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Un an après, où en est le plan Draghi, censé sauver l’économie européenne ?
BRUXELLES — Aux dernières nouvelles, Mario Draghi ne semblait pas très satisfait des progrès réalisés par l’UE en suivant son plan de relance de l’économie européenne. L’Europe doit réagir au “wake-up call très brutal de Trump”, a-t-il déclaré le mois dernier, qualifiant l’Union de “mal équipée” pour faire face aux défis mondiaux. Un an après la publication du rapport sur la compétitivité, la Commission européenne a lancé une multitude d’initiatives politiques portant des noms accrocheurs, tels que “la boussole pour la compétitivité” et “le Pacte pour une industrie propre”. Dans la plupart des cas, il semble que l’ambition soit là. Ce qui fait défaut, c’est l’adhésion nécessaire des gouvernements nationaux. Le European Policy Innovation Council, un think tank basé à Bruxelles, partage l’impression qu’il y a eu beaucoup d’idées mais peu de réalisations. Son “Observatoire Draghi” a mesuré les progrès accomplis dans divers domaines politiques et, selon ses calculs, 11% des propositions sont “pleinement mises en œuvre”. Il est maintenant temps pour les experts politiques de POLITICO Pro de se prononcer. LE BUDGET : LOIN DU COMPTE La Commission a créé un fonds de 409 milliards d’euros, dans le cadre du budget septennal de l’UE, afin de financer la relance de l’industrie européenne. Sa présidente, Ursula von der Leyen, a fait valoir que cela permettrait aux entreprises du Vieux Continent de se développer rapidement et de réduire les formalités administratives pour obtenir des subventions de l’UE, deux priorités défendues par Mario Draghi. Mais le zèle réformateur d’Ursula von der Leyen a été sapé par les gouvernements nationaux et par certains de ses propres commissaires, qui se sont opposés à des réductions importantes des subventions accordées aux agriculteurs et aux régions les plus pauvres. Celles-ci ont toujours constitué une part importante du budget et sont dépensées au niveau national pour l’essentiel. La taille globale du budget proposé — qui représente 1,26% du revenu national brut de l’UE, remboursement de la dette post-Covid inclus — est loin d’être à la hauteur des défis soulignés par Mario Draghi. Draghi-omètre : FINANCE : DE L’AMBITION, MAIS PEU DE RÉSULTATS À CE STADE L’appel de Mario Draghi en faveur d’un véritable marché unique de l’investissement dans l’UE a été entendu. La nouvelle Commission von der Leyen, entrée en fonction l’année dernière, en a fait une priorité politique et lui a donné un nouveau nom clinquant : “l’union de l’épargne et de l’investissement”. Elle a ajouté de nouvelles initiatives à “l’union des marchés des capitaux”, vieille de 10 ans. Jusqu’à présent, l’ambition semble respectable, mais bon nombre des propositions centrales, comme les plans visant à instaurer une supervision européenne unique des marchés de capitaux et à lever les barrières nationales pour les entreprises, telles que les Bourses et les chambres de compensation, restent à venir. Comme pour tout ce qui concerne les idées de Mario Draghi, il faut s’attendre à une opposition nationale et sectorielle à de nombreux projets de la Commission, en particulier lorsqu’ils touchent à des domaines délicats pour les gouvernements, comme la fiscalité ou les règles en matière d’insolvabilité. Il ne serait donc pas surprenant qu’il fasse à nouveau, dans un an, un discours frustré sur l’absence de progrès. Draghi-omètre : DETTE COMMUNE : VOYONS VOIR Mario Draghi a toujours plaidé en faveur d’un emprunt commun de l’UE, du type de celui qui a été contracté pendant la pandémie pour financer la reprise économique. Les nouveaux fonds pourraient aider à financer de grands projets d’infrastructure dans l’ensemble de l’Union. Plus important encore peut-être, cela permettrait de créer ce que l’on appelle un “actif européen sûr”, c’est-à-dire une vaste réserve de dette négociable qui pourrait attirer des investissements du monde entier, contribuer à promouvoir l’utilisation de l’euro comme monnaie à l’échelle internationale et servir de référence pour les prêts dans l’ensemble de l’Union européenne. Mais il y a quelques grands “mais”. Les emprunts conjoints ont toujours été un tabou politique, bloqués par les pays dits frugaux, comme l’Allemagne et les Pays-Bas. Jusqu’à présent, ce tabou reste largement intact, le chancelier allemand Friedrich Merz s’opposant à toute nouvelle incursion de l’UE sur le marché des dettes souveraines. Pourtant, certains signes indiquent que l’ancienne interdiction est en train de changer : le programme de prêt de 150 milliards d’euros pour la défense européenne a été financé par des emprunts de l’UE. C’est encore loin de l’énorme marché des obligations d’Etat américaines, qui se mesure en dizaines de milliers de milliards de dollars, mais c’est déjà ça. La nouvelle proposition de budget de la Commission contient également de nouvelles possibilités d’emprunts conjoints. La question qui reste en suspens est de savoir si l’UE peut émettre de nouveaux emprunts de manière régulière et prévisible — comme le font les gouvernements nationaux, et c’est ce que les investisseurs veulent voir — ou si elle continuera à se tourner vers les marchés obligataires de manière sporadique. Jusqu’à présent, c’est cette dernière option qui a été retenue. Draghi-omètre : AUTOMOBILE : LE MINIMUM Sur le papier, l’industrie automobile est l’un des rares domaines où la Commission a tout ce qu’il fallait. Mario Draghi a appelé à un plan d’action industriel pour le secteur et à l’adoption par l’exécutif d’une ligne “neutre sur le plan technologique” dans sa révision des émissions des flottes. Mais le diable est dans les détails, et ceux-ci sont plus difficiles à trouver. Peu après le Nouvel An, Ursula von der Leyen a annoncé un “dialogue stratégique” pour le secteur automobile et a publié un “plan d’action pour l’automobile”. Ce que le plan manque en détail, il le compense par son optimisme. Les propositions s’alignent en outre sur de nombreuses recommandations de Mario Draghi, telles que la mise en place d’un réseau de recharge plus robuste, la promesse d’un cadre réglementaire pour la conduite autonome et l’introduction de la neutralité technologique dans la législation de 2035 sur les émissions des voitures. Mais c’est une histoire connue : le problème se situe au niveau de la mise en œuvre, qui est toujours à la traîne. Hormis la présentation d’une mesure visant à accorder aux constructeurs automobiles une certaine indulgence sur leurs objectifs d’émissions de cette année et l’avancement de la révision de la loi 2035, peu de mesures ont été prises depuis la publication du plan en mars. Pendant ce temps, les constructeurs automobiles chinois continuent d’importer leurs véhicules, délaissant les modèles électriques au profit des hybrides, plus populaires, après que la Commission a frappé les véhicules électriques de nouveaux droits de douane. Draghi-omètre : ENERGIE : DÉPENDANCE EXCESSIVE DES ETATS-UNIS, PEU DE MESURES CONCRÈTES Le diagnostic de Mario Draghi sur les problèmes auxquels est confrontée l’économie européenne mettait clairement en évidence les coûts élevés de l’énergie qui nuisent aux industries du continent. Mais sa prescription — jusqu’à 500 milliards d’euros d’investissements dans les réseaux électriques rien que pour cette décennie — s’est avérée une pilule amère à avaler pour la Commission, à court d’argent. Depuis, Bruxelles a publié un “plan d’action pour une énergie abordable”, qui présente une série de mesures visant à réduire les factures. Parmi celles-ci figure un plan visant à investir dans les infrastructures américaines d’énergies fossiles afin d’obtenir les meilleurs prix, ce qui a suscité l’indignation des associations environnementales. Ursula von der Leyen s’est engagée à dépenser 750 milliards de dollars supplémentaires pour l’énergie américaine dans les années à venir, dans le cadre d’un accord commercial avec Washington. Jusqu’à présent, on ne sait pas très bien ce que cela pourrait signifier pour les prix de l’énergie, ni même si c’est possible. Jusqu’à présent, pour l’énergie, le rapport Draghi a donné lieu à de grandes promesses, mais à peu d’actions. Draghi-omètre : TÉLÉCOMS : LES GOUVERNEMENTS NE SONT PAS FANS Le discours de Mario Draghi — moins d’opérateurs de télécoms, dérégulation, etc. — est arrivé à Bruxelles à point nommé, soutenant le propre projet de réforme de la Commission. Pourtant, ce Telecoms Act est confronté à des vents contraires. Bien que certaines idées puissent être intégrées dans le règlement sur les réseaux numériques (DNA) prévu pour décembre, et que les règles relatives aux fusions soient en cours de réexamen, les gouvernements nationaux ont déjà rejeté une grande partie des prescriptions de Mario Draghi. Qu’il s’agisse des régulateurs, des gouvernements nationaux ou des petits opérateurs, rares sont ceux qui sont prêts à avaler le remède de Draghi en matière de télécommunications. Ce qui survivra dans la proposition de la Commission reste incertain — mais il est presque certain qu’il n’obtiendra pas tout. Draghi-omètre : CONCURRENCE : DES PROGRÈS COSMÉTIQUES Teresa Ribera, la commissaire européenne chargée de la Concurrence, a réagi rapidement aux appels lancés par Mario Draghi pour que la politique de concurrence soit adaptée aux défis actuels en matière de productivité et de croissance. Au cours des premiers mois de son mandat, elle a rapidement lancé (et achevé) une révision des lignes directrices de l’Union sur les subventions publiques — l’encadrement des aides d’Etat dans le cadre du Pacte pour une industrie propre (CISAF) — afin qu’elles soient mieux adaptées à l’augmentation de la productivité des entreprises et aux efforts de décarbonation. Elle a également lancé une vaste révision des lignes directrices accompagnant les règles de l’UE en matière de fusion d’entreprises, qui, selon Mario Draghi, devraient être adaptées pour tenir compte des arguments relatifs à l’efficacité et à l’innovation. Problème, ces nouvelles lignes directrices sur les fusions ne seront prêtes qu’à la fin de l’année 2027. En outre, il ne s’agit que de lignes directrices et non d’un nouveau règlement : les experts prévoient donc une influence limitée sur la manière dont les responsables de la Commission chargés de la concurrence évaluent les fusions. Si le nouvel encadrement des aides d’Etat ne modifie pas radicalement la marge de manœuvre des pays de l’UE lorsqu’il s’agit de subventionner leur industrie, même les points les plus ambitieux, comme les réductions sur les factures d’électricité pour les entreprises gourmandes en énergie, sont assortis de lourdes conditions. Ceux qui espèrent une révision de la politique de concurrence conservatrice de l’Union européenne risquent d’être déçus. Draghi-omètre : COMMERCE : TOUJOURS LA MÊME CHOSE Sur ce point, tout dépend de la personne à qui l’on s’adresse. Les secteurs industriels de l’UE qui demandent plus de protections commerciales trouveront probablement que la Commission n’est pas à la hauteur. Dans le même temps, elle a tenu bon face aux pressions chinoises visant à enterrer les droits de douane sur les voitures électriques pour contrer le soutien de l’Etat de Pékin. Bruxelles a appliqué ces mesures moins de deux mois après la publication du rapport Draghi et s’est toujours opposé à l’adoption d’un prix plancher avec les Chinois depuis. Mario Draghi a suggéré que la Commission ouvre de nombreuses enquêtes de ce type, notamment de sa propre initiative et pas seulement sur la base d’une plainte formelle de l’industrie. Cela ne s’est pas encore produit ; l’affaire des véhicules électriques reste la seule à ce jour. Le rapport de l’Italien appelait à une politique économique étrangère européenne. La guerre tarifaire du président américain Donald Trump a rendu cette question encore plus urgente. Mais là encore, peu de choses ont été réalisées pour préparer solidement l’UE à des temps encore plus difficiles. La réponse longue et coûteuse aux tarifs douaniers de Trump y est pour beaucoup, de même que la stratégie traditionnelle de prudence de l’UE en matière de politique commerciale, qui s’en tient aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. Draghi-omètre : CYBERSÉCURITÉ : DES PROMESSES, ENCORE DES PROMESSES L’Europe est confrontée à une guerre conventionnelle à sa frontière orientale et à une guerre hybride partout ailleurs. Cela signifie des cyberattaques sur les réseaux énergétiques et les télécommunications, l’ingérence dans les élections et l’instrumentalisation de l’immigration. La Commission et les dirigeants du Danemark, de l’Estonie, de la Finlande, de l’Allemagne, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne et de la Suède ont publié une déclaration commune de soutien lors du sommet des alliés de l’Otan sur la mer Baltique, le 14 janvier, avant le lancement de l’opération Baltic Sentry de l’Alliance visant à renforcer la présence militaire dans la mer Baltique. Bruxelles a également affecté 540 millions d’euros à l’infrastructure de connectivité dans le cadre du programme Mécanisme pour l’interconnexion en Europe 2024-2027, qui comprend le financement de systèmes de câbles intelligents conçus non seulement pour transporter des données, mais aussi pour servir de capteurs d’alerte précoce. Il promet également de renforcer la capacité européenne de déploiement et de réparation des câbles en constituant une flotte capable d’intervenir rapidement dans toutes les eaux de l’UE, mais peu de choses se sont produites depuis que la vice-présidente exécutive Henna Virkkunen a fait cette déclaration en janvier. Draghi-omètre : DÉFENSE : JALOUSEMENT GARDÉE PAR LES ETATS MEMBRES Si vous lisez certaines lignes du rapport sur la compétitivité présenté par Mario Draghi il y a un an, il est facile de voir que l’UE l’a écouté. Par exemple, l’Italien a demandé de “créer un poste de commissaire chargé de l’industrie de la défense, doté d’une structure et d’un financement appropriés”. C’est ce qui a été fait, mais c’était la partie la plus facile. Cette proposition figurait déjà dans le manifeste du Parti populaire européen d’Ursula von der Leyen pour les élections européennes de juin 2024. Dans le même rapport, Mario Drgahi appelle à “renforcer la Commission dans son rôle de coordination dans le domaine de la politique industrielle de défense”. Et c’est la partie la moins facile. La défense est une responsabilité nationale et les gouvernements n’ont généralement pas envie que la Commission joue un rôle plus important. Le mois dernier, Mario Draghi a répété que les barrières internes étaient l’une des principales raisons du retard de l’Europe et qu’elles rendaient également le développement de la défense européenne moins efficace. Bien que les pays de l’UE aient l’intention d’augmenter leurs investissements militaires de 2 000 milliards d’euros d’ici 2031, “nous avons des barrières internes qui imposent des droits de douane de 64% sur les équipements et de 95% sur les métaux”, a-t-il pointé. Les diplomates soulignent que Mario Draghi défend souvent des idées qui ne sont pas en phase avec les gouvernements nationaux. Le meilleur exemple remonte à septembre dernier, lorsqu’il a appelé l’Europe à “fédéraliser une partie des dépenses d’investissement”. Le mot “fédéralisme” est devenu presque tabou, et les emprunts dédiés à la défense sur les marchés financiers (ou defense bonds) sont encore loin de voir le jour. Draghi-omètre : SANTÉ : LENTEMENT MAIS SÛREMENT Peu de commissaires ont repris les messages du rapport Draghi avec autant d’enthousiasme que celui de la Santé, Olivér Várhelyi. Il s’efforce d’achever d’ici la fin de l’année une proposition de législation sur les biotechnologies, qui devrait permettre d’accomplir certaines tâches importantes dans le cadre de son plan de draghification. Selon Mario Draghi, le sous-investissement et la bureaucratie sont les principaux responsables de la faible compétitivité de l’Europe par rapport aux Etats-Unis et à la Chine en matière d’innovation pharmaceutique et d’essais cliniques. Le lobby pharmaceutique européen a salué la proposition de budget de juillet pour l’inclusion d’un programme-cadre de recherche avec un budget accru de 175 milliards d’euros, mais il affirme que le financement de la recherche en santé en Europe demeure insuffisant. Mario Draghi a fait remarquer que le dernier budget d’Horizon Europe allouait 8,2 milliards d’euros à la santé, ce qui est dérisoire par rapport aux 47 milliards d’euros dépensés par les Etats-Unis en 2023. La dernière proposition de budget de l’UE alloue 22,6 milliards d’euros à la santé, aux biotechnologies et à la bioéconomie. Un investissement important, mais il y a encore un long chemin à parcourir. Sur le plan réglementaire, les recommandations les plus urgentes de l’Italien à court terme étaient que la Commission maximise l’impact de l’espace européen des données de santé (EHDS) et mette pleinement en œuvre le règlement relatif à l’évaluation des technologies de la santé. L’EHDS existe, mais les évaluateurs nationaux ont eu du mal à obtenir les ressources dont ils ont besoin. L’une des idées de Mario Draghi, qui consiste en ce que l’UE soutienne des “centres d’innovation de classe mondiale” sur le modèle des centres californiens, a déjà été intégrée dans la stratégie sur les sciences de la vie publiée en juillet. Toutefois, les espoirs de l’industrie de voir un texte changer la donne reposent toujours sur la législation sur les biotechnologies. Draghi-omètre : DURABILITÉ : TOUT EST FAIT, LES ENTREPRISES DISENT MERCI Le premier grand texte législatif de cette Commission est tout droit sorti du manuel de Draghi : un projet de loi gigantesque qui réduit toute une série de lois environnementales pour les entreprises. Dans le cadre de la proposition de loi de simplification omnibus — qui suit actuellement le processus législatif —, beaucoup moins d’entreprises seront soumises à des règles en matière de reporting environnemental, et celles qui le seront encore verront leurs obligations considérablement réduites. La portée d’une taxe carbone aux frontières a également été réduite. Les entreprises sont ravies. Les associations environnementales sont consternées. Parmi les législateurs, c’est au Parlement européen que la résistance est la plus forte, mais les groupes de droite ont les moyens de vaincre les opposants de gauche au projet de loi. A la suite de la publication du texte en février, la Commission a proposé une longue liste de réformes qui édulcorent les réglementations environnementales introduites dans le cadre du Pacte vert européen : des obligations imposées aux agriculteurs aux réglementations sur les produits chimiques en passant par les règles contre le greenwashing ; tout cela au nom de la réduction des “réglementations restrictives” détestées par Mario Draghi. Draghi-omètre : AGRICULTURE : LA GRANDE ABSENTE Le rapport Draghi ne contient aucune proposition concernant l’avenir de l’agriculture, alors que la politique agricole commune (PAC) représente un tiers du budget de l’UE. Une recherche Ctrl + F dans le document de 400 pages ne donne qu’une poignée d’occurrences du mot “agriculture”, principalement en rapport avec les technologies de l’information, l’intelligence artificielle et l’observation par satellite. Ce qui ressort clairement du rapport Draghi, c’est qu’il considère les dépenses agricoles de l’UE comme une source potentielle d’argent à réallouer vers ses priorités stratégiques — principalement le renforcement de la compétitivité industrielle et de la sécurité européenne. La proposition de budget à long terme et le projet de réforme de la PAC dévoilés en juillet prévoient une réduction de 20% du budget des subventions agricoles, qui passerait ainsi à 300 milliards d’euros, et ce, sans tenir compte de l’inflation. La Commission a fait valoir qu’en réalité, le montant allant dans les poches des agriculteurs restait le même, le financement du développement rural étant simplement transféré vers des enveloppes gérées par les gouvernements nationaux. C’est peut-être le cas, mais le rapport Draghi n’en fait pas mention. Draghi-omètre : Francesca Micheletti, Carlo Martuscelli, Kathryn Carlson, James Fernyhough, Mathieu Pollet, Gabriel Gavin, Koen Verhelst, Douglas Busvine, Jacopo Barigazzi, Jordyn Dahl, Antoaneta Roussi, Rory O’Neill et Gregorio Sorgi ont contribué à cet article. Ce dernier a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Plusieurs comptes Telegram de députés ont été piratés
PARIS — Plusieurs comptes Telegram de députés ont été piratés, compromettant cette messagerie beaucoup utilisée par le personnel politique. Les élus de l’Assemblée nationale ont reçu ce mercredi un email de mise en garde de la part des service de sécurité informatique de l’Assemblée, alertant contre des “compromissions de comptes” sur la messagerie instantanée. Le mail, consulté par POLITICO, décrit le modus operandi : si les députés cliquent sur un lien frauduleux et tapent leur numéro de téléphone, leur compte Telegram peut être compromis et utilisé pour envoyer “du contenu malveillant”. Plusieurs députés sont tombés dans le piège, selon des messages Telegram envoyés depuis leur compte et consultés par POLITICO. Les messages proposent notamment à leurs destinataires de visionner des photos “de votre professeur d’école primaire”. La députée RN Laure Lavalette confirme notamment avoir été victime de la compromission, qui touche “tous les groupes politiques”, selon un autre député. Celui-ci indique avoir vu ses collègues “faire la queue au comptoir du numérique de l’Assemblée”, le bureau en charge d’aiguiller les élus sur leurs pratiques numériques. Il leur est recommandé de changer leur mot de passe et d’activer la double authentification pour accéder à leur compte. Telegram fait, depuis l’arrestation de son fondateur Pavel Durov en France fin août, l’objet d’une surveillance accrue des autorités sur les risques posés en terme de cybersécurité. Matignon a notamment recommandé aux membres des cabinets ministériels de cesser d’utiliser l’application. Marion Solletty, Sarah Paillou, Jason Wiels et Alexandre Léchenet ont contribué à cet article.
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Les 42 personnes qui comptent dans la tech
Elus, lobbyistes, membres du gouvernement ou hauts fonctionnaires… Tous construisent, inspirent, voire infléchissent, au quotidien les politiques du numérique. POLITICO a listé la crème de la crème : voici les 42 personnes les plus influentes du moment, sur les sujets liés à la régulation de la tech et au développement du numérique en France. 1. XAVIER NIEL Fondateur d’Iliad Après des années de labeur, Xavier Niel a décidé de s’amuser et il le fait savoir. Son livre, “Une sacrée envie de foutre le bordel” affiche clairement la couleur — Orange comme la couverture, référence à l’opérateur historique bousculé par l’iconoclaste homme d’affaires. Il se paye aussi le culot de monter sur scène, à L’Olympia, devant un parterre de fans conquis, pour raconter son parcours et ses choix entrepreneuriaux, aussi agressifs que visionnaires. Rappelez-vous, le milliardaire, autodidacte, a fait ses premiers pas dans le minitel rose, avant d’exploser dans les télécoms en proposant la première offre « triple play » française, puis un forfait mobile illimité qui pousse la concurrence à casser les prix. Depuis, Niel met des billes un peu partout : dans la french tech (Deezer, Sorare, Alan… ou encore l’incubateur Station F), les médias (le groupe Le Monde, la société de production Mediawan), la formation (école 42). Pour l’heure, seule la télévision lui résiste encore. En 2023, il échoue à obtenir une fréquence TNT face à TF1 et M6, toutes deux candidates à leur renouvellement. Gageons qu’il n’a pas dit son dernier mot. 2. HENNA VIRKKUNEN Vice-présidente exécutive de la Commission européenne, chargée de la souveraineté numérique, de la sécurité et de la démocratie Notre classement ne pouvait pas faire l’impasse sur celle qui a remplacé Thierry Breton dans le cœur des acteurs de la Tech. Si sa lettre de mission cite, en premier lieu, le soutien aux “technologies de pointe” et à l’intelligence artificielle, la nouvelle commissaire au numérique sera aussi chargée du cloud, des semi-conducteurs, des réseaux, de la cybersécurité, du e-commerce, ou encore des droits d’auteur. Elle devra également veiller à la bonne mise en œuvre des règlements sur les services numériques et sur les marchés numériques. Henna Virkkunen aura autorité sur la direction générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies (DG CNECT). Un portefeuille légèrement différent de celui de son prédécesseur, qui avait hérité du Marché intérieur et des services (DG GROW). 3. CLARA CHAPPAZ Secrétaire d’Etat chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique Startuppeuse, directrice de la mission French Tech de 2021 à 2024… Sur le papier, la secrétaire d’Etat au numérique du gouvernement Barnier à tout pour plaire à l’écosystème de l’innovation. Son portefeuille, logé à la recherche et plus à Bercy, est pourtant une petite révolution. Une décision qui laisse songeur. Pour certains, c’est le signe que le gouvernement penche désormais pour une approche moins sociétale et économique, davantage centrée sur la recherche fondamentale. Pour d’autres, c’est un choix peu lisible, qui pourrait bien amoindrir le poids du secrétariat d’Etat en interministériel. Son agenda politique est tout tracé : à charge pour elle de mener à bien le sommet sur l’intelligence artificielle, que la France accueillera les 10 et 11 février 2025. L’événement, piloté par l’Elysée, réunira chefs d’État et de gouvernements, dirigeants d’entreprises, chercheurs, ONG, artistes et membres de la société civile. 4. BENOÎT LOUTREL Membre du collège de l’Arcom Polytechnicien, il est le “Monsieur Plateformes” de l’Arcom. Et pour cause : il maîtrise aussi bien les contenus que les tuyaux. Benoît Loutrel a été successivement directeur de la régulation des marchés fixes et mobiles, directeur général adjoint et directeur général de l’Arcep. Après une brève incursion aux affaires publiques de Google, il s’est lancé, en mars 2019, dans une mission sur la régulation des réseaux sociaux, confiée par l’Elysée. L’objectif : entrouvrir le capot de Facebook, dont la politique de modération était alors sous le feu des critiques. En 2021, Benoît Loutrel rejoint le collège de l’Arcom, où il préside le groupe de travail sur les plateformes numériques. Son franc-parler y fait des étincelles : il n’hésite pas à interpeller les plateformes, dont il critique le manque de transparence. 5. ANNE BOUVEROT Envoyée spéciale d’Emmanuel Macron pour l’AI action summit Dans la foulée d’une première édition britannique du sommet de l’intelligence artificielle (IA) centrée sur ses dangers, Anne Bouverot doit organiser la prochaine édition, prévue en France en février 2025. Son objectif : porter une vision française de l’IA, à savoir une approche centrée sur les bénéfices de l’innovation, tout en encourageant une “gouvernance mondiale”.  Après 18 ans chez Orange, Anne Bouverot est désormais présidente du conseil d’administration de l’Ecole normale supérieure (ENS) et s’est spécialisée sur les impacts sociétaux de l’IA. Elle est devenue, depuis un an, l’un des rouages de la politique française en matière d’intelligence artificielle, en étant l’une des principales plumes du rapport — ambitieux et dispendieux — qui devait guider l’action du gouvernement en la matière. 6. ARTHUR MENSCH Fondateur de Mistral AI Alors que sa start-up a atteint une valorisation de 5,8 milliards d’euros en à peine un an, Arthur Mensch porte sur ses épaules les espoirs français dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) générative. Il est à ce titre devenu une voix très écoutée des décideurs politiques. Passé par l’Ecole Polytechnique, l’Ecole normale supérieure et Google Deepmind, Arthur Mensch se veut désormais avocat de l’écosystème français de l’IA – notamment face aux réglementations jugées trop strictes, règlement européen sur l’IA en tête.  Arthur Mensch peut appuyer ses arguments sur la solide trajectoire de sa start-up. Depuis son lancement, Mistral AI a dévoilé de nouveaux modèles à un niveau soutenu et recruté, en France et aux Etats-Unis, une soixantaine de personnes. Arthur Mensch l’assure cependant : malgré son étirement d’un côté à l’autre de l’Atlantique, la start-up restera française.  7. RACHIDA DATI Ministre de la Culture Ministre plus politique que technique, Rachida Dati a rapidement pris position sur l’intelligence artificielle à son arrivée rue de Valois, en janvier 2024. “Il n’y a pas de raison que [le droit d’auteur] ne soit pas rémunéré, simplement parce que c’est noyé par l’intelligence artificielle”, déclarait-elle en mars, lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Fervente défenseure des créateurs — qui le lui rendent bien et ont massivement salué sa reconduction à la Culture au sein du gouvernement Barnier —, elle n’a pas hésité à monter au créneau pour ajouter un volet culturel au menu du sommet sur l’intelligence artificielle. Parmi ses priorités, la ministre a aussi placé très haut la mise en œuvre des propositions issus des états généraux de l’information (EGI), qu’elle espère traduire en projet de loi courant 2025.  8. BENOÎT COEURÉ Président de l’Autorité de la concurrence Peu connu du grand public lorsqu’il est propulsé à la tête du régulateur, Benoît Coeuré est un économiste passé par la Banque centrale européenne (BCE) et la direction du Trésor. Celui qui a succédé à Isabelle de Silva a fait du numérique (et de l’environnement) sa priorité. Au cours des derniers mois, l’autorité s’est notamment positionnée sur le secteur du cloud et sur l’intelligence artificielle générative. 9. JOHANNA BROUSSE Cheffe de la section J3 du parquet de Paris Elle est l’un des visages de la lutte contre la cybercriminalité, et des deux coups de filet qui ont secoué le secteur au cours de l’année 2024. Johanna Brousse est cheffe de la section J3 du parquet de Paris, qui a été à la manœuvre lors du blocage du site coco.gg, connu pour héberger des activités illégales. Plus retentissant : cette section est aussi à l’origine de l’arrestation du patron de Telegram, Pavel Durov, à la fin de l’été.  A la tête de la section cybercriminalité depuis 2021, la tenace magistrate de 40 ans à peine est ainsi au cœur d’un nouveau chapitre de la régulation du web : certains patrons de plateformes sont désormais mis face à leur responsabilité judiciaire. 10. CHANTAL RUBIN Cheffe du pôle Régulation des plateformes numériques à la direction générale des entreprises (DGE) C’est la papesse de la régulation des plateformes. Passée par le régulateur de l’énergie, Chantal Rubin a rejoint la direction générale des entreprises il y a 20 ans, où elle a fait de la tech sa spécialité. Désormais cheffe du pôle “Régulation des Plateformes numériques”, cette grande serviteure de l’Etat est autant incontournable pour le secteur qu’inconnue du public. Elle était ainsi en première ligne, au côté de son homologue de la Culture Laure Durand-Viel (passée depuis au secrétariat général du gouvernement), pour définir la position de la France lors des négociations sur les règlements sur les marchés et les services numériques (connus sous le petit nom de DSA et DMA).  11. PIERRE-ÉDOUARD STÉRIN Fondateur de Smartbox et d’Otium Capital Pierre-Edouard Stérin ne cache plus, ces derniers mois, ses ambitions politiques. Avec l’appui d’Otium Capital, fond d’investissement qui abonde la French Tech depuis des années, et du Fonds du Bien Commun, son organisation philanthropique, Pierre-Edouard Stérin a mis sur pied le “projet Périclès” censé permettre l’accès au pouvoir d’une droite conservatrice, en misant notamment sur le Rassemblement national (RN). S’il a échoué à racheter l’hebdomadaire Marianne après avoir essuyé les tirs de barrage de la rédaction, le milliardaire catholique qui réside en Belgique n’abandonne pas pour autant ses ambitions dans les médias. Il cherche plus largement des leviers pour peser sur l’opinion publique pour mener sa “bataille culturelle”.  12. VINCENT STRUBEL Directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information C’est un pur produit de l’Anssi que Vincent Strubel. Ingénieur X-Télécoms, membre du corps des Mines, il a fait de la sécurité des systèmes d’information sa spécialité. Il rejoint l’agence en 2009 comme chef du laboratoire architectures matérielles et logicielles. Il occupe ensuite les postes de responsable des expertises, puis Opérateur des systèmes d’information interministériels classifiés, avant d’être nommé directeur général, en 2023. 13. ARTHUR DELAPORTE ET STÉPHANE VOJETTA Député PS du Calvados et député EPR des Français établis hors de France Adversaires en politique, ces deux élus ont trouvé un terrain d’entente : réguler le secteur de l’influence. Arthur Delaporte (PS) et Stéphane Vojetta (EPR) ont porté ensemble la loi qui encadre les activités des créateurs de contenus. Une collaboration semble-t-il concluante, puisque les deux députés entendent remettre le couvert. Ils prévoient en effet déposer une nouvelle proposition de loi d’ici la fin de l’année, qui s’attaquera aux angles morts de la loi sur l’influence, notamment à la question de l’alcool et de sa promotion sur des réseaux sociaux, prisés des plus jeunes. 14. PAVEL DUROV Fondateur et dirigeant de Telegram Son arrestation cet été à l’aéroport du Bourget a été un événement mondial. Depuis, celui qui ne venait en France qu’occasionnellement a dû prendre ses habitudes à Paris, où il doit pointer au commissariat deux fois par semaine.  Défenseur autoproclamé de la liberté d’expression, Pavel Durov a connu une trajectoire sinueuse. Après avoir lancé le “Facebook russe” Vkontakte dans son pays natal, Pavel Durov a créé Telegram, plateforme de messagerie à la modération quasi-absente. C’est elle et les contenus illégaux qui y pullulent qui lui valent désormais d’être poursuivi par la justice française.  Cela n’empêche pas Paul du Rove — le nom qu’il a choisi au moment d’acquérir la nationalité française en 2021, avec la bénédiction d’Emmanuel Macron — de continuer à contrôler Telegram depuis Paris. Il cultive parallèlement ses réseaux d’affaires en France, dans l’attente de nouveaux rebondissements judiciaires.   15. FLORENCE PHILBERT Directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) Ancienne présidente d’un financeur du cinéma, cette conseillère-maître à la Cour des comptes a été nommée au ministère de la Culture en janvier 2020. Son périmètre touche de près à la régulation du numérique : sa direction s’est en effet dotée, fin 2020, en pleines négociations des règlements sur les services et les marchés numériques, d’une “délégation à la régulation des plateformes”. Sa mission : assurer une veille technologique et analyser l’évolution des modèles économiques des plateformes. Une expertise précieuse lorsqu’il faudra mettre en musique les états généraux de l’information, qui prévoient un volet sur la publicité en ligne. 16. YANN LE CUN Chef de la recherche en IA chez Meta Pionnier de l’intelligence artificielle, ce chercheur français dirige la recherche en IA de Meta, qu’il a rejoint dès 2013 pour ouvrir le premier laboratoire du groupe à New York. Lauréat du prix Turing 2018, considéré comme le Nobel de l’informatique, il est aujourd’hui érigé en star de l’IA et déplace les foules à chacune de ses conférences. Chez Meta, Yann Le Cun bénéficie d’une grande liberté de parole et d’action. En juin dernier, sur X, il n’a pas hésité à interpeller Elon Musk pour dénoncer “la façon dont il traite ses scientifiques”, qui publient trop rarement leurs avancées en leur nom. En 2018, le chercheur a quitté son poste opérationnel pour se (re)concentrer sur la recherche. 17. BENOIT TABAKA Directeur des affaires publiques de Google France Il est connu comme le loup blanc dans le petit monde du numérique. Rien d’étonnant : du Forum des droits sur l’internet au secrétariat général du Conseil national du numérique, en passant par les affaires publiques du groupe PriceMinister, Benoit Tabaka a enfilé bon nombre de casquettes au cours de sa carrière. A la tête des affaires publiques de Google France depuis 2018, il a su tisser une relation apaisée avec les pouvoirs publics (ministres, parlementaires, mais aussi collectivités locales), privilégiant le dialogue permanent à l’opposition de principe. 18. CORINE DE BILBAO Présidente de Microsoft France Après 28 ans au sein du groupe General Electric, dont trois à la présidence de GE France, elle a pris les rênes de la filiale française du géant de l’informatique en juillet 2021. Une arrivée qui a pu surprendre dans les rangs de la tech. « J’aime sortir de ma zone de confort », résume-t-elle dans une interview au Monde. A la tête de Microsoft, elle doit mener à bien la construction, en France, de data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Un investissement de 4 milliards d’euros, annoncé en mai dernier à l’occasion du sommet Choose France. Un choix qui n’a rien d’anodin et permet à l’entreprise américaine de donner des gages à la France en matière de sécurité et de souveraineté de la donnée. 19. HENRI VERDIER Ambassadeur pour le Numérique Nommé en octobre 2018, Henri Verdier apparaît comme un électron libre au sein du très feutré Quai d’Orsay. Il faut dire que son parcours détonne parmi les diplomates : chantre de l’open data et de la transformation numérique de l’Etat, il fut directeur d’Etalab, puis a pris la tête de la direction du numérique de l’État.  Depuis six ans, l’ambassadeur s’est surtout démarqué en accompagnant les obsessions du président Macron : appel de Christchurch pour lutter contre la diffusion de contenus terroristes, Lab de protection de l’enfance… Des initiatives qui ont marqué les esprits, mais peinent à exister dans la durée. Le sommet parisien sur l’IA sera une nouvelle occasion de prouver la pertinence d’une diplomatie du numérique à la française. 20. DANIEL KŘETÍNSKÝ PDG de Czech Media Invest A la tête d’un empire de près de 10 milliards d’euros, l’homme d’affaires tchèque a fait fortune dans l’énergie, en prenant le contrôle, aux côtés de la Slovaquie, du gazoduc Eustream. Depuis, il n’a cessé de s’étendre, rachetant successivement Metro en Allemagne, Casino et Fnac-Darty en France, Foot Locker aux Etats-Unis, Sainsbury en Angleterre. En France, il s’est aussi imposé dans le monde des médias et l’édition, investissant dans TF1 et M6, le magazine Elle et Editis, numéro deux français de l’édition. Sa dernière obsession : s’emparer d’Atos. Des vues qui ont déclenché l’ire d’une partie de la classe politique française. 21. PAUL MIDY Député de l’Essonne depuis 2022 Paul Midy se veut la voix des startups à l’Assemblée. L’année dernière, l’énergique quarantenaire avait pris son bâton de pèlerin pour aller recueillir leurs doléances dans le cadre d’une mission parlementaire sur le soutien à l’investissement dans les start-up et les PME innovantes. Il va désormais devoir défendre leurs acquis dans une période de disette budgétaire.  Ancien rapporteur spécial du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (SREN), Paul Midy est également partisan de la manière forte pour s’attaquer aux délits en ligne. Après avoir agité le secteur en proposant une levée de l’anonymat en ligne — une notion contestée — il a poussé l’an dernier en faveur d’un système d’identité numérique. Un sujet qui pourrait revenir à l’agenda, alors que l’enjeu de la protection des mineurs en ligne s’impose dans les débats au niveau français et européen. 22. MARIE-LAURE DENIS Présidente de la Cnil Conseillère d’Etat, Marie-Laure Denis est présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés depuis février 2019. Cette haute fonctionnaire a consacré 20 ans de carrière à la régulation au sein d’autorités administratives indépendantes : le Conseil supérieur de l’audiovisuel (devenu l’Arcom) jusqu’en 2011, le régulateurs des télécoms (l’Arcep) jusqu’en 2017, et la Commission de régulation de l’énergie de 2017 à 2019. Renouvelée en novembre 2023, elle a placé parmi ses priorités la protection de l’enfance en ligne et l’éducation au numérique, la régulation de l’intelligence artificielle, ou encore la prévention des risques cyber. 23. PASCAL ROGARD Directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques Cet inlassable défenseur de “l’exception culturelle” est connu pour ses passes d’armes avec les plateformes, et notamment TikTok qu’il menace régulièrement d’un procès pour non-versement des droits d’auteur. Juriste de formation et lobbyiste influent à Paris comme à Bruxelles, où il a mené le combat pour l’adoption de la directive Copyright, Pascal Rogard a fait toute sa carrière au service de la culture, d’abord auprès des producteurs et réalisateurs de cinéma, puis des auteurs. Loin de s’opposer de manière systématique aux Gafam — pourvu qu’ils paient leur dîme —, il défend une réforme de la chronologie des médias au service du public et de l’intérêt général, quitte à braquer au sein de son propre camp. 24. JUSTINE ATLAN Directrice générale d’e-Enfance Elle est incontournable sur la protection des mineurs en ligne. La directrice générale d’e-Enfance, association qui accompagne les victimes de cyberharcèlement, Justine Atlan a l’oreille des gouvernements, de Luc Chatel, ministre de l’Education nationale de 2009 à 2012, à Charlotte Caubel, secrétaire d’état à la protection de l’enfance de 2022 à 2024. Sa cause a séduit jusqu’à Brigitte Macron, qui l’a reçue pour parler des ravages des écrans sur les jeunes enfants. Ces dernières années, les nombreuses législations sur la protection des mineurs lui ont donné une opportunité en or pour porter son message. Pour elle, un système de vérification de l’âge des internautes est indispensable, tout comme la mise en place d’un accord parental pour l’inscription des moins de 15 ans sur les réseaux sociaux. 25. BRIGITTE MACRON Première dame L’épouse d’Emmanuel Macron est une influence discrète mais persistante sur les sujets de protection de l’enfance en ligne. Elle est sur les talons des ministres chargés de l’Enfance et du Numérique, parfois même dans les réunions. Les grandes plateformes l’ont bien compris. Meta, Google, TikTok… toutes ont été nombreuses à solliciter un rendez-vous élyséen avec Brigitte Macron dans l’espoir de convaincre la première dame de leur engagement, contre le harcèlement en ligne notamment. Si elle n’a pas de rôle officiel, Brigitte Macron reçoit chaque année des centaines de courriers, de parents notamment, faisant état de situations de harcèlement en ligne. “Elle est marquée par les rumeurs diffusées sur les réseau sociaux qui l’ont touchée personnellement et qui ont touché son couple”, note un ancien collaborateur du Palais. 26. ALEXANDRA BENSAMOUN Professeure de droit, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle Membre du conseil supérieur de la propriété intellectuelle, Alexandra Bensamoun est une spécialiste du droit d’auteur… Elle était surtout la seule représentante de la culture au sein du comité interministériel chargé par Elisabeth Borne de plancher sur la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle. Qu’à cela ne tienne : sa force de persuasion lui a permis d’introduire une recommandation sur le droit d’auteur dans les conclusions du comité. Plus récemment, elle a été mandatée par le ministère de la Culture pour mener deux missions sur le sujet : l’une sur les obligations de transparence incombant aux plateformes, l’autre sur la rémunération des ayants droit. Des rapports très attendus par le secteur de la tech, qui craint que ses recommandations ne soient un frein à l’innovation. 27. DENIS MASSÉGLIA Député EPR du Maine-et-Loire Le député Ensemble pour la République (EPR) Denis Masséglia se présente comme un passionné de jeu vidéo. Il est même actif sur Twitch pour y diffuser ses parties en direct ou y parler politique. L’élu a aussi présidé, depuis 2017, le tout premier groupe de travail de l’Assemblée dédié à cette industrie. Il a été rapporteur d’une partie de la loi sur l’espace numérique, s’occupant notamment des Jonum, ces jeux Web3 ayant des caractéristiques d’un jeu d’argent. Il est désormais rapporteur spécial de la mission Médias livre et industries culturelles du projet de loi de finances pour 2025. Sans surprise, il est un fervent défenseur du crédit d’impôt jeu vidéo.  28. INOXTAG Influenceur Vidéaste franco-algérien de 22 ans, Inès Benazzouz ne compte pas moins de 8,9 millions d’abonnés sur YouTube et 7 millions sur son compte Instagram. A la rentrée, le youtubeur a fait vendre plus de 200 000 places pour découvrir en salle de cinéma son documentaire “Kaizen”, qui relate son année de préparation pour gravir l’Everest. Il a créé la polémique dans le milieu très conservateur du cinéma en explosant les seuils prévus pour déroger à la chronologie des médias — et ainsi diffuser une œuvre en salle et sur YouTube le lendemain. Le Centre national du cinéma (CNC) a signalé l’infraction au procureur de la République. Cela fait risquer au producteur et exploitant de salles MK2, qui a organisé les diffusions, jusqu’à 45 000 euros d’amende.  30. ANNE LE HÉNANFF Députée Horizons du Morbihan La députée Horizons Anne Le Hénanff piaffe dans l’attente du projet de loi “résilience” qui doit ramener dans l’actualité l’un de ses dadas, la cybersécurité. L’élue du Morbihan est toute désignée pour rapporter ce texte, qui adaptera le droit français à la directive européenne NIS2 — la discussion s’annonce technique, mais très suivie par le petit milieu cyber.  Membre de la commission de la défense, Anne Le Hénanff est également attentive au secteur du cloud. Elle s’était déjà penchée sur ce sujet abrasif lors de l’examen du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (SREN) et gardera un œil sur ce dossier. 29. ROXANNE VARZA Directrice de Station F Peu de personnes peuvent se vanter de connaître les visages de l’écosystème des startups français comme Roxanne Varza. Née à Palo Alto, naturalisée française, Roxanne Varza est à la tête de l’incubateur de Station F depuis 2015. Elle avait été repérée par le milliardaire Xavier Niel, fondateur de Station F, alors qu’elle feuilletonnait l’actualité des jeunes pousses françaises pour le média TechCrunch.  En parallèle de ses missions à la tête de l’incubateur, Roxanne Varza a rejoint cette année l’équipe public-privé chargée de préparer le sommet mondial sur l’IA, qui se tiendra en février prochain en France. Elle coordonne dans ce cadre le volet “Innovation et culture”. 31. DAVID EL SAYEGH Directeur général adjoint de la Sacem Avocat de formation, il a mené la charge contre les plateformes lors des négociations sur la directive Droit d’auteur en 2018, et, plus récemment, sur le règlement européen sur l’intelligence artificielle. S’il ne s’oppose pas au développement de cette technologie, David El Sayegh défend une intelligence artificielle “régulée, transparente et vertueuse”, qui rémunère correctement les auteurs. Il est également président du Gesac, le lobby européen des sociétés d’auteurs et compositeurs de musique, depuis mai 2022. 32. FABRICE LAYER Directeur des relations gouvernementales de Shein Ancien responsable des affaires publiques du groupe de télécoms chinois Huawei, Fabrice Layer s’attèle, depuis un an, à un nouveau défi : redorer l’image de Shein en France. Décrié pour ses pratiques anti-environnementales et les conditions de travail de ses ouvriers, le site de mode en ligne chinois est à la fois dans le collimateur de la Commission européenne et des parlementaires français. La proposition de loi sur la fast-fashion, adoptée mi-mars à l’Assemblée nationale, doit être examinée au Sénat prochainement. 33. BRUNO PATINO Président d’Arte et président du comité de pilotage des états généraux de l’information Président d’Arte, professeur associé à Sciences Po, auteur d’une dizaine de livres… Bruno Patino est un hyperactif. Il a travaillé partout : dans le livre, la presse, la radio, la télévision. Rien d’étonnant qu’il ait accepté, au débotté, de remplacer Bruno Lasserre à la tête du comité de pilotage des États généraux de l’information. Alors que les EGI ont restitué leurs travaux le 12 septembre, l’homme de médias pointe, dans Le Monde, une “marginalisation de l’information par rapport à quantité d’autres messages, noyée par les plates-formes numériques”. Il appelle l’interprofession à se rassembler pour porter les propositions auprès des pouvoirs publics. 34. PHILIPPE LATOMBE Député MoDem de Vendée Membre de la commission des Affaires économiques, l’élu a fait de la souveraineté numérique son cheval de bataille — il est l’auteur d’un rapport parlementaire sur le sujet, publié en 2021. Du soutien au start-ups au transfert de données vers les Etats-Unis, en passant par le cloud souverain, Philippe Latombe se mobilise sur tous les fronts et appelle régulièrement à une volonté politique forte à Paris et à Bruxelles pour protéger entreprises nationales et citoyens. 35. GUILLAUME POUPARD Directeur général adjoint de Docaposte Il a passé près de huit ans à la tête de l’agence chargée de protéger des cyberattaques les entreprises et les infrastructures numériques de l’Etat. Sous son mandat, l’Anssi est montée en puissance, gagnant en capacité d’enquête à la faveur des lois de programmation militaire, doublant ses effectifs, et rayonnant à l’international. En janvier 2023, Guillaume Poupard a rejoint Docaposte en tant que directeur général adjoint. Il y est chargé du cyber et du cloud et demeure très investi sur la protection des données sensibles. 36. STÉPHANIE YON-COURTIN Députée européenne Renew C’est l’une des eurodéputées françaises qui s’est le plus investie sur les sujets numériques sous la Commission von der Leyen I. Elue depuis 2019, Stéphanie Yon-Courtin a été rapporteure sur le Digital Markets Act (DMA), le texte qui réglemente les marchés numériques, et siège aujourd’hui à la commission Marché intérieur du Parlement européen. Juriste de formation, elle a travaillé par le passé sur le programme MEDIA de la Commission de Bruxelles avant de se spécialiser en droit de la concurrence. De 2007 à 2010, elle était conseillère pour les affaires internationales au cabinet du président de l’Autorité de la concurrence Bruno Lasserre. 37. LAURE DE LA RAUDIÈRE Présidente de l’Arcep Pas facile de succéder à l’hyperactif Sébastien Soriano. Laure de la Raudière a pourtant réussi à imprimer sa marque dans le secteur des télécoms. Normalienne et ingénieur télécoms, elle a passé onze ans chez France Télécom, avant de fonder sa société de conseil. Elue députée d’Eure-et-Loire en 2007, elle s’investit dans les dossiers numériques et fait pas moins de neuf rapports sur le sujet, de la neutralité du net à l’économie numérique, en passant par la couverture du territoire. Sa nomination, début 2012, à la tête de l’Arcep, l’autorité de régulation du secteur, surprend autant qu’elle rassemble. Ce qui a fait pencher la balance ? “Elle est à la fois très ancrée dans la politique locale et sait traiter de sujets techniques arides”, expliquait alors aux Echos le ministre de l’Economie Bruno le Maire. Il aurait vivement recommandé la députée à Emmanuel Macron. 38. PATRICK CHAIZE Sénateur LR de l’Ain “On ne peut pas lui reprocher de ne pas connaître ses sujets”, reconnaît une lobbyiste souvent en désaccord avec lui. Patrick Chaize, sénateur de l’Ain, a une obsession : les télécoms, qu’il veille à mettre à l’agenda parlementaire aussi fréquemment qu’il le peut.  Fils d’électricien automobile, président de l’Avicca, l’association des collectivités locales engagées dans le numérique, Patrick Chaize est dur avec les opérateurs télécoms — il souhaite les voir améliorer la qualité des raccordements en fibre optique — et avec les plateformes numériques. Lors des émeutes du printemps 2023, il avait fait la demande ébouriffante que celles-ci suppriment les contenus incitant à la violence dans les deux heures. L’amendement avait été écarté en douceur. Patrick Chaize est un parlementaire que l’on ménage, tant dans le secteur télécoms que du côté du gouvernement. 39. AURÉLIEN LOPEZ-LIGUORI Député RN de l’Hérault Sous la précédente législature, le député Rassemblement national (RN) Aurélien Lopez-Liguori était président du groupe d’études consacré à la souveraineté numérique. Il devrait s’accrocher à ce sceptre qui lui a non seulement permis de gagner en épaisseur sur les sujets numériques, mais aussi de briser des frontières sur le plan politique.  Via le groupe d’études, Aurélien Lopez-Liguori avait en effet fait porter des amendements avec d’autres formations politiques, rongeant le cordon sanitaire du RN.  Ambitieux, l’élu héraultais de 31 ans avait également caressé l’idée d’un portefeuille ministériel après l’envolée temporaire de son parti dans les sondages. Le projet est remisé, mais Aurélien Lopez-Liguori continue de soigner ses relations avec l’écosystème numérique, qui lui a progressivement entrebâillé la porte. 40. CATHERINE MORIN-DESAILLY Sénatrice UDI de Seine-Maritime Elle a quitté la présidence de la commission Culture du Sénat en 2020, pour se plonger dans les affres du numérique, s’investissant dans la commission d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok et celle sur les politiques publiques face aux opérations d’influences étrangères, dont elle était vice-présidente. Dans les prochains mois, l’élue, qui est également membre de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), souhaite travailler sur l’hébergement des données de santé. 41. BÉNÉDICTE DE KERSAUZON Déléguée générale de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenus Après sept ans chez BNP Paribas, Bénédicte de Kersauzon s’attaque à un défi de taille : faire de l’Umicc, la fédération des acteurs de l’influence, un véritable syndicat. A cette fin, elle a récemment embauché le youtubeur Gaspard G. au poste de secrétaire général. La fédération, créée début 2023 au moment de l’examen de la loi influenceurs, reste toutefois fragile, plusieurs agences d’influenceurs ayant déjà mis les voiles, à l’instar de Bump, fondée par le YouTubeur Squeezie. 42. ERIC BOTHOREL Député EPR des Côtes-d’Armor Adoubé par le secteur des télécoms, à qui il prête une oreille attentive, le député breton œuvre pour réduire la fracture territoriale de la couverture numérique. Il a mené, en 2024, une mission d’information consacrée à l’avenir de la couverture mobile, et porte auprès du gouvernement le déploiement de la fibre pour tous dès 2025. A l’Assemblée, Eric Bothorel est membre de la commission des Affaires économiques et coprésident du groupe d’études sur la cybersécurité et la souveraineté numérique, et de celui sur l’économie numérique de la donnée, de la connaissance et de l’intelligence artificielle. En 2020, le Premier ministre Jean Castex lui avait d’ailleurs confié une mission relative à la politique publique de la donnée.
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