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“Pandoro gate” : comment cette affaire a eu raison du couple d’influenceurs le plus glamour et progressiste d’Italie
La chute du couple Instagram le plus influent de la scène politique italienne, à la suite d’un scandale de fraude sur des ventes de pandoro (un gâteau de Noël), émeut la Botte. Une histoire dans laquelle la présidente du Conseil des ministres Giorgia Meloni et son vice-président Matteo Salvini font partie des figurants. Chiara Ferragni, auparavant visage de la mode italienne sur les réseaux sociaux et coqueluche de la gauche, risque une peine de prison cette semaine dans l’affaire dite du “Pandoro gate”. Elle est accusée d’avoir trompé les consommateurs en 2023 en encourageant la vente, à des prix bien plus élevés que sur le marché, de ces brioches en forme d’étoile saupoudrées de sucre, et dont les bénéfices étaient censés soutenir les enfants malades. Son procès a débuté fin novembre à Milan et le verdict est attendu pour le 14 janvier. Les procureurs ont requis une peine de vingt mois de prison. Chiara Ferragni nie catégoriquement tout acte répréhensible. “Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait de bonne foi, aucun d’entre nous n’en a profité”, a-t-elle affirmé au tribunal le 25 novembre. Son ex-mari, le rappeur devenu activiste Federico Lucia, connu sous le nom de Fedez, n’a pas été inculpé dans cette affaire. Mais la pression médiatique a eu raison de leur mariage et Federico Luciail a opéré un virage à droite sur le plan politique qui n’est pas passé inaperçu. Avant même le début du procès, l’affaire était politique. Le couple glamour était célèbre pour son engagement dans des causes progressistes, s’opposant au courant catholique plus traditionaliste. Ils se sont attaqués aux discriminations, ont fait campagne pour les droits des personnes LGBTQ+ et ont collecté des fonds pour les unités de soins intensifs lors de la pandémie de Covid. Dès que le scandale a éclaté, Giorgia Meloni s’est empressée de qualifier Chiara Ferragni de mauvais exemple. “Les vrais modèles […] ne sont pas les influenceurs qui gagnent beaucoup d’argent en vantant les mérites de panettoni coûteux prétendument destinés à des œuvres de charité”, a-t-elle déclaré lors du rassemblement de l’extrême droite italienne, Atreju, en 2023. Chiara Ferragni et son mari Federico Leonardo Lucia, lors de la 76e Mostra de Venise, le 4 septembre 2019 au Lido de Venise. | Alberto Pizzoli/AFP via Getty Images Quelques mois plus tard, en 2024, Meloni a présenté un projet de loi — désormais appelé loi Ferragni — visant directement les influenceurs soupçonnés de tromper leurs fans avec des promotions marketing clinquantes. La proposition de loi n’est pas la base juridique sur laquelle s’appuient les poursuites engagées contre Chiara Ferragni — qui relèvent des lois existantes sur la protection des consommateurs et la fraude —, mais elle a été largement interprétée comme une réponse politique au scandale qui porte son nom. En revanche, Matteo Salvini, le leader du parti de la Ligue, a pris la défense de Chiara Ferragni, se disant “choqué” par la “méchanceté et la rancœur” dirigées contre l’influenceuse et sa famille. Il faut dire qu’un lien semble s’être tissé entre Fedez et Salvini à la suite du Pandoro gate. Autrefois provocateur progressiste et critique virulent de l’extrême droite italienne, Fedez est apparu plus récemment aux côtés de personnalités de droite, a invité Roberto Vannacci — qui fait partie de l’aile dure de la Ligue — à participer à son podcast, et a assisté au congrès des jeunes du parti conservateur Forza Italia. Dans ses mémoires, il a même fait l’éloge de Matteo Salvini, qui a été l’une des rares personnalités publiques à prendre de ses nouvelles régulièrement pendant la période difficile qui a suivi son divorce. “Il est le seul à m’avoir témoigné une véritable empathie. Et ce, malgré le fait que nous avions des idées très différentes et que nous avons dit toutes sortes de choses l’un sur l’autre dans le passé”, a-t-il écrit. POLITICO a contacté la société de l’influence, Chiara Ferragni Brand, ses avocats, ainsi que l’agence de relations publiques de Fedez, mais nos demandes de commentaires sont restées sans réponse. UN EMPIRE DE L’INFLUENCE Avant l’affaire, Chiara Ferragni, 38 ans, et Fedez, 36 ans, ont passé une décennie à bâtir quelque chose d’unique dans la vie publique italienne : un empire qui mélangeait la mode, l’entrepreneuriat, l’activisme et le divertissement en une seule machine d’influence très lucrative. Chiara Ferragni, ancienne étudiante en droit, a lancé le blog The Blonde Salad avec son partenaire de l’époque en 2009. En 2016, il s’est transformé en magazine lifestyle et en plateforme d’e-commerce, vendant des talons aiguilles, des bagages et des sweatshirts conçus par elle, avec son célèbre logo de l’œil aux longs cils brodé sur la poitrine. Les maisons de luxe l’ont remarquée. Elle est passée de la blogosphère aux premiers rangs des fashion weeks, a conclu des partenariats lucratifs et est devenue l’objet d’une étude publiée par la Harvard Business School. Le parcours de Fedez est différent. C’était maître dans l’art “d’intercepter les changements culturels en Italie”, retrace Francesco Oggiano, journaliste et expert en communication numérique et politique. Déjà connue en tant que rappeur au début des années 2010, Fedez s’est réinventé en trublion politique. Il a défié Giorgia Meloni en public, a écrit la chanson officielle des populistes du Mouvement 5 étoiles en 2014 et profité de ses apparitions télévisées au concours de chansons de Sanremo pour critiquer les responsables politiques de droite. Il donnait de la voix, se montrait combatif et n’hésitait pas à mêler sa célébrité à l’activisme. Le pandoro est un gâteau de Noël italien moelleux et beurré, en forme d’étoile à huit branches et saupoudré généreusement de sucre. | Fabio Sepe/Universal Images Group via Getty Images Lorsque Chiara Ferragni et Fedez se sont rencontrés en 2016, leur relation est rapidement devenue une marque partagée. Leur mariage en 2018 a été un événement médiatique saturé de sponsors. Leur vie de famille s’est déroulée comme une émission de téléréalité méticuleusement élaborée et très clinquante, suivie par des millions de personnes. Et cela a fonctionné. “L’Italie a toujours été orpheline de couples royaux”, interprète Francesco Oggiano. Le pays “s’est bercé de l’illusion que [Chiara Ferragni et Fedez] étaient le couple parfait” et a contribué à construire leur mythe en suivant leurs moindres faits et gestes. Ils ont pesé de tout leur poids sur la proposition de loi Zan, un texte visant à protéger les personnes contre la violence et les discriminations fondées sur le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et le handicap, qui n’a jamais vu le jour. Ils ont également utilisé leur plateforme pour amplifier l’affaire Malika, en soutien à une jeune femme chassée de chez elle par sa famille parce qu’elle aimait une autre femme. Et ont collecté des millions pour les unités de soins intensifs pendant la pandémie de Covid. Le duo est devenu une sorte de projet de soft power, offrant une voix à l’Italie des millennials opposée aux cadres nationalistes et catholiques traditionnels. Ils n’étaient pas des politiciens, mais leur influence rivalisait avec celle des responsables politiques aux prises avec un paysage médiatique en pleine mutation. LES DESSOUS DU “GATE” Du fait des opinions et de l’activisme politique du couple, le Pandoro gate a provoqué une chute spectaculaire. Fin 2023, Chiara Ferragni s’est associé au confiseur Balocco pour commercialiser un pandoro en édition limitée dans une boîte rose afin de soutenir l’hôpital pour enfants Regina Margherita de Turin. Le message était simple : achetez un pandoro pour soutenir la recherche contre le cancer. Mais l’aide n’était pas liée aux ventes. Comme l’a révélé la journaliste Selvaggia Lucarelli, Balocco avait déjà fait don d’un montant fixe de 50 000 euros plusieurs mois auparavant, tandis que Chiara Ferragni recevait une commission commerciale pour la campagne. Au départ, même l’hôpital n’a pas compris le fonctionnement de l’offre. L’autorité italienne de la concurrence (AGCM) a par la suite confirmé ces informations, concluant que l’emballage, les communiqués de presse et les messages sur les réseaux sociaux donnaient l’impression trompeuse que les consommateurs soutenaient directement l’initiative caritative. En réalité, aucune part des ventes n’a été reversée, alors que les sociétés de Chiara Ferragni ont gagné plus de 1 million d’euros grâce à la campagne. Les gendarmes de la concurrence ont infligé à Chiara Ferragni et Balocco une amende de plus de 1,4 million d’euros pour pratiques commerciales trompeuses, et ont pointé que des sociétés liées à l’influenceuse avaient profité du schéma. Les associations de consommateurs ont demandé aux procureurs d’enquêter sur les fraudes potentielles et d’envisager de geler les comptes des entreprises de Chiara Ferragni. En 2025, l’affaire s’est déplacé sur le terrain pénal. Les procureurs de Milan ont intégré les conclusions de l’AGCM dans leur dossier, accusant Chiara Ferragni de fraude aggravée pour avoir prétendument suscité de fausses attentes chez les acheteurs. Pour ses ennemis politiques, le Pandoro gate est un cas où un acte de philanthropie a été traité comme un accessoire de marketing. Le procureur général a déclaré, dans le décret qui a décidé que le procès se tiendrait à Milan, que l’influenceuse “utilisait” la charité “pour renforcer son image”. L’ATTENTION OU LA RÉPUTATION Le scandale n’a pas seulement porté atteinte à la marque commerciale du couple. Il a également terni l’image progressiste qu’ils se faisaient d’eux-mêmes. “Fedez a toujours été meilleur pour contrôler le récit”, estime Francesco Oggiano, ce qui explique peut-être pourquoi il a réussi à rester visible dans le paysage médiatique italien. Après le divorce, Fedez a repris le contrôle du récit public en écrivant une autobiographie. Il y décrit comment, déjà en difficulté après une opération du cancer, il est passé par des hospitalisations, des crises de panique, un traitement lourd et des périodes de comportement imprévisible, trouvant des soutiens improbables, notamment auprès de Matteo Salvini. Puis, s’en est suivi un repositionnement public. Fedez a lancé un nouveau podcast, dans lequel il reçoit souvent certaines des personnalités de droite les plus virulentes d’Italie, qu’il s’agisse de responsables politiques ou d’autres artistes et influenceurs. Il appelle cela le “dialogue” ; ses détracteurs parlent d’un virage politique. Son public a également changé : plus masculin, plus sceptique et de plus en plus attiré par une ambiance à la Joe Rogan — animateur américain de podcast, soutien de Donald Trump lors de la présidentielle de 2024 — qui attache plus d’importance aux discussions sans filtre qu’à la clarté idéologique. Chiara Ferragni a préféré le silence. Les problèmes juridiques, l’effondrement de sa réputation et le retrait des marques partenaires la poussent aujourd’hui à se retirer de la scène publique. Leur chute fait disparaître l’un des rares contrepoids avec une forte visibilité à l’actuel gouvernement nationaliste qui maîtrise désormais la communication numérique. Que reste-t-il de leur héritage ? Au niveau national, lorsqu’il s’agit de campagnes de marketing, “les marques sont certainement plus prudentes”, constate Francesco Oggiano. Chiara Ferragni doit désormais affronter une bataille juridique et la pente est raide pour retrouver la confiance du public. Fedez, lui, a troqué l’activisme contre des contenus de divertissement et d’opinion dans son podcast. Leur marque commune, faite d’optimisme entrepreneurial et de plaidoyer progressiste, s’est évaporée. Elle a payé un plus lourd tribut que Fedez, mais les deux carrières ont toujours été construites sur un compromis. Comme le dit Francesco Oggiano : “Il faut choisir entre l’attention et la réputation. Certains choisissent la réputation avant tout, et dès qu’il y a le moindre scandale, tout s’écroule.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Grok restreint l’accès à son générateur d’images qui déshabille les femmes
BRUXELLES — L’IA d’Elon Musk Grok a limité l’accès à son générateur de deepfakes, disponible sur le réseau social X, après que ses utilisateurs ont créé une déferlante d’images de nus non consenties. Grok indique désormais que la création d’images “est actuellement limitée aux abonnés payants”, ce qui “permet de garantir une utilisation responsable pendant que nous continuons à affiner les choses”. Il cite “les problèmes récents et les améliorations apportées aux mesures de protection”. Le chatbot a attiré l’attention des autorités de régulation et des responsables politiques de toute l’Europe après avoir permis à ses utilisateurs de manipuler des photos publiées en ligne pour en faire une série de deepfakes, incluant des représentations de mineurs et de personnalités publiques déshabillés. La vice-première ministre suédoise Ebba Busch a été l’une des dernières victimes les plus en vue. Le message n’est cependant plus visible des utilisateurs européens. “Ce message de Grok a été bloqué dans l’Union européenne en vertu des lois locales”, est-il désormais indiqué. La Commission européenne a ordonné à X jeudi de conserver “tous les documents et données internes relatifs à Grok” — une escalade dans l’enquête en cours sur les politiques de modération de contenus de X — après avoir qualifié les deepfakes sexuellement explicites d’“illégaux”, “épouvantables” et “dégoûtants”. X n’a pas répondu à notre demande de commentaire à l’heure où nous publions.
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Les deepfakes de Grok mettent à l’épreuve la détermination de l’Europe à tenir tête à la tech américaine
BRUXELLES — Le réseau social X d’Elon Musk est dans le viseur des autorités à travers l’Europe après que son intelligence artificielle Grok a produit une série de deepfakes de nus, dont des représentations de mineurs dévêtus. L’affaire devient rapidement le dernier test en date pour l’Europe, qui doit déterminer si elle ose sévir contre Elon Musk et d’autres plateformes des géants américains, sachant qu’elle s’attirerait les foudres Donald Trump, dans un contexte de crise de confiance transatlantique majeure et de menaces sur le Groenland. Il y a tout juste un mois, Bruxelles a infligé une amende de 120 millions d’euros à X pour avoir enfreint la législation phare de l’Union européenne pour réguler les plateformes, le règlement sur les services numériques (DSA). Cette sanction a suscité une vive réaction de la part de Washington, l’administration américaine imposant une interdiction de séjour à l’ancien commissaire européen chargé des questions numériques et architecte du DSA, Thierry Breton, ainsi qu’à quatre militants de la lutte contre la désinformation. Lorsque Grok a commencé à produire à tour de bras des deepfakes sexuellement explicites et non consentis la semaine dernière, les autorités de régulation à Paris, Bruxelles, Londres, Dublin et dans d’autres capitales de l’UE ont lancé des enquêtes. Lundi, Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne pour les questions numériques, a qualifié cette pratique d’“illégale”, d’“épouventable” et de “dégoûtante”. Jeudi, l’exécutif européen a annoncé avoir ordonné à X de conserver “tous les documents et données internes relatifs à Grok”, intensifiant l’enquête en cours sur les politiques de modération de contenus du réseau social. Le DSA prévoit des amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires annuel mondial. En principe, il permet également à l’UE d’imposer une interdiction temporaire de X dans toute l’Europe, mais cela est considéré comme une “mesure de dernier recours”. Reste que les enquêtes prennent de nombreux mois et doivent avoir l’aval de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. “Ces incidents sont profondément troublants, totalement inacceptables et soulèvent des questions urgentes quant au respect et à l’application des règles européennes existantes”, a écrit Regina Doherty, eurodéputée irlandaise du Parti populaire européen, dans une nouvelle lettre adressée à Henna Virkkunen, la commissaire européenne aux Technologies numériques, qui supervise les services de l’UE chargés d’enquêter sur X. MISE EN GARDE Plusieurs gouvernements et régulateurs européens ont déjà fait savoir qu’ils ne laisseraient pas l’affaire Grok se dérouler sans réagir. Le parquet de Paris a annoncé vendredi dernier qu’il allait enquêter sur la prolifération de deepfakes à caractère sexuel non consentis générés par Grok et publiés sur X. Le gendarme des communications au Royaume-Uni, l’Ofcom, a indiqué être en “contact urgent” avec l’entreprise. Dublin, où se trouve le siège européen de X, est également à l’affût. “Partager des images intimes non consenties est illégal, et générer des contenus pédopornographiques est illégal”, a insisté mardi le régulateur irlandais des médias, Coimisiún na Meán, dans un communiqué adressé à POLITICO. L’autorité a précisé qu’elle collaborait avec la Commission européenne sur Grok, et a appelé les utilisateurs à lui signaler à elle et à la plateforme les contenus illégaux qu’ils ont vus. La loi irlandaise sur la sécurité en ligne exige que les plateformes donnent suite à ces signalements. X a également reçu une mise en garde de Berlin. “Nous observons avec une grande inquiétude cette tendance à utiliser des outils d’IA tels que Grok pour représenter des femmes et même des mineurs dans des poses sexualisées”, a énoncé mardi un porte-parole du ministère allemand du Numérique à POLITICO. “Toute personne qui crée ou diffuse de telles images sans consentement porte gravement atteinte aux droits de la personne et peut, dans de nombreux cas, commettre une infraction pénale”, a-t-il ajouté. En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après que Grok a généré des commentaires antisémites. | Michael Nguyen/NurPhoto via Getty Images Certaines autorités nationales pourraient agir seules, en particulier si l’outil est utilisé pour générer du contenu illégal passible de poursuites pénales, comme du contenu pédopornographique ou, dans certaines juridictions, du contenu pornographique non consenti. CE QUE PEUT L’UE Les autorités ont invoqué le règlement européen sur les services numériques ainsi que celui sur l’intelligence artificielle, comme outils juridiques pour mettre fin à la diffusion de ces images de nus non consenties et de contenus pédopornographiques. Mais le règlement sur l’IA et son mécanisme coercitif sont encore en cours de déploiement, ce qui fait reposer principalement la charge de sévir contre Grok sur les épaules de l’équipe de la Commission chargée de faire respecter les règles relatives aux plateformes. En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après que Grok a généré des commentaires antisémites. Dans le cadre de la procédure confidentielle, la société a répondu à une nouvelle demande d’informations à ce sujet pendant les vacances de Noël. La question des deepfakes de Grok s’est depuis invitée dans ces échanges. La Commission “examine très sérieusement cette affaire”, a assuré Thomas Regnier lors d’un point presse lundi. Cela ne signifie pas que l’enquête soit sur le point d’aboutir. Après avoir publié ses conclusions préliminaires dans l’affaire X, la Commission avait encore besoin de dix-huit mois pour la clore et fixer une amende. Puis, toute action de Bruxelles risque d’entraîner une réaction de Washington. Mais les parlementaires européens continuent de faire pression sur la Commission pour qu’elle applique dans tous les cas les lois de l’UE. “La petite amende infligée à X est un bon début, mais elle arrive vraiment trop tard et n’est absolument pas suffisante”, a réagi Alexandra Geese, députée européenne allemande des Verts, à propos de l’amende de 120 millions d’euros. X n’a pas répondu à une demande de commentaire avant la publication de cet article. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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La justice étend son enquête sur X aux deepfakes de femmes déshabillées par l’IA Grok
PARIS — La justice française va enquêter sur la prolifération, sur la plateforme X, de deepfakes à caractère sexuel générés par l’intelligence artificielle (IA) Grok, a indiqué le parquet de Paris à POLITICO. Le parquet a en effet été saisi, ce 2 janvier, par les députés Arthur Delaporte (PS) et Eric Bothorel (apparenté Ensemble pour la République) après que des milliers de deepfakes non consentis à caractère sexuel ont été générés par Grok et publiés sur X.  “Ces faits ont été joints à l’enquête déjà ouverte sur X, sur le fondement de l’article 226-8-1 du code pénal”, précise le parquet, qui rappelle que ce délit est puni de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende. Les deux parlementaires ont confirmé à POLITICO avoir effectué des signalements à la justice sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale.  Depuis deux jours, des centaines de femmes et d’adolescents témoignent du fait que leurs photos, publiées sur les réseaux sociaux, sont “dénudées” à la demande d’autres internautes par Grok, l’intelligence artificielle intégrée au réseau social X.  Ces montages photographiques générés par IA portent atteinte “à la dignité des personnes représentées” estime Arthur Delaporte dans son courrier à la procureure, consulté par POLITICO. Contacté par POLITICO, le cabinet de la ministre déléguée au numérique indique se pencher sur les problèmes posés par Grok, sans plus de précision pour l’instant. La haut-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry s’est dite “scandalisée” par ces pratiques. Plusieurs associations comme Stop Fisha et Respect Zone ainsi que le signaleur de confiance Point de Contact ont en outre indiqué à POLITICO être en train de récolter des contenus signalés par les utilisateurs pour les faire remonter aux autorités. Cette nouvelle affaire va étoffer l’enquête déjà ouverte par la section de lutte contre la cybercriminalité contre la plateforme X. Une procédure déjà élargie en novembre à des propos antisémites et négationnistes disséminés par Grok.  Eric Bothorel, qui avait obtenu l’ouverture de l’enquête judiciaire contre le réseau X en février dernier, a également indiqué à POLITICO saisir conjointement l’Arcom et la Commission européenne. Sollicité par POLITICO, X n’a pas donné suite au moment de la publication. 
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Nos 12 Cesar de l’année politique 2025
Après une très jolie promotion 2024, la rédaction de POLITICO à Paris a dressé son palmarès des grands moments de l’année qui vient de s’écouler. Voici, sans plus tarder, nos Cesar politiques 2025 — un cru qui fut, comme le précédent, épatant à bien des égards.  1. PRIX SPÉCIAL DU JURY, CATÉGORIE MEILLEUR PLOT TWIST : LE HARA-KIRI DE FRANÇOIS BAYROU Il nous a pris de cours, le Premier ministre, ce 25 août. Alors que les uns et les autres rentraient tranquillement d’une pause estivale bien méritée, le Béarnais convoquait subitement les journalistes pour une conférence de presse. François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus tard, le 8 septembre. La raison : après la présentation des grandes lignes de son plan budgétaire (un “effort” de 40 milliards d’euros, tout de même), le 15 juillet, et alors qu’une journée “Bloquons tout” était annoncée le 10 septembre, Bayrou estimait ses chances de survie trop faibles. Il fit le choix du “panache”, dans les mots de l’un de ses proches, en obligeant les parlementaires à dire si, oui ou non, ils étaient favorables à ce que le maire de Pau aide la France à reprendre son destin en main, en tout cas dans sa conception des choses. Las, il n’y eu pas l’ombre d’un début de suspense, tant la réponse de Marine Le Pen fut rapide. Le jour même, la présidente du groupe RN tweetait : “Nous voterons évidemment contre la confiance au gouvernement de François Bayrou.” L’affaire était donc pliée. Les quelques jours d’omniprésence médiatique du Premier ministre qui suivirent n’eurent aucun effet sur le vote. Ainsi se termina, sous nos yeux ébahis, le mandat de François Bayrou à Matignon. On avait aussi pensé à : la nomination-dénomination-renomination des gouvernements Lecornu I et II, ou au tweet fatidique de Bruno Retailleau (dans la même semaine). 2. MEILLEUR SCÉNARIO : LE BUDGET 2026 La critique est unanime : l’examen des textes budgétaires pour 2026 a encore repoussé un peu plus le champ des possibles de la politique française. Seule vraie obsession de François Bayrou, dès le printemps, puis de Sébastien Lecornu à la rentrée, ce moment décisif aura donné du fil à retordre aux législateurs comme aux observateurs dont nous sommes. Le gouvernement a eu beau renoncer à l’article 49-3 de la Constitution, et donc faire miroiter un vote aux députés, voilà une idée neuve… qui n’aura pas suffi. Qui aurait pu prédire que le gouvernement et les parlementaires finissent ainsi l’année, le séant entre deux chaises ? D’un côté, la loi de financement de la Sécurité sociale a été ficelée et adoptée, le 16 décembre, grâce notamment à une mise sur pause de la réforme des retraites pour plaire à la gauche — forçant les bancs macronistes à manger leur chapeau. De l’autre, le projet de loi de finances, qui donne les moyens à l’Etat et aux collectivités de fonctionner, a échoué sur la ligne d’arrivée, trois jours plus tard, faute d’un “en même temps” convaincant sur les deniers publics, pourtant spécialité revendiquée du pouvoir en place. Avant la probable relance des débats début janvier, un budget de poche (la loi spéciale), va permettre au pays de marchoter au 1er janvier. Le marathon budgétaire n’aura donc jamais été aussi long et tortueux. Vous n’en pouvez plus ? Vivement le budget 2027 !  François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus tard, le 8 septembre. | Photo pool par Ian Langsdon/EPA On avait aussi pensé à : Richard Ferrand. Le 19 février, l’ancien président de l’Assemblée nationale fut propulsé à la tête du Conseil constitutionnel, sur proposition d’Emmanuel Macron. Mais sa désignation ne se fit qu’à une voix près au Parlement, les représentants du Rassemblement national n’ayant pas pris part au vote. Au point de faire dire à ses détracteurs qu’il doit sa place aux lepénistes. Ce que le principal intéressé, qui a multiplié les coups de fil pour mener campagne, dément catégoriquement. 3. MEILLEUR PLACEMENT DE PRODUIT : BURGER KING François Bayrou a offert une très belle pub à la chaîne de restauration rapide Burger King, cette année, avec son à jamais inimitable “Hmm, Bourguer King“, marmonné à la tribune lors d’un conseil municipal à Pau, alors qu’il était encore Premier ministre. A noter que la marque a décidément la cote avec nos politiques puisque Xavier Bertrand, lui aussi, s’est fendu d’une publication sur ses réseaux sociaux lors d’un récent passage au “BK”. 4. MEILLEUR COSTUME : LA PETITE LAINE DE LECORNU Le chandail vert bouteille de Sébastien Lecornu : le lainage est apparu un samedi après-midi de la mi-octobre sur le site de Paris Match, qui suivait le Premier ministre fraîchement renommé par Emmanuel Macron “loin du tumulte”, sur le marché de Vernon, son fief de l’Eure. Ainsi que, ça n’est pas un détail, sur les réseaux sociaux du chef du gouvernement. Laissant dépasser au passage un joli poireau de son cabas — gageons que le Vernonais commençait tout juste ses courses, sans quoi ses repas de la semaine furent pour le moins spartiates —, le Premier ministre travaillait là, à l’évidence, son style antiparisien, modeste et banal, de “moine-soldat”, selon sa propre expression. Abondamment commentée, l’image est restée gravée dans la rétine des commentateurs. Bonus : à noter que l’amaryllidacée aurait aussi sa place dans notre catégorie “meilleure révélation” (voir plus bas), ayant fait une entrée remarquée en politique dès janvier, lors de la déclaration de politique générale de François Bayrou. Qui remettait en question Parcoursup (la plateforme d’orientation postbac des lycéens) en déclarant : “Les enfants ne sont pas comme les poireaux, ils ne poussent pas tous à la même vitesse et vouloir sélectionner précocement, sans qu’aient mûri l’esprit et les attentes, je pense que c’est une erreur, en tout cas une faiblesse.”  5. MEILLEUR ACTEUR : GÉRALD DARMANIN Le ministre de la Justice s’est illustré cette année dans un rôle où, on ne va pas vous mentir, on ne l’attendait pas : celui du politique qui “ne fait plus de politique”. Tout juste renommé dans le gouvernement Lecornu II, le nordiste a en effet annoncé qu’il se mettait en retrait de ses activités partisanes et renonçait à briguer la mairie de Tourcoing — sa mairie, celle qu’il avait ravie à la gauche en 2014 (rassurez-vous, en principe, il devrait tout de même figurer sur la liste de Doriane Bécue, qui lui a succédé en 2020). Il faut dire que Sébastien Lecornu, son ami, tenait à compter dans son gouvernement des ministres entièrement dédiés à leurs dossiers, et pas tournés vers 2027. Ahem. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quitté Renaissance. Fini donc la “politique partisane” pour l’un des ministres les plus politiques de l’ère Macron, priorité à sa vie de famille et ses fonctions de garde des Sceaux. Vous êtes libres, comme nous et nombre de nos sources, de ne pas y croire. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quitté Renaissance. | Mohammed Badra/EPA On avait aussi pensé à : Sébastien Lecornu, dans le rôle de celui qui “n’est pas candidat à Matignon”. 6. MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE : JORDAN BARDELLA Très belle performance également cette année pour Jordan Bardella, avec son interprétation du “plan B” pour 2027. Condamnée fin mars à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire (entre autres), Marine Le Pen s’est retrouvée privée d’une quatrième candidature à la présidentielle — sauf si son procès en appel, prévu du 13 janvier au 12 février, changeait la donne. Son dauphin a ainsi naturellement été propulsé candidat à sa place, mais pas encore officiellement. Ainsi se prépare-t-il à l’échéance, au point que les sondeurs oublient quelques fois de tester Marine Le Pen, qui, c’est promis, en est “ravie”. Le président du RN, dans le même temps, tâche comme il peut de ne pas donner l’air d’enterrer trop vite la patronne… se qualifiant récemment de “numéro 1 ou numéro 1 bis”, ou se retrouvant contraint d‘expliquer pourquoi il ne cite qu’une seule fois Marine Le Pen dans son dernier livre Ce que veulent les Français (Fayard). 7. MEILLEUR COME-BACK : LES SOCIALISTES À L’ASSEMBLÉE Certes, ils auraient voulu obtenir plus en matière de “justice fiscale”, histoire de moins prêter le flanc aux attaques des Insoumis, notamment. Mais après une année 2024 qui les avait vus revenir en plus grand nombre à l’Assemblée (ils sont désormais 69), les députés socialistes, représentés par leur premier secrétaire Olivier Faure, le président du groupe au Palais-Bourbon, Boris Vallaud, et leurs spécialistes des finances, les médiatiques Jérôme Guedj ou Philippe Brun, ont été au cœur de toutes les discussions, cette année, et d’abord lors des négociations budgétaires. Jusqu’à faire dire aux détracteurs de Sébastien Lecornu dans son camp que le Premier ministre était à ça de faire adopter un “budget de gauche” (diantre). Ce rôle “d’opposition constructive” commence pourtant à leur donner des bouffées d’angoisse à l’approche des municipales. Parmi leurs plus belles victoires ? Parmi leurs plus belles victoires ? Le “bougé” de l’exécutif sur la réforme des retraites — une “suspension”, dans leurs mots, quand certains macronistes, dont le premier d’entre eux, comme les Insoumis et les Ecologistes, préfèrent parler d’un simple “décalage” (la réforme reprendra de fait son entrée en application progressive après l’élection présidentielle, à moins d’une remise à plat des règles du jeu, comme expliqué ici). Mais aussi :  la hausse de la CSG sur une partie des revenus du capital, le dégel des minima sociaux (toutefois réclamé par la quasi totalité de l’hémicycle). On avait aussi pensé à : Bruno Le Maire, qui fut ministre des Armées du 5 au 6 octobre 2025, comme sa fiche Wikipédia en témoigne désormais. Soit à peine 7 ans, 4 mois et 3 jours de moins que la durée de son mandat comme ministre de l’Economie, qui s’était achevé en septembre 2024. 8. MEILLEUR ACCESSOIRE : LA BONNETTE DE MEDIAPART Après l’annonce de la condamnation de son mari, Nicolas Sarkozy, en première instance, dans l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, Carla Bruni passe devant les journalistes présents au tribunal judiciaire de Paris, puis retire et jette du bout des doigts la bonnette du micro de Mediapart, le média à l’origine de la plupart des révélations de l’affaire, dans un sourire crispé. Un scandale de plus, pour certains. Un geste “iconique”, pour d’autres, quand France Inter allait plutôt recueillir le témoignage de la pauvre bonnette.  9. MEILLEUR DOCUMENTAIRE : LA NOMINATION DE MICHEL FOURNIER Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. Une surprise, y compris pour le premier concerné, qui a appris sa nomination… devant sa télé, avait-il raconté à nos confrères de BFMTV. Pas de quoi ébranler son épouse qui, selon le récit du néoministre, “était très intéressée, puisqu’elle regardait un film sur une autre télé” en même temps que l’annonce de la composition du gouvernement.  Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. | Teresa Suarez/EPA 10. MEILLEURE RÉVÉLATION : GABRIEL ZUCMAN Gabriel Zucman, vous connaissez ? Cet automne, on n’a parlé que de lui. Le nom de cet économiste prof à Berkeley et à l’ENS, auteur du livre Les milliardaires ne paient pas d’impôts sur le revenu et nous allons y mettre fin (Seuil), était sur toutes les lèvres et en particulier celles des socialistes, à l’heure où tous se préparaient à entrer dans la mêlée budgétaire. Sa proposition phare ? Instaurer un taux plancher d’imposition de 2% sur les revenus des ménages détenant au moins 100 millions d’euros de patrimoine, vite rebaptisée taxe Zucman. Las, le PS n’a pas réussi à la faire adopter, pas plus que sa contre-proposition d’une version allégée. En attendant, l’économiste a engrangé des points de notoriété. Jusqu’à faire son entrée, début juillet, dans notre classement des 40 personnalités les plus influentes de l’Hexagone ; et se retrouver, début décembre, parmi les quelques Français qui comptent en Europe dans notre classement P28.  11. MEILLEUR SOUFFLEUR : BRUNO RETAILLEAU L’image paraît déjà vintage : il fallait le voir, Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur et aux côtés de son N+1, François Bayrou, lors de la conférence de presse du “comité interministériel de contrôle de l’immigration”, le 26 février dernier. La scène du Premier ministre cherchant péniblement ses mots, ses papiers, puis son verre d’eau, au côté de son ministre de l’Intérieur impassible (ou presque), a fait les délices des réseaux sociaux et des détracteurs du patron du MoDem. 12. MEILLEURE ADAPTATION : LE JOURNAL D’UN PRISONNIER Nicolas Sarkozy dans Le Comte de Monte-Cristo : vingt jours d’incarcération à la prison de la Santé ; ressenti quatorze ans. Plus de deux siècles après Edmond Dantès, l’ex-président de la République endosse dans son Journal d’un prisonnier (Fayard) les habits du héros d’Alexandre Dumas. Rien ne nous sera épargné : son régime alimentaire (il ne s’est nourri que de laitages et de barres de céréales) ; les conditions dans lesquelles il l’a écrit, “au Bic sur une petite table en contreplaqué” ; ses conversations avec l’aumônier de la prison et le rôle de la prière qui lui a donné “la force de porter la croix de cette injustice”. Bonus : si vous voulez l’entendre de vos oreilles, il y a aussi le passage de Nicolas Sarkozy dans le podcast Legend, avec quelques séquences déjà cultes  : “Je me suis senti faible, et je me sens faible à chaque instant, et c’est pour ça que je suis fort. Parce que si vous vous sentez pas faible, vous êtes pas fort”, y confesse l’ancien président. Et son livre fait un tabac en librairies : l’ancien président se classe deuxième des ventes derrière Astérix et Obélix (eux aussi très très forts, mais pour les raisons que vous savez). Elisa Bertholomey, Jason Wiels, Sarah Paillou, Kenza Pacenza,Jean-Christophe Catalon et Pauline de Saint Remy ont notamment contribué à la rédaction de cet article.
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Trump s’en prend aux dirigeants européens dans un grand entretien : “Je pense qu’ils sont faibles”
This story is also available in English. Donald Trump présente l’Europe comme un groupe de pays “en décrépitude” dirigés par des personnes “faibles” dans un grand entretien accordé à POLITICO, sermonnant ses alliés et les décrivant comme incapables de contrôler les flux migratoires et de mettre fin à la guerre en Ukraine. Il signale en outre être prêt à soutenir des candidats à des élections en Europe partageant sa vision du continent.  Cette attaque en règle contre les dirigeants politiques européens représente la dénonciation la plus virulente à ce jour du président américain à l’encontre des démocraties européennes, au risque de provoquer une rupture franche avec des pays comme la France et l’Allemagne aux relations déjà très tendues avec l’administration Trump.  “Je pense qu’ils sont faibles”, dit Trump à propos des dirigeants politiques européens. “Mais je pense aussi qu’ils veulent être tellement politiquement corrects.”  “Ils ne savent pas quoi faire”, ajoute-t-il. “L’Europe ne sait pas quoi faire.”  Les commentaires de Trump sur l’Europe interviennent à un moment particulièrement délicat dans les négociations visant à mettre fin à la guerre menée par la Russie en Ukraine, alors que les dirigeants européens s’inquiètent de plus en plus du risque que les Etats-Unis abandonnent l’Ukraine et ses alliés continentaux face à l’agression russe. Dans l’interview, Trump ne donne aucune assurance aux Européens à ce sujet et déclare que la Russie est manifestement en position de force par rapport à l’Ukraine.  Le président américain s’est exprimé depuis la Maison-Blanche, au cours d’un entretien enregistré lundi avec Dasha Burns, journaliste à POLITICO et animatrice du podcast The Conversation. Donald Trump a été désigné personnalité la plus influente sur la politique européenne pour l’année à venir, dans un classement où ont par le passé figuré à la première place le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, la présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni ou encore le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.  Les commentaires du président américain sur l’Europe contrastent fortement avec certaines de ses remarques sur les sujets de politique intérieure dans l’interview. Aux Etats-Unis, Trump et son parti sont confrontés à une série de revers électoraux et à un dysfonctionnement croissant au Congrès, sur fond de mécontentement des électeurs confrontés à des difficultés économiques importantes.   Trump peine à adapter son discours à cette nouvelle réalité : dans l’interview, il attribue une note « A +++++ » à la situation économique du pays, et insiste sur le fait que les prix seraient en baisse dans tous les domaines, tout en refusant d’esquisser des mesures pour faire face à la hausse imminente des primes d’assurance maladie.  Même dans un contexte de turbulences croissantes aux Etats-Unis, Trump reste une figure singulière de la politique internationale.  Ces derniers jours, une vague de consternation a traversé les capitales européennes à la publication du nouveau document sur la stratégie de sécurité nationale de Trump, un manifeste très virulent qui oppose son administration à l’establishment politique européen traditionnel et promet de « cultiver la résistance » intérieure au statu quo européen en matière d’immigration et d’autres questions politiquement sensibles.  Dans l’interview, Trump a encore grossi le trait sur cette vision du monde, décrivant des villes comme Londres et Paris comme croulant sous le poids de l’immigration en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique. Sans un changement de politique frontalière, déclare Trump, certains États européens « ne seront plus des pays viables ».  Utilisant un langage incendiaire, Trump qualifie le maire de gauche de Londres, Sadiq Khan, fils d’immigrants pakistanais et premier maire musulman de la ville, de « désastre » et attribue son élection à l’immigration : « Il a été élu parce que beaucoup de gens sont arrivés. Ils votent pour lui maintenant. »  Lundi, le président du Conseil européen, António Costa, a reproché à l’administration Trump ce document sur la sécurité nationale et a exhorté la Maison Blanche à respecter la souveraineté et le droit à l’autonomie gouvernementale de l’Europe.  « Des alliés ne menacent pas d’interférer dans la vie démocratique ou les choix politiques internes de leurs partenaires », a déclaré Costa. « Ils les respectent. »  Dans son entretien avec POLITICO, Trump empiète sur ces limites et déclare qu’il continuera à soutenir ses candidats préférés lors des élections européennes, même au risque d’offenser les sensibilités locales.  « Je serais prêt à soutenir », a déclaré Trump. « J’ai soutenu des personnes, mais j’ai soutenu des personnes que beaucoup d’Européens n’aiment pas. J’ai soutenu Viktor Orbán », le Premier ministre hongrois d’extrême droite que Trump dit admirer pour ses politiques de contrôle des frontières.  C’est la guerre entre la Russie et l’Ukraine, plutôt que la politique électorale, qui semble occuper le plus l’esprit de Trump. Il affirme avoir proposé un nouveau projet de plan de paix, qui a plu selon lui à certains responsables ukrainiens, mais que Zelenskyy lui-même n’aurait pas encore examiné. « Ce serait bien qu’il le lise », déclare Trump.  Zelenskyy a rencontré lundi les dirigeants français, allemand et britannique et a continué à s’opposer à la cession de territoire ukrainien à la Russie dans le cadre d’un accord de paix.  Le président américain déclare ne guère miser sur les dirigeants européens dans la recherche d’une fin à la guerre : « Ils parlent, mais ils ne produisent rien, et la guerre continue encore et encore. »  Dans un nouveau geste de défiance à l’égard de Zelenskyy, politiquement affaibli en Ukraine par un scandale de corruption, Trump renouvelle son appel à ce que l’Ukraine organise de nouvelles élections.  « Ils n’ont pas organisé d’élections depuis longtemps », déclare Trump. « Vous savez, ils parlent de démocratie, mais on en arrive à un point où ce n’est plus une démocratie.»  AMÉRIQUE LATINE  Tout en affirmant poursuivre un programme de paix à l’étranger, Trump déclare qu’il pourrait étendre encore les actions militaires menées par son administration en Amérique latine contre des cibles qu’elle estime liées au trafic de drogue. Trump a déployé une force militaire massive dans les Caraïbes pour frapper les trafiquants de drogue présumés et faire pression sur le régime autoritaire du Venezuela.  Au cours de l’interview, Trump refuse à plusieurs reprises d’exclure l’envoi de troupes américaines au Venezuela dans le cadre d’une initiative visant à renverser le dirigeant autoritaire Nicolás Maduro, qu’il accuse d’exporter de la drogue et des personnes dangereuses vers les États-Unis. Certains dirigeants de la droite américaine ont averti Trump qu’une invasion terrestre du Venezuela constituerait une ligne rouge pour les conservateurs qui ont voté pour lui en partie pour mettre fin aux opérations militaires à l’étranger.  « Je ne veux ni confirmer ni infirmer. Je ne parle pas de cela », déclare Trump à propos du déploiement de troupes terrestres, ajoutant : « Je ne veux pas vous parler de stratégie militaire. »  Mais le président précise qu’il envisagerait d’utiliser la force contre des cibles dans d’autres pays où le trafic de drogue est très actif, notamment au Mexique et en Colombie.  « Bien sûr, je le ferais », a-t-il déclaré.  Trump défend tout juste certaines de ses actions les plus controversées en Amérique latine, notamment sa récente grâce accordée à l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, qui purgeait une peine de plusieurs décennies dans une prison américaine après avoir été condamné pour un vaste complot de trafic de drogue. Trump déclare qu’il savait « très peu » de choses sur Hernández, si ce n’est que « des personnes très bien informées » lui avaient dit que l’ancien président hondurien avait été injustement pris pour cible par ses adversaires politiques.  « Ils m’ont demandé de le faire et j’ai dit que je le ferais », reconnaît Trump, sans nommer les personnes qui avaient demandé la grâce pour Hernández.  Santé et économie Invité à évaluer la situation l’économique sous son mandat, Trump la qualifie de succès retentissant : « A ++++ ». A propos du mécontentement des électeurs concernant le coût de la vie, Trump déclare que l’administration Biden en est responsable : « J’ai hérité de ce bazar. J’ai hérité d’un vrai bazar ». Le président est confronté à un environnement politique hostile en raison des difficultés financières des Américains. Environ la moitié des électeurs et près de 4 personnes sur 10 ayant voté pour Trump en 2024 ont déclaré dans un récent sondage POLITICO que le coût de la vie n’avait jamais été aussi élevé. Trump déclare qu’il pourrait apporter des modifications supplémentaires à sa politique tarifaire afin de contribuer à faire baisser le prix de certains produits, comme il l’a déjà fait, mais il insiste sur le fait que, dans l’ensemble, les choses vont dans la bonne direction en termes de prix. « Les prix sont tous en baisse », a déclaré Trump, ajoutant : « Tout est en baisse. » Les prix ont augmenté de 3% au cours des 12 mois se terminant en septembre, selon le dernier indice des prix à la consommation.
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L’Union européenne inflige une amende de 120 millions d’euros à la plateforme X
BRUXELLES — La Commission européenne a infligé vendredi une amende de 120 millions d’euros à X, le réseau social d’Elon Musk. Il s’agit de la toute première sanction prononcée en vertu du règlement européen sur les services numériques (DSA). Cette décision, qui risque d’exacerber les tensions avec les États-Unis, a d’ores et déjà suscité des critiques de la part de J.D. Vance. Le vice-président américain a ainsi jugé que cette amende était une sanction pour “absence de censure”. Le montant de l’amende est pourtant modéré par rapport aux sanctions infligées précédemment par Bruxelles aux entreprises technologiques.  Dans le cadre des négociations commerciales, les États-Unis ont fait pression à plusieurs reprises sur l’UE pour qu’elle assouplisse sa réglementation. X a été reconnu coupable de manquement aux obligations de transparence qui lui incombent en tant que très grande plateforme en ligne, au titre du règlement sur les services numériques (DSA). La Commission a jugé le design de la coche bleue de X “trompeur” après sa transformation en fonctionnalité payante. L’exécutif européen a également déclaré que le répertoire publicitaire de X manquait de transparence et ne permettait pas aux chercheurs d’accéder aux données publiques, comme l’exige la loi. Cette amende ne marque que la fin d’une partie de l’enquête menée par l’UE et ouverte il y a près de deux ans. D’autres volets, portant sur les efforts déployés par X pour lutter contre la diffusion de contenus illégaux et la manipulation de l’information, sont toujours en cours. Bruxelles subit une pression croissante de la part des dirigeants européens, des eurodéputés et des organisations de défense des droits numériques pour conclure l’enquête sur X, et prouver ainsi son engagement à protéger les citoyens en ligne.  “Notre objectif n’est pas d’infliger les amendes les plus élevées, mais de garantir l’application de notre législation numérique. Si vous respectez nos règles, vous n’aurez pas d’amende”, a déclaré Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté numérique, lors d’un point de presse vendredi matin. En vertu du DSA, les entreprises peuvent être condamnées à une amende pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial. Si les revenus mondiaux de X sont estimés à quelques milliards d’euros, ceux des entreprises de Musk sont bien plus importants. Répondant aux propos de Vance, Virkkunen a déclaré aux journalistes : « Le DSA n’a rien à voir avec la censure ; cette décision concerne la transparence de X. » Elle a également indiqué que le montant de l’amende avait été jugé “proportionné” et calculé en tenant compte de “la nature de ces infractions, de leur gravité pour les utilisateurs européens concernés et de leur durée”. Interrogé sur la méthode de calcul de l’UE, un haut fonctionnaire de la Commission a réaffirmé le principe de proportionnalité et précisé qu’il ne pouvait être “réduit à une simple formule économique”. De son côté, la ministre française déléguée à l’IA et au Numérique Anne Le Hénanff a affirmé que la France “souten[ait] pleinement cette décision … qui envoie un message clair à l’ensemble des plateformes”. X n’a pas immédiatement répondu à notre demande de commentaires.
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Le Royaume-Uni envisage d’interdire les dons en cryptomonnaies aux partis politiques
LONDRES — Le gouvernement britannique envisage d’interdire les dons en cryptomonnaies aux partis politiques, ce qui pourrait sonner l’alerte chez Reform UK et son leader Nigel Farage. En pleine ascension dans les sondages au Royaume-Uni, ce parti populiste a ouvert la porte aux actifs numériques pour les dons au printemps dernier, dans le cadre de la “révolution crypto” qu’il promet pour le Royaume-Uni. Et il en a même déjà accepté. Aucune mesure contre ce procédé ne figure dans le document décrivant les contours du prochain projet de loi du gouvernement britannique sur les élections (ou Elections Bill), présenté comme un plan visant à renforcer la démocratie du pays. Mais les responsables publiques envisagent désormais d’interdire l’usage des cryptomonnaies dans le financement des responsables politiques, selon trois personnes au fait des discussions récentes sur ce projet de loi. Le gouvernement n’a pas démenti qu’une telle mesure était à l’étude, et s’est contenté d’indiquer qu’il “donnerait plus de détails dans [s]on Elections Bill”. Cette année, Reform UK est devenu le premier parti politique britannique à accepter des dons en cryptomonnaie. Nigel Farage a indiqué à Reuters en octobre que sa formation avait reçu “quelques” dons sous forme de cryptoactifs après que la Commission électorale — qui réglemente les dons aux partis politiques — a confirmé qu’elle avait été informée du premier don en cryptomonnaie. Reform UK a mis en place sa propre plateforme pour les dons en cryptomonnaies et a promis des contrôles “renforcés” pour éviter tout abus. Reform UK a mis en place sa propre plateforme pour les dons en cryptomonnaies et a promis des contrôles “renforcés” pour éviter tout abus. | Dan Kitwood/Getty Images Nigel Farage, qui détient des cryptoactifs de long terme, s’est présenté au secteur britannique des cryptos comme leur “seul espoir”. Il cherche ainsi à imiter son allié de longue date, le président américain Donald Trump, qui a largement adhéré aux monnaies numériques. Nigel Farage a souligné qu’il soutenait publiquement la filière depuis “bien avant Trump”. DIFFICILE À TRACER Le plan initial de l’exécutif pour son Elections Bill comprend une série de mesures allant de l’instauration du droit de vote à 16 ans au renforcement des pouvoirs de la Commission électorale. Aucune mesure ne figure contre les dons en cryptomonnaies, mais le gouvernement, dirigé par les travaillistes — qui sont loin derrière Reform UK dans les sondages —, est sous pression pour instaurer une interdiction. Parmi ceux qui ont suggéré un durcissement figurent le ministre Pat McFadden, le président du comité spécial des affaires économiques et du commerce à la Chambre des communes, Liam Byrne, et le président du groupe parlementaire transpartisan sur la lutte contre la corruption et l’équité fiscale, Phil Brickell. Les experts en transparence ont alerté qu’il pouvait être difficile de tracer l’origine des dons en cryptomonnaies. Cela fait craindre que les dons venus de l’étranger aux partis politiques et aux candidats — interdits dans presque tous les cas de figure par la loi au Royaume-Uni —, ainsi que les bénéfices tirés d’activités criminelles et les opérations de blanchiment d’argent puissent passer à travers les mailles du filet. Le projet de loi électorale des travaillistes devrait également imposer de nouvelles règles aux partis politiques et à leurs donateurs. Il devrait prévoir un durcissement sur les dons provenant de sociétés-écrans et d’associations non déclarées, et pourrait obliger les partis à enregistrer et à conserver une évaluation des risques liés aux dons susceptibles de présenter un risque d’ingérence étrangère. Les cryptomonnaies sont un nouveau champ de bataille en matière d’ingérence étrangère. Les services de renseignement russes adoptent de plus en plus les monnaies numériques pour échapper aux sanctions et financer des actions de déstabilisation — comme lors des élections en Moldavie — depuis que Moscou a été coupé du système bancaire mondial à la suite de l’invasion de l’Ukraine. La question de l’intervention du Kremlin dans la politique britannique a refait surface ces derniers mois après que Nathan Gill — ancien chef de Reform au Pays de Galles et ex-député européen du Brexit Party de Nigel Farage — a été condamné à dix ans et demi de prison le mois dernier parce qu’il a été rémunéré pour faire des déclarations prorusses au Parlement européen. Nigel Farage a pris ses distances avec Nathan Gill, décrivant l’ancien député européen comme une “pomme pourrie” qui l’avait trahi. Cela n’a pas empêchait le Parti travailliste de passer à l’offensive : le Premier ministre Keir Starmer demandant à Nigel Farage de lancer une enquête interne sur les activités de Nathan Gill. Selon un porte-parole du ministère du Logement, des Communautés et des Collectivités locales, qui est responsable du projet de loi : “Le système de financement politique dont nous avons hérité a rendu notre démocratie vulnérable aux ingérences étrangères.” “Nos nouvelles règles strictes en matière de dons en politique, telles que définies dans notre stratégie électorale, protégeront les élections au Royaume-Uni tout en veillant à ce que les partis puissent continuer à se financer.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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La commissaire européenne Teresa Ribera accuse les Etats-Unis de “chantage” dans les négociations commerciales
BRUXELLES — La commissaire européenne chargée de la Concurrence, Teresa Ribera, n’a pas mâché ses mots contre l’administration Trump, l’accusant d’utiliser le “chantage” pour contraindre l’UE à assouplir sa réglementation du numérique. Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a suggéré lundi à Bruxelles que les Etats-Unis pourraient modifier leur approche en matière de droits de douane sur l’acier et l’aluminium si l’UE revoyait ses règles en matière de numérique. Les responsables européens ont interprété ses remarques comme visant les réglementations phares de l’UE, notamment celle sur les marchés numériques (DMA). “C’est du chantage”, a considéré la commissaire espagnole dans un entretien à POLITICO mercredi. “Le fait que ce soit leur intention ne signifie pas que nous acceptons ce genre de chantage.” Teresa Ribera — qui, en tant que première vice-présidente exécutive de la Commission, est la numéro 2 de l’exécutif européen derrière la présidente Ursula von der Leyen — a souligné que la réglementation européenne du numérique ne devrait pas avoir de lien avec les négociations commerciales. L’équipe de Donald Trump cherche à réviser l’accord conclu par le président américain avec Ursula von der Leyen dans son golf écossais en juillet. Ces déclarations interviennent à un moment sensible des négociations commerciales en cours. Washington considère le DMA comme discriminatoire, parce que les grandes plateformes technologiques qu’il réglemente — comme Microsoft, Google ou Amazon — sont presque toutes américaines. Il s’insurge également contre le règlement sur les services numériques (DSA), qui vise à limiter les discours haineux illégaux et la désinformation en ligne, car il est conçu pour encadrer les réseaux sociaux comme X d’Elon Musk. Teresa Ribera a rappelé que ces règles étaient une question de souveraineté, et qu’elles ne devraient pas entrer dans le champ d’une négociation commerciale. “Nous respectons les règles, quelles qu’elles soient, qu’ils ont établies pour leurs marchés : le marché numérique, le secteur de la santé, l’acier, tout ce que vous voulez […] les voitures, les normes”, a-t-elle posé en parlant des Etats-Unis. “C’est leur problème, leur réglementation et leur souveraineté. Il en va de même ici.” Teresa Ribera, avec la commissaire aux Technologies numériques Henna Virkkunen, supervise le DMA, qui veille au bon comportement des grandes plateformes numériques et à une concurrence équitable. Elle a vivement réagi aux propos tenus par Howard Lutnick lors de sa rencontre avec des responsables et des ministres européens lundi, martelant que “les règles européennes en matière de numérique ne sont pas à négocier”. Henna Virkkunen tenait la même ligne mardi. Lundi, elle a présenté à ses homologues américains le paquet de mesures de simplification de l’UE, comprenant la proposition d’omnibus numérique. Ce paquet a été présenté comme une initiative européenne visant à réduire les formalités administratives, mais certains l’ont interprété comme une tentative de répondre aux préoccupations des Big Tech américaines en matière de régulation. Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a suggéré lundi à Bruxelles que les Etats-Unis pourraient modifier leur approche en matière de droits de douane sur l’acier et l’aluminium si l’UE revoyait ses règles en matière de numérique. | Nicolas Tucat/Getty Images Interrogée sur les raisons qui l’ont poussée à faire une déclaration aussi forte, Teresa Ribera a répondu que les remarques d’Howard Lutnick constituaient “une attaque directe contre le DMA”, avant d’ajouter : “Il est de ma responsabilité de défendre le bon fonctionnement du marché numérique en Europe.” DES FISSURES APPARAISSENT Malgré la réplique intransigeante de Teresa Ribera, la solidarité des Etats membres envers le DMA commence doucement à se fissurer. Après la réunion de lundi, Howard Lutnick a pointé que certains ministres européens du Commerce n’étaient pas aussi réticents que la Commission à l’idée de revoir les règles numériques de l’UE : “Je vois beaucoup de ministres […] certains sont plus ouverts d’esprit que d’autres”, a-t-il observé sur Bloomberg TV, affirmant que si l’Europe veut des investissements américains, elle doit changer son modèle de régulation. Parmi les participants, au moins une Européenne semble d’accord. L’Allemande Katherina Reiche, qui s’est exprimée en marge de la réunion, a déclaré à la presse qu’elle était favorable à un nouvel assouplissement des règles de l’UE en matière de numérique. “L’Allemagne a clairement fait savoir qu’elle voulait avoir la possibilité de jouer un rôle dans le monde numérique”, a exposé Katherina Reiche, citant en particulier le DMA et le DSA. Les efforts de lobbying déployés par Washington contre les règles européennes sur le numérique s’inscrivent dans le cadre d’une bataille plus large menée par les Etats-Unis au niveau mondial pour affaiblir les lois sur le numérique dans les pays étrangers. Ce mois-ci, la Corée du Sud a cédé au lobbying de l’administration Trump en revenant en arrière sur son propre projet d’encadrement de la concurrence dans le secteur numérique. Le représentant américain au commerce prépare son rapport 2026 et lance une nouvelle série de consultations dans les semaines à venir. Entre-temps, la Commission poursuit son évaluation des règles dans le cadre de son Digital Fairness Fitness Check et de la révision en cours du DMA. Mais entre le lobbying de Washington et les Etats membres qui se désolidarisent, la question n’est pas seulement de savoir ce à quoi va aboutir la révision du DMA, mais s’il peut survivre à la guerre commerciale. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Apple is bringing AirPods live translation to Europe after all
Interpreters of Brussels, beware. After a public spat with the European Commission in September, Apple now says that it plans to roll out its live translation feature for AirPods in the coming month. “We had to delay the launch while we undertook additional engineering work to comply with European Commission rules,” a spokesperson for Apple said in a statement. The iPhone maker had previously warned that European users would not be able to access the real-time translation feature through their earbuds due to its interpretation of its obligations under the EU’s rulebook for big tech platforms, the Digital Markets Act. The EU rules mandate certain features in Apple’s phones and tablets to ensure interoperability with competitor devices. Apple has challenged those obligations in the EU courts. According to Apple, the firm had to develop a “complicated” solution to comply with the DMA, creating a new audio-routing API so third-party apps and devices could manage simultaneous audio paths.  The firm takes the position that had it shared the feature sooner, it would have been fined and forced to stop shipping products in the EU. The spokesperson said that Apple remained deeply concerned that the European Commission’s “aggressive” interpretations of the rules are putting “users at risk and is bad for innovation.” “In the EU, the aim of our digital legislation is to preserve innovation and freedom of choice,” said a spokesperson for the European Commission. “And this is exactly what we see today.”
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