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“Pandoro gate” : comment cette affaire a eu raison du couple d’influenceurs le plus glamour et progressiste d’Italie
La chute du couple Instagram le plus influent de la scène politique italienne, à la suite d’un scandale de fraude sur des ventes de pandoro (un gâteau de Noël), émeut la Botte. Une histoire dans laquelle la présidente du Conseil des ministres Giorgia Meloni et son vice-président Matteo Salvini font partie des figurants. Chiara Ferragni, auparavant visage de la mode italienne sur les réseaux sociaux et coqueluche de la gauche, risque une peine de prison cette semaine dans l’affaire dite du “Pandoro gate”. Elle est accusée d’avoir trompé les consommateurs en 2023 en encourageant la vente, à des prix bien plus élevés que sur le marché, de ces brioches en forme d’étoile saupoudrées de sucre, et dont les bénéfices étaient censés soutenir les enfants malades. Son procès a débuté fin novembre à Milan et le verdict est attendu pour le 14 janvier. Les procureurs ont requis une peine de vingt mois de prison. Chiara Ferragni nie catégoriquement tout acte répréhensible. “Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait de bonne foi, aucun d’entre nous n’en a profité”, a-t-elle affirmé au tribunal le 25 novembre. Son ex-mari, le rappeur devenu activiste Federico Lucia, connu sous le nom de Fedez, n’a pas été inculpé dans cette affaire. Mais la pression médiatique a eu raison de leur mariage et Federico Luciail a opéré un virage à droite sur le plan politique qui n’est pas passé inaperçu. Avant même le début du procès, l’affaire était politique. Le couple glamour était célèbre pour son engagement dans des causes progressistes, s’opposant au courant catholique plus traditionaliste. Ils se sont attaqués aux discriminations, ont fait campagne pour les droits des personnes LGBTQ+ et ont collecté des fonds pour les unités de soins intensifs lors de la pandémie de Covid. Dès que le scandale a éclaté, Giorgia Meloni s’est empressée de qualifier Chiara Ferragni de mauvais exemple. “Les vrais modèles […] ne sont pas les influenceurs qui gagnent beaucoup d’argent en vantant les mérites de panettoni coûteux prétendument destinés à des œuvres de charité”, a-t-elle déclaré lors du rassemblement de l’extrême droite italienne, Atreju, en 2023. Chiara Ferragni et son mari Federico Leonardo Lucia, lors de la 76e Mostra de Venise, le 4 septembre 2019 au Lido de Venise. | Alberto Pizzoli/AFP via Getty Images Quelques mois plus tard, en 2024, Meloni a présenté un projet de loi — désormais appelé loi Ferragni — visant directement les influenceurs soupçonnés de tromper leurs fans avec des promotions marketing clinquantes. La proposition de loi n’est pas la base juridique sur laquelle s’appuient les poursuites engagées contre Chiara Ferragni — qui relèvent des lois existantes sur la protection des consommateurs et la fraude —, mais elle a été largement interprétée comme une réponse politique au scandale qui porte son nom. En revanche, Matteo Salvini, le leader du parti de la Ligue, a pris la défense de Chiara Ferragni, se disant “choqué” par la “méchanceté et la rancœur” dirigées contre l’influenceuse et sa famille. Il faut dire qu’un lien semble s’être tissé entre Fedez et Salvini à la suite du Pandoro gate. Autrefois provocateur progressiste et critique virulent de l’extrême droite italienne, Fedez est apparu plus récemment aux côtés de personnalités de droite, a invité Roberto Vannacci — qui fait partie de l’aile dure de la Ligue — à participer à son podcast, et a assisté au congrès des jeunes du parti conservateur Forza Italia. Dans ses mémoires, il a même fait l’éloge de Matteo Salvini, qui a été l’une des rares personnalités publiques à prendre de ses nouvelles régulièrement pendant la période difficile qui a suivi son divorce. “Il est le seul à m’avoir témoigné une véritable empathie. Et ce, malgré le fait que nous avions des idées très différentes et que nous avons dit toutes sortes de choses l’un sur l’autre dans le passé”, a-t-il écrit. POLITICO a contacté la société de l’influence, Chiara Ferragni Brand, ses avocats, ainsi que l’agence de relations publiques de Fedez, mais nos demandes de commentaires sont restées sans réponse. UN EMPIRE DE L’INFLUENCE Avant l’affaire, Chiara Ferragni, 38 ans, et Fedez, 36 ans, ont passé une décennie à bâtir quelque chose d’unique dans la vie publique italienne : un empire qui mélangeait la mode, l’entrepreneuriat, l’activisme et le divertissement en une seule machine d’influence très lucrative. Chiara Ferragni, ancienne étudiante en droit, a lancé le blog The Blonde Salad avec son partenaire de l’époque en 2009. En 2016, il s’est transformé en magazine lifestyle et en plateforme d’e-commerce, vendant des talons aiguilles, des bagages et des sweatshirts conçus par elle, avec son célèbre logo de l’œil aux longs cils brodé sur la poitrine. Les maisons de luxe l’ont remarquée. Elle est passée de la blogosphère aux premiers rangs des fashion weeks, a conclu des partenariats lucratifs et est devenue l’objet d’une étude publiée par la Harvard Business School. Le parcours de Fedez est différent. C’était maître dans l’art “d’intercepter les changements culturels en Italie”, retrace Francesco Oggiano, journaliste et expert en communication numérique et politique. Déjà connue en tant que rappeur au début des années 2010, Fedez s’est réinventé en trublion politique. Il a défié Giorgia Meloni en public, a écrit la chanson officielle des populistes du Mouvement 5 étoiles en 2014 et profité de ses apparitions télévisées au concours de chansons de Sanremo pour critiquer les responsables politiques de droite. Il donnait de la voix, se montrait combatif et n’hésitait pas à mêler sa célébrité à l’activisme. Le pandoro est un gâteau de Noël italien moelleux et beurré, en forme d’étoile à huit branches et saupoudré généreusement de sucre. | Fabio Sepe/Universal Images Group via Getty Images Lorsque Chiara Ferragni et Fedez se sont rencontrés en 2016, leur relation est rapidement devenue une marque partagée. Leur mariage en 2018 a été un événement médiatique saturé de sponsors. Leur vie de famille s’est déroulée comme une émission de téléréalité méticuleusement élaborée et très clinquante, suivie par des millions de personnes. Et cela a fonctionné. “L’Italie a toujours été orpheline de couples royaux”, interprète Francesco Oggiano. Le pays “s’est bercé de l’illusion que [Chiara Ferragni et Fedez] étaient le couple parfait” et a contribué à construire leur mythe en suivant leurs moindres faits et gestes. Ils ont pesé de tout leur poids sur la proposition de loi Zan, un texte visant à protéger les personnes contre la violence et les discriminations fondées sur le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et le handicap, qui n’a jamais vu le jour. Ils ont également utilisé leur plateforme pour amplifier l’affaire Malika, en soutien à une jeune femme chassée de chez elle par sa famille parce qu’elle aimait une autre femme. Et ont collecté des millions pour les unités de soins intensifs pendant la pandémie de Covid. Le duo est devenu une sorte de projet de soft power, offrant une voix à l’Italie des millennials opposée aux cadres nationalistes et catholiques traditionnels. Ils n’étaient pas des politiciens, mais leur influence rivalisait avec celle des responsables politiques aux prises avec un paysage médiatique en pleine mutation. LES DESSOUS DU “GATE” Du fait des opinions et de l’activisme politique du couple, le Pandoro gate a provoqué une chute spectaculaire. Fin 2023, Chiara Ferragni s’est associé au confiseur Balocco pour commercialiser un pandoro en édition limitée dans une boîte rose afin de soutenir l’hôpital pour enfants Regina Margherita de Turin. Le message était simple : achetez un pandoro pour soutenir la recherche contre le cancer. Mais l’aide n’était pas liée aux ventes. Comme l’a révélé la journaliste Selvaggia Lucarelli, Balocco avait déjà fait don d’un montant fixe de 50 000 euros plusieurs mois auparavant, tandis que Chiara Ferragni recevait une commission commerciale pour la campagne. Au départ, même l’hôpital n’a pas compris le fonctionnement de l’offre. L’autorité italienne de la concurrence (AGCM) a par la suite confirmé ces informations, concluant que l’emballage, les communiqués de presse et les messages sur les réseaux sociaux donnaient l’impression trompeuse que les consommateurs soutenaient directement l’initiative caritative. En réalité, aucune part des ventes n’a été reversée, alors que les sociétés de Chiara Ferragni ont gagné plus de 1 million d’euros grâce à la campagne. Les gendarmes de la concurrence ont infligé à Chiara Ferragni et Balocco une amende de plus de 1,4 million d’euros pour pratiques commerciales trompeuses, et ont pointé que des sociétés liées à l’influenceuse avaient profité du schéma. Les associations de consommateurs ont demandé aux procureurs d’enquêter sur les fraudes potentielles et d’envisager de geler les comptes des entreprises de Chiara Ferragni. En 2025, l’affaire s’est déplacé sur le terrain pénal. Les procureurs de Milan ont intégré les conclusions de l’AGCM dans leur dossier, accusant Chiara Ferragni de fraude aggravée pour avoir prétendument suscité de fausses attentes chez les acheteurs. Pour ses ennemis politiques, le Pandoro gate est un cas où un acte de philanthropie a été traité comme un accessoire de marketing. Le procureur général a déclaré, dans le décret qui a décidé que le procès se tiendrait à Milan, que l’influenceuse “utilisait” la charité “pour renforcer son image”. L’ATTENTION OU LA RÉPUTATION Le scandale n’a pas seulement porté atteinte à la marque commerciale du couple. Il a également terni l’image progressiste qu’ils se faisaient d’eux-mêmes. “Fedez a toujours été meilleur pour contrôler le récit”, estime Francesco Oggiano, ce qui explique peut-être pourquoi il a réussi à rester visible dans le paysage médiatique italien. Après le divorce, Fedez a repris le contrôle du récit public en écrivant une autobiographie. Il y décrit comment, déjà en difficulté après une opération du cancer, il est passé par des hospitalisations, des crises de panique, un traitement lourd et des périodes de comportement imprévisible, trouvant des soutiens improbables, notamment auprès de Matteo Salvini. Puis, s’en est suivi un repositionnement public. Fedez a lancé un nouveau podcast, dans lequel il reçoit souvent certaines des personnalités de droite les plus virulentes d’Italie, qu’il s’agisse de responsables politiques ou d’autres artistes et influenceurs. Il appelle cela le “dialogue” ; ses détracteurs parlent d’un virage politique. Son public a également changé : plus masculin, plus sceptique et de plus en plus attiré par une ambiance à la Joe Rogan — animateur américain de podcast, soutien de Donald Trump lors de la présidentielle de 2024 — qui attache plus d’importance aux discussions sans filtre qu’à la clarté idéologique. Chiara Ferragni a préféré le silence. Les problèmes juridiques, l’effondrement de sa réputation et le retrait des marques partenaires la poussent aujourd’hui à se retirer de la scène publique. Leur chute fait disparaître l’un des rares contrepoids avec une forte visibilité à l’actuel gouvernement nationaliste qui maîtrise désormais la communication numérique. Que reste-t-il de leur héritage ? Au niveau national, lorsqu’il s’agit de campagnes de marketing, “les marques sont certainement plus prudentes”, constate Francesco Oggiano. Chiara Ferragni doit désormais affronter une bataille juridique et la pente est raide pour retrouver la confiance du public. Fedez, lui, a troqué l’activisme contre des contenus de divertissement et d’opinion dans son podcast. Leur marque commune, faite d’optimisme entrepreneurial et de plaidoyer progressiste, s’est évaporée. Elle a payé un plus lourd tribut que Fedez, mais les deux carrières ont toujours été construites sur un compromis. Comme le dit Francesco Oggiano : “Il faut choisir entre l’attention et la réputation. Certains choisissent la réputation avant tout, et dès qu’il y a le moindre scandale, tout s’écroule.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Affaire Jean Pormanove : la difficile introspection des influenceurs
PARIS — “Aucune torture, même rémunérée, ne doit être encouragée.” Ces mots sont ceux de Tibo Inshape, un des rares influenceurs à s’exprimer sur le sujet. Le youtubeur le plus suivi de France a pris la parole sur X le 19 août, au lendemain du décès tragique du streameur Raphaël Graven. Connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, l’homme de 45 ans est mort en direct sur la plateforme Kick, après avoir subi des mois durant des violences infligées par deux autres streameurs, encouragés par des dons de leurs nombreux spectateurs. Le parquet de Nice enquête sur les circonstances de cette mort, quand le parquet de Paris a annoncé se pencher sur les pratiques de la plateforme. Désormais au centre de l’attention politico-médiatique, Kick fera l’objet d’un sort particulier du député Arthur Delaporte (PS) et de l’ex-député Stéphane Vojetta (EPR), dans le cadre de leur mission sur la régulation du secteur, a annoncé mardi Clara Chappaz. Leur mission voit son périmètre élargi à la monétisation des contenus violents ; les conclusions sont annoncées pour la fin de l’année. La ministre déléguée au Numérique a également assuré à POLITICO que “l’ensemble des parties prenantes aux enjeux de cette mission seront sollicités, dont l’Union des métiers de l’influence (Umicc)”, qui fédère les créateurs de contenu. Ceux-ci sont en effet partie prenante du problème, selon une partie des internautes et les pouvoirs publics. La prise de conscience sur les dérives de certaines tendances, imaginées avant tout pour ameuter des spectateurs, arrive trop tard. Les agissements du Lokal, le collectif de streameurs dont faisait partie Jean Pormanove, avaient été notamment documentés par Mediapart en décembre dernier, sans guère susciter de réaction.  LE BUSINESS DU CHALLENGE EXTRÊME  Le silence d’une majorité des influenceurs peut s’expliquer par le fonctionnement d’une partie de l’écosystème et l’aspect lucratif des “challenges”. Soit des vidéos où le vidéaste réalise des défis, parfois dangereux, pour capter l’attention d’un public sans cesse plus avide d’images chocs. Ceux qui se sont aventurés à condamner ces pratiques, et notamment les violences subies par Raphaël Graven, ont reçu en retour des messages haineux. C’est le cas de la streameuse Avamind sur X, après s’être prononcée en faveur de l’interdiction de la chaîne du Lokal. Preuve, selon plusieurs observateurs, d’une habitude du public à l’égard de ces contenus et d’une réticence des influenceurs à condamner unanimement ces pratiques, de crainte de s’attirer les foudres de leurs abonnés.  “Les challenges extrêmes sur les réseaux sociaux existent depuis un moment”, rappelle également Stéphanie Laporte. La fondatrice de l’agence Otta et spécialiste du secteur de l’influence prend pour exemple des figures populaires, comme celles du youtubeur Inoxtag, qui a pour habitude de faire dans le contenu sensationnel. Le vidéaste de 23 ans a gravi il y a un an l’Everest avant de se lancer, il y a quelques mois, dans la traversée de l’Atlantique en une dizaine de jours. Il a commencé plus jeune par des “pranks” (canulars) destinés à se faire peur avec son collègue Michou et à filmer leurs réactions parfois violentes.  S’il s’agit ici d’un contenu encadré, que le youtubeur a les moyens de financer, d’autres plus précaires, comme le Lokal, vont plus loin dans les défis dangereux afin de capter une audience en quête d’interdit. “Pour les youtubeurs connus, il est donc difficile de venir faire la morale aux plus petits influenceurs”, constate Stéphanie Laporte. “La société et les influenceurs doivent poser eux-mêmes des limites à ce qui est proposé sur le web”, renchérit Hervé Godechot, journaliste et ex-membre du collège de l’Arcom, le régulateur du secteur. RENFORCER LE CADRE ÉTHIQUE  De son côté, l’Umicc, qui rassemble une partie des créateurs de contenu et des agences, donne pour preuve de sa bonne foi les chartes éthiques non contraignantes qu’elle a élaborées pour sensibiliser ses adhérents. Mais renvoie la balle aux plateformes pour limiter les contenus les plus extrêmes. “Tout l’écosystème à un rôle à jouer et nous agissons sur la responsabilisation des professionnels, mais les plateformes ont, elles aussi, une responsabilité majeure dans la prévention des dérives”, a réagi par écrit un porte-parole de l’Umicc questionné par POLITICO. Le syndicat pousse pour que le gouvernement oblige les plateformes à modérer en temps réel des contenus en direct et à un retrait plus rapide des publications signalées par les associations. Ces pistes devraient être étudiées dans le cadre de la mission parlementaire lancée par Clara Chappaz. 
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Sam Zirah, l’influenceur qui interviewe les politiques comme “des stars de téléréalité”
PARIS — Les candidats à la présidentielle de 2027 passeront-ils sur le canapé blanc (et moelleux) de son studio ? Murs rose bonbon, table basse en lamé or, sièges léopard : l’espace de tournage de l’influenceur Samuel, dit Sam Zirah, n’a pas grand-chose à voir avec ceux des palais de la République et des studios télé de la TNT (quoique).  Et pourtant, depuis qu’il a ouvert les portes de son émission phare, Chez Zirah, aux hommes et aux femmes politiques, il y a un peu plus d’un an, une dizaine d’entre eux se sont déjà prêtés à l’exercice. Parmi eux : la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (EPR), rien que ça. Mais aussi le député socialiste Arthur Delaporte, l’eurodéputée Insoumise Rima Hassan ou encore le député RN Julien Odoul. Le youtubeur aux 2 millions d’abonnés, qui ne questionnait que des vedettes de la téléréalité jusque-là, se félicite de ce virage : chacune de ses interviews diffusées sur YouTube et mêlant intime et sujets de société cumule plusieurs centaines de milliers de vues. Elles sont en outre regardées en moyenne quarante minutes sur une heure. Recevant POLITICO dans son antre, le 27 juin dernier, le trentenaire nous a confié travailler sur de nouveaux formats pour couvrir la présidentielle, avec sa société 2ZS Productions, créée en 2017. “Nous réfléchissons à un format d’interview spécifique des candidats avec une phase de discussion sur le programme”, révèle celui qui envisage par ailleurs de lancer un talk-show avec des élus et des journalistes, pour parler de sujets de société. L’influenceur ambitionne aussi d’adapter Chez Zirah pour une chaîne d’information en continu ou encore, pourquoi pas, d’intervenir en tant que chroniqueur en plateau “pour débrief une campagne”. A 38 ans, il achève sa saison d’émissions web par une tournée médiatique (Le Figaro, Le Point, Le Monde…) où il se targue de traiter les politiques dans ses interviews tels “des stars de téléréalité comme les autres”. De fait, il les tutoie, notamment. Sa façon à lui de rendre accessible un écosystème qui lui a longtemps paru éloigné de son univers. “Yaël Braun Pivet était surprise, par exemple, que je l’interviewe en chaussettes dans mon fauteuil, mais c’est ma marque de fabrique”, décrit-il. Une approche que Sam Zirah assume, n’en déplaise à ceux qui le “snobent”, comme il le dit. Aux yeux de celui qui se décrit comme un enfant de Loft Story, la vie politique n’est pas très éloignée des émissions qu’il affectionne. “Les codes sont similaires entre ces deux univers, il suffit de voir comment les élus s’apostrophent sur les plateaux télé et se créent des personnages. Dati est une punchlineuse, Gérard Larcher une figure chaleureuse…” Le Montpelliérain, issu d’une famille où l’on parlait peu politique, revendique d’être une porte d’entrée vers cet univers sans être trop incisif : “J’essaie de comprendre les discours des politiques, de me mettre à leur place et de ne jamais exprimer ma propre opinion dans ces interviews.” “OUI, J’AI QUELQU’UN DANS MA VIE” Une recette qu’il avait déjà appliquée aux vedettes de la téléréalité en les interviewant avec bienveillance, “sans jugement”, dans ses mots : avec lui, pas de questions trop piégeuses, quelle que soit l’étiquette partisane, “les thématiques abordées dépendent de leurs actualités du moment et du feeling que j’ai avec eux au fil de l’interview”, ajoute l’influenceur. “Sam Zirah est sincère dans sa démarche de rendre accessible la politique avec ses codes pour attirer un public parfois éloigné de ces questions”, analyse, auprès de POLITICO, Jean Massiet, l’animateur de l’émission politique Backseat sur Twitch et qui a, lui aussi, été interviewé par l’influenceur. De fait, Chez Zirah n’est pas loin d’être devenu un passage incontournable pour les députés qui veulent s’adresser aux jeunes de 24 à 34 ans — l’âge moyen de ses abonnés. “Il me semblait que c’était une façon de rendre la gauche plus accessible et j’ai été agréablement surpris par le temps qui nous est accordé”, raconte à POLITICO le député LFI Raphaël Arnault, qui s’est prêté au jeu, après une longue hésitation. Ce ton plus accommodant que dans la plupart des médias traditionnels incite les invités politiques à s’aventurer sur le terrain de l’intime et de l’émotion lorsqu’ils échangent avec Zirah. “Oui, j’ai quelqu’un dans ma vie”, a ainsi confié le député Insoumis Sébastien Delogu, dans le studio de Sam Zirah, tout comme sa collègue eurodéputée Manon Aubry s’est laissée aller à quelques confidences sur sa vie de couple. Julien Odoul est, lui, revenu sur la diffusion d’une vidéo intime lors de l’une de ses campagnes en 2021. APRÈS L’ÉMISSION, LES RÉACTIONS Rien d’étonnant, donc, à ce que ses détracteurs accusent l’influenceur d’abîmer la fonction d’élu en brouillant un peu plus les lignes entre influenceurs et politiques. Notamment lorsqu’il s’attarde sur des questions en lien avec leur vie privée. “Il ne faut pas se limiter qu’à ce type de question bien sûr, mais elles peuvent montrer dans quel monde les politiques évoluent et leur classe sociale d’origine”, nuance Raphaël Arnault. Il faut dire que la multiplication de ce genre d’émission n’aide pas à faire taire la critique. L’ex-papesse des influenceurs, Magali Berdah, propose elle aussi, depuis septembre, des vidéos où elle suit un acteur politique pendant une journée pour apprendre à “découvrir l’humain derrière l’élu”. A la télévision, la présentatrice Karine Le Marchand avait initié le mouvement avec l’émission Une ambition intime, lancée dès 2016 (et dont le dernier épisode a connu un score décevant pour M6). “On est dans l’ère de la transparence, où l’on veut connaître les personnes derrière les idées, c’est une réalité, et ce type de format peut démocratiser la politique”, assure Julien Odoul, qui apprécie que ce format permette de “prendre le temps”, sans avoir à “formuler des réponses en trente secondes”. Il y a un an, c’est justement la tempête médiatique autour de l’Insoumise Rima Hassan qui le pousse à prendre ce virage en pleine campagne des européennes. Pour découvrir “la femme derrière la candidate”, Sam Zirah décide alors de l’inviter dans son émission. Les extraits où elle évoque son enfance en tant que réfugiée, son lien avec la Palestine et les polémiques qu’elle suscite deviennent viraux et lui valent, pour certains, des menaces d’internautes, mais aussi les foudres d’une partie de sa famille éloignée. C’est là que l’influenceur a pris conscience, selon son récit, du poids de certains sujets de société, mais aussi de la curiosité qu’ils suscitent. “Mon père s’est même mis à regarder ma chaîne depuis que j’interviewe des politiques”, prend-il pour exemple. Au travers de ces entretiens politiques, le créateur de contenu raconte avoir aiguisé ses connaissances sur les institutions de la République et pris conscience de l’importance du rôle des parlementaires. Invité récemment par le député Arthur Delaporte à couvrir les auditions de la commission d’enquête sur TikTok, l’influenceur décrit l’Assemblée comme un lieu inoubliable : “Quand on y est, on comprend que c’est le lieu qui structure la société.”
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Magali Berdah retrouve la lumière… et la vie politique
PARIS — “C’est très sympa, c’est un bureau d’homme quoi”, s’amuse Magali Berdah dans sa dernière vidéo YouTube. Celle qui se qualifiait de “papesse des influenceurs” est dans le bureau du député et porte-parole du Rassemblement national, Julien Odoul. Dans son nouveau format de presque une heure, lancé en début d’année sur YouTube, elle accompagne un député dans sa journée à l’Assemblée et le fait parler de ses idées politiques.  Pour Magali Berdah, patronne de l’agence Shauna Events, spécialisée dans l’accompagnement d’influenceurs pour nouer des partenariats avec des marques, c’est une façon de “reprendre les choses” là où elle les avait laissées. Elle a été visée par une campagne de cyberharcèlement menée par le rappeur Booba, qui l’a plongée dans une “traversée du désert” professionnelle et personnelle. Plusieurs influenceurs qu’elle accompagnait se sont éloignés de son agence, placée en redressement judiciaire fin 2023 sur fond de retards de paiement au fisc, et après que Magali Berdah a été visée par une enquête pour pratiques commerciales trompeuses. Celle-ci est désormais classée.  Depuis l’automne, celle que POLITICO avait placé dans son classement des 40 personnalités les plus influentes en 2023 veut orchestrer son retour dans la lumière. Après un one woman show au théâtre Mogador en octobre, c’est en arpentant les couloirs de l’Assemblée nationale qu’elle veut se replacer au centre du jeu.  “Je veux montrer aux victimes de cyberharcèlement qu’on peut poursuivre nos activités quoi qu’il arrive”, assure-t-elle à POLITICO.  Magali Berdah, qui avait déjà proposé des formats immersifs avec les candidats à la présidentielle en 2022 — Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Valérie Pécresse ou encore Jean-Luc Mélenchon y avaient participé— défend une démarche politiquement neutre et veut s’afficher avec tous les bords. Sa nouvelle série, elle l’a débutée avec l’ex-ministre macroniste Prisca Thevenot, avant d’enchaîner avec Julien Odoul, puis l’Ecologiste Sandrine Rousseau — dont la vidéo sera mise en ligne prochainement. “Les députés qui participent à ce format ont compris que cela leur permet de toucher une cible différente et moins proche de la politique”, plaide Magali Berdah. Dans la vidéo qui lui est consacrée, Julien Odoul revient en détail et sans contradiction sur la notion d’islamophobie — qu’il conteste —, sa vision du RN — devenu, selon lui, un parti de droite — ou la fermeture de C8. Des sujets politiques qui “passionnent” Magali Berdah, qui ne nie pas se voir accéder à des responsabilités politiques pour porter ses idées. “J’aime les défis”, élude celle qui dit notamment militer contre le cyberharcèlement. DES RELATIONS POLITIQUES ÉCLECTIQUES Au fil des années, Magali Berdah a noué avec plusieurs élus des relations éclectiques qui ont perduré, malgré les affaires judiciaires. “Aucune personnalité n’est neutre et elle a le mérite de porter ce contenu novateur, qu’elle m’a proposé alors que nous avions eu des différends sur les réseaux sociaux”, explique par exemple Julien Odoul. Le député indique à POLITICO avoir souvent échangé avec l’entrepreneuse au cours de rencontres informelles. “J’ai découvert des personnalités politiques qui ont su me parler et me faire comprendre leur passion”, confie de son côté l’influenceuse. Sandrine Rousseau et l’ex-députée macroniste Laetitia Avia l’avaient notamment soutenue publiquement au moment du procès qui l’avait opposée à plusieurs de ses cyberharceleurs, et avait abouti à des condamnations fermes, en mars 2024.  “Je l’ai rencontrée au moment de la campagne présidentielle, lorsqu’elle cherchait à rendre la vie des élus plus accessible aux Français. Elle a du ressort, nous avons organisé une interview au pied levé” sur le numérique, se souvient Laetitia Avia auprès de POLITICO.  Magali Berdah a également cultivé ses liens avec l’ex-secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, et tenté de promouvoir auprès du parti Renaissance l’idée d’un ministère des Réseaux sociaux. “Elle a fait une campagne pour être cette ministre et être la personne qui incarnerait le secteur de l’influence au niveau politique”, relate à POLITICO Philippe Moreau-Chevrolet, communicant et professeur à Sciences Po Paris, qui a interviewé Berdah pour Stratégies en 2022. UN RÔLE HYBRIDE Ce dernier ne doute pas qu’elle retentera une carrière politique à un moment ou un autre, sans présager de son camp politique. Pour l’enseignant, cela pourrait être “au sein de Renaissance ou dans l’entourage de Jordan Bardella, qui a la même maîtrise qu’elle des réseaux sociaux”. De son côté, Laetitia Avia perçoit la démarche de Magali Berdah comme une manière logique “de redevenir la papesse des influenceurs, celle par qui les informations passent”. Un rôle hybride qui a le don de faire grincer des dents les journalistes, qui voient l’entrepreneuse tourner des heures dans les couloirs de l’Assemblée avec des élus beaucoup moins enclins à répondre à leur question. “Son aura repose sur son statut situé entre influenceur et personnalité proche des politiques, qui n’est pas sans rappeler une personne comme Cyril Hanouna pour qui elle a été chroniqueuse”, note Philippe Moreau-Chevrolet. Et de conclure : “Cela permet aux députés de transformer la politique en divertissement auprès du grand public et ce, sans avoir de contradicteurs réels”, à la façon des “jinfluencers” (contraction de “journalist” et “influencer”) aux Etats-Unis, prisés du gouvernement Trump pour couvrir l’actualité à la place des journalistes. Magali Berdah ne s’y est pas trompée : elle a lancé cette semaine un talk-show en ligne, Bienvenue chez Madame Berdah, reprenant les codes de l’émission Touche pas à mon poste animée par Cyril Hanouna — vouée à disparaître des ondes le 28 février avec la fermeture de C8. Une capacité à jouer sur tous les tableaux pour mieux reprendre le contrôle du game de l’influence, après sa traversée du désert.
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Les influenceurs-journalistes veulent leur label (ou pas)
La source d’informations quotidiennes sur tech en France. Par KLARA DURAND Avec OCÉANE HERRERO et TIPHAINE SALIOU Infos, tuyaux et mini-drames à partager ? Ecrivez à Océane Herrero, Klara Durand et Tiphaine Saliou | Voir dans votre navigateur AU MENU — Budget 2025 : les obstacles à franchir sont connus, l’issue aussi. — Les éditeurs de presse inquiets de l’intérêt des élus pour les influenceurs. — Face à Temu et Shein, la Fevad veut s’attaquer aux droits de douane. Bonjour à toutes et à tous, nous commençons cette infolettre avec un carnet rose, puisque la secrétaire d’Etat à l’Intelligence artificielle et au Numérique a annoncé hier sur X la naissance de son deuxième enfant. Clara Chappaz, qui a précisé que “tout le monde va bien”, ne devrait cependant pas rester loin des affaires gouvernementales très longtemps : votre infolettre s’est laissée dire que la secrétaire d’Etat avait programmé des rendez-vous professionnels dès le mois de novembre. LE FAIT DU JOUR AMIS MARATHONIENS. Préparez la chicorée et la zappette, la course de fond budgétaire a repris, et va se jouer en multiplex pour les pros de la tech. L’examen du projet de loi de finances (PLF) 2025 a débuté hier en séance publique à l’Assemblée, et nous entrons aujourd’hui dans le dur avec les votes sur les plus de 3 500 amendements. En parallèle a lieu l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) en commission. Voici ce qu’il faudra surveiller. Les points chauds. Sans surprise, une augmentation de la taxe sur les services numériques (dite taxe Gafam) est proposée. Le groupe Liot souhaite que celle-ci passe de 3% à 5% du chiffre d’affaires. L’exécutif a pour sa part glissé dans le texte une petite bombe : la légalisation des casinos en ligne, via un amendement gouvernemental, et sans partager d’étude d’impact, s’est insurgé le député socialiste Arthur Delaporte. Ils reviennent. Un certain nombre d’amendements que vous aviez déjà suivis en commission des Finances vont être martelés en séance. Vous retrouverez ainsi la liasse du député Paul Midy pour maintenir les dispositifs de soutien à l’innovation (nous vous en parlions hier). Mais aussi une foule de propositions de réforme du crédit d’impôt recherche (CIR) en vue de faire des économies. Et ce, bien que le ministre délégué à l’Industrie ait dit hier dans Ouest-France que “préserver l’intégrité” de cette niche fiscale était “essentiel”. Parallèlement, restés branchés au fil de la commission des Affaires sociales, qui examinera cette semaine le maintien ou non des exonérations de cotisations sociales du dispositif jeunes entreprises innovantes (JEI). A la fin… Peu d’acteurs, lobbyistes comme parlementaires, se font d’illusion sur le fait que ces longs débats ont pour issue la plus probable un recours à l’article 49.3 de la Constitution. Ils savent donc que pour s’assurer que leurs mesures apparaissent sur le tableau final des amendements retenus par le gouvernement, il faut jouer sur tous les plans : gagner les voix des députés et influencer les débats interministériels. RDV au cabinet. “On observe une dynamique inverse à celle à laquelle on aurait pu s’attendre dans cette nouvelle Assemblée. On aurait pu estimer qu’elle jouerait un rôle plus central…”, confirme ainsi Marianne Tordeux Bitker, directrice des affaires publiques de France digitale, le lobby des start-ups. Erratum. Nous nous sommes emmêlé les pinceaux dans notre édition d’hier. Evidemment, la discussion budgétaire recommence en séance publique sur la base du texte du gouvernement, quel que soit le résultat en commission des Finances. JAUNES BUDGÉTAIRES UN DERNIER POUR LA ROUTE. L’Arcom a largement contribué aux 10 milliards d’économies demandées par Bercy en février 2024, a découvert votre infolettre en lisant les “jaunes budgétaires” — une des annexes du PLF — consacrés aux opérateurs de l’Etat. Le document, publié vendredi, nous apprend que le régulateur du numérique a été ponctionné à hauteur de 1,6 million d’euros sur sa dotation de 50,9 millions prévue en loi de finances 2024. Pour 2025, sa subvention est en hausse, à 51,2 millions. Par ailleurs, après avoir bénéficié de 10 emplois supplémentaires cette année, pour accompagner la mise en œuvre du règlement européen sur les services numériques (DSA), sa masse salariale sera stable l’an prochain. La CNIL, elle, bénéficiera en 2025 d’un budget en hausse à 30,6 millions d’euros, soit pas loin de 2 millions en plus. Ce, afin de financer huit emplois “au titre du développement de ses missions liées à la protection des données et à la mise en œuvre du filtre Cyber”, prévus par la loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (SREN). INFLUENCEURS VENT DEBOUT. L’Alliance de la presse d’information générale (Apig) s’apprête à lancer une offensive contre les créateurs de contenu produisant de l’info. Alors que des élus — comme la macroniste Violette Spillebout — envisagent la création d’un label pour valoriser leur travail, les adhérents de l’alliance sont vent debout. On vous relate la genèse de ce bras de fer dans cet article. Réunion. Pour aiguiser leurs arguments, les membres du bureau de l’Apig doivent se réunir mercredi, a appris votre infolettre. “Nous allons travailler notre position pour ensuite démarcher des parlementaires”, nous indique le responsable des relations publiques, Alexis Denous. Leur objectif : maintenir le fonctionnement actuel de la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP). C’est elle qui établit les critères que doivent respecter les entreprises de presse. Les journalistes craignent que ces conditions soient revues à la baisse pour y intégrer les influenceurs. C’est non. “Nous ne comprenons pas pourquoi il faudrait déréguler un cadre qui marche”, argue Alexis Denous. Pour lui, si les créateurs de contenu peuvent “amener le public vers l’info”, ils ne sont pas pour autant “des journalistes”. D’autant qu’ils “se basent souvent sur le travail de la presse pour créer leurs vidéos”. Le responsable des relations publiques y voit, enfin, une menace pour le métier de journaliste : “La plupart des youtubeurs spécialisés dans la production d’informations recrutent sur factures”, conclut-il, inquiet. E-COMMERCE REBELOTE. Sans surprise, l’amendement socialiste au budget 2025, adopté en commission des Finances, visant à étendre la taxe sur les surfaces commerciales (Tascom) aux entrepôts de plus de 10 000 mètres carrés, a été redéposé en séance publique. Cible manquée. Nous vous l’expliquions hier : pour la Fevad, le lobby des e-commerçants, l’objectif — établir une équité fiscale entre les magasins physiques et les acteurs de l’e-commerce — rate sa cible en excluant de fait les acteurs étrangers. La fédération pointe même un “nouvel avantage concurrentiel […] pour ces plateformes, qui s’ajoute à l’exonération de droits de douane ou l’octroi de tarifs postaux préférentiels”. Pour faire face à Shein et Temu, la Fevad propose plutôt de passer par l’échelon européen, via la réforme du Code des douanes, en cours de négociation à Bruxelles. Concrètement, le lobby soutient la proposition de la Commission européenne de supprimer la franchise de 150 euros pour les droits de douane — et enjoint la France à faire de même. Petits colis. “Ce seuil de minimi constitue une distorsion de concurrence pour les fabricants et détaillants de mode européens au profit des nouvelles entreprises de l’ultra-fast fashion”, rappelle la Fevad dans une note de position consultée par POLITICO. Elle y déplore “la division des commandes en plusieurs petits colis” pour échapper aux prélèvements douaniers. Le panier moyen d’un colis venu de Chine s’établirait en effet autour de 30 euros. Selon une estimation de la Commission, 4 milliards de colis d’une valeur de moins de 150 euros sont arrivés en Europe cette année, dont 80% venus de Chine. DU CÔTÉ DE BRUXELLES L’Irlande a adopté un code de sécurité en ligne pour lutter contre les “contenus préjudiciables” présents sur les plateformes gratuites de partages de vidéos basées sur son sol, indiquent nos collègues de Morning Tech. Ce code rapprochera Dublin de la pleine conformité avec la directive sur les services de médias audiovisuels (SMA), que le pays tarde à transposer. Objectif : “mettre fin à l’ère de l’autorégulation des médias sociaux”, a déclaré Niamh Hodnett, la commissaire chargée de la sécurité en ligne, dans un communiqué. Une dizaine de plateformes, comme YouTube, TikTok ou Facebook, sont visées par ce nouveau code.  AGENDA A 15h15, vote solennel du Sénat sur le projet de loi simplification. A 16h45, la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée auditionne la ministre de la Culture Rachida Dati sur le budget 2025, puis examine pour avis les crédits des missions “culture” et “médias, livre et industries culturelles”. RESTEZ BRANCHÉS — La French Tech découvre le tribunal de commerce : les procédures collectives se multiplient dans les start-ups avec des entrepreneurs souvent mal préparés, nous apprennent Les Echos. — Cybersécurité : les hackers sont à l’assaut du secteur maritime et portuaire, rapporte La Tribune. — BFM Tech&Co explique pourquoi YouTube ne supprimera pas la dernière vidéo du youtubeur Squeezie, où ses invités — les acteurs Alain Chabat et Adèle Exarchopoulos — fument une puff. Un grand merci à : notre éditrice Tiphaine Saliou et à Jean-Christophe Catalon.
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Les 42 personnes qui comptent dans la tech
Elus, lobbyistes, membres du gouvernement ou hauts fonctionnaires… Tous construisent, inspirent, voire infléchissent, au quotidien les politiques du numérique. POLITICO a listé la crème de la crème : voici les 42 personnes les plus influentes du moment, sur les sujets liés à la régulation de la tech et au développement du numérique en France. 1. XAVIER NIEL Fondateur d’Iliad Après des années de labeur, Xavier Niel a décidé de s’amuser et il le fait savoir. Son livre, “Une sacrée envie de foutre le bordel” affiche clairement la couleur — Orange comme la couverture, référence à l’opérateur historique bousculé par l’iconoclaste homme d’affaires. Il se paye aussi le culot de monter sur scène, à L’Olympia, devant un parterre de fans conquis, pour raconter son parcours et ses choix entrepreneuriaux, aussi agressifs que visionnaires. Rappelez-vous, le milliardaire, autodidacte, a fait ses premiers pas dans le minitel rose, avant d’exploser dans les télécoms en proposant la première offre « triple play » française, puis un forfait mobile illimité qui pousse la concurrence à casser les prix. Depuis, Niel met des billes un peu partout : dans la french tech (Deezer, Sorare, Alan… ou encore l’incubateur Station F), les médias (le groupe Le Monde, la société de production Mediawan), la formation (école 42). Pour l’heure, seule la télévision lui résiste encore. En 2023, il échoue à obtenir une fréquence TNT face à TF1 et M6, toutes deux candidates à leur renouvellement. Gageons qu’il n’a pas dit son dernier mot. 2. HENNA VIRKKUNEN Vice-présidente exécutive de la Commission européenne, chargée de la souveraineté numérique, de la sécurité et de la démocratie Notre classement ne pouvait pas faire l’impasse sur celle qui a remplacé Thierry Breton dans le cœur des acteurs de la Tech. Si sa lettre de mission cite, en premier lieu, le soutien aux “technologies de pointe” et à l’intelligence artificielle, la nouvelle commissaire au numérique sera aussi chargée du cloud, des semi-conducteurs, des réseaux, de la cybersécurité, du e-commerce, ou encore des droits d’auteur. Elle devra également veiller à la bonne mise en œuvre des règlements sur les services numériques et sur les marchés numériques. Henna Virkkunen aura autorité sur la direction générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies (DG CNECT). Un portefeuille légèrement différent de celui de son prédécesseur, qui avait hérité du Marché intérieur et des services (DG GROW). 3. CLARA CHAPPAZ Secrétaire d’Etat chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique Startuppeuse, directrice de la mission French Tech de 2021 à 2024… Sur le papier, la secrétaire d’Etat au numérique du gouvernement Barnier à tout pour plaire à l’écosystème de l’innovation. Son portefeuille, logé à la recherche et plus à Bercy, est pourtant une petite révolution. Une décision qui laisse songeur. Pour certains, c’est le signe que le gouvernement penche désormais pour une approche moins sociétale et économique, davantage centrée sur la recherche fondamentale. Pour d’autres, c’est un choix peu lisible, qui pourrait bien amoindrir le poids du secrétariat d’Etat en interministériel. Son agenda politique est tout tracé : à charge pour elle de mener à bien le sommet sur l’intelligence artificielle, que la France accueillera les 10 et 11 février 2025. L’événement, piloté par l’Elysée, réunira chefs d’État et de gouvernements, dirigeants d’entreprises, chercheurs, ONG, artistes et membres de la société civile. 4. BENOÎT LOUTREL Membre du collège de l’Arcom Polytechnicien, il est le “Monsieur Plateformes” de l’Arcom. Et pour cause : il maîtrise aussi bien les contenus que les tuyaux. Benoît Loutrel a été successivement directeur de la régulation des marchés fixes et mobiles, directeur général adjoint et directeur général de l’Arcep. Après une brève incursion aux affaires publiques de Google, il s’est lancé, en mars 2019, dans une mission sur la régulation des réseaux sociaux, confiée par l’Elysée. L’objectif : entrouvrir le capot de Facebook, dont la politique de modération était alors sous le feu des critiques. En 2021, Benoît Loutrel rejoint le collège de l’Arcom, où il préside le groupe de travail sur les plateformes numériques. Son franc-parler y fait des étincelles : il n’hésite pas à interpeller les plateformes, dont il critique le manque de transparence. 5. ANNE BOUVEROT Envoyée spéciale d’Emmanuel Macron pour l’AI action summit Dans la foulée d’une première édition britannique du sommet de l’intelligence artificielle (IA) centrée sur ses dangers, Anne Bouverot doit organiser la prochaine édition, prévue en France en février 2025. Son objectif : porter une vision française de l’IA, à savoir une approche centrée sur les bénéfices de l’innovation, tout en encourageant une “gouvernance mondiale”.  Après 18 ans chez Orange, Anne Bouverot est désormais présidente du conseil d’administration de l’Ecole normale supérieure (ENS) et s’est spécialisée sur les impacts sociétaux de l’IA. Elle est devenue, depuis un an, l’un des rouages de la politique française en matière d’intelligence artificielle, en étant l’une des principales plumes du rapport — ambitieux et dispendieux — qui devait guider l’action du gouvernement en la matière. 6. ARTHUR MENSCH Fondateur de Mistral AI Alors que sa start-up a atteint une valorisation de 5,8 milliards d’euros en à peine un an, Arthur Mensch porte sur ses épaules les espoirs français dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) générative. Il est à ce titre devenu une voix très écoutée des décideurs politiques. Passé par l’Ecole Polytechnique, l’Ecole normale supérieure et Google Deepmind, Arthur Mensch se veut désormais avocat de l’écosystème français de l’IA – notamment face aux réglementations jugées trop strictes, règlement européen sur l’IA en tête.  Arthur Mensch peut appuyer ses arguments sur la solide trajectoire de sa start-up. Depuis son lancement, Mistral AI a dévoilé de nouveaux modèles à un niveau soutenu et recruté, en France et aux Etats-Unis, une soixantaine de personnes. Arthur Mensch l’assure cependant : malgré son étirement d’un côté à l’autre de l’Atlantique, la start-up restera française.  7. RACHIDA DATI Ministre de la Culture Ministre plus politique que technique, Rachida Dati a rapidement pris position sur l’intelligence artificielle à son arrivée rue de Valois, en janvier 2024. “Il n’y a pas de raison que [le droit d’auteur] ne soit pas rémunéré, simplement parce que c’est noyé par l’intelligence artificielle”, déclarait-elle en mars, lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Fervente défenseure des créateurs — qui le lui rendent bien et ont massivement salué sa reconduction à la Culture au sein du gouvernement Barnier —, elle n’a pas hésité à monter au créneau pour ajouter un volet culturel au menu du sommet sur l’intelligence artificielle. Parmi ses priorités, la ministre a aussi placé très haut la mise en œuvre des propositions issus des états généraux de l’information (EGI), qu’elle espère traduire en projet de loi courant 2025.  8. BENOÎT COEURÉ Président de l’Autorité de la concurrence Peu connu du grand public lorsqu’il est propulsé à la tête du régulateur, Benoît Coeuré est un économiste passé par la Banque centrale européenne (BCE) et la direction du Trésor. Celui qui a succédé à Isabelle de Silva a fait du numérique (et de l’environnement) sa priorité. Au cours des derniers mois, l’autorité s’est notamment positionnée sur le secteur du cloud et sur l’intelligence artificielle générative. 9. JOHANNA BROUSSE Cheffe de la section J3 du parquet de Paris Elle est l’un des visages de la lutte contre la cybercriminalité, et des deux coups de filet qui ont secoué le secteur au cours de l’année 2024. Johanna Brousse est cheffe de la section J3 du parquet de Paris, qui a été à la manœuvre lors du blocage du site coco.gg, connu pour héberger des activités illégales. Plus retentissant : cette section est aussi à l’origine de l’arrestation du patron de Telegram, Pavel Durov, à la fin de l’été.  A la tête de la section cybercriminalité depuis 2021, la tenace magistrate de 40 ans à peine est ainsi au cœur d’un nouveau chapitre de la régulation du web : certains patrons de plateformes sont désormais mis face à leur responsabilité judiciaire. 10. CHANTAL RUBIN Cheffe du pôle Régulation des plateformes numériques à la direction générale des entreprises (DGE) C’est la papesse de la régulation des plateformes. Passée par le régulateur de l’énergie, Chantal Rubin a rejoint la direction générale des entreprises il y a 20 ans, où elle a fait de la tech sa spécialité. Désormais cheffe du pôle “Régulation des Plateformes numériques”, cette grande serviteure de l’Etat est autant incontournable pour le secteur qu’inconnue du public. Elle était ainsi en première ligne, au côté de son homologue de la Culture Laure Durand-Viel (passée depuis au secrétariat général du gouvernement), pour définir la position de la France lors des négociations sur les règlements sur les marchés et les services numériques (connus sous le petit nom de DSA et DMA).  11. PIERRE-ÉDOUARD STÉRIN Fondateur de Smartbox et d’Otium Capital Pierre-Edouard Stérin ne cache plus, ces derniers mois, ses ambitions politiques. Avec l’appui d’Otium Capital, fond d’investissement qui abonde la French Tech depuis des années, et du Fonds du Bien Commun, son organisation philanthropique, Pierre-Edouard Stérin a mis sur pied le “projet Périclès” censé permettre l’accès au pouvoir d’une droite conservatrice, en misant notamment sur le Rassemblement national (RN). S’il a échoué à racheter l’hebdomadaire Marianne après avoir essuyé les tirs de barrage de la rédaction, le milliardaire catholique qui réside en Belgique n’abandonne pas pour autant ses ambitions dans les médias. Il cherche plus largement des leviers pour peser sur l’opinion publique pour mener sa “bataille culturelle”.  12. VINCENT STRUBEL Directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information C’est un pur produit de l’Anssi que Vincent Strubel. Ingénieur X-Télécoms, membre du corps des Mines, il a fait de la sécurité des systèmes d’information sa spécialité. Il rejoint l’agence en 2009 comme chef du laboratoire architectures matérielles et logicielles. Il occupe ensuite les postes de responsable des expertises, puis Opérateur des systèmes d’information interministériels classifiés, avant d’être nommé directeur général, en 2023. 13. ARTHUR DELAPORTE ET STÉPHANE VOJETTA Député PS du Calvados et député EPR des Français établis hors de France Adversaires en politique, ces deux élus ont trouvé un terrain d’entente : réguler le secteur de l’influence. Arthur Delaporte (PS) et Stéphane Vojetta (EPR) ont porté ensemble la loi qui encadre les activités des créateurs de contenus. Une collaboration semble-t-il concluante, puisque les deux députés entendent remettre le couvert. Ils prévoient en effet déposer une nouvelle proposition de loi d’ici la fin de l’année, qui s’attaquera aux angles morts de la loi sur l’influence, notamment à la question de l’alcool et de sa promotion sur des réseaux sociaux, prisés des plus jeunes. 14. PAVEL DUROV Fondateur et dirigeant de Telegram Son arrestation cet été à l’aéroport du Bourget a été un événement mondial. Depuis, celui qui ne venait en France qu’occasionnellement a dû prendre ses habitudes à Paris, où il doit pointer au commissariat deux fois par semaine.  Défenseur autoproclamé de la liberté d’expression, Pavel Durov a connu une trajectoire sinueuse. Après avoir lancé le “Facebook russe” Vkontakte dans son pays natal, Pavel Durov a créé Telegram, plateforme de messagerie à la modération quasi-absente. C’est elle et les contenus illégaux qui y pullulent qui lui valent désormais d’être poursuivi par la justice française.  Cela n’empêche pas Paul du Rove — le nom qu’il a choisi au moment d’acquérir la nationalité française en 2021, avec la bénédiction d’Emmanuel Macron — de continuer à contrôler Telegram depuis Paris. Il cultive parallèlement ses réseaux d’affaires en France, dans l’attente de nouveaux rebondissements judiciaires.   15. FLORENCE PHILBERT Directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) Ancienne présidente d’un financeur du cinéma, cette conseillère-maître à la Cour des comptes a été nommée au ministère de la Culture en janvier 2020. Son périmètre touche de près à la régulation du numérique : sa direction s’est en effet dotée, fin 2020, en pleines négociations des règlements sur les services et les marchés numériques, d’une “délégation à la régulation des plateformes”. Sa mission : assurer une veille technologique et analyser l’évolution des modèles économiques des plateformes. Une expertise précieuse lorsqu’il faudra mettre en musique les états généraux de l’information, qui prévoient un volet sur la publicité en ligne. 16. YANN LE CUN Chef de la recherche en IA chez Meta Pionnier de l’intelligence artificielle, ce chercheur français dirige la recherche en IA de Meta, qu’il a rejoint dès 2013 pour ouvrir le premier laboratoire du groupe à New York. Lauréat du prix Turing 2018, considéré comme le Nobel de l’informatique, il est aujourd’hui érigé en star de l’IA et déplace les foules à chacune de ses conférences. Chez Meta, Yann Le Cun bénéficie d’une grande liberté de parole et d’action. En juin dernier, sur X, il n’a pas hésité à interpeller Elon Musk pour dénoncer “la façon dont il traite ses scientifiques”, qui publient trop rarement leurs avancées en leur nom. En 2018, le chercheur a quitté son poste opérationnel pour se (re)concentrer sur la recherche. 17. BENOIT TABAKA Directeur des affaires publiques de Google France Il est connu comme le loup blanc dans le petit monde du numérique. Rien d’étonnant : du Forum des droits sur l’internet au secrétariat général du Conseil national du numérique, en passant par les affaires publiques du groupe PriceMinister, Benoit Tabaka a enfilé bon nombre de casquettes au cours de sa carrière. A la tête des affaires publiques de Google France depuis 2018, il a su tisser une relation apaisée avec les pouvoirs publics (ministres, parlementaires, mais aussi collectivités locales), privilégiant le dialogue permanent à l’opposition de principe. 18. CORINE DE BILBAO Présidente de Microsoft France Après 28 ans au sein du groupe General Electric, dont trois à la présidence de GE France, elle a pris les rênes de la filiale française du géant de l’informatique en juillet 2021. Une arrivée qui a pu surprendre dans les rangs de la tech. « J’aime sortir de ma zone de confort », résume-t-elle dans une interview au Monde. A la tête de Microsoft, elle doit mener à bien la construction, en France, de data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Un investissement de 4 milliards d’euros, annoncé en mai dernier à l’occasion du sommet Choose France. Un choix qui n’a rien d’anodin et permet à l’entreprise américaine de donner des gages à la France en matière de sécurité et de souveraineté de la donnée. 19. HENRI VERDIER Ambassadeur pour le Numérique Nommé en octobre 2018, Henri Verdier apparaît comme un électron libre au sein du très feutré Quai d’Orsay. Il faut dire que son parcours détonne parmi les diplomates : chantre de l’open data et de la transformation numérique de l’Etat, il fut directeur d’Etalab, puis a pris la tête de la direction du numérique de l’État.  Depuis six ans, l’ambassadeur s’est surtout démarqué en accompagnant les obsessions du président Macron : appel de Christchurch pour lutter contre la diffusion de contenus terroristes, Lab de protection de l’enfance… Des initiatives qui ont marqué les esprits, mais peinent à exister dans la durée. Le sommet parisien sur l’IA sera une nouvelle occasion de prouver la pertinence d’une diplomatie du numérique à la française. 20. DANIEL KŘETÍNSKÝ PDG de Czech Media Invest A la tête d’un empire de près de 10 milliards d’euros, l’homme d’affaires tchèque a fait fortune dans l’énergie, en prenant le contrôle, aux côtés de la Slovaquie, du gazoduc Eustream. Depuis, il n’a cessé de s’étendre, rachetant successivement Metro en Allemagne, Casino et Fnac-Darty en France, Foot Locker aux Etats-Unis, Sainsbury en Angleterre. En France, il s’est aussi imposé dans le monde des médias et l’édition, investissant dans TF1 et M6, le magazine Elle et Editis, numéro deux français de l’édition. Sa dernière obsession : s’emparer d’Atos. Des vues qui ont déclenché l’ire d’une partie de la classe politique française. 21. PAUL MIDY Député de l’Essonne depuis 2022 Paul Midy se veut la voix des startups à l’Assemblée. L’année dernière, l’énergique quarantenaire avait pris son bâton de pèlerin pour aller recueillir leurs doléances dans le cadre d’une mission parlementaire sur le soutien à l’investissement dans les start-up et les PME innovantes. Il va désormais devoir défendre leurs acquis dans une période de disette budgétaire.  Ancien rapporteur spécial du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (SREN), Paul Midy est également partisan de la manière forte pour s’attaquer aux délits en ligne. Après avoir agité le secteur en proposant une levée de l’anonymat en ligne — une notion contestée — il a poussé l’an dernier en faveur d’un système d’identité numérique. Un sujet qui pourrait revenir à l’agenda, alors que l’enjeu de la protection des mineurs en ligne s’impose dans les débats au niveau français et européen. 22. MARIE-LAURE DENIS Présidente de la Cnil Conseillère d’Etat, Marie-Laure Denis est présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés depuis février 2019. Cette haute fonctionnaire a consacré 20 ans de carrière à la régulation au sein d’autorités administratives indépendantes : le Conseil supérieur de l’audiovisuel (devenu l’Arcom) jusqu’en 2011, le régulateurs des télécoms (l’Arcep) jusqu’en 2017, et la Commission de régulation de l’énergie de 2017 à 2019. Renouvelée en novembre 2023, elle a placé parmi ses priorités la protection de l’enfance en ligne et l’éducation au numérique, la régulation de l’intelligence artificielle, ou encore la prévention des risques cyber. 23. PASCAL ROGARD Directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques Cet inlassable défenseur de “l’exception culturelle” est connu pour ses passes d’armes avec les plateformes, et notamment TikTok qu’il menace régulièrement d’un procès pour non-versement des droits d’auteur. Juriste de formation et lobbyiste influent à Paris comme à Bruxelles, où il a mené le combat pour l’adoption de la directive Copyright, Pascal Rogard a fait toute sa carrière au service de la culture, d’abord auprès des producteurs et réalisateurs de cinéma, puis des auteurs. Loin de s’opposer de manière systématique aux Gafam — pourvu qu’ils paient leur dîme —, il défend une réforme de la chronologie des médias au service du public et de l’intérêt général, quitte à braquer au sein de son propre camp. 24. JUSTINE ATLAN Directrice générale d’e-Enfance Elle est incontournable sur la protection des mineurs en ligne. La directrice générale d’e-Enfance, association qui accompagne les victimes de cyberharcèlement, Justine Atlan a l’oreille des gouvernements, de Luc Chatel, ministre de l’Education nationale de 2009 à 2012, à Charlotte Caubel, secrétaire d’état à la protection de l’enfance de 2022 à 2024. Sa cause a séduit jusqu’à Brigitte Macron, qui l’a reçue pour parler des ravages des écrans sur les jeunes enfants. Ces dernières années, les nombreuses législations sur la protection des mineurs lui ont donné une opportunité en or pour porter son message. Pour elle, un système de vérification de l’âge des internautes est indispensable, tout comme la mise en place d’un accord parental pour l’inscription des moins de 15 ans sur les réseaux sociaux. 25. BRIGITTE MACRON Première dame L’épouse d’Emmanuel Macron est une influence discrète mais persistante sur les sujets de protection de l’enfance en ligne. Elle est sur les talons des ministres chargés de l’Enfance et du Numérique, parfois même dans les réunions. Les grandes plateformes l’ont bien compris. Meta, Google, TikTok… toutes ont été nombreuses à solliciter un rendez-vous élyséen avec Brigitte Macron dans l’espoir de convaincre la première dame de leur engagement, contre le harcèlement en ligne notamment. Si elle n’a pas de rôle officiel, Brigitte Macron reçoit chaque année des centaines de courriers, de parents notamment, faisant état de situations de harcèlement en ligne. “Elle est marquée par les rumeurs diffusées sur les réseau sociaux qui l’ont touchée personnellement et qui ont touché son couple”, note un ancien collaborateur du Palais. 26. ALEXANDRA BENSAMOUN Professeure de droit, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle Membre du conseil supérieur de la propriété intellectuelle, Alexandra Bensamoun est une spécialiste du droit d’auteur… Elle était surtout la seule représentante de la culture au sein du comité interministériel chargé par Elisabeth Borne de plancher sur la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle. Qu’à cela ne tienne : sa force de persuasion lui a permis d’introduire une recommandation sur le droit d’auteur dans les conclusions du comité. Plus récemment, elle a été mandatée par le ministère de la Culture pour mener deux missions sur le sujet : l’une sur les obligations de transparence incombant aux plateformes, l’autre sur la rémunération des ayants droit. Des rapports très attendus par le secteur de la tech, qui craint que ses recommandations ne soient un frein à l’innovation. 27. DENIS MASSÉGLIA Député EPR du Maine-et-Loire Le député Ensemble pour la République (EPR) Denis Masséglia se présente comme un passionné de jeu vidéo. Il est même actif sur Twitch pour y diffuser ses parties en direct ou y parler politique. L’élu a aussi présidé, depuis 2017, le tout premier groupe de travail de l’Assemblée dédié à cette industrie. Il a été rapporteur d’une partie de la loi sur l’espace numérique, s’occupant notamment des Jonum, ces jeux Web3 ayant des caractéristiques d’un jeu d’argent. Il est désormais rapporteur spécial de la mission Médias livre et industries culturelles du projet de loi de finances pour 2025. Sans surprise, il est un fervent défenseur du crédit d’impôt jeu vidéo.  28. INOXTAG Influenceur Vidéaste franco-algérien de 22 ans, Inès Benazzouz ne compte pas moins de 8,9 millions d’abonnés sur YouTube et 7 millions sur son compte Instagram. A la rentrée, le youtubeur a fait vendre plus de 200 000 places pour découvrir en salle de cinéma son documentaire “Kaizen”, qui relate son année de préparation pour gravir l’Everest. Il a créé la polémique dans le milieu très conservateur du cinéma en explosant les seuils prévus pour déroger à la chronologie des médias — et ainsi diffuser une œuvre en salle et sur YouTube le lendemain. Le Centre national du cinéma (CNC) a signalé l’infraction au procureur de la République. Cela fait risquer au producteur et exploitant de salles MK2, qui a organisé les diffusions, jusqu’à 45 000 euros d’amende.  30. ANNE LE HÉNANFF Députée Horizons du Morbihan La députée Horizons Anne Le Hénanff piaffe dans l’attente du projet de loi “résilience” qui doit ramener dans l’actualité l’un de ses dadas, la cybersécurité. L’élue du Morbihan est toute désignée pour rapporter ce texte, qui adaptera le droit français à la directive européenne NIS2 — la discussion s’annonce technique, mais très suivie par le petit milieu cyber.  Membre de la commission de la défense, Anne Le Hénanff est également attentive au secteur du cloud. Elle s’était déjà penchée sur ce sujet abrasif lors de l’examen du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (SREN) et gardera un œil sur ce dossier. 29. ROXANNE VARZA Directrice de Station F Peu de personnes peuvent se vanter de connaître les visages de l’écosystème des startups français comme Roxanne Varza. Née à Palo Alto, naturalisée française, Roxanne Varza est à la tête de l’incubateur de Station F depuis 2015. Elle avait été repérée par le milliardaire Xavier Niel, fondateur de Station F, alors qu’elle feuilletonnait l’actualité des jeunes pousses françaises pour le média TechCrunch.  En parallèle de ses missions à la tête de l’incubateur, Roxanne Varza a rejoint cette année l’équipe public-privé chargée de préparer le sommet mondial sur l’IA, qui se tiendra en février prochain en France. Elle coordonne dans ce cadre le volet “Innovation et culture”. 31. DAVID EL SAYEGH Directeur général adjoint de la Sacem Avocat de formation, il a mené la charge contre les plateformes lors des négociations sur la directive Droit d’auteur en 2018, et, plus récemment, sur le règlement européen sur l’intelligence artificielle. S’il ne s’oppose pas au développement de cette technologie, David El Sayegh défend une intelligence artificielle “régulée, transparente et vertueuse”, qui rémunère correctement les auteurs. Il est également président du Gesac, le lobby européen des sociétés d’auteurs et compositeurs de musique, depuis mai 2022. 32. FABRICE LAYER Directeur des relations gouvernementales de Shein Ancien responsable des affaires publiques du groupe de télécoms chinois Huawei, Fabrice Layer s’attèle, depuis un an, à un nouveau défi : redorer l’image de Shein en France. Décrié pour ses pratiques anti-environnementales et les conditions de travail de ses ouvriers, le site de mode en ligne chinois est à la fois dans le collimateur de la Commission européenne et des parlementaires français. La proposition de loi sur la fast-fashion, adoptée mi-mars à l’Assemblée nationale, doit être examinée au Sénat prochainement. 33. BRUNO PATINO Président d’Arte et président du comité de pilotage des états généraux de l’information Président d’Arte, professeur associé à Sciences Po, auteur d’une dizaine de livres… Bruno Patino est un hyperactif. Il a travaillé partout : dans le livre, la presse, la radio, la télévision. Rien d’étonnant qu’il ait accepté, au débotté, de remplacer Bruno Lasserre à la tête du comité de pilotage des États généraux de l’information. Alors que les EGI ont restitué leurs travaux le 12 septembre, l’homme de médias pointe, dans Le Monde, une “marginalisation de l’information par rapport à quantité d’autres messages, noyée par les plates-formes numériques”. Il appelle l’interprofession à se rassembler pour porter les propositions auprès des pouvoirs publics. 34. PHILIPPE LATOMBE Député MoDem de Vendée Membre de la commission des Affaires économiques, l’élu a fait de la souveraineté numérique son cheval de bataille — il est l’auteur d’un rapport parlementaire sur le sujet, publié en 2021. Du soutien au start-ups au transfert de données vers les Etats-Unis, en passant par le cloud souverain, Philippe Latombe se mobilise sur tous les fronts et appelle régulièrement à une volonté politique forte à Paris et à Bruxelles pour protéger entreprises nationales et citoyens. 35. GUILLAUME POUPARD Directeur général adjoint de Docaposte Il a passé près de huit ans à la tête de l’agence chargée de protéger des cyberattaques les entreprises et les infrastructures numériques de l’Etat. Sous son mandat, l’Anssi est montée en puissance, gagnant en capacité d’enquête à la faveur des lois de programmation militaire, doublant ses effectifs, et rayonnant à l’international. En janvier 2023, Guillaume Poupard a rejoint Docaposte en tant que directeur général adjoint. Il y est chargé du cyber et du cloud et demeure très investi sur la protection des données sensibles. 36. STÉPHANIE YON-COURTIN Députée européenne Renew C’est l’une des eurodéputées françaises qui s’est le plus investie sur les sujets numériques sous la Commission von der Leyen I. Elue depuis 2019, Stéphanie Yon-Courtin a été rapporteure sur le Digital Markets Act (DMA), le texte qui réglemente les marchés numériques, et siège aujourd’hui à la commission Marché intérieur du Parlement européen. Juriste de formation, elle a travaillé par le passé sur le programme MEDIA de la Commission de Bruxelles avant de se spécialiser en droit de la concurrence. De 2007 à 2010, elle était conseillère pour les affaires internationales au cabinet du président de l’Autorité de la concurrence Bruno Lasserre. 37. LAURE DE LA RAUDIÈRE Présidente de l’Arcep Pas facile de succéder à l’hyperactif Sébastien Soriano. Laure de la Raudière a pourtant réussi à imprimer sa marque dans le secteur des télécoms. Normalienne et ingénieur télécoms, elle a passé onze ans chez France Télécom, avant de fonder sa société de conseil. Elue députée d’Eure-et-Loire en 2007, elle s’investit dans les dossiers numériques et fait pas moins de neuf rapports sur le sujet, de la neutralité du net à l’économie numérique, en passant par la couverture du territoire. Sa nomination, début 2012, à la tête de l’Arcep, l’autorité de régulation du secteur, surprend autant qu’elle rassemble. Ce qui a fait pencher la balance ? “Elle est à la fois très ancrée dans la politique locale et sait traiter de sujets techniques arides”, expliquait alors aux Echos le ministre de l’Economie Bruno le Maire. Il aurait vivement recommandé la députée à Emmanuel Macron. 38. PATRICK CHAIZE Sénateur LR de l’Ain “On ne peut pas lui reprocher de ne pas connaître ses sujets”, reconnaît une lobbyiste souvent en désaccord avec lui. Patrick Chaize, sénateur de l’Ain, a une obsession : les télécoms, qu’il veille à mettre à l’agenda parlementaire aussi fréquemment qu’il le peut.  Fils d’électricien automobile, président de l’Avicca, l’association des collectivités locales engagées dans le numérique, Patrick Chaize est dur avec les opérateurs télécoms — il souhaite les voir améliorer la qualité des raccordements en fibre optique — et avec les plateformes numériques. Lors des émeutes du printemps 2023, il avait fait la demande ébouriffante que celles-ci suppriment les contenus incitant à la violence dans les deux heures. L’amendement avait été écarté en douceur. Patrick Chaize est un parlementaire que l’on ménage, tant dans le secteur télécoms que du côté du gouvernement. 39. AURÉLIEN LOPEZ-LIGUORI Député RN de l’Hérault Sous la précédente législature, le député Rassemblement national (RN) Aurélien Lopez-Liguori était président du groupe d’études consacré à la souveraineté numérique. Il devrait s’accrocher à ce sceptre qui lui a non seulement permis de gagner en épaisseur sur les sujets numériques, mais aussi de briser des frontières sur le plan politique.  Via le groupe d’études, Aurélien Lopez-Liguori avait en effet fait porter des amendements avec d’autres formations politiques, rongeant le cordon sanitaire du RN.  Ambitieux, l’élu héraultais de 31 ans avait également caressé l’idée d’un portefeuille ministériel après l’envolée temporaire de son parti dans les sondages. Le projet est remisé, mais Aurélien Lopez-Liguori continue de soigner ses relations avec l’écosystème numérique, qui lui a progressivement entrebâillé la porte. 40. CATHERINE MORIN-DESAILLY Sénatrice UDI de Seine-Maritime Elle a quitté la présidence de la commission Culture du Sénat en 2020, pour se plonger dans les affres du numérique, s’investissant dans la commission d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok et celle sur les politiques publiques face aux opérations d’influences étrangères, dont elle était vice-présidente. Dans les prochains mois, l’élue, qui est également membre de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), souhaite travailler sur l’hébergement des données de santé. 41. BÉNÉDICTE DE KERSAUZON Déléguée générale de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenus Après sept ans chez BNP Paribas, Bénédicte de Kersauzon s’attaque à un défi de taille : faire de l’Umicc, la fédération des acteurs de l’influence, un véritable syndicat. A cette fin, elle a récemment embauché le youtubeur Gaspard G. au poste de secrétaire général. La fédération, créée début 2023 au moment de l’examen de la loi influenceurs, reste toutefois fragile, plusieurs agences d’influenceurs ayant déjà mis les voiles, à l’instar de Bump, fondée par le YouTubeur Squeezie. 42. ERIC BOTHOREL Député EPR des Côtes-d’Armor Adoubé par le secteur des télécoms, à qui il prête une oreille attentive, le député breton œuvre pour réduire la fracture territoriale de la couverture numérique. Il a mené, en 2024, une mission d’information consacrée à l’avenir de la couverture mobile, et porte auprès du gouvernement le déploiement de la fibre pour tous dès 2025. A l’Assemblée, Eric Bothorel est membre de la commission des Affaires économiques et coprésident du groupe d’études sur la cybersécurité et la souveraineté numérique, et de celui sur l’économie numérique de la donnée, de la connaissance et de l’intelligence artificielle. En 2020, le Premier ministre Jean Castex lui avait d’ailleurs confié une mission relative à la politique publique de la donnée.
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