PARIS — Parmi les fleurs et couronnes autour du cercueil de Thierry Ardisson, le
17 juillet à Paris : une gerbe offerte par le président de la République et son
épouse, présente à la célébration, une autre au nom de Rachida Dati, ministre de
la Culture et tutelle des médias, une troisième venant de la Maire de Paris, où
il résidait.
Un ruban bleu-blanc-rouge détonne parmi toutes ces fleurs blanches. Une
inscription : Aurore Bergé, ministre. La gerbe a été payée 120 euros par
Matignon, dont dépend son ministère, selon des documents consultés par POLITICO.
Que la ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes honore
Thierry Ardisson peut surprendre, au regard de certaines interviews jugées
sexistes que l’animateur a pu mener par le passé. “Ce n’est pas très heureux”,
reconnaît un conseiller ministériel du gouvernement Bayrou, qui hasarde comme
explication les engagements d’Aurore Bergé sur les questions audiovisuelles
lorsqu’elle était députée.
“C’est à la limite de l’exercice du genre”, observe un ancien chef de cabinet
dans le gouvernement Borne. Le cabinet de la ministre déléguée, après s’être
étonné du “voyeurisme” de la requête de POLITICO, a confirmé l’envoi d’une gerbe
pour les obsèques de Thierry Ardisson, et a indiqué en avoir également fait
livrer pour “l’ancienne ministre Monique Pelletier ou au Cap 110 Martinique, en
mémoire de l’abolition de l’esclavage ou en hommage aux victimes des
LGBTphobies”
Rendre hommage à un défunt est toutefois une pratique républicaine somme toute
assez courante pour les ministres.
Si le président de la République ou le ministre des Armées sont ainsi des
habitués des cérémonies officielles, tous les membres du gouvernement n’y
prêtent pas la même attention. POLITICO a ainsi pu consulter des documents
répertoriant les dépenses relatives aux compositions florales de dix ministres
du gouvernement Bayrou.
Leur analyse révèle une absence de stratégie partagée sur l’utilisation de ces
gerbes, le peu de lien avec les portefeuilles des concernés, chaque ministre
ayant sa propre politique en la matière.
UNE CENTAINE DE GERBES, POUR AUTANT D’HOMMAGES
Dans ces documents, Aurore Bergé, Sophie Primas (porte parole) et Françoise
Gatel (Ruralité) sont sur le podium des ministres de notre échantillon ayant le
plus commandé de gerbes, entre décembre 2024 et août 2025.
Récemment, en plus de celle en hommage à Thierry Ardisson, la ministre de
l’Egalité entre les femmes et les hommes a également fait commander des fleurs
pour les obsèques du député Olivier Marleix (LR), mort le 7 juillet, ou pour
celles du président du conseil départemental de l’Yonne, Patrick Gendraud (div.
droite).
Aurore Bergé en a également commandé une à l’occasion d’un hommage à Shaïna
Hansye, une adolescente de 15 ans, assassinée en 2021 à Creil.
Dans ce classement des ministres portés sur les bouquets, suivent Bruno
Retailleau (Intérieur), Agnès Pannier-Runacher (Transition écologique) et
François Bayrou. Les demandes de documents concernant Gérald Darmanin (Justice),
Sébastien Lecornu (Armées) et Rachida Dati n’ont pas encore reçu de réponse.
Ces gerbes coûtent généralement entre 100 et 150 euros. Celles achetées pour le
compte du Premier ministre coûtent le double.
Une bonne partie des gerbes déposées sont liées à des cérémonies officielles
auxquelles ils assistent — commémoration d’événement ou hommage à des agents du
ministères mort en fonction, par exemple.
Les chefs de cabinet s’occupent de cette tâche pour leur ministre. Parfois, les
gerbes sont prises en charge par la préfecture, se souvient l’ex-chef de cabinet
déjà cité, et d’autres fois, lorsque ça concerne leur vie privée, ils le font
avec leur propre argent. “Ce n’est pas clair dans les écrits”, ajoute-t-il,
expliquant qu’il s’agit dans ces cas de figure de “trouver la bonne ligne de
crête”, sachant que les vies privée, partisane ou officielle sont parfois
entremêlées.
DES DÉPÔTS OPPORTUNÉMENT LOCALISÉS
D’autres gerbes sont aussi livrées lors de cérémonies officielles dans les
terres d’élection de certaines ministres. Ainsi, Aurore Bergé, députée
macroniste des Yvelines depuis 2017, a fait fleurir trois communes de sa
circonscription pour célébrer la victoire du 8-Mai, mais aussi à Saint-Arnoult
pour la commémoration de l’Appel du 18 juin, et encore à Rambouillet pour le
14-Juillet ou la libération de la ville, le 23 août.
Sophie Primas, sénatrice LR des Yvelines et élue locale à Aubergenville, a
déposé une gerbe dans sa ville d’élection le 18 juin et a commandé quatre
coussins commémoratifs pour le 8-Mai à Aubergenville, Moisson et Lommoye,
toujours dans les Yvelines.
L’intégralité des dépenses pour des gerbes au nom de l’ex-porte-parole du
gouvernement concernaient son département — aussi bien pour des obsèques que des
cérémonies officielles. “Lors de mes déplacements , je n’ai pas fait de
cérémonies patriotiques officielles”, indique à POLITICO l’ancienne ministre,
ajoutant s’être “limitée” à des obsèques d’élus et “aux cérémonies patriotiques
auxquelles j’étais invitée… dans les Yvelines”.
Françoise Gatel, chargée de la Ruralité dans le gouvernement de François Bayrou
puis reconduite dans celui de Sébastien Lecornu, a également fleuri nombre de
cérémonies officielles ou privées — dont de nombreux élus — dans son fief
d’Ille-et-Vilaine, pour un montant représentant près des deux tiers des montants
engagés sur des couronnes. Contacté, son cabinet n’avait pas répondu à l’heure
du bouclage.
Ce n’est pas le cas de tous les ministres : aucune gerbe n’a été commandée dans
la circonscription électorale de Bruno Retailleau lorsqu’il était ministre de
l’Intérieur ou dans celle de François Bayrou lors de son passage à Matignon.
FUNÉRAILLES NATIONALES ET PARTISANES
En dehors des cérémonies officielles, les ministres ont régulièrement fait
porter des compositions florales pour des funérailles liées au ministère — un
agent, le parent d’un officier de sécurité ou le personnel d’un cabinet…
Le Premier ministre François Bayrou a de son côté majoritairement honoré des
anciens compagnons de route ou des personnalités politiques comme l’ancienne de
l’UDF, Anne-Marie Comparini, le journaliste, soutien politique et candidat MoDem
en 2009, Jean-François Kahn, ou encore Nicolas Florian, ancien maire LR de
Bordeaux.
Ces couronnes s’accompagnaient très souvent d’un déplacement et d’une prise de
parole du Premier ministre.
Cet article a été mis à jour pour intégrer la réaction du cabinet d’Aurore
Bergé, arrivée juste après la publication.
Tag - Médias
La source d’informations quotidiennes sur tech en France.
Par KLARA DURAND
Avec OCÉANE HERRERO et TIPHAINE SALIOU
Infos, tuyaux et mini-drames à partager ? Ecrivez à Océane Herrero, Klara Durand
et Tiphaine Saliou | Voir dans votre navigateur
AU MENU
— Budget 2025 : les obstacles à franchir sont connus, l’issue aussi.
— Les éditeurs de presse inquiets de l’intérêt des élus pour les influenceurs.
— Face à Temu et Shein, la Fevad veut s’attaquer aux droits de douane.
Bonjour à toutes et à tous, nous commençons cette infolettre avec un carnet
rose, puisque la secrétaire d’Etat à l’Intelligence artificielle et au Numérique
a annoncé hier sur X la naissance de son deuxième enfant.
Clara Chappaz, qui a précisé que “tout le monde va bien”, ne devrait cependant
pas rester loin des affaires gouvernementales très longtemps : votre infolettre
s’est laissée dire que la secrétaire d’Etat avait programmé des rendez-vous
professionnels dès le mois de novembre.
LE FAIT DU JOUR
AMIS MARATHONIENS. Préparez la chicorée et la zappette, la course de fond
budgétaire a repris, et va se jouer en multiplex pour les pros de la tech.
L’examen du projet de loi de finances (PLF) 2025 a débuté hier en séance
publique à l’Assemblée, et nous entrons aujourd’hui dans le dur avec les votes
sur les plus de 3 500 amendements. En parallèle a lieu l’examen du projet de loi
de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) en commission. Voici ce qu’il
faudra surveiller.
Les points chauds. Sans surprise, une augmentation de la taxe sur les services
numériques (dite taxe Gafam) est proposée. Le groupe Liot souhaite que celle-ci
passe de 3% à 5% du chiffre d’affaires. L’exécutif a pour sa part glissé dans le
texte une petite bombe : la légalisation des casinos en ligne, via un amendement
gouvernemental, et sans partager d’étude d’impact, s’est insurgé le député
socialiste Arthur Delaporte.
Ils reviennent. Un certain nombre d’amendements que vous aviez déjà suivis en
commission des Finances vont être martelés en séance. Vous retrouverez ainsi la
liasse du député Paul Midy pour maintenir les dispositifs de soutien à
l’innovation (nous vous en parlions hier). Mais aussi une foule de propositions
de réforme du crédit d’impôt recherche (CIR) en vue de faire des économies. Et
ce, bien que le ministre délégué à l’Industrie ait dit hier dans Ouest-France
que “préserver l’intégrité” de cette niche fiscale était “essentiel”.
Parallèlement, restés branchés au fil de la commission des Affaires sociales,
qui examinera cette semaine le maintien ou non des exonérations de cotisations
sociales du dispositif jeunes entreprises innovantes (JEI).
A la fin… Peu d’acteurs, lobbyistes comme parlementaires, se font d’illusion sur
le fait que ces longs débats ont pour issue la plus probable un recours à
l’article 49.3 de la Constitution. Ils savent donc que pour s’assurer que leurs
mesures apparaissent sur le tableau final des amendements retenus par le
gouvernement, il faut jouer sur tous les plans : gagner les voix des députés et
influencer les débats interministériels.
RDV au cabinet. “On observe une dynamique inverse à celle à laquelle on aurait
pu s’attendre dans cette nouvelle Assemblée. On aurait pu estimer qu’elle
jouerait un rôle plus central…”, confirme ainsi Marianne Tordeux Bitker,
directrice des affaires publiques de France digitale, le lobby des start-ups.
Erratum. Nous nous sommes emmêlé les pinceaux dans notre édition d’hier.
Evidemment, la discussion budgétaire recommence en séance publique sur la base
du texte du gouvernement, quel que soit le résultat en commission des Finances.
JAUNES BUDGÉTAIRES
UN DERNIER POUR LA ROUTE. L’Arcom a largement contribué aux 10 milliards
d’économies demandées par Bercy en février 2024, a découvert votre infolettre en
lisant les “jaunes budgétaires” — une des annexes du PLF — consacrés aux
opérateurs de l’Etat.
Le document, publié vendredi, nous apprend que le régulateur du numérique a été
ponctionné à hauteur de 1,6 million d’euros sur sa dotation de 50,9 millions
prévue en loi de finances 2024. Pour 2025, sa subvention est en hausse, à 51,2
millions. Par ailleurs, après avoir bénéficié de 10 emplois supplémentaires
cette année, pour accompagner la mise en œuvre du règlement européen sur les
services numériques (DSA), sa masse salariale sera stable l’an prochain.
La CNIL, elle, bénéficiera en 2025 d’un budget en hausse à 30,6 millions
d’euros, soit pas loin de 2 millions en plus. Ce, afin de financer huit emplois
“au titre du développement de ses missions liées à la protection des données et
à la mise en œuvre du filtre Cyber”, prévus par la loi visant à sécuriser et
réguler l’espace numérique (SREN).
INFLUENCEURS
VENT DEBOUT. L’Alliance de la presse d’information générale (Apig) s’apprête à
lancer une offensive contre les créateurs de contenu produisant de l’info. Alors
que des élus — comme la macroniste Violette Spillebout — envisagent la création
d’un label pour valoriser leur travail, les adhérents de l’alliance sont vent
debout. On vous relate la genèse de ce bras de fer dans cet article.
Réunion. Pour aiguiser leurs arguments, les membres du bureau de l’Apig doivent
se réunir mercredi, a appris votre infolettre. “Nous allons travailler notre
position pour ensuite démarcher des parlementaires”, nous indique le responsable
des relations publiques, Alexis Denous.
Leur objectif : maintenir le fonctionnement actuel de la Commission paritaire
des publications et agences de presse (CPPAP). C’est elle qui établit les
critères que doivent respecter les entreprises de presse. Les journalistes
craignent que ces conditions soient revues à la baisse pour y intégrer les
influenceurs.
C’est non. “Nous ne comprenons pas pourquoi il faudrait déréguler un cadre qui
marche”, argue Alexis Denous. Pour lui, si les créateurs de contenu peuvent
“amener le public vers l’info”, ils ne sont pas pour autant “des journalistes”.
D’autant qu’ils “se basent souvent sur le travail de la presse pour créer leurs
vidéos”. Le responsable des relations publiques y voit, enfin, une menace pour
le métier de journaliste : “La plupart des youtubeurs spécialisés dans la
production d’informations recrutent sur factures”, conclut-il, inquiet.
E-COMMERCE
REBELOTE. Sans surprise, l’amendement socialiste au budget 2025, adopté en
commission des Finances, visant à étendre la taxe sur les surfaces commerciales
(Tascom) aux entrepôts de plus de 10 000 mètres carrés, a été redéposé en séance
publique.
Cible manquée. Nous vous l’expliquions hier : pour la Fevad, le lobby des
e-commerçants, l’objectif — établir une équité fiscale entre les magasins
physiques et les acteurs de l’e-commerce — rate sa cible en excluant de fait les
acteurs étrangers. La fédération pointe même un “nouvel avantage concurrentiel
[…] pour ces plateformes, qui s’ajoute à l’exonération de droits de douane ou
l’octroi de tarifs postaux préférentiels”.
Pour faire face à Shein et Temu, la Fevad propose plutôt de passer par l’échelon
européen, via la réforme du Code des douanes, en cours de négociation à
Bruxelles. Concrètement, le lobby soutient la proposition de la Commission
européenne de supprimer la franchise de 150 euros pour les droits de douane — et
enjoint la France à faire de même.
Petits colis. “Ce seuil de minimi constitue une distorsion de concurrence pour
les fabricants et détaillants de mode européens au profit des nouvelles
entreprises de l’ultra-fast fashion”, rappelle la Fevad dans une note de
position consultée par POLITICO. Elle y déplore “la division des commandes en
plusieurs petits colis” pour échapper aux prélèvements douaniers. Le panier
moyen d’un colis venu de Chine s’établirait en effet autour de 30 euros. Selon
une estimation de la Commission, 4 milliards de colis d’une valeur de moins de
150 euros sont arrivés en Europe cette année, dont 80% venus de Chine.
DU CÔTÉ DE BRUXELLES
L’Irlande a adopté un code de sécurité en ligne pour lutter contre les “contenus
préjudiciables” présents sur les plateformes gratuites de partages de vidéos
basées sur son sol, indiquent nos collègues de Morning Tech. Ce code rapprochera
Dublin de la pleine conformité avec la directive sur les services de médias
audiovisuels (SMA), que le pays tarde à transposer. Objectif : “mettre fin à
l’ère de l’autorégulation des médias sociaux”, a déclaré Niamh Hodnett, la
commissaire chargée de la sécurité en ligne, dans un communiqué. Une dizaine de
plateformes, comme YouTube, TikTok ou Facebook, sont visées par ce nouveau
code.
AGENDA
A 15h15, vote solennel du Sénat sur le projet de loi simplification.
A 16h45, la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée auditionne la
ministre de la Culture Rachida Dati sur le budget 2025, puis examine pour avis
les crédits des missions “culture” et “médias, livre et industries culturelles”.
RESTEZ BRANCHÉS
— La French Tech découvre le tribunal de commerce : les procédures collectives
se multiplient dans les start-ups avec des entrepreneurs souvent mal préparés,
nous apprennent Les Echos.
— Cybersécurité : les hackers sont à l’assaut du secteur maritime et portuaire,
rapporte La Tribune.
— BFM Tech&Co explique pourquoi YouTube ne supprimera pas la dernière vidéo du
youtubeur Squeezie, où ses invités — les acteurs Alain Chabat et Adèle
Exarchopoulos — fument une puff.
Un grand merci à : notre éditrice Tiphaine Saliou et à Jean-Christophe Catalon.
Elus, lobbyistes, membres du gouvernement ou hauts fonctionnaires… Tous
construisent, inspirent, voire infléchissent, au quotidien les politiques du
numérique. POLITICO a listé la crème de la crème : voici les 42 personnes les
plus influentes du moment, sur les sujets liés à la régulation de la tech et au
développement du numérique en France.
1. XAVIER NIEL
Fondateur d’Iliad
Après des années de labeur, Xavier Niel a décidé de s’amuser et il le fait
savoir. Son livre, “Une sacrée envie de foutre le bordel” affiche clairement la
couleur — Orange comme la couverture, référence à l’opérateur historique
bousculé par l’iconoclaste homme d’affaires. Il se paye aussi le culot de monter
sur scène, à L’Olympia, devant un parterre de fans conquis, pour raconter son
parcours et ses choix entrepreneuriaux, aussi agressifs que visionnaires.
Rappelez-vous, le milliardaire, autodidacte, a fait ses premiers pas dans le
minitel rose, avant d’exploser dans les télécoms en proposant la première offre
« triple play » française, puis un forfait mobile illimité qui pousse la
concurrence à casser les prix. Depuis, Niel met des billes un peu partout : dans
la french tech (Deezer, Sorare, Alan… ou encore l’incubateur Station F), les
médias (le groupe Le Monde, la société de production Mediawan), la formation
(école 42). Pour l’heure, seule la télévision lui résiste encore. En 2023, il
échoue à obtenir une fréquence TNT face à TF1 et M6, toutes deux candidates à
leur renouvellement. Gageons qu’il n’a pas dit son dernier mot.
2. HENNA VIRKKUNEN
Vice-présidente exécutive de la Commission européenne, chargée de la
souveraineté numérique, de la sécurité et de la démocratie
Notre classement ne pouvait pas faire l’impasse sur celle qui a remplacé Thierry
Breton dans le cœur des acteurs de la Tech. Si sa lettre de mission cite, en
premier lieu, le soutien aux “technologies de pointe” et à l’intelligence
artificielle, la nouvelle commissaire au numérique sera aussi chargée du cloud,
des semi-conducteurs, des réseaux, de la cybersécurité, du e-commerce, ou encore
des droits d’auteur. Elle devra également veiller à la bonne mise en œuvre des
règlements sur les services numériques et sur les marchés numériques. Henna
Virkkunen aura autorité sur la direction générale des réseaux de communication,
du contenu et des technologies (DG CNECT). Un portefeuille légèrement différent
de celui de son prédécesseur, qui avait hérité du Marché intérieur et des
services (DG GROW).
3. CLARA CHAPPAZ
Secrétaire d’Etat chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique
Startuppeuse, directrice de la mission French Tech de 2021 à 2024… Sur le
papier, la secrétaire d’Etat au numérique du gouvernement Barnier à tout pour
plaire à l’écosystème de l’innovation. Son portefeuille, logé à la recherche et
plus à Bercy, est pourtant une petite révolution. Une décision qui laisse
songeur. Pour certains, c’est le signe que le gouvernement penche désormais pour
une approche moins sociétale et économique, davantage centrée sur la recherche
fondamentale. Pour d’autres, c’est un choix peu lisible, qui pourrait bien
amoindrir le poids du secrétariat d’Etat en interministériel.
Son agenda politique est tout tracé : à charge pour elle de mener à bien le
sommet sur l’intelligence artificielle, que la France accueillera les 10 et 11
février 2025. L’événement, piloté par l’Elysée, réunira chefs d’État et de
gouvernements, dirigeants d’entreprises, chercheurs, ONG, artistes et membres de
la société civile.
4. BENOÎT LOUTREL
Membre du collège de l’Arcom
Polytechnicien, il est le “Monsieur Plateformes” de l’Arcom. Et pour cause : il
maîtrise aussi bien les contenus que les tuyaux. Benoît Loutrel a été
successivement directeur de la régulation des marchés fixes et mobiles,
directeur général adjoint et directeur général de l’Arcep. Après une brève
incursion aux affaires publiques de Google, il s’est lancé, en mars 2019, dans
une mission sur la régulation des réseaux sociaux, confiée par l’Elysée.
L’objectif : entrouvrir le capot de Facebook, dont la politique de modération
était alors sous le feu des critiques. En 2021, Benoît Loutrel rejoint le
collège de l’Arcom, où il préside le groupe de travail sur les plateformes
numériques. Son franc-parler y fait des étincelles : il n’hésite pas à
interpeller les plateformes, dont il critique le manque de transparence.
5. ANNE BOUVEROT
Envoyée spéciale d’Emmanuel Macron pour l’AI action summit
Dans la foulée d’une première édition britannique du sommet de l’intelligence
artificielle (IA) centrée sur ses dangers, Anne Bouverot doit organiser la
prochaine édition, prévue en France en février 2025. Son objectif : porter une
vision française de l’IA, à savoir une approche centrée sur les bénéfices de
l’innovation, tout en encourageant une “gouvernance mondiale”.
Après 18 ans chez Orange, Anne Bouverot est désormais présidente du conseil
d’administration de l’Ecole normale supérieure (ENS) et s’est spécialisée sur
les impacts sociétaux de l’IA. Elle est devenue, depuis un an, l’un des rouages
de la politique française en matière d’intelligence artificielle, en étant l’une
des principales plumes du rapport — ambitieux et dispendieux — qui devait guider
l’action du gouvernement en la matière.
6. ARTHUR MENSCH
Fondateur de Mistral AI
Alors que sa start-up a atteint une valorisation de 5,8 milliards d’euros en à
peine un an, Arthur Mensch porte sur ses épaules les espoirs français dans le
domaine de l’intelligence artificielle (IA) générative. Il est à ce titre devenu
une voix très écoutée des décideurs politiques. Passé par l’Ecole Polytechnique,
l’Ecole normale supérieure et Google Deepmind, Arthur Mensch se veut désormais
avocat de l’écosystème français de l’IA – notamment face aux réglementations
jugées trop strictes, règlement européen sur l’IA en tête.
Arthur Mensch peut appuyer ses arguments sur la solide trajectoire de sa
start-up. Depuis son lancement, Mistral AI a dévoilé de nouveaux modèles à un
niveau soutenu et recruté, en France et aux Etats-Unis, une soixantaine de
personnes. Arthur Mensch l’assure cependant : malgré son étirement d’un côté à
l’autre de l’Atlantique, la start-up restera française.
7. RACHIDA DATI
Ministre de la Culture
Ministre plus politique que technique, Rachida Dati a rapidement pris position
sur l’intelligence artificielle à son arrivée rue de Valois, en janvier 2024.
“Il n’y a pas de raison que [le droit d’auteur] ne soit pas rémunéré, simplement
parce que c’est noyé par l’intelligence artificielle”, déclarait-elle en mars,
lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Fervente défenseure des créateurs —
qui le lui rendent bien et ont massivement salué sa reconduction à la Culture au
sein du gouvernement Barnier —, elle n’a pas hésité à monter au créneau pour
ajouter un volet culturel au menu du sommet sur l’intelligence artificielle.
Parmi ses priorités, la ministre a aussi placé très haut la mise en œuvre des
propositions issus des états généraux de l’information (EGI), qu’elle espère
traduire en projet de loi courant 2025.
8. BENOÎT COEURÉ
Président de l’Autorité de la concurrence
Peu connu du grand public lorsqu’il est propulsé à la tête du régulateur, Benoît
Coeuré est un économiste passé par la Banque centrale européenne (BCE) et la
direction du Trésor. Celui qui a succédé à Isabelle de Silva a fait du numérique
(et de l’environnement) sa priorité. Au cours des derniers mois, l’autorité
s’est notamment positionnée sur le secteur du cloud et sur l’intelligence
artificielle générative.
9. JOHANNA BROUSSE
Cheffe de la section J3 du parquet de Paris
Elle est l’un des visages de la lutte contre la cybercriminalité, et des deux
coups de filet qui ont secoué le secteur au cours de l’année 2024. Johanna
Brousse est cheffe de la section J3 du parquet de Paris, qui a été à la manœuvre
lors du blocage du site coco.gg, connu pour héberger des activités illégales.
Plus retentissant : cette section est aussi à l’origine de l’arrestation du
patron de Telegram, Pavel Durov, à la fin de l’été.
A la tête de la section cybercriminalité depuis 2021, la tenace magistrate de 40
ans à peine est ainsi au cœur d’un nouveau chapitre de la régulation du web :
certains patrons de plateformes sont désormais mis face à leur responsabilité
judiciaire.
10. CHANTAL RUBIN
Cheffe du pôle Régulation des plateformes numériques à la direction générale des
entreprises (DGE)
C’est la papesse de la régulation des plateformes. Passée par le régulateur de
l’énergie, Chantal Rubin a rejoint la direction générale des entreprises il y a
20 ans, où elle a fait de la tech sa spécialité. Désormais cheffe du pôle
“Régulation des Plateformes numériques”, cette grande serviteure de l’Etat est
autant incontournable pour le secteur qu’inconnue du public. Elle était ainsi en
première ligne, au côté de son homologue de la Culture Laure Durand-Viel (passée
depuis au secrétariat général du gouvernement), pour définir la position de la
France lors des négociations sur les règlements sur les marchés et les services
numériques (connus sous le petit nom de DSA et DMA).
11. PIERRE-ÉDOUARD STÉRIN
Fondateur de Smartbox et d’Otium Capital
Pierre-Edouard Stérin ne cache plus, ces derniers mois, ses ambitions
politiques. Avec l’appui d’Otium Capital, fond d’investissement qui abonde la
French Tech depuis des années, et du Fonds du Bien Commun, son organisation
philanthropique, Pierre-Edouard Stérin a mis sur pied le “projet Périclès” censé
permettre l’accès au pouvoir d’une droite conservatrice, en misant notamment sur
le Rassemblement national (RN). S’il a échoué à racheter l’hebdomadaire Marianne
après avoir essuyé les tirs de barrage de la rédaction, le milliardaire
catholique qui réside en Belgique n’abandonne pas pour autant ses ambitions dans
les médias. Il cherche plus largement des leviers pour peser sur l’opinion
publique pour mener sa “bataille culturelle”.
12. VINCENT STRUBEL
Directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes
d’information
C’est un pur produit de l’Anssi que Vincent Strubel. Ingénieur X-Télécoms,
membre du corps des Mines, il a fait de la sécurité des systèmes d’information
sa spécialité. Il rejoint l’agence en 2009 comme chef du laboratoire
architectures matérielles et logicielles. Il occupe ensuite les postes de
responsable des expertises, puis Opérateur des systèmes d’information
interministériels classifiés, avant d’être nommé directeur général, en 2023.
13. ARTHUR DELAPORTE ET STÉPHANE VOJETTA
Député PS du Calvados et député EPR des Français établis hors de France
Adversaires en politique, ces deux élus ont trouvé un terrain d’entente :
réguler le secteur de l’influence. Arthur Delaporte (PS) et Stéphane Vojetta
(EPR) ont porté ensemble la loi qui encadre les activités des créateurs de
contenus. Une collaboration semble-t-il concluante, puisque les deux députés
entendent remettre le couvert. Ils prévoient en effet déposer une nouvelle
proposition de loi d’ici la fin de l’année, qui s’attaquera aux angles morts de
la loi sur l’influence, notamment à la question de l’alcool et de sa promotion
sur des réseaux sociaux, prisés des plus jeunes.
14. PAVEL DUROV
Fondateur et dirigeant de Telegram
Son arrestation cet été à l’aéroport du Bourget a été un événement mondial.
Depuis, celui qui ne venait en France qu’occasionnellement a dû prendre ses
habitudes à Paris, où il doit pointer au commissariat deux fois par semaine.
Défenseur autoproclamé de la liberté d’expression, Pavel Durov a connu une
trajectoire sinueuse. Après avoir lancé le “Facebook russe” Vkontakte dans son
pays natal, Pavel Durov a créé Telegram, plateforme de messagerie à la
modération quasi-absente. C’est elle et les contenus illégaux qui y pullulent
qui lui valent désormais d’être poursuivi par la justice française.
Cela n’empêche pas Paul du Rove — le nom qu’il a choisi au moment d’acquérir la
nationalité française en 2021, avec la bénédiction d’Emmanuel Macron — de
continuer à contrôler Telegram depuis Paris. Il cultive parallèlement ses
réseaux d’affaires en France, dans l’attente de nouveaux rebondissements
judiciaires.
15. FLORENCE PHILBERT
Directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC)
Ancienne présidente d’un financeur du cinéma, cette conseillère-maître à la Cour
des comptes a été nommée au ministère de la Culture en janvier 2020. Son
périmètre touche de près à la régulation du numérique : sa direction s’est en
effet dotée, fin 2020, en pleines négociations des règlements sur les services
et les marchés numériques, d’une “délégation à la régulation des plateformes”.
Sa mission : assurer une veille technologique et analyser l’évolution des
modèles économiques des plateformes. Une expertise précieuse lorsqu’il faudra
mettre en musique les états généraux de l’information, qui prévoient un volet
sur la publicité en ligne.
16. YANN LE CUN
Chef de la recherche en IA chez Meta
Pionnier de l’intelligence artificielle, ce chercheur français dirige la
recherche en IA de Meta, qu’il a rejoint dès 2013 pour ouvrir le premier
laboratoire du groupe à New York. Lauréat du prix Turing 2018, considéré comme
le Nobel de l’informatique, il est aujourd’hui érigé en star de l’IA et déplace
les foules à chacune de ses conférences. Chez Meta, Yann Le Cun bénéficie d’une
grande liberté de parole et d’action. En juin dernier, sur X, il n’a pas hésité
à interpeller Elon Musk pour dénoncer “la façon dont il traite ses
scientifiques”, qui publient trop rarement leurs avancées en leur nom. En 2018,
le chercheur a quitté son poste opérationnel pour se (re)concentrer sur la
recherche.
17. BENOIT TABAKA
Directeur des affaires publiques de Google France
Il est connu comme le loup blanc dans le petit monde du numérique. Rien
d’étonnant : du Forum des droits sur l’internet au secrétariat général du
Conseil national du numérique, en passant par les affaires publiques du groupe
PriceMinister, Benoit Tabaka a enfilé bon nombre de casquettes au cours de sa
carrière. A la tête des affaires publiques de Google France depuis 2018, il a su
tisser une relation apaisée avec les pouvoirs publics (ministres,
parlementaires, mais aussi collectivités locales), privilégiant le dialogue
permanent à l’opposition de principe.
18. CORINE DE BILBAO
Présidente de Microsoft France
Après 28 ans au sein du groupe General Electric, dont trois à la présidence de
GE France, elle a pris les rênes de la filiale française du géant de
l’informatique en juillet 2021. Une arrivée qui a pu surprendre dans les rangs
de la tech. « J’aime sortir de ma zone de confort », résume-t-elle dans une
interview au Monde.
A la tête de Microsoft, elle doit mener à bien la construction, en France, de
data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Un investissement de 4
milliards d’euros, annoncé en mai dernier à l’occasion du sommet Choose France.
Un choix qui n’a rien d’anodin et permet à l’entreprise américaine de donner des
gages à la France en matière de sécurité et de souveraineté de la donnée.
19. HENRI VERDIER
Ambassadeur pour le Numérique
Nommé en octobre 2018, Henri Verdier apparaît comme un électron libre au sein du
très feutré Quai d’Orsay. Il faut dire que son parcours détonne parmi les
diplomates : chantre de l’open data et de la transformation numérique de l’Etat,
il fut directeur d’Etalab, puis a pris la tête de la direction du numérique de
l’État.
Depuis six ans, l’ambassadeur s’est surtout démarqué en accompagnant les
obsessions du président Macron : appel de Christchurch pour lutter contre la
diffusion de contenus terroristes, Lab de protection de l’enfance… Des
initiatives qui ont marqué les esprits, mais peinent à exister dans la durée. Le
sommet parisien sur l’IA sera une nouvelle occasion de prouver la pertinence
d’une diplomatie du numérique à la française.
20. DANIEL KŘETÍNSKÝ
PDG de Czech Media Invest
A la tête d’un empire de près de 10 milliards d’euros, l’homme d’affaires
tchèque a fait fortune dans l’énergie, en prenant le contrôle, aux côtés de la
Slovaquie, du gazoduc Eustream. Depuis, il n’a cessé de s’étendre, rachetant
successivement Metro en Allemagne, Casino et Fnac-Darty en France, Foot Locker
aux Etats-Unis, Sainsbury en Angleterre. En France, il s’est aussi imposé dans
le monde des médias et l’édition, investissant dans TF1 et M6, le magazine Elle
et Editis, numéro deux français de l’édition.
Sa dernière obsession : s’emparer d’Atos. Des vues qui ont déclenché l’ire d’une
partie de la classe politique française.
21. PAUL MIDY
Député de l’Essonne depuis 2022
Paul Midy se veut la voix des startups à l’Assemblée. L’année dernière,
l’énergique quarantenaire avait pris son bâton de pèlerin pour aller recueillir
leurs doléances dans le cadre d’une mission parlementaire sur le soutien à
l’investissement dans les start-up et les PME innovantes. Il va désormais devoir
défendre leurs acquis dans une période de disette budgétaire.
Ancien rapporteur spécial du projet de loi visant à sécuriser et réguler
l’espace numérique (SREN), Paul Midy est également partisan de la manière forte
pour s’attaquer aux délits en ligne. Après avoir agité le secteur en proposant
une levée de l’anonymat en ligne — une notion contestée — il a poussé l’an
dernier en faveur d’un système d’identité numérique. Un sujet qui pourrait
revenir à l’agenda, alors que l’enjeu de la protection des mineurs en ligne
s’impose dans les débats au niveau français et européen.
22. MARIE-LAURE DENIS
Présidente de la Cnil
Conseillère d’Etat, Marie-Laure Denis est présidente de la Commission nationale
de l’informatique et des libertés depuis février 2019. Cette haute fonctionnaire
a consacré 20 ans de carrière à la régulation au sein d’autorités
administratives indépendantes : le Conseil supérieur de l’audiovisuel (devenu
l’Arcom) jusqu’en 2011, le régulateurs des télécoms (l’Arcep) jusqu’en 2017, et
la Commission de régulation de l’énergie de 2017 à 2019. Renouvelée en novembre
2023, elle a placé parmi ses priorités la protection de l’enfance en ligne et
l’éducation au numérique, la régulation de l’intelligence artificielle, ou
encore la prévention des risques cyber.
23. PASCAL ROGARD
Directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques
Cet inlassable défenseur de “l’exception culturelle” est connu pour ses passes
d’armes avec les plateformes, et notamment TikTok qu’il menace régulièrement
d’un procès pour non-versement des droits d’auteur. Juriste de formation et
lobbyiste influent à Paris comme à Bruxelles, où il a mené le combat pour
l’adoption de la directive Copyright, Pascal Rogard a fait toute sa carrière au
service de la culture, d’abord auprès des producteurs et réalisateurs de cinéma,
puis des auteurs. Loin de s’opposer de manière systématique aux Gafam — pourvu
qu’ils paient leur dîme —, il défend une réforme de la chronologie des médias au
service du public et de l’intérêt général, quitte à braquer au sein de son
propre camp.
24. JUSTINE ATLAN
Directrice générale d’e-Enfance
Elle est incontournable sur la protection des mineurs en ligne. La directrice
générale d’e-Enfance, association qui accompagne les victimes de
cyberharcèlement, Justine Atlan a l’oreille des gouvernements, de Luc Chatel,
ministre de l’Education nationale de 2009 à 2012, à Charlotte Caubel, secrétaire
d’état à la protection de l’enfance de 2022 à 2024. Sa cause a séduit jusqu’à
Brigitte Macron, qui l’a reçue pour parler des ravages des écrans sur les jeunes
enfants.
Ces dernières années, les nombreuses législations sur la protection des mineurs
lui ont donné une opportunité en or pour porter son message. Pour elle, un
système de vérification de l’âge des internautes est indispensable, tout comme
la mise en place d’un accord parental pour l’inscription des moins de 15 ans sur
les réseaux sociaux.
25. BRIGITTE MACRON
Première dame
L’épouse d’Emmanuel Macron est une influence discrète mais persistante sur les
sujets de protection de l’enfance en ligne. Elle est sur les talons des
ministres chargés de l’Enfance et du Numérique, parfois même dans les réunions.
Les grandes plateformes l’ont bien compris. Meta, Google, TikTok… toutes ont été
nombreuses à solliciter un rendez-vous élyséen avec Brigitte Macron dans
l’espoir de convaincre la première dame de leur engagement, contre le
harcèlement en ligne notamment. Si elle n’a pas de rôle officiel, Brigitte
Macron reçoit chaque année des centaines de courriers, de parents notamment,
faisant état de situations de harcèlement en ligne. “Elle est marquée par les
rumeurs diffusées sur les réseau sociaux qui l’ont touchée personnellement et
qui ont touché son couple”, note un ancien collaborateur du Palais.
26. ALEXANDRA BENSAMOUN
Professeure de droit, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle
Membre du conseil supérieur de la propriété intellectuelle, Alexandra Bensamoun
est une spécialiste du droit d’auteur… Elle était surtout la seule représentante
de la culture au sein du comité interministériel chargé par Elisabeth Borne de
plancher sur la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle. Qu’à cela
ne tienne : sa force de persuasion lui a permis d’introduire une recommandation
sur le droit d’auteur dans les conclusions du comité. Plus récemment, elle a été
mandatée par le ministère de la Culture pour mener deux missions sur le sujet :
l’une sur les obligations de transparence incombant aux plateformes, l’autre sur
la rémunération des ayants droit. Des rapports très attendus par le secteur de
la tech, qui craint que ses recommandations ne soient un frein à l’innovation.
27. DENIS MASSÉGLIA
Député EPR du Maine-et-Loire
Le député Ensemble pour la République (EPR) Denis Masséglia se présente comme un
passionné de jeu vidéo. Il est même actif sur Twitch pour y diffuser ses parties
en direct ou y parler politique. L’élu a aussi présidé, depuis 2017, le tout
premier groupe de travail de l’Assemblée dédié à cette industrie. Il a été
rapporteur d’une partie de la loi sur l’espace numérique, s’occupant notamment
des Jonum, ces jeux Web3 ayant des caractéristiques d’un jeu d’argent. Il est
désormais rapporteur spécial de la mission Médias livre et industries
culturelles du projet de loi de finances pour 2025. Sans surprise, il est un
fervent défenseur du crédit d’impôt jeu vidéo.
28. INOXTAG
Influenceur
Vidéaste franco-algérien de 22 ans, Inès Benazzouz ne compte pas moins de 8,9
millions d’abonnés sur YouTube et 7 millions sur son compte Instagram. A la
rentrée, le youtubeur a fait vendre plus de 200 000 places pour découvrir en
salle de cinéma son documentaire “Kaizen”, qui relate son année de préparation
pour gravir l’Everest. Il a créé la polémique dans le milieu très conservateur
du cinéma en explosant les seuils prévus pour déroger à la chronologie des
médias — et ainsi diffuser une œuvre en salle et sur YouTube le lendemain. Le
Centre national du cinéma (CNC) a signalé l’infraction au procureur de la
République. Cela fait risquer au producteur et exploitant de salles MK2, qui a
organisé les diffusions, jusqu’à 45 000 euros d’amende.
30. ANNE LE HÉNANFF
Députée Horizons du Morbihan
La députée Horizons Anne Le Hénanff piaffe dans l’attente du projet de loi
“résilience” qui doit ramener dans l’actualité l’un de ses dadas, la
cybersécurité. L’élue du Morbihan est toute désignée pour rapporter ce texte,
qui adaptera le droit français à la directive européenne NIS2 — la discussion
s’annonce technique, mais très suivie par le petit milieu cyber.
Membre de la commission de la défense, Anne Le Hénanff est également attentive
au secteur du cloud. Elle s’était déjà penchée sur ce sujet abrasif lors de
l’examen du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique
(SREN) et gardera un œil sur ce dossier.
29. ROXANNE VARZA
Directrice de Station F
Peu de personnes peuvent se vanter de connaître les visages de l’écosystème des
startups français comme Roxanne Varza. Née à Palo Alto, naturalisée française,
Roxanne Varza est à la tête de l’incubateur de Station F depuis 2015. Elle avait
été repérée par le milliardaire Xavier Niel, fondateur de Station F, alors
qu’elle feuilletonnait l’actualité des jeunes pousses françaises pour le média
TechCrunch.
En parallèle de ses missions à la tête de l’incubateur, Roxanne Varza a rejoint
cette année l’équipe public-privé chargée de préparer le sommet mondial sur
l’IA, qui se tiendra en février prochain en France. Elle coordonne dans ce cadre
le volet “Innovation et culture”.
31. DAVID EL SAYEGH
Directeur général adjoint de la Sacem
Avocat de formation, il a mené la charge contre les plateformes lors des
négociations sur la directive Droit d’auteur en 2018, et, plus récemment, sur le
règlement européen sur l’intelligence artificielle. S’il ne s’oppose pas au
développement de cette technologie, David El Sayegh défend une intelligence
artificielle “régulée, transparente et vertueuse”, qui rémunère correctement les
auteurs. Il est également président du Gesac, le lobby européen des sociétés
d’auteurs et compositeurs de musique, depuis mai 2022.
32. FABRICE LAYER
Directeur des relations gouvernementales de Shein
Ancien responsable des affaires publiques du groupe de télécoms chinois Huawei,
Fabrice Layer s’attèle, depuis un an, à un nouveau défi : redorer l’image de
Shein en France. Décrié pour ses pratiques anti-environnementales et les
conditions de travail de ses ouvriers, le site de mode en ligne chinois est à la
fois dans le collimateur de la Commission européenne et des parlementaires
français. La proposition de loi sur la fast-fashion, adoptée mi-mars à
l’Assemblée nationale, doit être examinée au Sénat prochainement.
33. BRUNO PATINO
Président d’Arte et président du comité de pilotage des états généraux de
l’information
Président d’Arte, professeur associé à Sciences Po, auteur d’une dizaine de
livres… Bruno Patino est un hyperactif. Il a travaillé partout : dans le livre,
la presse, la radio, la télévision. Rien d’étonnant qu’il ait accepté, au
débotté, de remplacer Bruno Lasserre à la tête du comité de pilotage des États
généraux de l’information. Alors que les EGI ont restitué leurs travaux le 12
septembre, l’homme de médias pointe, dans Le Monde, une “marginalisation de
l’information par rapport à quantité d’autres messages, noyée par les
plates-formes numériques”. Il appelle l’interprofession à se rassembler pour
porter les propositions auprès des pouvoirs publics.
34. PHILIPPE LATOMBE
Député MoDem de Vendée
Membre de la commission des Affaires économiques, l’élu a fait de la
souveraineté numérique son cheval de bataille — il est l’auteur d’un rapport
parlementaire sur le sujet, publié en 2021. Du soutien au start-ups au transfert
de données vers les Etats-Unis, en passant par le cloud souverain, Philippe
Latombe se mobilise sur tous les fronts et appelle régulièrement à une volonté
politique forte à Paris et à Bruxelles pour protéger entreprises nationales et
citoyens.
35. GUILLAUME POUPARD
Directeur général adjoint de Docaposte
Il a passé près de huit ans à la tête de l’agence chargée de protéger des
cyberattaques les entreprises et les infrastructures numériques de l’Etat. Sous
son mandat, l’Anssi est montée en puissance, gagnant en capacité d’enquête à la
faveur des lois de programmation militaire, doublant ses effectifs, et rayonnant
à l’international.
En janvier 2023, Guillaume Poupard a rejoint Docaposte en tant que directeur
général adjoint. Il y est chargé du cyber et du cloud et demeure très investi
sur la protection des données sensibles.
36. STÉPHANIE YON-COURTIN
Députée européenne Renew
C’est l’une des eurodéputées françaises qui s’est le plus investie sur les
sujets numériques sous la Commission von der Leyen I. Elue depuis 2019,
Stéphanie Yon-Courtin a été rapporteure sur le Digital Markets Act (DMA), le
texte qui réglemente les marchés numériques, et siège aujourd’hui à la
commission Marché intérieur du Parlement européen.
Juriste de formation, elle a travaillé par le passé sur le programme MEDIA de la
Commission de Bruxelles avant de se spécialiser en droit de la concurrence. De
2007 à 2010, elle était conseillère pour les affaires internationales au cabinet
du président de l’Autorité de la concurrence Bruno Lasserre.
37. LAURE DE LA RAUDIÈRE
Présidente de l’Arcep
Pas facile de succéder à l’hyperactif Sébastien Soriano. Laure de la Raudière a
pourtant réussi à imprimer sa marque dans le secteur des télécoms. Normalienne
et ingénieur télécoms, elle a passé onze ans chez France Télécom, avant de
fonder sa société de conseil. Elue députée d’Eure-et-Loire en 2007, elle
s’investit dans les dossiers numériques et fait pas moins de neuf rapports sur
le sujet, de la neutralité du net à l’économie numérique, en passant par la
couverture du territoire. Sa nomination, début 2012, à la tête de l’Arcep,
l’autorité de régulation du secteur, surprend autant qu’elle rassemble. Ce qui a
fait pencher la balance ? “Elle est à la fois très ancrée dans la politique
locale et sait traiter de sujets techniques arides”, expliquait alors aux Echos
le ministre de l’Economie Bruno le Maire. Il aurait vivement recommandé la
députée à Emmanuel Macron.
38. PATRICK CHAIZE
Sénateur LR de l’Ain
“On ne peut pas lui reprocher de ne pas connaître ses sujets”, reconnaît une
lobbyiste souvent en désaccord avec lui. Patrick Chaize, sénateur de l’Ain, a
une obsession : les télécoms, qu’il veille à mettre à l’agenda parlementaire
aussi fréquemment qu’il le peut.
Fils d’électricien automobile, président de l’Avicca, l’association des
collectivités locales engagées dans le numérique, Patrick Chaize est dur avec
les opérateurs télécoms — il souhaite les voir améliorer la qualité des
raccordements en fibre optique — et avec les plateformes numériques. Lors des
émeutes du printemps 2023, il avait fait la demande ébouriffante que celles-ci
suppriment les contenus incitant à la violence dans les deux heures.
L’amendement avait été écarté en douceur. Patrick Chaize est un parlementaire
que l’on ménage, tant dans le secteur télécoms que du côté du gouvernement.
39. AURÉLIEN LOPEZ-LIGUORI
Député RN de l’Hérault
Sous la précédente législature, le député Rassemblement national (RN) Aurélien
Lopez-Liguori était président du groupe d’études consacré à la souveraineté
numérique. Il devrait s’accrocher à ce sceptre qui lui a non seulement permis de
gagner en épaisseur sur les sujets numériques, mais aussi de briser des
frontières sur le plan politique.
Via le groupe d’études, Aurélien Lopez-Liguori avait en effet fait porter des
amendements avec d’autres formations politiques, rongeant le cordon sanitaire du
RN.
Ambitieux, l’élu héraultais de 31 ans avait également caressé l’idée d’un
portefeuille ministériel après l’envolée temporaire de son parti dans les
sondages. Le projet est remisé, mais Aurélien Lopez-Liguori continue de soigner
ses relations avec l’écosystème numérique, qui lui a progressivement entrebâillé
la porte.
40. CATHERINE MORIN-DESAILLY
Sénatrice UDI de Seine-Maritime
Elle a quitté la présidence de la commission Culture du Sénat en 2020, pour se
plonger dans les affres du numérique, s’investissant dans la commission
d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok et celle sur les politiques
publiques face aux opérations d’influences étrangères, dont elle était
vice-présidente. Dans les prochains mois, l’élue, qui est également membre de la
Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), souhaite
travailler sur l’hébergement des données de santé.
41. BÉNÉDICTE DE KERSAUZON
Déléguée générale de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de
contenus
Après sept ans chez BNP Paribas, Bénédicte de Kersauzon s’attaque à un défi de
taille : faire de l’Umicc, la fédération des acteurs de l’influence, un
véritable syndicat. A cette fin, elle a récemment embauché le youtubeur Gaspard
G. au poste de secrétaire général. La fédération, créée début 2023 au moment de
l’examen de la loi influenceurs, reste toutefois fragile, plusieurs agences
d’influenceurs ayant déjà mis les voiles, à l’instar de Bump, fondée par le
YouTubeur Squeezie.
42. ERIC BOTHOREL
Député EPR des Côtes-d’Armor
Adoubé par le secteur des télécoms, à qui il prête une oreille attentive, le
député breton œuvre pour réduire la fracture territoriale de la couverture
numérique. Il a mené, en 2024, une mission d’information consacrée à l’avenir de
la couverture mobile, et porte auprès du gouvernement le déploiement de la fibre
pour tous dès 2025.
A l’Assemblée, Eric Bothorel est membre de la commission des Affaires
économiques et coprésident du groupe d’études sur la cybersécurité et la
souveraineté numérique, et de celui sur l’économie numérique de la donnée, de la
connaissance et de l’intelligence artificielle. En 2020, le Premier ministre
Jean Castex lui avait d’ailleurs confié une mission relative à la politique
publique de la donnée.
TEL-AVIV — Israël présente l’incursion transfrontalière de mardi dans le sud du
Liban comme une mission rapide d’entrée/sortie contre un Hezbollah déjà
décapité. Mais il y a des risques qu’elle s’enlise en une invasion prolongée et
plus ardue — comme cela s’est déjà produit par le passé.
L’attaque d’Israël au sud du Liban en 1982 — qui visait également à l’origine à
repousser les attaques de militants — s’est transformée en une occupation de
dix-huit ans.
Cette fois, le calcul d’Israël est que les miliciens chiites soutenus par l’Iran
de l’autre côté de la frontière sont tellement épuisés et démoralisés par
l’assassinat de leur chef Hassan Nasrallah (et de toute sa structure de
commandement) que leurs forces seront désorganisées.
Il n’est cependant pas question pour le Hezbollah de se laisser faire sans
combattre, dans des batailles qui se déroulent sur un terrain sinueux fait de
collines, de ravins et de gorges, sans parler des réseaux de tunnels. Le
porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a déclaré mardi qu’il y
avait déjà de violents combats dans le sud du Liban et que le Hezbollah
utilisait les habitants “comme boucliers humains pour lancer des attaques”.
Le Hezbollah a démenti la tenue d’affrontements directs au sol entre les
“combattants de la résistance et les forces d’occupation”, selon un communiqué
publié sur la chaîne Telegram du groupe. Il a néanmoins averti que ses
combattants étaient “prêts à une confrontation directe avec les forces ennemies”
et a souligné que le tir de roquettes visant, affirme-t-il, les bases du Mossad
et du renseignement militaire à Tel-Aviv, n’était “que le début”.
Pour illustrer l’ampleur du défi à relever, les Forces de défense israéliennes
(FDI) ont cité des sources de renseignements selon lesquelles une maison sur
deux ou trois dans le sud du Liban est utilisée pour cacher des “moyens
terroristes” tels que des lance-roquettes et même des missiles de croisière
destinés à attaquer Israël. Les débusquer ne sera pas chose aisée.
Le risque existe également que les rangs du Hezbollah soient renforcés par des
miliciens chiites chevronnés — dont certains sont irakiens — basés dans la Syrie
voisine.
Même s’il a un passé tragique, le Liban est aujourd’hui confronté à “l’une des
périodes les plus dangereuses” de son histoire, selon le Premier ministre Najib
Mikati.
L’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert, fervent critique de Netanyahou,
a averti : “On sait comment les invasions commencent. Je ne suis pas certain
qu’on sache comment cela va évoluer et comment cela peut se terminer. La
dernière expérience que nous avons d’une opération terrestre au Liban a duré
dix-huit ans. Ce fut un échec total, je veux dire un échec stratégique. Je ne
comprends pas quelle est précisément la stratégie actuelle.”
“Je pense que Bibi [le Premier ministre Benyamin Netanyahu] s’emballe, qu’il est
dépassé par les événements et qu’il en perd la mesure”, a-t-il ajouté dans une
interview accordée à POLITICO.
RETOUR À LA LIGNE BLEUE
Pour l’instant, les dirigeants israéliens se sont simplement alignés et
soutiennent l’offensive. Les chefs des partis d’opposition, qui doutent du
bien-fondé d’une offensive terrestre, peuvent se prévaloir de la fête du Nouvel
An juif, Rosh Hachana, pour refuser des interviews et ne pas s’exprimer.
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a, quant à lui, donné sa bénédiction
sur les réseaux sociaux : “Au cours de l’année écoulée, les terroristes du
Hezbollah ont assassiné des dizaines d’Israéliens, dont 12 enfants, sur un
terrain de football, ont tiré des milliers de roquettes sur nous, ont frappé nos
villages de Metoula, Shlomi et les kibboutz, et nous ont forcés à évacuer le
nord du pays.”
C’est la principale justification israélienne de cette mission : dire que le
Hezbollah a tiré plus de 9 000 roquettes depuis le sud du Liban depuis octobre
dernier.
L’objectif déclaré est de contraindre les forces du Hezbollah à retourner du
côté nord de la Ligne bleue, le fleuve Litani, à environ 29 kilomètres au nord
de la frontière, conformément à la résolution des Nations unies mettant fin à la
guerre de 2006 au Liban. En cas de succès, cela permettrait grandement de
rassurer les quelque 80 000 Israéliens, évacués du nord d’Israël en raison des
tirs de barrage du Hezbollah, sur le fait de pouvoir rentrer chez eux.
L’objectif ostensible est de forcer les forces du Hezbollah à revenir du côté
nord de la Ligne bleue, le fleuve Litani, à environ 29 kilomètres au nord de la
frontière, conformément à la résolution des Nations Unies mettant fin à la
guerre de 2006 au Liban. | Joseph Eid/AFP via Getty Images
“Trop c’est trop”, a ajouté M. Bennett. “Chaque soldat des FDI qui franchit la
frontière libanaise sait qu’il le fait pour protéger les citoyens d’Israël.”
Olmert, le critique de Netanyahu, a exposé à POLITICO que personne ne devrait
douter que les forces israéliennes seront en mesure d’avancer jusqu’au Litani,
mais il a souligné que “cela pourrait nous coûter beaucoup en matière de vies
humaines”.
Et une fois que ce sera fait, “qu’est-ce qui les empêchera de revenir à la
frontière ? Allons-nous rester là pour toujours afin de protéger le sud d’Israël
? Vont-ils envisager de construire des colonies dans le sud du Liban entretemps
? Que veulent-ils faire exactement ?”
Les ministres de la coalition gouvernementale de Netanyahou, habituellement en
proie à des dissensions, ont proclamé haut et fort leur soutien à l’incursion.
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, chef du parti d’extrême
droite Force juive, a déclaré mardi : “C’est le moment, non pas d’arrêter, mais
de continuer à tout faire avec toute la force nécessaire et d’écraser le
Hezbollah afin que les civils du nord puissent rentrer chez eux en toute
sécurité.”
Paul Salem, observateur de longue date du Liban et ancien président du Middle
East Institute, estime qu’Israël avait des raisons de penser que le Hezbollah
était sur la défensive.
“Le Hezbollah est en état de choc. Ils n’en croient pas leurs yeux. Ils sont en
plein désarroi. Certains d’entre eux reprochent à l’Iran de ne pas les aider
suffisamment”, analyse-t-il.
“Leurs options sont très limitées. Je pense qu’ils vont devoir se concentrer sur
leur propre survie. Ils n’ont pas encore choisi de successeur à Nasrallah. Ils
doivent nommer de nouveaux dirigeants, qui seront pris pour cible par les
Israéliens dès leur nomination. Ils ont des semaines, voire des mois, pour
essayer de survivre”, a-t-il poursuivi, parlant avec POLITICO depuis Beyrouth.
UNE HISTOIRE AMÈRE
Mais l’histoire des interventions israéliennes au Liban comporte également de
nombreuses mises en garde.
Mais l’histoire des interventions israéliennes au Liban comporte également de
nombreuses mises en garde. | Patrick Baz/AFP via Getty Images
L’invasion de 1982, qui a déclenché la deuxième phase de la Guerre du Liban, a
été ordonnée par le Premier ministre israélien de l’époque, Menahem Begin.
Supervisée par le ministre de la Défense Ariel Sharon, un ancien général,
l’incursion avait initialement pour objectif d’arrêter les attaques
palestiniennes depuis le Liban et de repousser l’Organisation de libération de
la Palestine (OLP) au nord du fleuve Litani.
Mais cela a fait boule de neige et est devenu une opération plus vaste visant à
installer un gouvernement chrétien maronite pro-israélien et les forces
israéliennes sont restées dans le sud du Liban pendant dix-huit ans.
“Rappelons que l’incursion d’Israël en 1982 a également été présentée comme une
incursion limitée et localisée”, note le commentateur libanais Michael Young.
“Mais comme Sharon l’avait compris, il y aura toujours quelqu’un qui vous tirera
dessus depuis la colline voisine, la légitime défense impose donc de prendre
cette colline … jusqu’à ce qu’ils atteignent Beyrouth”, a-t-il ajouté dans un
post sur X.
Young soupçonne qu’Israël ne se contentera pas de faire partir le Hezbollah du
sud du Litani. “Ils exigeront davantage”, a-t-il prévenu.
Certains signes indiquent également que l’idée derrière cette incursion, dont le
nom de code est “opération Flèches du nord”, laisse entrevoir des ambitions bien
plus grandes.
Le discours euphémisant de Tsahal sur les “raids terrestres limités, localisés
et ciblés” ne correspond pas à la rhétorique beaucoup plus grandiloquente
utilisée par Netanyahou ces derniers jours. Il a souligné que son objectif
ultime était de saper le pouvoir religieux de Téhéran et de mettre hors d’état
de nuire les Iraniens qui financent le Hamas, le Hezbollah et les rebelles
houthis du Yémen. En bref, il s’agit d’une occasion décisive et unique de
remodeler le paysage politique de la région.
Si son véritable objectif avec l’opération Flèches du nord est une refonte aussi
ambitieuse du Moyen-Orient, le risque est plus grand de voir l’opération se
transformer en un remake de 1982.
La stratégie “escalade pour désescalade” risque d’être supplantée par de plus
grandes ambitions israéliennes et la résistance du Hezbollah, craint le général
américain à la retraite Joseph Votel, dans un commentaire transmis aux médias.
Votel redoute que le Hezbollah poursuive une stratégie d’usure “afin d’entraîner
Israël dans un conflit prolongé qui saperait son gouvernement, son économie et
sa position dans le monde — gagnant du temps pour se remettre de ses récents
revers et se créant peut-être l’occasion de porter un coup stratégique”.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.