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La Commission réclame des nouveaux pouvoirs pour développer les réseaux électriques européens
Pour planifier l’expansion des réseaux électriques européens, la Commission européenne a propose qu’elle soit dotée d’un nouveau pouvoir contraignant. Une demande qui intervient alors qu’elle s’efforce de moderniser un réseau vieillissant pour répondre aux exigences croissantes de la transition énergétique. Les modifications qu’elle propose sur le règlement sur les réseaux transeuropéens pour l’énergie (RTE-E) donnerait à la Commission le pouvoir de planifier des “scénarios centraux” pour évaluer les améliorations à apporter au réseau. Cela constituerait un changement radical par rapport au système de planification actuel, complètement décentralisé. Ces scénarios seraient planifiés tous les quatre ans par la Commission — et celle-ci pourrait intervenir aux endroits où aucun projet ne serait prévu. Cette proposition fait partie du paquet sur les réseaux européens, un ensemble législatif présenté ce mercredi. L’accroissement de l’électrification, que ça soit pour les transports, les processus industriels ou le chauffage est nécessaire pour la décarbonation de l’Europe et le respect de ses engagements climatiques. Mais cette évolution va peser sur les réseaux électriques et la Commission souhaite avoir un réseau efficace pour supporter la demande, qui pourrait doubler d’ici à 2040. “Le paquet sur les réseaux européens est davantage qu’une simple politique publique, a déclaré mardi Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission en charge de la transition écologique. C’est notre engagement pour un avenir inclusif, où chaque coin de l’UE bénéficiera de la révolution énergétique : des prix bas, une énergie décarbonée, une dépendance réduite vis-à-vis des combustiles fossiles importés, un approvisionnement sécurisé et un matelas contre les chocs des prix.” Outre la planification centralisée, le paquet législatif propose d’accélérer l’octroi de permis pour les réseaux et autres projets énergétiques afin de mettre plus rapidement en place l’infrastructure nécessaire, notamment en assouplissant les règles de planification environnementale. Actuellement, la planification et la construction de nouvelles infrastructures de réseau prennent environ dix ans. Pour ce faire, elle modifierait quatre textes législatifs : le règlement RTE-E, la directive sur les énergies renouvelables, la directive sur les marchés de l’énergie et la directive sur le marché du gaz. Le paquet propose également des modèles de financement “à frais partagés” afin que les pays qui bénéficient des projets contribuent à leur financement, ainsi que l’accélération d’un certain nombre de projets clés d’interconnexion énergétique à travers l’Europe. Cet article a été initialement publié par POLITICO en anglais et adapté en français par Alexandre Léchenet.
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Berlin prêt au combat avec Bruxelles pour aider les industriels électrointensifs
Le gouvernement allemand craint qu’un élément essentiel de son plan visant à stimuler la production industrielle et à redonner vie à son économie en difficulté n’entre en conflit avec la législation de l’UE sur les aides d’Etat. Une fuite d’un document interne au ministère allemand de l’économie, d’abord évoqué par Handelsblatt, montre que celui-ci s’inquiète que la Commission européenne bloque les subventions sur le prix de l’électricité pour les industriels gourmands en énergie — l’un des projets phares de la nouvelle coalition gouvernementale. Le plan, défendu par la ministre de l’économie Katherina Reiche, est au cœur des efforts du chancelier Friedrich Merz pour relancer l’industrie allemande en difficulté. Mais selon le mémo, obtenu par POLITICO, “la mise en œuvre du concept pose des défis considérables au regard de la législation européenne sur les aides d’Etat”. “Les réserves sont considérables et les perspectives d’approbation [de la Commission] sont très incertaines”, précise le document. Katherina Reiche doit encore approuver officiellement le projet, qui lui a été soumis la semaine dernière. Les industries lourdes allemandes attendent depuis longtemps un remède à la flambée des prix de l’électricité. Mais après des années de tentatives infructueuses — d’abord sous l’ancien vice-chancelier Robert Habeck, puis sous l’administration de l’ex-chancelier Olaf Scholz — la frustration monte. Aujourd’hui, alors que la production se déplace à l’étranger et que la compétitivité s’érode, Berlin espère que Bruxelles pourra encore être amadouée. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Alexandre Léchenet.
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Programmation énergétique : François Bayrou espère s’en sortir sans vote
PARIS — Depuis plusieurs années, de nombreux parlementaires s’offusquent de l’absence de loi ambitieuse sur l’énergie. Il aura fallu un équilibre gouvernemental fragile, et une menace de censure du RN pour que l’hypothèse revienne sérieusement sur la table. “Il est normal que le Parlement s’exprime sur un sujet aussi important”, a tranché François Bayrou, annonçant ce mercredi au Figaro la tenue prochaine d’un débat sans vote sur la programmation énergétique, mais aussi l’examen d’une proposition de loi déjà adoptée au Sénat, déposée par Daniel Gremillet (LR). Le matin même, Marine Le Pen avait réitéré dans Le Parisien sa menace de censure, si la programmation énergétique passait par décret, considérant que “ça doit passer par la loi”. Le projet de programmation proposé par le gouvernement “enferme la France dans des politiques toxiques, mortifères et ruineuses pour les dix prochaines années”, déplorait-elle. Depuis 2022, nombre de parlementaires sur tous les bancs réclament une loi dédiée. Mais dans la dernière ligne droite, ce sont Les Républicains et le Rassemblement national qui sont les plus bruyants. Entre un Parlement qui n’arrivera pas à un consensus sur le sujet et des filières industrielles pressantes, l’exécutif est décrit comme fébrile par de nombreux acteurs et peinait à trouver une porte de sortie. La programmation est en discussion depuis plusieurs mois, le secteur et beaucoup d’élus ont pris part aux échanges. Début novembre, le gouvernement a présenté un texte sans guère de surprises. Une dernière consultation se tient jusqu’au 5 avril et laisse la voie libre à une publication du décret. Ce décret de programmation énergétique (PPE) trace les grandes lignes de la production d’énergie en France, et permet de déclencher des appels d’offres et des soutiens publics à différentes filières. Depuis la loi climat de 2019, la PPE doit s’adosser à une loi de programmation, mais, depuis un an, les gouvernements successifs ont décidé de faire fi de cette obligation. LA DROITE ET LE RN À L’ASSAUT Des inquiétudes récentes sur les conséquences des énergies renouvelables sur le système électrique, notamment le photovoltaïque, se sont ajoutées à une défiance bien installée. Les antirenouvelables ont surfé dessus. Début décembre, plusieurs anciens dirigeants d’énergéticiens — entre autres —, dont l’ex-patron d’EDF Henri Proglio, ont publié une tribune dénonçant leur “développement à marche forcée”. Ils réclament la suspension du décret, qui prévoit pourtant une relance du nucléaire qu’ils plébiscitent, mais encourage dans le même temps le déploiement des énergies renouvelables. Mi-mars, deux sénateurs ont rassemblé 159 de leurs collègues de droite et centristes pour demander également dans une lettre ouverte au Premier ministre la suspension immédiate du décret et la tenue d’un débat parlementaire. Mardi, ils ont organisé une conférence de presse pour enfoncer le clou. Les énergies renouvelables sont une “usine à fabriquer de la subvention à la charge du contribuable”, a regretté Henri Proglio, présent à la conférence de presse. Il estime que “tout est fait pour organiser la catastrophe à laquelle nous assistons aujourd’hui”. Des idées reprises également par le Rassemblement national. Dans une tribune publiée le 23 mars, Jean-Philippe Tanguy et Maxime Amblard — ancien de Framatome élu député en juillet dernier — ont dénoncé “le mirage, mais surtout le danger de l’idée d’une complémentarité entre le nucléaire et les énergies intermittentes”, prétendant que seul leur parti se prononce à ce sujet. A gauche, les voix sont moins fortes ces derniers temps. Le sénateur PS Franck Montaugé rappelle qu’il dit “depuis près de deux ans” que passer par un décret serait un “déni de démocratie”. “Comme nous sommes à la fois ni contre le nucléaire ni contre les énergies renouvelables, nous ne pouvons pas avoir la même exposition que d’autres sur la PPE”, décrypte un collaborateur socialiste, qui concède que les parlementaires de gauche n’arrivent pas à se faire entendre face à la mobilisation des antirenouvelables. “On sait très bien qu’une loi n’ira pas dans notre sens et ne pourra pas être mieux que la PPE aujourd’hui”, glisse également un collaborateur Ecologiste, justifiant ainsi le mezzo voce de son groupe. Il regrette que le gouvernement ne se soit pas tourné vers sa gauche sur ce sujet.  De l’autre côté, les filières et entreprises sortent petit à petit du bois pour demander à ne pas perdre de temps. “Le doute s’installe”, s’inquiétait la semaine dernière un lobbyiste du monde de l’énergie. “Le risque que ce décret ne soit pas publié est non nul.” Plusieurs lobbies du secteur et des grands énergéticiens espèrent qu’il paraîtra rapidement. A l’image d’Engie, qui a organisé lundi un point presse pour rappeler que le décret est “un texte important, qui donne de la visibilité”, une “boussole” qui peut aussi “être agile et être révisée”. Et sa patronne, Catherine MacGregor, en a remis une couche dans un post sur LinkedIn. LE DÉBAT PARLEMENTAIRE IMPOSSIBLE Le gouvernement a longtemps tergiversé, et s’il décide finalement d’en passer par une loi, il ne s’est pas facilité la tâche. Alors à Bercy, Bruno Le Maire et Roland Lescure ont abandonné l’idée d’un projet de loi au début de l’année dernière. Quand Daniel Gremillet (LR) a déposé sa proposition de loi de programmation en mai dernier, il n’a pas reçu de soutien immédiat du gouvernement. Mercredi, François Bayrou a annoncé que cette PPL, adoptée en novembre au Sénat, sera reprise à l’Assemblée nationale. Elle n’a pas bénéficié de la procédure accélérée et devra donc ensuite retourner au Sénat pour une deuxième lecture. Si le gouvernement n’a pas accordé cette procédure, c’est parce que la version originale du texte “ne convenait pas”, explique Olga Givernet, députée (EPR) et ministre déléguée à l’Energie au moment de son examen. Mais elle estime que le travail au Sénat a permis de l’améliorer et d’ajouter “quelques points législatifs nécessaires” pour accompagner la PPE. Depuis plusieurs jours, plusieurs ministres se sont exprimés en faveur d’un débat, avec ou sans vote. “Personne n’a envie de discuter d’un truc qui va être une empoignade généralisée”, avertissait cependant une figure du gouvernement. François Bayrou n’a pas précisé au Figaro la date de publication du décret, qui devrait se faire avant l’examen de la PPL Gremillet, tant le calendrier parlementaire est contraint. Celle-ci devrait se faire “dès que le retour de consultation aura été réalisé”, indique-t-on dans l’entourage du Premier ministre. Reste à voir si cela apaisera les menaces de censure, ou les appels à attaquer le décret dès sa parution. Car en l’état, le Parlement ne se prononcera pas formellement sur son contenu. Ce papier a été mis à jour pour préciser le calendrier de parution du décret.
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EDF : les dessous de l’éviction de Luc Rémont
PARIS — Lui-même ne s’y attendait pas, en tout cas pas ce jour-là, selon trois sources au fait de l’affaire : reçu vendredi après-midi par Eric Lombard, ministre de l’Economie et des Finances, le PDG d’EDF, Luc Rémont, s’est vu montrer la porte. Et sans ménagement : tombé quelques heures plus tard, le communiqué de l’Elysée annonçant la nomination, à sa place, de Bernard Fontana — actuel directeur général de Framatome, l’équipementier nucléaire d’EDF — ne contenait pas un mot pour lui. Si la rupture est brutale, c’est que l’exécutif, lassé des retards accumulés sur la construction de six nouveaux réacteurs et de l’entêtement du PDG d’EDF, était pressé de reprendre la main. Luc Rémont est arrivé à la tête d’EDF à la fin de l’année 2022. Une année désastreuse pour l’énergéticien, alors que de nombreuses centrales sont à l’arrêt. De minuscules fissures ont été découvertes sur la tuyauterie permettant de refroidir le cœur des réacteurs — un phénomène inattendu appelé “corrosion sous contrainte” et nécessitant de longues réparations. Des problèmes désormais loin derrière lui : en 2024, les centrales ont retrouvé leurs couleurs, la production d’électricité de l’entreprise revenant à un excellent niveau. Signe qu’EDF va mieux, la production électrique du pays tout entier atteint un niveau jamais vu depuis 2019. Le 21 février dernier, Luc Rémont était tout sourire pour présenter les bons résultats du groupe, première année où il présentait son bilan, basé sur son projet d’entreprise. Sauf que ledit projet ne cadre pas avec celui de l’Etat. Le PDG veut accompagner des constructions de réacteurs dans toute l’Europe pour mobiliser la filière, tout en vendant son électricité atomique à un prix suffisamment élevé pour rentabiliser les investissements du groupe. L’Etat de son côté veut faire d’EDF le “bras armé” de sa stratégie énergétique et industrielle après son retour à 100% dans le giron public en 2023, et lui demande de se concentrer avant tout sur la France tout en consentant des réductions aux industriels très gourmands en électricité pour garantir leur compétitivité. “Assez vite, [les ministres] ont perdu le contrôle sur la vision que Luc Rémont a déployé pour lui-même sur EDF. Et après, c’était fini”, analysait rétrospectivement un ex-conseiller ministériel, il y a quelques jours. Mais si Luc Rémont a été remercié, c’est principalement en raison des retards pris dans la construction des six nouveaux réacteurs, promise par le président de la République il y a trois ans et dont la mise en service doit se faire à partir de 2038, ont confirmé plusieurs sources à POLITICO. “La décision est mûrie depuis plusieurs mois”, explique ainsi un conseiller à Bercy, selon lequel Luc Rémont n’arrivait pas “à incarner ni à mettre en œuvre” la relance nucléaire. “Il y a un vrai désaccord sur le pilotage industriel”, résume un deuxième conseiller. “COUP DE GRÂCE” Le sort du PDG aurait été scellé lundi, à l’occasion du conseil de politique nucléaire, selon ces mêmes sources. Régie par le secret-défense, l’instance présidée par Emmanuel Macron, prend les principales décisions sur le nucléaire civil en comité très restreint. Seul le Premier ministre, certains membres du gouvernement et quelques hauts fonctionnaires ont le droit d’y assister. Joël Barre, vigie de l’Etat sur la relance de l’atome, et le Haut-commissaire à l’énergie atomique Vincent Berger sont également présents. Rassemblée autour d’une table, la crème des décideurs de la chose atomique ont dressé un bilan contrasté de la relance du nucléaire français, en présence de Luc Rémont, selon plusieurs personnes au fait des échanges. Dans la foulée, un communiqué de l’Elysée acte à demi-mot la mise sous tutelle du chantier atomique de l’entreprise par l’Etat. Joël Barre et son équipe de la délégation interministérielle du nouveau nucléaire (Dinn) assureront un “suivi renforcé” du programme de relance, avec des rendez-vous mensuels entre EDF et la Dinn, et un rendez-vous tous les six mois avec le PDG de l’entreprise et l’Etat. La réunion “a permis de constater qu’aucun dossier n’avançait et que cette paralysie décisionnelle mettait en risque le programme”, selon le deuxième conseiller cité plus haut. Ça a été le “coup de grâce”, abonde le premier : le président de la République était “très mécontent” de la tournure du CPN et “a tranché très vite après”. Il y a quelques semaines, Joël Barre expliquait à POLITICO le retard pris dans le dossier à la fois par les “soubresauts de l’actualité politique” des derniers mois mais surtout par un “retard du côté EDF sur l’affermissement et la consolidation du devis et du calendrier”. Initialement attendu à la fin de l’année dernière, le devis définitif des six nouveaux réacteurs était désormais espéré par l’Etat pour la fin 2025, voire début 2026, détaillait-il. Ce report d’un an “a été ressenti comme absolument inadmissible, d’autant plus que c’était une surprise”, détaille encore le deuxième conseiller à Bercy. “Sur le plan industriel, deux ans ont été perdus sur la réussite concrète de l’EPR2, dont le design n’est toujours pas abouti et dont le modèle financier n’est toujours pas bouclé”, grince un bon connaisseur du dossier ayant requis l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement. “L’énergie de dingue consacrée [par Luc Rémont] à faire sa politique commerciale et à ne pas réguler n’a pas été consacrée à… en fait… gérer la boîte”. “Le Conseil de politique nucléaire a été l’occasion de montrer qu’il y avait aussi beaucoup de défis qui restaient devant nous”, admettait un conseiller ministériel lors d’un point presse organisé vendredi, invoquant la nécessité pour l’Etat de “passer dans une phase nouvelle” de la relance de l’atome, “avec un profil plus industriel”. “Il est impératif de réagir rapidement”, explique-t-on encore à Bercy. Les ambitions européennes de Luc Rémont interrogeaient également. Le patron d’EDF, déjà engagé dans des projets au Royaume-Uni et en France, voit plus grand, et prospecte aux quatre coins du continent pour vendre ses réacteurs, de la République Tchèque à la Suède en passant par l’Italie et la Pologne. Une envie d’ailleurs qui n’est pas au goût de la Cour des comptes, qui recommandait dans un récent rapport de privilégier la France. Ni à celui de Joël Barre. Au cours du même entretien avec POLITICO, si celui-ci convenait qu’il “faut être présent” à l’étranger, il enjoignait l’énergéticien à s’assurer que ses offres à l’export soient en “synergie avec le programme français” et compatibles avec ses ressources. Luc Rémont, à l’occasion de la présentation des résultats d’EDF, contestait “se disperser” mais expliquait chercher à créer “la surface suffisante” pour amener la filière nucléaire européenne “au meilleur niveau de performance”. SOUTIEN AUX INDUSTRIELS C’est une autre facette de la gestion de Luc Rémont qui occupait ces derniers jours les projecteurs politico-médiatiques : les rabais réclamés par l’Etat sur le prix de l’électricité nucléaire dédiée aux industriels très gourmands en électricité, les électrointensifs. Soumises à une forte concurrence internationale et se disant très affectées par la flambée de leurs factures énergétiques, ces entreprises issues de divers secteurs de l’industrie lourde comme l’acier ou la chimie forment la pierre angulaire du complexe industriel français. Dans l’esprit de l’exécutif, leur survie est donc primordiale pour préserver les espoirs gouvernementaux de réindustrialiser le pays, tout en le décarbonant. Mises en service entre 1979 et 1994 et quasiment toutes amorties, les centrales nucléaires existantes soutiennent ces industriels grâce à un dispositif régulé, l’Arenh, qui doit s’éteindre à la fin de l’année. En 2023, EDF, sous l’égide de Luc Rémont, et le gouvernement d’Elisabeth Borne engagent des discussions houleuses pour imaginer un nouveau dispositif, lors desquelles Luc Rémont menace plusieurs fois de démissionner. Avant de parvenir à un accord aux contours flous conclu mi-novembre 2023 et jamais rendu public, mais que POLITICO a pu consulter. Le patron d’EDF, qui a auparavant dirigé la filiale française de la banque d’investissement Merrill Lynch pendant cinq ans, entend pour le post-Arenh avoir les coudées franches et obtient du gouvernement une liberté commerciale quasi-totale. En échange, l’énergéticien s’engage à signer des contrats à long terme avec ces industriels, adossé à la production nucléaire, pour un volume total de 40 térawattheures. “L’Etat souhaitait qu’EDF ‘brade’ des offres pour garder des électrointensifs sur le territoire quand EDF cherche à gagner sa vie et à préparer ses nombreux investissements”, résumait un lobbyiste spécialisé dans la foulée de l’annonce du départ de Luc Rémont. Mais les négociations patinent. Un an et demi après la signature de l’accord, seules dix lettres d’intention ont été signées avec des industriels pour un volume total de 12,7 térawattheures, pour seulement deux contrats paraphés. EDF reconnaît avoir signé moins de contrats à long terme que prévu, mais y voit davantage l’effet de la baisse des prix sur le marché l’électricité, qui n’incite pas les industriels à signer. Depuis plusieurs mois, lors de réunions dans les ministères, Luc Rémont se refuse à baisser les prix proposés par EDF pour ses contrats de long terme. “Il prétend avoir fait tous les efforts possibles pour proposer un prix ‘compétitif’”, grince une ancienne conseillère. Au début du mois, Marc Ferracci, le ministre de l’Industrie et de l’Energie a réclamé à EDF un bilan écrit des négociations, transmis la semaine dernière, que son cabinet est en train d’examiner. “Ce bilan montre que 1% de l’objectif est atteint” pour le volet industriel de l’accord, constate simplement le cabinet. Cette demande fait suite à l’annonce par EDF de la mise aux enchères prochaine des contrats à long terme aux plus offrants. Elle renforce les inquiétudes des industriels et réveille les responsables politiques. Anciens ministres et parlementaires mulitplient les prises de parole pour pousser EDF à revoir sa copie. EDF fait “un bras d’honneur à l’industrie française”, s’insurgeait publiquement jeudi soir Benoît Bazin, le PDG de Saint-Gobain, un électrointensif. “EDF n’a pas rempli sa part du contrat” pour accompagner l’industrie, pestait pour sa part l’ancien ministre Roland Lescure auprès de POLITICO. Les industriels ont mené “une campagne” contre EDF et ses dirigeants, selon une interlocutrice au fait des échanges. Ce qui n’a pas arrangé les relations déjà tendues avec l’exécutif. Et a sûrement facilité la décision du gouvernement de débrancher Luc Rémont. Bernard Fontana, un industriel chevronné, prendra les rênes d’EDF en avril, si sa nomination est confirmée par les parlementaires. Il aura pour principale tâche de recentrer les activités de l’entreprise autour de la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France. Et sera surveillé de près. Pauline de Saint Remy a contribué à cet article.
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Le gouvernement valide le maintien du tarif régulé de l’électricité
PARIS — Comme la Commission de régulation de l’énergie (CRE), le gouvernement veut maintenir les tarifs régulés de l’électricité, et en a informé Bruxelles. Ces tarifs, qui sont lissés sur deux ans, jouent un rôle “d’amortisseur”, en particulier lorsque les prix de l’énergie s’envolent, et participent à “l’objectif d’intérêt économique général de stabilité des prix”, écrivent les autorités françaises dans leur rapport transmis à la Commission européenne et publié aujourd’hui. Conformément au droit européen, le gouvernement était appelé à se prononcer sur l’avenir du tarif réglementé des électrons (TRVE), suite aux recommandations du régulateur de l’énergie, la CRE, et de l’autorité de la concurrence mi-novembre. Contrairement à l’autorité de la concurrence, l’exécutif estime que l’existence du tarif régulé “ne s’exerce pas au détriment de la concurrence sur le marché de détail”, et en veut pour preuve le fait que “le nombre de clients aux TRVE continue de décroître.” Le gouvernement avait jusqu’au 1er janvier pour transmettre sa position à Bruxelles, mais avait pris du retard “en raison de la situation [politique] en fin de l’année dernière”, avait indiqué la ministre du Tourisme Nathalie Delattre au Sénat mardi dernier.
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Datacenters : des raccordements sous tension
PARIS — Pour faire tourner les datacenters, moteurs de l’intelligence artificielle, et attirer les investissements, le gouvernement rappelle que la France dispose d’une énergie abondante, décarbonée et pilotable. Des arguments qui ont suffit à convaincre la start-up Mistral AI d’implanter son prochain centre de données dans l’Hexagone.  “Nous avons choisi la France car elle dispose d’une électricité décarbonée et très compétitive”, a expliqué son directeur Arthur Mensch, dans un entretien à POLITICO. Même son rival américain Sam Altman d’OpenAI a mis en avant cet atout, dans une tribune au Monde samedi. Sans annoncer d’investissements en France à ce stade. En cause : l’empilement des demandes de tous types sur le bureau du gestionnaire de réseau, RTE. Ce dernier est tenu par la loi de répondre à toutes les sollicitations. “Les délais de réalisation de nos projets de datacenters sont passés de deux à trois ans en moyenne à plus de cinq ans et même parfois sept ans”, témoigne le patron de Data4, Olivier Micheli.  “En France, il n’y a pas de problème de production d’électricité, puisque nous en exportons beaucoup, mais bien de réseaux de distribution”, abonde son concurrent Fabrice Coquio de Digital Realty. Il cite l’exemple de la région marseillaise déjà saturée, dans l’attente d’une nouvelle ligne haute tension. Comme d’autres opérateurs de datacenters, il reproche à RTE, et plus largement aux pouvoirs publics, d’avoir mal anticipé l’évolution des usages et de la consommation électrique, et donc d’avoir sous-investi dans les réseaux. A tel point que les critères de sélection de l’emplacement des datacenters se sont complètement inversés : l’idée n’est plus de faire venir l’électricité aux datacenters, mais plutôt de construire les datacenters près de l’électricité et des centrales.  De son côté, RTE relativise l’embouteillage de demandes, qui représente environ neuf gigawatts sur les deux dernières années rien que pour les datacenters. Le gestionnaire de réseau souligne que de nombreux projets ne se concrétisent pas, et que certains font plusieurs demandes en parallèle dans différentes régions. Même son de cloche du côté de l’Elysée. “On a ce phénomène très fort d’annonce, [mais] il y a des projets plus ou moins crédibles, plus ou moins financés”, reconnaît une conseillère élyséenne, qui évoque des “projets parfois fictifs”. Autre constat : les porteurs de projets ont tendance à surestimer leur consommation d’électricité. Les opérateurs signent en effet des accords avec RTE pour sécuriser à l’avance une puissance électrique à un horizon plus ou moins lointain, mais n’utilisent actuellement que 20 à 30% de la puissance qu’ils ont souscrite. A Marcoussis, Data4 a ainsi signé pour 250 mégawatts, mais n’en utilise pour l’instant que 150. “Nos hypothèses de demandes de raccordement sont donc assez prudentes, pour tenir compte des nombreuses incertitudes sur ce type de nouveaux consommateurs”, indique une porte-parole de RTE. Un embouteillage artificiel auquel RTE entend mettre un terme en réaffectant des puissances électriques non utilisées. Un travail mené en lien avec le régulateur de l’énergie, la CRE : elle a pris une première décision en ce sens qui entrera en vigueur au 1er août. Le gestionnaire promet d’autres avancées jeudi, annoncées lors de la présentation de son schéma décennal de développement du réseau. Les opérateurs de datacenters et leurs investisseurs pourront discuter directement de ces sujets, ce lundi 10 février, avec les patrons de RTE et d’EDF, plusieurs ministres, mais aussi le président Emmanuel Macron, bien décidé à accueillir les infrastructures qui font carburer l’IA. Parmi les invités de cette réunion à l’Elysée, on retrouve les deux géants américains Equinix et Digital Realty, le français Data4, les fournisseurs de cloud et d’IA Microsoft et Google, l’inévitable Arthur Mensch, ainsi que des investisseurs comme Apollo, JP Morgan, ou encore MGX, le fonds émirati au coeur du deal à plusieurs dizaines de milliards d’euros signé jeudi entre la France et les Emirats arabes unis. 35 SITES “CLÉS EN MAIN”, VRAIMENT ?  Pour lancer les discussions, qui se poursuivront bien après cette première réunion selon l’Elysée, l’exécutif met sur la table une liste de sites particulièrement adaptés aux datacenters et “clés en mains”. Ces sites, dont certains sont d’anciennes usines ou friches de la SNCF, sont censés réunir tous les prérequis : la disponibilité du foncier, le raccordement effectif au réseau électrique et la connectivité en fibre optique. Enfin presque. Si certains seront prêts dès cette année, la plupart ne le seront qu’à partir de 2027, voire 2030. La liste communiquée par l’Elysée comptabilise 35 sites, dont certains pourront grimper jusqu’à un gigawatt de puissance. Huit sont situés en Ile-de-France, une région appréciée pour sa proximité avec les grandes entreprises. Mais aucun à Marseille. Pourtant la localisation de la cité phocéenne est considérée comme idéale : y atterrissent de nombreux câbles sous-marins qui connectent l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Reste à savoir si ces sites candidats sont véritablement nouveaux et attractifs. “C’est en partie du réchauffé”, analyse un acteur du cloud. Plus optimiste, le patron d’Equinix en France, Régis Castagné, estime que “tous les sites n’intéresseront pas tous les acteurs” mais que la pré-identification par le gouvernement constitue “déjà une grande avancée”, reprochant un manque de transparence de RTE sur “les sources d’électricité disponibles”. Selon lui, l’éloignement de certains sites proposés avec les grands centres urbains et les points d’atterrissages des câbles sous-marins n’est d’ailleurs pas forcément dissuasif, dans la mesure où les entreprises du cloud et de l’IA “sont moins sensibles à la problématique de la latence” que ne le sont les banques, par exemple. DE L’AMOUR ET DES PREUVES D’AMOUR Portés par le soutien affiché du gouvernement, les opérateurs se sentent donc pousser des ailes, mais attendent tout de même de voir si celui-ci tiendra parole et fera le nécessaire pour lever d’autres freins à leur implantation. A commencer par les formalités administratives : permis de construire, autorisations environnementales, demandes de raccordement électrique… Le projet de loi de simplification, maintes fois reporté, doit faire rentrer les grands projets de datacenters dans la catégorie des “projets industriels d’intérêt majeur”. Un sésame qui pourrait accélérer certaines procédures et leur faire gagner de précieuses places dans la file d’attente de RTE. Lequel propose aussi de modifier une circulaire datant de 2002 afin de raccourcir la durée des concertations préalables, histoire de gagner quelques mois. A condition de ne pas placer la barre trop haut. Data4 milite par exemple pour fixer le seuil d’éligibilité des projets à partir d’une puissance électrique de 100 mégawatts. Equinix attend lui aussi beaucoup de cette loi : il ne prévoit pas d’annoncer d’investissements avant d’obtenir ce statut coupe-file, et des garanties sur le prix de l’électricité.
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