France parmi les leaders mondiaux. En septembre,
l’AMIAD recevra d’ailleurs un supercalculateur, décrit par Lecornu comme le plus
puissant classifié en Europe.
Ce supercalculateur de défense a été commandé à Orange et Hewlett-Packard. Un
duo franco-américain préféré au français Atos. Si la décision a suscité un
certain émoi, la polémique a rapidement été désamorcée par Lecornu : l’offre
concurrente d’Atos n’était pas non plus totalement souveraine, car l’entreprise
française achète ses puces aux États-Unis.
MAÎTRISER LES BRIQUES TECHNOLOGIQUES
L’autonomie de la France, et de l’Europe, dans le développement de l’IA est
cependant limitée. Les processeurs graphiques de l’entreprise américaine Nvidia
et son logiciel CUDA — qui sont essentiels pour permettre des performances
informatiques élevées — dominent en effet le marché occidental.
“Sur cette couche, il y a une question de monopole international qui rend les
choses compliquées”, souligne Bertrand Rondepierre, en faisant spécifiquement
référence à l’entreprise américaine. Son agence étudie comment elle pourrait
“descendre dans les couches” pour maîtriser davantage de briques technologiques
: “Pas la partie cloud, car notre rôle n’est pas de faire du stockage de
données, mais tout ce qui est lié au logiciel”, détaille-t-il.
L’AMIAD travaille également sur un partenariat avec la start-up française
d’intelligence artificielle Mistral. “J’ai besoin d’avoir accès à des modèles de
classe mondiale”, justifie-t-il. Et d’ajouter : “Le partenariat ne consiste pas
seulement à donner de l’argent. C’est une logique de co-construction”. Mistral
donne à l’AMIAD l’accès à la technologie, et l’agence donne à Mistral l’accès au
ministère de la Défense. C’est une situation “gagnant-gagnant”.
Ce partenariat s’inscrit dans une tendance plus large qui voit plusieurs
entreprises technologiques se rapprocher des ministères de la Défense ou des
Armées. La semaine dernière, Google a ainsi renoncé à sa promesse de ne pas
déployer l’IA dans le domaine de l’armement.
“Il n’y a plus de séparation entre la technologie et la défense, alors
qu’auparavant, les mettre dans la même phrase était un peu une hérésie”, juge
Bertrand Rondepierre, qui a passé cinq ans au laboratoire de recherche en IA
DeepMind de Google avant de rejoindre l’AMIAD.
Il reconnaît toutefois que l’armée n’est pas à la pointe de l’innovation en
matière d’IA. “Il faut avoir l’humilité de se dire que ce n’est pas le militaire
qui va tirer le domaine civil. L’enjeu, c’est que le militaire suive la
technologie civile et éventuellement la dépasse”, conclut-il.
Emile Marzolf et Laurens Cerulus ont contribué à cet article.
Elus, lobbyistes, membres du gouvernement ou hauts fonctionnaires… Tous
construisent, inspirent, voire infléchissent, au quotidien les politiques du
numérique. POLITICO a listé la crème de la crème : voici les 42 personnes les
plus influentes du moment, sur les sujets liés à la régulation de la tech et au
développement du numérique en France.
1. XAVIER NIEL
Fondateur d’Iliad
Après des années de labeur, Xavier Niel a décidé de s’amuser et il le fait
savoir. Son livre, “Une sacrée envie de foutre le bordel” affiche clairement la
couleur — Orange comme la couverture, référence à l’opérateur historique
bousculé par l’iconoclaste homme d’affaires. Il se paye aussi le culot de monter
sur scène, à L’Olympia, devant un parterre de fans conquis, pour raconter son
parcours et ses choix entrepreneuriaux, aussi agressifs que visionnaires.
Rappelez-vous, le milliardaire, autodidacte, a fait ses premiers pas dans le
minitel rose, avant d’exploser dans les télécoms en proposant la première offre
« triple play » française, puis un forfait mobile illimité qui pousse la
concurrence à casser les prix. Depuis, Niel met des billes un peu partout : dans
la french tech (Deezer, Sorare, Alan… ou encore l’incubateur Station F), les
médias (le groupe Le Monde, la société de production Mediawan), la formation
(école 42). Pour l’heure, seule la télévision lui résiste encore. En 2023, il
échoue à obtenir une fréquence TNT face à TF1 et M6, toutes deux candidates à
leur renouvellement. Gageons qu’il n’a pas dit son dernier mot.
2. HENNA VIRKKUNEN
Vice-présidente exécutive de la Commission européenne, chargée de la
souveraineté numérique, de la sécurité et de la démocratie
Notre classement ne pouvait pas faire l’impasse sur celle qui a remplacé Thierry
Breton dans le cœur des acteurs de la Tech. Si sa lettre de mission cite, en
premier lieu, le soutien aux “technologies de pointe” et à l’intelligence
artificielle, la nouvelle commissaire au numérique sera aussi chargée du cloud,
des semi-conducteurs, des réseaux, de la cybersécurité, du e-commerce, ou encore
des droits d’auteur. Elle devra également veiller à la bonne mise en œuvre des
règlements sur les services numériques et sur les marchés numériques. Henna
Virkkunen aura autorité sur la direction générale des réseaux de communication,
du contenu et des technologies (DG CNECT). Un portefeuille légèrement différent
de celui de son prédécesseur, qui avait hérité du Marché intérieur et des
services (DG GROW).
3. CLARA CHAPPAZ
Secrétaire d’Etat chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique
Startuppeuse, directrice de la mission French Tech de 2021 à 2024… Sur le
papier, la secrétaire d’Etat au numérique du gouvernement Barnier à tout pour
plaire à l’écosystème de l’innovation. Son portefeuille, logé à la recherche et
plus à Bercy, est pourtant une petite révolution. Une décision qui laisse
songeur. Pour certains, c’est le signe que le gouvernement penche désormais pour
une approche moins sociétale et économique, davantage centrée sur la recherche
fondamentale. Pour d’autres, c’est un choix peu lisible, qui pourrait bien
amoindrir le poids du secrétariat d’Etat en interministériel.
Son agenda politique est tout tracé : à charge pour elle de mener à bien le
sommet sur l’intelligence artificielle, que la France accueillera les 10 et 11
février 2025. L’événement, piloté par l’Elysée, réunira chefs d’État et de
gouvernements, dirigeants d’entreprises, chercheurs, ONG, artistes et membres de
la société civile.
4. BENOÎT LOUTREL
Membre du collège de l’Arcom
Polytechnicien, il est le “Monsieur Plateformes” de l’Arcom. Et pour cause : il
maîtrise aussi bien les contenus que les tuyaux. Benoît Loutrel a été
successivement directeur de la régulation des marchés fixes et mobiles,
directeur général adjoint et directeur général de l’Arcep. Après une brève
incursion aux affaires publiques de Google, il s’est lancé, en mars 2019, dans
une mission sur la régulation des réseaux sociaux, confiée par l’Elysée.
L’objectif : entrouvrir le capot de Facebook, dont la politique de modération
était alors sous le feu des critiques. En 2021, Benoît Loutrel rejoint le
collège de l’Arcom, où il préside le groupe de travail sur les plateformes
numériques. Son franc-parler y fait des étincelles : il n’hésite pas à
interpeller les plateformes, dont il critique le manque de transparence.
5. ANNE BOUVEROT
Envoyée spéciale d’Emmanuel Macron pour l’AI action summit
Dans la foulée d’une première édition britannique du sommet de l’intelligence
artificielle (IA) centrée sur ses dangers, Anne Bouverot doit organiser la
prochaine édition, prévue en France en février 2025. Son objectif : porter une
vision française de l’IA, à savoir une approche centrée sur les bénéfices de
l’innovation, tout en encourageant une “gouvernance mondiale”.
Après 18 ans chez Orange, Anne Bouverot est désormais présidente du conseil
d’administration de l’Ecole normale supérieure (ENS) et s’est spécialisée sur
les impacts sociétaux de l’IA. Elle est devenue, depuis un an, l’un des rouages
de la politique française en matière d’intelligence artificielle, en étant l’une
des principales plumes du rapport — ambitieux et dispendieux — qui devait guider
l’action du gouvernement en la matière.
6. ARTHUR MENSCH
Fondateur de Mistral AI
Alors que sa start-up a atteint une valorisation de 5,8 milliards d’euros en à
peine un an, Arthur Mensch porte sur ses épaules les espoirs français dans le
domaine de l’intelligence artificielle (IA) générative. Il est à ce titre devenu
une voix très écoutée des décideurs politiques. Passé par l’Ecole Polytechnique,
l’Ecole normale supérieure et Google Deepmind, Arthur Mensch se veut désormais
avocat de l’écosystème français de l’IA – notamment face aux réglementations
jugées trop strictes, règlement européen sur l’IA en tête.
Arthur Mensch peut appuyer ses arguments sur la solide trajectoire de sa
start-up. Depuis son lancement, Mistral AI a dévoilé de nouveaux modèles à un
niveau soutenu et recruté, en France et aux Etats-Unis, une soixantaine de
personnes. Arthur Mensch l’assure cependant : malgré son étirement d’un côté à
l’autre de l’Atlantique, la start-up restera française.
7. RACHIDA DATI
Ministre de la Culture
Ministre plus politique que technique, Rachida Dati a rapidement pris position
sur l’intelligence artificielle à son arrivée rue de Valois, en janvier 2024.
“Il n’y a pas de raison que [le droit d’auteur] ne soit pas rémunéré, simplement
parce que c’est noyé par l’intelligence artificielle”, déclarait-elle en mars,
lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Fervente défenseure des créateurs —
qui le lui rendent bien et ont massivement salué sa reconduction à la Culture au
sein du gouvernement Barnier —, elle n’a pas hésité à monter au créneau pour
ajouter un volet culturel au menu du sommet sur l’intelligence artificielle.
Parmi ses priorités, la ministre a aussi placé très haut la mise en œuvre des
propositions issus des états généraux de l’information (EGI), qu’elle espère
traduire en projet de loi courant 2025.
8. BENOÎT COEURÉ
Président de l’Autorité de la concurrence
Peu connu du grand public lorsqu’il est propulsé à la tête du régulateur, Benoît
Coeuré est un économiste passé par la Banque centrale européenne (BCE) et la
direction du Trésor. Celui qui a succédé à Isabelle de Silva a fait du numérique
(et de l’environnement) sa priorité. Au cours des derniers mois, l’autorité
s’est notamment positionnée sur le secteur du cloud et sur l’intelligence
artificielle générative.
9. JOHANNA BROUSSE
Cheffe de la section J3 du parquet de Paris
Elle est l’un des visages de la lutte contre la cybercriminalité, et des deux
coups de filet qui ont secoué le secteur au cours de l’année 2024. Johanna
Brousse est cheffe de la section J3 du parquet de Paris, qui a été à la manœuvre
lors du blocage du site coco.gg, connu pour héberger des activités illégales.
Plus retentissant : cette section est aussi à l’origine de l’arrestation du
patron de Telegram, Pavel Durov, à la fin de l’été.
A la tête de la section cybercriminalité depuis 2021, la tenace magistrate de 40
ans à peine est ainsi au cœur d’un nouveau chapitre de la régulation du web :
certains patrons de plateformes sont désormais mis face à leur responsabilité
judiciaire.
10. CHANTAL RUBIN
Cheffe du pôle Régulation des plateformes numériques à la direction générale des
entreprises (DGE)
C’est la papesse de la régulation des plateformes. Passée par le régulateur de
l’énergie, Chantal Rubin a rejoint la direction générale des entreprises il y a
20 ans, où elle a fait de la tech sa spécialité. Désormais cheffe du pôle
“Régulation des Plateformes numériques”, cette grande serviteure de l’Etat est
autant incontournable pour le secteur qu’inconnue du public. Elle était ainsi en
première ligne, au côté de son homologue de la Culture Laure Durand-Viel (passée
depuis au secrétariat général du gouvernement), pour définir la position de la
France lors des négociations sur les règlements sur les marchés et les services
numériques (connus sous le petit nom de DSA et DMA).
11. PIERRE-ÉDOUARD STÉRIN
Fondateur de Smartbox et d’Otium Capital
Pierre-Edouard Stérin ne cache plus, ces derniers mois, ses ambitions
politiques. Avec l’appui d’Otium Capital, fond d’investissement qui abonde la
French Tech depuis des années, et du Fonds du Bien Commun, son organisation
philanthropique, Pierre-Edouard Stérin a mis sur pied le “projet Périclès” censé
permettre l’accès au pouvoir d’une droite conservatrice, en misant notamment sur
le Rassemblement national (RN). S’il a échoué à racheter l’hebdomadaire Marianne
après avoir essuyé les tirs de barrage de la rédaction, le milliardaire
catholique qui réside en Belgique n’abandonne pas pour autant ses ambitions dans
les médias. Il cherche plus largement des leviers pour peser sur l’opinion
publique pour mener sa “bataille culturelle”.
12. VINCENT STRUBEL
Directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes
d’information
C’est un pur produit de l’Anssi que Vincent Strubel. Ingénieur X-Télécoms,
membre du corps des Mines, il a fait de la sécurité des systèmes d’information
sa spécialité. Il rejoint l’agence en 2009 comme chef du laboratoire
architectures matérielles et logicielles. Il occupe ensuite les postes de
responsable des expertises, puis Opérateur des systèmes d’information
interministériels classifiés, avant d’être nommé directeur général, en 2023.
13. ARTHUR DELAPORTE ET STÉPHANE VOJETTA
Député PS du Calvados et député EPR des Français établis hors de France
Adversaires en politique, ces deux élus ont trouvé un terrain d’entente :
réguler le secteur de l’influence. Arthur Delaporte (PS) et Stéphane Vojetta
(EPR) ont porté ensemble la loi qui encadre les activités des créateurs de
contenus. Une collaboration semble-t-il concluante, puisque les deux députés
entendent remettre le couvert. Ils prévoient en effet déposer une nouvelle
proposition de loi d’ici la fin de l’année, qui s’attaquera aux angles morts de
la loi sur l’influence, notamment à la question de l’alcool et de sa promotion
sur des réseaux sociaux, prisés des plus jeunes.
14. PAVEL DUROV
Fondateur et dirigeant de Telegram
Son arrestation cet été à l’aéroport du Bourget a été un événement mondial.
Depuis, celui qui ne venait en France qu’occasionnellement a dû prendre ses
habitudes à Paris, où il doit pointer au commissariat deux fois par semaine.
Défenseur autoproclamé de la liberté d’expression, Pavel Durov a connu une
trajectoire sinueuse. Après avoir lancé le “Facebook russe” Vkontakte dans son
pays natal, Pavel Durov a créé Telegram, plateforme de messagerie à la
modération quasi-absente. C’est elle et les contenus illégaux qui y pullulent
qui lui valent désormais d’être poursuivi par la justice française.
Cela n’empêche pas Paul du Rove — le nom qu’il a choisi au moment d’acquérir la
nationalité française en 2021, avec la bénédiction d’Emmanuel Macron — de
continuer à contrôler Telegram depuis Paris. Il cultive parallèlement ses
réseaux d’affaires en France, dans l’attente de nouveaux rebondissements
judiciaires.
15. FLORENCE PHILBERT
Directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC)
Ancienne présidente d’un financeur du cinéma, cette conseillère-maître à la Cour
des comptes a été nommée au ministère de la Culture en janvier 2020. Son
périmètre touche de près à la régulation du numérique : sa direction s’est en
effet dotée, fin 2020, en pleines négociations des règlements sur les services
et les marchés numériques, d’une “délégation à la régulation des plateformes”.
Sa mission : assurer une veille technologique et analyser l’évolution des
modèles économiques des plateformes. Une expertise précieuse lorsqu’il faudra
mettre en musique les états généraux de l’information, qui prévoient un volet
sur la publicité en ligne.
16. YANN LE CUN
Chef de la recherche en IA chez Meta
Pionnier de l’intelligence artificielle, ce chercheur français dirige la
recherche en IA de Meta, qu’il a rejoint dès 2013 pour ouvrir le premier
laboratoire du groupe à New York. Lauréat du prix Turing 2018, considéré comme
le Nobel de l’informatique, il est aujourd’hui érigé en star de l’IA et déplace
les foules à chacune de ses conférences. Chez Meta, Yann Le Cun bénéficie d’une
grande liberté de parole et d’action. En juin dernier, sur X, il n’a pas hésité
à interpeller Elon Musk pour dénoncer “la façon dont il traite ses
scientifiques”, qui publient trop rarement leurs avancées en leur nom. En 2018,
le chercheur a quitté son poste opérationnel pour se (re)concentrer sur la
recherche.
17. BENOIT TABAKA
Directeur des affaires publiques de Google France
Il est connu comme le loup blanc dans le petit monde du numérique. Rien
d’étonnant : du Forum des droits sur l’internet au secrétariat général du
Conseil national du numérique, en passant par les affaires publiques du groupe
PriceMinister, Benoit Tabaka a enfilé bon nombre de casquettes au cours de sa
carrière. A la tête des affaires publiques de Google France depuis 2018, il a su
tisser une relation apaisée avec les pouvoirs publics (ministres,
parlementaires, mais aussi collectivités locales), privilégiant le dialogue
permanent à l’opposition de principe.
18. CORINE DE BILBAO
Présidente de Microsoft France
Après 28 ans au sein du groupe General Electric, dont trois à la présidence de
GE France, elle a pris les rênes de la filiale française du géant de
l’informatique en juillet 2021. Une arrivée qui a pu surprendre dans les rangs
de la tech. « J’aime sortir de ma zone de confort », résume-t-elle dans une
interview au Monde.
A la tête de Microsoft, elle doit mener à bien la construction, en France, de
data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Un investissement de 4
milliards d’euros, annoncé en mai dernier à l’occasion du sommet Choose France.
Un choix qui n’a rien d’anodin et permet à l’entreprise américaine de donner des
gages à la France en matière de sécurité et de souveraineté de la donnée.
19. HENRI VERDIER
Ambassadeur pour le Numérique
Nommé en octobre 2018, Henri Verdier apparaît comme un électron libre au sein du
très feutré Quai d’Orsay. Il faut dire que son parcours détonne parmi les
diplomates : chantre de l’open data et de la transformation numérique de l’Etat,
il fut directeur d’Etalab, puis a pris la tête de la direction du numérique de
l’État.
Depuis six ans, l’ambassadeur s’est surtout démarqué en accompagnant les
obsessions du président Macron : appel de Christchurch pour lutter contre la
diffusion de contenus terroristes, Lab de protection de l’enfance… Des
initiatives qui ont marqué les esprits, mais peinent à exister dans la durée. Le
sommet parisien sur l’IA sera une nouvelle occasion de prouver la pertinence
d’une diplomatie du numérique à la française.
20. DANIEL KŘETÍNSKÝ
PDG de Czech Media Invest
A la tête d’un empire de près de 10 milliards d’euros, l’homme d’affaires
tchèque a fait fortune dans l’énergie, en prenant le contrôle, aux côtés de la
Slovaquie, du gazoduc Eustream. Depuis, il n’a cessé de s’étendre, rachetant
successivement Metro en Allemagne, Casino et Fnac-Darty en France, Foot Locker
aux Etats-Unis, Sainsbury en Angleterre. En France, il s’est aussi imposé dans
le monde des médias et l’édition, investissant dans TF1 et M6, le magazine Elle
et Editis, numéro deux français de l’édition.
Sa dernière obsession : s’emparer d’Atos. Des vues qui ont déclenché l’ire d’une
partie de la classe politique française.
21. PAUL MIDY
Député de l’Essonne depuis 2022
Paul Midy se veut la voix des startups à l’Assemblée. L’année dernière,
l’énergique quarantenaire avait pris son bâton de pèlerin pour aller recueillir
leurs doléances dans le cadre d’une mission parlementaire sur le soutien à
l’investissement dans les start-up et les PME innovantes. Il va désormais devoir
défendre leurs acquis dans une période de disette budgétaire.
Ancien rapporteur spécial du projet de loi visant à sécuriser et réguler
l’espace numérique (SREN), Paul Midy est également partisan de la manière forte
pour s’attaquer aux délits en ligne. Après avoir agité le secteur en proposant
une levée de l’anonymat en ligne — une notion contestée — il a poussé l’an
dernier en faveur d’un système d’identité numérique. Un sujet qui pourrait
revenir à l’agenda, alors que l’enjeu de la protection des mineurs en ligne
s’impose dans les débats au niveau français et européen.
22. MARIE-LAURE DENIS
Présidente de la Cnil
Conseillère d’Etat, Marie-Laure Denis est présidente de la Commission nationale
de l’informatique et des libertés depuis février 2019. Cette haute fonctionnaire
a consacré 20 ans de carrière à la régulation au sein d’autorités
administratives indépendantes : le Conseil supérieur de l’audiovisuel (devenu
l’Arcom) jusqu’en 2011, le régulateurs des télécoms (l’Arcep) jusqu’en 2017, et
la Commission de régulation de l’énergie de 2017 à 2019. Renouvelée en novembre
2023, elle a placé parmi ses priorités la protection de l’enfance en ligne et
l’éducation au numérique, la régulation de l’intelligence artificielle, ou
encore la prévention des risques cyber.
23. PASCAL ROGARD
Directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques
Cet inlassable défenseur de “l’exception culturelle” est connu pour ses passes
d’armes avec les plateformes, et notamment TikTok qu’il menace régulièrement
d’un procès pour non-versement des droits d’auteur. Juriste de formation et
lobbyiste influent à Paris comme à Bruxelles, où il a mené le combat pour
l’adoption de la directive Copyright, Pascal Rogard a fait toute sa carrière au
service de la culture, d’abord auprès des producteurs et réalisateurs de cinéma,
puis des auteurs. Loin de s’opposer de manière systématique aux Gafam — pourvu
qu’ils paient leur dîme —, il défend une réforme de la chronologie des médias au
service du public et de l’intérêt général, quitte à braquer au sein de son
propre camp.
24. JUSTINE ATLAN
Directrice générale d’e-Enfance
Elle est incontournable sur la protection des mineurs en ligne. La directrice
générale d’e-Enfance, association qui accompagne les victimes de
cyberharcèlement, Justine Atlan a l’oreille des gouvernements, de Luc Chatel,
ministre de l’Education nationale de 2009 à 2012, à Charlotte Caubel, secrétaire
d’état à la protection de l’enfance de 2022 à 2024. Sa cause a séduit jusqu’à
Brigitte Macron, qui l’a reçue pour parler des ravages des écrans sur les jeunes
enfants.
Ces dernières années, les nombreuses législations sur la protection des mineurs
lui ont donné une opportunité en or pour porter son message. Pour elle, un
système de vérification de l’âge des internautes est indispensable, tout comme
la mise en place d’un accord parental pour l’inscription des moins de 15 ans sur
les réseaux sociaux.
25. BRIGITTE MACRON
Première dame
L’épouse d’Emmanuel Macron est une influence discrète mais persistante sur les
sujets de protection de l’enfance en ligne. Elle est sur les talons des
ministres chargés de l’Enfance et du Numérique, parfois même dans les réunions.
Les grandes plateformes l’ont bien compris. Meta, Google, TikTok… toutes ont été
nombreuses à solliciter un rendez-vous élyséen avec Brigitte Macron dans
l’espoir de convaincre la première dame de leur engagement, contre le
harcèlement en ligne notamment. Si elle n’a pas de rôle officiel, Brigitte
Macron reçoit chaque année des centaines de courriers, de parents notamment,
faisant état de situations de harcèlement en ligne. “Elle est marquée par les
rumeurs diffusées sur les réseau sociaux qui l’ont touchée personnellement et
qui ont touché son couple”, note un ancien collaborateur du Palais.
26. ALEXANDRA BENSAMOUN
Professeure de droit, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle
Membre du conseil supérieur de la propriété intellectuelle, Alexandra Bensamoun
est une spécialiste du droit d’auteur… Elle était surtout la seule représentante
de la culture au sein du comité interministériel chargé par Elisabeth Borne de
plancher sur la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle. Qu’à cela
ne tienne : sa force de persuasion lui a permis d’introduire une recommandation
sur le droit d’auteur dans les conclusions du comité. Plus récemment, elle a été
mandatée par le ministère de la Culture pour mener deux missions sur le sujet :
l’une sur les obligations de transparence incombant aux plateformes, l’autre sur
la rémunération des ayants droit. Des rapports très attendus par le secteur de
la tech, qui craint que ses recommandations ne soient un frein à l’innovation.
27. DENIS MASSÉGLIA
Député EPR du Maine-et-Loire
Le député Ensemble pour la République (EPR) Denis Masséglia se présente comme un
passionné de jeu vidéo. Il est même actif sur Twitch pour y diffuser ses parties
en direct ou y parler politique. L’élu a aussi présidé, depuis 2017, le tout
premier groupe de travail de l’Assemblée dédié à cette industrie. Il a été
rapporteur d’une partie de la loi sur l’espace numérique, s’occupant notamment
des Jonum, ces jeux Web3 ayant des caractéristiques d’un jeu d’argent. Il est
désormais rapporteur spécial de la mission Médias livre et industries
culturelles du projet de loi de finances pour 2025. Sans surprise, il est un
fervent défenseur du crédit d’impôt jeu vidéo.
28. INOXTAG
Influenceur
Vidéaste franco-algérien de 22 ans, Inès Benazzouz ne compte pas moins de 8,9
millions d’abonnés sur YouTube et 7 millions sur son compte Instagram. A la
rentrée, le youtubeur a fait vendre plus de 200 000 places pour découvrir en
salle de cinéma son documentaire “Kaizen”, qui relate son année de préparation
pour gravir l’Everest. Il a créé la polémique dans le milieu très conservateur
du cinéma en explosant les seuils prévus pour déroger à la chronologie des
médias — et ainsi diffuser une œuvre en salle et sur YouTube le lendemain. Le
Centre national du cinéma (CNC) a signalé l’infraction au procureur de la
République. Cela fait risquer au producteur et exploitant de salles MK2, qui a
organisé les diffusions, jusqu’à 45 000 euros d’amende.
30. ANNE LE HÉNANFF
Députée Horizons du Morbihan
La députée Horizons Anne Le Hénanff piaffe dans l’attente du projet de loi
“résilience” qui doit ramener dans l’actualité l’un de ses dadas, la
cybersécurité. L’élue du Morbihan est toute désignée pour rapporter ce texte,
qui adaptera le droit français à la directive européenne NIS2 — la discussion
s’annonce technique, mais très suivie par le petit milieu cyber.
Membre de la commission de la défense, Anne Le Hénanff est également attentive
au secteur du cloud. Elle s’était déjà penchée sur ce sujet abrasif lors de
l’examen du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique
(SREN) et gardera un œil sur ce dossier.
29. ROXANNE VARZA
Directrice de Station F
Peu de personnes peuvent se vanter de connaître les visages de l’écosystème des
startups français comme Roxanne Varza. Née à Palo Alto, naturalisée française,
Roxanne Varza est à la tête de l’incubateur de Station F depuis 2015. Elle avait
été repérée par le milliardaire Xavier Niel, fondateur de Station F, alors
qu’elle feuilletonnait l’actualité des jeunes pousses françaises pour le média
TechCrunch.
En parallèle de ses missions à la tête de l’incubateur, Roxanne Varza a rejoint
cette année l’équipe public-privé chargée de préparer le sommet mondial sur
l’IA, qui se tiendra en février prochain en France. Elle coordonne dans ce cadre
le volet “Innovation et culture”.
31. DAVID EL SAYEGH
Directeur général adjoint de la Sacem
Avocat de formation, il a mené la charge contre les plateformes lors des
négociations sur la directive Droit d’auteur en 2018, et, plus récemment, sur le
règlement européen sur l’intelligence artificielle. S’il ne s’oppose pas au
développement de cette technologie, David El Sayegh défend une intelligence
artificielle “régulée, transparente et vertueuse”, qui rémunère correctement les
auteurs. Il est également président du Gesac, le lobby européen des sociétés
d’auteurs et compositeurs de musique, depuis mai 2022.
32. FABRICE LAYER
Directeur des relations gouvernementales de Shein
Ancien responsable des affaires publiques du groupe de télécoms chinois Huawei,
Fabrice Layer s’attèle, depuis un an, à un nouveau défi : redorer l’image de
Shein en France. Décrié pour ses pratiques anti-environnementales et les
conditions de travail de ses ouvriers, le site de mode en ligne chinois est à la
fois dans le collimateur de la Commission européenne et des parlementaires
français. La proposition de loi sur la fast-fashion, adoptée mi-mars à
l’Assemblée nationale, doit être examinée au Sénat prochainement.
33. BRUNO PATINO
Président d’Arte et président du comité de pilotage des états généraux de
l’information
Président d’Arte, professeur associé à Sciences Po, auteur d’une dizaine de
livres… Bruno Patino est un hyperactif. Il a travaillé partout : dans le livre,
la presse, la radio, la télévision. Rien d’étonnant qu’il ait accepté, au
débotté, de remplacer Bruno Lasserre à la tête du comité de pilotage des États
généraux de l’information. Alors que les EGI ont restitué leurs travaux le 12
septembre, l’homme de médias pointe, dans Le Monde, une “marginalisation de
l’information par rapport à quantité d’autres messages, noyée par les
plates-formes numériques”. Il appelle l’interprofession à se rassembler pour
porter les propositions auprès des pouvoirs publics.
34. PHILIPPE LATOMBE
Député MoDem de Vendée
Membre de la commission des Affaires économiques, l’élu a fait de la
souveraineté numérique son cheval de bataille — il est l’auteur d’un rapport
parlementaire sur le sujet, publié en 2021. Du soutien au start-ups au transfert
de données vers les Etats-Unis, en passant par le cloud souverain, Philippe
Latombe se mobilise sur tous les fronts et appelle régulièrement à une volonté
politique forte à Paris et à Bruxelles pour protéger entreprises nationales et
citoyens.
35. GUILLAUME POUPARD
Directeur général adjoint de Docaposte
Il a passé près de huit ans à la tête de l’agence chargée de protéger des
cyberattaques les entreprises et les infrastructures numériques de l’Etat. Sous
son mandat, l’Anssi est montée en puissance, gagnant en capacité d’enquête à la
faveur des lois de programmation militaire, doublant ses effectifs, et rayonnant
à l’international.
En janvier 2023, Guillaume Poupard a rejoint Docaposte en tant que directeur
général adjoint. Il y est chargé du cyber et du cloud et demeure très investi
sur la protection des données sensibles.
36. STÉPHANIE YON-COURTIN
Députée européenne Renew
C’est l’une des eurodéputées françaises qui s’est le plus investie sur les
sujets numériques sous la Commission von der Leyen I. Elue depuis 2019,
Stéphanie Yon-Courtin a été rapporteure sur le Digital Markets Act (DMA), le
texte qui réglemente les marchés numériques, et siège aujourd’hui à la
commission Marché intérieur du Parlement européen.
Juriste de formation, elle a travaillé par le passé sur le programme MEDIA de la
Commission de Bruxelles avant de se spécialiser en droit de la concurrence. De
2007 à 2010, elle était conseillère pour les affaires internationales au cabinet
du président de l’Autorité de la concurrence Bruno Lasserre.
37. LAURE DE LA RAUDIÈRE
Présidente de l’Arcep
Pas facile de succéder à l’hyperactif Sébastien Soriano. Laure de la Raudière a
pourtant réussi à imprimer sa marque dans le secteur des télécoms. Normalienne
et ingénieur télécoms, elle a passé onze ans chez France Télécom, avant de
fonder sa société de conseil. Elue députée d’Eure-et-Loire en 2007, elle
s’investit dans les dossiers numériques et fait pas moins de neuf rapports sur
le sujet, de la neutralité du net à l’économie numérique, en passant par la
couverture du territoire. Sa nomination, début 2012, à la tête de l’Arcep,
l’autorité de régulation du secteur, surprend autant qu’elle rassemble. Ce qui a
fait pencher la balance ? “Elle est à la fois très ancrée dans la politique
locale et sait traiter de sujets techniques arides”, expliquait alors aux Echos
le ministre de l’Economie Bruno le Maire. Il aurait vivement recommandé la
députée à Emmanuel Macron.
38. PATRICK CHAIZE
Sénateur LR de l’Ain
“On ne peut pas lui reprocher de ne pas connaître ses sujets”, reconnaît une
lobbyiste souvent en désaccord avec lui. Patrick Chaize, sénateur de l’Ain, a
une obsession : les télécoms, qu’il veille à mettre à l’agenda parlementaire
aussi fréquemment qu’il le peut.
Fils d’électricien automobile, président de l’Avicca, l’association des
collectivités locales engagées dans le numérique, Patrick Chaize est dur avec
les opérateurs télécoms — il souhaite les voir améliorer la qualité des
raccordements en fibre optique — et avec les plateformes numériques. Lors des
émeutes du printemps 2023, il avait fait la demande ébouriffante que celles-ci
suppriment les contenus incitant à la violence dans les deux heures.
L’amendement avait été écarté en douceur. Patrick Chaize est un parlementaire
que l’on ménage, tant dans le secteur télécoms que du côté du gouvernement.
39. AURÉLIEN LOPEZ-LIGUORI
Député RN de l’Hérault
Sous la précédente législature, le député Rassemblement national (RN) Aurélien
Lopez-Liguori était président du groupe d’études consacré à la souveraineté
numérique. Il devrait s’accrocher à ce sceptre qui lui a non seulement permis de
gagner en épaisseur sur les sujets numériques, mais aussi de briser des
frontières sur le plan politique.
Via le groupe d’études, Aurélien Lopez-Liguori avait en effet fait porter des
amendements avec d’autres formations politiques, rongeant le cordon sanitaire du
RN.
Ambitieux, l’élu héraultais de 31 ans avait également caressé l’idée d’un
portefeuille ministériel après l’envolée temporaire de son parti dans les
sondages. Le projet est remisé, mais Aurélien Lopez-Liguori continue de soigner
ses relations avec l’écosystème numérique, qui lui a progressivement entrebâillé
la porte.
40. CATHERINE MORIN-DESAILLY
Sénatrice UDI de Seine-Maritime
Elle a quitté la présidence de la commission Culture du Sénat en 2020, pour se
plonger dans les affres du numérique, s’investissant dans la commission
d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok et celle sur les politiques
publiques face aux opérations d’influences étrangères, dont elle était
vice-présidente. Dans les prochains mois, l’élue, qui est également membre de la
Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), souhaite
travailler sur l’hébergement des données de santé.
41. BÉNÉDICTE DE KERSAUZON
Déléguée générale de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de
contenus
Après sept ans chez BNP Paribas, Bénédicte de Kersauzon s’attaque à un défi de
taille : faire de l’Umicc, la fédération des acteurs de l’influence, un
véritable syndicat. A cette fin, elle a récemment embauché le youtubeur Gaspard
G. au poste de secrétaire général. La fédération, créée début 2023 au moment de
l’examen de la loi influenceurs, reste toutefois fragile, plusieurs agences
d’influenceurs ayant déjà mis les voiles, à l’instar de Bump, fondée par le
YouTubeur Squeezie.
42. ERIC BOTHOREL
Député EPR des Côtes-d’Armor
Adoubé par le secteur des télécoms, à qui il prête une oreille attentive, le
député breton œuvre pour réduire la fracture territoriale de la couverture
numérique. Il a mené, en 2024, une mission d’information consacrée à l’avenir de
la couverture mobile, et porte auprès du gouvernement le déploiement de la fibre
pour tous dès 2025.
A l’Assemblée, Eric Bothorel est membre de la commission des Affaires
économiques et coprésident du groupe d’études sur la cybersécurité et la
souveraineté numérique, et de celui sur l’économie numérique de la donnée, de la
connaissance et de l’intelligence artificielle. En 2020, le Premier ministre
Jean Castex lui avait d’ailleurs confié une mission relative à la politique
publique de la donnée.