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Groenland : l’Europe fait tout pour conclure un accord avec Trump
BRUXELLES — Les dirigeants européens se démènent pour trouver un accord sur l’avenir du Groenland, qui permettrait à Donald Trump de crier victoire sur la question sans détruire l’Alliance assurant la sécurité européenne. Qu’il s’agisse de propositions visant à utiliser l’Otan pour renforcer la sécurité dans l’Arctique ou de concessions aux Etats-Unis sur l’extraction de minerais, les dirigeants de l’UE penchent fortement pour la conciliation plutôt que pour la confrontation avec le président américain, relatent trois diplomates et un responsable public de l’UE à POLITICO. Cette course pour bâtir un plan intervient alors que Donald Trump a réitéré que son pays a un besoin “vital” du Groenland — et n’exclut pas de l’obtenir par la force. “A la fin, nous sommes toujours arrivés à une conclusion commune” avec Washington, a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à l’issue de sa rencontre avec le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, ajoutant que leurs discussions sur le territoire arctique étaient “encourageantes”. Le chancelier allemand Friedrich Merz a confié espérer qu’une “solution mutuellement acceptable” serait trouvée au sein de l’Otan. Les ministres des Affaires étrangères du Groenland et du Danemark rencontrent le vice-président américain JD Vance aux côtés de Marco Rubio à la Maison-Blanche ce mercredi. Ils espèrent “une conversation honnête avec l’administration”, selon un autre diplomate de l’UE au fait des préparatifs de la réunion. L’ART DE LA NÉGOCIATION Interrogé sur comment pourrait potentiellement se terminer ce dossier sur le Groenland, le premier diplomate européen répond que ce pourrait être un accord qui donnerait à Donald Trump une victoire qu’il pourrait mettre en avant sur le plan intérieur, par exemple en forçant les pays européens à investir davantage dans la sécurité de l’Arctique et en promettant que les Etats-Unis pourraient tirer profit des richesses minérales du Groenland. Le locataire de la Maison-Blanche cherche avant tout à obtenir une victoire sur la question du Groenland, souligne le diplomate. “Si l’on peut repackager la sécurité de l’Arctique de manière intelligente, y ajouter des minéraux critiques et mettre un gros nœud dessus, il y a une chance” d’obtenir la signature de Donald Trump. “L’expérience passée” — par exemple, lorsque les alliés européens se sont engagés à dépenser 5% de leur PIB pour la défense — a montré que “c’est toujours ainsi que les choses se sont passées”. En matière de défense, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a jeté les bases d’un accord en indiquant lundi que les pays de l’Alliance discutaient des moyens de renforcer la sécurité dans l’Arctique. Si la forme des “prochaines étapes” évoquées par le Néerlandais reste à définir, l’augmentation des investissements des membres européens de l’Otan est une possibilité qui pourrait correspondre au souhait de Donald Trump de voir l’Europe assumer une plus grande responsabilité en matière de sécurité. Concernant l’extraction de minerais, les détails sont plus flous. Mais un accord garantissant aux Etats-Unis une part des bénéfices tirés de l’extraction de matières premières critiques est une possibilité, relate le responsable de l’UE. Pour l’instant, les capacités d’extraction de matières premières critiques au Groenland sont limitées. Le Danemark a passé des années à chercher des investissements pour des projets à long terme, sans grand succès, les pays préférant obtenir des minéraux à un prix beaucoup plus bas sur les marchés mondiaux. L’UE prévoit de plus que doubler ses investissements au Groenland dans son prochain budget à long terme — qui comprend des fonds destinés à des projets portant sur les matières premières critiques. Cela pourrait être un argument pour que Donald Trump accepte un accord de co-investissement. Si l’objectif réel du président américain, ce sont les minéraux de l’île, les Danois ont déjà offert aux Etats-Unis la possibilité d’investir au Groenland pendant des années — une offre refusée par les responsables américains, d’après plusieurs diplomates. Si la pression de Donald Trump sur le Groenland a à voir avec la Chine et la Russie, il pourrait facilement demander à Copenhague d’augmenter la présence des troupes américaines sur l’île, affirment-ils également. Un troisième diplomate de l’UE s’est demandé si le véritable objectif de Donald Trump n’était pas d’entrer dans les livres d’histoire. Son slogan Make America Great Again “est devenu un concept géographique ; il veut entrer dans l’histoire comme l’homme qui a rendu l’Amérique ‘plus grande’, en termes géographiques”, analyse-t-il. PRÉSERVER L’OTAN Surtout, les gouvernements tentent d’éviter un différend militaire, affirment les trois diplomates et le responsable européen. Une intervention directe des Etats-Unis au Groenland, territoire appartenant à un membre de l’UE et de l’Otan, sonnerait le glas de l’ordre sécuritaire de l’après-guerre, ont prévenu plusieurs dirigeants. “Ce serait une situation sans précédent dans l’histoire de l’Otan et de toute alliance de défense”, a déclaré mardi le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, ajoutant que Berlin discute avec Copenhague des options à la disposition de l’Europe si les Etats-Unis lançaient une opération pour prendre le contrôle de l’île. Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, et la Première ministre danoise, Mette Fredriksen, ont tous deux alerté qu’une intervention militaire sonnerait le glas de l’Otan. “Tout s’arrêterait”, a déclaré Mette Fredriksen. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a jeté les bases d’un accord en déclarant lundi que les pays de l’Alliance discutaient des moyens de renforcer la sécurité dans l’Arctique. | Paul Morigi/Getty Images “Aucune disposition [du traité fondateur de l’Alliance de 1949] n’envisage une attaque d’un allié de l’Otan par un autre allié”, rappelle un diplomate de l’Otan, à s’exprime sous couvert de l’anonymat pour parler librement. Cela signifierait “la fin de l’Alliance”, a-t-il ajouté. Donald Trump a déclaré que “cela pourrait être un choix” entre poursuivre son ambition de prendre le contrôle du Groenland et maintenir l’Alliance intacte. La préservation de l’Otan reste la priorité de l’Union, assure le premier diplomate européen. Si, en privé comme en public, des responsables publics ont rejeté avec force l’idée que l’Europe puisse “céder” le Groenland aux Etats-Unis, ces commentaires soulignent à quel point les gouvernements sont prêts à tout pour éviter un conflit direct avec Washington. “C’est grave et l’Europe a peur”, observe un quatrième diplomate européen impliqué dans les discussions à Bruxelles sur la réponse de l’Union. Un cinquième diplomate qualifie ce moment de “sismique”, parce qu’il indique que les Etats-Unis sont prêts à rompre un siècle de relations indéfectibles. ENCORE SOUS LE CHOC Si les dirigeants européens sont largement d’accord sur le fait qu’un conflit militaire est inadmissible, la manière de parvenir à un règlement négocié s’avère plus épineuse. Jusqu’à la frappe militaire américaine sur le Venezuela le 3 janvier, et les nouvelles déclarations de Trump selon lesquelles les Etats-Unis ont besoin d’“avoir” le Groenland, les Européens ne travaillaient manifestement pas sur un plan visant à protéger le Groenland du président américain — parce que le faire risquerait de rendre la menace réelle. “C’est quelque chose que nous avons anticipé comme un risque potentiel, mais contre lequel nous ne pouvons pas faire grand-chose”, explique Thomas Crosbie, expert militaire américain au Royal Danish Defense College, qui assure la formation des forces de défense danoises. “L’idée est que plus nous nous concentrons sur cette question et plus nous nous préparons à y résister, plus nous la rendons probable. Il y a donc des craintes [qu’en se préparant à une invasion américaine], on ne suscite accidentellement plus d’intérêt pour cette question et qu’on ne provoque une sorte d’escalade”, poursuit Thomas Crosbie. Mais le problème, c’est qu’après avoir passé six ans à éviter soigneusement d’élaborer un plan pour répondre aux menaces de Donald Trump, l’Europe s’est retrouvée à en chercher un dans l’urgence. Les Européens doivent maintenant déterminer ce qu’ils ont dans leur “boîte à outils” pour répondre à Washington, expose un ancien député danois au fait des discussions. “Les règles habituelles ne fonctionnent plus.” Les responsables publics considèrent qu’il s’agit du plus grand défi pour l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale et ne savent pas vraiment quoi faire. “Nous savons comment nous réagirions si la Russie commençait à agir de cette façon”, soulève le quatrième diplomate. Mais avec les Etats-Unis, “ce n’est tout simplement pas quelque chose à quoi nous sommes habitués”. Victor Jack, Nette Nöstlinger, Chris Lunday, Zoya Sheftalovich et Seb Starcevic ont contribué à cet article, qui a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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“Pandoro gate” : comment cette affaire a eu raison du couple d’influenceurs le plus glamour et progressiste d’Italie
La chute du couple Instagram le plus influent de la scène politique italienne, à la suite d’un scandale de fraude sur des ventes de pandoro (un gâteau de Noël), émeut la Botte. Une histoire dans laquelle la présidente du Conseil des ministres Giorgia Meloni et son vice-président Matteo Salvini font partie des figurants. Chiara Ferragni, auparavant visage de la mode italienne sur les réseaux sociaux et coqueluche de la gauche, risque une peine de prison cette semaine dans l’affaire dite du “Pandoro gate”. Elle est accusée d’avoir trompé les consommateurs en 2023 en encourageant la vente, à des prix bien plus élevés que sur le marché, de ces brioches en forme d’étoile saupoudrées de sucre, et dont les bénéfices étaient censés soutenir les enfants malades. Son procès a débuté fin novembre à Milan et le verdict est attendu pour le 14 janvier. Les procureurs ont requis une peine de vingt mois de prison. Chiara Ferragni nie catégoriquement tout acte répréhensible. “Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait de bonne foi, aucun d’entre nous n’en a profité”, a-t-elle affirmé au tribunal le 25 novembre. Son ex-mari, le rappeur devenu activiste Federico Lucia, connu sous le nom de Fedez, n’a pas été inculpé dans cette affaire. Mais la pression médiatique a eu raison de leur mariage et Federico Luciail a opéré un virage à droite sur le plan politique qui n’est pas passé inaperçu. Avant même le début du procès, l’affaire était politique. Le couple glamour était célèbre pour son engagement dans des causes progressistes, s’opposant au courant catholique plus traditionaliste. Ils se sont attaqués aux discriminations, ont fait campagne pour les droits des personnes LGBTQ+ et ont collecté des fonds pour les unités de soins intensifs lors de la pandémie de Covid. Dès que le scandale a éclaté, Giorgia Meloni s’est empressée de qualifier Chiara Ferragni de mauvais exemple. “Les vrais modèles […] ne sont pas les influenceurs qui gagnent beaucoup d’argent en vantant les mérites de panettoni coûteux prétendument destinés à des œuvres de charité”, a-t-elle déclaré lors du rassemblement de l’extrême droite italienne, Atreju, en 2023. Chiara Ferragni et son mari Federico Leonardo Lucia, lors de la 76e Mostra de Venise, le 4 septembre 2019 au Lido de Venise. | Alberto Pizzoli/AFP via Getty Images Quelques mois plus tard, en 2024, Meloni a présenté un projet de loi — désormais appelé loi Ferragni — visant directement les influenceurs soupçonnés de tromper leurs fans avec des promotions marketing clinquantes. La proposition de loi n’est pas la base juridique sur laquelle s’appuient les poursuites engagées contre Chiara Ferragni — qui relèvent des lois existantes sur la protection des consommateurs et la fraude —, mais elle a été largement interprétée comme une réponse politique au scandale qui porte son nom. En revanche, Matteo Salvini, le leader du parti de la Ligue, a pris la défense de Chiara Ferragni, se disant “choqué” par la “méchanceté et la rancœur” dirigées contre l’influenceuse et sa famille. Il faut dire qu’un lien semble s’être tissé entre Fedez et Salvini à la suite du Pandoro gate. Autrefois provocateur progressiste et critique virulent de l’extrême droite italienne, Fedez est apparu plus récemment aux côtés de personnalités de droite, a invité Roberto Vannacci — qui fait partie de l’aile dure de la Ligue — à participer à son podcast, et a assisté au congrès des jeunes du parti conservateur Forza Italia. Dans ses mémoires, il a même fait l’éloge de Matteo Salvini, qui a été l’une des rares personnalités publiques à prendre de ses nouvelles régulièrement pendant la période difficile qui a suivi son divorce. “Il est le seul à m’avoir témoigné une véritable empathie. Et ce, malgré le fait que nous avions des idées très différentes et que nous avons dit toutes sortes de choses l’un sur l’autre dans le passé”, a-t-il écrit. POLITICO a contacté la société de l’influence, Chiara Ferragni Brand, ses avocats, ainsi que l’agence de relations publiques de Fedez, mais nos demandes de commentaires sont restées sans réponse. UN EMPIRE DE L’INFLUENCE Avant l’affaire, Chiara Ferragni, 38 ans, et Fedez, 36 ans, ont passé une décennie à bâtir quelque chose d’unique dans la vie publique italienne : un empire qui mélangeait la mode, l’entrepreneuriat, l’activisme et le divertissement en une seule machine d’influence très lucrative. Chiara Ferragni, ancienne étudiante en droit, a lancé le blog The Blonde Salad avec son partenaire de l’époque en 2009. En 2016, il s’est transformé en magazine lifestyle et en plateforme d’e-commerce, vendant des talons aiguilles, des bagages et des sweatshirts conçus par elle, avec son célèbre logo de l’œil aux longs cils brodé sur la poitrine. Les maisons de luxe l’ont remarquée. Elle est passée de la blogosphère aux premiers rangs des fashion weeks, a conclu des partenariats lucratifs et est devenue l’objet d’une étude publiée par la Harvard Business School. Le parcours de Fedez est différent. C’était maître dans l’art “d’intercepter les changements culturels en Italie”, retrace Francesco Oggiano, journaliste et expert en communication numérique et politique. Déjà connue en tant que rappeur au début des années 2010, Fedez s’est réinventé en trublion politique. Il a défié Giorgia Meloni en public, a écrit la chanson officielle des populistes du Mouvement 5 étoiles en 2014 et profité de ses apparitions télévisées au concours de chansons de Sanremo pour critiquer les responsables politiques de droite. Il donnait de la voix, se montrait combatif et n’hésitait pas à mêler sa célébrité à l’activisme. Le pandoro est un gâteau de Noël italien moelleux et beurré, en forme d’étoile à huit branches et saupoudré généreusement de sucre. | Fabio Sepe/Universal Images Group via Getty Images Lorsque Chiara Ferragni et Fedez se sont rencontrés en 2016, leur relation est rapidement devenue une marque partagée. Leur mariage en 2018 a été un événement médiatique saturé de sponsors. Leur vie de famille s’est déroulée comme une émission de téléréalité méticuleusement élaborée et très clinquante, suivie par des millions de personnes. Et cela a fonctionné. “L’Italie a toujours été orpheline de couples royaux”, interprète Francesco Oggiano. Le pays “s’est bercé de l’illusion que [Chiara Ferragni et Fedez] étaient le couple parfait” et a contribué à construire leur mythe en suivant leurs moindres faits et gestes. Ils ont pesé de tout leur poids sur la proposition de loi Zan, un texte visant à protéger les personnes contre la violence et les discriminations fondées sur le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et le handicap, qui n’a jamais vu le jour. Ils ont également utilisé leur plateforme pour amplifier l’affaire Malika, en soutien à une jeune femme chassée de chez elle par sa famille parce qu’elle aimait une autre femme. Et ont collecté des millions pour les unités de soins intensifs pendant la pandémie de Covid. Le duo est devenu une sorte de projet de soft power, offrant une voix à l’Italie des millennials opposée aux cadres nationalistes et catholiques traditionnels. Ils n’étaient pas des politiciens, mais leur influence rivalisait avec celle des responsables politiques aux prises avec un paysage médiatique en pleine mutation. LES DESSOUS DU “GATE” Du fait des opinions et de l’activisme politique du couple, le Pandoro gate a provoqué une chute spectaculaire. Fin 2023, Chiara Ferragni s’est associé au confiseur Balocco pour commercialiser un pandoro en édition limitée dans une boîte rose afin de soutenir l’hôpital pour enfants Regina Margherita de Turin. Le message était simple : achetez un pandoro pour soutenir la recherche contre le cancer. Mais l’aide n’était pas liée aux ventes. Comme l’a révélé la journaliste Selvaggia Lucarelli, Balocco avait déjà fait don d’un montant fixe de 50 000 euros plusieurs mois auparavant, tandis que Chiara Ferragni recevait une commission commerciale pour la campagne. Au départ, même l’hôpital n’a pas compris le fonctionnement de l’offre. L’autorité italienne de la concurrence (AGCM) a par la suite confirmé ces informations, concluant que l’emballage, les communiqués de presse et les messages sur les réseaux sociaux donnaient l’impression trompeuse que les consommateurs soutenaient directement l’initiative caritative. En réalité, aucune part des ventes n’a été reversée, alors que les sociétés de Chiara Ferragni ont gagné plus de 1 million d’euros grâce à la campagne. Les gendarmes de la concurrence ont infligé à Chiara Ferragni et Balocco une amende de plus de 1,4 million d’euros pour pratiques commerciales trompeuses, et ont pointé que des sociétés liées à l’influenceuse avaient profité du schéma. Les associations de consommateurs ont demandé aux procureurs d’enquêter sur les fraudes potentielles et d’envisager de geler les comptes des entreprises de Chiara Ferragni. En 2025, l’affaire s’est déplacé sur le terrain pénal. Les procureurs de Milan ont intégré les conclusions de l’AGCM dans leur dossier, accusant Chiara Ferragni de fraude aggravée pour avoir prétendument suscité de fausses attentes chez les acheteurs. Pour ses ennemis politiques, le Pandoro gate est un cas où un acte de philanthropie a été traité comme un accessoire de marketing. Le procureur général a déclaré, dans le décret qui a décidé que le procès se tiendrait à Milan, que l’influenceuse “utilisait” la charité “pour renforcer son image”. L’ATTENTION OU LA RÉPUTATION Le scandale n’a pas seulement porté atteinte à la marque commerciale du couple. Il a également terni l’image progressiste qu’ils se faisaient d’eux-mêmes. “Fedez a toujours été meilleur pour contrôler le récit”, estime Francesco Oggiano, ce qui explique peut-être pourquoi il a réussi à rester visible dans le paysage médiatique italien. Après le divorce, Fedez a repris le contrôle du récit public en écrivant une autobiographie. Il y décrit comment, déjà en difficulté après une opération du cancer, il est passé par des hospitalisations, des crises de panique, un traitement lourd et des périodes de comportement imprévisible, trouvant des soutiens improbables, notamment auprès de Matteo Salvini. Puis, s’en est suivi un repositionnement public. Fedez a lancé un nouveau podcast, dans lequel il reçoit souvent certaines des personnalités de droite les plus virulentes d’Italie, qu’il s’agisse de responsables politiques ou d’autres artistes et influenceurs. Il appelle cela le “dialogue” ; ses détracteurs parlent d’un virage politique. Son public a également changé : plus masculin, plus sceptique et de plus en plus attiré par une ambiance à la Joe Rogan — animateur américain de podcast, soutien de Donald Trump lors de la présidentielle de 2024 — qui attache plus d’importance aux discussions sans filtre qu’à la clarté idéologique. Chiara Ferragni a préféré le silence. Les problèmes juridiques, l’effondrement de sa réputation et le retrait des marques partenaires la poussent aujourd’hui à se retirer de la scène publique. Leur chute fait disparaître l’un des rares contrepoids avec une forte visibilité à l’actuel gouvernement nationaliste qui maîtrise désormais la communication numérique. Que reste-t-il de leur héritage ? Au niveau national, lorsqu’il s’agit de campagnes de marketing, “les marques sont certainement plus prudentes”, constate Francesco Oggiano. Chiara Ferragni doit désormais affronter une bataille juridique et la pente est raide pour retrouver la confiance du public. Fedez, lui, a troqué l’activisme contre des contenus de divertissement et d’opinion dans son podcast. Leur marque commune, faite d’optimisme entrepreneurial et de plaidoyer progressiste, s’est évaporée. Elle a payé un plus lourd tribut que Fedez, mais les deux carrières ont toujours été construites sur un compromis. Comme le dit Francesco Oggiano : “Il faut choisir entre l’attention et la réputation. Certains choisissent la réputation avant tout, et dès qu’il y a le moindre scandale, tout s’écroule.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Les deepfakes de Grok mettent à l’épreuve la détermination de l’Europe à tenir tête à la tech américaine
BRUXELLES — Le réseau social X d’Elon Musk est dans le viseur des autorités à travers l’Europe après que son intelligence artificielle Grok a produit une série de deepfakes de nus, dont des représentations de mineurs dévêtus. L’affaire devient rapidement le dernier test en date pour l’Europe, qui doit déterminer si elle ose sévir contre Elon Musk et d’autres plateformes des géants américains, sachant qu’elle s’attirerait les foudres Donald Trump, dans un contexte de crise de confiance transatlantique majeure et de menaces sur le Groenland. Il y a tout juste un mois, Bruxelles a infligé une amende de 120 millions d’euros à X pour avoir enfreint la législation phare de l’Union européenne pour réguler les plateformes, le règlement sur les services numériques (DSA). Cette sanction a suscité une vive réaction de la part de Washington, l’administration américaine imposant une interdiction de séjour à l’ancien commissaire européen chargé des questions numériques et architecte du DSA, Thierry Breton, ainsi qu’à quatre militants de la lutte contre la désinformation. Lorsque Grok a commencé à produire à tour de bras des deepfakes sexuellement explicites et non consentis la semaine dernière, les autorités de régulation à Paris, Bruxelles, Londres, Dublin et dans d’autres capitales de l’UE ont lancé des enquêtes. Lundi, Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne pour les questions numériques, a qualifié cette pratique d’“illégale”, d’“épouventable” et de “dégoûtante”. Jeudi, l’exécutif européen a annoncé avoir ordonné à X de conserver “tous les documents et données internes relatifs à Grok”, intensifiant l’enquête en cours sur les politiques de modération de contenus du réseau social. Le DSA prévoit des amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires annuel mondial. En principe, il permet également à l’UE d’imposer une interdiction temporaire de X dans toute l’Europe, mais cela est considéré comme une “mesure de dernier recours”. Reste que les enquêtes prennent de nombreux mois et doivent avoir l’aval de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. “Ces incidents sont profondément troublants, totalement inacceptables et soulèvent des questions urgentes quant au respect et à l’application des règles européennes existantes”, a écrit Regina Doherty, eurodéputée irlandaise du Parti populaire européen, dans une nouvelle lettre adressée à Henna Virkkunen, la commissaire européenne aux Technologies numériques, qui supervise les services de l’UE chargés d’enquêter sur X. MISE EN GARDE Plusieurs gouvernements et régulateurs européens ont déjà fait savoir qu’ils ne laisseraient pas l’affaire Grok se dérouler sans réagir. Le parquet de Paris a annoncé vendredi dernier qu’il allait enquêter sur la prolifération de deepfakes à caractère sexuel non consentis générés par Grok et publiés sur X. Le gendarme des communications au Royaume-Uni, l’Ofcom, a indiqué être en “contact urgent” avec l’entreprise. Dublin, où se trouve le siège européen de X, est également à l’affût. “Partager des images intimes non consenties est illégal, et générer des contenus pédopornographiques est illégal”, a insisté mardi le régulateur irlandais des médias, Coimisiún na Meán, dans un communiqué adressé à POLITICO. L’autorité a précisé qu’elle collaborait avec la Commission européenne sur Grok, et a appelé les utilisateurs à lui signaler à elle et à la plateforme les contenus illégaux qu’ils ont vus. La loi irlandaise sur la sécurité en ligne exige que les plateformes donnent suite à ces signalements. X a également reçu une mise en garde de Berlin. “Nous observons avec une grande inquiétude cette tendance à utiliser des outils d’IA tels que Grok pour représenter des femmes et même des mineurs dans des poses sexualisées”, a énoncé mardi un porte-parole du ministère allemand du Numérique à POLITICO. “Toute personne qui crée ou diffuse de telles images sans consentement porte gravement atteinte aux droits de la personne et peut, dans de nombreux cas, commettre une infraction pénale”, a-t-il ajouté. En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après que Grok a généré des commentaires antisémites. | Michael Nguyen/NurPhoto via Getty Images Certaines autorités nationales pourraient agir seules, en particulier si l’outil est utilisé pour générer du contenu illégal passible de poursuites pénales, comme du contenu pédopornographique ou, dans certaines juridictions, du contenu pornographique non consenti. CE QUE PEUT L’UE Les autorités ont invoqué le règlement européen sur les services numériques ainsi que celui sur l’intelligence artificielle, comme outils juridiques pour mettre fin à la diffusion de ces images de nus non consenties et de contenus pédopornographiques. Mais le règlement sur l’IA et son mécanisme coercitif sont encore en cours de déploiement, ce qui fait reposer principalement la charge de sévir contre Grok sur les épaules de l’équipe de la Commission chargée de faire respecter les règles relatives aux plateformes. En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après que Grok a généré des commentaires antisémites. Dans le cadre de la procédure confidentielle, la société a répondu à une nouvelle demande d’informations à ce sujet pendant les vacances de Noël. La question des deepfakes de Grok s’est depuis invitée dans ces échanges. La Commission “examine très sérieusement cette affaire”, a assuré Thomas Regnier lors d’un point presse lundi. Cela ne signifie pas que l’enquête soit sur le point d’aboutir. Après avoir publié ses conclusions préliminaires dans l’affaire X, la Commission avait encore besoin de dix-huit mois pour la clore et fixer une amende. Puis, toute action de Bruxelles risque d’entraîner une réaction de Washington. Mais les parlementaires européens continuent de faire pression sur la Commission pour qu’elle applique dans tous les cas les lois de l’UE. “La petite amende infligée à X est un bon début, mais elle arrive vraiment trop tard et n’est absolument pas suffisante”, a réagi Alexandra Geese, députée européenne allemande des Verts, à propos de l’amende de 120 millions d’euros. X n’a pas répondu à une demande de commentaire avant la publication de cet article. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Comment Trump pourrait s’emparer facilement du Groenland en 4 étapes
Donald Trump veut que les Etats-Unis s’emparent du Groenland. Le problème est que ce dernier appartient déjà au Danemark et que la plupart des Groenlandais ne veulent pas intégrer la patrie de l’Oncle Sam. Si un raid sur la capitale du Groenland, Nuuk, et une prise de contrôle comme au Venezuela semblent fantaisistes — même si l’attaque militaire contre Caracas semble avoir provoqué un électrochoc sur ce dont les Etats-Unis sont capables —, il y a une voie toute tracée. Et Donald Trump semble déjà l’avoir empruntée. Ce qui est inquiétant pour les Européens, c’est que cette stratégie ressemble beaucoup à la méthode expansionniste de Vladimir Poutine. POLITICO s’est entretenu avec neuf responsables publics de l’UE, insiders de l’Otan, experts en défense et diplomates pour analyser comment une prise de contrôle par les Etats-Unis de l’île arctique, riche en minerais et stratégiquement importante, pourrait se dérouler. “Ça pourrait être cinq hélicoptères […] il n’aurait pas besoin de beaucoup de troupes”, glisse un responsable politique danois, qui a demandé l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement. “[Les Groenlandais] ne pourraient rien faire.” ETAPE 1 : UNE CAMPAGNE D’INFLUENCE POUR BOOSTER LE MOUVEMENT INDÉPENDANTISTE Presque immédiatement après son entrée en fonction, l’administration Trump a commencé à évoquer l’indépendance du Groenland, un territoire semi-autonome du Royaume du Danemark. Un Groenland sans entraves pourrait signer des accords avec les Etats-Unis, contrairement à aujourd’hui où il a besoin de l’aval de Copenhague. Pour obtenir l’indépendance, les Groenlandais devraient se prononcer par référendum, puis négocier un accord que Nuuk et Copenhague devraient approuver. Un sondage réalisé en 2025 indiquait que 56% des Groenlandais voteraient en faveur de l’indépendance et 28% contre. Des Américains ayant des liens avec Donald Trump ont mené des opérations d’influence secrètes au Groenland, selon les médias danois, le service de sécurité et de renseignement du Danemark, le PET, avertissant que le territoire “est la cible de campagnes d’influence de diverses natures”. Felix Kartte, un expert du numérique qui a conseillé les institutions et les gouvernements de l’UE, a indiqué les tactiques utilisées par Moscou pour influencer la politique dans des pays tels que la Moldavie, la Roumanie et l’Ukraine. “La Russie mélange les tactiques en ligne et hors ligne”, expose-t-il. “Sur le terrain, elle travaille avec des acteurs alignés [sur ses positions], tels que des partis extrémistes, des réseaux de la diaspora ou des oligarques prorusses, et il a été documenté qu’elle payait des personnes pour qu’elles participent à des manifestations anti-UE ou anti-USA.” “Dans le même temps, elle crée de vastes réseaux de faux comptes et de pseudo-médias pour amplifier ces activités en ligne et promouvoir des candidats sélectionnés ou des positions. L’objectif n’est souvent pas de persuader les électeurs que l’option prorusse est meilleure, mais de la faire paraître plus importante, plus forte et plus populaire qu’elle ne l’est en réalité, créant ainsi un sentiment d’inévitabilité.” Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, a déclaré lundi sur CNN que “personne ne se battra militairement contre les Etats-Unis pour l’avenir du Groenland”. | Joe Raedle/Getty Images Concernant le Groenland, les Etats-Unis semblent employer au moins certaines de ces méthodes. Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, a déclaré lundi sur CNN que “personne ne se battra militairement contre les Etats-Unis pour l’avenir du Groenland”. Le mois dernier, Donald Trump a créé le poste d’envoyé spécial au Groenland et a nommé le gouverneur de Louisiane, Jeff Landry, à cette fonction. Ce dernier a indiqué que son objectif était que “le Groenland fasse partie des Etats-Unis”. De son côté, le vice-président américain JD Vance, en visite sur place en mars, a déclaré que “le peuple du Groenland aura l’autodétermination”. Il a ajouté : “Nous espérons qu’ils choisiront de s’associer aux Etats-Unis, car nous sommes la seule nation sur Terre qui respectera leur souveraineté et leur sécurité.” ETAPE 2 : PROPOSER AU GROENLAND UN ACCORD AVANTAGEUX Dans l’hypothèse où les efforts déployés pour accélérer l’organisation d’un référendum sur l’indépendance porteraient leurs fruits et que les habitants voteraient en faveur d’une séparation avec le Danemark, l’étape suivante serait de placer le Groenland sous l’influence de Washington. Une méthode évidente consisterait à en faire le 51e Etat des Etats-Unis, une idée que les proches du président ont maintes fois évoquée. Lundi, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a été contrainte de déclarer que “les Etats-Unis n’ont pas le droit d’annexer” le Groenland après que Katie Miller, l’épouse de Stephen Miller, a publié sur les réseaux sociaux une carte du territoire aux couleurs du drapeau américain avec le message “BIENTÔT”. Passer directement du Danemark aux Etats-Unis semble peu acceptable pour la majeure partie de la population. Le sondage précité a également montré que 85% des Groenlandais s’opposent à ce que leur pays soit rattaché aux Etats-Unis, et même les membres du mouvement indépendantiste favorables à Donald Trump ne sont pas enchantés par l’idée. Mais il existe d’autres options. Des informations circulent depuis mai dernier selon lesquelles l’administration Trump souhaite que le Groenland signe un traité de libre association (COFA), comme ceux qu’elle a actuellement avec la Micronésie, les Iles Marshall et les Palaos. Dans le cadre de ces accords, les Etats-Unis offrent des services essentiels, une protection et facilitent les échanges commerciaux contre une intervention sans restriction de leur armée sur le territoire de ces pays. L’idée a refait surface cette semaine. Kuno Fencker, un député groenlandais d’opposition et indépendantiste qui a assisté à l’investiture de Donald Trump et rencontré le représentant républicain Andy Ogles l’année dernière, a déclaré qu’il essayait “d’expliquer [aux Américains] que nous ne voulions pas être comme Porto Rico, ou tout autre territoire des Etats-Unis, mais un traité de libre association, des accords bilatéraux, ou même des opportunités et d’autres moyens que je ne peux peut-être pas imaginer. Qu’ils viennent en parler et les Groenlandais décideront par un vote.” Si l’on compare à l’accord entre Nuuk et Copenhague, les choses “ne peuvent que s’améliorer”, a-t-il estimé. Faisant référence à l’affirmation de Donald Trump selon laquelle les Etats-Unis ont “besoin” du Groenland, Kuno Fencker a ajouté : “Le Danemark n’a jamais dit qu’il avait ‘besoin’ du Groenland. Le Danemark a dit que le Groenland était une dépense et qu’il nous laisserait si nous devenions indépendants. Je pense donc qu’il s’agit d’une remarque beaucoup plus positive que celle que nous avons déjà entendue de la part du Danemark.” Mais selon Thomas Crosbie, maître de conférences en opérations militaires au Royal Danish Defense College, qui forme les forces de défense danoises, le Groenland ne parviendra probablement pas à prendre le dessus sur Donald Trump dans une négociation. “L’identité première de Trump en tant que deal-maker est celle d’une personne qui impose sa volonté aux personnes avec lesquelles elle négocie, et d’une personne qui a un très long passé de trahison des personnes avec lesquelles elle a négocié des accords, qui ne respecte pas ses engagements, tant dans sa vie privée que dans sa vie publique, et qui exploite ceux qui l’entourent […]. Je ne vois vraiment aucun avantage pour le peuple groenlandais, si ce n’est booster très temporaire son estime de soi.” Et d’ajouter : “Il serait insensé d’accepter quelque chose dans l’espoir d’un accord. Je veux dire : céder son territoire dans l’espoir d’obtenir un accord par la suite, ce serait vraiment imprudent.” ETAPE 3 : EMBARQUER L’EUROPE L’Europe, en particulier les alliés européens du Danemark, s’opposerait à toute tentative de séparer le Groenland de Copenhague. Mais l’administration américaine a un atout dans sa manche : l’Ukraine. Alors que les négociations de paix s’accélèrent, Kiev a déclaré que tout accord avec Vladimir Poutine devait être soutenu par des garanties de sécurité américaines sérieuses et à long terme. Le vice-président américain JD Vance, en visite sur place en mars, a déclaré que “le peuple du Groenland aura l’autodétermination”. | Photo de pool de Tom Brenner vis Getty Images Les Américains ont tergiversé sur ce point et, en tout état de cause, le gouvernement ukrainien est sceptique quant aux garanties de sécurité, étant donné que celles qu’il a reçues de la Russie et de l’Occident par le passé n’ont abouti à rien. Un diplomate de l’UE a évoqué le scénario d’un accord global de “sécurité contre sécurité”, dans le cadre duquel l’Europe obtiendrait des garanties plus fermes de l’administration Trump pour l’Ukraine en échange d’un rôle accru des Etats-Unis au Groenland. Si la pilule semble amère, elle pourrait être plus facile à avaler que l’autre solution, qui consisterait à contrarier Trump, qui pourrait riposter en imposant des sanctions, en se retirant des négociations de paix ou en soutenant Poutine dans les négociations avec l’Ukraine. ETAPE 4 : L’INVASION MILITAIRE Mais que se passera-t-il si le Groenland — ou le Danemark — dit non à Trump ? Une prise de contrôle par l’armée américaine ne poserait pas de grande difficulté. Selon Thomas Crosbie, du Royal Danish Defense College, les stratèges de Donald Trump lui présenteraient probablement plusieurs options. “Le plus inquiétant serait une stratégie de type ‘fait accompli’, que nous voyons beaucoup et à laquelle nous pensons beaucoup dans les cercles militaires, qui consisterait simplement à s’emparer du territoire de la même manière que Poutine a essayé de s’emparer de l’Ukraine, de revendiquer des territoires. Il pourrait tout simplement déployer des troupes dans le pays et juste dire que maintenant c’est l’Amérique […] l’armée américaine est capable de faire débarquer n’importe quelle force au Groenland, que ce soit par voie aérienne ou maritime, et de revendiquer qu’il s’agit d’un territoire américain.” D’après Lin Mortensgaard, chercheur au Danish Institute for International Studies et expert en sécurité groenlandaise, Washington dispose également d’environ 500 officiers militaires, dont des prestataires locaux, sur le terrain à sa base spatiale de Pituffik, dans le nord du pays, et d’un peu moins de 10 membres du personnel du consulat à Nuuk. A cela s’ajoute une centaine de soldats de la Garde nationale à New York qui sont généralement déployés de manière saisonnière pendant l’été arctique pour soutenir les missions de recherche. Le Groenland, quant à lui, a peu de moyens de défense. La population n’a pas d’armée territoriale, détaille Lin Mortensgaard, tandis que le commandement conjoint du Danemark pour l’Arctique, installé dans la capitale, dispose de moyens militaires faibles et obsolètes, qui se limitent pour l’essentiel à quatre navires d’inspection et de guerre, une patrouille de traîneaux à chiens, plusieurs hélicoptères et un avion de patrouille maritime. Par conséquent, si Donald Trump mobilise la présence américaine sur le terrain, ou envoie des forces spéciales, les Etats-Unis pourraient prendre le contrôle de Nuuk “en une demi-heure ou moins”, estime Lin Mortensgaard. “Monsieur Trump dit des choses, puis il les fait”, fait remarquer Stine Bosse, députée européenne danoise. “Si vous étiez l’une des 60 000 personnes au Groenland, vous seriez très inquiet.” Toute intrusion n’aurait aucune “base légale” en vertu du droit américain et international, pointe Romain Chuffart, qui dirige l’Arctic Institute, un think tank spécialisé sur les questions de sécurité et basé à Washington. Toute occupation de plus de soixante jours nécessiterait également l’approbation du Congrès américain. Par ailleurs, une invasion “signifierait la fin de l’Otan”, ajoute-t-il, et les “Etats-Unis […] se tireraient une balle dans le pied et diraient adieu à une alliance qu’ils ont contribué à créer”. En outre, une “perte de confiance de la part d’alliés clés […] pourrait faire qu’ils soient moins enclins à partager des renseignements avec les Etats-Unis ou réduire l’accès aux bases en Europe”, a soulevé Ben Hodges, ancien commandant des troupes américaines en Europe. “Ces deux situations seraient gravement préjudiciables à la sécurité de l’Amérique.” Des informations circulent depuis mai dernier selon lesquelles l’administration Trump souhaite que le Groenland signe un traité de libre association (COFA), comme ceux qu’elle a actuellement avec la Micronésie, les Iles Marshall et les Palaos. | Joe Raedle/Getty Images L’Otan ne serait pas en mesure de réagir, étant donné qu’une action militaire doit être approuvée à l’unanimité et que les Etats-Unis sont le membre clé de l’alliance, mais les alliés européens pourraient déployer des troupes au Groenland via d’autres groupements, comme la force expéditionnaire conjointe Royaume-Uni-Scandinavie ou la Coopération de défense nordique, composée de cinq pays, imagine Ed Arnold, senior fellow au Royal United Services Institute. Mais pour l’instant, les alliés de l’Otan restent sereins face à une attaque. “Nous sommes encore loin de ce scénario”, estime un diplomate chevronné de l’Alliance. “Il pourrait y avoir des négociations difficiles, mais je ne pense pas que nous soyons proches d’une prise de contrôle hostile.” Max Griera, Gerardo Fortuna et Seb Starcevic ont contribué à cet article, qui a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Guerre en Ukraine, midterms aux Etats-Unis, législatives en Hongrie… les paris sont ouverts pour 2026
GUERRE EN UKRAINE, MIDTERMS AUX ETATS-UNIS, LÉGISLATIVES EN HONGRIE… LES PARIS SONT OUVERTS POUR 2026 Une série de points d’inflexion attendent le monde. Voici notre point de vue sur ce qui pourrait se passer cette année. Par JAMIE DETTMER llustration par Michael Waraksa pour POLITICO L’année dernière, POLITICO avait choisi d’envisager l’avenir avec optimiste en exposant quelques raisons d’être confiant pour 2025, non sans une pointe d’ironie. Certaines prédictions se sont avérées justes, d’autres moins : Donald Trump a réussi à mettre fin (peut-être) à la guerre à Gaza, mais la paix en Ukraine s’avère plus difficile à obtenir. Cette fois-ci, nous avons choisi de proposer des cotes sur des scénarios pour 2026 : de la survie politique du Hongrois Viktor Orbán et de l’Israélien Benyamin Netanyahou aux chances d’une crise financière, en passant par les vainqueurs probables des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Votre serviteur est-il prêt à parier son propre salaire sur l’un des scénarios esquissés plus bas ? Bien sûr que non ! L’erreur la plus fréquente en matière de jeux d’argent, c’est de commencer. Il suffit de demander à Harry Kakavas, l’un des plus brillants magnats de l’immobilier d’Australie, qui a fait fortune en vendant des propriétés sur la Gold Coast pour perdre des dizaines de millions de dollars aux tables de Baccarat. D’autant que la politique, en ces temps troublés, est encore moins prévisible que le sport. Et encore plus avec le toujours imprévisible Donald Trump à la Maison-Blanche — la preuve avec l’arrestation surprise du président vénézuélien Nicolás Maduro la semaine passée. Voici comment nous voyons les choses se dérouler à travers le monde en 2026. TRUMP PARVIENT À METTRE FIN À LA GUERRE EN UKRAINE Malgré tout ce que l’on entend sur les sanctions des Occidentaux détruisant l’économie russe et mettant le Kremlin au pas, Vladimir Poutine semble imperturbable. Peu importe le carnage sur les lignes de front ou les Russes qui font la queue à la station-service à cause des attaques de drones ukrainiens sur les raffineries de pétrole, il est resté déterminé à faire valoir ses exigences maximalistes. Par ailleurs, il existe des limites à ce que le président ukrainien Volodymyr Zelensky peut accepter sans déclencher un tollé dans son pays. Néanmoins, Donald Trump semble souvent plus enclin à penser qu’un deal est possible. Après son sommet avec Vladimir Poutine en Alaska, un micro de CNN avait pu capter une conversation lors de laquelle le président américain expliquait à Emmanuel Macron qu’il pensait que son homologue russe voulait “vraiment signer un accord”. “Je crois qu’il veut le faire pour moi, vous comprenez ? Aussi fou que cela paraisse”, ajoutait Donald Trump. Bien sûr, l’entêtement de Vladimir Poutine l’a frustré, l’amenant à se demander s’il n’était pas en train de se faire manipuler — une thèse que sa femme Melania Trump partagerait. Le président russe a l’art de mener Donald Trump en bateau — et son sens du timing est impeccable lorsqu’il contacte son homologue américain. Prenez son appel téléphonique de deux heures le mois dernier, faisant miroiter la perspective d’un sommet juste au moment où le locataire de la Maison-Blanche laissait entendre qu’il pourrait fournir à l’Ukraine des missiles de croisière Tomahawk. Probablement que poursuivre la guerre est utile pour Vladimir Poutine. Cela a l’avantage de mettre à rude épreuve les nations européennes, à l’heure où leurs finances publiques ne sont pas au beau fixe (voir ci-dessous), et risque de fracturer l’alliance transatlantique. Un Occident distrait profite également l’allié du président russe : Xi Jinping, qu’il évalue s’il doit — et quand — passer à l’action à Taïwan. Il est permis de penser que la prolongation de la guerre est utile à Poutine. | Sputnik Et le régime de Vladimir Poutine pourrait être mis en péril s’il mettait fin au conflit de manière abrupte. Selon Ella Paneyakh, sociologue au thinkt tank New Eurasian Strategies Centre, une sortie rapide de l’économie de guerre ferait probablement éclater de dangereux conflits sociopolitiques internes. Selon elle, cela déclencherait “une concurrence cruelle et vicieuse pour des ressources en diminution”. Compte tenu de la grave pénurie de main-d’œuvre en Ukraine — les unités ukrainiennes ne peuvent déployer qu’une dizaine de soldats par kilomètre de front —, il y a toujours un risque de percée sur la ligne de front. En résumé, Vladimir Poutine pourrait bien estimer qu’il peut obtenir davantage en persistant : plus de terres, des garanties de sécurité occidentales tellement édulcorées qu’elles n’ont plus aucune valeur, et une taille limitée de l’armée ukrainienne après-guerre. Cela ouvrirait la voie à une reprise ultérieure des hostilités par les Russes. Le contre-argument ? L’économie russe est aux prises avec des taux d’intérêt élevés, des pénuries de main-d’œuvre et la montée en flèche des coûts d’emprunt de l’Etat. Il y a des alertes sur les créances douteuses que les banques russes doivent supporter. Le statu quo pourrait ne pas durer éternellement. De même, l’Ukraine pourrait avoir du mal à passer l’hiver, la Russie ciblant sans relâche l’infrastructure énergétique du pays et les Européens n’étant pas en mesure d’apporter un soutien financier suffisant à Kiev. Cote : 4/1 L’ANNÉE OÙ LE MARCHÉ DES DETTES SOUVERAINES DIRA : TROP C’EST TROP James Carville, le cerveau de la campagne de Bill Clinton, a un jour suggéré qu’il serait amusant de se réincarner en marché obligataire, sur lequel s’échangent les titres de dette des Etats. “Vous pouvez intimider tout le monde”, avait-il lancé. Même Donald Trump semble se rendre compte qu’il est dépassé par les véritables maîtres de l’univers : les bond vigilantes (ces investisseurs qui sanctionnent les Etats trop dépensiers), les patrons des fonds spéculatifs et des fonds de pension, et les pontes de la haute finance. Au printemps, il a dû interrompre sa politique de “droits de douane réciproques” lorsque le marché des dettes souveraines a froncé les sourcils. L’impressionnante puissance collective des géants mondiaux de l’investissement et des traders a été démontrée il y a trois ans, lorsqu’ils ont réagi négativement au “mini-budget” de la Britannique Liz Truss et ses baisses d’impôts controversées. Son mandat a été le plus court de l’histoire britannique ; les 49 jours de Truss ont battu le record de George Canning, qui avait servi pendant 119 jours en 1827 — mais il avait l’excuse d’être mort pendant son mandat. Combien d’autres chefs de gouvernement occidentaux pourraient être poussés à la porte l’année prochaine par le marché obligataire s’ils ne parviennent pas à réduire des déficits budgétaires croissants ? Combien d’autres chefs de gouvernement occidentaux pourraient être poussés à la porte l’année prochaine par le marché obligataire s’ils ne parviennent pas à réduire leurs déficits budgétaires croissants ? | Timothy A. Clary/AFP via Getty Images L’état alarmant des finances publiques — du Japon à la Grande-Bretagne en passant par les Etats-Unis — a maintenu les taux d’intérêt à long terme à des sommets qui n’avaient pas été vus depuis plusieurs années. Les défis budgétaires posés par les niveaux élevés de dette publique, le ralentissement de la croissance et l’atonie de la productivité ne font que s’aggraver. Et il sera difficile de rassurer les marchés obligataires. La demande de titres de dette d’Etat s’est refroidie dans le monde entier, les investisseurs institutionnels étant découragés par les perspectives des finances publiques de certains poids lourds, dont les Etats-Unis. “Les réformes économiques nécessaires pour couvrir l’augmentation de la dette font défaut, et les marchés de capitaux s’en rendent compte”, analysait Christian Sewing, le patron de la Deutsche Bank, en septembre. Avec son explosion de la dette publique et une succession de Premiers ministres nommés par Emmanuel Macron incapables de rassembler le soutien du Parlement — ou de l’opinion publique — pour la réduire, le cas français fait figure de signe avant-coureur. La Grande-Bretagne suit de près. La crise financière et la crise politique vont de pair, se renforçant et s’alimentant mutuellement. Pour des raisons électorales, les gouvernements sont tout aussi réticents à augmenter les impôts qu’à réduire les dépenses, mais il faut bien que quelque chose bouge. Cote : 5/1 NETANYAHOU SURVIT À NOUVEAU Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle “le magicien”. Lorsque tout semblait perdu dans la longue carrière politique de Benyamin Netanyahou, il a su rebondir de manière invraisemblable. “Combattant obsessionnel et acharné, pour qui l’échec n’est pas une option légitime”, note l’un de ses biographes, Ben Caspit. Le dirigeant israélien a d’abord été surnommé “Bibi le magicien” dans les années 1990, après avoir battu Shimon Peres lors des élections organisées quelques mois après l’assassinat du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin. En 2015, peu de gens croyaient qu’il pouvait remporter une victoire, étant donné les enquêtes criminelles et les accusations d’abus de confiance et de corruption. Pourtant, Bibi a sorti un nouveau lapin de son chapeau et s’est assuré une réélection en courtisant l’extrême droite israélienne et les nationalistes religieux — une tactique qu’il a répétée en 2019 pour revenir sur le devant de la scène. Beaucoup le disaient fini il y a deux ans, après l’assaut du Hamas dans les kibboutz du sud d’Israël. Son gouvernement a été largement blâmé pour son incapacité catastrophique à prévenir l’attaque du 7-Octobre, considérée comme la pire défaillance en matière de sécurité depuis la guerre du Kippour de 1973, qui a mis fin à la carrière de la légendaire Golda Meir. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle “le magicien”. Lorsque tout semblait perdu dans la longue carrière politique de Benjamin Netanyahou, il a su rebondir de manière invraisemblable. | Joe Raedle/Getty Images Les élections législatives doivent se tenir avant le mois d’octobre de l’année prochaine. Il y a fort à parier que le scrutin aura lieu plus tôt, ce qui est probablement l’option préférée de Benyamin Netanyahou. Malgré le 7-Octobre et ses démêlés judiciaires, le Premier ministre a lentement amélioré sa position politique. La cote de popularité du Likoud, son parti au pouvoir, qui était au plus bas dans les sondages, a commencé à remonter après la campagne militaire contre le Hezbollah au Liban et a continué sa progression avec l’humiliation de l’Iran. Et Donald Trump a peut-être rendu un grand service à Bibi en le poussant à accepter le plan de paix pour Gaza et un cessez-le-feu. Benyamin Netanyahou a pu utiliser le président américain comme excuse pour arrêter la campagne militaire à Gaza, ce qui lui a permis de passer outre les nationalistes religieux et les partenaires d’extrême droite de sa coalition qui voulaient que la guerre se poursuive. Ses adversaires politiques se consolent en constatant que le Likoud semble en passe de perdre les 35 sièges obtenus lors des dernières élections. Les sondages montrent que sa coalition de droite aurait du mal à obtenir 61 sièges sur les 120 que compte la Knesset. Il en va de même pour le bloc d’opposition. Un sondage réalisé le mois dernier pour Zman Yisrael, un site médiatique en hébreu, indiquait que Bibi bénéficiait d’un soutien accru à la suite du cessez-le-feu et de l’accord sur la libération des otages. Le Likoud semble en passe de redevenir le plus grand parti de la Knesset. Le seul espoir pour les adversaires de Benyamin Netanyahou est de s’unir et de proposer aux Israéliens un choix simple. C’est la stratégie que poursuit l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, qui fait la cour à Gadi Eisenkot, ancien chef des forces de défense israéliennes, dans le but de faire de l’élection un face-à-face entre lui et Bibi. Ce dernier a-t-il une autre carte dans sa manche ? Cote : 3/1 LE “VIKTATOR” HONGROIS EST RÉÉLU Qui parierait contre le fait que Viktor Orbán conduise son parti national-conservateur, le Fidesz, à une nouvelle victoire parlementaire ? Le “Viktator” — un jeu de mots combinant son prénom et le mot hongrois pour “dictateur” — a remporté les trois dernières élections. Celui-ci est la bête noire des responsables politiques centristes et de gauche européens, qui sont déterminés à le voir chuter lorsque les Hongrois se rendront aux urnes en avril, et ont hâte de se libérer de son obstructionnisme antieuropéen. Qui parierait contre le fait que Viktor Orbán conduise son parti national conservateur, le Fidesz, à une nouvelle victoire parlementaire ? | Pierre Crom/Getty Images “Les élections ne seront pas hermétiquement isolées du reste de l’Europe”, s’amuse Frank Furedi, qui dirige la branche bruxelloise du Mathias Corvinus Collegium, soutenu par le gouvernement hongrois. Frank Furedi prédit que la Hongrie sera le théâtre d’une gigantesque bagarre idéologique, qui accentuera la polarisation d’un pays déjà très divisé. Trump, les influenceurs MAGA et les alliés d’Orbán au sein du groupe des Patriotes pour l’Europe seront tout aussi déterminés à le voir rester Premier ministre. Selon Frank Furedi, ils sont déjà rassurés par le résultat des élections législatives d’octobre en République tchèque, qui ont vu le parti ANO du populiste de droite Andrej Babiš terminer largement en tête. La victoire d’un national-conservateur à la présidentielle polonaise cette année est également une source de confiance. Mais même les fidèles de Viktor Orbán ne doutent pas qu’il s’agira de l’élection la plus difficile à laquelle il ait été confronté au cours des quinze dernières années, l’ancienneté s’avérant un désavantage. La campagne électorale a déjà commencé. Péter Magyar, député européen et ancien membre du Fidesz, est le principal rival de Viktor Orbán. Il espère profiter du mécontentement général de la population face à l’inflation record, aux difficultés économiques et à une série de scandales politiques. Il espère que la lassitude vis-à-vis du Premier ministre se fera sentir. Son parti pro-occidental et de centre droit, Tisza, est au coude à coude avec le Fidesz dans de nombreux sondages, voire en tête selon certains instituts indépendants. Mais un Hongrois sur quatre reste indécis. “Un peu de ruse et beaucoup de campagne” pourraient faire basculer les sondages, glisse l’analyste politique Péter Krekó, du think tank Political Capital, basé à Budapest. “L’avance de Tisza n’est pas immuable.” Viktor Orbán présente Péter Magyar comme une marionnette de l’UE et même comme un agent d’influence ukrainien qui veut pousser la Hongrie à la guerre. Il espère que son discours populiste sur l’UE, aidé par des médias contrôlés par ses amis, fera porter les débats au centre de l’élection sur les guerres culturelles. Cela pourrait bien marcher, une fois de plus. Cote : 2/1 UNE CRISE DU SHADOW BANKING ÉCLATE Gardez un œil sur le marché du crédit privé non réglementé (des prêts octroyés par des acteurs non bancaires) et le shadow banking. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, d’ordinaire si discret, a déjà tiré la sonnette d’alarme. En octobre, il a mis en garde contre les parallèles avec le krach financier de 2008. Celui-ci avait été déclenché à la suite de l’éclatement d’une bulle immobilière américaine, elle-même alimentée par un accès facilité à des prêts et à des crédits subprimes risqués, regroupés dans des produits financiers opaques qui ont répandu le risque dans tout le système financier mondial. Le risque s’était alors transformé en contagion. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, a mis en garde contre les parallèles avec le krach financier de 2008. | Oli Scarff/Getty Images Le système financier mondial sera-t-il à nouveau mis à genoux ? Les marchés du crédit privé sont devenus une source majeure de financement pour les entreprises. Cela s’explique en partie par le fait que les banques traditionnelles n’ont jamais retrouvé leur appétit pour les prêts plus risqués après la crise de 2008, et qu’elles ont également été limitées en raison d’une supervision et d’une réglementation accrues. Les fonds spéculatifs et les sociétés de capital-investissement qui composent le secteur du shadow banking représentent aujourd’hui un peu moins de la moitié des actifs financiers mondiaux, d’une valeur d’environ 250 000 milliards de dollars, selon le Conseil de stabilité financière. La bonne nouvelle, c’est que, contrairement aux banques traditionnelles et aux banques d’investissement, ils n’utilisent pas les dépôts des ménages pour investir dans des actifs illiquides à long terme ; ils lèvent et empruntent des fonds auprès d’investisseurs, qui acceptent en grande partie que leur investissement soit bloqué pendant de longues périodes. Cela réduit les risques à court terme pour les acteurs du shadow banking de sorte, qu’en théorie, ils ne devraient pas faire l’objet de ruées massives, comme ce fut le cas pour Lehman Brothers en 2008. Mais il s’agit là d’une théorie. Si le marché du crédit privé est ébranlé, il y aura forcément un impact sur d’autres parties du système financier mondial. Et les gouvernements aux finances publiques exsangues ne seront pas en mesure d’organiser un renflouement comme en 2008, en particulier à un moment où la révolte populiste est encore plus forte. En outre, le shadow banking a beaucoup misé sur l’IA, dont le boom pourrait bien être une bulle prête à éclater. Il pourrait bientôt être temps de se mettre à l’abri. Cote : 3/1 DÉMOCRATES CONTRE RÉPUBLICAINS Il sera difficile pour les républicains de garder le contrôle de la Chambre des représentants. Le parti du président en exercice perd invariablement le contrôle de l’institution après les élections de mi-mandat, les fameuses “midterms” — cela n’est arrivé que deux fois depuis 1938. “Ces deux exceptions reflètent des circonstances inhabituelles”, selon William A. Galston, de la Brookings Institution, un think tank centriste. Il sera difficile pour les Républicains de conserver le contrôle de la Chambre des représentants. | Visions of America/Universal Images Group via Getty Images En 2002, les républicains du président George W. Bush ont surfé sur l’effet drapeau après les attentats du 11 septembre ; et en 1998, les démocrates de Bill Clinton ont bénéficié de l’effort impopulaire des républicains pour le destituer. Pour compliquer la tâche des démocrates l’année prochaine, un plan de redécoupage électoral controversé, poussé par Donald Trump au Texas et dans d’autres Etats, devrait permettre aux républicains d’obtenir des sièges supplémentaires, bien qu’une partie devrait être compensée par le redécoupage effectué par les démocrates en Californie. Néanmoins, les républicains ne disposant que d’une faible majorité à la Chambre des représentants, les démocrates seront les favoris pour reprendre le contrôle de la Chambre, surtout si la cote de popularité de Trump ne remonte pas. Signe rassurant pour eux : leurs larges victoires lors des élections gouvernorales dans le New Jersey et en Virginie en novembre. Le Sénat est une autre affaire. Le Parti démocrate dispose actuellement d’une majorité de six sièges et joue sur un terrain beaucoup plus sûr. Bien qu’ils doivent défendre 22 sièges l’année prochaine, contre 13 pour les démocrates, la plupart des sortants sont considérés comme assurés d’être reconduits. Seul un sénateur républicain se présente dans un Etat qui a voté pour Kamala Harris lors de la présidentielle de 2024. Et deux sénateurs démocrates sortants se présenteront dans des Etats remportés par Donald Trump. Dans l’ensemble, les républicains du Sénat semblent être dans une position beaucoup plus forte que leurs camarades de la Chambre des représentants. Pour que les démocrates remportent le Sénat, il faudrait qu’une gigantesque vague anti-Trump déferle même dans certains des Etats les plus conservateurs du pays. C’est peu probable, mais des choses plus étranges se sont déjà produites. Les démocrates s’emparent de la Chambre des représentants : 2/1 ; les républicains conservent le Sénat : 2/1 Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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La justice étend son enquête sur X aux deepfakes de femmes déshabillées par l’IA Grok
PARIS — La justice française va enquêter sur la prolifération, sur la plateforme X, de deepfakes à caractère sexuel générés par l’intelligence artificielle (IA) Grok, a indiqué le parquet de Paris à POLITICO. Le parquet a en effet été saisi, ce 2 janvier, par les députés Arthur Delaporte (PS) et Eric Bothorel (apparenté Ensemble pour la République) après que des milliers de deepfakes non consentis à caractère sexuel ont été générés par Grok et publiés sur X.  “Ces faits ont été joints à l’enquête déjà ouverte sur X, sur le fondement de l’article 226-8-1 du code pénal”, précise le parquet, qui rappelle que ce délit est puni de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende. Les deux parlementaires ont confirmé à POLITICO avoir effectué des signalements à la justice sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale.  Depuis deux jours, des centaines de femmes et d’adolescents témoignent du fait que leurs photos, publiées sur les réseaux sociaux, sont “dénudées” à la demande d’autres internautes par Grok, l’intelligence artificielle intégrée au réseau social X.  Ces montages photographiques générés par IA portent atteinte “à la dignité des personnes représentées” estime Arthur Delaporte dans son courrier à la procureure, consulté par POLITICO. Contacté par POLITICO, le cabinet de la ministre déléguée au numérique indique se pencher sur les problèmes posés par Grok, sans plus de précision pour l’instant. La haut-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry s’est dite “scandalisée” par ces pratiques. Plusieurs associations comme Stop Fisha et Respect Zone ainsi que le signaleur de confiance Point de Contact ont en outre indiqué à POLITICO être en train de récolter des contenus signalés par les utilisateurs pour les faire remonter aux autorités. Cette nouvelle affaire va étoffer l’enquête déjà ouverte par la section de lutte contre la cybercriminalité contre la plateforme X. Une procédure déjà élargie en novembre à des propos antisémites et négationnistes disséminés par Grok.  Eric Bothorel, qui avait obtenu l’ouverture de l’enquête judiciaire contre le réseau X en février dernier, a également indiqué à POLITICO saisir conjointement l’Arcom et la Commission européenne. Sollicité par POLITICO, X n’a pas donné suite au moment de la publication. 
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George Clooney et sa famille ont obtenu la nationalité française grâce à une demande du gouvernement
PARIS — Pour obtenir la citoyenneté française, l’acteur américain George Clooney et sa famille ont pu compter sur l’appui de l’exécutif. Selon une lettre du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, consultée par POLITICO, le gouvernement français lui a en effet accordé la nationalité française par le biais d’une procédure d’exception, dite de “l’étranger émérite”.   Cette procédure a permis à George Clooney et sa famille d’être naturalisés français, par un décret publié le 26 décembre dernier.  Dans son courrier en date du 20 octobre et adressé au ministère de l’Intérieur, Jean-Noël Barrot souligne que le producteur et son épouse, Amal Clooney, ont scolarisé leurs enfants en France et qu’ils participent “de manière éminente au rayonnement culturel, intellectuel et humanitaire de la France” par leurs activités respectives “d’acteur, réalisateur et producteur” et d’“avocate de renom”.  “Leur engagement pour les valeurs humanistes, la liberté d’expression et la défense du droit international rejoint profondément les principes portés par la diplomatie française”, écrit en outre le ministre. Il ajoute que l’activité de George Clooney “génère d’énormes bénéfices financiers dont profite l’industrie cinématographique française”.   Contacté par POLITICO, le Quai d’Orsay confirme que la naturalisation de la famille Clooney fait suite à cette demande de Jean-Noël Barrot, en lien avec les ministères français de l’Intérieur et de la Culture.   La procédure dite de “l’étranger émérite” est prévue par le code civil français, et permet au ministre des Affaires étrangères de proposer d’attribuer la nationalité française à un étranger francophone “qui en a fait la demande et qui contribue par son action émérite au rayonnement de la France et à la prospérité de ses relations économiques internationales”.   Cette disposition a permis à plusieurs personnalités d’obtenir un passeport français par le passé, parmi lesquels le cofondateur de Telegram, Pavel Durov, ou celui de Snapchat, Evan Spiegel.   “A titre personnel”, la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, Marie-Pierre Vedrenne, a indiqué “comprendre l’appréciation de certains Français sur le deux poids deux mesures”. Interrogée sur Franceinfo ce mercredi matin, elle ajoute qu’elle “ne mesure pas” si George Clooney, qui admet ne pas bien parler français, a bénéficié d’un passe-droit. “Je vais voir l’entièreté de la procédure. Ce n’est pas le bon message qui est envoyé”, a-t-elle fait valoir. Joint par POLITICO, un représentant de George Clooney n’avait pas donné suite au moment de la publication.  
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Paris Influence
Nos 12 Cesar de l’année politique 2025
Après une très jolie promotion 2024, la rédaction de POLITICO à Paris a dressé son palmarès des grands moments de l’année qui vient de s’écouler. Voici, sans plus tarder, nos Cesar politiques 2025 — un cru qui fut, comme le précédent, épatant à bien des égards.  1. PRIX SPÉCIAL DU JURY, CATÉGORIE MEILLEUR PLOT TWIST : LE HARA-KIRI DE FRANÇOIS BAYROU Il nous a pris de cours, le Premier ministre, ce 25 août. Alors que les uns et les autres rentraient tranquillement d’une pause estivale bien méritée, le Béarnais convoquait subitement les journalistes pour une conférence de presse. François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus tard, le 8 septembre. La raison : après la présentation des grandes lignes de son plan budgétaire (un “effort” de 40 milliards d’euros, tout de même), le 15 juillet, et alors qu’une journée “Bloquons tout” était annoncée le 10 septembre, Bayrou estimait ses chances de survie trop faibles. Il fit le choix du “panache”, dans les mots de l’un de ses proches, en obligeant les parlementaires à dire si, oui ou non, ils étaient favorables à ce que le maire de Pau aide la France à reprendre son destin en main, en tout cas dans sa conception des choses. Las, il n’y eu pas l’ombre d’un début de suspense, tant la réponse de Marine Le Pen fut rapide. Le jour même, la présidente du groupe RN tweetait : “Nous voterons évidemment contre la confiance au gouvernement de François Bayrou.” L’affaire était donc pliée. Les quelques jours d’omniprésence médiatique du Premier ministre qui suivirent n’eurent aucun effet sur le vote. Ainsi se termina, sous nos yeux ébahis, le mandat de François Bayrou à Matignon. On avait aussi pensé à : la nomination-dénomination-renomination des gouvernements Lecornu I et II, ou au tweet fatidique de Bruno Retailleau (dans la même semaine). 2. MEILLEUR SCÉNARIO : LE BUDGET 2026 La critique est unanime : l’examen des textes budgétaires pour 2026 a encore repoussé un peu plus le champ des possibles de la politique française. Seule vraie obsession de François Bayrou, dès le printemps, puis de Sébastien Lecornu à la rentrée, ce moment décisif aura donné du fil à retordre aux législateurs comme aux observateurs dont nous sommes. Le gouvernement a eu beau renoncer à l’article 49-3 de la Constitution, et donc faire miroiter un vote aux députés, voilà une idée neuve… qui n’aura pas suffi. Qui aurait pu prédire que le gouvernement et les parlementaires finissent ainsi l’année, le séant entre deux chaises ? D’un côté, la loi de financement de la Sécurité sociale a été ficelée et adoptée, le 16 décembre, grâce notamment à une mise sur pause de la réforme des retraites pour plaire à la gauche — forçant les bancs macronistes à manger leur chapeau. De l’autre, le projet de loi de finances, qui donne les moyens à l’Etat et aux collectivités de fonctionner, a échoué sur la ligne d’arrivée, trois jours plus tard, faute d’un “en même temps” convaincant sur les deniers publics, pourtant spécialité revendiquée du pouvoir en place. Avant la probable relance des débats début janvier, un budget de poche (la loi spéciale), va permettre au pays de marchoter au 1er janvier. Le marathon budgétaire n’aura donc jamais été aussi long et tortueux. Vous n’en pouvez plus ? Vivement le budget 2027 !  François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus tard, le 8 septembre. | Photo pool par Ian Langsdon/EPA On avait aussi pensé à : Richard Ferrand. Le 19 février, l’ancien président de l’Assemblée nationale fut propulsé à la tête du Conseil constitutionnel, sur proposition d’Emmanuel Macron. Mais sa désignation ne se fit qu’à une voix près au Parlement, les représentants du Rassemblement national n’ayant pas pris part au vote. Au point de faire dire à ses détracteurs qu’il doit sa place aux lepénistes. Ce que le principal intéressé, qui a multiplié les coups de fil pour mener campagne, dément catégoriquement. 3. MEILLEUR PLACEMENT DE PRODUIT : BURGER KING François Bayrou a offert une très belle pub à la chaîne de restauration rapide Burger King, cette année, avec son à jamais inimitable “Hmm, Bourguer King“, marmonné à la tribune lors d’un conseil municipal à Pau, alors qu’il était encore Premier ministre. A noter que la marque a décidément la cote avec nos politiques puisque Xavier Bertrand, lui aussi, s’est fendu d’une publication sur ses réseaux sociaux lors d’un récent passage au “BK”. 4. MEILLEUR COSTUME : LA PETITE LAINE DE LECORNU Le chandail vert bouteille de Sébastien Lecornu : le lainage est apparu un samedi après-midi de la mi-octobre sur le site de Paris Match, qui suivait le Premier ministre fraîchement renommé par Emmanuel Macron “loin du tumulte”, sur le marché de Vernon, son fief de l’Eure. Ainsi que, ça n’est pas un détail, sur les réseaux sociaux du chef du gouvernement. Laissant dépasser au passage un joli poireau de son cabas — gageons que le Vernonais commençait tout juste ses courses, sans quoi ses repas de la semaine furent pour le moins spartiates —, le Premier ministre travaillait là, à l’évidence, son style antiparisien, modeste et banal, de “moine-soldat”, selon sa propre expression. Abondamment commentée, l’image est restée gravée dans la rétine des commentateurs. Bonus : à noter que l’amaryllidacée aurait aussi sa place dans notre catégorie “meilleure révélation” (voir plus bas), ayant fait une entrée remarquée en politique dès janvier, lors de la déclaration de politique générale de François Bayrou. Qui remettait en question Parcoursup (la plateforme d’orientation postbac des lycéens) en déclarant : “Les enfants ne sont pas comme les poireaux, ils ne poussent pas tous à la même vitesse et vouloir sélectionner précocement, sans qu’aient mûri l’esprit et les attentes, je pense que c’est une erreur, en tout cas une faiblesse.”  5. MEILLEUR ACTEUR : GÉRALD DARMANIN Le ministre de la Justice s’est illustré cette année dans un rôle où, on ne va pas vous mentir, on ne l’attendait pas : celui du politique qui “ne fait plus de politique”. Tout juste renommé dans le gouvernement Lecornu II, le nordiste a en effet annoncé qu’il se mettait en retrait de ses activités partisanes et renonçait à briguer la mairie de Tourcoing — sa mairie, celle qu’il avait ravie à la gauche en 2014 (rassurez-vous, en principe, il devrait tout de même figurer sur la liste de Doriane Bécue, qui lui a succédé en 2020). Il faut dire que Sébastien Lecornu, son ami, tenait à compter dans son gouvernement des ministres entièrement dédiés à leurs dossiers, et pas tournés vers 2027. Ahem. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quitté Renaissance. Fini donc la “politique partisane” pour l’un des ministres les plus politiques de l’ère Macron, priorité à sa vie de famille et ses fonctions de garde des Sceaux. Vous êtes libres, comme nous et nombre de nos sources, de ne pas y croire. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quitté Renaissance. | Mohammed Badra/EPA On avait aussi pensé à : Sébastien Lecornu, dans le rôle de celui qui “n’est pas candidat à Matignon”. 6. MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE : JORDAN BARDELLA Très belle performance également cette année pour Jordan Bardella, avec son interprétation du “plan B” pour 2027. Condamnée fin mars à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire (entre autres), Marine Le Pen s’est retrouvée privée d’une quatrième candidature à la présidentielle — sauf si son procès en appel, prévu du 13 janvier au 12 février, changeait la donne. Son dauphin a ainsi naturellement été propulsé candidat à sa place, mais pas encore officiellement. Ainsi se prépare-t-il à l’échéance, au point que les sondeurs oublient quelques fois de tester Marine Le Pen, qui, c’est promis, en est “ravie”. Le président du RN, dans le même temps, tâche comme il peut de ne pas donner l’air d’enterrer trop vite la patronne… se qualifiant récemment de “numéro 1 ou numéro 1 bis”, ou se retrouvant contraint d‘expliquer pourquoi il ne cite qu’une seule fois Marine Le Pen dans son dernier livre Ce que veulent les Français (Fayard). 7. MEILLEUR COME-BACK : LES SOCIALISTES À L’ASSEMBLÉE Certes, ils auraient voulu obtenir plus en matière de “justice fiscale”, histoire de moins prêter le flanc aux attaques des Insoumis, notamment. Mais après une année 2024 qui les avait vus revenir en plus grand nombre à l’Assemblée (ils sont désormais 69), les députés socialistes, représentés par leur premier secrétaire Olivier Faure, le président du groupe au Palais-Bourbon, Boris Vallaud, et leurs spécialistes des finances, les médiatiques Jérôme Guedj ou Philippe Brun, ont été au cœur de toutes les discussions, cette année, et d’abord lors des négociations budgétaires. Jusqu’à faire dire aux détracteurs de Sébastien Lecornu dans son camp que le Premier ministre était à ça de faire adopter un “budget de gauche” (diantre). Ce rôle “d’opposition constructive” commence pourtant à leur donner des bouffées d’angoisse à l’approche des municipales. Parmi leurs plus belles victoires ? Parmi leurs plus belles victoires ? Le “bougé” de l’exécutif sur la réforme des retraites — une “suspension”, dans leurs mots, quand certains macronistes, dont le premier d’entre eux, comme les Insoumis et les Ecologistes, préfèrent parler d’un simple “décalage” (la réforme reprendra de fait son entrée en application progressive après l’élection présidentielle, à moins d’une remise à plat des règles du jeu, comme expliqué ici). Mais aussi :  la hausse de la CSG sur une partie des revenus du capital, le dégel des minima sociaux (toutefois réclamé par la quasi totalité de l’hémicycle). On avait aussi pensé à : Bruno Le Maire, qui fut ministre des Armées du 5 au 6 octobre 2025, comme sa fiche Wikipédia en témoigne désormais. Soit à peine 7 ans, 4 mois et 3 jours de moins que la durée de son mandat comme ministre de l’Economie, qui s’était achevé en septembre 2024. 8. MEILLEUR ACCESSOIRE : LA BONNETTE DE MEDIAPART Après l’annonce de la condamnation de son mari, Nicolas Sarkozy, en première instance, dans l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, Carla Bruni passe devant les journalistes présents au tribunal judiciaire de Paris, puis retire et jette du bout des doigts la bonnette du micro de Mediapart, le média à l’origine de la plupart des révélations de l’affaire, dans un sourire crispé. Un scandale de plus, pour certains. Un geste “iconique”, pour d’autres, quand France Inter allait plutôt recueillir le témoignage de la pauvre bonnette.  9. MEILLEUR DOCUMENTAIRE : LA NOMINATION DE MICHEL FOURNIER Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. Une surprise, y compris pour le premier concerné, qui a appris sa nomination… devant sa télé, avait-il raconté à nos confrères de BFMTV. Pas de quoi ébranler son épouse qui, selon le récit du néoministre, “était très intéressée, puisqu’elle regardait un film sur une autre télé” en même temps que l’annonce de la composition du gouvernement.  Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. | Teresa Suarez/EPA 10. MEILLEURE RÉVÉLATION : GABRIEL ZUCMAN Gabriel Zucman, vous connaissez ? Cet automne, on n’a parlé que de lui. Le nom de cet économiste prof à Berkeley et à l’ENS, auteur du livre Les milliardaires ne paient pas d’impôts sur le revenu et nous allons y mettre fin (Seuil), était sur toutes les lèvres et en particulier celles des socialistes, à l’heure où tous se préparaient à entrer dans la mêlée budgétaire. Sa proposition phare ? Instaurer un taux plancher d’imposition de 2% sur les revenus des ménages détenant au moins 100 millions d’euros de patrimoine, vite rebaptisée taxe Zucman. Las, le PS n’a pas réussi à la faire adopter, pas plus que sa contre-proposition d’une version allégée. En attendant, l’économiste a engrangé des points de notoriété. Jusqu’à faire son entrée, début juillet, dans notre classement des 40 personnalités les plus influentes de l’Hexagone ; et se retrouver, début décembre, parmi les quelques Français qui comptent en Europe dans notre classement P28.  11. MEILLEUR SOUFFLEUR : BRUNO RETAILLEAU L’image paraît déjà vintage : il fallait le voir, Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur et aux côtés de son N+1, François Bayrou, lors de la conférence de presse du “comité interministériel de contrôle de l’immigration”, le 26 février dernier. La scène du Premier ministre cherchant péniblement ses mots, ses papiers, puis son verre d’eau, au côté de son ministre de l’Intérieur impassible (ou presque), a fait les délices des réseaux sociaux et des détracteurs du patron du MoDem. 12. MEILLEURE ADAPTATION : LE JOURNAL D’UN PRISONNIER Nicolas Sarkozy dans Le Comte de Monte-Cristo : vingt jours d’incarcération à la prison de la Santé ; ressenti quatorze ans. Plus de deux siècles après Edmond Dantès, l’ex-président de la République endosse dans son Journal d’un prisonnier (Fayard) les habits du héros d’Alexandre Dumas. Rien ne nous sera épargné : son régime alimentaire (il ne s’est nourri que de laitages et de barres de céréales) ; les conditions dans lesquelles il l’a écrit, “au Bic sur une petite table en contreplaqué” ; ses conversations avec l’aumônier de la prison et le rôle de la prière qui lui a donné “la force de porter la croix de cette injustice”. Bonus : si vous voulez l’entendre de vos oreilles, il y a aussi le passage de Nicolas Sarkozy dans le podcast Legend, avec quelques séquences déjà cultes  : “Je me suis senti faible, et je me sens faible à chaque instant, et c’est pour ça que je suis fort. Parce que si vous vous sentez pas faible, vous êtes pas fort”, y confesse l’ancien président. Et son livre fait un tabac en librairies : l’ancien président se classe deuxième des ventes derrière Astérix et Obélix (eux aussi très très forts, mais pour les raisons que vous savez). Elisa Bertholomey, Jason Wiels, Sarah Paillou, Kenza Pacenza,Jean-Christophe Catalon et Pauline de Saint Remy ont notamment contribué à la rédaction de cet article.
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Le problème de l’UE, ce n’est pas la Belgique, mais Trump
BRUXELLES ― Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE de jeudi permettra de déterminer si l’Union reste unie ou si Donald Trump peut la diviser. Le désaccord entre les gouvernements européens sur l’utilisation d’avoirs russes, gelés depuis l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine, pour financer la reconstruction du pays a mis au jour une fracture plus profonde sur le continent sur la façon de faire face à un nouvel ordre mondial et à une pression sans précédent des Etats-Unis. “Ils veulent nous affaiblir”, a déclaré un haut responsable européen au fait des relations transatlantiques et des préparatifs du sommet. Le Conseil européen de cette semaine doit faire deux choses. Les dirigeants ont besoin de résultats tangibles, notamment en ce qui concerne le financement de l’Ukraine. Mais les gouvernements dirigés par des partis traditionnels estiment aussi qu’ils doivent défendre l’UE, alors que la Maison-Blanche tente d’influencer sa politique et que les leaders européens sont plus nombreux que jamais — du Hongrois Viktor Orbán au Tchèque Andrej Babiš — à rejeter la doctrine dominante de Bruxelles. “La capacité d’action de l’Union européenne sera gravement compromise pour des années” si elle ne parvient pas à conclure un accord sur le financement de l’Ukraine, a alerté le chancelier allemand Friedrich Merz lors d’une interview à la télévision allemande. “Nous montrerions au monde que nous sommes incapables de nous unir et d’agir à un moment aussi crucial de notre histoire pour défendre notre propre ordre politique sur ce continent européen.” Les responsables de l’administration Trump ont poussé les gouvernements européens — ceux qu’ils considèrent comme les plus amicaux du moins — à rejeter le plan visant à utiliser 210 milliards d’euros d’actifs russes pour financer l’Ukraine, relatent à POLITICO quatre responsables de l’UE participant aux discussions. Lorsque les dirigeants européens se sont réunis à Bruxelles en octobre, ils ne sont pas parvenus à un accord sur les avoirs gelés, parce que la Belgique s’y est opposée. Deux mois plus tard, il est clair que le problème de l’UE n’est pas vraiment la Belgique, mais bien Donald Trump. La Commission européenne et les Etats membres les plus influents ont négocié entre eux depuis, en essayant d’obtenir le soutien du Premier ministre belge Bart De Wever ― son approbation est cruciale, car son pays abrite la plupart des avoirs russes gelés en Europe. Les discussions se sont intensifiées depuis une semaine, l’UE cherchant à donner des garanties à la Belgique. Mais les chances de parvenir à un accord ont empiré au lieu de s’améliorer, même au cours de la journée de mardi, déplore le haut responsable précité, qui s’exprime sous couvert d’anonymat pour pouvoir parler librement. “J’avais envie de pleurer”, confie-t-il, étant donné l’ambiance qui régnait lors d’une réunion des ministres des Affaires européennes à Bruxelles pour préparer le sommet. “LES ETATS-UNIS NE SONT PLUS LE LEADER DU MONDE LIBRE” L’Ukraine a désespérément besoin d’argent, il lui faut 71,7 milliards d’euros pour l’année prochaine. Si l’argent ne commence pas à affluer d’ici avril, elle devra réduire ses dépenses publiques, ce qui pourrait avoir un impact sur son moral et sa capacité à continuer à se défendre, près de quatre ans après le début de la guerre. Le gouvernement belge explique que son opposition à l’utilisation des actifs russes pour financer le prêt est due à la nécessité de protéger ses propres contribuables, afin qu’ils ne soient pas mis à contribution au cas où l’argent devait être remboursé. Pour les autres pays européens, il s’agit d’une question de géopolitique plus large. La campagne d’influence américaine, qui a vu les responsables de l’administration Trump contourner Bruxelles et passer par des canaux détournés avec les Etats membres, a conduit l’Italie, la Bulgarie, Malte et la Tchéquie à rejoindre le groupe des pays dissidents. “La capacité d’action de l’Union européenne sera gravement compromise pour des années” si elle ne parvient pas à conclure un accord sur le financement de l’Ukraine, a alerté le chancelier allemand Friedrich Merz lors d’une interview à la télévision allemande. | Sven Hoppe/Getty Images Un échec serait une catastrophe pour la position de l’UE dans le monde, estiment des responsables européens, compte tenu du message que cela enverrait, non seulement à la pugnace administration Trump — qui, dans sa stratégie de sécurité nationale publiée au début du mois, a indiqué soutenir les mouvements eurosceptiques —, mais aussi au président russe Vladimir Poutine, qui remet ouvertement en cause la souveraineté des anciens Etats soviétiques. Manfred Weber, le président du Parti populaire européen, la plus grande formation politique de l’UE, a dressé mardi un constat saisissant de la détérioration des relations. “Les Etats-Unis ne sont manifestement plus le leader du monde libre”, a-t-il lancé devant les journalistes à Strasbourg, où le Parlement européen siège cette semaine. L’administration Trump “prend ses distances avec nous”. Une Ukraine à court d’argent aurait moins de poids dans les négociations de paix, ce qui compromettrait ses chances d’obtenir la paix durable dont elle a besoin pour se reconstruire après quatre années de guerre. “Je n’ai même pas le mot juste”, a concédé le Premier ministre estonien Kristen Michal à POLITICO lorsqu’on lui a demandé ce qui se passerait si l’UE ne parvenait pas à obtenir un accord de prêt. Kiev a besoin de savoir “que l’Europe soutient l’Ukraine quoi qu’il arrive. Qu’ils ne sont pas obligés d’accepter un mauvais accord.” Selon un projet de plan de paix négocié par la Maison-Blanche et le Kremlin, Washington souhaite utiliser une partie des avoirs russes gelés pour financer les efforts de reconstruction menés par les Etats-Unis. L’emploi de ces actifs au profit de l’Ukraine dans le cadre d’un prêt de réparation permettrait à Kiev de décider de l’utilisation de cet argent, la France plaidant pour une approche européenne priorisant les dépenses militaires. Donald Trump fait également pression sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour qu’il cède à la Russie des pans entiers de territoires fortement protégés et stratégiquement importants dans le Donbass — des territoires que le Kremlin ne contrôle pas à l’heure actuelle. La Maison-Blanche a rejeté les accusations d’ingérence de Bruxelles. “Il ne faut pas prendre au sérieux les propos de sources anonymes qui n’ont pas assisté à ces discussions”, a rétorqué Anna Kelly, porte-parole adjointe de la Maison-Blanche. “Le seul objectif des Etats-Unis est de ramener la paix dans ce conflit […]. Les Ukrainiens et les Russes ont tous deux clairement exprimé leurs positions concernant les avoirs gelés, et notre seule tâche est de faciliter des échanges qui peuvent in fine déboucher sur un accord.” Mardi, alors que les négociations battaient de l’aile, les responsables et les dirigeants de l’UE ont de plus en plus évoqué l’arme de destruction massive : faire adopter le prêt destiné à financer les réparations à la majorité qualifiée, c’est-à-dire ignorer les objections de certains pays et aller de l’avant malgré tout. Mais certains responsables publics pensent que cette option déchirerait une Union déjà fracturée et risquerait de la plonger dans une véritable crise. Une autre solution consiste, pour certains pays, à proposer simplement des prêts bilatéraux limités. “Il est important que la Belgique participe” à l’accord, “mais on verra”, a déclaré la Première ministre lettonne Evika Siliņa à POLITICO mardi. “Si c’est [un vote à la majorité qualifiée] la seule [option], pourquoi pas ?” “Il est important que l’UE montre sa force et sa capacité à prendre des décisions fortes, car nous y travaillons depuis longtemps déjà et nous avons promis à l’Ukraine de l’aider avec des ressources financières — et les avoirs gelés sont vraiment une bonne source”, a-t-elle poursuivi. Et Evika Siliņa d’ajouter : “Pour la Belgique, je pense que je ne souhaite pas qu’elle devienne la deuxième Hongrie.” POLITICO a rapporté la semaine dernière que des diplomates avaient averti que la Belgique, en restant récalcitrante à l’accord sur les avoirs russes, risquait d’être isolée dans le processus décisionnel de l’UE. “Je n’ai même pas le mot juste”, a déclaré le Premier ministre estonien Kristen Michal à POLITICO lorsqu’on lui a demandé ce qui se passerait si l’UE ne parvenait pas à obtenir un accord de prêt. | Nicolas Economou/Getty Images Pour l’Ukraine, le prêt de réparation financé par les actifs russes serait la meilleure solution pour combler le trou dans ses finances — le soutien du FMI au pays dépend de ce plan. Mais Volodymyr Zelensky, lors d’une conversation WhatsApp avec des journalistes lundi, s’est montré pragmatique. Il ne se soucie pas de la manière dont l’Ukraine reçoit l’argent, du moment qu’elle le reçoit. “Bien sûr, nous aimerions vraiment utiliser les [avoirs russes] pour restaurer notre Etat”, car “il est juste que les Russes paient pour la destruction”. Mais, a-t-il ajouté, “un prêt de réparation ou tout autre format basé sur le montant des avoirs gelés de la Russie — entre 150 et 200-210 milliards de dollars au total — changerait vraiment la donne”. Les discussions entre les responsables européens n’ayant pas abouti à un accord, les dirigeants en personne auront la tâche inhabituelle, lors du sommet de jeudi, de devoir trouver eux-mêmes une solution. Victor Jack a contribué à cet article depuis Helsinki. Gabriel Gavin et Nick Vinocur depuis Bruxelles, Veronika Melkozerova depuis Kiev, Max Griera depuis Strasbourg et Daniella Cheslow depuis Washington. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Comment la Commission européenne compte s’attaquer à la crise du logement
De Lisbonne à Tallinn, les Européens sont accablés par la flambée des prix de l’immobilier. Cette semaine, Bruxelles a l’intention de faire quelque chose pour y remédier. “C’est une vraie crise”, a souligné le commissaire européen au Logement, Dan Jørgensen, lors d’un entretien à POLITICO, avant l’approbation du tout premier plan pour le logement abordable de l’UE. “Et il ne suffit pas d’en parler.” Ainsi, les mesures prévues visent à libérer des fonds publics pour la construction de nouveaux logements, analyser la spéculation sur le marché de l’immobilier, et donner aux autorités régionales et locales des outils pour freiner les locations de courte durée qui contribuent à la pénurie de logements. “Le plan sera un mélange d’actions concrètes au niveau de l’UE et de recommandations que les Etats membres pourront appliquer”, a détaillé Dan Jørgensen. Ce dernier a aussi précisé que la Commission européenne souhaite donner aux gouvernements nationaux, régionaux et locaux les moyens d’apporter de réels changements sur le terrain, sans pour autant outrepasser son rôle dans un domaine où elle n’a pas de compétence officielle. “C’est un réel problème qui touche des millions de personnes, et l’inaction fait le jeu des populistes de droite”, a fait remarquer Dan Jørgensen, mentionnant les partis ultranationalistes qui ont attisé le mécontentement face à la flambée des prix de l’immobilier pour remporter d’importantes victoires électorales dans des pays comme les Pays-Bas et le Portugal. “Normalement, l’UE n’a pas joué un grand rôle dans ce domaine”, a-t-il poursuivi. “Il faut que cela change.” DE L’ARGENT, DES OUTILS ET DE LA TRANSPARENCE La mesure la plus concrète qui sera annoncée cette semaine est la révision des règles relatives aux aides d’Etat, afin de permettre aux gouvernements nationaux de construire plus facilement des logements abordables. Les Etats membres se plaignent depuis longtemps de ne pouvoir utiliser les fonds publics que pour fournir des logements aux familles à faibles revenus. Compte tenu du fait que même les personnes appartenant à la classe moyenne ont aujourd’hui du mal à se loger, la nouvelle réglementation permettra de débloquer de l’argent public pour tous les groupes exclus du marché de l’immobilier. Le plan donnera également aux autorités nationales, régionales et locales les moyens de cibler les appartements touristiques qui exacerbent la pénurie de logements dans des villes comme Barcelone, Florence et Prague. “Je ne suis pas du côté de ceux qui demandent l’interdiction des locations de courte durée”, a prévenu Dan Jørgensen, ajoutant que ces plateformes ont permis aux voyageurs de vivre l’Europe différemment et ont fourni à certaines familles une source de revenus nécessaire. Mais le modèle s’est développé à un rythme “que personne n’aurait pu imaginer, les locations de courte durée représentant 20% des logements dans certaines zones très tendues”, a-t-il pointé. Cela s’est transformé en une “machine à fric au lieu de ce que c’était censé être”. Le commissaire a insisté sur le fait que ce sont les dirigeants nationaux, régionaux et locaux qui choisiront en dernier ressort d’utiliser ou non les outils de contrôle des locations de courte durée. “Nous n’allons pas forcer les gens à faire quoi que ce soit”, a-t-il assuré. “Si vous estimez que le statu quo convient, vous pouvez laisser les choses comme elles sont.” Par ailleurs, une section plus abstraite du plan visera également à lutter contre la spéculation sur le marché de l’immobilier. “C’est une vraie crise”, a souligné le commissaire européen au Logement, Dan Jørgensen, lors d’un entretien à POLITICO. | Lilli Förter/Getty Images Tout en insistant sur le fait qu’il n’est “pas contre ceux qui gagnent de l’argent”, Dan Jørgensen a souligné que le parc immobilier européen était traité comme “l’or, le bitcoin et d’autres investissements réalisés dans le seul but de gagner de l’argent”, en ignorant le rôle vital du logement pour la société dans son ensemble. “Avoir un toit au-dessus de la tête, une maison décente […] est un droit de l’homme.” Dans un premier temps, le plan de cette semaine proposera que l’UE produise une analyse de la spéculation afin de déterminer l’ampleur du problème. Toutefois, Dan Jørgensen a reconnu qu’il pourrait s’avérer difficile d’utiliser les données obtenues pour prendre des mesures concrètes afin de lutter contre la financiarisation du marché. “Bien que personne ne prétende que ce problème n’existe pas, il y a un débat politique sur la question de savoir s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise chose.” Mais la régulation est essentielle au bon fonctionnement du marché intérieur, a-t-il ajouté. DES RECOMMANDATIONS Le plan pour le logement de la Commission comprendra également une nouvelle stratégie concernant la construction. Elle visera notamment à réduire les formalités administratives et à créer des normes communes, de sorte que les matériaux de construction fabriqués à des prix compétitifs dans un Etat membre puissent être facilement utilisés pour des projets de logement dans un autre. En outre, un appel d’offres sera lancé pour répondre aux besoins de plus d’un million de sans-abri européens, dont beaucoup ne sont pas citoyens des pays dans lesquels ils dorment dans la rue. “Nous voulons examiner leurs droits et la manière dont ils sont respectés”, a exposé Dan Jørgensen. “Nous parlons d’êtres humains qui ont des besoins, de personnes qui méritent notre aide et notre compassion.” Le commissaire a expliqué que la complexité de la crise du logement nécessite une approche “holistique”, l’amenant à travailler en tandem avec les vice-présidents exécutifs de la Commission, Teresa Ribera (Concurrence) et Roxana Mînzatu (Droits sociaux), ainsi que Stéphane Séjourné (Marché intérieur) et Henna Virkkunen (Technologies numériques), entre autres. Il a également souligné que le paquet de mesures ne constituait pas une prise de pouvoir de la part de la Commission et que les autorités nationales, régionales et locales étaient toujours les mieux placées pour traiter de nombreux aspects de la crise. “Mais”, a-t-il ajouté, “il y a des domaines dans lesquels nous n’avons rien fait et dans lesquels nous pouvons faire quelque chose”. Bien qu’une grande partie du plan consiste en des recommandations que les Etats membres ne seront pas contraints de mettre en œuvre, Dan Jørgensen a mis en garde contre le fait de les ignorer. La Commission propose des solutions, a-t-il développé, et “les décideurs politiques devront rendre des comptes à leurs populations s’ils ne font pas des choses qu’il est évident qu’ils pourraient faire”. “Les citoyens normaux profiteront de toutes les occasions pour faire connaître leurs exigences, que ce soit lors des élections locales, nationales ou européennes”, a poursuivi Dan Jørgensen. “Je le dis respectueusement aux décideurs de toute l’Europe : soit ils prennent ce problème au sérieux, soit ils acceptent de céder le pouvoir aux populistes.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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