Après une très jolie promotion 2024, la rédaction de POLITICO à Paris a dressé
son palmarès des grands moments de l’année qui vient de s’écouler. Voici, sans
plus tarder, nos Cesar politiques 2025 — un cru qui fut, comme
le précédent, épatant à bien des égards.
1. PRIX SPÉCIAL DU JURY, CATÉGORIE MEILLEUR PLOT TWIST : LE HARA-KIRI DE
FRANÇOIS BAYROU
Il nous a pris de cours, le Premier ministre, ce 25 août. Alors que les uns et
les autres rentraient tranquillement d’une pause estivale bien méritée, le
Béarnais convoquait subitement les journalistes pour une conférence de
presse. François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron
pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son
intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus
tard, le 8 septembre. La raison : après la présentation des grandes lignes de
son plan budgétaire (un “effort” de 40 milliards d’euros, tout de même), le 15
juillet, et alors qu’une journée “Bloquons tout” était annoncée le 10 septembre,
Bayrou estimait ses chances de survie trop faibles. Il fit le choix
du “panache”, dans les mots de l’un de
ses proches, en obligeant les parlementaires à dire si, oui ou non, ils étaient
favorables à ce que le maire de Pau aide la France à reprendre son destin en
main, en tout cas dans sa conception des choses.
Las, il n’y eu pas l’ombre d’un début de suspense, tant la réponse de Marine Le
Pen fut rapide. Le jour même, la présidente du groupe RN tweetait : “Nous
voterons évidemment contre la confiance au gouvernement de François Bayrou.”
L’affaire était donc pliée. Les quelques jours d’omniprésence médiatique du
Premier ministre qui suivirent n’eurent aucun effet sur le vote. Ainsi se
termina, sous nos yeux ébahis, le mandat de François Bayrou à Matignon.
On avait aussi pensé à : la
nomination-dénomination-renomination des gouvernements Lecornu I et II, ou au
tweet fatidique de Bruno Retailleau (dans la même semaine).
2. MEILLEUR SCÉNARIO : LE BUDGET 2026
La critique est unanime : l’examen des textes budgétaires pour 2026 a encore
repoussé un peu plus le champ des possibles de la politique française. Seule
vraie obsession de François Bayrou, dès le printemps, puis de
Sébastien Lecornu à la rentrée, ce moment décisif aura donné du fil à retordre
aux législateurs comme aux observateurs dont nous sommes. Le gouvernement a eu
beau renoncer à l’article 49-3 de la Constitution, et donc faire miroiter un
vote aux députés, voilà une idée neuve… qui n’aura pas suffi. Qui aurait pu
prédire que le gouvernement et les parlementaires finissent ainsi l’année, le
séant entre deux chaises ? D’un côté, la loi de financement de la Sécurité
sociale a été ficelée et adoptée, le 16 décembre, grâce notamment à une mise sur
pause de la réforme des retraites pour plaire à la gauche — forçant les
bancs macronistes à manger leur chapeau. De l’autre, le projet de loi de
finances, qui donne les moyens à l’Etat et aux collectivités de
fonctionner, a échoué sur la ligne d’arrivée, trois jours plus tard, faute d’un
“en même temps” convaincant sur les deniers publics, pourtant
spécialité revendiquée du pouvoir en place.
Avant la probable relance des débats début janvier, un budget de poche (la loi
spéciale), va permettre au pays de marchoter au 1er janvier. Le marathon
budgétaire n’aura donc jamais été aussi long et tortueux. Vous n’en pouvez plus
? Vivement le budget 2027 !
François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour
l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son
intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus
tard, le 8 septembre. | Photo pool par Ian Langsdon/EPA
On avait aussi pensé à : Richard Ferrand. Le 19 février, l’ancien président de
l’Assemblée nationale fut propulsé à la tête du Conseil constitutionnel, sur
proposition d’Emmanuel Macron. Mais sa désignation ne se fit qu’à une voix
près au Parlement, les représentants du Rassemblement national n’ayant pas pris
part au vote. Au point de faire dire à ses détracteurs qu’il doit sa place
aux lepénistes. Ce que le principal intéressé, qui a multiplié les coups de fil
pour mener campagne, dément catégoriquement.
3. MEILLEUR PLACEMENT DE PRODUIT : BURGER KING
François Bayrou a offert une très belle pub à la chaîne de restauration rapide
Burger King, cette année, avec son à jamais inimitable “Hmm, Bourguer King“,
marmonné à la tribune lors d’un conseil municipal à Pau, alors qu’il était
encore Premier ministre. A noter que la marque a décidément la cote avec nos
politiques puisque Xavier Bertrand, lui aussi, s’est fendu d’une publication sur
ses réseaux sociaux lors d’un récent passage au “BK”.
4. MEILLEUR COSTUME : LA PETITE LAINE DE LECORNU
Le chandail vert bouteille de Sébastien Lecornu : le lainage est apparu un
samedi après-midi de la mi-octobre sur le site de Paris Match, qui suivait le
Premier ministre fraîchement renommé par Emmanuel Macron “loin du tumulte”, sur
le marché de Vernon, son fief de l’Eure. Ainsi que, ça n’est pas un détail, sur
les réseaux sociaux du chef du gouvernement. Laissant dépasser au passage un
joli poireau de son cabas — gageons que le Vernonais commençait tout juste ses
courses, sans quoi ses repas de la semaine furent pour le moins spartiates —, le
Premier ministre travaillait là, à l’évidence, son style antiparisien, modeste
et banal, de “moine-soldat”, selon sa propre expression. Abondamment commentée,
l’image est restée gravée dans la rétine des commentateurs.
Bonus : à noter que l’amaryllidacée aurait aussi sa place dans notre catégorie
“meilleure révélation” (voir plus bas), ayant fait une entrée remarquée en
politique dès janvier, lors de la déclaration de politique générale de François
Bayrou. Qui remettait en question Parcoursup (la plateforme d’orientation
postbac des lycéens) en déclarant : “Les enfants ne sont pas comme les poireaux,
ils ne poussent pas tous à la même vitesse et vouloir sélectionner précocement,
sans qu’aient mûri l’esprit et les attentes, je pense que c’est une erreur, en
tout cas une faiblesse.”
5. MEILLEUR ACTEUR : GÉRALD DARMANIN
Le ministre de la Justice s’est illustré cette année dans un rôle où, on ne va
pas vous mentir, on ne l’attendait pas : celui du politique qui “ne fait plus de
politique”. Tout juste renommé dans le gouvernement Lecornu II, le nordiste a en
effet annoncé qu’il se mettait en retrait de ses activités partisanes
et renonçait à briguer la mairie de Tourcoing — sa mairie, celle qu’il avait
ravie à la gauche en 2014 (rassurez-vous, en principe, il devrait tout de
même figurer sur la liste de Doriane Bécue, qui lui a succédé en 2020). Il faut
dire que Sébastien Lecornu, son ami, tenait à compter dans son gouvernement des
ministres entièrement dédiés à leurs dossiers, et pas tournés vers
2027. Ahem. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement
“Populaires” sur pause et quitté Renaissance. Fini donc la “politique partisane”
pour l’un des ministres les plus politiques de l’ère Macron, priorité à sa vie
de famille et ses fonctions de garde des Sceaux. Vous êtes libres, comme nous
et nombre de nos sources, de ne pas y croire.
Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur
pause et quitté Renaissance. | Mohammed Badra/EPA
On avait aussi pensé à : Sébastien Lecornu, dans le rôle de celui qui “n’est pas
candidat à Matignon”.
6. MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE : JORDAN BARDELLA
Très belle performance également cette année pour Jordan Bardella, avec son
interprétation du “plan B” pour 2027. Condamnée fin mars à cinq ans
d’inéligibilité avec exécution provisoire (entre autres), Marine Le
Pen s’est retrouvée privée d’une quatrième candidature à la
présidentielle — sauf si son procès en appel, prévu du 13 janvier au 12
février, changeait la donne. Son dauphin a
ainsi naturellement été propulsé candidat à sa place, mais pas encore
officiellement. Ainsi se prépare-t-il à l’échéance, au point que les sondeurs
oublient quelques fois de tester Marine Le Pen, qui, c’est promis, en
est “ravie”. Le président du RN, dans le même temps, tâche comme il peut de ne
pas donner l’air d’enterrer trop vite la patronne… se qualifiant récemment de
“numéro 1 ou numéro 1 bis”, ou se retrouvant contraint d‘expliquer pourquoi il
ne cite qu’une seule fois Marine Le Pen dans son dernier livre Ce que veulent
les Français (Fayard).
7. MEILLEUR COME-BACK : LES SOCIALISTES À L’ASSEMBLÉE
Certes, ils auraient voulu obtenir plus en matière de “justice fiscale”,
histoire de moins prêter le flanc aux attaques des Insoumis, notamment. Mais
après une année 2024 qui les avait vus revenir en plus grand nombre à
l’Assemblée (ils sont désormais 69), les députés socialistes, représentés par
leur premier secrétaire Olivier Faure, le président du groupe au Palais-Bourbon,
Boris Vallaud, et leurs spécialistes des finances, les médiatiques Jérôme Guedj
ou Philippe Brun, ont été au cœur de toutes les discussions, cette année, et
d’abord lors des négociations budgétaires. Jusqu’à faire dire aux détracteurs de
Sébastien Lecornu dans son camp que le Premier ministre était à ça de faire
adopter un “budget de gauche” (diantre). Ce rôle “d’opposition constructive”
commence pourtant à leur donner des bouffées d’angoisse à l’approche des
municipales. Parmi leurs plus belles victoires ? Parmi leurs plus belles
victoires ? Le “bougé” de l’exécutif sur la réforme des retraites — une
“suspension”, dans leurs mots, quand certains macronistes, dont le premier
d’entre eux, comme les Insoumis et les Ecologistes, préfèrent parler d’un simple
“décalage” (la réforme reprendra de fait son entrée en application progressive
après l’élection présidentielle, à moins d’une remise à plat des règles du jeu,
comme expliqué ici). Mais aussi : la hausse de la CSG sur une partie des
revenus du capital, le dégel des minima sociaux (toutefois réclamé par la quasi
totalité de l’hémicycle).
On avait aussi pensé à : Bruno Le Maire, qui fut ministre des Armées du 5 au 6
octobre 2025, comme sa fiche Wikipédia en témoigne désormais. Soit à peine 7
ans, 4 mois et 3 jours de moins que la durée de son mandat comme ministre de
l’Economie, qui s’était achevé en septembre 2024.
8. MEILLEUR ACCESSOIRE : LA BONNETTE DE MEDIAPART
Après l’annonce de la condamnation de son mari, Nicolas Sarkozy, en première
instance, dans l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de
2007, Carla Bruni passe devant les journalistes présents au tribunal judiciaire
de Paris, puis retire et jette du bout des doigts la bonnette du micro de
Mediapart, le média à l’origine de la plupart des révélations de l’affaire,
dans un sourire crispé. Un scandale de plus, pour certains. Un geste
“iconique”, pour d’autres, quand France Inter allait plutôt recueillir
le témoignage de la pauvre bonnette.
9. MEILLEUR DOCUMENTAIRE : LA NOMINATION DE MICHEL FOURNIER
Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont
il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. Une
surprise, y compris pour le premier concerné, qui a appris sa nomination… devant
sa télé, avait-il raconté à nos confrères de BFMTV. Pas de quoi ébranler son
épouse qui, selon le récit du néoministre, “était très intéressée, puisqu’elle
regardait un film sur une autre télé” en même temps que l’annonce de la
composition du gouvernement.
Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont
il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. |
Teresa Suarez/EPA
10. MEILLEURE RÉVÉLATION : GABRIEL ZUCMAN
Gabriel Zucman, vous connaissez ? Cet automne, on n’a parlé que de lui. Le nom
de cet économiste prof à Berkeley et à l’ENS, auteur du livre Les milliardaires
ne paient pas d’impôts sur le revenu et nous allons y mettre
fin (Seuil), était sur toutes les lèvres et en particulier celles des
socialistes, à l’heure où tous se préparaient à entrer dans la mêlée budgétaire.
Sa proposition phare ? Instaurer un taux plancher d’imposition de 2% sur les
revenus des ménages détenant au moins 100 millions d’euros de patrimoine, vite
rebaptisée taxe Zucman. Las, le PS n’a pas réussi à la faire adopter, pas plus
que sa contre-proposition d’une version allégée. En attendant,
l’économiste a engrangé des points de notoriété. Jusqu’à faire son entrée, début
juillet, dans notre classement des 40 personnalités les plus influentes de
l’Hexagone ; et se retrouver, début décembre, parmi les quelques Français qui
comptent en Europe dans notre classement P28.
11. MEILLEUR SOUFFLEUR : BRUNO RETAILLEAU
L’image paraît déjà vintage : il fallait le voir, Bruno Retailleau, alors
ministre de l’Intérieur et aux côtés de son N+1, François Bayrou, lors de la
conférence de presse du “comité interministériel de contrôle de l’immigration”,
le 26 février dernier. La scène du Premier ministre cherchant péniblement ses
mots, ses papiers, puis son verre d’eau, au côté de son ministre de
l’Intérieur impassible (ou presque), a fait les délices des réseaux sociaux et
des détracteurs du patron du MoDem.
12. MEILLEURE ADAPTATION : LE JOURNAL D’UN PRISONNIER
Nicolas Sarkozy dans Le Comte de Monte-Cristo : vingt jours d’incarcération à la
prison de la Santé ; ressenti quatorze ans. Plus de deux siècles après Edmond
Dantès, l’ex-président de la République endosse dans son Journal d’un
prisonnier (Fayard) les habits du héros d’Alexandre Dumas. Rien ne
nous sera épargné : son régime alimentaire (il ne s’est nourri que de laitages
et de barres de céréales) ; les conditions dans lesquelles il l’a écrit,
“au Bic sur une petite table en contreplaqué” ; ses conversations avec
l’aumônier de la prison et le rôle de la prière qui lui a donné “la force de
porter la croix de cette injustice”.
Bonus : si vous voulez l’entendre de vos oreilles, il y a aussi le passage de
Nicolas Sarkozy dans le podcast Legend, avec quelques séquences déjà cultes :
“Je me suis senti faible, et je me sens faible à chaque instant, et c’est pour
ça que je suis fort. Parce que si vous vous sentez pas faible, vous êtes
pas fort”, y confesse l’ancien président. Et son livre fait un tabac en
librairies : l’ancien président se classe deuxième des ventes derrière Astérix
et Obélix (eux aussi très très forts, mais pour les raisons que vous savez).
Elisa Bertholomey, Jason Wiels, Sarah Paillou, Kenza Pacenza,Jean-Christophe
Catalon et Pauline de Saint Remy ont notamment contribué à la rédaction de cet
article.
Tag - Energie et Climat France
Pour planifier l’expansion des réseaux électriques européens, la Commission
européenne a propose qu’elle soit dotée d’un nouveau pouvoir contraignant. Une
demande qui intervient alors qu’elle s’efforce de moderniser un réseau
vieillissant pour répondre aux exigences croissantes de la transition
énergétique.
Les modifications qu’elle propose sur le règlement sur les réseaux
transeuropéens pour l’énergie (RTE-E) donnerait à la Commission le pouvoir de
planifier des “scénarios centraux” pour évaluer les améliorations à apporter au
réseau. Cela constituerait un changement radical par rapport au système de
planification actuel, complètement décentralisé.
Ces scénarios seraient planifiés tous les quatre ans par la Commission — et
celle-ci pourrait intervenir aux endroits où aucun projet ne serait prévu.
Cette proposition fait partie du paquet sur les réseaux européens, un ensemble
législatif présenté ce mercredi.
L’accroissement de l’électrification, que ça soit pour les transports, les
processus industriels ou le chauffage est nécessaire pour la décarbonation de
l’Europe et le respect de ses engagements climatiques. Mais cette évolution va
peser sur les réseaux électriques et la Commission souhaite avoir un réseau
efficace pour supporter la demande, qui pourrait doubler d’ici à 2040.
“Le paquet sur les réseaux européens est davantage qu’une simple politique
publique, a déclaré mardi Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission en
charge de la transition écologique. C’est notre engagement pour un avenir
inclusif, où chaque coin de l’UE bénéficiera de la révolution énergétique : des
prix bas, une énergie décarbonée, une dépendance réduite vis-à-vis des
combustiles fossiles importés, un approvisionnement sécurisé et un matelas
contre les chocs des prix.”
Outre la planification centralisée, le paquet législatif propose d’accélérer
l’octroi de permis pour les réseaux et autres projets énergétiques afin de
mettre plus rapidement en place l’infrastructure nécessaire, notamment en
assouplissant les règles de planification environnementale. Actuellement, la
planification et la construction de nouvelles infrastructures de réseau prennent
environ dix ans.
Pour ce faire, elle modifierait quatre textes législatifs : le règlement RTE-E,
la directive sur les énergies renouvelables, la directive sur les marchés de
l’énergie et la directive sur le marché du gaz.
Le paquet propose également des modèles de financement “à frais partagés” afin
que les pays qui bénéficient des projets contribuent à leur financement, ainsi
que l’accélération d’un certain nombre de projets clés d’interconnexion
énergétique à travers l’Europe.
Cet article a été initialement publié par POLITICO en anglais et adapté en
français par Alexandre Léchenet.
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Donald Trump présente l’Europe comme un groupe de pays “en décrépitude” dirigés
par des personnes “faibles” dans un grand entretien accordé à POLITICO,
sermonnant ses alliés et les décrivant comme incapables de contrôler les flux
migratoires et de mettre fin à la guerre en Ukraine. Il signale en outre être
prêt à soutenir des candidats à des élections en Europe partageant sa vision du
continent.
Cette attaque en règle contre les dirigeants politiques européens représente la
dénonciation la plus virulente à ce jour du président américain à l’encontre des
démocraties européennes, au risque de provoquer une rupture franche avec des
pays comme la France et l’Allemagne aux relations déjà très tendues avec
l’administration Trump.
“Je pense qu’ils sont faibles”, dit Trump à propos des dirigeants politiques
européens. “Mais je pense aussi qu’ils veulent être tellement politiquement
corrects.”
“Ils ne savent pas quoi faire”, ajoute-t-il. “L’Europe ne sait pas quoi faire.”
Les commentaires de Trump sur l’Europe interviennent à un moment
particulièrement délicat dans les négociations visant à mettre fin à la guerre
menée par la Russie en Ukraine, alors que les dirigeants européens s’inquiètent
de plus en plus du risque que les Etats-Unis abandonnent l’Ukraine et ses alliés
continentaux face à l’agression russe. Dans l’interview, Trump ne donne aucune
assurance aux Européens à ce sujet et déclare que la Russie est manifestement en
position de force par rapport à l’Ukraine.
Le président américain s’est exprimé depuis la Maison-Blanche, au cours d’un
entretien enregistré lundi avec Dasha Burns, journaliste à POLITICO et
animatrice du podcast The Conversation. Donald Trump a été désigné personnalité
la plus influente sur la politique européenne pour l’année à venir, dans un
classement où ont par le passé figuré à la première place le président ukrainien
Volodymyr Zelenskyy, la présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni ou encore
le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.
Les commentaires du président américain sur l’Europe contrastent fortement avec
certaines de ses remarques sur les sujets de politique intérieure dans
l’interview. Aux Etats-Unis, Trump et son parti sont confrontés à une série de
revers électoraux et à un dysfonctionnement croissant au Congrès, sur fond de
mécontentement des électeurs confrontés à des difficultés économiques
importantes.
Trump peine à adapter son discours à cette nouvelle réalité : dans l’interview,
il attribue une note « A +++++ » à la situation économique du pays, et insiste
sur le fait que les prix seraient en baisse dans tous les domaines, tout en
refusant d’esquisser des mesures pour faire face à la hausse imminente des
primes d’assurance maladie.
Même dans un contexte de turbulences croissantes aux Etats-Unis, Trump reste une
figure singulière de la politique internationale.
Ces derniers jours, une vague de consternation a traversé les capitales
européennes à la publication du nouveau document sur la stratégie de sécurité
nationale de Trump, un manifeste très virulent qui oppose son administration à
l’establishment politique européen traditionnel et promet de « cultiver la
résistance » intérieure au statu quo européen en matière d’immigration et
d’autres questions politiquement sensibles.
Dans l’interview, Trump a encore grossi le trait sur cette vision du monde,
décrivant des villes comme Londres et Paris comme croulant sous le poids de
l’immigration en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique. Sans un changement de
politique frontalière, déclare Trump, certains États européens « ne seront plus
des pays viables ».
Utilisant un langage incendiaire, Trump qualifie le maire de gauche de Londres,
Sadiq Khan, fils d’immigrants pakistanais et premier maire musulman de la ville,
de « désastre » et attribue son élection à l’immigration : « Il a été élu parce
que beaucoup de gens sont arrivés. Ils votent pour lui maintenant. »
Lundi, le président du Conseil européen, António Costa, a reproché à
l’administration Trump ce document sur la sécurité nationale et a exhorté la
Maison Blanche à respecter la souveraineté et le droit à l’autonomie
gouvernementale de l’Europe.
« Des alliés ne menacent pas d’interférer dans la vie démocratique ou les choix
politiques internes de leurs partenaires », a déclaré Costa. « Ils les
respectent. »
Dans son entretien avec POLITICO, Trump empiète sur ces limites et déclare qu’il
continuera à soutenir ses candidats préférés lors des élections européennes,
même au risque d’offenser les sensibilités locales.
« Je serais prêt à soutenir », a déclaré Trump. « J’ai soutenu des personnes,
mais j’ai soutenu des personnes que beaucoup d’Européens n’aiment pas. J’ai
soutenu Viktor Orbán », le Premier ministre hongrois d’extrême droite que Trump
dit admirer pour ses politiques de contrôle des frontières.
C’est la guerre entre la Russie et l’Ukraine, plutôt que la politique
électorale, qui semble occuper le plus l’esprit de Trump. Il affirme avoir
proposé un nouveau projet de plan de paix, qui a plu selon lui à certains
responsables ukrainiens, mais que Zelenskyy lui-même n’aurait pas encore
examiné. « Ce serait bien qu’il le lise », déclare Trump.
Zelenskyy a rencontré lundi les dirigeants français, allemand et britannique et
a continué à s’opposer à la cession de territoire ukrainien à la Russie dans le
cadre d’un accord de paix.
Le président américain déclare ne guère miser sur les dirigeants européens dans
la recherche d’une fin à la guerre : « Ils parlent, mais ils ne produisent rien,
et la guerre continue encore et encore. »
Dans un nouveau geste de défiance à l’égard de Zelenskyy, politiquement affaibli
en Ukraine par un scandale de corruption, Trump renouvelle son appel à ce que
l’Ukraine organise de nouvelles élections.
« Ils n’ont pas organisé d’élections depuis longtemps », déclare Trump. « Vous
savez, ils parlent de démocratie, mais on en arrive à un point où ce n’est plus
une démocratie.»
AMÉRIQUE LATINE
Tout en affirmant poursuivre un programme de paix à l’étranger, Trump déclare
qu’il pourrait étendre encore les actions militaires menées par son
administration en Amérique latine contre des cibles qu’elle estime liées au
trafic de drogue. Trump a déployé une force militaire massive dans les Caraïbes
pour frapper les trafiquants de drogue présumés et faire pression sur le régime
autoritaire du Venezuela.
Au cours de l’interview, Trump refuse à plusieurs reprises d’exclure l’envoi de
troupes américaines au Venezuela dans le cadre d’une initiative visant à
renverser le dirigeant autoritaire Nicolás Maduro, qu’il accuse d’exporter de la
drogue et des personnes dangereuses vers les États-Unis. Certains dirigeants de
la droite américaine ont averti Trump qu’une invasion terrestre du Venezuela
constituerait une ligne rouge pour les conservateurs qui ont voté pour lui en
partie pour mettre fin aux opérations militaires à l’étranger.
« Je ne veux ni confirmer ni infirmer. Je ne parle pas de cela », déclare Trump
à propos du déploiement de troupes terrestres, ajoutant : « Je ne veux pas vous
parler de stratégie militaire. »
Mais le président précise qu’il envisagerait d’utiliser la force contre des
cibles dans d’autres pays où le trafic de drogue est très actif, notamment au
Mexique et en Colombie.
« Bien sûr, je le ferais », a-t-il déclaré.
Trump défend tout juste certaines de ses actions les plus controversées en
Amérique latine, notamment sa récente grâce accordée à l’ancien président
hondurien Juan Orlando Hernández, qui purgeait une peine de plusieurs décennies
dans une prison américaine après avoir été condamné pour un vaste complot de
trafic de drogue. Trump déclare qu’il savait « très peu » de choses sur
Hernández, si ce n’est que « des personnes très bien informées » lui avaient dit
que l’ancien président hondurien avait été injustement pris pour cible par ses
adversaires politiques.
« Ils m’ont demandé de le faire et j’ai dit que je le ferais », reconnaît Trump,
sans nommer les personnes qui avaient demandé la grâce pour Hernández.
Santé et économie
Invité à évaluer la situation l’économique sous son mandat, Trump la qualifie de
succès retentissant : « A ++++ ». A propos du mécontentement des électeurs
concernant le coût de la vie, Trump déclare que l’administration Biden en est
responsable : « J’ai hérité de ce bazar. J’ai hérité d’un vrai bazar ».
Le président est confronté à un environnement politique hostile en raison des
difficultés financières des Américains. Environ la moitié des électeurs et près
de 4 personnes sur 10 ayant voté pour Trump en 2024 ont déclaré dans un récent
sondage POLITICO que le coût de la vie n’avait jamais été aussi élevé.
Trump déclare qu’il pourrait apporter des modifications supplémentaires à sa
politique tarifaire afin de contribuer à faire baisser le prix de certains
produits, comme il l’a déjà fait, mais il insiste sur le fait que, dans
l’ensemble, les choses vont dans la bonne direction en termes de prix.
« Les prix sont tous en baisse », a déclaré Trump, ajoutant : « Tout est en
baisse. »
Les prix ont augmenté de 3% au cours des 12 mois se terminant en septembre,
selon le dernier indice des prix à la consommation.
Les soldats ont séparé les villageois selon leur sexe et les ont dépouillés de
leur argent et de leurs téléphones. Environ 180 personnes, en majorité des
hommes, ont été entassées dans deux conteneurs. Une femme a accouché à côté des
portes. Personne n’a reçu de nourriture ou d’eau. Puis, pendant trois mois, les
soldats ont emmené la plupart des hommes et les ont exécutés.
Ces scènes, décrites dans un rapport sur les droits de l’homme commandé par les
Pays-Bas, apportent de nouvelles preuves que des soldats du gouvernement
mozambicain assurant la sécurité du site de TotalEnergies sont responsables d’un
massacre perpétré en 2021 et révélé pour la première fois par POLITICO.
Elles sont basées sur les témoignages de quatre personnes ayant assisté à un
massacre perpétré entre juillet et septembre 2021 dans la guérite de fortune
d’un vaste site gazier construit par le géant français de l’énergie dans le nord
du Mozambique. Seuls 26 des hommes emprisonnés auraient survécu.
Publiés cette semaine, alors que les gouvernements britannique et néerlandais
ont annoncé retirer quelque 2,2 milliards de dollars de soutien au projet
gazier, les témoignages recueillis recoupent fortement ceux d’une enquête menée
en 2024 par POLITICO. Ils accentuent la pression sur un projet déjà mis à mal
par une insurrection locale et deux affaires criminelles.
Mardi, après la publication du rapport, TotalEnergies a déclaré que sa position
sur le massacre restait inchangée. L’entreprise avait déjà affirmé que ses
propres “recherches approfondies” n’avaient “pas permis d’identifier
d’informations ou de preuves susceptibles de corroborer les accusations de
maltraitances graves et de torture”.
“TotalEnergies regrette que les auteurs […] ne se soient pas déplacés au
Mozambique et n’aient pas mené d’investigation sur le terrain par eux-mêmes,
mais aient produit un rapport fondé principalement sur des informations
collectées par des tiers”, a réagi l’entreprise dans un communiqué.
Les quatre récits — d’un survivant, d’une personne qui connaissait l’un des
détenus et de deux témoins oculaires — ont été recueillis indépendamment les uns
des autres et de POLITICO, qui n’a pas été informé que le think tank
Clingendael, financé par le gouvernement, menait une nouvelle enquête sur le
massacre.
Le projet de Total au Mozambique est estimé à 20,5 milliards de dollars. | Gallo
Images/Getty Images
Ils fourniront des éléments supplémentaires à une plainte pénale accusant
TotalEnergies de complicité de crimes de guerre en ayant “directement financé et
matériellement soutenu” les soldats mozambicains qui protégeaient son site d’une
insurrection par des assaillants liés à l’Etat islamique.
La société a déclaré “rejeter fermement toutes ces accusations”. Dans un message
envoyé après la publication de cet article, un porte-parole de TotalEnergies a
ajouté que l’accusation était fausse, car Total avait évacué son personnel et
n’était pas sur le terrain au moment du massacre.
En mars, le parquet de Nanterre a ouvert une information judiciaire contre
TotalEnergies pour homicide involontaire sur son site mozambicain.
Au cœur de cette enquête : la société est accusée, trois mois avant les meurtres
des personnes détenues dans les conteneurs, d’avoir abandonné les prestataires
qui construisaient son site gazier lors d’une attaque de l’Etat islamique en
mars 2021 sur la ville voisine de Palma.
Une enquête menée de maison en maison par POLITICO a révélé que 1 354 civils ont
été tués lors de cette attaque, dont 330 ont été décapités. D’autres enquêtes
ont établi que 55 de ces morts faisaient partie du personnel de TotalEnergies.
L’entreprise, qui a affirmé n’avoir perdu aucun de ses employés lors de
l’attaque, nie ces accusations.
VIOLENCES GÉNÉRALISÉES
Le rapport néerlandais indique que le massacre des personnes détenues dans les
conteneurs s’inscrit dans un schéma systématique de viols et d’exécutions de
masse, en représailles à l’attaque de l’Etat islamique, appliqué par l’armée
contre les villageois vivant autour du site de TotalEnergies.
Les assaillants de l’Etat islamique ayant sillonné la région pendant des
semaines après leur attaque sur Palma, 25 000 à 30 000 personnes ont cherché
refuge devant les portes de Total, ce qui a “exacerbé la situation humanitaire
déjà désastreuse”, peut-on lire dans le rapport.
“En juin 2021, la situation était devenue catastrophique, des personnes (dont de
nombreux enfants) mourant quotidiennement de faim, de maladie ou d’absence de
traitement médical”, écrivent les auteurs. La réaction de l’armée a été de voler
l’aide et de vendre la nourriture pillée à des prix exorbitants.
C’est également à ce moment-là qu’une armée “incapable de distinguer les
‘villageois’ des ‘terroristes’” s’est vengée sur la population civile.
“Les villageois ont déclaré avoir découvert des corps dans les terres agricoles
environnantes, dont on pense généralement qu’il s’agit de victimes de la
violence [de l’armée]”, peut-on lire dans le rapport, qui précise que “des
témoins oculaires ont également fait état de cas de violences sexuelles. Dans
[un village], des habitants ont raconté que des soldats ivres étaient entrés
dans les maisons sans permission et avaient violé des femmes.”
Dans un autre village, une enquête aléatoire menée auprès de 60 ménages a révélé
que 57% d’entre eux comptaient au moins un membre qui avait été tué.
Les personnes entassées par les soldats dans les conteneurs ont subi trois mois
de maltraitances physiques, selon le rapport. D’après le survivant qui s’est
exprimé auprès des auteurs, un jour, un grand groupe a été emmené. “D’autres ont
été emmenés en plus petits groupes, pour ne plus jamais revenir. Le survivant
pense qu’ils ont été interrogés et exécutés.”
Les défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement ont demandé à
TotalEnergies de reconsidérer son projet à la lumière des pertes de vies
humaines et des violences. | Luisa Nhantumbo/EPA
Après leur libération, un survivant a relaté qu’un soldat leur avait dit de ne
jamais parler des tueries. “Ceux qui sont morts sont morts ; c’était la guerre”,
avait lancé le soldat. “Si quelqu’un demande, dites que les autres étaient dans
d’autres conteneurs et qu’ils sont encore en route.”
En mai, une enquête menée par l’agence britannique de crédit à l’export, UK
Export Finance, qui s’était engagée à prêter 1,15 milliard de dollars au projet
de Total, a entendu directement deux des 26 survivants du massacre par le biais
d’appels vidéo depuis le Mozambique. UK Export Finance n’a pas encore rendu
publiques ses conclusions.
Le projet de Total au Mozambique est estimé à 20,5 milliards de dollars. Il fait
partie d’un projet plus vaste de développement du gaz naturel qui, avec 50
milliards de dollars, a été présenté comme l’investissement privé le plus
important jamais réalisé en Afrique.
LE PROJET SE POURSUIT COMME PRÉVU
A la suite du rapport néerlandais, les défenseurs des droits de l’homme et de
l’environnement ont demandé à TotalEnergies de reconsidérer son projet à la
lumière des pertes de vies humaines et des violences.
“Cela fait des années qu’il est flagrant que ce projet est un désastre pour les
communautés locales et pour le climat”, a affirmé Antoine Bouhey de Reclaim
Finance.
Adam McGibbon, d’Oil Change International, a appelé les autres prêteurs à “se
retirer eux aussi et à mettre un terme définitif à ce projet cauchemardesque”.
Mardi, TotalEnergies a déclaré que son projet gazier se déroulait comme prévu et
que ses autres prêteurs avaient “décidé à l’unanimité d’apporter des fonds
propres supplémentaires” pour compenser le retrait des Britanniques et des
Néerlandais.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, mis à jour avec des
commentaires supplémentaires de TotalEnergies, puis édité en français par
Jean-Christophe Catalon.
LONDRES — Le Royaume-Uni s’est retiré du financement de Mozambique LNG, un
important projet gazier mené par TotalEnergies, a confirmé le gouvernement
lundi.
Le ministre des affaires étrangères, Peter Kyle, a annulé le projet d’aide de
plus d’un milliard de dollars au projet de gaz naturel liquéfié, opéré au nord
du Mozambique par la major française.
En mars 2021, un groupe mozambicain lié à l’Etat islamique, a attaqué la ville
de Palma, a proximité du site industriel, où se trouvaient des milliers de
travailleurs du projet, tuant 1 354 personnes et en enlevant 209 autres. Au
total, 330 personnes ont été décapitées.
Parmi les morts se trouvaient 55 ouvriers travaillant sur le projet de Total,
selon une enquête menée de maison en maison par POLITICO.
Une unité militaire mozambicaine opérant depuis la guérite de l’installation
gazière a massacré au moins 97 civils au cours de l’été 2021, a rapporté
POLITICO l’année dernière.
Le soutien financier britannique, sous la forme de prêts publics et de garanties
pour les exportateurs britanniques et les banques soutenant le projet, avait été
suspendu après que TotalEnergies eut invoqué la force majeure — une clause
contractuelle qui permet aux entreprises de suspendre leurs obligations en cas
de catastrophe — suite à la détérioration de la situation sécuritaire dans la
région.
En ce qui concerne le massacre de civils, TotalEnergies a déclaré précédemment
qu’il n’avait “aucune connaissance des événements allégués (…) et n’a jamais
reçu d’informations indiquant que de tels événements ont eu lieu”.
Peter Kyle a confirmé aujourd’hui dans une déclaration écrite qu”“après un
examen détaillé, le gouvernement britannique a décidé de mettre fin à la
participation de l’UKEF [UK Export finance, l’agence britannique de crédit à
l’export] au projet”.
Il a ajouté : “Mes collaborateurs ont évalué les risques liés au projet et le
gouvernement estime que ces risques ont augmenté depuis 2020. Ce point de vue
est fondé sur une évaluation complète du projet et sur les intérêts des
contribuables britanniques, qui sont mieux servis en mettant fin à notre
participation au projet à ce stade.”
L’UKEF remboursera les primes déjà versées au projet. Peter Kyle a insisté sur
le fait que le gouvernement était “engagé dans notre partenariat national avec
le Mozambique”.
La décision de financer le projet a été prise par l’administration conservatrice
de Boris Johnson en 2020, mais elle est depuis lors entachée de controverse.
Peter Kyle a fait valoir que le financement du projet ne servait plus “les
intérêts de notre pays”.
La branche britannique de l’ONG environnementaliste Les Amis de la Terre a salué
la décision du gouvernement, rappelant que le gaz extrait du gisement pourrait
générer environ 4,5 milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre au
cours de sa durée de vie, soit plus que les émissions annuelles combinées des 27
pays de l’Union européenne.
“Ce projet gazier au Mozambique est une énorme bombe à retardement en matière de
carbone, liée à de graves violations des droits de l’homme. Il n’aurait jamais
dû être financé par le contribuable britannique, a déclaré Asad Rehman,
directeur général à Londres des Amis de la Terre. Nous exhortons maintenant les
autres pays à suivre l’exemple et à cesser de soutenir ce projet destructeur.”
A l’heure de la publication, TotalEnergies n’avait pas répondu à notre demande
de commentaire.
Graham Lanktree a contribué à cet article. Il a été initialement publié en
anglais par POLITICO et adapté en français par Alexandre Léchenet.
Cela fait dix ans que les Etats-Unis et l’Europe ont poussé les pays du monde
entier à adopter un accord historique visant à mettre un terme au réchauffement
incontrôlé de la planète.
Conclu par près de 200 pays, ce traité constituait un potentiel “tournant pour
le monde”, avait alors déclaré le président américain de l’époque, Barack Obama.
Presque tous les pays de la planète ont signé l’Accord de Paris de 2015, un
pacte dont le succès devait reposer sur la pression des pairs, une ambition
croissante et, sur le plan économique, une révolution de l’énergie propre.
Mais dix ans plus tard, les actions entreprises pour répondre à ces espoirs ne
sont pas à la hauteur.
Les Etats-Unis ont quitté l’accord ; deux fois. Le président Donald Trump a mis
un coup d’arrêt aux projets d’énergie verte dans son pays et trouve des alliés
pour l’aider à saper les initiatives climatiques à l’étranger, tout en signant
des accords commerciaux qui engagent les pays à acheter davantage de
combustibles fossiles américains.
L’Europe reste sur la bonne voie pour respecter ses engagements en matière de
climat, mais sa détermination vacille, car entre des électeurs inquiets pour
leur pouvoir d’achat et la montée des partis d’extrême droite, des doutes ont
émergé quant à la rapidité avec laquelle l’UE pourra tenir sa promesse de se
détourner des énergies fossiles.
L’Accord de Paris a contribué à ancrer la sensibilisation au changement
climatique dans la culture populaire et la politique, a conduit des pays et des
entreprises à s’engager à réduire leurs émissions carbone à zéro et a contribué
à orienter un flot d’investissements vers les énergies propres. D’après les
scientifiques, le traité semble avoir réduit les risques d’atteindre les niveaux
de réchauffement les plus catastrophiques.
En revanche, la production de pétrole et celle de gaz n’ont pas encore atteint
son pic, tandis que les émissions de CO2 et les températures continuent
d’augmenter. Ces dernières ne sont d’ailleurs plus qu’à quelques dixièmes de
degrés du point de bascule convenu à Paris. Mais les coûts de l’énergie verte
ont tellement baissé que, dans la plupart des régions du monde, elle est devenue
la forme d’énergie la moins chère et elle est déployée à un rythme encore
impensable il y a dix ans.
Les dirigeants et les diplomates, qui se réunissent au Brésil à partir de cette
semaine pour les négociations annuelles des Nations unies sur le climat, seront
confrontés à un test : défendre l’Accord de Paris face à l’opposition de Trump
tout en soulignant que ses objectifs sont à la fois nécessaires et bénéfiques.
Le sommet organisé dans la ville portuaire amazonienne de Belém devait être
celui où les pays riches et pauvres allaient célébrer leurs progrès et s’engager
à réduire toujours plus les émissions de gaz à effet de serre.
Au lieu de cela, le mépris des Etats-Unis pour les efforts climatiques mondiaux
et un message confus de l’Europe rajoutent des difficultés alors que la période
actuelle est bien plus incertaine que celle lors de l’adoption de l’Accord de
Paris.
Certains experts climatiques sont encore optimistes… jusqu’à un certain point.
“Je pense que l’architecture de base résiste à la destruction de Trump”, a
estimé John Podesta, président du Center for American Progress, un organisme de
centre gauche qui a coordonné la politique climatique sous les présidents Obama
et Biden.
Mais cette résistance pourrait s’affaiblir si les Etats-Unis restent en dehors
de l’accord, ce qui priverait le mouvement climat du leadership et du soutien
américains, a-t-il poursuivi. “Si tout cela disparaît, et pour longtemps, je ne
sais pas si la structure tiendra le coup”, a prévenu John Podesta.
D’autres diplomates du climat affirment que l’esprit de coopération de 2015
serait difficile à recréer aujourd’hui, raison pour laquelle il est essentiel
d’appliquer l’Accord de Paris.
“Si nous devions renégocier [l’Accord de] Paris aujourd’hui, nous n’obtiendrions
jamais l’accord que nous avions eu il y a dix ans”, a tranché Rachel Kyte,
représentante spéciale du Royaume-Uni pour les questions climatiques.
“Mais nous pouvons aussi regarder ces données extraordinaires, qui montrent que
la tendance est très claire”, a-t-elle plaidé, faisant référence à la croissance
des énergies propres. “Et la plupart de ceux qui cherchent à protéger leurs
investissements sont intéressés par cette tendance.”
LE PARADOXE DE PARIS
S’il y a bien une chose qui ne s’est pas affaiblie, c’est l’intérêt économique
pour les énergies propres. Les facteurs économiques derrière les investissements
que l’Accord de Paris a contribué à déclencher ont même dépassé ce que ses
auteurs avaient prévu.
Mais la volonté politique pour faire en sorte que les pays continuent à aller de
l’avant n’est pas toujours au rendez-vous, voire elle est parfois au point mort,
alors que les Etats-Unis — la plus grande économie du monde, la seule
superpuissance militaire et, historiquement, le plus grand émetteur de CO2 —
s’attaquent à ses fondements mêmes.
Les tentatives de Trump de saper l’accord — que résume le slogan de la
Maison-Blanche de 2017 : “Pittsburgh, pas Paris” — ont également eu un impact
sur les ambitions européennes, a jugé Laurence Tubiana, l’architecte du traité,
fin octobre devant la presse.
“Je n’ai jamais vu une telle agressivité contre la politique climatique
nationale partout dans le monde à cause des Etats-Unis”, a confié Laurence
Tubiana. “Nous sommes donc réellement confrontés à une bataille idéologique, une
bataille culturelle, où le climat fait partie de cet ensemble que le
gouvernement américain veut vaincre.”
La Maison-Blanche a fait savoir que Donald Trump se concentre sur l’exploitation
du pétrole américain et sur le dialogue avec les dirigeants étrangers sur les
questions énergétiques, plutôt que sur ce qu’elle appelle la “nouvelle arnaque
verte”. Les Etats-Unis n’enverront pas de représentants de haut niveau à la
COP30.
“La nouvelle arnaque verte aurait tué l’Amérique si le président Trump n’avait
pas été élu pour mettre en œuvre son programme énergétique de bon sens”, a
déclaré Taylor Rogers, un porte-parole. “Le président Trump ne mettra pas en
péril la sécurité économique et nationale de notre pays pour poursuivre de
vagues objectifs climatiques qui tuent d’autres pays.”
Donald Trump n’est pas le seul défi auquel l’Accord de Paris fait face.
Même sous Obama, les Etats-Unis ont insisté pour que les objectifs du traité en
matière d’émissions de CO2 ne soient pas contraignants, afin d’éviter un vote de
ratification par le Sénat qui aurait très probablement été contre.
Toutefois, contrairement aux précédents accords sur le climat auxquels les
Etats-Unis avaient refusé de se joindre, tous les pays — y compris et surtout la
Chine — doivent présenter un plan de réduction de leurs émissions. Le traité
laisse aux gouvernements le soin de tenir leurs propres engagements et de
pousser les retardataires à faire mieux. Un contexte politique exceptionnel a
contribué à faire avancer les négociations.
Barack Obama, qui misait une partie de son héritage politique sur la conclusion
d’un accord mondial sur le climat, avait passé l’année précédant l’Accord Paris
à négocier un traité distinct avec la Chine, dans lequel les deux pays, qui sont
les plus gros pollueurs de la planète, s’engageaient à réduire leurs émissions.
La France, en tant qu’hôte des négociations, était également déterminée à
parvenir à un accord mondial.
L’année suivante, plus de 160 pays ont présenté leurs plans initiaux de lutte
contre le réchauffement climatique au niveau national et ont commencé à
travailler à l’élaboration des règles qui allaient servir de fondement au
traité.
“L’Accord de Paris n’est pas une machine à produire de l’ambition. Il ne fait
que nous rappeler le niveau d’ambition dont nous avons convenu […] et suggère ce
qui est nécessaire pour revenir sur la trajectoire”, a décrit Kaveh Guilanpour,
vice-président chargé des stratégies internationales au Center for Climate and
Energy Solutions et négociateur pour le Royaume-Uni lors des négociations à
Paris. “Que les pays le fassent ou non, c’est essentiellement leur affaire.”
Catherine McKenna, ancienne ministre canadienne de l’Environnement qui a
notamment négocié le mécanisme de crédits carbone de l’Accord de Paris, a
qualifié le traité d’“incroyable exploit”, mais qu’il n’allait pas se mettre en
œuvre tout seul.
“Le problème, c’est que désormais c’est vraiment au bon vouloir des pays,
villes, régions, entreprises et institutions financières d’agir”, a-t-elle
pointé. “Ce n’est plus une histoire de traité ; maintenant, c’est : ‘faites le
travail.’”
QUAND LE VERT DEVIENT GRIS
Les signes de discorde ne sont pas difficiles à trouver dans le monde entier.
La Chine resserre son emprise sur la fabrication et l’exportation d’énergies
propres, garantissant l’accès à un plus grand nombre de pays à des énergies
renouvelables peu coûteuses, mais créant des tensions dans les régions qui
souhaitent également bénéficier des emplois et des revenus générés par la
fabrication de ces équipements et qui craignent de trop dépendre d’un seul pays.
Au Canada, le Premier ministre Mark Carney, ancien envoyé des Nations unies pour
le climat, a supprimé la taxe carbone pesant sur la consommation et prévoit
d’exploiter davantage de gaz naturel afin de renforcer les défenses économiques
face aux Etats-Unis.
L’Union européenne a passé les cinq dernières années à élaborer un vaste
ensemble de réglementations écologiques et de mesures sectorielles, et elle
estime être à peu près en bonne voie pour atteindre ces objectifs. Cependant,
bon nombre des 27 gouvernements — sous la pression d’une extrême droite en
progression, de prix élevés de l’énergie, des difficultés de certaines
industries et de la guerre de la Russie contre l’Ukraine — demandent aujourd’hui
à l’UE de réévaluer un certain nombre de ces politiques.
Toutefois, les points de vue au sein de l’Union divergent fortement, certains
préconisant de petites modifications, quand d’autres veulent revenir sur des
pans entiers de la législation.
“L’Europe doit rester un continent de cohérence”, a défendu Emmanuel Macron
après une réunion des dirigeants de l’UE en octobre. “Elle doit aller plus vite
sur la compétitivité, mais elle ne doit pas renoncer à ses objectifs
[climatiques].”
Le Premier ministre polonais Donald Tusk, en revanche, a déclaré après la même
réunion qu’il se sentait conforté par l’opposition historique de son pays à
l’agenda vert européen : “Dans la plupart des capitales européennes, on aborde
différemment aujourd’hui ces ambitions climatiques européennes exagérées.”
Au-delà de l’UE, la plupart des pays dans le monde n’ont pas encore soumis leurs
derniers plans de réduction des émissions de carbone aux Nations unies. Si les
plans annoncés par les gouvernements s’inscrivent pour la plupart dans le
prolongement des précédents, ils ne prévoient encore que des réductions modestes
par rapport à ce qui est nécessaire pour limiter à 1,5 degré le réchauffement de
la Terre depuis l’ère préindustrielle.
Selon les scientifiques, dépasser ce seuil entraînerait davantage de décès,
ainsi que des dommages physiques et économiques dont il serait de plus en plus
difficile de se remettre à chaque dixième de degré de réchauffement
supplémentaire.
Le dernier rapport de l’ONU, qui expose l’écart entre les nouvelles promesses
des pays et les objectifs de l’Accord de Paris, a montré que le monde est sur la
voie d’un réchauffement de 2,3 à 2,5 degrés, une différence marginale par
rapport aux plans soumis en 2020, et même presque nulle si l’on exclut
l’engagement des Etats-Unis. Les politiques mises en place à l’heure actuelle
laissent présager un réchauffement de 2,8 degrés.
“Nous devons réaliser une baisse sans précédent des émissions de gaz à effet de
serre dans un délai toujours plus court et dans un contexte géopolitique
difficile”, a résumé Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des
Nations unies pour l’environnement.
Mais le faire a aussi du sens, a-t-elle ajouté. “C’est là que le marché montre
que ce type d’investissements intelligents, propres et verts crée en réalité des
emplois et des opportunités. C’est là que se trouve l’avenir.”
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré dans un message
vidéo mardi que le dépassement de l’objectif de 1,5 degré fixé à Paris était
désormais inévitable dans les années à venir. Il a imploré les dirigeants de
déployer rapidement les énergies renouvelables et d’arrêter l’expansion du
pétrole, du gaz et du charbon pour s’assurer que ce dépassement soit de courte
durée.
“On est dans un sacré pétrin”, a lancé Bill Hare, un climatologue chevronné qui
a fondé l’institut Climate Analytics.
Les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas diminué et on n’a pas pris plus
de mesures alors que les catastrophes climatiques se sont multipliées.
“Je pense que ce qui se profile est un test majeur pour l’Accord de Paris,
probablement le test le plus important. Cet accord peut-il aller de l’avant sous
le poids de tous ces défis ?” formule Bill Hare. “S’il n’y parvient pas, les
gouvernements s’interrogeront franchement sur ses avantages.”
Cela ne veut pas dire que tout est perdu.
En 2015, le monde se dirigeait vers un réchauffement d’environ 4 degrés, ce qui,
selon les chercheurs, aurait été dévastateur pour une grande partie de la
planète. Aujourd’hui, cette projection est inférieure d’environ un degré.
“Je pense que beaucoup d’entre nous à Paris étaient très dubitatifs à l’époque
quant à la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5” degrés, confie Elliot
Diringer, un ancien responsable du climat qui dirigeait le programme
international du Center for Climate and Energy Solutions lors des négociations
de l’Accord de Paris.
“La question est de savoir si notre situation est meilleure grâce à l’Accord de
Paris”, a-t-il exposé. “Je pense que la réponse est oui. Avons-nous assez avancé
? Absolument pas.”
LES TECHNOLOGIES VERTES DÉFIENT LES ATTENTES
En outre, l’adoption de technologies énergétiques propres a progressé encore
plus rapidement que prévu, déclenchant ce qu’un expert du climat a appelé un
changement dans la politique climatique mondiale.
“Nous ne sommes plus dans un monde où seule la politique climatique joue un rôle
prépondérant et substantiel, mais de plus en plus l’économie climatique”, a
analysé Christiana Figueres, qui était la secrétaire exécutive de la
Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 2015.
“Oui, la politique est importante, mais elle ne l’est plus autant qu’il y a dix
ans.”
Le déploiement annuel de l’énergie solaire dans le monde est 15 fois supérieur à
ce que prévoyait l’Agence internationale de l’énergie en 2015, selon une analyse
récente de l’Energy and Climate Intelligence Unit, une association britannique.
Les énergies renouvelables représentent désormais plus de 90% des nouvelles
capacités électriques ajoutées chaque année dans le monde, selon BloombergNEF.
La Chine déploie un nombre record d’énergies renouvelables et en réduit les
coûts pour des pays, tels que le Brésil et le Pakistan, qui ont vu leurs
installations solaires monter en flèche.
Même aux Etats-Unis, où Donald Trump a abrogé de nombreuses baisses d’impôts et
autres mesures incitatives de Joe Biden, BloombergNEF prévoit que les
énergéticiens continueront à déployer des installations vertes, en grande partie
parce qu’il s’agit souvent du moyen le plus rapide de produire de l’électricité.
Les coûts des éoliennes et des batteries diminuent également. Les ventes de
véhicules électriques montent en flèche dans de nombreux pays, en grande partie
grâce à l’énorme quantité de véhicules bon marché produits par la société
chinoise BYD, le plus grand fabricant au monde.
Au niveau mondial, les investissements dans les énergies propres sont
aujourd’hui deux fois plus importants que ceux consacrés aux énergies fossiles,
selon l’Agence internationale de l’énergie.
“Aujourd’hui, on peut parler de déploiement de technologies énergétiques propres
en raison de leur compétitivité-coût et de leur capacité à réduire les coûts des
systèmes énergétiques”, a expliqué Robbie Orvis, directeur senior de la
modélisation et de l’analyse à l’institut de recherche Energy Innovation. “Pour
beaucoup d’entre elles, ce n’est même pas nécessaire de parler de climat, ce qui
n’était pas le cas il y a dix ans.”
Les tendances économiques de la dernière décennie sont frappantes, a souligné
Todd Stern, l’envoyé américain pour le climat qui a négocié l’Accord de Paris.
Ce traité “a été perçu dans le monde entier, par d’autres pays, dans les
conseils d’administration, comme la première fois en plus de vingt ans que les
chefs de gouvernement disaient enfin : ‘Oui, faisons-le’”, a-t-il mis en avant.
“Et ce n’est pas la seule raison pour laquelle il y a eu un énorme développement
technologique, mais cela n’a certainement pas fait de mal.”
Néanmoins, il existe des limites à la capacité des entreprises à mener seules la
transition vers l’énergie propre.
“Il faut une certaine forme d’intervention gouvernementale, qu’il s’agisse d’un
bâton ou d’une carotte, pour pousser l’économie vers une trajectoire bas
carbone”, a estimé Andrew Wilson, secrétaire général adjoint de la Chambre de
commerce internationale. “Si les gouvernements appuient sur le frein de l’action
climatique ou commencent sérieusement à mettre la pédale douce, cela a un effet
limitatif.”
Le Brésil, pays hôte de la COP30, souhaite démontrer que le multilatéralisme
fonctionne toujours, qu’il est utile pour la vie des gens et qu’il est capable
de répondre aux impacts climatiques auxquels les communautés du monde entier
sont confrontées.
Mais l’objectif des négociations de cette année pourrait être encore plus
simple, selon Kaveh Guilanpour, l’ancien négociateur pour le Royaume-Uni.
“Si nous sortons de la COP30 en démontrant que l’Accord de Paris est vivant et
fonctionne, a-t-il souligné, je pense que dans le contexte actuel, ce serait
déjà une information en soi.”
Nicolas Camut à Paris, Zi-Ann Lum à Ottawa, Karl Mathiesen à Londres et Zia
Weise à Bruxelles ont contribué à cet article, qui a d’abord été publié par
POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
BRUXELLES — Les ministres de l’Environnement de l’Union européenne sont parvenus
à un accord qui édulcore l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de
serre proposé pour 2040 et établit un nouveau plan climatique pour 2035.
A l’issue de négociations marathon qui se sont déroulées toute la journée de
mardi et la matinée de mercredi, les ministres ont approuvé à l’unanimité le
nouveau plan climatique de l’UE pour 2035. Attendu de longue date, il évite
ainsi à l’UE d’arriver les mains vides au sommet de la COP30, qui commence dans
quelques jours au Brésil.
Le plan, qui est une exigence de l’Accord de Paris, fixe un nouvel objectif
visant à réduire les émissions de l’UE entre 66,25% et 72,5% par rapport aux
niveaux de 1990 d’ici 2035.
Ce plan n’est pas juridiquement contraignant, mais définit l’orientation de la
politique climatique européenne pour les cinq prochaine années. Il reprend une
déclaration informelle que l’UE a présentée lors du sommet sur le climat qui
s’est tenu à New York en septembre.
Les ministres ont également adopté un objectif juridiquement contraignant visant
à réduire les émissions dans l’UE de 85% d’ici à 2040. L’accord prévoit qu’une
réduction supplémentaire de 5% sera obtenue en externalisant des réductions
d’émissions à l’étranger par l’achat de crédits carbone internationaux.
En outre, les gouvernements des 27 seraient autorisés à utiliser des crédits
carbone supplémentaires pour externaliser jusqu’à 5 points de pourcentage de
leurs objectifs nationaux de réduction d’émissions.
Les ministres ont aussi soutenu une clause de révision large qui permet à l’UE
d’ajuster son objectif pour 2040 à l’avenir si la politique climatique s’avère
avoir des effets négatifs sur l’économie européenne.
L’accord prévoit également de retarder d’un an la mise en œuvre du nouveau
marché européen du carbone (ETS2) pour les émissions liées au chauffage des
bâtiments et aux transports routiers, qui doit débuter en 2027.
La Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque et la Pologne n’ont pas soutenu
l’accord sur l’objectif 2040, tandis que la Bulgarie et la Belgique se sont
abstenues. Les autres pays de l’UE l’ont soutenu.
Les députés du Parlement européen doivent maintenant adopter leur propre
position sur l’objectif 2040 et négocier avec le Conseil de l’UE avant que ce
dernier ne puisse entrer en vigueur.
Zia Weise a contribué à cet article.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
Selon un rapport du programme des Nations unies sur l’environnement publié
mardi, les nouveaux plans nationaux conçus pour lutter plus efficacement contre
le changement climatique ne vont pas beaucoup infléchir les projections de
températures mondiales déjà dangereusement élevées.
Ces conclusions soulignent la tâche qui attend les différents pays participant
aux négociations sur le climat de la COP30, qui débutent le 10 novembre au
Brésil. Le rapport des Nations unies montre que les pays se sont engagés sur une
voie qui entraînerait des changements à long terme pour la planète, tels que des
vagues de chaleur plus meurtrières, une élévation vertigineuse du niveau de la
mer et des phénomènes extrêmes plus probables tels que les incendies et les
sécheresses.
Les températures augmenteraient de 2,3 à 2,5 degrés par rapport aux niveaux de
l’ère préindustrielle d’ici à 2100 si les gouvernements suivaient les politiques
présentées dans leurs stratégies climatiques officielles la semaine dernière,
selon son rapport annuel intitulé Emissions gap report. Cette trajectoire
dépasserait de loin les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat de 2015
dont l’objectif est de maintenir l’augmentation “bien en dessous” de 2°C et du
but plus ambitieux de 1,5°C.
“Les pays ont eu trois occasions d’atteindre leurs engagement dans le cadre de
l’Accord de Paris, et à chaque fois, elles sont tombées à côté de la cible”,
indique le rapport. “Nous avons toujours besoin d’une réduction d’ampleur sans
précédent des émissions de gaz à effet de serre, dans un délai toujours plus
court, dans un contexte géopolitique difficile.”
Bien que la trajectoire représente un progrès depuis l’Accord de Paris, lorsque
la hausse de température prévue se rapprochait de 4°C, elle est encore loin
d’être suffisante, selon ce même document. Les Nations unies sont parvenues à la
conclusion que l’augmentation de la température sur plusieurs décennies
dépassera 1,5 °C pour la première fois au cours de la prochaine décennie.
Ce faisant, elles franchiraient un seuil politique critique. Les pays ont
largement axé leurs stratégies sur l’évitement de ce point de repère, en citant
les prévisions désastreuses d’un rapport spécial des Nations unies sur la
science du climat publié en 2018, qui mettait en garde contre la probabilité
accrue de provoquer des “points de basculement” climatiques irréversibles.
“L’Accord de Paris ne fixe pas de date butoir ou d’échéance pour son objectif.
Il est largement compris comme une obligation juridique, morale et politique”,
indique le rapport, notant que “chaque fraction de degré de réchauffement
climatique a de l’importance”.
En réalité, les pays s’éloignent encore davantage de leurs engagements initiaux
: presque toutes les améliorations — représentant 0,1°C de réchauffement — par
rapport aux plans nationaux soumis en 2020, lorsque la trajectoire poussait vers
un réchauffement de 2,6° à 2,8°C, sont dues à des changements méthodologiques.
Le deuxième retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat sous la
présidence de Donald Trump effacerait encore 0,1°C de progrès, a déclaré l’ONU.
Donald Trump ne fera qu’exacerber le problème en mettant à l’écart la plus
grande économie mondiale et le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de
serre. L’ONU a constaté que les récents revirements de politique augmenteraient
les émissions américaines d’une gigatonne jusqu’en 2030, ce qui représente une
augmentation significative par rapport à l’objectif de l’ancien président Joe
Biden de réduire les émissions américaines à environ 3 gigatonnes cette
année-là.
Selon le rapport, les tendances en matière de pollution vont elle aussi dans la
mauvaise direction au niveau mondial. Les gaz à effet de serre ont augmenté de
2,3% par rapport aux niveaux de 2023, près du double de l’augmentation de 1,6%
entre 2022 et 2023 et quatre fois plus rapide que le taux de croissance annuel
moyen des années 2010. Le changement d’affectation des terres et la
déforestation ont entraîné une hausse des émissions en 2024, combinée à une
forte consommation de combustibles fossiles.
L’ONU a déclaré que l’objectif était désormais de limiter le “dépassement” de
1,5 °C et de réduire à terme les températures mondiales. Le rapport évalue un
scénario qui a 66% de chances de limiter ce dépassement à 0,3 °C et de ramener
les températures sous la barre des 1,5°C d’ici à 2100.
Mais la plupart des pays sont loin de mettre en œuvre toutes les politiques
nécessaires pour atteindre leurs objectifs pour 2030, le monde étant
actuellement sur la voie d’un réchauffement de 2,8°C supplémentaires. Et
seulement 60 signataires de l’Accord de Paris — même pas un tiers du total — ont
déposé leurs contributions nationale (CDN), les plans nationaux réclamés tous
les cinq ans, avant la date limite du 30 septembre. Un date déjà décalée de
plusieurs mois ; la limite initiale étant en février.
Les pays du G20, qui, en dehors des pays de l’Union africaine, sont responsables
de 77% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, doivent montrer la voie,
a déclaré l’ONU. Jusqu’à présent, seuls sept membres du G20 ont finalisé leur
dernière CDN, tandis que trois autres ont annoncé des objectifs informels. Les
propositions du G20 sont également insuffisantes dans l’ensemble, car aucune n’a
renforcé ses objectifs pour 2030, a déclaré l’ONU.
“L’accélération des mesures d’atténuation offre des avantages et des
opportunités”, rappelle le rapport, ajoutant que “les nouvelles CDN et la
situation géopolitique actuelle n’offrent pas de signes prometteurs que cela se
produira”. Il ajoute que c’est ce que les pays et le mutlilatéralisme doivent
résoudre “pour affirmer l’engagement collectif et la confiance dans la
réalisation de l’objectif de température de l’Accord de Paris”.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
Le géant pétrolier TotalEnergies a trompé ses clients et le grand public en
prétendant être un acteur majeur de la transition énergétique, a jugé
aujourd’hui le tribunal judiciaire de Paris.
A la suite du changement de nom de Total en TotalEnergies en 2021, le producteur
pétrolier français avait lancé une campagne publicitaire affirmant que
l’entreprise avait une “ambition de neutralité carbone d’ici 2050”
Elle affirmait être “un acteur majeur de la transition énergétique” et mettre
“le développement durable au cœur de notre stratégie, de nos projets et de nos
opérations pour contribuer au bien-être des populations, en ligne avec les
Objectifs de développement durable définis par les Nations Unies” (des
déclarations encore lisibles sur leur site).
Le tribunal a estimé que la major pétrolière s’était livrée à des “pratiques
commerciales trompeuses” en diffusant sur son site web des affirmations faisant
apparaître ses activités comme plus vertes qu’elles ne l’étaient — une pratique
connue sous le nom de greenwashing (écoblanchiment). Selon le tribunal, ces
affirmations étaient “de nature à induire en erreur le consommateur, sur la
portée des engagements environnementaux du groupe”.
Le tribunal a ordonné à TotalEnergies de cesser de diffuser les allégations
trompeuses “dans un délai d’un mois”, sous peine d’une amende de 10 000 euros
par jour de retard.
Le procès contre la major pétrolière a été intenté en 2022 par un groupe d’ONG
environnementales, dont les Amis de la Terre France, Greenpeace et Notre Affaire
à Tous, avec le soutien de l’organisation caritative spécialisé dans le droit de
l’environnement ClientEarth.
“Nous espérons que la décision du tribunal aidera à faire la lumière sur la
réalité des activités de Total, qui continue son expansion pétrogazière”, a
déclaré Juliette Renaud, membre des Amis de la Terre France, dans un communiqué.
“Il est temps de contraindre Total et les autres majors à se conformer aux
recommandations des scientifiques pour en finir avec le développement de
nouveaux projets fossiles”, a-t-elle ajouté.
Contacté, TotalEnergies n’a pas répondu au moment de la publication.
L’entreprise peut faire appel de la décision.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
BRUXELLES — Les gouvernements européens ne voteront pas jeudi prochain pour
fixer l’objectif climatique de l’Union en 2040, ont déclaré quatre diplomates à
POLITICO.
Les ministres de l’environnement de l’UE devaient se mettre d’accord sur cet
objectif de réduction des émissions pour 2040 lors d’une réunion le 18 septembre
prochain à Bruxelles.
Toutefois, le Danemark, qui préside les négociations, a annulé le vote, selon
les diplomates, qui ont parlé sous conditions d’anonymat. Une discussion
ministérielle aura encore lieu jeudi pour préparer un débat au niveau des
dirigeants des pays de l’UE.
Cette décision intervient après que la France et l’Allemagne se sont joints à la
Pologne et l’Italie pour demander que le vote soit reporté jusqu’a ce que les
dirigeants nationaux puissent s’exprimer sur l’objectif, créant ainsi une
minorité de blocage.
La Commission européenne a proposé de réduire les émissions de l’UE de 90% par
rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2040, mais de nombreux pays ont demandé une
marge de manœuvre supplémentaire pour l’atteindre. Certains gouvernements
souhaitent également l’affaiblir considérablement.
Ce retard risque également de fragiliser la définition d’un objectif
intermédiaire pour 2035 requis dans le cadre de l’Accord de Paris, conclu il y a
dix ans. Les ministres devaient voter sur les deux objectifs la semaine
prochaine, car l’Union avait l’intention de calculer l’objectif pour 2035 en
fonction de celui pour 2040.
Sans l’objectif pour 2040, l’UE optera probablement pour un objectif
moins-disant pour 2035. Les pays devraient encore se prononcer sur ce dernier la
semaine prochaine afin de respecter l’échéance de septembre fixée par les
Nations unies pour l’élaboration des plans nationaux.
Cet article a été initialement écrit en anglais par POLITICO et édité en
français par Alexandre Léchenet.