BRUXELLES â La Commission europĂ©enne a infligĂ© vendredi une amende de 120
millions dâeuros Ă X, le rĂ©seau social dâElon Musk. Il sâagit de la toute
premiÚre sanction prononcée en vertu du rÚglement européen sur les services
numériques (DSA).
Cette dĂ©cision, qui risque dâexacerber les tensions avec les Ătats-Unis, a
dâores et dĂ©jĂ suscitĂ© des critiques de la part de J.D. Vance. Le vice-prĂ©sident
amĂ©ricain a ainsi jugĂ© que cette amende Ă©tait une sanction pour âabsence de
censureâ.
Le montant de lâamende est pourtant modĂ©rĂ© par rapport aux sanctions infligĂ©es
précédemment par Bruxelles aux entreprises technologiques. Dans le cadre des
nĂ©gociations commerciales, les Ătats-Unis ont fait pression Ă plusieurs reprises
sur lâUE pour quâelle assouplisse sa rĂ©glementation.
X a été reconnu coupable de manquement aux obligations de transparence qui lui
incombent en tant que trĂšs grande plateforme en ligne, au titre du rĂšglement sur
les services numériques (DSA). La Commission a jugé le design de la coche bleue
de X âtrompeurâ aprĂšs sa transformation en fonctionnalitĂ© payante.
LâexĂ©cutif europĂ©en a Ă©galement dĂ©clarĂ© que le rĂ©pertoire publicitaire de X
manquait de transparence et ne permettait pas aux chercheurs dâaccĂ©der aux
donnĂ©es publiques, comme lâexige la loi.
Cette amende ne marque que la fin dâune partie de lâenquĂȘte menĂ©e par lâUE et
ouverte il y a prĂšs de deux ans. Dâautres volets, portant sur les efforts
déployés par X pour lutter contre la diffusion de contenus illégaux et la
manipulation de lâinformation, sont toujours en cours.
Bruxelles subit une pression croissante de la part des dirigeants européens, des
eurodéputés et des organisations de défense des droits numériques pour conclure
lâenquĂȘte sur X, et prouver ainsi son engagement Ă protĂ©ger les citoyens en
ligne.Â
âNotre objectif nâest pas dâinfliger les amendes les plus Ă©levĂ©es, mais de
garantir lâapplication de notre lĂ©gislation numĂ©rique. Si vous respectez nos
rĂšgles, vous nâaurez pas dâamendeâ, a dĂ©clarĂ© Henna Virkkunen, vice-prĂ©sidente
exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté numérique, lors
dâun point de presse vendredi matin.
En vertu du DSA, les entreprises peuvent ĂȘtre condamnĂ©es Ă une amende pouvant
atteindre 6 % de leur chiffre dâaffaires annuel mondial. Si les revenus mondiaux
de X sont estimĂ©s Ă quelques milliards dâeuros, ceux des entreprises de Musk
sont bien plus importants.
Répondant aux propos de Vance, Virkkunen a déclaré aux journalistes : « Le DSA
nâa rien Ă voir avec la censure ; cette dĂ©cision concerne la transparence de X.
»
Elle a Ă©galement indiquĂ© que le montant de lâamende avait Ă©tĂ© jugĂ©
âproportionnĂ©â et calculĂ© en tenant compte de âla nature de ces infractions, de
leur gravitĂ© pour les utilisateurs europĂ©ens concernĂ©s et de leur durĂ©eâ.
InterrogĂ© sur la mĂ©thode de calcul de lâUE, un haut fonctionnaire de la
Commission a rĂ©affirmĂ© le principe de proportionnalitĂ© et prĂ©cisĂ© quâil ne
pouvait ĂȘtre ârĂ©duit Ă une simple formule Ă©conomiqueâ.
De son cĂŽtĂ©, la ministre française dĂ©lĂ©guĂ©e Ă lâIA et au NumĂ©rique Anne Le
HĂ©nanff a affirmĂ© que la France âsouten[ait] pleinement cette dĂ©cision ⊠qui
envoie un message clair Ă lâensemble des plateformesâ.
X nâa pas immĂ©diatement rĂ©pondu Ă notre demande de commentaires.
Tag - RÚglement sur les services numériques
BRUXELLES â La commissaire europĂ©enne chargĂ©e de la Concurrence, Teresa Ribera,
nâa pas mĂąchĂ© ses mots contre lâadministration Trump, lâaccusant dâutiliser le
âchantageâ pour contraindre lâUE Ă assouplir sa rĂ©glementation du numĂ©rique.
Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a suggéré lundi à Bruxelles
que les Etats-Unis pourraient modifier leur approche en matiĂšre de droits de
douane sur lâacier et lâaluminium si lâUE revoyait ses rĂšgles en matiĂšre de
numérique. Les responsables européens ont interprété ses remarques comme visant
les rĂ©glementations phares de lâUE, notamment celle sur les marchĂ©s numĂ©riques
(DMA).
âCâest du chantageâ, a considĂ©rĂ© la commissaire espagnole dans un entretien Ă
POLITICO mercredi. âLe fait que ce soit leur intention ne signifie pas que nous
acceptons ce genre de chantage.â
Teresa Ribera â qui, en tant que premiĂšre vice-prĂ©sidente exĂ©cutive de la
Commission, est la numĂ©ro 2 de lâexĂ©cutif europĂ©en derriĂšre la prĂ©sidente Ursula
von der Leyen â a soulignĂ© que la rĂ©glementation europĂ©enne du numĂ©rique ne
devrait pas avoir de lien avec les nĂ©gociations commerciales. LâĂ©quipe de Donald
Trump cherche Ă rĂ©viser lâaccord conclu par le prĂ©sident amĂ©ricain avec Ursula
von der Leyen dans son golf écossais en juillet.
Ces déclarations interviennent à un moment sensible des négociations
commerciales en cours. Washington considĂšre le DMA comme discriminatoire, parce
que les grandes plateformes technologiques quâil rĂ©glemente â comme Microsoft,
Google ou Amazon â sont presque toutes amĂ©ricaines. Il sâinsurge Ă©galement
contre le rÚglement sur les services numériques (DSA), qui vise à limiter les
discours haineux illégaux et la désinformation en ligne, car il est conçu pour
encadrer les rĂ©seaux sociaux comme X dâElon Musk.
Teresa Ribera a rappelé que ces rÚgles étaient une question de souveraineté, et
quâelles ne devraient pas entrer dans le champ dâune nĂ©gociation commerciale.
âNous respectons les rĂšgles, quelles quâelles soient, quâils ont Ă©tablies pour
leurs marchĂ©s : le marchĂ© numĂ©rique, le secteur de la santĂ©, lâacier, tout ce
que vous voulez [âŠ] les voitures, les normesâ, a-t-elle posĂ© en parlant des
Etats-Unis. âCâest leur problĂšme, leur rĂ©glementation et leur souverainetĂ©. Il
en va de mĂȘme ici.â
Teresa Ribera, avec la commissaire aux Technologies numériques Henna Virkkunen,
supervise le DMA, qui veille au bon comportement des grandes plateformes
numériques et à une concurrence équitable.
Elle a vivement réagi aux propos tenus par Howard Lutnick lors de sa rencontre
avec des responsables et des ministres europĂ©ens lundi, martelant que âles
rĂšgles europĂ©ennes en matiĂšre de numĂ©rique ne sont pas Ă nĂ©gocierâ.
Henna Virkkunen tenait la mĂȘme ligne mardi. Lundi, elle a prĂ©sentĂ© Ă ses
homologues amĂ©ricains le paquet de mesures de simplification de lâUE, comprenant
la proposition dâomnibus numĂ©rique. Ce paquet a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme une
initiative européenne visant à réduire les formalités administratives, mais
certains lâont interprĂ©tĂ© comme une tentative de rĂ©pondre aux prĂ©occupations des
Big Tech américaines en matiÚre de régulation.
Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a suggéré lundi à Bruxelles
que les Etats-Unis pourraient modifier leur approche en matiĂšre de droits de
douane sur lâacier et lâaluminium si lâUE revoyait ses rĂšgles en matiĂšre de
numérique. | Nicolas Tucat/Getty Images
InterrogĂ©e sur les raisons qui lâont poussĂ©e Ă faire une dĂ©claration aussi
forte, Teresa Ribera a rĂ©pondu que les remarques dâHoward Lutnick constituaient
âune attaque directe contre le DMAâ, avant dâajouter : âIl est de ma
responsabilitĂ© de dĂ©fendre le bon fonctionnement du marchĂ© numĂ©rique en Europe.â
DES FISSURES APPARAISSENT
Malgré la réplique intransigeante de Teresa Ribera, la solidarité des Etats
membres envers le DMA commence doucement Ă se fissurer.
AprÚs la réunion de lundi, Howard Lutnick a pointé que certains ministres
europĂ©ens du Commerce nâĂ©taient pas aussi rĂ©ticents que la Commission Ă lâidĂ©e
de revoir les rĂšgles numĂ©riques de lâUE : âJe vois beaucoup de ministres [âŠ]
certains sont plus ouverts dâesprit que dâautresâ, a-t-il observĂ© sur Bloomberg
TV, affirmant que si lâEurope veut des investissements amĂ©ricains, elle doit
changer son modÚle de régulation.
Parmi les participants, au moins une EuropĂ©enne semble dâaccord. LâAllemande
Katherina Reiche, qui sâest exprimĂ©e en marge de la rĂ©union, a dĂ©clarĂ© Ă la
presse quâelle Ă©tait favorable Ă un nouvel assouplissement des rĂšgles de lâUE en
matiÚre de numérique.
âLâAllemagne a clairement fait savoir quâelle voulait avoir la possibilitĂ© de
jouer un rĂŽle dans le monde numĂ©riqueâ, a exposĂ© Katherina Reiche, citant en
particulier le DMA et le DSA.
Les efforts de lobbying déployés par Washington contre les rÚgles européennes
sur le numĂ©rique sâinscrivent dans le cadre dâune bataille plus large menĂ©e par
les Etats-Unis au niveau mondial pour affaiblir les lois sur le numérique dans
les pays étrangers.
Ce mois-ci, la CorĂ©e du Sud a cĂ©dĂ© au lobbying de lâadministration Trump en
revenant en arriĂšre sur son propre projet dâencadrement de la concurrence dans
le secteur numérique.
Le représentant américain au commerce prépare son rapport 2026 et lance une
nouvelle série de consultations dans les semaines à venir. Entre-temps, la
Commission poursuit son évaluation des rÚgles dans le cadre de son Digital
Fairness Fitness Check et de la révision en cours du DMA.
Mais entre le lobbying de Washington et les Etats membres qui se désolidarisent,
la question nâest pas seulement de savoir ce Ă quoi va aboutir la rĂ©vision du
DMA, mais sâil peut survivre Ă la guerre commerciale.
Cet article a dâabord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais, puis a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en
français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS â Le parquet de Paris a annoncĂ© ce mardi lâouverture dâune enquĂȘte
prĂ©liminaire concernant le site de streaming Kick pour âfourniture en bande
organisĂ©e de plateforme en ligne illiciteâ.Â
Une semaine aprÚs le décÚs du streameur Jean Pormanove en plein direct, le
parquet cherche Ă savoir si le site australien âfournissait, en connaissance de
cause, des services illicites, notamment par la diffusion de vidĂ©os dâatteintes
volontaires Ă lâintĂ©gritĂ© de la personneâ.Â
LâenquĂȘte, confiĂ©e Ă lâoffice anti-cybercriminalitĂ© (OFAC), devra Ă©galement
déterminer si Kick respectait ses obligations au titre du rÚglement européen sur
les services numĂ©riques (DSA). Et notamment lâobligation âde signaler aux
autoritĂ©s les risques dâatteintes Ă la vie ou Ă la sĂ©curitĂ© des personnesâ.Â
Sur sa chaßne, la plus suivie en France, Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël
Graven, subissait des actes de violences physiques et verbales de la part de ses
partenaires de stream depuis plus dâun an.Â
Cette enquĂȘte est ouverte âen concertation avec le parquet de Niceâ, le parquet
de Paris ayant une compĂ©tence nationale sur les sujets cyber. Â
Le parquet de Nice a dĂ©jĂ ouvert deux enquĂȘtes : lâune en dĂ©cembre Ă la suite
des rĂ©vĂ©lations de Mediapart, lâautre au lendemain de la mort de RaphaĂ«l Graven.
Elles se poursuivent. Pour lâheure, aucun lien direct nâa Ă©tĂ© identifiĂ© entre sa
mort et les violences quâil a subies.Â
Elus, lobbyistes, membres du gouvernement ou hauts fonctionnaires⊠Tous
construisent, inspirent, voire infléchissent, au quotidien les politiques du
numérique. POLITICO a listé la crÚme de la crÚme : voici les 42 personnes les
plus influentes du moment, sur les sujets liés à la régulation de la tech et au
développement du numérique en France.
1. XAVIER NIEL
Fondateur dâIliad
AprĂšs des annĂ©es de labeur, Xavier Niel a dĂ©cidĂ© de sâamuser et il le fait
savoir. Son livre, âUne sacrĂ©e envie de foutre le bordelâ affiche clairement la
couleur â Orange comme la couverture, rĂ©fĂ©rence Ă lâopĂ©rateur historique
bousculĂ© par lâiconoclaste homme dâaffaires. Il se paye aussi le culot de monter
sur scĂšne, Ă LâOlympia, devant un parterre de fans conquis, pour raconter son
parcours et ses choix entrepreneuriaux, aussi agressifs que visionnaires.
Rappelez-vous, le milliardaire, autodidacte, a fait ses premiers pas dans le
minitel rose, avant dâexploser dans les tĂ©lĂ©coms en proposant la premiĂšre offre
« triple play » française, puis un forfait mobile illimité qui pousse la
concurrence Ă casser les prix. Depuis, Niel met des billes un peu partout : dans
la french tech (Deezer, Sorare, Alan⊠ou encore lâincubateur Station F), les
médias (le groupe Le Monde, la société de production Mediawan), la formation
(Ă©cole 42). Pour lâheure, seule la tĂ©lĂ©vision lui rĂ©siste encore. En 2023, il
Ă©choue Ă obtenir une frĂ©quence TNT face Ă TF1 et M6, toutes deux candidates Ă
leur renouvellement. Gageons quâil nâa pas dit son dernier mot.
2. HENNA VIRKKUNEN
Vice-présidente exécutive de la Commission européenne, chargée de la
souveraineté numérique, de la sécurité et de la démocratie
Notre classement ne pouvait pas faire lâimpasse sur celle qui a remplacĂ© Thierry
Breton dans le cĆur des acteurs de la Tech. Si sa lettre de mission cite, en
premier lieu, le soutien aux âtechnologies de pointeâ et Ă lâintelligence
artificielle, la nouvelle commissaire au numérique sera aussi chargée du cloud,
des semi-conducteurs, des réseaux, de la cybersécurité, du e-commerce, ou encore
des droits dâauteur. Elle devra Ă©galement veiller Ă la bonne mise en Ćuvre des
rÚglements sur les services numériques et sur les marchés numériques. Henna
Virkkunen aura autorité sur la direction générale des réseaux de communication,
du contenu et des technologies (DG CNECT). Un portefeuille légÚrement différent
de celui de son prédécesseur, qui avait hérité du Marché intérieur et des
services (DG GROW).
3. CLARA CHAPPAZ
SecrĂ©taire dâEtat chargĂ©e de lâintelligence artificielle et du NumĂ©rique
Startuppeuse, directrice de la mission French Tech de 2021 à 2024⊠Sur le
papier, la secrĂ©taire dâEtat au numĂ©rique du gouvernement Barnier Ă tout pour
plaire Ă lâĂ©cosystĂšme de lâinnovation. Son portefeuille, logĂ© Ă la recherche et
plus à Bercy, est pourtant une petite révolution. Une décision qui laisse
songeur. Pour certains, câest le signe que le gouvernement penche dĂ©sormais pour
une approche moins sociétale et économique, davantage centrée sur la recherche
fondamentale. Pour dâautres, câest un choix peu lisible, qui pourrait bien
amoindrir le poids du secrĂ©tariat dâEtat en interministĂ©riel.
Son agenda politique est tout tracé : à charge pour elle de mener à bien le
sommet sur lâintelligence artificielle, que la France accueillera les 10 et 11
fĂ©vrier 2025. LâĂ©vĂ©nement, pilotĂ© par lâElysĂ©e, rĂ©unira chefs dâĂtat et de
gouvernements, dirigeants dâentreprises, chercheurs, ONG, artistes et membres de
la société civile.
4. BENOĂT LOUTREL
Membre du collĂšge de lâArcom
Polytechnicien, il est le âMonsieur Plateformesâ de lâArcom. Et pour cause : il
maßtrise aussi bien les contenus que les tuyaux. Benoßt Loutrel a été
successivement directeur de la régulation des marchés fixes et mobiles,
directeur gĂ©nĂ©ral adjoint et directeur gĂ©nĂ©ral de lâArcep. AprĂšs une brĂšve
incursion aux affaires publiques de Google, il sâest lancĂ©, en mars 2019, dans
une mission sur la rĂ©gulation des rĂ©seaux sociaux, confiĂ©e par lâElysĂ©e.
Lâobjectif : entrouvrir le capot de Facebook, dont la politique de modĂ©ration
était alors sous le feu des critiques. En 2021, Benoßt Loutrel rejoint le
collĂšge de lâArcom, oĂč il prĂ©side le groupe de travail sur les plateformes
numĂ©riques. Son franc-parler y fait des Ă©tincelles : il nâhĂ©site pas Ă
interpeller les plateformes, dont il critique le manque de transparence.
5. ANNE BOUVEROT
EnvoyĂ©e spĂ©ciale dâEmmanuel Macron pour lâAI action summit
Dans la foulĂ©e dâune premiĂšre Ă©dition britannique du sommet de lâintelligence
artificielle (IA) centrée sur ses dangers, Anne Bouverot doit organiser la
prochaine édition, prévue en France en février 2025. Son objectif : porter une
vision française de lâIA, Ă savoir une approche centrĂ©e sur les bĂ©nĂ©fices de
lâinnovation, tout en encourageant une âgouvernance mondialeâ.Â
AprÚs 18 ans chez Orange, Anne Bouverot est désormais présidente du conseil
dâadministration de lâEcole normale supĂ©rieure (ENS) et sâest spĂ©cialisĂ©e sur
les impacts sociĂ©taux de lâIA. Elle est devenue, depuis un an, lâun des rouages
de la politique française en matiĂšre dâintelligence artificielle, en Ă©tant lâune
des principales plumes du rapport â ambitieux et dispendieux â qui devait guider
lâaction du gouvernement en la matiĂšre.
6. ARTHUR MENSCH
Fondateur de Mistral AI
Alors que sa start-up a atteint une valorisation de 5,8 milliards dâeuros en Ă
peine un an, Arthur Mensch porte sur ses épaules les espoirs français dans le
domaine de lâintelligence artificielle (IA) gĂ©nĂ©rative. Il est Ă ce titre devenu
une voix trĂšs Ă©coutĂ©e des dĂ©cideurs politiques. PassĂ© par lâEcole Polytechnique,
lâEcole normale supĂ©rieure et Google Deepmind, Arthur Mensch se veut dĂ©sormais
avocat de lâĂ©cosystĂšme français de lâIA â notamment face aux rĂ©glementations
jugĂ©es trop strictes, rĂšglement europĂ©en sur lâIA en tĂȘte.Â
Arthur Mensch peut appuyer ses arguments sur la solide trajectoire de sa
start-up. Depuis son lancement, Mistral AI a dévoilé de nouveaux modÚles à un
niveau soutenu et recruté, en France et aux Etats-Unis, une soixantaine de
personnes. Arthur Mensch lâassure cependant : malgrĂ© son Ă©tirement dâun cĂŽtĂ© Ă
lâautre de lâAtlantique, la start-up restera française.Â
7. RACHIDA DATI
Ministre de la Culture
Ministre plus politique que technique, Rachida Dati a rapidement pris position
sur lâintelligence artificielle Ă son arrivĂ©e rue de Valois, en janvier 2024.
âIl nây a pas de raison que [le droit dâauteur] ne soit pas rĂ©munĂ©rĂ©, simplement
parce que câest noyĂ© par lâintelligence artificielleâ, dĂ©clarait-elle en mars,
lors dâune audition Ă lâAssemblĂ©e nationale. Fervente dĂ©fenseure des crĂ©ateurs â
qui le lui rendent bien et ont massivement salué sa reconduction à la Culture au
sein du gouvernement Barnier â, elle nâa pas hĂ©sitĂ© Ă monter au crĂ©neau pour
ajouter un volet culturel au menu du sommet sur lâintelligence artificielle.
Parmi ses prioritĂ©s, la ministre a aussi placĂ© trĂšs haut la mise en Ćuvre des
propositions issus des Ă©tats gĂ©nĂ©raux de lâinformation (EGI), quâelle espĂšre
traduire en projet de loi courant 2025.Â
8. BENOĂT COEURĂ
PrĂ©sident de lâAutoritĂ© de la concurrence
Peu connu du grand public lorsquâil est propulsĂ© Ă la tĂȘte du rĂ©gulateur, BenoĂźt
Coeuré est un économiste passé par la Banque centrale européenne (BCE) et la
direction du Trésor. Celui qui a succédé à Isabelle de Silva a fait du numérique
(et de lâenvironnement) sa prioritĂ©. Au cours des derniers mois, lâautoritĂ©
sâest notamment positionnĂ©e sur le secteur du cloud et sur lâintelligence
artificielle générative.
9. JOHANNA BROUSSE
Cheffe de la section J3 du parquet de Paris
Elle est lâun des visages de la lutte contre la cybercriminalitĂ©, et des deux
coups de filet qui ont secouĂ© le secteur au cours de lâannĂ©e 2024. Johanna
Brousse est cheffe de la section J3 du parquet de Paris, qui a Ă©tĂ© Ă la manĆuvre
lors du blocage du site coco.gg, connu pour héberger des activités illégales.
Plus retentissant : cette section est aussi Ă lâorigine de lâarrestation du
patron de Telegram, Pavel Durov, Ă la fin de lâĂ©tĂ©.Â
A la tĂȘte de la section cybercriminalitĂ© depuis 2021, la tenace magistrate de 40
ans Ă peine est ainsi au cĆur dâun nouveau chapitre de la rĂ©gulation du web :
certains patrons de plateformes sont désormais mis face à leur responsabilité
judiciaire.
10. CHANTAL RUBIN
Cheffe du pÎle Régulation des plateformes numériques à la direction générale des
entreprises (DGE)
Câest la papesse de la rĂ©gulation des plateformes. PassĂ©e par le rĂ©gulateur de
lâĂ©nergie, Chantal Rubin a rejoint la direction gĂ©nĂ©rale des entreprises il y a
20 ans, oĂč elle a fait de la tech sa spĂ©cialitĂ©. DĂ©sormais cheffe du pĂŽle
âRĂ©gulation des Plateformes numĂ©riquesâ, cette grande serviteure de lâEtat est
autant incontournable pour le secteur quâinconnue du public. Elle Ă©tait ainsi en
premiÚre ligne, au cÎté de son homologue de la Culture Laure Durand-Viel (passée
depuis au secrétariat général du gouvernement), pour définir la position de la
France lors des négociations sur les rÚglements sur les marchés et les services
numĂ©riques (connus sous le petit nom de DSA et DMA).Â
11. PIERRE-ĂDOUARD STĂRIN
Fondateur de Smartbox et dâOtium Capital
Pierre-Edouard Stérin ne cache plus, ces derniers mois, ses ambitions
politiques. Avec lâappui dâOtium Capital, fond dâinvestissement qui abonde la
French Tech depuis des années, et du Fonds du Bien Commun, son organisation
philanthropique, Pierre-Edouard StĂ©rin a mis sur pied le âprojet PĂ©riclĂšsâ censĂ©
permettre lâaccĂšs au pouvoir dâune droite conservatrice, en misant notamment sur
le Rassemblement national (RN). Sâil a Ă©chouĂ© Ă racheter lâhebdomadaire Marianne
aprÚs avoir essuyé les tirs de barrage de la rédaction, le milliardaire
catholique qui rĂ©side en Belgique nâabandonne pas pour autant ses ambitions dans
les mĂ©dias. Il cherche plus largement des leviers pour peser sur lâopinion
publique pour mener sa âbataille culturelleâ.Â
12. VINCENT STRUBEL
Directeur gĂ©nĂ©ral de lâAgence nationale de la sĂ©curitĂ© des systĂšmes
dâinformation
Câest un pur produit de lâAnssi que Vincent Strubel. IngĂ©nieur X-TĂ©lĂ©coms,
membre du corps des Mines, il a fait de la sĂ©curitĂ© des systĂšmes dâinformation
sa spĂ©cialitĂ©. Il rejoint lâagence en 2009 comme chef du laboratoire
architectures matérielles et logicielles. Il occupe ensuite les postes de
responsable des expertises, puis OpĂ©rateur des systĂšmes dâinformation
interministĂ©riels classifiĂ©s, avant dâĂȘtre nommĂ© directeur gĂ©nĂ©ral, en 2023.
13. ARTHUR DELAPORTE ET STĂPHANE VOJETTA
Député PS du Calvados et député EPR des Français établis hors de France
Adversaires en politique, ces deux Ă©lus ont trouvĂ© un terrain dâentente :
rĂ©guler le secteur de lâinfluence. Arthur Delaporte (PS) et StĂ©phane Vojetta
(EPR) ont porté ensemble la loi qui encadre les activités des créateurs de
contenus. Une collaboration semble-t-il concluante, puisque les deux députés
entendent remettre le couvert. Ils prévoient en effet déposer une nouvelle
proposition de loi dâici la fin de lâannĂ©e, qui sâattaquera aux angles morts de
la loi sur lâinfluence, notamment Ă la question de lâalcool et de sa promotion
sur des réseaux sociaux, prisés des plus jeunes.
14. PAVEL DUROV
Fondateur et dirigeant de Telegram
Son arrestation cet Ă©tĂ© Ă lâaĂ©roport du Bourget a Ă©tĂ© un Ă©vĂ©nement mondial.
Depuis, celui qui ne venait en France quâoccasionnellement a dĂ» prendre ses
habitudes Ă Paris, oĂč il doit pointer au commissariat deux fois par semaine.Â
DĂ©fenseur autoproclamĂ© de la libertĂ© dâexpression, Pavel Durov a connu une
trajectoire sinueuse. AprĂšs avoir lancĂ© le âFacebook russeâ Vkontakte dans son
pays natal, Pavel Durov a créé Telegram, plateforme de messagerie à la
modĂ©ration quasi-absente. Câest elle et les contenus illĂ©gaux qui y pullulent
qui lui valent dĂ©sormais dâĂȘtre poursuivi par la justice française.Â
Cela nâempĂȘche pas Paul du Rove â le nom quâil a choisi au moment dâacquĂ©rir la
nationalitĂ© française en 2021, avec la bĂ©nĂ©diction dâEmmanuel Macron â de
continuer Ă contrĂŽler Telegram depuis Paris. Il cultive parallĂšlement ses
rĂ©seaux dâaffaires en France, dans lâattente de nouveaux rebondissements
judiciaires. Â
15. FLORENCE PHILBERT
Directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC)
Ancienne prĂ©sidente dâun financeur du cinĂ©ma, cette conseillĂšre-maĂźtre Ă la Cour
des comptes a été nommée au ministÚre de la Culture en janvier 2020. Son
pĂ©rimĂštre touche de prĂšs Ă la rĂ©gulation du numĂ©rique : sa direction sâest en
effet dotée, fin 2020, en pleines négociations des rÚglements sur les services
et les marchĂ©s numĂ©riques, dâune âdĂ©lĂ©gation Ă la rĂ©gulation des plateformesâ.
Sa mission : assurer une veille technologique et analyser lâĂ©volution des
modĂšles Ă©conomiques des plateformes. Une expertise prĂ©cieuse lorsquâil faudra
mettre en musique les Ă©tats gĂ©nĂ©raux de lâinformation, qui prĂ©voient un volet
sur la publicité en ligne.
16. YANN LE CUN
Chef de la recherche en IA chez Meta
Pionnier de lâintelligence artificielle, ce chercheur français dirige la
recherche en IA de Meta, quâil a rejoint dĂšs 2013 pour ouvrir le premier
laboratoire du groupe à New York. Lauréat du prix Turing 2018, considéré comme
le Nobel de lâinformatique, il est aujourdâhui Ă©rigĂ© en star de lâIA et dĂ©place
les foules Ă chacune de ses confĂ©rences. Chez Meta, Yann Le Cun bĂ©nĂ©ficie dâune
grande libertĂ© de parole et dâaction. En juin dernier, sur X, il nâa pas hĂ©sitĂ©
Ă interpeller Elon Musk pour dĂ©noncer âla façon dont il traite ses
scientifiquesâ, qui publient trop rarement leurs avancĂ©es en leur nom. En 2018,
le chercheur a quitté son poste opérationnel pour se (re)concentrer sur la
recherche.
17. BENOIT TABAKA
Directeur des affaires publiques de Google France
Il est connu comme le loup blanc dans le petit monde du numérique. Rien
dâĂ©tonnant : du Forum des droits sur lâinternet au secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral du
Conseil national du numérique, en passant par les affaires publiques du groupe
PriceMinister, Benoit Tabaka a enfilé bon nombre de casquettes au cours de sa
carriĂšre. A la tĂȘte des affaires publiques de Google France depuis 2018, il a su
tisser une relation apaisée avec les pouvoirs publics (ministres,
parlementaires, mais aussi collectivités locales), privilégiant le dialogue
permanent Ă lâopposition de principe.
18. CORINE DE BILBAO
Présidente de Microsoft France
AprÚs 28 ans au sein du groupe General Electric, dont trois à la présidence de
GE France, elle a pris les rĂȘnes de la filiale française du gĂ©ant de
lâinformatique en juillet 2021. Une arrivĂ©e qui a pu surprendre dans les rangs
de la tech. « Jâaime sortir de ma zone de confort », rĂ©sume-t-elle dans une
interview au Monde.
A la tĂȘte de Microsoft, elle doit mener Ă bien la construction, en France, de
data centers dĂ©diĂ©s Ă lâintelligence artificielle. Un investissement de 4
milliards dâeuros, annoncĂ© en mai dernier Ă lâoccasion du sommet Choose France.
Un choix qui nâa rien dâanodin et permet Ă lâentreprise amĂ©ricaine de donner des
gages à la France en matiÚre de sécurité et de souveraineté de la donnée.
19. HENRI VERDIER
Ambassadeur pour le Numérique
Nommé en octobre 2018, Henri Verdier apparaßt comme un électron libre au sein du
trĂšs feutrĂ© Quai dâOrsay. Il faut dire que son parcours dĂ©tonne parmi les
diplomates : chantre de lâopen data et de la transformation numĂ©rique de lâEtat,
il fut directeur dâEtalab, puis a pris la tĂȘte de la direction du numĂ©rique de
lâĂtat.Â
Depuis six ans, lâambassadeur sâest surtout dĂ©marquĂ© en accompagnant les
obsessions du président Macron : appel de Christchurch pour lutter contre la
diffusion de contenus terroristes, Lab de protection de lâenfance⊠Des
initiatives qui ont marqué les esprits, mais peinent à exister dans la durée. Le
sommet parisien sur lâIA sera une nouvelle occasion de prouver la pertinence
dâune diplomatie du numĂ©rique Ă la française.
20. DANIEL KĆETĂNSKĂ
PDG de Czech Media Invest
A la tĂȘte dâun empire de prĂšs de 10 milliards dâeuros, lâhomme dâaffaires
tchĂšque a fait fortune dans lâĂ©nergie, en prenant le contrĂŽle, aux cĂŽtĂ©s de la
Slovaquie, du gazoduc Eustream. Depuis, il nâa cessĂ© de sâĂ©tendre, rachetant
successivement Metro en Allemagne, Casino et Fnac-Darty en France, Foot Locker
aux Etats-Unis, Sainsbury en Angleterre. En France, il sâest aussi imposĂ© dans
le monde des mĂ©dias et lâĂ©dition, investissant dans TF1 et M6, le magazine Elle
et Editis, numĂ©ro deux français de lâĂ©dition.
Sa derniĂšre obsession : sâemparer dâAtos. Des vues qui ont dĂ©clenchĂ© lâire dâune
partie de la classe politique française.
21. PAUL MIDY
DĂ©putĂ© de lâEssonne depuis 2022
Paul Midy se veut la voix des startups Ă lâAssemblĂ©e. LâannĂ©e derniĂšre,
lâĂ©nergique quarantenaire avait pris son bĂąton de pĂšlerin pour aller recueillir
leurs dolĂ©ances dans le cadre dâune mission parlementaire sur le soutien Ă
lâinvestissement dans les start-up et les PME innovantes. Il va dĂ©sormais devoir
dĂ©fendre leurs acquis dans une pĂ©riode de disette budgĂ©taire.Â
Ancien rapporteur spécial du projet de loi visant à sécuriser et réguler
lâespace numĂ©rique (SREN), Paul Midy est Ă©galement partisan de la maniĂšre forte
pour sâattaquer aux dĂ©lits en ligne. AprĂšs avoir agitĂ© le secteur en proposant
une levĂ©e de lâanonymat en ligne â une notion contestĂ©e â il a poussĂ© lâan
dernier en faveur dâun systĂšme dâidentitĂ© numĂ©rique. Un sujet qui pourrait
revenir Ă lâagenda, alors que lâenjeu de la protection des mineurs en ligne
sâimpose dans les dĂ©bats au niveau français et europĂ©en.
22. MARIE-LAURE DENIS
Présidente de la Cnil
ConseillĂšre dâEtat, Marie-Laure Denis est prĂ©sidente de la Commission nationale
de lâinformatique et des libertĂ©s depuis fĂ©vrier 2019. Cette haute fonctionnaire
a consacrĂ© 20 ans de carriĂšre Ă la rĂ©gulation au sein dâautoritĂ©s
administratives indĂ©pendantes : le Conseil supĂ©rieur de lâaudiovisuel (devenu
lâArcom) jusquâen 2011, le rĂ©gulateurs des tĂ©lĂ©coms (lâArcep) jusquâen 2017, et
la Commission de rĂ©gulation de lâĂ©nergie de 2017 Ă 2019. RenouvelĂ©e en novembre
2023, elle a placĂ© parmi ses prioritĂ©s la protection de lâenfance en ligne et
lâĂ©ducation au numĂ©rique, la rĂ©gulation de lâintelligence artificielle, ou
encore la prévention des risques cyber.
23. PASCAL ROGARD
Directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques
Cet inlassable dĂ©fenseur de âlâexception culturelleâ est connu pour ses passes
dâarmes avec les plateformes, et notamment TikTok quâil menace rĂ©guliĂšrement
dâun procĂšs pour non-versement des droits dâauteur. Juriste de formation et
lobbyiste influent Ă Paris comme Ă Bruxelles, oĂč il a menĂ© le combat pour
lâadoption de la directive Copyright, Pascal Rogard a fait toute sa carriĂšre au
service de la culture, dâabord auprĂšs des producteurs et rĂ©alisateurs de cinĂ©ma,
puis des auteurs. Loin de sâopposer de maniĂšre systĂ©matique aux Gafam â pourvu
quâils paient leur dĂźme â, il dĂ©fend une rĂ©forme de la chronologie des mĂ©dias au
service du public et de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, quitte Ă braquer au sein de son
propre camp.
24. JUSTINE ATLAN
Directrice gĂ©nĂ©rale dâe-Enfance
Elle est incontournable sur la protection des mineurs en ligne. La directrice
gĂ©nĂ©rale dâe-Enfance, association qui accompagne les victimes de
cyberharcĂšlement, Justine Atlan a lâoreille des gouvernements, de Luc Chatel,
ministre de lâEducation nationale de 2009 Ă 2012, Ă Charlotte Caubel, secrĂ©taire
dâĂ©tat Ă la protection de lâenfance de 2022 Ă 2024. Sa cause a sĂ©duit jusquâĂ
Brigitte Macron, qui lâa reçue pour parler des ravages des Ă©crans sur les jeunes
enfants.
Ces derniÚres années, les nombreuses législations sur la protection des mineurs
lui ont donné une opportunité en or pour porter son message. Pour elle, un
systĂšme de vĂ©rification de lâĂąge des internautes est indispensable, tout comme
la mise en place dâun accord parental pour lâinscription des moins de 15 ans sur
les réseaux sociaux.
25. BRIGITTE MACRON
PremiĂšre dame
LâĂ©pouse dâEmmanuel Macron est une influence discrĂšte mais persistante sur les
sujets de protection de lâenfance en ligne. Elle est sur les talons des
ministres chargĂ©s de lâEnfance et du NumĂ©rique, parfois mĂȘme dans les rĂ©unions.
Les grandes plateformes lâont bien compris. Meta, Google, TikTok⊠toutes ont Ă©tĂ©
nombreuses à solliciter un rendez-vous élyséen avec Brigitte Macron dans
lâespoir de convaincre la premiĂšre dame de leur engagement, contre le
harcĂšlement en ligne notamment. Si elle nâa pas de rĂŽle officiel, Brigitte
Macron reçoit chaque année des centaines de courriers, de parents notamment,
faisant Ă©tat de situations de harcĂšlement en ligne. âElle est marquĂ©e par les
rumeurs diffusĂ©es sur les rĂ©seau sociaux qui lâont touchĂ©e personnellement et
qui ont touchĂ© son coupleâ, note un ancien collaborateur du Palais.
26. ALEXANDRA BENSAMOUN
Professeure de droit, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle
Membre du conseil supérieur de la propriété intellectuelle, Alexandra Bensamoun
est une spĂ©cialiste du droit dâauteur⊠Elle Ă©tait surtout la seule reprĂ©sentante
de la culture au sein du comité interministériel chargé par Elisabeth Borne de
plancher sur la stratĂ©gie nationale pour lâintelligence artificielle. QuâĂ cela
ne tienne : sa force de persuasion lui a permis dâintroduire une recommandation
sur le droit dâauteur dans les conclusions du comitĂ©. Plus rĂ©cemment, elle a Ă©tĂ©
mandatée par le ministÚre de la Culture pour mener deux missions sur le sujet :
lâune sur les obligations de transparence incombant aux plateformes, lâautre sur
la rémunération des ayants droit. Des rapports trÚs attendus par le secteur de
la tech, qui craint que ses recommandations ne soient un frein Ă lâinnovation.
27. DENIS MASSĂGLIA
Député EPR du Maine-et-Loire
Le député Ensemble pour la République (EPR) Denis Masséglia se présente comme un
passionnĂ© de jeu vidĂ©o. Il est mĂȘme actif sur Twitch pour y diffuser ses parties
en direct ou y parler politique. LâĂ©lu a aussi prĂ©sidĂ©, depuis 2017, le tout
premier groupe de travail de lâAssemblĂ©e dĂ©diĂ© Ă cette industrie. Il a Ă©tĂ©
rapporteur dâune partie de la loi sur lâespace numĂ©rique, sâoccupant notamment
des Jonum, ces jeux Web3 ayant des caractĂ©ristiques dâun jeu dâargent. Il est
désormais rapporteur spécial de la mission Médias livre et industries
culturelles du projet de loi de finances pour 2025. Sans surprise, il est un
fervent dĂ©fenseur du crĂ©dit dâimpĂŽt jeu vidĂ©o.Â
28. INOXTAG
Influenceur
Vidéaste franco-algérien de 22 ans, InÚs Benazzouz ne compte pas moins de 8,9
millions dâabonnĂ©s sur YouTube et 7 millions sur son compte Instagram. A la
rentrée, le youtubeur a fait vendre plus de 200 000 places pour découvrir en
salle de cinĂ©ma son documentaire âKaizenâ, qui relate son annĂ©e de prĂ©paration
pour gravir lâEverest. Il a créé la polĂ©mique dans le milieu trĂšs conservateur
du cinéma en explosant les seuils prévus pour déroger à la chronologie des
mĂ©dias â et ainsi diffuser une Ćuvre en salle et sur YouTube le lendemain. Le
Centre national du cinĂ©ma (CNC) a signalĂ© lâinfraction au procureur de la
République. Cela fait risquer au producteur et exploitant de salles MK2, qui a
organisĂ© les diffusions, jusquâĂ 45 000 euros dâamende.Â
30. ANNE LE HĂNANFF
Députée Horizons du Morbihan
La dĂ©putĂ©e Horizons Anne Le HĂ©nanff piaffe dans lâattente du projet de loi
ârĂ©silienceâ qui doit ramener dans lâactualitĂ© lâun de ses dadas, la
cybersĂ©curitĂ©. LâĂ©lue du Morbihan est toute dĂ©signĂ©e pour rapporter ce texte,
qui adaptera le droit français Ă la directive europĂ©enne NIS2 â la discussion
sâannonce technique, mais trĂšs suivie par le petit milieu cyber.Â
Membre de la commission de la défense, Anne Le Hénanff est également attentive
au secteur du cloud. Elle sâĂ©tait dĂ©jĂ penchĂ©e sur ce sujet abrasif lors de
lâexamen du projet de loi visant Ă sĂ©curiser et rĂ©guler lâespace numĂ©rique
(SREN) et gardera un Ćil sur ce dossier.
29. ROXANNE VARZA
Directrice de Station F
Peu de personnes peuvent se vanter de connaĂźtre les visages de lâĂ©cosystĂšme des
startups français comme Roxanne Varza. Née à Palo Alto, naturalisée française,
Roxanne Varza est Ă la tĂȘte de lâincubateur de Station F depuis 2015. Elle avait
été repérée par le milliardaire Xavier Niel, fondateur de Station F, alors
quâelle feuilletonnait lâactualitĂ© des jeunes pousses françaises pour le mĂ©dia
TechCrunch.Â
En parallĂšle de ses missions Ă la tĂȘte de lâincubateur, Roxanne Varza a rejoint
cette annĂ©e lâĂ©quipe public-privĂ© chargĂ©e de prĂ©parer le sommet mondial sur
lâIA, qui se tiendra en fĂ©vrier prochain en France. Elle coordonne dans ce cadre
le volet âInnovation et cultureâ.
31. DAVID EL SAYEGH
Directeur général adjoint de la Sacem
Avocat de formation, il a mené la charge contre les plateformes lors des
nĂ©gociations sur la directive Droit dâauteur en 2018, et, plus rĂ©cemment, sur le
rĂšglement europĂ©en sur lâintelligence artificielle. Sâil ne sâoppose pas au
développement de cette technologie, David El Sayegh défend une intelligence
artificielle ârĂ©gulĂ©e, transparente et vertueuseâ, qui rĂ©munĂšre correctement les
auteurs. Il est également président du Gesac, le lobby européen des sociétés
dâauteurs et compositeurs de musique, depuis mai 2022.
32. FABRICE LAYER
Directeur des relations gouvernementales de Shein
Ancien responsable des affaires publiques du groupe de télécoms chinois Huawei,
Fabrice Layer sâattĂšle, depuis un an, Ă un nouveau dĂ©fi : redorer lâimage de
Shein en France. Décrié pour ses pratiques anti-environnementales et les
conditions de travail de ses ouvriers, le site de mode en ligne chinois est Ă la
fois dans le collimateur de la Commission européenne et des parlementaires
français. La proposition de loi sur la fast-fashion, adoptĂ©e mi-mars Ă
lâAssemblĂ©e nationale, doit ĂȘtre examinĂ©e au SĂ©nat prochainement.
33. BRUNO PATINO
PrĂ©sident dâArte et prĂ©sident du comitĂ© de pilotage des Ă©tats gĂ©nĂ©raux de
lâinformation
PrĂ©sident dâArte, professeur associĂ© Ă Sciences Po, auteur dâune dizaine de
livres⊠Bruno Patino est un hyperactif. Il a travaillé partout : dans le livre,
la presse, la radio, la tĂ©lĂ©vision. Rien dâĂ©tonnant quâil ait acceptĂ©, au
dĂ©bottĂ©, de remplacer Bruno Lasserre Ă la tĂȘte du comitĂ© de pilotage des Ătats
gĂ©nĂ©raux de lâinformation. Alors que les EGI ont restituĂ© leurs travaux le 12
septembre, lâhomme de mĂ©dias pointe, dans Le Monde, une âmarginalisation de
lâinformation par rapport Ă quantitĂ© dâautres messages, noyĂ©e par les
plates-formes numĂ©riquesâ. Il appelle lâinterprofession Ă se rassembler pour
porter les propositions auprĂšs des pouvoirs publics.
34. PHILIPPE LATOMBE
Député MoDem de Vendée
Membre de la commission des Affaires Ă©conomiques, lâĂ©lu a fait de la
souverainetĂ© numĂ©rique son cheval de bataille â il est lâauteur dâun rapport
parlementaire sur le sujet, publié en 2021. Du soutien au start-ups au transfert
de données vers les Etats-Unis, en passant par le cloud souverain, Philippe
Latombe se mobilise sur tous les fronts et appelle réguliÚrement à une volonté
politique forte à Paris et à Bruxelles pour protéger entreprises nationales et
citoyens.
35. GUILLAUME POUPARD
Directeur général adjoint de Docaposte
Il a passĂ© prĂšs de huit ans Ă la tĂȘte de lâagence chargĂ©e de protĂ©ger des
cyberattaques les entreprises et les infrastructures numĂ©riques de lâEtat. Sous
son mandat, lâAnssi est montĂ©e en puissance, gagnant en capacitĂ© dâenquĂȘte Ă la
faveur des lois de programmation militaire, doublant ses effectifs, et rayonnant
Ă lâinternational.
En janvier 2023, Guillaume Poupard a rejoint Docaposte en tant que directeur
général adjoint. Il y est chargé du cyber et du cloud et demeure trÚs investi
sur la protection des données sensibles.
36. STĂPHANIE YON-COURTIN
Députée européenne Renew
Câest lâune des eurodĂ©putĂ©es françaises qui sâest le plus investie sur les
sujets numériques sous la Commission von der Leyen I. Elue depuis 2019,
Stéphanie Yon-Courtin a été rapporteure sur le Digital Markets Act (DMA), le
texte qui rĂ©glemente les marchĂ©s numĂ©riques, et siĂšge aujourdâhui Ă la
commission Marché intérieur du Parlement européen.
Juriste de formation, elle a travaillé par le passé sur le programme MEDIA de la
Commission de Bruxelles avant de se spécialiser en droit de la concurrence. De
2007 à 2010, elle était conseillÚre pour les affaires internationales au cabinet
du prĂ©sident de lâAutoritĂ© de la concurrence Bruno Lasserre.
37. LAURE DE LA RAUDIĂRE
PrĂ©sidente de lâArcep
Pas facile de succĂ©der Ă lâhyperactif SĂ©bastien Soriano. Laure de la RaudiĂšre a
pourtant réussi à imprimer sa marque dans le secteur des télécoms. Normalienne
et ingénieur télécoms, elle a passé onze ans chez France Télécom, avant de
fonder sa sociĂ©tĂ© de conseil. Elue dĂ©putĂ©e dâEure-et-Loire en 2007, elle
sâinvestit dans les dossiers numĂ©riques et fait pas moins de neuf rapports sur
le sujet, de la neutralitĂ© du net Ă lâĂ©conomie numĂ©rique, en passant par la
couverture du territoire. Sa nomination, dĂ©but 2012, Ă la tĂȘte de lâArcep,
lâautoritĂ© de rĂ©gulation du secteur, surprend autant quâelle rassemble. Ce qui a
fait pencher la balance ? âElle est Ă la fois trĂšs ancrĂ©e dans la politique
locale et sait traiter de sujets techniques aridesâ, expliquait alors aux Echos
le ministre de lâEconomie Bruno le Maire. Il aurait vivement recommandĂ© la
députée à Emmanuel Macron.
38. PATRICK CHAIZE
SĂ©nateur LR de lâAin
âOn ne peut pas lui reprocher de ne pas connaĂźtre ses sujetsâ, reconnaĂźt une
lobbyiste souvent en dĂ©saccord avec lui. Patrick Chaize, sĂ©nateur de lâAin, a
une obsession : les tĂ©lĂ©coms, quâil veille Ă mettre Ă lâagenda parlementaire
aussi frĂ©quemment quâil le peut.Â
Fils dâĂ©lectricien automobile, prĂ©sident de lâAvicca, lâassociation des
collectivités locales engagées dans le numérique, Patrick Chaize est dur avec
les opĂ©rateurs tĂ©lĂ©coms â il souhaite les voir amĂ©liorer la qualitĂ© des
raccordements en fibre optique â et avec les plateformes numĂ©riques. Lors des
émeutes du printemps 2023, il avait fait la demande ébouriffante que celles-ci
suppriment les contenus incitant Ă la violence dans les deux heures.
Lâamendement avait Ă©tĂ© Ă©cartĂ© en douceur. Patrick Chaize est un parlementaire
que lâon mĂ©nage, tant dans le secteur tĂ©lĂ©coms que du cĂŽtĂ© du gouvernement.
39. AURĂLIEN LOPEZ-LIGUORI
DĂ©putĂ© RN de lâHĂ©rault
Sous la précédente législature, le député Rassemblement national (RN) Aurélien
Lopez-Liguori Ă©tait prĂ©sident du groupe dâĂ©tudes consacrĂ© Ă la souverainetĂ©
numĂ©rique. Il devrait sâaccrocher Ă ce sceptre qui lui a non seulement permis de
gagner en épaisseur sur les sujets numériques, mais aussi de briser des
frontiĂšres sur le plan politique.Â
Via le groupe dâĂ©tudes, AurĂ©lien Lopez-Liguori avait en effet fait porter des
amendements avec dâautres formations politiques, rongeant le cordon sanitaire du
RN.Â
Ambitieux, lâĂ©lu hĂ©raultais de 31 ans avait Ă©galement caressĂ© lâidĂ©e dâun
portefeuille ministĂ©riel aprĂšs lâenvolĂ©e temporaire de son parti dans les
sondages. Le projet est remisé, mais Aurélien Lopez-Liguori continue de soigner
ses relations avec lâĂ©cosystĂšme numĂ©rique, qui lui a progressivement entrebĂąillĂ©
la porte.
40. CATHERINE MORIN-DESAILLY
Sénatrice UDI de Seine-Maritime
Elle a quitté la présidence de la commission Culture du Sénat en 2020, pour se
plonger dans les affres du numĂ©rique, sâinvestissant dans la commission
dâenquĂȘte sur lâutilisation du rĂ©seau social TikTok et celle sur les politiques
publiques face aux opĂ©rations dâinfluences Ă©trangĂšres, dont elle Ă©tait
vice-prĂ©sidente. Dans les prochains mois, lâĂ©lue, qui est Ă©galement membre de la
Commission nationale de lâinformatique et des libertĂ©s (CNIL), souhaite
travailler sur lâhĂ©bergement des donnĂ©es de santĂ©.
41. BĂNĂDICTE DE KERSAUZON
DĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale de lâUnion des mĂ©tiers de lâinfluence et des crĂ©ateurs de
contenus
AprĂšs sept ans chez BNP Paribas, BĂ©nĂ©dicte de Kersauzon sâattaque Ă un dĂ©fi de
taille : faire de lâUmicc, la fĂ©dĂ©ration des acteurs de lâinfluence, un
véritable syndicat. A cette fin, elle a récemment embauché le youtubeur Gaspard
G. au poste de secrétaire général. La fédération, créée début 2023 au moment de
lâexamen de la loi influenceurs, reste toutefois fragile, plusieurs agences
dâinfluenceurs ayant dĂ©jĂ mis les voiles, Ă lâinstar de Bump, fondĂ©e par le
YouTubeur Squeezie.
42. ERIC BOTHOREL
DĂ©putĂ© EPR des CĂŽtes-dâArmor
AdoubĂ© par le secteur des tĂ©lĂ©coms, Ă qui il prĂȘte une oreille attentive, le
dĂ©putĂ© breton Ćuvre pour rĂ©duire la fracture territoriale de la couverture
numĂ©rique. Il a menĂ©, en 2024, une mission dâinformation consacrĂ©e Ă lâavenir de
la couverture mobile, et porte auprÚs du gouvernement le déploiement de la fibre
pour tous dĂšs 2025.
A lâAssemblĂ©e, Eric Bothorel est membre de la commission des Affaires
Ă©conomiques et coprĂ©sident du groupe dâĂ©tudes sur la cybersĂ©curitĂ© et la
souverainetĂ© numĂ©rique, et de celui sur lâĂ©conomie numĂ©rique de la donnĂ©e, de la
connaissance et de lâintelligence artificielle. En 2020, le Premier ministre
Jean Castex lui avait dâailleurs confiĂ© une mission relative Ă la politique
publique de la donnée.