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ThĂ©rapie de groupe : Ursula von der Leyen tente d’apaiser les tensions au sein de la Commission
BRUXELLES — Ursula von der Leyen a convoquĂ© ses commissaires europĂ©ens Ă  une rĂ©union pour tenter de dĂ©samorcer les tensions croissantes au sein de l’équipe et d’amĂ©liorer leur façon de travailler. Elle est prĂ©vue pour le 4 fĂ©vrier Ă  Louvain et est ouverte Ă  tous les membres du collĂšge des commissaires, bien que la participation ne soit pas obligatoire, selon un responsable de l’exĂ©cutif europĂ©en impliquĂ© dans son organisation. L’évĂ©nement se concentrera sur la compĂ©titivitĂ© et accueillera une invitĂ©e de marque — la directrice gĂ©nĂ©rale du FMI et ancienne vice-prĂ©sidente de la Commission, Kristalina Georgieva —, mais seront aussi abordĂ©es “la gĂ©opolitique dans le contexte actuel et les mĂ©thodes de travail de la Commission europĂ©enne”, dĂ©taille Arianna PodestĂ , porte-parole adjointe de l’institution, Ă  POLITICO. Le dernier point a Ă©tĂ© motivĂ© par ce que les membres du personnel du Berlaymont, le siĂšge de la Commission Ă  Bruxelles, dĂ©crivent comme une atmosphĂšre inhabituellement tendue. POLITICO s’est entretenu avec huit membres de plusieurs cabinets de commissaires, qui ont tous Ă©tĂ© autorisĂ©s Ă  garder l’anonymat pour parler franchement de la situation interne. ECHANGES TENDUS ENTRE JØRGENSEN ET RIBERA Selon quatre responsables de l’exĂ©cutif europĂ©en, l’idĂ©e d’un tel Ă©vĂ©nement a Ă©mergĂ© Ă  la suite d’échanges tendus entre le commissaire Ă  l’Energie, Dan JĂžrgensen, et la vice-prĂ©sidente exĂ©cutive Ă  la Transition propre, Teresa Ribera, lors d’une rĂ©union du collĂšgue des commissaires dĂ©but dĂ©cembre, comme l’a rĂ©vĂ©lĂ© Brussels Playbook. Dan JĂžrgensen assistera Ă  la rĂ©union du 4 fĂ©vrier, a indiquĂ© son Ă©quipe. Celle de Teresa Ribera ne nous a pas rĂ©pondu. | Thierry Monasse/Getty Images Les deux commissaires ont refusĂ© de commenter l’incident, mais un responsable public relate que Dan JĂžrgensen a haussĂ© le ton face Ă  Teresa Ribera ; un autre raconte que le Danois “a fait une remarque Ă  Ribera qui Ă©tait inhabituellement Ă©nergique par rapport aux coutumes du collĂšge”, alors qu’ils discutaient d’un dossier environnemental clĂ©. Dan JĂžrgensen assistera Ă  la rĂ©union du 4 fĂ©vrier, indique son Ă©quipe. Celle de Teresa Ribera ne nous a pas rĂ©pondu. Les rĂ©unions de l’ensemble du collĂšge en dĂ©but d’annĂ©e ne sont pas exceptionnelles, au contraire, il s’agit d’une pratique rĂ©guliĂšre depuis 2010, rappelle Arianna PodestĂ  Ă  POLITICO. Toutefois, cette fois-ci, une session est explicitement consacrĂ©e Ă  la recherche de meilleures mĂ©thodes de travail et Ă  prĂ©venir que les divergences de points de vue entre les commissaires ne dĂ©rapent. Et tous ne la dĂ©crivent pas de la mĂȘme façon : un responsable la qualifie de “discussions” plutĂŽt que d’un exercice formel de team bulding ; un autre de “groupe de travail sur les mĂ©thodes de travail”. DES DOSSIERS TRANSMIS TROP TARDIVEMENT Autre source de tensions : plusieurs cabinets sont de plus en plus agacĂ©s par les dossiers qui arrivent sur leur bureau quelques heures avant les rĂ©unions du collĂšge, ou tard dans la nuit, le week-end ou Ă  la veille de la prĂ©sentation de propositions lĂ©gislatives. “Cela nous empĂȘche de travailler de maniĂšre professionnelle”, pointe un responsable public. “Bien sĂ»r, les urgences, ça arrive, mais ça ne peut pas ĂȘtre la norme.” L’exaspĂ©ration a atteint son paroxysme lors de la prĂ©sentation de la proposition de budget Ă  long terme de l’UE en juillet dernier, quand les chiffres officiels ont Ă©tĂ© communiquĂ©s aux commissaires seulement quelques heures avant. Selon des responsables proches du cabinet d’Ursula von der Leyen, la transmission tardive des chiffres du budget a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e comme une tactique pour Ă©viter les fuites. Mais cette stratĂ©gie n’a fait qu’aggraver l’irritation au sein du collĂšge. D’aprĂšs un responsable public, l’“altercation” entre Dan JĂžrgensen et Teresa Ribera concernait Ă©galement le traitement accĂ©lĂ©rĂ© des dossiers. Pour qu’un dossier soit prĂ©sentĂ© au collĂšge, un vice-prĂ©sident exĂ©cutif doit “appuyer sur le bouton” (le jargon du Berlaymont pour mettre quelque chose Ă  l’ordre du jour). ConfrontĂ©e Ă  un dĂ©lai serrĂ© pour examiner les dĂ©tails d’un dossier — l’omnibus environnemental, conçu pour simplifier les rĂšgles Ă©cologiques —, Teresa Ribera a dĂ©cidĂ© d’attendre avant d’appuyer sur le bouton, comme elle en a le droit, selon son Ă©quipe. Cela a provoquĂ© des tensions avec Dan JĂžrgensen, issu comme elle des rangs socialistes. Un responsable de l’exĂ©cutif europĂ©en note que les deux commissaires dirigent des Ă©quipes “avec des opinions bien arrĂȘtĂ©es”, rendant probables les frictions. “Les conflits internes au sein du collĂšge sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense”, soulĂšve un responsable de Bruxelles. Certaines de ces frictions reflĂštent de vĂ©ritables divergences d’opinions, mais elles sont amplifiĂ©es par un systĂšme trĂšs centralisĂ©, dans lequel de nombreuses dĂ©cisions doivent ĂȘtre approuvĂ©es au 13e Ă©tage du Berlaymont, oĂč se trouve le cabinet d’Ursula von der Leyen. “Le mode de fonctionnement actuel crĂ©e des situations qui pourraient ĂȘtre Ă©vitĂ©es et des problĂšmes lĂ  oĂč il n’y en a pas”, estime un autre responsable public. SÉJOURNÉ ET VÁRHELYI AUSSI Dan JĂžrgensen et Teresa Ribera ne sont pas les seuls Ă  ĂȘtre dans ce cas. Par exemple, des tensions sont apparues entre le vice-prĂ©sident exĂ©cutif Ă  la StratĂ©gie industrielle, StĂ©phane SĂ©journĂ©, et le commissaire Ă  la SantĂ©, OlivĂ©r VĂĄrhelyi, notamment au sujet de la loi sur les biotechnologies. Le Hongrois s’oppose depuis longtemps aux dispositions du texte qui ne concernent pas la santĂ©, et les insiders disent que sa rĂ©sistance n’a fait que se durcir Ă  mesure que le Français met en avant une stratĂ©gie industrielle plus large. Deux responsables publics pointent aussi que le comportement d’OlivĂ©r VĂĄrhelyi est parfois interprĂ©tĂ© comme une provocation : il laisse la sonnerie de son tĂ©lĂ©phone allumĂ©e ou s’affale sur sa chaise. D’aprĂšs ces mĂȘmes sources, le Hongrois a mĂȘme insistĂ© pour qu’Ursula von der Leyen, et non ses collĂšgues commissaires, soit la seule Ă  pouvoir le remplacer lors d’évĂ©nements. Ni StĂ©phane SĂ©journĂ© ni OlivĂ©r VĂĄrhelyi n’ont rĂ©pondu aux demandes de commentaires. Le premier ne sera pas prĂ©sent au sĂ©minaire, car il participe Ă  des discussions ministĂ©rielles Ă  Washington sur les matiĂšres premiĂšres critiques, mais il soumettra des contributions Ă©crites, prĂ©cise son Ă©quipe. Le second n’a pas confirmĂ© s’il participait Ă  la rĂ©union du 4 fĂ©vrier. Les responsables de la Commission affirment que les frictions entre les vice-prĂ©sidents exĂ©cutifs et les autres commissaires sont presque intĂ©grĂ©es dans le systĂšme. Les premiers doivent coordonner et superviser le travail des seconds, alors qu’en vertu de la lĂ©gislation europĂ©enne, tous les commissaires sont censĂ©s ĂȘtre Ă©gaux. Cette ambiguĂŻtĂ©, selon un responsable public, est parfois gĂ©rable, mais n’aide pas lorsque les esprits s’échauffent. Ursula von der Leyen n’a pas rĂ©pondu aux demandes de commentaires. La rĂ©union du 4 fĂ©vrier prĂ©cĂšde une autre entre les dirigeants de l’UE sur la compĂ©titivitĂ© prĂ©vue le 12. Cet article a d’abord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais, puis a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en français par Jean-Christophe Catalon.
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SONDAGE EXCLUSIF : à Paris, Grégoire en hausse, Dati stagne, Knafo qualifiée
Son entrĂ©e tonitruante dans la campagne a dĂ©jĂ  produit des effets : Sarah Knafo atteint pour la premiĂšre fois la barre des 10% d’intentions de vote aux municipales de mars Ă  Paris (soit le seuil de qualification pour le second tour), dans un sondage* rĂ©alisĂ© par l’institut Cluster 17 que POLITICO publie en exclusivitĂ©. Le score de la candidate de ReconquĂȘte ouvre la voie Ă  une possible quinquangulaire, avec le maintien de cinq candidats. “Sarah Knafo rĂ©cupĂšre un tiers des Ă©lecteurs qui ont votĂ© Rassemblement national aux europĂ©ennes et un quart de ceux qui ont votĂ© Les RĂ©publicains”, constate Jean-Yves Dormagen, prĂ©sident de Cluster 17. La candidate de ReconquĂȘte progresse de quatre points par rapport Ă  la derniĂšre Ă©tude de l’institut au mois de novembre, oĂč elle ne s’était pas encore lancĂ©e dans la bataille. Cette dynamique se fait au dĂ©triment du candidat du RN, Thierry Mariani, qui perd deux points d’intentions de vote (il chute Ă  4%) mais aussi de Rachida Dati. La ministre de la Culture, pourtant en campagne active, recule d’un point (26%) par rapport Ă  novembre. “Dati n’est pas sur une bonne dynamique de campagne, elle est prise en tenaille”, ajoute Dormagen. L’analyse des intentions de vote en fonction de l’appartenance Ă  des “clusters” types que rĂ©alise l’institut de sondages montre que Dati est “concurrencĂ©e sĂ©vĂšrement sur plusieurs espaces”, selon Dormagen. A sa droite, Sarah Knafo capte une partie de l’électorat Ă©tiquetĂ© “conservateur” par Cluster 17. A sa gauche, Pierre-Yves Bournazel, le reprĂ©sentant d’Horizons, sĂ©duit une partie importante des Ă©lecteurs “centristes” et “libĂ©raux”. Ce proche d’Edouard Philippe, soutenu par Renaissance, se maintient Ă  14% d’intentions de vote. “Pour Dati, il est quasiment impossible de gagner en cas de maintien [Ă  la fois] d’une liste plus Ă  droite et d’une liste plus au centre”, estime le sondeur. “Il faudra qu’on rassemble tout le monde”, a admis la ministre de la Culture sur RTL, dimanche, adoptant un ton plus mesurĂ© Ă  l’égard de Bournazel qu’elle n’avait pas mĂ©nagĂ© jusqu’à prĂ©sent. LES ECOLOGISTES FONT GRIMPER GRÉGOIRE En face, Emmanuel GrĂ©goire marque des points avec le ralliement de l’écologiste David Belliard et du communiste Ian Brossat, mi-dĂ©cembre : le socialiste fait la course en tĂȘte et gagne trois points (33%) par rapport Ă  novembre, tandis que Sophia Chikirou (La France insoumise) en perd deux (12%), mais reste en situation de se maintenir. A noter que le dĂ©putĂ© de Paris sĂ©duit 27% des Ă©lecteurs de l’Insoumise Manon Aubry lors des europĂ©ennes de 2024. “Comme l’avait fait Anne Hidalgo, GrĂ©goire est en train de prendre l’électorat ‘multiculturaliste‘ (63% des intentions de vote), un groupe dĂ©cisif Ă  Paris ; c’est un vrai problĂšme pour Sophia Chikirou”, remarque Jean-Yves Dormagen — cette catĂ©gorie d’électorat, surreprĂ©sentĂ©e dans les grandes villes, est notamment sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, selon la typologie de l’institut. Il y voit une consĂ©quence de l’alliance passĂ©e avec le candidat Vert : “Cette gauche a beaucoup de sympathie pour les Ă©colos et accorde une prime Ă  l’union.” (*) Sondage rĂ©alisĂ© par Cluster 17 pour POLITICO entre le 28 et le 31 janvier 2026 sur un Ă©chantillon de 1201 Français dont 1104 inscrits sur les listes Ă©lectorales Ă  Paris, et reprĂ©sentatifs de la population parisienne, par Ăąge, genre, catĂ©gorie socioprofessionnelle, arrondissements d’habitation et votes antĂ©rieurs (PrĂ©sidentielle 2022, EuropĂ©ennes 2024 et Municipales 2020). La marge d’erreur pour 1104 personnes est comprise entre 1,5 et 2,8 points.
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TotalEnergies relance son projet gazier de 20 milliards de dollars au Mozambique
Le gĂ©ant français de l’énergie TotalEnergies a annoncĂ© jeudi qu’il redĂ©marrait son projet controversĂ© d’exploitation de gaz naturel au Mozambique. Le projet avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en 2021 aprĂšs une attaque djihadiste Ă  proximitĂ©, qui a conduit la major a ĂȘtre poursuivie pour homicide involontaire en novembre. “Je suis heureux d’annoncer le redĂ©marrage complet du projet Mozambique LNG (
) Le cas de force majeure est levĂ©â€, a dĂ©clarĂ© Patrick PouyannĂ©, PDG de TotalEnergies, lors d’une cĂ©rĂ©monie Ă  laquelle assistait le prĂ©sident mozambicain Daniel Chapo. Le projet, prĂ©sentĂ© comme la plus grande exploitation de gaz naturel liquĂ©fiĂ© d’Afrique, a Ă©tĂ© suspendu en 2021 Ă  la suite d’une attaque meurtriĂšre de rebelles liĂ©s Ă  l’Etat islamique. Une enquĂȘte menĂ©e par POLITICO en 2024 a rĂ©vĂ©lĂ© que des soldats mozambicains Ă©tablis sur la concession de TotalEnergies, juste au sud de la frontiĂšre tanzanienne, ont ensuite brutalisĂ©, affamĂ©, Ă©touffĂ©, exĂ©cutĂ© ou fait disparaĂźtre environ 200 hommes dans sa guĂ©rite entre juin et septembre 2021. En dĂ©cembre 2025, les gouvernements britannique et nĂ©erlandais ont retirĂ© leur soutien au projet, Ă  hauteur de 2,2 milliards de dollars, les NĂ©erlandais publiant un rapport qui corrobore de nombreux Ă©lĂ©ments de l’enquĂȘte de POLITICO. TotalEnergies a niĂ© ces allĂ©gations, dĂ©clarant que ses propres “recherches approfondies” n’ont pas permis d’identifier “d’informations ou de preuves qui pourraient corroborer les allĂ©gations d’abus graves et de torture”. Le gouvernement mozambicain a Ă©galement rejetĂ© les accusations de crimes de guerre contre ses forces armĂ©es. Ces rĂ©vĂ©lations ont nĂ©anmoins interrogĂ© plusieurs parlementaires français et dĂ©clenchĂ© des critiques Ă  l’égard des mesures de sĂ©curitĂ© prises par TotalEnergies dans les zones de conflit. Le site du Mozambique est en proie Ă  une insurrection islamiste. “Les entreprises et leurs dirigeants ne sont pas des acteurs neutres lorsqu’ils opĂšrent dans des zones de conflit”, a dĂ©clarĂ© Clara Gonzales, codirectrice du programme sur les entreprises et les droits humains pour l’ECCHR, une association berlinoise d’avocats, spĂ©cialisĂ©e en droit international. “S’ils permettent ou alimentent des crimes, ils peuvent ĂȘtre complices et doivent ĂȘtre tenus pour responsables.” S’exprimant ce jeudi au Mozambique, Patrick PouyannĂ© a dĂ©clarĂ© que l’activitĂ© autour du site allait maintenant s’accĂ©lĂ©rer. “Vous verrez une augmentation massive de l’activitĂ© dans les mois Ă  venir (
) Un premier navire offshore a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© mobilisĂ©â€, s’est-il rĂ©jouit. Selon un communiquĂ© de l’entreprise, la construction a repris sur terre et en mer, avec environ 4 000 travailleurs actuellement mobilisĂ©s. Le projet est achevĂ© Ă  environ 40% et la premiĂšre production de GNL est prĂ©vue pour 2029. Les Amis de la Terre et Reclaim Finance ont dĂ©noncĂ© dans un communiquĂ© “une dĂ©cision irresponsable et dangereuse” et appellent les banques françaises soutenant le projet Ă  retirer leur financement. TotalEnergies dĂ©tient une participation de 26,5% dans le consortium Mozambique LNG. Une relance ouvre la voie Ă  des milliards de dollars d’exportations de gaz. Cet article a d’abord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais et a Ă©tĂ© adaptĂ© en français par Alexandre LĂ©chenet.
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Le SĂ©nat vote l’autorisation de forages pĂ©trogaziers dans les outre-mer
PARIS — Dans la derniĂšre saison de la sĂ©rie danoise Borgen, l’ancienne PremiĂšre ministre Birgitte Nyborg, de retour au gouvernement en tant que ministre des Affaires Ă©trangĂšres, est confrontĂ©e Ă  un dilemme aprĂšs la dĂ©couverte d’une vaste rĂ©serve de pĂ©trole au Groenland. TentĂ©e, un temps, de soutenir un “pĂ©trole vert” made in Danemark, elle finit par convaincre les Groenlandais de garder leurs ambitions climatiques intactes. C’est un exercice similaire auquel s’est essayĂ© aujourd’hui le gouvernement français, en s’opposant Ă  une proposition de loi visant Ă  rĂ©autoriser les forages pĂ©trogaziers dans les territoires ultramarins — sans toutefois parvenir Ă  convaincre les sĂ©nateurs, qui l’ont adoptĂ© d’une large majoritĂ© de 227 voix pour et 105 contre. Presque dix ans aprĂšs la loi Hulot mettant fin Ă  l’exploration d’hydrocarbures, une premiĂšre dans le monde, les Ă©lus de la Chambre haute ont donc votĂ© en faveur d’un texte proposant une dĂ©rogation, portĂ© par le sĂ©nateur macroniste de Guyane, Georges Patient. ESPOIRS EN GUYANE Le plateau des Guyanes, qui s’étend, outre le territoire français, sur le Suriname, le Guyana, une partie du BrĂ©sil, de la Colombie et du Venezuela, voit son activitĂ© pĂ©troliĂšre prospĂ©rer ces derniers temps. L’intervention amĂ©ricaine dans ce dernier pays est d’ailleurs en partie liĂ©e aux enjeux Ă©nergĂ©tiques. De nombreux Guyanais, dont le territoire figure parmi les plus dĂ©favorisĂ©s de France, avec un taux de pauvretĂ© atteignant 53%, regrettent de ne pas profiter de cette manne pĂ©troliĂšre contrairement Ă  leurs voisins. Et tous les parlementaires, quel que soit leur parti, soutiennent une recherche d’hydrocarbures. La ministre des Outre-mer, NaĂŻma Moutchou, soutenait les ambitions guyanaises. Elle jugeait possible une exploitation “avec nos normes environnementales” et appelait Ă  “ne pas tout dĂ©cider depuis Paris”. D’autant que le gouvernement a rĂ©cemment mis en avant la notion de souverainetĂ© Ă©conomique et le besoin de se libĂ©rer des hydrocarbures russes ou amĂ©ricains, plutĂŽt que la question climatique, pour justifier la dĂ©carbonation du pays. Un ressort sur lequel joue Georges Patient, en appelant Ă  la production de pĂ©trole made in France. “ECOCOLONIALISME” Pour le sĂ©nateur, la France fait preuve d’hypocrisie en refusant d’exploiter des ressources nationales tout en achetant du pĂ©trole au Guyana. Il a aussi mis en avant les promesses de dĂ©veloppement non tenues pour les outre-mer : “Comment refuser que ces territoires utilisent leurs ressources naturelles comme moteur de leur dĂ©veloppement Ă©conomique ? L’Etat a-t-il un plan B ?” a-t-il interrogĂ© Ă  la tribune. “Le ministĂšre de la Transition Ă©cologique voit la Guyane comme un sanctuaire figĂ© Ă  maintenir sous cloche Ă  tout prix, et ce prix, ce sont les Guyanais qui le paient”, a-t-il accusĂ©, Ă©voquant un â€œĂ©cocolonialisme”. Mais c’est finalement le respect des obligations climatiques de la France qui l’a emportĂ©. Monique Barbut, la ministre de la Transition Ă©cologique, s’est fortement opposĂ©e au texte, au nom de la protection des Ă©cosystĂšmes et de la lutte contre le dĂ©rĂšglement climatique, l’exploitation de nouveaux champs pĂ©troliers n’étant pas compatible avec l’Accord de Paris sur le climat. “Cette proposition de loi n’offre pas un avenir Ă  la Guyane, elle offre des illusions Ă  court terme et des risques bien rĂ©els pour sa biodiversitĂ© et son dĂ©veloppement Ă©conomique”, a estimĂ© la ministre dans une dĂ©claration transmise par son cabinet mercredi 28 janvier. “Ce serait engager des coĂ»ts importants, pour des rĂ©sultats trĂšs incertains, au prix de risques environnementaux majeurs”, et tout cela pour une exploitation qui, au mieux, “ne pourrait voir le jour avant vingt ans”, a dĂ©veloppĂ© le ministre de l’Economie, Roland Lescure, Ă  la tribune. Il a prĂ©fĂ©rĂ© mettre en avant les emplois que pourraient crĂ©er les Ă©nergies renouvelables. UN PÉTROLE TROP CHER À FORER Ce texte cible essentiellement la Guyane, les autres territoires ultramarins français n’affichant qu’un potentiel limitĂ© en matiĂšre d’hydrocarbures. Et, bien que l’existence de ressources pĂ©troliĂšres dans le territoire sud-amĂ©ricain soit Ă©tablie, la possibilitĂ© d’exploiter un gisement reste incertaine. La gĂ©ologie y est diffĂ©rente du Suriname et du Guyana voisins. AprĂšs avoir menĂ© plusieurs forages infructueux dans les annĂ©es 2010, le groupe TotalEnergies a jetĂ© l’éponge. De quoi faire dire Ă  son PDG, Patrick PouyannĂ©, qu’“il n’y a pas d’hydrocarbures en France”. Il n’est “pas acquis qu’une entreprise pĂ©troliĂšre sollicite la dĂ©livrance d’un permis pour explorer les eaux guyanaises”, Ă©value le rapporteur du texte dans son compte-rendu. Ce, “en raison du coĂ»t Ă©levĂ© d’une exploration dans cette zone — dĂ» Ă  la profondeur — et des risques Ă©conomiques qu’une telle campagne suppose dans un contexte de prix du baril bas”. Pour les partisans du texte, si aucun gisement viable n’a Ă©tĂ© trouvĂ©, c’est par manque de recherche. L’adoption dĂ©finitive de la proposition de loi est encore loin d’ĂȘtre acquise. Il faudrait pour cela que le texte soit inscrit Ă  l’ordre du jour et recueille une majoritĂ© des votes Ă  l’AssemblĂ©e nationale, qui est plus attachĂ©e Ă  la loi Hulot que le SĂ©nat. Georges Patient mise sur les deux dĂ©putĂ©s de Guyane pour prendre le relais.
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L’UE compte rĂ©duire sa dĂ©pendance au gaz amĂ©ricain aprĂšs les menaces de Trump sur le Groenland
BRUXELLES — L’Union europĂ©enne va intensifier ses efforts pour diversifier ses approvisionnements en gaz naturel liquĂ©fiĂ© (GNL) et se tourner vers d’autres fournisseurs que les Etats-Unis, Ă  la suite des menaces de Donald Trump sur le Groenland, a dĂ©clarĂ© mercredi le commissaire europĂ©en Ă  l’Energie, Dan JĂžrgensen. Les Ă©vĂ©nements de la semaine derniĂšre ont Ă©tĂ© un “signal d’alarme clair”, a estimĂ© le Danois, pour qui l’instabilitĂ© gĂ©opolitique croissante — de la guerre en Ukraine aux tensions grandissantes avec Washington — implique que l’UE ne peut plus partir du principe que son approvisionnement Ă©nergĂ©tique est immunisĂ© contre les crises. “Nous vivons une pĂ©riode trĂšs agitĂ©e”, a exposĂ© Dan JĂžrgensen devant les journalistes lors d’un briefing Ă  Bruxelles. “Ce qui a rendu la situation plus grave et plus complexe, c’est la relation tendue avec les Etats-Unis et le fait que nous avons un prĂ©sident amĂ©ricain qui n’exclut pas de recourir Ă  la force contre le Groenland”, a-t-il poursuivi. Les Etats-Unis fournissent dĂ©jĂ  plus d’un quart du gaz de l’UE, contre seulement 5% il y a cinq ans, et cette dĂ©pendance devrait encore s’accroĂźtre avec l’entrĂ©e en vigueur de l’interdiction totale du gaz russe. Mais, Dan JĂžrgensen a indiquĂ© que la Commission recherchait activement d’autres fournisseurs que les Etats-Unis et qu’elle prĂ©voyait de renforcer les approvisionnements venant d’autres pays dans les mois Ă  venir, notamment le Canada, le Qatar et l’AlgĂ©rie. “Le Canada, bien sĂ»r, le Qatar, les pays d’Afrique du Nord”, a-t-il Ă©numĂ©rĂ©, ajoutant que Bruxelles s’efforçait Ă©galement de garantir des sources non russes de combustible nuclĂ©aire pour les Etats membres qui dĂ©pendent encore de Moscou. LES ETATS-UNIS RESTENT “ESSENTIELS” POUR SE PASSER DU GAZ RUSSE Tout en soulignant que Bruxelles ne souhaitait pas une guerre commerciale avec Washington, Dan JĂžrgensen a reconnu que l’UE s’inquiĂ©tait de plus en plus du risque de “remplacer une dĂ©pendance par une autre” aprĂšs avoir rapidement abandonnĂ© le gaz russe au profit du GNL amĂ©ricain Ă  la suite de l’invasion de l’Ukraine par Moscou. “Nous n’avons jamais eu pour politique de rĂ©duire nos Ă©changes avec les Etats-Unis et nous ne voulons pas de conflits commerciaux”, a-t-il assurĂ©. “Mais il est Ă©galement Ă©vident que les bouleversements gĂ©opolitiques [
] ont Ă©tĂ© un signal d’alarme. Nous devons ĂȘtre capables de prendre soin de nous-mĂȘmes.” Le commissaire a indiquĂ© qu’il n’avait pas encore parlĂ© avec son homologue amĂ©ricain depuis les sorties de Donald Trump sur le Groenland, et que l’UE n’avait pas fixĂ© de seuil formel Ă  partir de laquelle la quantitĂ© de GNL amĂ©ricain importĂ©e serait considĂ©rĂ©e comme trop importante. Pour l’instant, le gaz amĂ©ricain reste “essentiel” pour remplacer celui provenant de Russie, a-t-il soulignĂ©. Cet article a d’abord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais, puis a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en français par Jean-Christophe Catalon.
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Les bĂątiments publics britanniques vont-ils continuer Ă  se chauffer avec le gaz de TotalEnergies ?
LONDRES — Le gouvernement britannique de Keir Starmer a une dĂ©cision Ă  prendre : faut-il ou non continuer Ă  chauffer une grande partie des bĂątiments publics britanniques via TotalEnergies, qui continue Ă  opĂ©rer en Russie. Dans le cadre d’un contrat existant avec le secteur public, TotalEnergies Gas & Power, filiale du groupe pĂ©trogazier français, fournit le gaz utilisĂ© pour chauffer la rĂ©sidence du Premier ministre, le ministĂšre des Finances et d’autres bĂątiments accueillant le gouvernement britannique. Ce contrat, d’une valeur de 8 milliards de livres sterling (9,2 milliards d’euros), expire au dĂ©but de l’annĂ©e prochaine. Les autoritĂ©s prĂ©parent un appel d’offres public pour son remplacement, qui sera attribuĂ© dans le courant de l’annĂ©e et portera sur la pĂ©riode de 2027 Ă  2030. Mais TotalEnergies reste liĂ© au commerce des combustibles fossiles avec la Russie de Vladimir Poutine. Aujourd’hui, des militants et des parlementaires pro-ukrainiens — dont le prĂ©sident travailliste du groupe parlementaire informel et transpartisan sur l’Ukraine — veulent que les ministres empĂȘchent sa filiale de remporter le nouveau contrat. Dans une lettre adressĂ©e Ă  Nick Thomas-Symonds, le ministre qui supervise l’organisme chargĂ© des marchĂ©s publics, le Service commercial de la Couronne, ils avertissent que “la poursuite d’un contrat avec des entreprises impliquĂ©es dans le secteur Ă©nergĂ©tique russe est incompatible” avec l’objectif maintes fois annoncĂ© par le Royaume-Uni de saper les revenus tirĂ©s des combustibles fossiles de la Russie, qui sont utilisĂ©s pour financer sa guerre contre l’Ukraine. “Compte tenu de l’escalade des attaques hybrides russes contre le Royaume-Uni et des attaques brutales en cours en Ukraine, les marchĂ©s publics doivent s’aligner non seulement sur les sanctions, mais aussi sur la politique Ă©trangĂšre du gouvernement, y compris les efforts visant Ă  dissuader et Ă  perturber l’agression russe”, Ă©crivent-ils. La lettre, coordonnĂ©e par les groupes de campagne Razom We Stand et B4 Ukraine, est cosignĂ©e par le dĂ©putĂ© travailliste Alex Sobel, qui prĂ©side le groupe parlementaire informel sur l’Ukraine, ainsi que par des dĂ©putĂ©es Ă©cologistes Carla Denyer et SiĂąn Berry, toutes deux anciennes codirectrices du parti. Alex Sobel, qui s’est rendu sept fois en Ukraine depuis l’invasion totale, a appelĂ© le mois dernier Ă  “exercer une pression maximale sur la Russie”. DANS LE FROID Svitlana Romanko, directrice exĂ©cutive de Razom We Stand, a rappelĂ© que “les attaques brutales de la Russie contre les systĂšmes Ă©nergĂ©tiques” ukrainiens avaient mis hors service “les systĂšmes d’énergie et de chauffage dans toute l’Ukraine par une tempĂ©rature de -20°C”. “Nous implorons le gouvernement britannique de mettre fin Ă  son contrat avec TotalEnergies”, a-t-elle dĂ©clarĂ©. Dans le cadre du contrat actuel, les bĂątiments publics de Whitehall et d’autres bĂątiments du secteur public au Royaume-Uni, y compris les hĂŽpitaux du NHS, sont approvisionnĂ©s en gaz pour le chauffage et la cuisine par TotalEnergies Gas & Power. Bien que le contrat lui-mĂȘme soit conforme Ă  l’interdiction des importations de gaz russe imposĂ©e par le Royaume-Uni, il a Ă©tĂ© condamnĂ© par des ONG soutenant l’Ukraine et des dĂ©putĂ©s travaillistes en raison de l’approvisionnement continu de TotalEnergies en combustibles fossiles russes. L’entreprise dĂ©tient une participation de 20% dans l’installation de gaz naturel liquĂ©fiĂ© Yamal en SibĂ©rie, d’oĂč elle continue d’importer du gaz russe vers l’Europe dans le cadre de contrats Ă  long terme qu’elle affirme ne pas pouvoir rompre. Un porte-parole de TotalEnergies a dĂ©clarĂ© que la sociĂ©tĂ© “condamnait l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine [et qu’elle] opĂ©rait lĂ©galement dans le cadre de la politique Ă©nergĂ©tique et de sanctions dĂ©finie par les autoritĂ©s de l’Union europĂ©enne et de ses Etats membres”. TotalEnergies est le fournisseur de gaz privilĂ©giĂ© du secteur public britannique depuis 2019, dans le cadre des deux contrats d’approvisionnement successifs passĂ©s avec le Service commercial de la Couronne. Le nouveau contrat — connu sous le nom de Supply of Energy 3 — est en cours de prĂ©paration. Un avis d’appel d’offres devrait ĂȘtre publiĂ© en juin et le contrat attribuĂ© en dĂ©cembre. Un porte-parole du bureau du Cabinet a refusĂ© de commenter une procĂ©dure de passation de marchĂ© en cours. Cet article a d’abord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais et a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en français par Alexandre LĂ©chenet.
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Un pĂ©trolier suspectĂ© d’appartenir Ă  la flotte fantĂŽme russe arraisonnĂ©
PARIS — La marine française a arraisonnĂ© jeudi au large de la MĂ©diterranĂ©e un navire qu’elle soupçonne d’appartenir Ă  la flotte fantĂŽme russe qui dĂ©fie l’embargo europĂ©en sur le pĂ©trole et le gaz russes. “La Marine nationale a arraisonnĂ© ce matin un navire pĂ©trolier en provenance de Russie, sous sanctions internationales et suspectĂ© d’arborer un faux pavillon”, a Ă©crit le prĂ©sident Emmanuel Macron sur X. PrĂ©cĂ©demment, en octobre dernier, les forces françaises ont arrĂȘtĂ© deux membres d’équipage d’un pĂ©trolier soupçonnĂ© d’appartenir Ă  la flotte fantĂŽme au large de la cĂŽte atlantique. Depuis 2022, des centaines de navires russes naviguent dans les eaux internationales, en violation des sanctions internationales, pour vendre du pĂ©trole afin de financer la guerre contre l’Ukraine ou pour transporter du matĂ©riel militaire. Ils arborent gĂ©nĂ©ralement des pavillons trompeurs et leurs transpondeurs sont Ă©teints pour Ă©viter d’ĂȘtre dĂ©tectĂ©s. Plus de 600 d’entre eux font actuellement l’objet d’une sanction de la part de l’UE. Le navire interceptĂ©, le Grinch, venait du port de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie, a indiquĂ© la prĂ©fecture maritime de la MĂ©diterrannĂ©e dans un communiquĂ©. Il a Ă©tĂ© arraisonnĂ© lors d’une opĂ©ration conjointe avec le Royaume-Uni prĂšs du dĂ©troit de Gibraltar. “L’opĂ©ration a Ă©tĂ© menĂ©e en haute mer, en MĂ©diterranĂ©e, avec le soutien de plusieurs de nos alliĂ©s. Elle a Ă©tĂ© menĂ©e dans le strict respect de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer”, a ajoutĂ© Emmanuel Macron, prĂ©cisant qu’une enquĂȘte judiciaire a Ă©tĂ© ouverte. Cet article a d’abord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais et a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en français par Alexandre LĂ©chenet.
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Budget : dans la fabrique du 49.3, entre ajouts de “derniùre minute” et risque de bourdes
PARIS — “Le 49.3 est un chemin assez pĂ©rilleux”, remarquait AmĂ©lie de Montchalin lundi matin, quelques heures avant que SĂ©bastien Lecornu ne se dĂ©cide Ă  l’enclencher. Au delĂ -du risque de censure, la ministre des Comptes publics n’est pas sans savoir qu’avant d’accoucher de la copie finale du projet de loi de finances, un vrai ballet politico-technique a lieu en coulisses. Et il n’est pas sans risque. Avant que le Premier ministre engage sa responsabilitĂ© Ă  la tribune de l’AssemblĂ©e nationale mardi aprĂšs-midi, ses services auront travaillĂ© d’arrache-pied en tandem avec Bercy pour rĂ©diger les documents recensant l’intĂ©gralitĂ© des amendements retenus dans la version finale du budget. D’abord un tableau sur la partie consacrĂ©e aux recettes, puis un autre, en fin de semaine, sur la partie dĂ©penses. GrĂące Ă  l’alinĂ©a 3 de l’article 49 – le fameux outil constitutionnel qu’il avait promis de ne pas utiliser – l’exĂ©cutif aura la libertĂ© de choisir ou d’écarter les amendements de son choix, quel qu’ait Ă©tĂ© leur sort dans l’hĂ©micycle. Dans un cadre toutefois contraint, SĂ©bastien Lecornu s’étant Ă  nouveau engagĂ© Ă  ce que l’objectif de 5% de dĂ©ficit soit tenu Ă  la fin. “Les tableaux vont ĂȘtre dĂ©voilĂ©s au fur et Ă  mesure dans la semaine”, a indiquĂ© le Premier ministre. Un exercice compliquĂ©, rĂ©alisĂ© par une palanquĂ©e de hauts fonctionnaires chargĂ©s de rendre, en quelques heures, de nombreux arbitrages, dictĂ©s par des considĂ©rations politiques et des impĂ©ratifs techniques pas toujours conciliables.  TRI SÉLECTIF SOUS HAUTE PRESSION En pratique, ce document, qui n’est ni plus ni moins qu’un tableau Excel rempli de numĂ©ros (comme dans cet exemple), doit ĂȘtre ficelĂ© et transmis Ă  l’AssemblĂ©e avant que le chef du gouvernement ne monte Ă  la tribune du Palais-Bourbon. Avant cela, les Ă©quipes de la Direction du budget (DB) et de la Direction de la lĂ©gislation fiscale (DLF), en tandem avec le cabinet d’AmĂ©lie de Montchalin et les conseillers de Matignon, devront intĂ©grer ligne Ă  ligne des dizaines voire des centaines d’amendements, et parfois en rĂ©diger de nouveaux. Ce travail prĂ©paratoire a dĂ©jĂ  dĂ©marrĂ© Ă  Bercy, avant mĂȘme que le gouvernement tranche entre les ordonnances et le 49.3. Ces derniers jours, le cabinet de la ministre des Comptes publics a consignĂ© dans les futurs tableaux les avancĂ©es et les compromis Ă©bauchĂ©s lors des plusieurs rĂ©unions de nĂ©gociations avec les dĂ©putĂ©s. Les conseillers ministĂ©riels chargĂ©s de la nĂ©gociation avec les groupes politiques sont Ă©paulĂ©s par les hauts fonctionnaires de la DB, en particulier du bureau de la synthĂšse budgĂ©taire et du bureau lois de finances. Pour les mesures fiscales, la DLF est Ă  la manƓuvre. A Matignon, les chefs des pĂŽles comptes publics et entreprises de Matignon supervisent ce travail de fourmi et affinent le document, en lien avec le pĂŽle parlementaire. Dans ce ping-pong infernal, le tableau passe de main en main, et celui qui en a le contrĂŽle reçoit alors un torrent de sollicitations pour ajouter ou retirer une disposition. “On recevait Ă  peu prĂšs un mail toutes les dix secondes”, se souvient un agent de Bercy impliquĂ© dans la construction du tableau lors du budget 2024, sous Elisabeth Borne.  “C’est un Ă©norme travail parce qu’il y a tout un texte oĂč il faut passer des modifications dans tous les sens”, raconte un autre artisan du budget Ă  cette Ă©poque. A ce tri s’ajoute un travail d’écriture, puisque les ajouts des parlementaires, parfois bancals, nĂ©cessitent souvent d’ĂȘtre rectifiĂ©s Ă  la derniĂšre minute. Car, outre les aspects techniques, l’élaboration du tableau doit intĂ©grer des considĂ©rations politiques. Question de signal, l’exĂ©cutif donne “des victoires” aux diffĂ©rents groupes politiques en reprenant leurs amendements. “Il faut signifier que vous faites plaisir, par exemple Ă  tel gars de chez LR ou que vous faites un geste envers Liot,  tout ça nĂ©cessite Ă©normĂ©ment de coordination”, se remĂ©more un autre ancien artisan du budget. Ce qui n’est pas sans engendrer des tensions entre les conseillers techniques et les conseillers politiques. Sans oublier que chaque disposition, qu’elle engendre un coĂ»t ou gĂ©nĂšre une recette supplĂ©mentaire, fait mĂ©caniquement bouger les compteurs, et requiert donc des ajustements du solde budgĂ©taire pour Ă©viter toute insincĂ©ritĂ© des comptes. GARE AUX BOURDES  Le processus est jugĂ© particuliĂšrement accidentogĂšne par de nombreux acteurs de la procĂ©dure. “C’est un truc un peu bordĂ©lique de derniĂšre minute”, rĂ©sume un haut fonctionnaire. A Bercy, tout le monde garde un souvenir amer de la prĂ©paration chaotique du 49.3 dĂ©clenchĂ© par Elisabeth Borne sur le budget 2024. Si bien qu’à son issue Laurent Martel et MĂ©lanie Joder, respectivement Ă  la tĂȘte de la DLF et de la DB, avaient co-signĂ© fin 2023, une note aux ministres visant Ă  “alerter sur les conditions d’élaboration” et les “multiples dĂ©faillances”, qui avaient entachĂ© “la procĂ©dure interministĂ©rielle”.  A l’époque, travaillant dans l’urgence, les conseillers avaient laissĂ© passer des erreurs ayant conduit Ă  l’adoption de quelques mesures dont le gouvernement ne voulait pourtant pas.  Par exemple, la suppression d’une niche fiscale pour les locations meublĂ©es de type Airbnb, alors que le gouvernement souhaitait simplement la rĂ©duire, avait engendrĂ© un mini psychodrame. Le Conseil d’Etat avait dĂ» ensuite se pencher sur le sujet et une plainte avait mĂȘme Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e par une dĂ©putĂ©e Ă©cologiste contre Bercy. Un autre plantage, dont le gouvernement n’a jamais fait Ă©tat, avait particuliĂšrement fait suer le gouvernement. S’emmĂȘlant les pinceaux, Matignon et Bercy avaient omis de faire disparaĂźtre un amendement sĂ©natorial auquel il Ă©tait farouchement opposĂ©. Celui-ci permettait d’allouer une partie du produit de la taxe sur les infrastructures de transport longue distance, créée cette annĂ©e-lĂ  budget 2024. Une erreur Ă  100 millions d’euros qui n’a jamais Ă©tĂ© gommĂ©e.
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Nos 12 Cesar de l’annĂ©e politique 2025
AprĂšs une trĂšs jolie promotion 2024, la rĂ©daction de POLITICO à Paris a dressĂ© son palmarĂšs des grands moments de l’annĂ©e qui vient de s’écouler. Voici, sans plus tarder, nos Cesar politiques 2025 — un cru qui fut, comme le prĂ©cĂ©dent, épatant à bien des Ă©gards.  1. PRIX SPÉCIAL DU JURY, CATÉGORIE MEILLEUR PLOT TWIST : LE HARA-KIRI DE FRANÇOIS BAYROU Il nous a pris de cours, le Premier ministre, ce 25 aoĂ»t. Alors que les uns et les autres rentraient tranquillement d’une pause estivale bien mĂ©ritĂ©e, le BĂ©arnais convoquait subitement les journalistes pour une confĂ©rence de presse. François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire Ă  l’AssemblĂ©e nationale
 et son intention de se soumettre Ă  un vote de confiance des dĂ©putĂ©s deux semaines plus tard, le 8 septembre. La raison : aprĂšs la prĂ©sentation des grandes lignes de son plan budgĂ©taire (un “effort” de 40 milliards d’euros, tout de mĂȘme), le 15 juillet, et alors qu’une journĂ©e “Bloquons toutâ€Â Ă©tait annoncĂ©e le 10 septembre, Bayrou estimait ses chances de survie trop faibles. Il fit le choix du “panache”, dans les mots de l’un de ses proches, en obligeant les parlementaires Ă  dire si, oui ou non, ils Ă©taient favorables Ă  ce que le maire de Pau aide la France Ă  reprendre son destin en main, en tout cas dans sa conception des choses. Las, il n’y eu pas l’ombre d’un dĂ©but de suspense, tant la rĂ©ponse de Marine Le Pen fut rapide. Le jour mĂȘme, la prĂ©sidente du groupe RN tweetait : “Nous voterons Ă©videmment contre la confiance au gouvernement de François Bayrou.” L’affaire Ă©tait donc pliĂ©e. Les quelques jours d’omniprĂ©sence mĂ©diatique du Premier ministre qui suivirent n’eurent aucun effet sur le vote. Ainsi se termina, sous nos yeux Ă©bahis, le mandat de François Bayrou Ă  Matignon. On avait aussi pensĂ© Ă  : la nomination-dĂ©nomination-renomination des gouvernements Lecornu I et II, ou au tweet fatidique de Bruno Retailleau (dans la mĂȘme semaine). 2. MEILLEUR SCÉNARIO : LE BUDGET 2026 La critique est unanime : l’examen des textes budgĂ©taires pour 2026 a encore repoussĂ© un peu plus le champ des possibles de la politique française. Seule vraie obsession de François Bayrou, dĂšs le printemps, puis de SĂ©bastien Lecornu à la rentrĂ©e, ce moment dĂ©cisif aura donnĂ© du fil Ă  retordre aux lĂ©gislateurs comme aux observateurs dont nous sommes. Le gouvernement a eu beau renoncer à l’article 49-3 de la Constitution, et donc faire miroiter un vote aux dĂ©putĂ©s, voilĂ  une idĂ©e neuve
 qui n’aura pas suffi. Qui aurait pu prĂ©dire que le gouvernement et les parlementaires finissent ainsi l’annĂ©e, le sĂ©ant entre deux chaises ? D’un cĂŽtĂ©, la loi de financement de la SĂ©curitĂ© sociale a Ă©té ficelĂ©e et adoptĂ©e, le 16 dĂ©cembre, grĂące notamment à une mise sur pause de la rĂ©forme des retraites pour plaire Ă  la gauche — forçant les bancs macronistes à manger leur chapeau. De l’autre, le projet de loi de finances, qui donne les moyens Ă  l’Etat et aux collectivitĂ©s de fonctionner, a échoué sur la ligne d’arrivĂ©e, trois jours plus tard, faute d’un “en mĂȘme temps” convaincant sur les deniers publics, pourtant spĂ©cialité revendiquĂ©e du pouvoir en place. Avant la probable relance des dĂ©bats dĂ©but janvier, un budget de poche (la loi spĂ©ciale), va permettre au pays de marchoter au 1er janvier. Le marathon budgĂ©taire n’aura donc jamais étĂ© aussi long et tortueux. Vous n’en pouvez plus ? Vivement le budget 2027 !  François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire Ă  l’AssemblĂ©e nationale
 et son intention de se soumettre Ă  un vote de confiance des dĂ©putĂ©s deux semaines plus tard, le 8 septembre. | Photo pool par Ian Langsdon/EPA On avait aussi pensĂ© à : Richard Ferrand. Le 19 fĂ©vrier, l’ancien prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale fut propulsĂ© Ă  la tĂȘte du Conseil constitutionnel, sur proposition d’Emmanuel Macron. Mais sa dĂ©signation ne se fit qu’à une voix prĂšs au Parlement, les reprĂ©sentants du Rassemblement national n’ayant pas pris part au vote. Au point de faire dire Ă  ses dĂ©tracteurs qu’il doit sa place aux lepĂ©nistes. Ce que le principal intĂ©ressĂ©, qui a multipliĂ© les coups de fil pour mener campagne, dĂ©ment catĂ©goriquement. 3. MEILLEUR PLACEMENT DE PRODUIT : BURGER KING François Bayrou a offert une trĂšs belle pub Ă  la chaĂźne de restauration rapide Burger King, cette annĂ©e, avec son Ă  jamais inimitable “Hmm, Bourguer King“, marmonné à la tribune lors d’un conseil municipal à Pau, alors qu’il Ă©tait encore Premier ministre. A noter que la marque a dĂ©cidĂ©ment la cote avec nos politiques puisque Xavier Bertrand, lui aussi, s’est fendu d’une publication sur ses rĂ©seaux sociaux lors d’un rĂ©cent passage au “BK”. 4. MEILLEUR COSTUME : LA PETITE LAINE DE LECORNU Le chandail vert bouteille de SĂ©bastien Lecornu : le lainage est apparu un samedi aprĂšs-midi de la mi-octobre sur le site de Paris Match, qui suivait le Premier ministre fraĂźchement renommĂ© par Emmanuel Macron “loin du tumulte”, sur le marchĂ© de Vernon, son fief de l’Eure. Ainsi que, ça n’est pas un dĂ©tail, sur les rĂ©seaux sociaux du chef du gouvernement. Laissant dĂ©passer au passage un joli poireau de son cabas — gageons que le Vernonais commençait tout juste ses courses, sans quoi ses repas de la semaine furent pour le moins spartiates —, le Premier ministre travaillait lĂ , Ă  l’évidence, son style antiparisien, modeste et banal, de “moine-soldat”, selon sa propre expression. Abondamment commentĂ©e, l’image est restĂ©e gravĂ©e dans la rĂ©tine des commentateurs. Bonus : Ă  noter que l’amaryllidacĂ©e aurait aussi sa place dans notre catĂ©gorie “meilleure rĂ©vĂ©lation” (voir plus bas), ayant fait une entrĂ©e remarquĂ©e en politique dĂšs janvier, lors de la dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale de François Bayrou. Qui remettait en question Parcoursup (la plateforme d’orientation postbac des lycĂ©ens) en dĂ©clarant : “Les enfants ne sont pas comme les poireaux, ils ne poussent pas tous Ă  la mĂȘme vitesse et vouloir sĂ©lectionner prĂ©cocement, sans qu’aient mĂ»ri l’esprit et les attentes, je pense que c’est une erreur, en tout cas une faiblesse.”  5. MEILLEUR ACTEUR : GÉRALD DARMANIN Le ministre de la Justice s’est illustrĂ© cette annĂ©e dans un rĂŽle oĂč, on ne va pas vous mentir, on ne l’attendait pas : celui du politique qui “ne fait plus de politique”. Tout juste renommé dans le gouvernement Lecornu II, le nordiste a en effet annoncé qu’il se mettait en retrait de ses activitĂ©s partisanes et renonçait à briguer la mairie de Tourcoing — sa mairie, celle qu’il avait ravie à la gauche en 2014 (rassurez-vous, en principe, il devrait tout de mĂȘme figurer sur la liste de Doriane BĂ©cue, qui lui a succĂ©dĂ© en 2020). Il faut dire que SĂ©bastien Lecornu, son ami, tenait Ă  compter dans son gouvernement des ministres entiĂšrement dĂ©diĂ©s à leurs dossiers, et pas tournĂ©s vers 2027. Ahem. Signe de sa bonne foi, GĂ©rald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quitté Renaissance. Fini donc la “politique partisane” pour l’un des ministres les plus politiques de l’ùre Macron, prioritĂ© Ă  sa vie de famille et ses fonctions de garde des Sceaux. Vous ĂȘtes libres, comme nous et nombre de nos sources, de ne pas y croire. Signe de sa bonne foi, GĂ©rald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quittĂ© Renaissance. | Mohammed Badra/EPA On avait aussi pensĂ© Ă  : SĂ©bastien Lecornu, dans le rĂŽle de celui qui “n’est pas candidat Ă  Matignon”. 6. MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE : JORDAN BARDELLA TrĂšs belle performance Ă©galement cette annĂ©e pour Jordan Bardella, avec son interprĂ©tation du “plan B” pour 2027. CondamnĂ©e fin mars Ă  cinq ans d’inĂ©ligibilitĂ© avec exĂ©cution provisoire (entre autres), Marine Le Pen s’est retrouvĂ©e privĂ©e d’une quatriĂšme candidature à la prĂ©sidentielle — sauf si son procĂšs en appel, prĂ©vu du 13 janvier au 12 fĂ©vrier, changeait la donne. Son dauphin a ainsi naturellement été propulsé candidat Ă  sa place, mais pas encore officiellement. Ainsi se prĂ©pare-t-il à l’échĂ©ance, au point que les sondeurs oublient quelques fois de tester Marine Le Pen, qui, c’est promis, en est “ravie”. Le prĂ©sident du RN, dans le mĂȘme temps, tĂąche comme il peut de ne pas donner l’air d’enterrer trop vite la patronne
 se qualifiant rĂ©cemment de “numĂ©ro 1 ou numĂ©ro 1 bis”, ou se retrouvant contraint d‘expliquer pourquoi il ne cite qu’une seule fois Marine Le Pen dans son dernier livre Ce que veulent les Français (Fayard). 7. MEILLEUR COME-BACK : LES SOCIALISTES À L’ASSEMBLÉE Certes, ils auraient voulu obtenir plus en matiĂšre de “justice fiscale”, histoire de moins prĂȘter le flanc aux attaques des Insoumis, notamment. Mais aprĂšs une annĂ©e 2024 qui les avait vus revenir en plus grand nombre Ă  l’AssemblĂ©e (ils sont dĂ©sormais 69), les dĂ©putĂ©s socialistes, reprĂ©sentĂ©s par leur premier secrĂ©taire Olivier Faure, le prĂ©sident du groupe au Palais-Bourbon, Boris Vallaud, et leurs spĂ©cialistes des finances, les mĂ©diatiques JĂ©rĂŽme Guedj ou Philippe Brun, ont Ă©tĂ© au cƓur de toutes les discussions, cette annĂ©e, et d’abord lors des nĂ©gociations budgĂ©taires. Jusqu’à faire dire aux dĂ©tracteurs de SĂ©bastien Lecornu dans son camp que le Premier ministre Ă©tait Ă  ça de faire adopter un “budget de gauche” (diantre). Ce rĂŽle “d’opposition constructive” commence pourtant Ă  leur donner des bouffĂ©es d’angoisse Ă  l’approche des municipales. Parmi leurs plus belles victoires ? Parmi leurs plus belles victoires ? Le “bougĂ©â€ de l’exĂ©cutif sur la rĂ©forme des retraites — une “suspension”, dans leurs mots, quand certains macronistes, dont le premier d’entre eux, comme les Insoumis et les Ecologistes, prĂ©fĂšrent parler d’un simple “dĂ©calage” (la rĂ©forme reprendra de fait son entrĂ©e en application progressive aprĂšs l’élection prĂ©sidentielle, Ă  moins d’une remise Ă  plat des rĂšgles du jeu, comme expliqué ici). Mais aussi :  la hausse de la CSG sur une partie des revenus du capital, le dĂ©gel des minima sociaux (toutefois rĂ©clamĂ© par la quasi totalitĂ© de l’hĂ©micycle). On avait aussi pensĂ© Ă  : Bruno Le Maire, qui fut ministre des ArmĂ©es du 5 au 6 octobre 2025, comme sa fiche WikipĂ©dia en tĂ©moigne dĂ©sormais. Soit Ă  peine 7 ans, 4 mois et 3 jours de moins que la durĂ©e de son mandat comme ministre de l’Economie, qui s’était achevĂ© en septembre 2024. 8. MEILLEUR ACCESSOIRE : LA BONNETTE DE MEDIAPART AprĂšs l’annonce de la condamnation de son mari, Nicolas Sarkozy, en premiĂšre instance, dans l’affaire du financement libyen de la campagne prĂ©sidentielle de 2007, Carla Bruni passe devant les journalistes prĂ©sents au tribunal judiciaire de Paris, puis retire et jette du bout des doigts la bonnette du micro de Mediapart, le mĂ©dia Ă  l’origine de la plupart des rĂ©vĂ©lations de l’affaire, dans un sourire crispĂ©. Un scandale de plus, pour certains. Un geste “iconique”, pour d’autres, quand France Inter allait plutĂŽt recueillir le tĂ©moignage de la pauvre bonnette.  9. MEILLEUR DOCUMENTAIRE : LA NOMINATION DE MICHEL FOURNIER Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-ĂȘtre le petit village de Voivres, dont il Ă©tait maire) dĂ©couvrait Michel Fournier, nommĂ© ministre de la RuralitĂ©. Une surprise, y compris pour le premier concernĂ©, qui a appris sa nomination
 devant sa tĂ©lĂ©, avait-il racontĂ© à nos confrĂšres de BFMTV. Pas de quoi Ă©branler son Ă©pouse qui, selon le rĂ©cit du nĂ©oministre,Â â€œĂ©tait trĂšs intĂ©ressĂ©e, puisqu’elle regardait un film sur une autre tĂ©lĂ©â€ en mĂȘme temps que l’annonce de la composition du gouvernement.  Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-ĂȘtre le petit village de Voivres, dont il Ă©tait maire) dĂ©couvrait Michel Fournier, nommĂ© ministre de la RuralitĂ©. | Teresa Suarez/EPA 10. MEILLEURE RÉVÉLATION : GABRIEL ZUCMAN Gabriel Zucman, vous connaissez ? Cet automne, on n’a parlĂ© que de lui. Le nom de cet économiste prof Ă  Berkeley et Ă  l’ENS, auteur du livre Les milliardaires ne paient pas d’impĂŽts sur le revenu et nous allons y mettre fin (Seuil), était sur toutes les lĂšvres et en particulier celles des socialistes, Ă  l’heure oĂč tous se prĂ©paraient Ă  entrer dans la mĂȘlĂ©e budgĂ©taire. Sa proposition phare ? Instaurer un taux plancher d’imposition de 2% sur les revenus des mĂ©nages dĂ©tenant au moins 100 millions d’euros de patrimoine, vite rebaptisĂ©e taxe Zucman. Las, le PS n’a pas rĂ©ussi Ă  la faire adopter, pas plus que sa contre-proposition d’une version allĂ©gĂ©e. En attendant, l’économiste a engrangĂ© des points de notoriĂ©tĂ©. Jusqu’à faire son entrĂ©e, dĂ©but juillet, dans notre classement des 40 personnalitĂ©s les plus influentes de l’Hexagone ; et se retrouver, dĂ©but dĂ©cembre, parmi les quelques Français qui comptent en Europe dans notre classement P28.  11. MEILLEUR SOUFFLEUR : BRUNO RETAILLEAU L’image paraĂźt dĂ©jĂ  vintage : il fallait le voir, Bruno Retailleau, alors ministre de l’IntĂ©rieur et aux cĂŽtĂ©s de son N+1, François Bayrou, lors de la confĂ©rence de presse du “comitĂ© interministĂ©riel de contrĂŽle de l’immigration”, le 26 fĂ©vrier dernier. La scĂšne du Premier ministre cherchant pĂ©niblement ses mots, ses papiers, puis son verre d’eau, au cĂŽtĂ© de son ministre de l’IntĂ©rieur impassible (ou presque), a fait les dĂ©lices des rĂ©seaux sociaux et des dĂ©tracteurs du patron du MoDem. 12. MEILLEURE ADAPTATION : LE JOURNAL D’UN PRISONNIER Nicolas Sarkozy dans Le Comte de Monte-Cristo : vingt jours d’incarcĂ©ration Ă  la prison de la SantĂ© ; ressenti quatorze ans. Plus de deux siĂšcles aprĂšs Edmond DantĂšs, l’ex-prĂ©sident de la RĂ©publique endosse dans son Journal d’un prisonnier (Fayard) les habits du hĂ©ros d’Alexandre Dumas. Rien ne nous sera épargné : son rĂ©gime alimentaire (il ne s’est nourri que de laitages et de barres de cĂ©rĂ©ales) ; les conditions dans lesquelles il l’a Ă©crit, “au Bic sur une petite table en contreplaquĂ©â€ ; ses conversations avec l’aumĂŽnier de la prison et le rĂŽle de la priĂšre qui lui a donnĂ© “la force de porter la croix de cette injustice”. Bonus : si vous voulez l’entendre de vos oreilles, il y a aussi le passage de Nicolas Sarkozy dans le podcast Legend, avec quelques sĂ©quences dĂ©jà cultes  : “Je me suis senti faible, et je me sens faible Ă  chaque instant, et c’est pour ça que je suis fort. Parce que si vous vous sentez pas faible, vous ĂȘtes pas fort”, y confesse l’ancien prĂ©sident. Et son livre fait un tabac en librairies : l’ancien prĂ©sident se classe deuxiĂšme des ventes derriĂšre AstĂ©rix et ObĂ©lix (eux aussi trĂšs trĂšs forts, mais pour les raisons que vous savez). Elisa Bertholomey, Jason Wiels, Sarah Paillou, Kenza Pacenza,Jean-Christophe Catalon et Pauline de Saint Remy ont notamment contribuĂ© Ă  la rĂ©daction de cet article.
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La Commission réclame des nouveaux pouvoirs pour développer les réseaux électriques européens
Pour planifier l’expansion des rĂ©seaux Ă©lectriques europĂ©ens, la Commission europĂ©enne a propose qu’elle soit dotĂ©e d’un nouveau pouvoir contraignant. Une demande qui intervient alors qu’elle s’efforce de moderniser un rĂ©seau vieillissant pour rĂ©pondre aux exigences croissantes de la transition Ă©nergĂ©tique. Les modifications qu’elle propose sur le rĂšglement sur les rĂ©seaux transeuropĂ©ens pour l’énergie (RTE-E) donnerait Ă  la Commission le pouvoir de planifier des “scĂ©narios centraux” pour Ă©valuer les amĂ©liorations Ă  apporter au rĂ©seau. Cela constituerait un changement radical par rapport au systĂšme de planification actuel, complĂštement dĂ©centralisĂ©. Ces scĂ©narios seraient planifiĂ©s tous les quatre ans par la Commission — et celle-ci pourrait intervenir aux endroits oĂč aucun projet ne serait prĂ©vu. Cette proposition fait partie du paquet sur les rĂ©seaux europĂ©ens, un ensemble lĂ©gislatif prĂ©sentĂ© ce mercredi. L’accroissement de l’électrification, que ça soit pour les transports, les processus industriels ou le chauffage est nĂ©cessaire pour la dĂ©carbonation de l’Europe et le respect de ses engagements climatiques. Mais cette Ă©volution va peser sur les rĂ©seaux Ă©lectriques et la Commission souhaite avoir un rĂ©seau efficace pour supporter la demande, qui pourrait doubler d’ici Ă  2040. “Le paquet sur les rĂ©seaux europĂ©ens est davantage qu’une simple politique publique, a dĂ©clarĂ© mardi Teresa Ribera, vice-prĂ©sidente de la Commission en charge de la transition Ă©cologique. C’est notre engagement pour un avenir inclusif, oĂč chaque coin de l’UE bĂ©nĂ©ficiera de la rĂ©volution Ă©nergĂ©tique : des prix bas, une Ă©nergie dĂ©carbonĂ©e, une dĂ©pendance rĂ©duite vis-Ă -vis des combustiles fossiles importĂ©s, un approvisionnement sĂ©curisĂ© et un matelas contre les chocs des prix.” Outre la planification centralisĂ©e, le paquet lĂ©gislatif propose d’accĂ©lĂ©rer l’octroi de permis pour les rĂ©seaux et autres projets Ă©nergĂ©tiques afin de mettre plus rapidement en place l’infrastructure nĂ©cessaire, notamment en assouplissant les rĂšgles de planification environnementale. Actuellement, la planification et la construction de nouvelles infrastructures de rĂ©seau prennent environ dix ans. Pour ce faire, elle modifierait quatre textes lĂ©gislatifs : le rĂšglement RTE-E, la directive sur les Ă©nergies renouvelables, la directive sur les marchĂ©s de l’énergie et la directive sur le marchĂ© du gaz. Le paquet propose Ă©galement des modĂšles de financement “à frais partagĂ©s” afin que les pays qui bĂ©nĂ©ficient des projets contribuent Ă  leur financement, ainsi que l’accĂ©lĂ©ration d’un certain nombre de projets clĂ©s d’interconnexion Ă©nergĂ©tique Ă  travers l’Europe. Cet article a Ă©tĂ© initialement publiĂ© par POLITICO en anglais et adaptĂ© en français par Alexandre LĂ©chenet.
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