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Nos 12 Cesar de l’année politique 2025
Après une très jolie promotion 2024, la rédaction de POLITICO à Paris a dressé son palmarès des grands moments de l’année qui vient de s’écouler. Voici, sans plus tarder, nos Cesar politiques 2025 — un cru qui fut, comme le précédent, épatant à bien des égards.  1. PRIX SPÉCIAL DU JURY, CATÉGORIE MEILLEUR PLOT TWIST : LE HARA-KIRI DE FRANÇOIS BAYROU Il nous a pris de cours, le Premier ministre, ce 25 août. Alors que les uns et les autres rentraient tranquillement d’une pause estivale bien méritée, le Béarnais convoquait subitement les journalistes pour une conférence de presse. François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus tard, le 8 septembre. La raison : après la présentation des grandes lignes de son plan budgétaire (un “effort” de 40 milliards d’euros, tout de même), le 15 juillet, et alors qu’une journée “Bloquons tout” était annoncée le 10 septembre, Bayrou estimait ses chances de survie trop faibles. Il fit le choix du “panache”, dans les mots de l’un de ses proches, en obligeant les parlementaires à dire si, oui ou non, ils étaient favorables à ce que le maire de Pau aide la France à reprendre son destin en main, en tout cas dans sa conception des choses. Las, il n’y eu pas l’ombre d’un début de suspense, tant la réponse de Marine Le Pen fut rapide. Le jour même, la présidente du groupe RN tweetait : “Nous voterons évidemment contre la confiance au gouvernement de François Bayrou.” L’affaire était donc pliée. Les quelques jours d’omniprésence médiatique du Premier ministre qui suivirent n’eurent aucun effet sur le vote. Ainsi se termina, sous nos yeux ébahis, le mandat de François Bayrou à Matignon. On avait aussi pensé à : la nomination-dénomination-renomination des gouvernements Lecornu I et II, ou au tweet fatidique de Bruno Retailleau (dans la même semaine). 2. MEILLEUR SCÉNARIO : LE BUDGET 2026 La critique est unanime : l’examen des textes budgétaires pour 2026 a encore repoussé un peu plus le champ des possibles de la politique française. Seule vraie obsession de François Bayrou, dès le printemps, puis de Sébastien Lecornu à la rentrée, ce moment décisif aura donné du fil à retordre aux législateurs comme aux observateurs dont nous sommes. Le gouvernement a eu beau renoncer à l’article 49-3 de la Constitution, et donc faire miroiter un vote aux députés, voilà une idée neuve… qui n’aura pas suffi. Qui aurait pu prédire que le gouvernement et les parlementaires finissent ainsi l’année, le séant entre deux chaises ? D’un côté, la loi de financement de la Sécurité sociale a été ficelée et adoptée, le 16 décembre, grâce notamment à une mise sur pause de la réforme des retraites pour plaire à la gauche — forçant les bancs macronistes à manger leur chapeau. De l’autre, le projet de loi de finances, qui donne les moyens à l’Etat et aux collectivités de fonctionner, a échoué sur la ligne d’arrivée, trois jours plus tard, faute d’un “en même temps” convaincant sur les deniers publics, pourtant spécialité revendiquée du pouvoir en place. Avant la probable relance des débats début janvier, un budget de poche (la loi spéciale), va permettre au pays de marchoter au 1er janvier. Le marathon budgétaire n’aura donc jamais été aussi long et tortueux. Vous n’en pouvez plus ? Vivement le budget 2027 !  François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus tard, le 8 septembre. | Photo pool par Ian Langsdon/EPA On avait aussi pensé à : Richard Ferrand. Le 19 février, l’ancien président de l’Assemblée nationale fut propulsé à la tête du Conseil constitutionnel, sur proposition d’Emmanuel Macron. Mais sa désignation ne se fit qu’à une voix près au Parlement, les représentants du Rassemblement national n’ayant pas pris part au vote. Au point de faire dire à ses détracteurs qu’il doit sa place aux lepénistes. Ce que le principal intéressé, qui a multiplié les coups de fil pour mener campagne, dément catégoriquement. 3. MEILLEUR PLACEMENT DE PRODUIT : BURGER KING François Bayrou a offert une très belle pub à la chaîne de restauration rapide Burger King, cette année, avec son à jamais inimitable “Hmm, Bourguer King“, marmonné à la tribune lors d’un conseil municipal à Pau, alors qu’il était encore Premier ministre. A noter que la marque a décidément la cote avec nos politiques puisque Xavier Bertrand, lui aussi, s’est fendu d’une publication sur ses réseaux sociaux lors d’un récent passage au “BK”. 4. MEILLEUR COSTUME : LA PETITE LAINE DE LECORNU Le chandail vert bouteille de Sébastien Lecornu : le lainage est apparu un samedi après-midi de la mi-octobre sur le site de Paris Match, qui suivait le Premier ministre fraîchement renommé par Emmanuel Macron “loin du tumulte”, sur le marché de Vernon, son fief de l’Eure. Ainsi que, ça n’est pas un détail, sur les réseaux sociaux du chef du gouvernement. Laissant dépasser au passage un joli poireau de son cabas — gageons que le Vernonais commençait tout juste ses courses, sans quoi ses repas de la semaine furent pour le moins spartiates —, le Premier ministre travaillait là, à l’évidence, son style antiparisien, modeste et banal, de “moine-soldat”, selon sa propre expression. Abondamment commentée, l’image est restée gravée dans la rétine des commentateurs. Bonus : à noter que l’amaryllidacée aurait aussi sa place dans notre catégorie “meilleure révélation” (voir plus bas), ayant fait une entrée remarquée en politique dès janvier, lors de la déclaration de politique générale de François Bayrou. Qui remettait en question Parcoursup (la plateforme d’orientation postbac des lycéens) en déclarant : “Les enfants ne sont pas comme les poireaux, ils ne poussent pas tous à la même vitesse et vouloir sélectionner précocement, sans qu’aient mûri l’esprit et les attentes, je pense que c’est une erreur, en tout cas une faiblesse.”  5. MEILLEUR ACTEUR : GÉRALD DARMANIN Le ministre de la Justice s’est illustré cette année dans un rôle où, on ne va pas vous mentir, on ne l’attendait pas : celui du politique qui “ne fait plus de politique”. Tout juste renommé dans le gouvernement Lecornu II, le nordiste a en effet annoncé qu’il se mettait en retrait de ses activités partisanes et renonçait à briguer la mairie de Tourcoing — sa mairie, celle qu’il avait ravie à la gauche en 2014 (rassurez-vous, en principe, il devrait tout de même figurer sur la liste de Doriane Bécue, qui lui a succédé en 2020). Il faut dire que Sébastien Lecornu, son ami, tenait à compter dans son gouvernement des ministres entièrement dédiés à leurs dossiers, et pas tournés vers 2027. Ahem. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quitté Renaissance. Fini donc la “politique partisane” pour l’un des ministres les plus politiques de l’ère Macron, priorité à sa vie de famille et ses fonctions de garde des Sceaux. Vous êtes libres, comme nous et nombre de nos sources, de ne pas y croire. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quitté Renaissance. | Mohammed Badra/EPA On avait aussi pensé à : Sébastien Lecornu, dans le rôle de celui qui “n’est pas candidat à Matignon”. 6. MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE : JORDAN BARDELLA Très belle performance également cette année pour Jordan Bardella, avec son interprétation du “plan B” pour 2027. Condamnée fin mars à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire (entre autres), Marine Le Pen s’est retrouvée privée d’une quatrième candidature à la présidentielle — sauf si son procès en appel, prévu du 13 janvier au 12 février, changeait la donne. Son dauphin a ainsi naturellement été propulsé candidat à sa place, mais pas encore officiellement. Ainsi se prépare-t-il à l’échéance, au point que les sondeurs oublient quelques fois de tester Marine Le Pen, qui, c’est promis, en est “ravie”. Le président du RN, dans le même temps, tâche comme il peut de ne pas donner l’air d’enterrer trop vite la patronne… se qualifiant récemment de “numéro 1 ou numéro 1 bis”, ou se retrouvant contraint d‘expliquer pourquoi il ne cite qu’une seule fois Marine Le Pen dans son dernier livre Ce que veulent les Français (Fayard). 7. MEILLEUR COME-BACK : LES SOCIALISTES À L’ASSEMBLÉE Certes, ils auraient voulu obtenir plus en matière de “justice fiscale”, histoire de moins prêter le flanc aux attaques des Insoumis, notamment. Mais après une année 2024 qui les avait vus revenir en plus grand nombre à l’Assemblée (ils sont désormais 69), les députés socialistes, représentés par leur premier secrétaire Olivier Faure, le président du groupe au Palais-Bourbon, Boris Vallaud, et leurs spécialistes des finances, les médiatiques Jérôme Guedj ou Philippe Brun, ont été au cœur de toutes les discussions, cette année, et d’abord lors des négociations budgétaires. Jusqu’à faire dire aux détracteurs de Sébastien Lecornu dans son camp que le Premier ministre était à ça de faire adopter un “budget de gauche” (diantre). Ce rôle “d’opposition constructive” commence pourtant à leur donner des bouffées d’angoisse à l’approche des municipales. Parmi leurs plus belles victoires ? Parmi leurs plus belles victoires ? Le “bougé” de l’exécutif sur la réforme des retraites — une “suspension”, dans leurs mots, quand certains macronistes, dont le premier d’entre eux, comme les Insoumis et les Ecologistes, préfèrent parler d’un simple “décalage” (la réforme reprendra de fait son entrée en application progressive après l’élection présidentielle, à moins d’une remise à plat des règles du jeu, comme expliqué ici). Mais aussi :  la hausse de la CSG sur une partie des revenus du capital, le dégel des minima sociaux (toutefois réclamé par la quasi totalité de l’hémicycle). On avait aussi pensé à : Bruno Le Maire, qui fut ministre des Armées du 5 au 6 octobre 2025, comme sa fiche Wikipédia en témoigne désormais. Soit à peine 7 ans, 4 mois et 3 jours de moins que la durée de son mandat comme ministre de l’Economie, qui s’était achevé en septembre 2024. 8. MEILLEUR ACCESSOIRE : LA BONNETTE DE MEDIAPART Après l’annonce de la condamnation de son mari, Nicolas Sarkozy, en première instance, dans l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, Carla Bruni passe devant les journalistes présents au tribunal judiciaire de Paris, puis retire et jette du bout des doigts la bonnette du micro de Mediapart, le média à l’origine de la plupart des révélations de l’affaire, dans un sourire crispé. Un scandale de plus, pour certains. Un geste “iconique”, pour d’autres, quand France Inter allait plutôt recueillir le témoignage de la pauvre bonnette.  9. MEILLEUR DOCUMENTAIRE : LA NOMINATION DE MICHEL FOURNIER Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. Une surprise, y compris pour le premier concerné, qui a appris sa nomination… devant sa télé, avait-il raconté à nos confrères de BFMTV. Pas de quoi ébranler son épouse qui, selon le récit du néoministre, “était très intéressée, puisqu’elle regardait un film sur une autre télé” en même temps que l’annonce de la composition du gouvernement.  Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. | Teresa Suarez/EPA 10. MEILLEURE RÉVÉLATION : GABRIEL ZUCMAN Gabriel Zucman, vous connaissez ? Cet automne, on n’a parlé que de lui. Le nom de cet économiste prof à Berkeley et à l’ENS, auteur du livre Les milliardaires ne paient pas d’impôts sur le revenu et nous allons y mettre fin (Seuil), était sur toutes les lèvres et en particulier celles des socialistes, à l’heure où tous se préparaient à entrer dans la mêlée budgétaire. Sa proposition phare ? Instaurer un taux plancher d’imposition de 2% sur les revenus des ménages détenant au moins 100 millions d’euros de patrimoine, vite rebaptisée taxe Zucman. Las, le PS n’a pas réussi à la faire adopter, pas plus que sa contre-proposition d’une version allégée. En attendant, l’économiste a engrangé des points de notoriété. Jusqu’à faire son entrée, début juillet, dans notre classement des 40 personnalités les plus influentes de l’Hexagone ; et se retrouver, début décembre, parmi les quelques Français qui comptent en Europe dans notre classement P28.  11. MEILLEUR SOUFFLEUR : BRUNO RETAILLEAU L’image paraît déjà vintage : il fallait le voir, Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur et aux côtés de son N+1, François Bayrou, lors de la conférence de presse du “comité interministériel de contrôle de l’immigration”, le 26 février dernier. La scène du Premier ministre cherchant péniblement ses mots, ses papiers, puis son verre d’eau, au côté de son ministre de l’Intérieur impassible (ou presque), a fait les délices des réseaux sociaux et des détracteurs du patron du MoDem. 12. MEILLEURE ADAPTATION : LE JOURNAL D’UN PRISONNIER Nicolas Sarkozy dans Le Comte de Monte-Cristo : vingt jours d’incarcération à la prison de la Santé ; ressenti quatorze ans. Plus de deux siècles après Edmond Dantès, l’ex-président de la République endosse dans son Journal d’un prisonnier (Fayard) les habits du héros d’Alexandre Dumas. Rien ne nous sera épargné : son régime alimentaire (il ne s’est nourri que de laitages et de barres de céréales) ; les conditions dans lesquelles il l’a écrit, “au Bic sur une petite table en contreplaqué” ; ses conversations avec l’aumônier de la prison et le rôle de la prière qui lui a donné “la force de porter la croix de cette injustice”. Bonus : si vous voulez l’entendre de vos oreilles, il y a aussi le passage de Nicolas Sarkozy dans le podcast Legend, avec quelques séquences déjà cultes  : “Je me suis senti faible, et je me sens faible à chaque instant, et c’est pour ça que je suis fort. Parce que si vous vous sentez pas faible, vous êtes pas fort”, y confesse l’ancien président. Et son livre fait un tabac en librairies : l’ancien président se classe deuxième des ventes derrière Astérix et Obélix (eux aussi très très forts, mais pour les raisons que vous savez). Elisa Bertholomey, Jason Wiels, Sarah Paillou, Kenza Pacenza,Jean-Christophe Catalon et Pauline de Saint Remy ont notamment contribué à la rédaction de cet article.
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La Commission réclame des nouveaux pouvoirs pour développer les réseaux électriques européens
Pour planifier l’expansion des réseaux électriques européens, la Commission européenne a propose qu’elle soit dotée d’un nouveau pouvoir contraignant. Une demande qui intervient alors qu’elle s’efforce de moderniser un réseau vieillissant pour répondre aux exigences croissantes de la transition énergétique. Les modifications qu’elle propose sur le règlement sur les réseaux transeuropéens pour l’énergie (RTE-E) donnerait à la Commission le pouvoir de planifier des “scénarios centraux” pour évaluer les améliorations à apporter au réseau. Cela constituerait un changement radical par rapport au système de planification actuel, complètement décentralisé. Ces scénarios seraient planifiés tous les quatre ans par la Commission — et celle-ci pourrait intervenir aux endroits où aucun projet ne serait prévu. Cette proposition fait partie du paquet sur les réseaux européens, un ensemble législatif présenté ce mercredi. L’accroissement de l’électrification, que ça soit pour les transports, les processus industriels ou le chauffage est nécessaire pour la décarbonation de l’Europe et le respect de ses engagements climatiques. Mais cette évolution va peser sur les réseaux électriques et la Commission souhaite avoir un réseau efficace pour supporter la demande, qui pourrait doubler d’ici à 2040. “Le paquet sur les réseaux européens est davantage qu’une simple politique publique, a déclaré mardi Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission en charge de la transition écologique. C’est notre engagement pour un avenir inclusif, où chaque coin de l’UE bénéficiera de la révolution énergétique : des prix bas, une énergie décarbonée, une dépendance réduite vis-à-vis des combustiles fossiles importés, un approvisionnement sécurisé et un matelas contre les chocs des prix.” Outre la planification centralisée, le paquet législatif propose d’accélérer l’octroi de permis pour les réseaux et autres projets énergétiques afin de mettre plus rapidement en place l’infrastructure nécessaire, notamment en assouplissant les règles de planification environnementale. Actuellement, la planification et la construction de nouvelles infrastructures de réseau prennent environ dix ans. Pour ce faire, elle modifierait quatre textes législatifs : le règlement RTE-E, la directive sur les énergies renouvelables, la directive sur les marchés de l’énergie et la directive sur le marché du gaz. Le paquet propose également des modèles de financement “à frais partagés” afin que les pays qui bénéficient des projets contribuent à leur financement, ainsi que l’accélération d’un certain nombre de projets clés d’interconnexion énergétique à travers l’Europe. Cet article a été initialement publié par POLITICO en anglais et adapté en français par Alexandre Léchenet.
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Trump s’en prend aux dirigeants européens dans un grand entretien : “Je pense qu’ils sont faibles”
This story is also available in English. Donald Trump présente l’Europe comme un groupe de pays “en décrépitude” dirigés par des personnes “faibles” dans un grand entretien accordé à POLITICO, sermonnant ses alliés et les décrivant comme incapables de contrôler les flux migratoires et de mettre fin à la guerre en Ukraine. Il signale en outre être prêt à soutenir des candidats à des élections en Europe partageant sa vision du continent.  Cette attaque en règle contre les dirigeants politiques européens représente la dénonciation la plus virulente à ce jour du président américain à l’encontre des démocraties européennes, au risque de provoquer une rupture franche avec des pays comme la France et l’Allemagne aux relations déjà très tendues avec l’administration Trump.  “Je pense qu’ils sont faibles”, dit Trump à propos des dirigeants politiques européens. “Mais je pense aussi qu’ils veulent être tellement politiquement corrects.”  “Ils ne savent pas quoi faire”, ajoute-t-il. “L’Europe ne sait pas quoi faire.”  Les commentaires de Trump sur l’Europe interviennent à un moment particulièrement délicat dans les négociations visant à mettre fin à la guerre menée par la Russie en Ukraine, alors que les dirigeants européens s’inquiètent de plus en plus du risque que les Etats-Unis abandonnent l’Ukraine et ses alliés continentaux face à l’agression russe. Dans l’interview, Trump ne donne aucune assurance aux Européens à ce sujet et déclare que la Russie est manifestement en position de force par rapport à l’Ukraine.  Le président américain s’est exprimé depuis la Maison-Blanche, au cours d’un entretien enregistré lundi avec Dasha Burns, journaliste à POLITICO et animatrice du podcast The Conversation. Donald Trump a été désigné personnalité la plus influente sur la politique européenne pour l’année à venir, dans un classement où ont par le passé figuré à la première place le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, la présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni ou encore le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.  Les commentaires du président américain sur l’Europe contrastent fortement avec certaines de ses remarques sur les sujets de politique intérieure dans l’interview. Aux Etats-Unis, Trump et son parti sont confrontés à une série de revers électoraux et à un dysfonctionnement croissant au Congrès, sur fond de mécontentement des électeurs confrontés à des difficultés économiques importantes.   Trump peine à adapter son discours à cette nouvelle réalité : dans l’interview, il attribue une note « A +++++ » à la situation économique du pays, et insiste sur le fait que les prix seraient en baisse dans tous les domaines, tout en refusant d’esquisser des mesures pour faire face à la hausse imminente des primes d’assurance maladie.  Même dans un contexte de turbulences croissantes aux Etats-Unis, Trump reste une figure singulière de la politique internationale.  Ces derniers jours, une vague de consternation a traversé les capitales européennes à la publication du nouveau document sur la stratégie de sécurité nationale de Trump, un manifeste très virulent qui oppose son administration à l’establishment politique européen traditionnel et promet de « cultiver la résistance » intérieure au statu quo européen en matière d’immigration et d’autres questions politiquement sensibles.  Dans l’interview, Trump a encore grossi le trait sur cette vision du monde, décrivant des villes comme Londres et Paris comme croulant sous le poids de l’immigration en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique. Sans un changement de politique frontalière, déclare Trump, certains États européens « ne seront plus des pays viables ».  Utilisant un langage incendiaire, Trump qualifie le maire de gauche de Londres, Sadiq Khan, fils d’immigrants pakistanais et premier maire musulman de la ville, de « désastre » et attribue son élection à l’immigration : « Il a été élu parce que beaucoup de gens sont arrivés. Ils votent pour lui maintenant. »  Lundi, le président du Conseil européen, António Costa, a reproché à l’administration Trump ce document sur la sécurité nationale et a exhorté la Maison Blanche à respecter la souveraineté et le droit à l’autonomie gouvernementale de l’Europe.  « Des alliés ne menacent pas d’interférer dans la vie démocratique ou les choix politiques internes de leurs partenaires », a déclaré Costa. « Ils les respectent. »  Dans son entretien avec POLITICO, Trump empiète sur ces limites et déclare qu’il continuera à soutenir ses candidats préférés lors des élections européennes, même au risque d’offenser les sensibilités locales.  « Je serais prêt à soutenir », a déclaré Trump. « J’ai soutenu des personnes, mais j’ai soutenu des personnes que beaucoup d’Européens n’aiment pas. J’ai soutenu Viktor Orbán », le Premier ministre hongrois d’extrême droite que Trump dit admirer pour ses politiques de contrôle des frontières.  C’est la guerre entre la Russie et l’Ukraine, plutôt que la politique électorale, qui semble occuper le plus l’esprit de Trump. Il affirme avoir proposé un nouveau projet de plan de paix, qui a plu selon lui à certains responsables ukrainiens, mais que Zelenskyy lui-même n’aurait pas encore examiné. « Ce serait bien qu’il le lise », déclare Trump.  Zelenskyy a rencontré lundi les dirigeants français, allemand et britannique et a continué à s’opposer à la cession de territoire ukrainien à la Russie dans le cadre d’un accord de paix.  Le président américain déclare ne guère miser sur les dirigeants européens dans la recherche d’une fin à la guerre : « Ils parlent, mais ils ne produisent rien, et la guerre continue encore et encore. »  Dans un nouveau geste de défiance à l’égard de Zelenskyy, politiquement affaibli en Ukraine par un scandale de corruption, Trump renouvelle son appel à ce que l’Ukraine organise de nouvelles élections.  « Ils n’ont pas organisé d’élections depuis longtemps », déclare Trump. « Vous savez, ils parlent de démocratie, mais on en arrive à un point où ce n’est plus une démocratie.»  AMÉRIQUE LATINE  Tout en affirmant poursuivre un programme de paix à l’étranger, Trump déclare qu’il pourrait étendre encore les actions militaires menées par son administration en Amérique latine contre des cibles qu’elle estime liées au trafic de drogue. Trump a déployé une force militaire massive dans les Caraïbes pour frapper les trafiquants de drogue présumés et faire pression sur le régime autoritaire du Venezuela.  Au cours de l’interview, Trump refuse à plusieurs reprises d’exclure l’envoi de troupes américaines au Venezuela dans le cadre d’une initiative visant à renverser le dirigeant autoritaire Nicolás Maduro, qu’il accuse d’exporter de la drogue et des personnes dangereuses vers les États-Unis. Certains dirigeants de la droite américaine ont averti Trump qu’une invasion terrestre du Venezuela constituerait une ligne rouge pour les conservateurs qui ont voté pour lui en partie pour mettre fin aux opérations militaires à l’étranger.  « Je ne veux ni confirmer ni infirmer. Je ne parle pas de cela », déclare Trump à propos du déploiement de troupes terrestres, ajoutant : « Je ne veux pas vous parler de stratégie militaire. »  Mais le président précise qu’il envisagerait d’utiliser la force contre des cibles dans d’autres pays où le trafic de drogue est très actif, notamment au Mexique et en Colombie.  « Bien sûr, je le ferais », a-t-il déclaré.  Trump défend tout juste certaines de ses actions les plus controversées en Amérique latine, notamment sa récente grâce accordée à l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, qui purgeait une peine de plusieurs décennies dans une prison américaine après avoir été condamné pour un vaste complot de trafic de drogue. Trump déclare qu’il savait « très peu » de choses sur Hernández, si ce n’est que « des personnes très bien informées » lui avaient dit que l’ancien président hondurien avait été injustement pris pour cible par ses adversaires politiques.  « Ils m’ont demandé de le faire et j’ai dit que je le ferais », reconnaît Trump, sans nommer les personnes qui avaient demandé la grâce pour Hernández.  Santé et économie Invité à évaluer la situation l’économique sous son mandat, Trump la qualifie de succès retentissant : « A ++++ ». A propos du mécontentement des électeurs concernant le coût de la vie, Trump déclare que l’administration Biden en est responsable : « J’ai hérité de ce bazar. J’ai hérité d’un vrai bazar ». Le président est confronté à un environnement politique hostile en raison des difficultés financières des Américains. Environ la moitié des électeurs et près de 4 personnes sur 10 ayant voté pour Trump en 2024 ont déclaré dans un récent sondage POLITICO que le coût de la vie n’avait jamais été aussi élevé. Trump déclare qu’il pourrait apporter des modifications supplémentaires à sa politique tarifaire afin de contribuer à faire baisser le prix de certains produits, comme il l’a déjà fait, mais il insiste sur le fait que, dans l’ensemble, les choses vont dans la bonne direction en termes de prix. « Les prix sont tous en baisse », a déclaré Trump, ajoutant : « Tout est en baisse. » Les prix ont augmenté de 3% au cours des 12 mois se terminant en septembre, selon le dernier indice des prix à la consommation.
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Un rapport néerlandais confirme le massacre perpétré par les soldats protégeant le site de TotalEnergies au Mozambique
Les soldats ont séparé les villageois selon leur sexe et les ont dépouillés de leur argent et de leurs téléphones. Environ 180 personnes, en majorité des hommes, ont été entassées dans deux conteneurs. Une femme a accouché à côté des portes. Personne n’a reçu de nourriture ou d’eau. Puis, pendant trois mois, les soldats ont emmené la plupart des hommes et les ont exécutés. Ces scènes, décrites dans un rapport sur les droits de l’homme commandé par les Pays-Bas, apportent de nouvelles preuves que des soldats du gouvernement mozambicain assurant la sécurité du site de TotalEnergies sont responsables d’un massacre perpétré en 2021 et révélé pour la première fois par POLITICO. Elles sont basées sur les témoignages de quatre personnes ayant assisté à un massacre perpétré entre juillet et septembre 2021 dans la guérite de fortune d’un vaste site gazier construit par le géant français de l’énergie dans le nord du Mozambique. Seuls 26 des hommes emprisonnés auraient survécu. Publiés cette semaine, alors que les gouvernements britannique et néerlandais ont annoncé retirer quelque 2,2 milliards de dollars de soutien au projet gazier, les témoignages recueillis recoupent fortement ceux d’une enquête menée en 2024 par POLITICO. Ils accentuent la pression sur un projet déjà mis à mal par une insurrection locale et deux affaires criminelles. Mardi, après la publication du rapport, TotalEnergies a déclaré que sa position sur le massacre restait inchangée. L’entreprise avait déjà affirmé que ses propres “recherches approfondies” n’avaient “pas permis d’identifier d’informations ou de preuves susceptibles de corroborer les accusations de maltraitances graves et de torture”. “TotalEnergies regrette que les auteurs […] ne se soient pas déplacés au Mozambique et n’aient pas mené d’investigation sur le terrain par eux-mêmes, mais aient produit un rapport fondé principalement sur des informations collectées par des tiers”, a réagi l’entreprise dans un communiqué. Les quatre récits — d’un survivant, d’une personne qui connaissait l’un des détenus et de deux témoins oculaires — ont été recueillis indépendamment les uns des autres et de POLITICO, qui n’a pas été informé que le think tank Clingendael, financé par le gouvernement, menait une nouvelle enquête sur le massacre. Le projet de Total au Mozambique est estimé à 20,5 milliards de dollars. | Gallo Images/Getty Images Ils fourniront des éléments supplémentaires à une plainte pénale accusant TotalEnergies de complicité de crimes de guerre en ayant “directement financé et matériellement soutenu” les soldats mozambicains qui protégeaient son site d’une insurrection par des assaillants liés à l’Etat islamique. La société a déclaré “rejeter fermement toutes ces accusations”. Dans un message envoyé après la publication de cet article, un porte-parole de TotalEnergies a ajouté que l’accusation était fausse, car Total avait évacué son personnel et n’était pas sur le terrain au moment du massacre. En mars, le parquet de Nanterre a ouvert une information judiciaire contre TotalEnergies pour homicide involontaire sur son site mozambicain. Au cœur de cette enquête : la société est accusée, trois mois avant les meurtres des personnes détenues dans les conteneurs, d’avoir abandonné les prestataires qui construisaient son site gazier lors d’une attaque de l’Etat islamique en mars 2021 sur la ville voisine de Palma. Une enquête menée de maison en maison par POLITICO a révélé que 1 354 civils ont été tués lors de cette attaque, dont 330 ont été décapités. D’autres enquêtes ont établi que 55 de ces morts faisaient partie du personnel de TotalEnergies. L’entreprise, qui a affirmé n’avoir perdu aucun de ses employés lors de l’attaque, nie ces accusations. VIOLENCES GÉNÉRALISÉES Le rapport néerlandais indique que le massacre des personnes détenues dans les conteneurs s’inscrit dans un schéma systématique de viols et d’exécutions de masse, en représailles à l’attaque de l’Etat islamique, appliqué par l’armée contre les villageois vivant autour du site de TotalEnergies. Les assaillants de l’Etat islamique ayant sillonné la région pendant des semaines après leur attaque sur Palma, 25 000 à 30 000 personnes ont cherché refuge devant les portes de Total, ce qui a “exacerbé la situation humanitaire déjà désastreuse”, peut-on lire dans le rapport. “En juin 2021, la situation était devenue catastrophique, des personnes (dont de nombreux enfants) mourant quotidiennement de faim, de maladie ou d’absence de traitement médical”, écrivent les auteurs. La réaction de l’armée a été de voler l’aide et de vendre la nourriture pillée à des prix exorbitants. C’est également à ce moment-là qu’une armée “incapable de distinguer les ‘villageois’ des ‘terroristes’” s’est vengée sur la population civile. “Les villageois ont déclaré avoir découvert des corps dans les terres agricoles environnantes, dont on pense généralement qu’il s’agit de victimes de la violence [de l’armée]”, peut-on lire dans le rapport, qui précise que “des témoins oculaires ont également fait état de cas de violences sexuelles. Dans [un village], des habitants ont raconté que des soldats ivres étaient entrés dans les maisons sans permission et avaient violé des femmes.” Dans un autre village, une enquête aléatoire menée auprès de 60 ménages a révélé que 57% d’entre eux comptaient au moins un membre qui avait été tué. Les personnes entassées par les soldats dans les conteneurs ont subi trois mois de maltraitances physiques, selon le rapport. D’après le survivant qui s’est exprimé auprès des auteurs, un jour, un grand groupe a été emmené. “D’autres ont été emmenés en plus petits groupes, pour ne plus jamais revenir. Le survivant pense qu’ils ont été interrogés et exécutés.” Les défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement ont demandé à TotalEnergies de reconsidérer son projet à la lumière des pertes de vies humaines et des violences. | Luisa Nhantumbo/EPA Après leur libération, un survivant a relaté qu’un soldat leur avait dit de ne jamais parler des tueries. “Ceux qui sont morts sont morts ; c’était la guerre”, avait lancé le soldat. “Si quelqu’un demande, dites que les autres étaient dans d’autres conteneurs et qu’ils sont encore en route.” En mai, une enquête menée par l’agence britannique de crédit à l’export, UK Export Finance, qui s’était engagée à prêter 1,15 milliard de dollars au projet de Total, a entendu directement deux des 26 survivants du massacre par le biais d’appels vidéo depuis le Mozambique. UK Export Finance n’a pas encore rendu publiques ses conclusions. Le projet de Total au Mozambique est estimé à 20,5 milliards de dollars. Il fait partie d’un projet plus vaste de développement du gaz naturel qui, avec 50 milliards de dollars, a été présenté comme l’investissement privé le plus important jamais réalisé en Afrique. LE PROJET SE POURSUIT COMME PRÉVU A la suite du rapport néerlandais, les défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement ont demandé à TotalEnergies de reconsidérer son projet à la lumière des pertes de vies humaines et des violences. “Cela fait des années qu’il est flagrant que ce projet est un désastre pour les communautés locales et pour le climat”, a affirmé Antoine Bouhey de Reclaim Finance. Adam McGibbon, d’Oil Change International, a appelé les autres prêteurs à “se retirer eux aussi et à mettre un terme définitif à ce projet cauchemardesque”. Mardi, TotalEnergies a déclaré que son projet gazier se déroulait comme prévu et que ses autres prêteurs avaient “décidé à l’unanimité d’apporter des fonds propres supplémentaires” pour compenser le retrait des Britanniques et des Néerlandais. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, mis à jour avec des commentaires supplémentaires de TotalEnergies, puis édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Le Royaume-Uni abandonne le financement du projet de TotalEnergies au Mozambique
LONDRES — Le Royaume-Uni s’est retiré du financement de Mozambique LNG, un important projet gazier mené par TotalEnergies, a confirmé le gouvernement lundi. Le ministre des affaires étrangères, Peter Kyle, a annulé le projet d’aide de plus d’un milliard de dollars au projet de gaz naturel liquéfié, opéré au nord du Mozambique par la major française. En mars 2021, un groupe mozambicain lié à l’Etat islamique, a attaqué la ville de Palma, a proximité du site industriel, où se trouvaient des milliers de travailleurs du projet, tuant 1 354 personnes et en enlevant 209 autres. Au total, 330 personnes ont été décapitées. Parmi les morts se trouvaient 55 ouvriers travaillant sur le projet de Total, selon une enquête menée de maison en maison par POLITICO. Une unité militaire mozambicaine opérant depuis la guérite de l’installation gazière a massacré au moins 97 civils au cours de l’été 2021, a rapporté POLITICO l’année dernière. Le soutien financier britannique, sous la forme de prêts publics et de garanties pour les exportateurs britanniques et les banques soutenant le projet, avait été suspendu après que TotalEnergies eut invoqué la force majeure — une clause contractuelle qui permet aux entreprises de suspendre leurs obligations en cas de catastrophe — suite à la détérioration de la situation sécuritaire dans la région. En ce qui concerne le massacre de civils, TotalEnergies a déclaré précédemment qu’il n’avait “aucune connaissance des événements allégués (…) et n’a jamais reçu d’informations indiquant que de tels événements ont eu lieu”. Peter Kyle a confirmé aujourd’hui dans une déclaration écrite qu”“après un examen détaillé, le gouvernement britannique a décidé de mettre fin à la participation de l’UKEF [UK Export finance, l’agence britannique de crédit à l’export] au projet”. Il a ajouté : “Mes collaborateurs ont évalué les risques liés au projet et le gouvernement estime que ces risques ont augmenté depuis 2020. Ce point de vue est fondé sur une évaluation complète du projet et sur les intérêts des contribuables britanniques, qui sont mieux servis en mettant fin à notre participation au projet à ce stade.” L’UKEF remboursera les primes déjà versées au projet. Peter Kyle a insisté sur le fait que le gouvernement était “engagé dans notre partenariat national avec le Mozambique”. La décision de financer le projet a été prise par l’administration conservatrice de Boris Johnson en 2020, mais elle est depuis lors entachée de controverse. Peter Kyle a fait valoir que le financement du projet ne servait plus “les intérêts de notre pays”. La branche britannique de l’ONG environnementaliste Les Amis de la Terre a salué la décision du gouvernement, rappelant que le gaz extrait du gisement pourrait générer environ 4,5 milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre au cours de sa durée de vie, soit plus que les émissions annuelles combinées des 27 pays de l’Union européenne. “Ce projet gazier au Mozambique est une énorme bombe à retardement en matière de carbone, liée à de graves violations des droits de l’homme. Il n’aurait jamais dû être financé par le contribuable britannique, a déclaré Asad Rehman, directeur général à Londres des Amis de la Terre. Nous exhortons maintenant les autres pays à suivre l’exemple et à cesser de soutenir ce projet destructeur.” A l’heure de la publication, TotalEnergies n’avait pas répondu à notre demande de commentaire. Graham Lanktree a contribué à cet article. Il a été initialement publié en anglais par POLITICO et adapté en français par Alexandre Léchenet.
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Energie et Climat France
Pétrole
GNL
Dix ans après, que reste-t-il de l’Accord de Paris sur le climat ?
Cela fait dix ans que les Etats-Unis et l’Europe ont poussé les pays du monde entier à adopter un accord historique visant à mettre un terme au réchauffement incontrôlé de la planète. Conclu par près de 200 pays, ce traité constituait un potentiel “tournant pour le monde”, avait alors déclaré le président américain de l’époque, Barack Obama. Presque tous les pays de la planète ont signé l’Accord de Paris de 2015, un pacte dont le succès devait reposer sur la pression des pairs, une ambition croissante et, sur le plan économique, une révolution de l’énergie propre. Mais dix ans plus tard, les actions entreprises pour répondre à ces espoirs ne sont pas à la hauteur. Les Etats-Unis ont quitté l’accord ; deux fois. Le président Donald Trump a mis un coup d’arrêt aux projets d’énergie verte dans son pays et trouve des alliés pour l’aider à saper les initiatives climatiques à l’étranger, tout en signant des accords commerciaux qui engagent les pays à acheter davantage de combustibles fossiles américains. L’Europe reste sur la bonne voie pour respecter ses engagements en matière de climat, mais sa détermination vacille, car entre des électeurs inquiets pour leur pouvoir d’achat et la montée des partis d’extrême droite, des doutes ont émergé quant à la rapidité avec laquelle l’UE pourra tenir sa promesse de se détourner des énergies fossiles. L’Accord de Paris a contribué à ancrer la sensibilisation au changement climatique dans la culture populaire et la politique, a conduit des pays et des entreprises à s’engager à réduire leurs émissions carbone à zéro et a contribué à orienter un flot d’investissements vers les énergies propres. D’après les scientifiques, le traité semble avoir réduit les risques d’atteindre les niveaux de réchauffement les plus catastrophiques. En revanche, la production de pétrole et celle de gaz n’ont pas encore atteint son pic, tandis que les émissions de CO2 et les températures continuent d’augmenter. Ces dernières ne sont d’ailleurs plus qu’à quelques dixièmes de degrés du point de bascule convenu à Paris. Mais les coûts de l’énergie verte ont tellement baissé que, dans la plupart des régions du monde, elle est devenue la forme d’énergie la moins chère et elle est déployée à un rythme encore impensable il y a dix ans. Les dirigeants et les diplomates, qui se réunissent au Brésil à partir de cette semaine pour les négociations annuelles des Nations unies sur le climat, seront confrontés à un test : défendre l’Accord de Paris face à l’opposition de Trump tout en soulignant que ses objectifs sont à la fois nécessaires et bénéfiques. Le sommet organisé dans la ville portuaire amazonienne de Belém devait être celui où les pays riches et pauvres allaient célébrer leurs progrès et s’engager à réduire toujours plus les émissions de gaz à effet de serre. Au lieu de cela, le mépris des Etats-Unis pour les efforts climatiques mondiaux et un message confus de l’Europe rajoutent des difficultés alors que la période actuelle est bien plus incertaine que celle lors de l’adoption de l’Accord de Paris. Certains experts climatiques sont encore optimistes… jusqu’à un certain point. “Je pense que l’architecture de base résiste à la destruction de Trump”, a estimé John Podesta, président du Center for American Progress, un organisme de centre gauche qui a coordonné la politique climatique sous les présidents Obama et Biden. Mais cette résistance pourrait s’affaiblir si les Etats-Unis restent en dehors de l’accord, ce qui priverait le mouvement climat du leadership et du soutien américains, a-t-il poursuivi. “Si tout cela disparaît, et pour longtemps, je ne sais pas si la structure tiendra le coup”, a prévenu John Podesta. D’autres diplomates du climat affirment que l’esprit de coopération de 2015 serait difficile à recréer aujourd’hui, raison pour laquelle il est essentiel d’appliquer l’Accord de Paris. “Si nous devions renégocier [l’Accord de] Paris aujourd’hui, nous n’obtiendrions jamais l’accord que nous avions eu il y a dix ans”, a tranché Rachel Kyte, représentante spéciale du Royaume-Uni pour les questions climatiques. “Mais nous pouvons aussi regarder ces données extraordinaires, qui montrent que la tendance est très claire”, a-t-elle plaidé, faisant référence à la croissance des énergies propres. “Et la plupart de ceux qui cherchent à protéger leurs investissements sont intéressés par cette tendance.” LE PARADOXE DE PARIS S’il y a bien une chose qui ne s’est pas affaiblie, c’est l’intérêt économique pour les énergies propres. Les facteurs économiques derrière les investissements que l’Accord de Paris a contribué à déclencher ont même dépassé ce que ses auteurs avaient prévu. Mais la volonté politique pour faire en sorte que les pays continuent à aller de l’avant n’est pas toujours au rendez-vous, voire elle est parfois au point mort, alors que les Etats-Unis — la plus grande économie du monde, la seule superpuissance militaire et, historiquement, le plus grand émetteur de CO2 — s’attaquent à ses fondements mêmes. Les tentatives de Trump de saper l’accord — que résume le slogan de la Maison-Blanche de 2017 : “Pittsburgh, pas Paris” — ont également eu un impact sur les ambitions européennes, a jugé Laurence Tubiana, l’architecte du traité, fin octobre devant la presse. “Je n’ai jamais vu une telle agressivité contre la politique climatique nationale partout dans le monde à cause des Etats-Unis”, a confié Laurence Tubiana. “Nous sommes donc réellement confrontés à une bataille idéologique, une bataille culturelle, où le climat fait partie de cet ensemble que le gouvernement américain veut vaincre.” La Maison-Blanche a fait savoir que Donald Trump se concentre sur l’exploitation du pétrole américain et sur le dialogue avec les dirigeants étrangers sur les questions énergétiques, plutôt que sur ce qu’elle appelle la “nouvelle arnaque verte”. Les Etats-Unis n’enverront pas de représentants de haut niveau à la COP30. “La nouvelle arnaque verte aurait tué l’Amérique si le président Trump n’avait pas été élu pour mettre en œuvre son programme énergétique de bon sens”, a déclaré Taylor Rogers, un porte-parole. “Le président Trump ne mettra pas en péril la sécurité économique et nationale de notre pays pour poursuivre de vagues objectifs climatiques qui tuent d’autres pays.” Donald Trump n’est pas le seul défi auquel l’Accord de Paris fait face. Même sous Obama, les Etats-Unis ont insisté pour que les objectifs du traité en matière d’émissions de CO2 ne soient pas contraignants, afin d’éviter un vote de ratification par le Sénat qui aurait très probablement été contre. Toutefois, contrairement aux précédents accords sur le climat auxquels les Etats-Unis avaient refusé de se joindre, tous les pays — y compris et surtout la Chine — doivent présenter un plan de réduction de leurs émissions. Le traité laisse aux gouvernements le soin de tenir leurs propres engagements et de pousser les retardataires à faire mieux. Un contexte politique exceptionnel a contribué à faire avancer les négociations. Barack Obama, qui misait une partie de son héritage politique sur la conclusion d’un accord mondial sur le climat, avait passé l’année précédant l’Accord Paris à négocier un traité distinct avec la Chine, dans lequel les deux pays, qui sont les plus gros pollueurs de la planète, s’engageaient à réduire leurs émissions. La France, en tant qu’hôte des négociations, était également déterminée à parvenir à un accord mondial. L’année suivante, plus de 160 pays ont présenté leurs plans initiaux de lutte contre le réchauffement climatique au niveau national et ont commencé à travailler à l’élaboration des règles qui allaient servir de fondement au traité. “L’Accord de Paris n’est pas une machine à produire de l’ambition. Il ne fait que nous rappeler le niveau d’ambition dont nous avons convenu […] et suggère ce qui est nécessaire pour revenir sur la trajectoire”, a décrit Kaveh Guilanpour, vice-président chargé des stratégies internationales au Center for Climate and Energy Solutions et négociateur pour le Royaume-Uni lors des négociations à Paris. “Que les pays le fassent ou non, c’est essentiellement leur affaire.” Catherine McKenna, ancienne ministre canadienne de l’Environnement qui a notamment négocié le mécanisme de crédits carbone de l’Accord de Paris, a qualifié le traité d’“incroyable exploit”, mais qu’il n’allait pas se mettre en œuvre tout seul. “Le problème, c’est que désormais c’est vraiment au bon vouloir des pays, villes, régions, entreprises et institutions financières d’agir”, a-t-elle pointé. “Ce n’est plus une histoire de traité ; maintenant, c’est : ‘faites le travail.’” QUAND LE VERT DEVIENT GRIS Les signes de discorde ne sont pas difficiles à trouver dans le monde entier. La Chine resserre son emprise sur la fabrication et l’exportation d’énergies propres, garantissant l’accès à un plus grand nombre de pays à des énergies renouvelables peu coûteuses, mais créant des tensions dans les régions qui souhaitent également bénéficier des emplois et des revenus générés par la fabrication de ces équipements et qui craignent de trop dépendre d’un seul pays. Au Canada, le Premier ministre Mark Carney, ancien envoyé des Nations unies pour le climat, a supprimé la taxe carbone pesant sur la consommation et prévoit d’exploiter davantage de gaz naturel afin de renforcer les défenses économiques face aux Etats-Unis. L’Union européenne a passé les cinq dernières années à élaborer un vaste ensemble de réglementations écologiques et de mesures sectorielles, et elle estime être à peu près en bonne voie pour atteindre ces objectifs. Cependant, bon nombre des 27 gouvernements — sous la pression d’une extrême droite en progression, de prix élevés de l’énergie, des difficultés de certaines industries et de la guerre de la Russie contre l’Ukraine — demandent aujourd’hui à l’UE de réévaluer un certain nombre de ces politiques. Toutefois, les points de vue au sein de l’Union divergent fortement, certains préconisant de petites modifications, quand d’autres veulent revenir sur des pans entiers de la législation. “L’Europe doit rester un continent de cohérence”, a défendu Emmanuel Macron après une réunion des dirigeants de l’UE en octobre. “Elle doit aller plus vite sur la compétitivité, mais elle ne doit pas renoncer à ses objectifs [climatiques].” Le Premier ministre polonais Donald Tusk, en revanche, a déclaré après la même réunion qu’il se sentait conforté par l’opposition historique de son pays à l’agenda vert européen : “Dans la plupart des capitales européennes, on aborde différemment aujourd’hui ces ambitions climatiques européennes exagérées.” Au-delà de l’UE, la plupart des pays dans le monde n’ont pas encore soumis leurs derniers plans de réduction des émissions de carbone aux Nations unies. Si les plans annoncés par les gouvernements s’inscrivent pour la plupart dans le prolongement des précédents, ils ne prévoient encore que des réductions modestes par rapport à ce qui est nécessaire pour limiter à 1,5 degré le réchauffement de la Terre depuis l’ère préindustrielle. Selon les scientifiques, dépasser ce seuil entraînerait davantage de décès, ainsi que des dommages physiques et économiques dont il serait de plus en plus difficile de se remettre à chaque dixième de degré de réchauffement supplémentaire. Le dernier rapport de l’ONU, qui expose l’écart entre les nouvelles promesses des pays et les objectifs de l’Accord de Paris, a montré que le monde est sur la voie d’un réchauffement de 2,3 à 2,5 degrés, une différence marginale par rapport aux plans soumis en 2020, et même presque nulle si l’on exclut l’engagement des Etats-Unis. Les politiques mises en place à l’heure actuelle laissent présager un réchauffement de 2,8 degrés. “Nous devons réaliser une baisse sans précédent des émissions de gaz à effet de serre dans un délai toujours plus court et dans un contexte géopolitique difficile”, a résumé Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement. Mais le faire a aussi du sens, a-t-elle ajouté. “C’est là que le marché montre que ce type d’investissements intelligents, propres et verts crée en réalité des emplois et des opportunités. C’est là que se trouve l’avenir.” Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré dans un message vidéo mardi que le dépassement de l’objectif de 1,5 degré fixé à Paris était désormais inévitable dans les années à venir. Il a imploré les dirigeants de déployer rapidement les énergies renouvelables et d’arrêter l’expansion du pétrole, du gaz et du charbon pour s’assurer que ce dépassement soit de courte durée. “On est dans un sacré pétrin”, a lancé Bill Hare, un climatologue chevronné qui a fondé l’institut Climate Analytics. Les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas diminué et on n’a pas pris plus de mesures alors que les catastrophes climatiques se sont multipliées. “Je pense que ce qui se profile est un test majeur pour l’Accord de Paris, probablement le test le plus important. Cet accord peut-il aller de l’avant sous le poids de tous ces défis ?” formule Bill Hare. “S’il n’y parvient pas, les gouvernements s’interrogeront franchement sur ses avantages.” Cela ne veut pas dire que tout est perdu. En 2015, le monde se dirigeait vers un réchauffement d’environ 4 degrés, ce qui, selon les chercheurs, aurait été dévastateur pour une grande partie de la planète. Aujourd’hui, cette projection est inférieure d’environ un degré. “Je pense que beaucoup d’entre nous à Paris étaient très dubitatifs à l’époque quant à la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5” degrés, confie Elliot Diringer, un ancien responsable du climat qui dirigeait le programme international du Center for Climate and Energy Solutions lors des négociations de l’Accord de Paris. “La question est de savoir si notre situation est meilleure grâce à l’Accord de Paris”, a-t-il exposé. “Je pense que la réponse est oui. Avons-nous assez avancé ? Absolument pas.” LES TECHNOLOGIES VERTES DÉFIENT LES ATTENTES En outre, l’adoption de technologies énergétiques propres a progressé encore plus rapidement que prévu, déclenchant ce qu’un expert du climat a appelé un changement dans la politique climatique mondiale. “Nous ne sommes plus dans un monde où seule la politique climatique joue un rôle prépondérant et substantiel, mais de plus en plus l’économie climatique”, a analysé Christiana Figueres, qui était la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 2015. “Oui, la politique est importante, mais elle ne l’est plus autant qu’il y a dix ans.” Le déploiement annuel de l’énergie solaire dans le monde est 15 fois supérieur à ce que prévoyait l’Agence internationale de l’énergie en 2015, selon une analyse récente de l’Energy and Climate Intelligence Unit, une association britannique. Les énergies renouvelables représentent désormais plus de 90% des nouvelles capacités électriques ajoutées chaque année dans le monde, selon BloombergNEF. La Chine déploie un nombre record d’énergies renouvelables et en réduit les coûts pour des pays, tels que le Brésil et le Pakistan, qui ont vu leurs installations solaires monter en flèche. Même aux Etats-Unis, où Donald Trump a abrogé de nombreuses baisses d’impôts et autres mesures incitatives de Joe Biden, BloombergNEF prévoit que les énergéticiens continueront à déployer des installations vertes, en grande partie parce qu’il s’agit souvent du moyen le plus rapide de produire de l’électricité. Les coûts des éoliennes et des batteries diminuent également. Les ventes de véhicules électriques montent en flèche dans de nombreux pays, en grande partie grâce à l’énorme quantité de véhicules bon marché produits par la société chinoise BYD, le plus grand fabricant au monde. Au niveau mondial, les investissements dans les énergies propres sont aujourd’hui deux fois plus importants que ceux consacrés aux énergies fossiles, selon l’Agence internationale de l’énergie. “Aujourd’hui, on peut parler de déploiement de technologies énergétiques propres en raison de leur compétitivité-coût et de leur capacité à réduire les coûts des systèmes énergétiques”, a expliqué Robbie Orvis, directeur senior de la modélisation et de l’analyse à l’institut de recherche Energy Innovation. “Pour beaucoup d’entre elles, ce n’est même pas nécessaire de parler de climat, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans.” Les tendances économiques de la dernière décennie sont frappantes, a souligné Todd Stern, l’envoyé américain pour le climat qui a négocié l’Accord de Paris. Ce traité “a été perçu dans le monde entier, par d’autres pays, dans les conseils d’administration, comme la première fois en plus de vingt ans que les chefs de gouvernement disaient enfin : ‘Oui, faisons-le’”, a-t-il mis en avant. “Et ce n’est pas la seule raison pour laquelle il y a eu un énorme développement technologique, mais cela n’a certainement pas fait de mal.” Néanmoins, il existe des limites à la capacité des entreprises à mener seules la transition vers l’énergie propre. “Il faut une certaine forme d’intervention gouvernementale, qu’il s’agisse d’un bâton ou d’une carotte, pour pousser l’économie vers une trajectoire bas carbone”, a estimé Andrew Wilson, secrétaire général adjoint de la Chambre de commerce internationale. “Si les gouvernements appuient sur le frein de l’action climatique ou commencent sérieusement à mettre la pédale douce, cela a un effet limitatif.” Le Brésil, pays hôte de la COP30, souhaite démontrer que le multilatéralisme fonctionne toujours, qu’il est utile pour la vie des gens et qu’il est capable de répondre aux impacts climatiques auxquels les communautés du monde entier sont confrontées. Mais l’objectif des négociations de cette année pourrait être encore plus simple, selon Kaveh Guilanpour, l’ancien négociateur pour le Royaume-Uni. “Si nous sortons de la COP30 en démontrant que l’Accord de Paris est vivant et fonctionne, a-t-il souligné, je pense que dans le contexte actuel, ce serait déjà une information en soi.” Nicolas Camut à Paris, Zi-Ann Lum à Ottawa, Karl Mathiesen à Londres et Zia Weise à Bruxelles ont contribué à cet article, qui a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Les pays de l’UE se mettent d’accord sur des objectifs climatiques affaiblis
BRUXELLES — Les ministres de l’Environnement de l’Union européenne sont parvenus à un accord qui édulcore l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre proposé pour 2040 et établit un nouveau plan climatique pour 2035. A l’issue de négociations marathon qui se sont déroulées toute la journée de mardi et la matinée de mercredi, les ministres ont approuvé à l’unanimité le nouveau plan climatique de l’UE pour 2035. Attendu de longue date, il évite ainsi à l’UE d’arriver les mains vides au sommet de la COP30, qui commence dans quelques jours au Brésil. Le plan, qui est une exigence de l’Accord de Paris, fixe un nouvel objectif visant à réduire les émissions de l’UE entre 66,25% et 72,5% par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2035. Ce plan n’est pas juridiquement contraignant, mais définit l’orientation de la politique climatique européenne pour les cinq prochaine années. Il reprend une déclaration informelle que l’UE a présentée lors du sommet sur le climat qui s’est tenu à New York en septembre. Les ministres ont également adopté un objectif juridiquement contraignant visant à réduire les émissions dans l’UE de 85% d’ici à 2040. L’accord prévoit qu’une réduction supplémentaire de 5% sera obtenue en externalisant des réductions d’émissions à l’étranger par l’achat de crédits carbone internationaux. En outre, les gouvernements des 27 seraient autorisés à utiliser des crédits carbone supplémentaires pour externaliser jusqu’à 5 points de pourcentage de leurs objectifs nationaux de réduction d’émissions. Les ministres ont aussi soutenu une clause de révision large qui permet à l’UE d’ajuster son objectif pour 2040 à l’avenir si la politique climatique s’avère avoir des effets négatifs sur l’économie européenne. L’accord prévoit également de retarder d’un an la mise en œuvre du nouveau marché européen du carbone (ETS2) pour les émissions liées au chauffage des bâtiments et aux transports routiers, qui doit débuter en 2027. La Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque et la Pologne n’ont pas soutenu l’accord sur l’objectif 2040, tandis que la Bulgarie et la Belgique se sont abstenues. Les autres pays de l’UE l’ont soutenu. Les députés du Parlement européen doivent maintenant adopter leur propre position sur l’objectif 2040 et négocier avec le Conseil de l’UE avant que ce dernier ne puisse entrer en vigueur. Zia Weise a contribué à cet article. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Alexandre Léchenet.
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Négociations climatiques
Les objectifs de l’accord de Paris sur le climat sont loin d’être atteints, alerte l’ONU
Selon un rapport du programme des Nations unies sur l’environnement publié mardi, les nouveaux plans nationaux conçus pour lutter plus efficacement contre le changement climatique ne vont pas beaucoup infléchir les projections de températures mondiales déjà dangereusement élevées. Ces conclusions soulignent la tâche qui attend les différents pays participant aux négociations sur le climat de la COP30, qui débutent le 10 novembre au Brésil. Le rapport des Nations unies montre que les pays se sont engagés sur une voie qui entraînerait des changements à long terme pour la planète, tels que des vagues de chaleur plus meurtrières, une élévation vertigineuse du niveau de la mer et des phénomènes extrêmes plus probables tels que les incendies et les sécheresses. Les températures augmenteraient de 2,3 à 2,5 degrés par rapport aux niveaux de l’ère préindustrielle d’ici à 2100 si les gouvernements suivaient les politiques présentées dans leurs stratégies climatiques officielles la semaine dernière, selon son rapport annuel intitulé Emissions gap report. Cette trajectoire dépasserait de loin les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat de 2015 dont l’objectif est de maintenir l’augmentation “bien en dessous” de 2°C et du but plus ambitieux de 1,5°C. “Les pays ont eu trois occasions d’atteindre leurs engagement dans le cadre de l’Accord de Paris, et à chaque fois, elles sont tombées à côté de la cible”, indique le rapport. “Nous avons toujours besoin d’une réduction d’ampleur sans précédent des émissions de gaz à effet de serre, dans un délai toujours plus court, dans un contexte géopolitique difficile.” Bien que la trajectoire représente un progrès depuis l’Accord de Paris, lorsque la hausse de température prévue se rapprochait de 4°C, elle est encore loin d’être suffisante, selon ce même document. Les Nations unies sont parvenues à la conclusion que l’augmentation de la température sur plusieurs décennies dépassera 1,5 °C pour la première fois au cours de la prochaine décennie. Ce faisant, elles franchiraient un seuil politique critique. Les pays ont largement axé leurs stratégies sur l’évitement de ce point de repère, en citant les prévisions désastreuses d’un rapport spécial des Nations unies sur la science du climat publié en 2018, qui mettait en garde contre la probabilité accrue de provoquer des “points de basculement” climatiques irréversibles. “L’Accord de Paris ne fixe pas de date butoir ou d’échéance pour son objectif. Il est largement compris comme une obligation juridique, morale et politique”, indique le rapport, notant que “chaque fraction de degré de réchauffement climatique a de l’importance”. En réalité, les pays s’éloignent encore davantage de leurs engagements initiaux : presque toutes les améliorations — représentant 0,1°C de réchauffement — par rapport aux plans nationaux soumis en 2020, lorsque la trajectoire poussait vers un réchauffement de 2,6° à 2,8°C, sont dues à des changements méthodologiques. Le deuxième retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat sous la présidence de Donald Trump effacerait encore 0,1°C de progrès, a déclaré l’ONU. Donald Trump ne fera qu’exacerber le problème en mettant à l’écart la plus grande économie mondiale et le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre. L’ONU a constaté que les récents revirements de politique augmenteraient les émissions américaines d’une gigatonne jusqu’en 2030, ce qui représente une augmentation significative par rapport à l’objectif de l’ancien président Joe Biden de réduire les émissions américaines à environ 3 gigatonnes cette année-là. Selon le rapport, les tendances en matière de pollution vont elle aussi dans la mauvaise direction au niveau mondial. Les gaz à effet de serre ont augmenté de 2,3% par rapport aux niveaux de 2023, près du double de l’augmentation de 1,6% entre 2022 et 2023 et quatre fois plus rapide que le taux de croissance annuel moyen des années 2010. Le changement d’affectation des terres et la déforestation ont entraîné une hausse des émissions en 2024, combinée à une forte consommation de combustibles fossiles. L’ONU a déclaré que l’objectif était désormais de limiter le “dépassement” de 1,5 °C et de réduire à terme les températures mondiales. Le rapport évalue un scénario qui a 66% de chances de limiter ce dépassement à 0,3 °C et de ramener les températures sous la barre des 1,5°C d’ici à 2100. Mais la plupart des pays sont loin de mettre en œuvre toutes les politiques nécessaires pour atteindre leurs objectifs pour 2030, le monde étant actuellement sur la voie d’un réchauffement de 2,8°C supplémentaires. Et seulement 60 signataires de l’Accord de Paris — même pas un tiers du total — ont déposé leurs contributions nationale (CDN), les plans nationaux réclamés tous les cinq ans, avant la date limite du 30 septembre. Un date déjà décalée de plusieurs mois ; la limite initiale étant en février. Les pays du G20, qui, en dehors des pays de l’Union africaine, sont responsables de 77% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, doivent montrer la voie, a déclaré l’ONU. Jusqu’à présent, seuls sept membres du G20 ont finalisé leur dernière CDN, tandis que trois autres ont annoncé des objectifs informels. Les propositions du G20 sont également insuffisantes dans l’ensemble, car aucune n’a renforcé ses objectifs pour 2030, a déclaré l’ONU. “L’accélération des mesures d’atténuation offre des avantages et des opportunités”, rappelle le rapport, ajoutant que “les nouvelles CDN et la situation géopolitique actuelle n’offrent pas de signes prometteurs que cela se produira”. Il ajoute que c’est ce que les pays et le mutlilatéralisme doivent résoudre “pour affirmer l’engagement collectif et la confiance dans la réalisation de l’objectif de température de l’Accord de Paris”. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Alexandre Léchenet.
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TotalEnergies condamné pour tromperie sur ses affirmations écologiques
Le géant pétrolier TotalEnergies a trompé ses clients et le grand public en prétendant être un acteur majeur de la transition énergétique, a jugé aujourd’hui le tribunal judiciaire de Paris. A la suite du changement de nom de Total en TotalEnergies en 2021, le producteur pétrolier français avait lancé une campagne publicitaire affirmant que l’entreprise avait une “ambition de neutralité carbone d’ici 2050” Elle affirmait être “un acteur majeur de la transition énergétique” et mettre “le développement durable au cœur de notre stratégie, de nos projets et de nos opérations pour contribuer au bien-être des populations, en ligne avec les Objectifs de développement durable définis par les Nations Unies” (des déclarations encore lisibles sur leur site). Le tribunal a estimé que la major pétrolière s’était livrée à des “pratiques commerciales trompeuses” en diffusant sur son site web des affirmations faisant apparaître ses activités comme plus vertes qu’elles ne l’étaient — une pratique connue sous le nom de greenwashing (écoblanchiment). Selon le tribunal, ces affirmations étaient “de nature à induire en erreur le consommateur, sur la portée des engagements environnementaux du groupe”. Le tribunal a ordonné à TotalEnergies de cesser de diffuser les allégations trompeuses “dans un délai d’un mois”, sous peine d’une amende de 10 000 euros par jour de retard. Le procès contre la major pétrolière a été intenté en 2022 par un groupe d’ONG environnementales, dont les Amis de la Terre France, Greenpeace et Notre Affaire à Tous, avec le soutien de l’organisation caritative spécialisé dans le droit de l’environnement ClientEarth. “Nous espérons que la décision du tribunal aidera à faire la lumière sur la réalité des activités de Total, qui continue son expansion pétrogazière”, a déclaré Juliette Renaud, membre des Amis de la Terre France, dans un communiqué. “Il est temps de contraindre Total et les autres majors à se conformer aux recommandations des scientifiques pour en finir avec le développement de nouveaux projets fossiles”, a-t-elle ajouté. Contacté, TotalEnergies n’a pas répondu au moment de la publication. L’entreprise peut faire appel de la décision. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Alexandre Léchenet.
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Sous la pression de la France et de l’Allemagne, le vote sur l’objectif climatique pour 2040 est annulé
BRUXELLES — Les gouvernements européens ne voteront pas jeudi prochain pour fixer l’objectif climatique de l’Union en 2040, ont déclaré quatre diplomates à POLITICO. Les ministres de l’environnement de l’UE devaient se mettre d’accord sur cet objectif de réduction des émissions pour 2040 lors d’une réunion le 18 septembre prochain à Bruxelles. Toutefois, le Danemark, qui préside les négociations, a annulé le vote, selon les diplomates, qui ont parlé sous conditions d’anonymat. Une discussion ministérielle aura encore lieu jeudi pour préparer un débat au niveau des dirigeants des pays de l’UE. Cette décision intervient après que la France et l’Allemagne se sont joints à la Pologne et l’Italie pour demander que le vote soit reporté jusqu’a ce que les dirigeants nationaux puissent s’exprimer sur l’objectif, créant ainsi une minorité de blocage. La Commission européenne a proposé de réduire les émissions de l’UE de 90% par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2040, mais de nombreux pays ont demandé une marge de manœuvre supplémentaire pour l’atteindre. Certains gouvernements souhaitent également l’affaiblir considérablement. Ce retard risque également de fragiliser la définition d’un objectif intermédiaire pour 2035 requis dans le cadre de l’Accord de Paris, conclu il y a dix ans. Les ministres devaient voter sur les deux objectifs la semaine prochaine, car l’Union avait l’intention de calculer l’objectif pour 2035 en fonction de celui pour 2040. Sans l’objectif pour 2040, l’UE optera probablement pour un objectif moins-disant pour 2035. Les pays devraient encore se prononcer sur ce dernier la semaine prochaine afin de respecter l’échéance de septembre fixée par les Nations unies pour l’élaboration des plans nationaux. Cet article a été initialement écrit en anglais par POLITICO et édité en français par Alexandre Léchenet.
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