BRUXELLES â Ursula von der Leyen a convoquĂ© ses commissaires europĂ©ens Ă une
rĂ©union pour tenter de dĂ©samorcer les tensions croissantes au sein de lâĂ©quipe
et dâamĂ©liorer leur façon de travailler.
Elle est prévue pour le 4 février à Louvain et est ouverte à tous les membres du
collĂšge des commissaires, bien que la participation ne soit pas obligatoire,
selon un responsable de lâexĂ©cutif europĂ©en impliquĂ© dans son organisation.
LâĂ©vĂ©nement se concentrera sur la compĂ©titivitĂ© et accueillera une invitĂ©e de
marque â la directrice gĂ©nĂ©rale du FMI et ancienne vice-prĂ©sidente de la
Commission, Kristalina Georgieva â, mais seront aussi abordĂ©es âla gĂ©opolitique
dans le contexte actuel et les mĂ©thodes de travail de la Commission europĂ©enneâ,
dĂ©taille Arianna PodestĂ , porte-parole adjointe de lâinstitution, Ă POLITICO.
Le dernier point a été motivé par ce que les membres du personnel du Berlaymont,
le siÚge de la Commission à Bruxelles, décrivent comme une atmosphÚre
inhabituellement tendue.
POLITICO sâest entretenu avec huit membres de plusieurs cabinets de
commissaires, qui ont tous Ă©tĂ© autorisĂ©s Ă garder lâanonymat pour parler
franchement de la situation interne.
ECHANGES TENDUS ENTRE JĂRGENSEN ET RIBERA
Selon quatre responsables de lâexĂ©cutif europĂ©en, lâidĂ©e dâun tel Ă©vĂ©nement a
Ă©mergĂ© Ă la suite dâĂ©changes tendus entre le commissaire Ă lâEnergie, Dan
JÞrgensen, et la vice-présidente exécutive à la Transition propre, Teresa
Ribera, lors dâune rĂ©union du collĂšgue des commissaires dĂ©but dĂ©cembre, comme
lâa rĂ©vĂ©lĂ© Brussels Playbook.
Dan JÞrgensen assistera à la réunion du 4 février, a indiqué son équipe. Celle
de Teresa Ribera ne nous a pas répondu. | Thierry Monasse/Getty Images
Les deux commissaires ont refusĂ© de commenter lâincident, mais un responsable
public relate que Dan JÞrgensen a haussé le ton face à Teresa Ribera ; un autre
raconte que le Danois âa fait une remarque Ă Ribera qui Ă©tait inhabituellement
Ă©nergique par rapport aux coutumes du collĂšgeâ, alors quâils discutaient dâun
dossier environnemental clé.
Dan JÞrgensen assistera à la réunion du 4 février, indique son équipe. Celle de
Teresa Ribera ne nous a pas répondu.
Les rĂ©unions de lâensemble du collĂšge en dĂ©but dâannĂ©e ne sont pas
exceptionnelles, au contraire, il sâagit dâune pratique rĂ©guliĂšre depuis 2010,
rappelle Arianna PodestĂ Ă POLITICO. Toutefois, cette fois-ci, une session est
explicitement consacrĂ©e Ă la recherche de meilleures mĂ©thodes de travail et Ă
prévenir que les divergences de points de vue entre les commissaires ne
dérapent.
Et tous ne la dĂ©crivent pas de la mĂȘme façon : un responsable la qualifie de
âdiscussionsâ plutĂŽt que dâun exercice formel de team bulding ; un autre de
âgroupe de travail sur les mĂ©thodes de travailâ.
DES DOSSIERS TRANSMIS TROP TARDIVEMENT
Autre source de tensions : plusieurs cabinets sont de plus en plus agacés par
les dossiers qui arrivent sur leur bureau quelques heures avant les réunions du
collÚge, ou tard dans la nuit, le week-end ou à la veille de la présentation de
propositions législatives.
âCela nous empĂȘche de travailler de maniĂšre professionnelleâ, pointe un
responsable public. âBien sĂ»r, les urgences, ça arrive, mais ça ne peut pas ĂȘtre
la norme.â
LâexaspĂ©ration a atteint son paroxysme lors de la prĂ©sentation de la proposition
de budget Ă long terme de lâUE en juillet dernier, quand les chiffres officiels
ont été communiqués aux commissaires seulement quelques heures avant.
Selon des responsables proches du cabinet dâUrsula von der Leyen, la
transmission tardive des chiffres du budget a été présentée comme une tactique
pour Ă©viter les fuites. Mais cette stratĂ©gie nâa fait quâaggraver lâirritation
au sein du collĂšge.
DâaprĂšs un responsable public, lââaltercationâ entre Dan JĂžrgensen et Teresa
Ribera concernait Ă©galement le traitement accĂ©lĂ©rĂ© des dossiers. Pour quâun
dossier soit prĂ©sentĂ© au collĂšge, un vice-prĂ©sident exĂ©cutif doit âappuyer sur
le boutonâ (le jargon du Berlaymont pour mettre quelque chose Ă lâordre du
jour).
ConfrontĂ©e Ă un dĂ©lai serrĂ© pour examiner les dĂ©tails dâun dossier â lâomnibus
environnemental, conçu pour simplifier les rĂšgles Ă©cologiques â, Teresa Ribera a
dĂ©cidĂ© dâattendre avant dâappuyer sur le bouton, comme elle en a le droit, selon
son équipe. Cela a provoqué des tensions avec Dan JÞrgensen, issu comme elle des
rangs socialistes.
Un responsable de lâexĂ©cutif europĂ©en note que les deux commissaires dirigent
des Ă©quipes âavec des opinions bien arrĂȘtĂ©esâ, rendant probables les frictions.
âLes conflits internes au sein du collĂšge sont beaucoup plus nombreux quâon ne
le penseâ, soulĂšve un responsable de Bruxelles.
Certaines de ces frictions reflĂštent de vĂ©ritables divergences dâopinions, mais
elles sont amplifiées par un systÚme trÚs centralisé, dans lequel de nombreuses
dĂ©cisions doivent ĂȘtre approuvĂ©es au 13e Ă©tage du Berlaymont, oĂč se trouve le
cabinet dâUrsula von der Leyen. âLe mode de fonctionnement actuel crĂ©e des
situations qui pourraient ĂȘtre Ă©vitĂ©es et des problĂšmes lĂ oĂč il nây en a pasâ,
estime un autre responsable public.
SĂJOURNĂ ET VĂRHELYI AUSSI
Dan JĂžrgensen et Teresa Ribera ne sont pas les seuls Ă ĂȘtre dans ce cas. Par
exemple, des tensions sont apparues entre le vice-président exécutif à la
Stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, et le commissaire à la Santé, Olivér
VĂĄrhelyi, notamment au sujet de la loi sur les biotechnologies.
Le Hongrois sâoppose depuis longtemps aux dispositions du texte qui ne
concernent pas la santĂ©, et les insiders disent que sa rĂ©sistance nâa fait que
se durcir à mesure que le Français met en avant une stratégie industrielle plus
large.
Deux responsables publics pointent aussi que le comportement dâOlivĂ©r VĂĄrhelyi
est parfois interprété comme une provocation : il laisse la sonnerie de son
tĂ©lĂ©phone allumĂ©e ou sâaffale sur sa chaise.
DâaprĂšs ces mĂȘmes sources, le Hongrois a mĂȘme insistĂ© pour quâUrsula von der
Leyen, et non ses collĂšgues commissaires, soit la seule Ă pouvoir le remplacer
lors dâĂ©vĂ©nements. Ni StĂ©phane SĂ©journĂ© ni OlivĂ©r VĂĄrhelyi nâont rĂ©pondu aux
demandes de commentaires.
Le premier ne sera pas présent au séminaire, car il participe à des discussions
ministérielles à Washington sur les matiÚres premiÚres critiques, mais il
soumettra des contributions Ă©crites, prĂ©cise son Ă©quipe. Le second nâa pas
confirmĂ© sâil participait Ă la rĂ©union du 4 fĂ©vrier.
Les responsables de la Commission affirment que les frictions entre les
vice-présidents exécutifs et les autres commissaires sont presque intégrées dans
le systĂšme. Les premiers doivent coordonner et superviser le travail des
seconds, alors quâen vertu de la lĂ©gislation europĂ©enne, tous les commissaires
sont censĂ©s ĂȘtre Ă©gaux. Cette ambiguĂŻtĂ©, selon un responsable public, est
parfois gĂ©rable, mais nâaide pas lorsque les esprits sâĂ©chauffent.
Ursula von der Leyen nâa pas rĂ©pondu aux demandes de commentaires.
La rĂ©union du 4 fĂ©vrier prĂ©cĂšde une autre entre les dirigeants de lâUE sur la
compétitivité prévue le 12.
Cet article a dâabord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais, puis a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en
français par Jean-Christophe Catalon.
Tag - Energie et Climat France
Son entrée tonitruante dans la campagne a déjà produit des effets : Sarah Knafo
atteint pour la premiĂšre fois la barre des 10% dâintentions de vote aux
municipales de mars Ă Paris (soit le seuil de qualification pour le second
tour), dans un sondage* rĂ©alisĂ© par lâinstitut Cluster 17 que POLITICO publie en
exclusivitĂ©. Le score de la candidate de ReconquĂȘte ouvre la voie Ă une possible
quinquangulaire, avec le maintien de cinq candidats.
âSarah Knafo rĂ©cupĂšre un tiers des Ă©lecteurs qui ont votĂ© Rassemblement national
aux europĂ©ennes et un quart de ceux qui ont votĂ© Les RĂ©publicainsâ, constate
Jean-Yves Dormagen, prĂ©sident de Cluster 17. La candidate de ReconquĂȘte
progresse de quatre points par rapport Ă la derniĂšre Ă©tude de lâinstitut au mois
de novembre, oĂč elle ne sâĂ©tait pas encore lancĂ©e dans la bataille.
Cette dynamique se fait au détriment du candidat du RN, Thierry Mariani, qui
perd deux points dâintentions de vote (il chute Ă 4%) mais aussi de Rachida
Dati. La ministre de la Culture, pourtant en campagne active, recule dâun point
(26%) par rapport Ă novembre. âDati nâest pas sur une bonne dynamique de
campagne, elle est prise en tenailleâ, ajoute Dormagen.
Lâanalyse des intentions de vote en fonction de lâappartenance Ă des âclustersâ
types que rĂ©alise lâinstitut de sondages montre que Dati est âconcurrencĂ©e
sĂ©vĂšrement sur plusieurs espacesâ, selon Dormagen. A sa droite, Sarah Knafo
capte une partie de lâĂ©lectorat Ă©tiquetĂ© âconservateurâ par Cluster 17. A sa
gauche, Pierre-Yves Bournazel, le reprĂ©sentant dâHorizons, sĂ©duit une partie
importante des Ă©lecteurs âcentristesâ et âlibĂ©rauxâ. Ce proche dâEdouard
Philippe, soutenu par Renaissance, se maintient Ă 14% dâintentions de vote.
âPour Dati, il est quasiment impossible de gagner en cas de maintien [Ă la fois]
dâune liste plus Ă droite et dâune liste plus au centreâ, estime le sondeur. âIl
faudra quâon rassemble tout le mondeâ, a admis la ministre de la Culture sur
RTL, dimanche, adoptant un ton plus mesurĂ© Ă lâĂ©gard de Bournazel quâelle
nâavait pas mĂ©nagĂ© jusquâĂ prĂ©sent.
LES ECOLOGISTES FONT GRIMPER GRĂGOIRE
En face, Emmanuel GrĂ©goire marque des points avec le ralliement de lâĂ©cologiste
David Belliard et du communiste Ian Brossat, mi-décembre : le socialiste fait la
course en tĂȘte et gagne trois points (33%) par rapport Ă novembre, tandis que
Sophia Chikirou (La France insoumise) en perd deux (12%), mais reste en
situation de se maintenir. A noter que le député de Paris séduit 27% des
Ă©lecteurs de lâInsoumise Manon Aubry lors des europĂ©ennes de 2024.
âComme lâavait fait Anne Hidalgo, GrĂ©goire est en train de prendre lâĂ©lectorat
âmulticulturalisteâ (63% des intentions de vote), un groupe dĂ©cisif Ă Paris ;
câest un vrai problĂšme pour Sophia Chikirouâ, remarque Jean-Yves Dormagen â
cette catĂ©gorie dâĂ©lectorat, surreprĂ©sentĂ©e dans les grandes villes, est
notamment sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, selon la typologie de
lâinstitut. Il y voit une consĂ©quence de lâalliance passĂ©e avec le candidat Vert
: âCette gauche a beaucoup de sympathie pour les Ă©colos et accorde une prime Ă
lâunion.â
(*) Sondage réalisé par Cluster 17 pour POLITICO entre le 28 et le 31 janvier
2026 sur un échantillon de 1201 Français dont 1104 inscrits sur les listes
électorales à Paris, et représentatifs de la population parisienne, par ùge,
genre, catĂ©gorie socioprofessionnelle, arrondissements dâhabitation et votes
antérieurs (Présidentielle 2022, Européennes 2024 et Municipales 2020). La marge
dâerreur pour 1104 personnes est comprise entre 1,5 et 2,8 points.
Le gĂ©ant français de lâĂ©nergie TotalEnergies a annoncĂ© jeudi quâil redĂ©marrait
son projet controversĂ© dâexploitation de gaz naturel au Mozambique. Le projet
avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en 2021 aprĂšs une attaque djihadiste Ă proximitĂ©, qui a conduit
la major a ĂȘtre poursuivie pour homicide involontaire en novembre.
âJe suis heureux dâannoncer le redĂ©marrage complet du projet Mozambique LNG (âŠ)
Le cas de force majeure est levĂ©â, a dĂ©clarĂ© Patrick PouyannĂ©, PDG de
TotalEnergies, lors dâune cĂ©rĂ©monie Ă laquelle assistait le prĂ©sident
mozambicain Daniel Chapo.
Le projet, présenté comme la plus grande exploitation de gaz naturel liquéfié
dâAfrique, a Ă©tĂ© suspendu en 2021 Ă la suite dâune attaque meurtriĂšre de
rebelles liĂ©s Ă lâEtat islamique. Une enquĂȘte menĂ©e par POLITICO en 2024 a
révélé que des soldats mozambicains établis sur la concession de TotalEnergies,
juste au sud de la frontiÚre tanzanienne, ont ensuite brutalisé, affamé,
étouffé, exécuté ou fait disparaßtre environ 200 hommes dans sa guérite entre
juin et septembre 2021.
En décembre 2025, les gouvernements britannique et néerlandais ont retiré leur
soutien au projet, à hauteur de 2,2 milliards de dollars, les Néerlandais
publiant un rapport qui corrobore de nombreux Ă©lĂ©ments de lâenquĂȘte de POLITICO.
TotalEnergies a niĂ© ces allĂ©gations, dĂ©clarant que ses propres ârecherches
approfondiesâ nâont pas permis dâidentifier âdâinformations ou de preuves qui
pourraient corroborer les allĂ©gations dâabus graves et de tortureâ. Le
gouvernement mozambicain a également rejeté les accusations de crimes de guerre
contre ses forces armées.
Ces révélations ont néanmoins interrogé plusieurs parlementaires français et
dĂ©clenchĂ© des critiques Ă lâĂ©gard des mesures de sĂ©curitĂ© prises par
TotalEnergies dans les zones de conflit. Le site du Mozambique est en proie Ă
une insurrection islamiste.
âLes entreprises et leurs dirigeants ne sont pas des acteurs neutres lorsquâils
opĂšrent dans des zones de conflitâ, a dĂ©clarĂ© Clara Gonzales, codirectrice du
programme sur les entreprises et les droits humains pour lâECCHR, une
association berlinoise dâavocats, spĂ©cialisĂ©e en droit international. âSâils
permettent ou alimentent des crimes, ils peuvent ĂȘtre complices et doivent ĂȘtre
tenus pour responsables.â
Sâexprimant ce jeudi au Mozambique, Patrick PouyannĂ© a dĂ©clarĂ© que lâactivitĂ©
autour du site allait maintenant sâaccĂ©lĂ©rer. âVous verrez une augmentation
massive de lâactivitĂ© dans les mois Ă venir (âŠ) Un premier navire offshore a
dĂ©jĂ Ă©tĂ© mobilisĂ©â, sâest-il rĂ©jouit.
Selon un communiquĂ© de lâentreprise, la construction a repris sur terre et en
mer, avec environ 4 000 travailleurs actuellement mobilisés. Le projet est
achevé à environ 40% et la premiÚre production de GNL est prévue pour 2029.
Les Amis de la Terre et Reclaim Finance ont dĂ©noncĂ© dans un communiquĂ© âune
dĂ©cision irresponsable et dangereuseâ et appellent les banques françaises
soutenant le projet Ă retirer leur financement.
TotalEnergies détient une participation de 26,5% dans le consortium Mozambique
LNG. Une relance ouvre la voie Ă des milliards de dollars dâexportations de gaz.
Cet article a dâabord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais et a Ă©tĂ© adaptĂ© en
français par Alexandre Léchenet.
PARIS â Dans la derniĂšre saison de la sĂ©rie danoise Borgen, lâancienne PremiĂšre
ministre Birgitte Nyborg, de retour au gouvernement en tant que ministre des
Affaires Ă©trangĂšres, est confrontĂ©e Ă un dilemme aprĂšs la dĂ©couverte dâune vaste
rĂ©serve de pĂ©trole au Groenland. TentĂ©e, un temps, de soutenir un âpĂ©trole vertâ
made in Danemark, elle finit par convaincre les Groenlandais de garder leurs
ambitions climatiques intactes.
Câest un exercice similaire auquel sâest essayĂ© aujourdâhui le gouvernement
français, en sâopposant Ă une proposition de loi visant Ă rĂ©autoriser les
forages pĂ©trogaziers dans les territoires ultramarins â sans toutefois parvenir
Ă convaincre les sĂ©nateurs, qui lâont adoptĂ© dâune large majoritĂ© de 227 voix
pour et 105 contre.
Presque dix ans aprĂšs la loi Hulot mettant fin Ă lâexploration dâhydrocarbures,
une premiÚre dans le monde, les élus de la Chambre haute ont donc voté en faveur
dâun texte proposant une dĂ©rogation, portĂ© par le sĂ©nateur macroniste de Guyane,
Georges Patient.
ESPOIRS EN GUYANE
Le plateau des Guyanes, qui sâĂ©tend, outre le territoire français, sur le
Suriname, le Guyana, une partie du Brésil, de la Colombie et du Venezuela, voit
son activitĂ© pĂ©troliĂšre prospĂ©rer ces derniers temps. Lâintervention amĂ©ricaine
dans ce dernier pays est dâailleurs en partie liĂ©e aux enjeux Ă©nergĂ©tiques.
De nombreux Guyanais, dont le territoire figure parmi les plus défavorisés de
France, avec un taux de pauvreté atteignant 53%, regrettent de ne pas profiter
de cette manne pétroliÚre contrairement à leurs voisins. Et tous les
parlementaires, quel que soit leur parti, soutiennent une recherche
dâhydrocarbures.
La ministre des Outre-mer, NaĂŻma Moutchou, soutenait les ambitions guyanaises.
Elle jugeait possible une exploitation âavec nos normes environnementalesâ et
appelait Ă âne pas tout dĂ©cider depuis Parisâ.
Dâautant que le gouvernement a rĂ©cemment mis en avant la notion de souverainetĂ©
économique et le besoin de se libérer des hydrocarbures russes ou américains,
plutÎt que la question climatique, pour justifier la décarbonation du pays. Un
ressort sur lequel joue Georges Patient, en appelant à la production de pétrole
made in France.
âECOCOLONIALISMEâ
Pour le sĂ©nateur, la France fait preuve dâhypocrisie en refusant dâexploiter des
ressources nationales tout en achetant du pétrole au Guyana.
Il a aussi mis en avant les promesses de développement non tenues pour les
outre-mer : âComment refuser que ces territoires utilisent leurs ressources
naturelles comme moteur de leur dĂ©veloppement Ă©conomique ? LâEtat a-t-il un plan
B ?â a-t-il interrogĂ© Ă la tribune.
âLe ministĂšre de la Transition Ă©cologique voit la Guyane comme un sanctuaire
figé à maintenir sous cloche à tout prix, et ce prix, ce sont les Guyanais qui
le paientâ, a-t-il accusĂ©, Ă©voquant un âĂ©cocolonialismeâ.
Mais câest finalement le respect des obligations climatiques de la France qui
lâa emportĂ©. Monique Barbut, la ministre de la Transition Ă©cologique, sâest
fortement opposée au texte, au nom de la protection des écosystÚmes et de la
lutte contre le dĂ©rĂšglement climatique, lâexploitation de nouveaux champs
pĂ©troliers nâĂ©tant pas compatible avec lâAccord de Paris sur le climat.
âCette proposition de loi nâoffre pas un avenir Ă la Guyane, elle offre des
illusions à court terme et des risques bien réels pour sa biodiversité et son
dĂ©veloppement Ă©conomiqueâ, a estimĂ© la ministre dans une dĂ©claration transmise
par son cabinet mercredi 28 janvier.
âCe serait engager des coĂ»ts importants, pour des rĂ©sultats trĂšs incertains, au
prix de risques environnementaux majeursâ, et tout cela pour une exploitation
qui, au mieux, âne pourrait voir le jour avant vingt ansâ, a dĂ©veloppĂ© le
ministre de lâEconomie, Roland Lescure, Ă la tribune. Il a prĂ©fĂ©rĂ© mettre en
avant les emplois que pourraient créer les énergies renouvelables.
UN PĂTROLE TROP CHER Ă FORER
Ce texte cible essentiellement la Guyane, les autres territoires ultramarins
français nâaffichant quâun potentiel limitĂ© en matiĂšre dâhydrocarbures. Et, bien
que lâexistence de ressources pĂ©troliĂšres dans le territoire sud-amĂ©ricain soit
Ă©tablie, la possibilitĂ© dâexploiter un gisement reste incertaine.
La géologie y est différente du Suriname et du Guyana voisins. AprÚs avoir mené
plusieurs forages infructueux dans les années 2010, le groupe TotalEnergies a
jetĂ© lâĂ©ponge. De quoi faire dire Ă son PDG, Patrick PouyannĂ©, quââil nây a pas
dâhydrocarbures en Franceâ.
Il nâest âpas acquis quâune entreprise pĂ©troliĂšre sollicite la dĂ©livrance dâun
permis pour explorer les eaux guyanaisesâ, Ă©value le rapporteur du texte dans
son compte-rendu. Ce, âen raison du coĂ»t Ă©levĂ© dâune exploration dans cette zone
â dĂ» Ă la profondeur â et des risques Ă©conomiques quâune telle campagne suppose
dans un contexte de prix du baril basâ.
Pour les partisans du texte, si aucun gisement viable nâa Ă©tĂ© trouvĂ©, câest par
manque de recherche.
Lâadoption dĂ©finitive de la proposition de loi est encore loin dâĂȘtre acquise.
Il faudrait pour cela que le texte soit inscrit Ă lâordre du jour et recueille
une majoritĂ© des votes Ă lâAssemblĂ©e nationale, qui est plus attachĂ©e Ă la loi
Hulot que le Sénat. Georges Patient mise sur les deux députés de Guyane pour
prendre le relais.
BRUXELLES â LâUnion europĂ©enne va intensifier ses efforts pour diversifier ses
approvisionnements en gaz naturel liquĂ©fiĂ© (GNL) et se tourner vers dâautres
fournisseurs que les Etats-Unis, Ă la suite des menaces de Donald Trump sur le
Groenland, a dĂ©clarĂ© mercredi le commissaire europĂ©en Ă lâEnergie, Dan
JĂžrgensen.
Les Ă©vĂ©nements de la semaine derniĂšre ont Ă©tĂ© un âsignal dâalarme clairâ, a
estimĂ© le Danois, pour qui lâinstabilitĂ© gĂ©opolitique croissante â de la guerre
en Ukraine aux tensions grandissantes avec Washington â implique que lâUE ne
peut plus partir du principe que son approvisionnement énergétique est immunisé
contre les crises.
âNous vivons une pĂ©riode trĂšs agitĂ©eâ, a exposĂ© Dan JĂžrgensen devant les
journalistes lors dâun briefing Ă Bruxelles. âCe qui a rendu la situation plus
grave et plus complexe, câest la relation tendue avec les Etats-Unis et le fait
que nous avons un prĂ©sident amĂ©ricain qui nâexclut pas de recourir Ă la force
contre le Groenlandâ, a-t-il poursuivi.
Les Etats-Unis fournissent dĂ©jĂ plus dâun quart du gaz de lâUE, contre seulement
5% il y a cinq ans, et cette dĂ©pendance devrait encore sâaccroĂźtre avec lâentrĂ©e
en vigueur de lâinterdiction totale du gaz russe.
Mais, Dan JĂžrgensen a indiquĂ© que la Commission recherchait activement dâautres
fournisseurs que les Etats-Unis et quâelle prĂ©voyait de renforcer les
approvisionnements venant dâautres pays dans les mois Ă venir, notamment le
Canada, le Qatar et lâAlgĂ©rie.
âLe Canada, bien sĂ»r, le Qatar, les pays dâAfrique du Nordâ, a-t-il Ă©numĂ©rĂ©,
ajoutant que Bruxelles sâefforçait Ă©galement de garantir des sources non russes
de combustible nucléaire pour les Etats membres qui dépendent encore de Moscou.
LES ETATS-UNIS RESTENT âESSENTIELSâ POUR SE PASSER DU GAZ RUSSE
Tout en soulignant que Bruxelles ne souhaitait pas une guerre commerciale avec
Washington, Dan JĂžrgensen a reconnu que lâUE sâinquiĂ©tait de plus en plus du
risque de âremplacer une dĂ©pendance par une autreâ aprĂšs avoir rapidement
abandonnĂ© le gaz russe au profit du GNL amĂ©ricain Ă la suite de lâinvasion de
lâUkraine par Moscou.
âNous nâavons jamais eu pour politique de rĂ©duire nos Ă©changes avec les
Etats-Unis et nous ne voulons pas de conflits commerciauxâ, a-t-il assurĂ©. âMais
il est Ă©galement Ă©vident que les bouleversements gĂ©opolitiques [âŠ] ont Ă©tĂ© un
signal dâalarme. Nous devons ĂȘtre capables de prendre soin de nous-mĂȘmes.â
Le commissaire a indiquĂ© quâil nâavait pas encore parlĂ© avec son homologue
amĂ©ricain depuis les sorties de Donald Trump sur le Groenland, et que lâUE
nâavait pas fixĂ© de seuil formel Ă partir de laquelle la quantitĂ© de GNL
amĂ©ricain importĂ©e serait considĂ©rĂ©e comme trop importante. Pour lâinstant, le
gaz amĂ©ricain reste âessentielâ pour remplacer celui provenant de Russie, a-t-il
souligné.
Cet article a dâabord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais, puis a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en
français par Jean-Christophe Catalon.
LONDRES â Le gouvernement britannique de Keir Starmer a une dĂ©cision Ă prendre :
faut-il ou non continuer Ă chauffer une grande partie des bĂątiments publics
britanniques via TotalEnergies, qui continue à opérer en Russie.
Dans le cadre dâun contrat existant avec le secteur public, TotalEnergies Gas &
Power, filiale du groupe pétrogazier français, fournit le gaz utilisé pour
chauffer la rĂ©sidence du Premier ministre, le ministĂšre des Finances et dâautres
bĂątiments accueillant le gouvernement britannique.
Ce contrat, dâune valeur de 8 milliards de livres sterling (9,2 milliards
dâeuros), expire au dĂ©but de lâannĂ©e prochaine. Les autoritĂ©s prĂ©parent un appel
dâoffres public pour son remplacement, qui sera attribuĂ© dans le courant de
lâannĂ©e et portera sur la pĂ©riode de 2027 Ă 2030.
Mais TotalEnergies reste lié au commerce des combustibles fossiles avec la
Russie de Vladimir Poutine. Aujourdâhui, des militants et des parlementaires
pro-ukrainiens â dont le prĂ©sident travailliste du groupe parlementaire informel
et transpartisan sur lâUkraine â veulent que les ministres empĂȘchent sa filiale
de remporter le nouveau contrat.
Dans une lettre adressée à Nick Thomas-Symonds, le ministre qui supervise
lâorganisme chargĂ© des marchĂ©s publics, le Service commercial de la Couronne,
ils avertissent que âla poursuite dâun contrat avec des entreprises impliquĂ©es
dans le secteur Ă©nergĂ©tique russe est incompatibleâ avec lâobjectif maintes fois
annoncé par le Royaume-Uni de saper les revenus tirés des combustibles fossiles
de la Russie, qui sont utilisĂ©s pour financer sa guerre contre lâUkraine.
âCompte tenu de lâescalade des attaques hybrides russes contre le Royaume-Uni et
des attaques brutales en cours en Ukraine, les marchĂ©s publics doivent sâaligner
non seulement sur les sanctions, mais aussi sur la politique étrangÚre du
gouvernement, y compris les efforts visant Ă dissuader et Ă perturber
lâagression russeâ, Ă©crivent-ils.
La lettre, coordonnée par les groupes de campagne Razom We Stand et B4 Ukraine,
est cosignée par le député travailliste Alex Sobel, qui préside le groupe
parlementaire informel sur lâUkraine, ainsi que par des dĂ©putĂ©es Ă©cologistes
Carla Denyer et SiĂąn Berry, toutes deux anciennes codirectrices du parti.
Alex Sobel, qui sâest rendu sept fois en Ukraine depuis lâinvasion totale, a
appelĂ© le mois dernier Ă âexercer une pression maximale sur la Russieâ.
DANS LE FROID
Svitlana Romanko, directrice exĂ©cutive de Razom We Stand, a rappelĂ© que âles
attaques brutales de la Russie contre les systĂšmes Ă©nergĂ©tiquesâ ukrainiens
avaient mis hors service âles systĂšmes dâĂ©nergie et de chauffage dans toute
lâUkraine par une tempĂ©rature de -20°Câ.
âNous implorons le gouvernement britannique de mettre fin Ă son contrat avec
TotalEnergiesâ, a-t-elle dĂ©clarĂ©.
Dans le cadre du contrat actuel, les bĂątiments publics de Whitehall et dâautres
bĂątiments du secteur public au Royaume-Uni, y compris les hĂŽpitaux du NHS, sont
approvisionnés en gaz pour le chauffage et la cuisine par TotalEnergies Gas &
Power.
Bien que le contrat lui-mĂȘme soit conforme Ă lâinterdiction des importations de
gaz russe imposée par le Royaume-Uni, il a été condamné par des ONG soutenant
lâUkraine et des dĂ©putĂ©s travaillistes en raison de lâapprovisionnement continu
de TotalEnergies en combustibles fossiles russes.
Lâentreprise dĂ©tient une participation de 20% dans lâinstallation de gaz naturel
liquĂ©fiĂ© Yamal en SibĂ©rie, dâoĂč elle continue dâimporter du gaz russe vers
lâEurope dans le cadre de contrats Ă long terme quâelle affirme ne pas pouvoir
rompre.
Un porte-parole de TotalEnergies a dĂ©clarĂ© que la sociĂ©tĂ© âcondamnait
lâagression militaire de la Russie contre lâUkraine [et quâelle] opĂ©rait
légalement dans le cadre de la politique énergétique et de sanctions définie par
les autoritĂ©s de lâUnion europĂ©enne et de ses Etats membresâ.
TotalEnergies est le fournisseur de gaz privilégié du secteur public britannique
depuis 2019, dans le cadre des deux contrats dâapprovisionnement successifs
passés avec le Service commercial de la Couronne.
Le nouveau contrat â connu sous le nom de Supply of Energy 3 â est en cours de
prĂ©paration. Un avis dâappel dâoffres devrait ĂȘtre publiĂ© en juin et le contrat
attribué en décembre.
Un porte-parole du bureau du Cabinet a refusé de commenter une procédure de
passation de marché en cours.
Cet article a dâabord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais et a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en
français par Alexandre Léchenet.
PARIS â La marine française a arraisonnĂ© jeudi au large de la MĂ©diterranĂ©e un
navire quâelle soupçonne dâappartenir Ă la flotte fantĂŽme russe qui dĂ©fie
lâembargo europĂ©en sur le pĂ©trole et le gaz russes.
âLa Marine nationale a arraisonnĂ© ce matin un navire pĂ©trolier en provenance de
Russie, sous sanctions internationales et suspectĂ© dâarborer un faux pavillonâ,
a écrit le président Emmanuel Macron sur X.
PrĂ©cĂ©demment, en octobre dernier, les forces françaises ont arrĂȘtĂ© deux membres
dâĂ©quipage dâun pĂ©trolier soupçonnĂ© dâappartenir Ă la flotte fantĂŽme au large de
la cĂŽte atlantique.
Depuis 2022, des centaines de navires russes naviguent dans les eaux
internationales, en violation des sanctions internationales, pour vendre du
pĂ©trole afin de financer la guerre contre lâUkraine ou pour transporter du
matériel militaire. Ils arborent généralement des pavillons trompeurs et leurs
transpondeurs sont Ă©teints pour Ă©viter dâĂȘtre dĂ©tectĂ©s.
Plus de 600 dâentre eux font actuellement lâobjet dâune sanction de la part de
lâUE.
Le navire intercepté, le Grinch, venait du port de Mourmansk, dans le nord-ouest
de la Russie, a indiqué la préfecture maritime de la Méditerrannée dans un
communiquĂ©. Il a Ă©tĂ© arraisonnĂ© lors dâune opĂ©ration conjointe avec le
Royaume-Uni prÚs du détroit de Gibraltar.
âLâopĂ©ration a Ă©tĂ© menĂ©e en haute mer, en MĂ©diterranĂ©e, avec le soutien de
plusieurs de nos alliés. Elle a été menée dans le strict respect de la
Convention des Nations unies sur le droit de la merâ, a ajoutĂ© Emmanuel Macron,
prĂ©cisant quâune enquĂȘte judiciaire a Ă©tĂ© ouverte.
Cet article a dâabord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais et a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en
français par Alexandre Léchenet.
PARIS â âLe 49.3 est un chemin assez pĂ©rilleuxâ, remarquait AmĂ©lie de Montchalin
lundi matin, quelques heures avant que SĂ©bastien Lecornu ne se dĂ©cide Ă
lâenclencher.
Au delĂ -du risque de censure, la ministre des Comptes publics nâest pas sans
savoir quâavant dâaccoucher de la copie finale du projet de loi de finances, un
vrai ballet politico-technique a lieu en coulisses. Et il nâest pas sans risque.
Avant que le Premier ministre engage sa responsabilité à la tribune de
lâAssemblĂ©e nationale mardi aprĂšs-midi, ses services auront travaillĂ©
dâarrache-pied en tandem avec Bercy pour rĂ©diger les documents recensant
lâintĂ©gralitĂ© des amendements retenus dans la version finale du budget. Dâabord
un tableau sur la partie consacrée aux recettes, puis un autre, en fin de
semaine, sur la partie dépenses.
GrĂące Ă lâalinĂ©a 3 de lâarticle 49 â le fameux outil constitutionnel quâil avait
promis de ne pas utiliser â lâexĂ©cutif aura la libertĂ© de choisir ou dâĂ©carter
les amendements de son choix, quel quâait Ă©tĂ© leur sort dans lâhĂ©micycle. Dans
un cadre toutefois contraint, SĂ©bastien Lecornu sâĂ©tant Ă nouveau engagĂ© Ă ce
que lâobjectif de 5% de dĂ©ficit soit tenu Ă la fin. âLes tableaux vont ĂȘtre
dĂ©voilĂ©s au fur et Ă mesure dans la semaineâ, a indiquĂ© le Premier ministre.
Un exercice compliqué, réalisé par une palanquée de hauts fonctionnaires chargés
de rendre, en quelques heures, de nombreux arbitrages, dictés par des
considérations politiques et des impératifs techniques pas toujours
conciliables.Â
TRI SĂLECTIFÂ SOUS HAUTE PRESSION
En pratique, ce document, qui nâest ni plus ni moins quâun tableau Excel rempli
de numĂ©ros (comme dans cet exemple), doit ĂȘtre ficelĂ© et transmis Ă lâAssemblĂ©e
avant que le chef du gouvernement ne monte Ă la tribune du Palais-Bourbon.
Avant cela, les équipes de la Direction du budget (DB) et de la Direction de la
lĂ©gislation fiscale (DLF), en tandem avec le cabinet dâAmĂ©lie de Montchalin et
les conseillers de Matignon, devront intégrer ligne à ligne des dizaines voire
des centaines dâamendements, et parfois en rĂ©diger de nouveaux.
Ce travail prĂ©paratoire a dĂ©jĂ dĂ©marrĂ© Ă Bercy, avant mĂȘme que le gouvernement
tranche entre les ordonnances et le 49.3. Ces derniers jours, le cabinet de la
ministre des Comptes publics a consigné dans les futurs tableaux les avancées et
les compromis ébauchés lors des plusieurs réunions de négociations avec les
députés.
Les conseillers ministériels chargés de la négociation avec les groupes
politiques sont épaulés par les hauts fonctionnaires de la DB, en particulier du
bureau de la synthÚse budgétaire et du bureau lois de finances. Pour les mesures
fiscales, la DLF est Ă la manĆuvre. A Matignon, les chefs des pĂŽles comptes
publics et entreprises de Matignon supervisent ce travail de fourmi et affinent
le document, en lien avec le pĂŽle parlementaire.
Dans ce ping-pong infernal, le tableau passe de main en main, et celui qui en a
le contrÎle reçoit alors un torrent de sollicitations pour ajouter ou retirer
une disposition. âOn recevait Ă peu prĂšs un mail toutes les dix secondesâ, se
souvient un agent de Bercy impliqué dans la construction du tableau lors du
budget 2024, sous Elisabeth Borne.Â
âCâest un Ă©norme travail parce quâil y a tout un texte oĂč il faut passer des
modifications dans tous les sensâ, raconte un autre artisan du budget Ă cette
Ă©poque. A ce tri sâajoute un travail dâĂ©criture, puisque les ajouts des
parlementaires, parfois bancals, nĂ©cessitent souvent dâĂȘtre rectifiĂ©s Ă la
derniĂšre minute.
Car, outre les aspects techniques, lâĂ©laboration du tableau doit intĂ©grer des
considĂ©rations politiques. Question de signal, lâexĂ©cutif donne âdes victoiresâ
aux différents groupes politiques en reprenant leurs amendements.
âIl faut signifier que vous faites plaisir, par exemple Ă tel gars de chez LR ou
que vous faites un geste envers Liot, tout ça nécessite énormément de
coordinationâ, se remĂ©more un autre ancien artisan du budget. Ce qui nâest pas
sans engendrer des tensions entre les conseillers techniques et les conseillers
politiques.
Sans oublier que chaque disposition, quâelle engendre un coĂ»t ou gĂ©nĂšre une
recette supplémentaire, fait mécaniquement bouger les compteurs, et requiert
donc des ajustements du solde budgétaire pour éviter toute insincérité des
comptes.
GARE AUX BOURDESÂ
Le processus est jugé particuliÚrement accidentogÚne par de nombreux acteurs de
la procĂ©dure. âCâest un truc un peu bordĂ©lique de derniĂšre minuteâ, rĂ©sume un
haut fonctionnaire.
A Bercy, tout le monde garde un souvenir amer de la préparation chaotique du
49.3 dĂ©clenchĂ© par Elisabeth Borne sur le budget 2024. Si bien quâĂ son issue
Laurent Martel et MĂ©lanie Joder, respectivement Ă la tĂȘte de la DLF et de la DB,
avaient co-signĂ© fin 2023, une note aux ministres visant Ă âalerter sur les
conditions dâĂ©laborationâ et les âmultiples dĂ©faillancesâ, qui avaient entachĂ©
âla procĂ©dure interministĂ©rielleâ.Â
A lâĂ©poque, travaillant dans lâurgence, les conseillers avaient laissĂ© passer
des erreurs ayant conduit Ă lâadoption de quelques mesures dont le gouvernement
ne voulait pourtant pas.Â
Par exemple, la suppression dâune niche fiscale pour les locations meublĂ©es de
type Airbnb, alors que le gouvernement souhaitait simplement la réduire, avait
engendrĂ© un mini psychodrame. Le Conseil dâEtat avait dĂ» ensuite se pencher sur
le sujet et une plainte avait mĂȘme Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e par une dĂ©putĂ©e Ă©cologiste contre
Bercy.
Un autre plantage, dont le gouvernement nâa jamais fait Ă©tat, avait
particuliĂšrement fait suer le gouvernement. SâemmĂȘlant les pinceaux, Matignon et
Bercy avaient omis de faire disparaßtre un amendement sénatorial auquel il était
farouchement opposĂ©. Celui-ci permettait dâallouer une partie du produit de la
taxe sur les infrastructures de transport longue distance, créée cette annĂ©e-lĂ
budget 2024.
Une erreur Ă 100 millions dâeuros qui nâa jamais Ă©tĂ© gommĂ©e.
AprÚs une trÚs jolie promotion 2024, la rédaction de POLITICO à Paris a dressé
son palmarĂšs des grands moments de lâannĂ©e qui vient de sâĂ©couler. Voici, sans
plus tarder, nos Cesar politiques 2025 â un cru qui fut, comme
le prĂ©cĂ©dent, épatant à bien des Ă©gards.Â
1. PRIX SPĂCIAL DU JURY, CATĂGORIEÂ MEILLEURÂ PLOT TWISTÂ : LE HARA-KIRI DE
FRANĂOIS BAYROU
Il nous a pris de cours, le Premier ministre, ce 25 août. Alors que les uns et
les autres rentraient tranquillement dâune pause estivale bien mĂ©ritĂ©e, le
Béarnais convoquait subitement les journalistes pour une conférence de
presse. François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert dâEmmanuel Macron
pour lâouverture dâune session extraordinaire Ă lâAssemblĂ©e nationaleâŠÂ et son
intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus
tard, le 8 septembre. La raison : aprÚs la présentation des grandes lignes de
son plan budgĂ©taire (un âeffortâ de 40 milliards dâeuros, tout de mĂȘme), le 15
juillet, et alors quâune journĂ©e âBloquons toutâ était annoncĂ©e le 10 septembre,
Bayrou estimait ses chances de survie trop faibles. Il fit le choix
du âpanacheâ, dans les mots de lâun de
ses proches, en obligeant les parlementaires à dire si, oui ou non, ils étaient
favorables Ă ce que le maire de Pau aide la France Ă reprendre son destin en
main, en tout cas dans sa conception des choses.
Las, il nây eu pas lâombre dâun dĂ©but de suspense, tant la rĂ©ponse de Marine Le
Pen fut rapide. Le jour mĂȘme, la prĂ©sidente du groupe RN tweetait : âNous
voterons Ă©videmment contre la confiance au gouvernement de François Bayrou.â
Lâaffaire Ă©tait donc pliĂ©e. Les quelques jours dâomniprĂ©sence mĂ©diatique du
Premier ministre qui suivirent nâeurent aucun effet sur le vote. Ainsi se
termina, sous nos yeux ébahis, le mandat de François Bayrou à Matignon.
On avait aussi pensé à : la
nomination-dénomination-renomination des gouvernements Lecornu I et II, ou au
tweet fatidique de Bruno Retailleau (dans la mĂȘme semaine).
2. MEILLEUR SCĂNARIO : LE BUDGET 2026
La critique est unanime : lâexamen des textes budgĂ©taires pour 2026 a encore
repoussé un peu plus le champ des possibles de la politique française. Seule
vraie obsession de François Bayrou, dÚs le printemps, puis de
Sébastien Lecornu à la rentrée, ce moment décisif aura donné du fil à retordre
aux législateurs comme aux observateurs dont nous sommes. Le gouvernement a eu
beau renoncer Ă Â lâarticle 49-3 de la Constitution, et donc faire miroiter un
vote aux dĂ©putĂ©s, voilĂ une idĂ©e neuveâŠÂ qui nâaura pas suffi. Qui aurait pu
prĂ©dire que le gouvernement et les parlementaires finissent ainsi lâannĂ©e, le
sĂ©ant entre deux chaises ? Dâun cĂŽtĂ©, la loi de financement de la SĂ©curitĂ©
sociale a été ficelée et adoptée, le 16 décembre, grùce notamment à  une mise sur
pause de la rĂ©forme des retraites pour plaire Ă la gauche â forçant les
bancs macronistes à manger leur chapeau. De lâautre, le projet de loi de
finances, qui donne les moyens Ă lâEtat et aux collectivitĂ©s de
fonctionner, a échoué sur la ligne dâarrivĂ©e, trois jours plus tard, faute dâun
âen mĂȘme tempsâ convaincant sur les deniers publics, pourtant
spécialité revendiquée du pouvoir en place.
Avant la probable relance des débats début janvier, un budget de poche (la loi
spéciale), va permettre au pays de marchoter au 1er janvier. Le marathon
budgĂ©taire nâaura donc jamais étĂ© aussi long et tortueux. Vous nâen pouvez plus
? Vivement le budget 2027 !Â
François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert dâEmmanuel Macron pour
lâouverture dâune session extraordinaire Ă lâAssemblĂ©e nationale⊠et son
intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus
tard, le 8 septembre. | Photo pool par Ian Langsdon/EPA
On avait aussi pensĂ© Ă Â : Richard Ferrand. Le 19 fĂ©vrier, lâancien prĂ©sident de
lâAssemblĂ©e nationale fut propulsĂ© Ă la tĂȘte du Conseil constitutionnel, sur
proposition dâEmmanuel Macron. Mais sa dĂ©signation ne se fit quâĂ une voix
prĂšs au Parlement, les reprĂ©sentants du Rassemblement national nâayant pas pris
part au vote. Au point de faire dire Ă ses dĂ©tracteurs quâil doit sa place
aux lepénistes. Ce que le principal intéressé, qui a multiplié les coups de fil
pour mener campagne, dément catégoriquement.
3. MEILLEUR PLACEMENT DE PRODUIT : BURGER KING
François Bayrou a offert une trÚs belle pub à la chaßne de restauration rapide
Burger King, cette annĂ©e, avec son Ă jamais inimitable âHmm, Bourguer Kingâ,
marmonné à la tribune lors dâun conseil municipal à  Pau, alors quâil Ă©tait
encore Premier ministre. A noter que la marque a décidément la cote avec nos
politiques puisque Xavier Bertrand, lui aussi, sâest fendu dâune publication sur
ses rĂ©seaux sociaux lors dâun rĂ©cent passage au âBKâ.
4. MEILLEUR COSTUME : LA PETITE LAINE DE LECORNU
Le chandail vert bouteille de Sébastien Lecornu : le lainage est apparu un
samedi aprÚs-midi de la mi-octobre sur le site de Paris Match, qui suivait le
Premier ministre fraĂźchement renommĂ© par Emmanuel Macron âloin du tumulteâ, sur
le marchĂ© de Vernon, son fief de lâEure. Ainsi que, ça nâest pas un dĂ©tail, sur
les réseaux sociaux du chef du gouvernement. Laissant dépasser au passage un
joli poireau de son cabas â gageons que le Vernonais commençait tout juste ses
courses, sans quoi ses repas de la semaine furent pour le moins spartiates â, le
Premier ministre travaillait lĂ , Ă lâĂ©vidence, son style antiparisien, modeste
et banal, de âmoine-soldatâ, selon sa propre expression. Abondamment commentĂ©e,
lâimage est restĂ©e gravĂ©e dans la rĂ©tine des commentateurs.
Bonus : Ă noter que lâamaryllidacĂ©e aurait aussi sa place dans notre catĂ©gorie
âmeilleure rĂ©vĂ©lationâ (voir plus bas), ayant fait une entrĂ©e remarquĂ©e en
politique dÚs janvier, lors de la déclaration de politique générale de François
Bayrou. Qui remettait en question Parcoursup (la plateforme dâorientation
postbac des lycĂ©ens) en dĂ©clarant : âLes enfants ne sont pas comme les poireaux,
ils ne poussent pas tous Ă la mĂȘme vitesse et vouloir sĂ©lectionner prĂ©cocement,
sans quâaient mĂ»ri lâesprit et les attentes, je pense que câest une erreur, en
tout cas une faiblesse.âÂ
5. MEILLEUR ACTEUR : GĂRALD DARMANIN
Le ministre de la Justice sâest illustrĂ© cette annĂ©e dans un rĂŽle oĂč, on ne va
pas vous mentir, on ne lâattendait pas : celui du politique qui âne fait plus de
politiqueâ. Tout juste renommé dans le gouvernement Lecornu II, le nordiste a en
effet annoncé quâil se mettait en retrait de ses activitĂ©s partisanes
et renonçait Ă Â briguer la mairie de Tourcoing â sa mairie, celle quâil avait
ravie à la gauche en 2014 (rassurez-vous, en principe, il devrait tout de
mĂȘme figurer sur la liste de Doriane BĂ©cue, qui lui a succĂ©dĂ© en 2020). Il faut
dire que Sébastien Lecornu, son ami, tenait à compter dans son gouvernement des
ministres entiÚrement dédiés à leurs dossiers, et pas tournés vers
2027. Ahem. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement
âPopulairesâ sur pause et quitté Renaissance. Fini donc la âpolitique partisaneâ
pour lâun des ministres les plus politiques de lâĂšre Macron, prioritĂ© Ă sa vie
de famille et ses fonctions de garde des Sceaux. Vous ĂȘtes libres, comme nous
et nombre de nos sources, de ne pas y croire.
Signe de sa bonne foi, GĂ©rald Darmanin a mis son mouvement âPopulairesâ sur
pause et quitté Renaissance. | Mohammed Badra/EPA
On avait aussi pensĂ© Ă : SĂ©bastien Lecornu, dans le rĂŽle de celui qui ânâest pas
candidat Ă Matignonâ.
6. MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RĂLE : JORDAN BARDELLA
TrÚs belle performance également cette année pour Jordan Bardella, avec son
interprĂ©tation du âplan Bâ pour 2027. CondamnĂ©e fin mars Ă cinq ans
dâinĂ©ligibilitĂ© avec exĂ©cution provisoire (entre autres), Marine Le
Pen sâest retrouvĂ©e privĂ©e dâune quatriĂšme candidature à la
prĂ©sidentielle â sauf si son procĂšs en appel, prĂ©vu du 13 janvier au 12
février, changeait la donne. Son dauphin a
ainsi naturellement été propulsé candidat à sa place, mais pas encore
officiellement. Ainsi se prĂ©pare-t-il à lâĂ©chĂ©ance, au point que les sondeurs
oublient quelques fois de tester Marine Le Pen, qui, câest promis, en
est âravieâ. Le prĂ©sident du RN, dans le mĂȘme temps, tĂąche comme il peut de ne
pas donner lâair dâenterrer trop vite la patronneâŠÂ se qualifiant rĂ©cemment de
ânumĂ©ro 1 ou numĂ©ro 1 bisâ, ou se retrouvant contraint dâexpliquer pourquoi il
ne cite quâune seule fois Marine Le Pen dans son dernier livre Ce que veulent
les Français (Fayard).
7. MEILLEUR COME-BACK : LES SOCIALISTES Ă LâASSEMBLĂE
Certes, ils auraient voulu obtenir plus en matiĂšre de âjustice fiscaleâ,
histoire de moins prĂȘter le flanc aux attaques des Insoumis, notamment. Mais
aprĂšs une annĂ©e 2024 qui les avait vus revenir en plus grand nombre Ă
lâAssemblĂ©e (ils sont dĂ©sormais 69), les dĂ©putĂ©s socialistes, reprĂ©sentĂ©s par
leur premier secrétaire Olivier Faure, le président du groupe au Palais-Bourbon,
Boris Vallaud, et leurs spécialistes des finances, les médiatiques JérÎme Guedj
ou Philippe Brun, ont Ă©tĂ© au cĆur de toutes les discussions, cette annĂ©e, et
dâabord lors des nĂ©gociations budgĂ©taires. JusquâĂ faire dire aux dĂ©tracteurs de
Sébastien Lecornu dans son camp que le Premier ministre était à ça de faire
adopter un âbudget de gaucheâ (diantre). Ce rĂŽle âdâopposition constructiveâ
commence pourtant Ă leur donner des bouffĂ©es dâangoisse Ă lâapproche des
municipales. Parmi leurs plus belles victoires ? Parmi leurs plus belles
victoires ? Le âbougĂ©â de lâexĂ©cutif sur la rĂ©forme des retraites â une
âsuspensionâ, dans leurs mots, quand certains macronistes, dont le premier
dâentre eux, comme les Insoumis et les Ecologistes, prĂ©fĂšrent parler dâun simple
âdĂ©calageâ (la rĂ©forme reprendra de fait son entrĂ©e en application progressive
aprĂšs lâĂ©lection prĂ©sidentielle, Ă moins dâune remise Ă plat des rĂšgles du jeu,
comme expliqué ici). Mais aussi : la hausse de la CSG sur une partie des
revenus du capital, le dégel des minima sociaux (toutefois réclamé par la quasi
totalitĂ© de lâhĂ©micycle).
On avait aussi pensé à : Bruno Le Maire, qui fut ministre des Armées du 5 au 6
octobre 2025, comme sa fiche Wikipédia en témoigne désormais. Soit à peine 7
ans, 4 mois et 3 jours de moins que la durée de son mandat comme ministre de
lâEconomie, qui sâĂ©tait achevĂ© en septembre 2024.
8. MEILLEUR ACCESSOIREâŻ: LA BONNETTE DE MEDIAPART
AprĂšs lâannonce de la condamnation de son mari, Nicolas Sarkozy, en premiĂšre
instance, dans lâaffaire du financement libyen de la campagne prĂ©sidentielle de
2007, Carla Bruni passe devant les journalistes présents au tribunal judiciaire
de Paris, puis retire et jette du bout des doigts la bonnette du micro de
Mediapart, le mĂ©dia Ă lâorigine de la plupart des rĂ©vĂ©lations de lâaffaire,
dans un sourire crispé. Un scandale de plus, pour certains. Un geste
âiconiqueâ, pour dâautres, quand France Inter allait plutĂŽt recueillir
le tĂ©moignage de la pauvre bonnette.Â
9. MEILLEUR DOCUMENTAIRE : LA NOMINATION DE MICHEL FOURNIER
Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-ĂȘtre le petit village de Voivres, dont
il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. Une
surprise, y compris pour le premier concernĂ©, qui a appris sa nominationâŠÂ devant
sa télé, avait-il raconté à  nos confrÚres de BFMTV. Pas de quoi ébranler son
Ă©pouse qui, selon le rĂ©cit du nĂ©oministre, âĂ©tait trĂšs intĂ©ressĂ©e, puisquâelle
regardait un film sur une autre tĂ©lĂ©â en mĂȘme temps que lâannonce de la
composition du gouvernement.Â
Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-ĂȘtre le petit village de Voivres, dont
il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. |
Teresa Suarez/EPA
10. MEILLEURE RĂVĂLATION : GABRIEL ZUCMAN
Gabriel Zucman, vous connaissez ? Cet automne, on nâa parlĂ© que de lui. Le nom
de cet économiste prof Ă Berkeley et Ă lâENS, auteur du livre Les milliardaires
ne paient pas dâimpĂŽts sur le revenu et nous allons y mettre
fin (Seuil), était sur toutes les lÚvres et en particulier celles des
socialistes, Ă lâheure oĂč tous se prĂ©paraient Ă entrer dans la mĂȘlĂ©e budgĂ©taire.
Sa proposition phare ? Instaurer un taux plancher dâimposition de 2% sur les
revenus des mĂ©nages dĂ©tenant au moins 100 millions dâeuros de patrimoine, vite
rebaptisĂ©e taxe Zucman. Las, le PS nâa pas rĂ©ussi Ă la faire adopter, pas plus
que sa contre-proposition dâune version allĂ©gĂ©e. En attendant,
lâĂ©conomiste a engrangĂ© des points de notoriĂ©tĂ©. JusquâĂ faire son entrĂ©e, dĂ©but
juillet, dans notre classement des 40 personnalités les plus influentes de
lâHexagone ; et se retrouver, dĂ©but dĂ©cembre, parmi les quelques Français qui
comptent en Europe dans notre classement P28.Â
11. MEILLEUR SOUFFLEUR : BRUNO RETAILLEAU
Lâimage paraĂźt dĂ©jĂ vintage : il fallait le voir, Bruno Retailleau, alors
ministre de lâIntĂ©rieur et aux cĂŽtĂ©s de son N+1, François Bayrou, lors de la
confĂ©rence de presse du âcomitĂ© interministĂ©riel de contrĂŽle de lâimmigrationâ,
le 26 février dernier. La scÚne du Premier ministre cherchant péniblement ses
mots, ses papiers, puis son verre dâeau, au cĂŽtĂ© de son ministre de
lâIntĂ©rieur impassible (ou presque), a fait les dĂ©lices des rĂ©seaux sociaux et
des détracteurs du patron du MoDem.
12. MEILLEURE ADAPTATIONÂ : LE JOURNAL DâUN PRISONNIER
Nicolas Sarkozy dans Le Comte de Monte-Cristo : vingt jours dâincarcĂ©ration Ă la
prison de la Santé ; ressenti quatorze ans. Plus de deux siÚcles aprÚs Edmond
DantĂšs, lâex-prĂ©sident de la RĂ©publique endosse dans son Journal dâun
prisonnier (Fayard) les habits du hĂ©ros dâAlexandre Dumas. Rien ne
nous sera épargné : son rĂ©gime alimentaire (il ne sâest nourri que de laitages
et de barres de cĂ©rĂ©ales) ; les conditions dans lesquelles il lâa Ă©crit,
âau Bic sur une petite table en contreplaquĂ©â ; ses conversations avec
lâaumĂŽnier de la prison et le rĂŽle de la priĂšre qui lui a donnĂ© âla force de
porter la croix de cette injusticeâ.
Bonus : si vous voulez lâentendre de vos oreilles, il y a aussi le passage de
Nicolas Sarkozy dans le podcast Legend, avec quelques séquences déjà  cultes :
âJe me suis senti faible, et je me sens faible Ă chaque instant, et câest pour
ça que je suis fort. Parce que si vous vous sentez pas faible, vous ĂȘtes
pas fortâ, y confesse lâancien prĂ©sident. Et son livre fait un tabac en
librairies : lâancien prĂ©sident se classe deuxiĂšme des ventes derriĂšre AstĂ©rix
et Obélix (eux aussi trÚs trÚs forts, mais pour les raisons que vous savez).
Elisa Bertholomey, Jason Wiels, Sarah Paillou, Kenza Pacenza,Jean-Christophe
Catalon et Pauline de Saint Remy ont notamment contribué à la rédaction de cet
article.
Pour planifier lâexpansion des rĂ©seaux Ă©lectriques europĂ©ens, la Commission
europĂ©enne a propose quâelle soit dotĂ©e dâun nouveau pouvoir contraignant. Une
demande qui intervient alors quâelle sâefforce de moderniser un rĂ©seau
vieillissant pour répondre aux exigences croissantes de la transition
énergétique.
Les modifications quâelle propose sur le rĂšglement sur les rĂ©seaux
transeuropĂ©ens pour lâĂ©nergie (RTE-E) donnerait Ă la Commission le pouvoir de
planifier des âscĂ©narios centrauxâ pour Ă©valuer les amĂ©liorations Ă apporter au
réseau. Cela constituerait un changement radical par rapport au systÚme de
planification actuel, complÚtement décentralisé.
Ces scĂ©narios seraient planifiĂ©s tous les quatre ans par la Commission â et
celle-ci pourrait intervenir aux endroits oĂč aucun projet ne serait prĂ©vu.
Cette proposition fait partie du paquet sur les réseaux européens, un ensemble
législatif présenté ce mercredi.
Lâaccroissement de lâĂ©lectrification, que ça soit pour les transports, les
processus industriels ou le chauffage est nécessaire pour la décarbonation de
lâEurope et le respect de ses engagements climatiques. Mais cette Ă©volution va
peser sur les réseaux électriques et la Commission souhaite avoir un réseau
efficace pour supporter la demande, qui pourrait doubler dâici Ă 2040.
âLe paquet sur les rĂ©seaux europĂ©ens est davantage quâune simple politique
publique, a déclaré mardi Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission en
charge de la transition Ă©cologique. Câest notre engagement pour un avenir
inclusif, oĂč chaque coin de lâUE bĂ©nĂ©ficiera de la rĂ©volution Ă©nergĂ©tique : des
prix bas, une énergie décarbonée, une dépendance réduite vis-à -vis des
combustiles fossiles importés, un approvisionnement sécurisé et un matelas
contre les chocs des prix.â
Outre la planification centralisĂ©e, le paquet lĂ©gislatif propose dâaccĂ©lĂ©rer
lâoctroi de permis pour les rĂ©seaux et autres projets Ă©nergĂ©tiques afin de
mettre plus rapidement en place lâinfrastructure nĂ©cessaire, notamment en
assouplissant les rĂšgles de planification environnementale. Actuellement, la
planification et la construction de nouvelles infrastructures de réseau prennent
environ dix ans.
Pour ce faire, elle modifierait quatre textes législatifs : le rÚglement RTE-E,
la directive sur les énergies renouvelables, la directive sur les marchés de
lâĂ©nergie et la directive sur le marchĂ© du gaz.
Le paquet propose Ă©galement des modĂšles de financement âĂ frais partagĂ©sâ afin
que les pays qui bénéficient des projets contribuent à leur financement, ainsi
que lâaccĂ©lĂ©ration dâun certain nombre de projets clĂ©s dâinterconnexion
Ă©nergĂ©tique Ă travers lâEurope.
Cet article a été initialement publié par POLITICO en anglais et adapté en
français par Alexandre Léchenet.