PARIS — Pour obtenir la citoyenneté française, l’acteur américain George Clooney
et sa famille ont pu compter sur l’appui de l’exécutif.
Selon une lettre du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot,
consultée par POLITICO, le gouvernement français lui a en effet accordé la
nationalité française par le biais d’une procédure d’exception, dite
de “l’étranger émérite”.
Cette procédure a permis à George Clooney et sa famille d’être naturalisés
français, par un décret publié le 26 décembre dernier.
Dans son courrier en date du 20 octobre et adressé au ministère de l’Intérieur,
Jean-Noël Barrot souligne que le producteur et son épouse, Amal Clooney, ont
scolarisé leurs enfants en France et qu’ils participent “de manière éminente au
rayonnement culturel, intellectuel et humanitaire de la France” par leurs
activités respectives “d’acteur, réalisateur et producteur” et d’“avocate de
renom”.
“Leur engagement pour les valeurs humanistes, la liberté d’expression et la
défense du droit international rejoint profondément les principes portés par la
diplomatie française”, écrit en outre le ministre. Il ajoute que l’activité de
George Clooney “génère d’énormes bénéfices financiers dont profite l’industrie
cinématographique française”.
Contacté par POLITICO, le Quai d’Orsay confirme que la naturalisation de la
famille Clooney fait suite à cette demande de Jean-Noël Barrot, en lien avec les
ministères français de l’Intérieur et de la Culture.
La procédure dite de “l’étranger émérite” est prévue par le code civil français,
et permet au ministre des Affaires étrangères de proposer d’attribuer la
nationalité française à un étranger francophone “qui en a fait la demande et qui
contribue par son action émérite au rayonnement de la France et à la prospérité
de ses relations économiques internationales”.
Cette disposition a permis à plusieurs personnalités d’obtenir un passeport
français par le passé, parmi lesquels le cofondateur de Telegram, Pavel Durov,
ou celui de Snapchat, Evan Spiegel.
“A titre personnel”, la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur,
Marie-Pierre Vedrenne, a indiqué “comprendre l’appréciation de certains Français
sur le deux poids deux mesures”. Interrogée sur Franceinfo ce mercredi matin,
elle ajoute qu’elle “ne mesure pas” si George Clooney, qui admet ne pas bien
parler français, a bénéficié d’un passe-droit. “Je vais voir l’entièreté de la
procédure. Ce n’est pas le bon message qui est envoyé”, a-t-elle fait valoir.
Joint par POLITICO, un représentant de George Clooney n’avait pas donné suite au
moment de la publication.
Tag - Paris Influence
Après une très jolie promotion 2024, la rédaction de POLITICO à Paris a dressé
son palmarès des grands moments de l’année qui vient de s’écouler. Voici, sans
plus tarder, nos Cesar politiques 2025 — un cru qui fut, comme
le précédent, épatant à bien des égards.
1. PRIX SPÉCIAL DU JURY, CATÉGORIE MEILLEUR PLOT TWIST : LE HARA-KIRI DE
FRANÇOIS BAYROU
Il nous a pris de cours, le Premier ministre, ce 25 août. Alors que les uns et
les autres rentraient tranquillement d’une pause estivale bien méritée, le
Béarnais convoquait subitement les journalistes pour une conférence de
presse. François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron
pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son
intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus
tard, le 8 septembre. La raison : après la présentation des grandes lignes de
son plan budgétaire (un “effort” de 40 milliards d’euros, tout de même), le 15
juillet, et alors qu’une journée “Bloquons tout” était annoncée le 10 septembre,
Bayrou estimait ses chances de survie trop faibles. Il fit le choix
du “panache”, dans les mots de l’un de
ses proches, en obligeant les parlementaires à dire si, oui ou non, ils étaient
favorables à ce que le maire de Pau aide la France à reprendre son destin en
main, en tout cas dans sa conception des choses.
Las, il n’y eu pas l’ombre d’un début de suspense, tant la réponse de Marine Le
Pen fut rapide. Le jour même, la présidente du groupe RN tweetait : “Nous
voterons évidemment contre la confiance au gouvernement de François Bayrou.”
L’affaire était donc pliée. Les quelques jours d’omniprésence médiatique du
Premier ministre qui suivirent n’eurent aucun effet sur le vote. Ainsi se
termina, sous nos yeux ébahis, le mandat de François Bayrou à Matignon.
On avait aussi pensé à : la
nomination-dénomination-renomination des gouvernements Lecornu I et II, ou au
tweet fatidique de Bruno Retailleau (dans la même semaine).
2. MEILLEUR SCÉNARIO : LE BUDGET 2026
La critique est unanime : l’examen des textes budgétaires pour 2026 a encore
repoussé un peu plus le champ des possibles de la politique française. Seule
vraie obsession de François Bayrou, dès le printemps, puis de
Sébastien Lecornu à la rentrée, ce moment décisif aura donné du fil à retordre
aux législateurs comme aux observateurs dont nous sommes. Le gouvernement a eu
beau renoncer à l’article 49-3 de la Constitution, et donc faire miroiter un
vote aux députés, voilà une idée neuve… qui n’aura pas suffi. Qui aurait pu
prédire que le gouvernement et les parlementaires finissent ainsi l’année, le
séant entre deux chaises ? D’un côté, la loi de financement de la Sécurité
sociale a été ficelée et adoptée, le 16 décembre, grâce notamment à une mise sur
pause de la réforme des retraites pour plaire à la gauche — forçant les
bancs macronistes à manger leur chapeau. De l’autre, le projet de loi de
finances, qui donne les moyens à l’Etat et aux collectivités de
fonctionner, a échoué sur la ligne d’arrivée, trois jours plus tard, faute d’un
“en même temps” convaincant sur les deniers publics, pourtant
spécialité revendiquée du pouvoir en place.
Avant la probable relance des débats début janvier, un budget de poche (la loi
spéciale), va permettre au pays de marchoter au 1er janvier. Le marathon
budgétaire n’aura donc jamais été aussi long et tortueux. Vous n’en pouvez plus
? Vivement le budget 2027 !
François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour
l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son
intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus
tard, le 8 septembre. | Photo pool par Ian Langsdon/EPA
On avait aussi pensé à : Richard Ferrand. Le 19 février, l’ancien président de
l’Assemblée nationale fut propulsé à la tête du Conseil constitutionnel, sur
proposition d’Emmanuel Macron. Mais sa désignation ne se fit qu’à une voix
près au Parlement, les représentants du Rassemblement national n’ayant pas pris
part au vote. Au point de faire dire à ses détracteurs qu’il doit sa place
aux lepénistes. Ce que le principal intéressé, qui a multiplié les coups de fil
pour mener campagne, dément catégoriquement.
3. MEILLEUR PLACEMENT DE PRODUIT : BURGER KING
François Bayrou a offert une très belle pub à la chaîne de restauration rapide
Burger King, cette année, avec son à jamais inimitable “Hmm, Bourguer King“,
marmonné à la tribune lors d’un conseil municipal à Pau, alors qu’il était
encore Premier ministre. A noter que la marque a décidément la cote avec nos
politiques puisque Xavier Bertrand, lui aussi, s’est fendu d’une publication sur
ses réseaux sociaux lors d’un récent passage au “BK”.
4. MEILLEUR COSTUME : LA PETITE LAINE DE LECORNU
Le chandail vert bouteille de Sébastien Lecornu : le lainage est apparu un
samedi après-midi de la mi-octobre sur le site de Paris Match, qui suivait le
Premier ministre fraîchement renommé par Emmanuel Macron “loin du tumulte”, sur
le marché de Vernon, son fief de l’Eure. Ainsi que, ça n’est pas un détail, sur
les réseaux sociaux du chef du gouvernement. Laissant dépasser au passage un
joli poireau de son cabas — gageons que le Vernonais commençait tout juste ses
courses, sans quoi ses repas de la semaine furent pour le moins spartiates —, le
Premier ministre travaillait là, à l’évidence, son style antiparisien, modeste
et banal, de “moine-soldat”, selon sa propre expression. Abondamment commentée,
l’image est restée gravée dans la rétine des commentateurs.
Bonus : à noter que l’amaryllidacée aurait aussi sa place dans notre catégorie
“meilleure révélation” (voir plus bas), ayant fait une entrée remarquée en
politique dès janvier, lors de la déclaration de politique générale de François
Bayrou. Qui remettait en question Parcoursup (la plateforme d’orientation
postbac des lycéens) en déclarant : “Les enfants ne sont pas comme les poireaux,
ils ne poussent pas tous à la même vitesse et vouloir sélectionner précocement,
sans qu’aient mûri l’esprit et les attentes, je pense que c’est une erreur, en
tout cas une faiblesse.”
5. MEILLEUR ACTEUR : GÉRALD DARMANIN
Le ministre de la Justice s’est illustré cette année dans un rôle où, on ne va
pas vous mentir, on ne l’attendait pas : celui du politique qui “ne fait plus de
politique”. Tout juste renommé dans le gouvernement Lecornu II, le nordiste a en
effet annoncé qu’il se mettait en retrait de ses activités partisanes
et renonçait à briguer la mairie de Tourcoing — sa mairie, celle qu’il avait
ravie à la gauche en 2014 (rassurez-vous, en principe, il devrait tout de
même figurer sur la liste de Doriane Bécue, qui lui a succédé en 2020). Il faut
dire que Sébastien Lecornu, son ami, tenait à compter dans son gouvernement des
ministres entièrement dédiés à leurs dossiers, et pas tournés vers
2027. Ahem. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement
“Populaires” sur pause et quitté Renaissance. Fini donc la “politique partisane”
pour l’un des ministres les plus politiques de l’ère Macron, priorité à sa vie
de famille et ses fonctions de garde des Sceaux. Vous êtes libres, comme nous
et nombre de nos sources, de ne pas y croire.
Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur
pause et quitté Renaissance. | Mohammed Badra/EPA
On avait aussi pensé à : Sébastien Lecornu, dans le rôle de celui qui “n’est pas
candidat à Matignon”.
6. MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE : JORDAN BARDELLA
Très belle performance également cette année pour Jordan Bardella, avec son
interprétation du “plan B” pour 2027. Condamnée fin mars à cinq ans
d’inéligibilité avec exécution provisoire (entre autres), Marine Le
Pen s’est retrouvée privée d’une quatrième candidature à la
présidentielle — sauf si son procès en appel, prévu du 13 janvier au 12
février, changeait la donne. Son dauphin a
ainsi naturellement été propulsé candidat à sa place, mais pas encore
officiellement. Ainsi se prépare-t-il à l’échéance, au point que les sondeurs
oublient quelques fois de tester Marine Le Pen, qui, c’est promis, en
est “ravie”. Le président du RN, dans le même temps, tâche comme il peut de ne
pas donner l’air d’enterrer trop vite la patronne… se qualifiant récemment de
“numéro 1 ou numéro 1 bis”, ou se retrouvant contraint d‘expliquer pourquoi il
ne cite qu’une seule fois Marine Le Pen dans son dernier livre Ce que veulent
les Français (Fayard).
7. MEILLEUR COME-BACK : LES SOCIALISTES À L’ASSEMBLÉE
Certes, ils auraient voulu obtenir plus en matière de “justice fiscale”,
histoire de moins prêter le flanc aux attaques des Insoumis, notamment. Mais
après une année 2024 qui les avait vus revenir en plus grand nombre à
l’Assemblée (ils sont désormais 69), les députés socialistes, représentés par
leur premier secrétaire Olivier Faure, le président du groupe au Palais-Bourbon,
Boris Vallaud, et leurs spécialistes des finances, les médiatiques Jérôme Guedj
ou Philippe Brun, ont été au cœur de toutes les discussions, cette année, et
d’abord lors des négociations budgétaires. Jusqu’à faire dire aux détracteurs de
Sébastien Lecornu dans son camp que le Premier ministre était à ça de faire
adopter un “budget de gauche” (diantre). Ce rôle “d’opposition constructive”
commence pourtant à leur donner des bouffées d’angoisse à l’approche des
municipales. Parmi leurs plus belles victoires ? Parmi leurs plus belles
victoires ? Le “bougé” de l’exécutif sur la réforme des retraites — une
“suspension”, dans leurs mots, quand certains macronistes, dont le premier
d’entre eux, comme les Insoumis et les Ecologistes, préfèrent parler d’un simple
“décalage” (la réforme reprendra de fait son entrée en application progressive
après l’élection présidentielle, à moins d’une remise à plat des règles du jeu,
comme expliqué ici). Mais aussi : la hausse de la CSG sur une partie des
revenus du capital, le dégel des minima sociaux (toutefois réclamé par la quasi
totalité de l’hémicycle).
On avait aussi pensé à : Bruno Le Maire, qui fut ministre des Armées du 5 au 6
octobre 2025, comme sa fiche Wikipédia en témoigne désormais. Soit à peine 7
ans, 4 mois et 3 jours de moins que la durée de son mandat comme ministre de
l’Economie, qui s’était achevé en septembre 2024.
8. MEILLEUR ACCESSOIRE : LA BONNETTE DE MEDIAPART
Après l’annonce de la condamnation de son mari, Nicolas Sarkozy, en première
instance, dans l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de
2007, Carla Bruni passe devant les journalistes présents au tribunal judiciaire
de Paris, puis retire et jette du bout des doigts la bonnette du micro de
Mediapart, le média à l’origine de la plupart des révélations de l’affaire,
dans un sourire crispé. Un scandale de plus, pour certains. Un geste
“iconique”, pour d’autres, quand France Inter allait plutôt recueillir
le témoignage de la pauvre bonnette.
9. MEILLEUR DOCUMENTAIRE : LA NOMINATION DE MICHEL FOURNIER
Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont
il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. Une
surprise, y compris pour le premier concerné, qui a appris sa nomination… devant
sa télé, avait-il raconté à nos confrères de BFMTV. Pas de quoi ébranler son
épouse qui, selon le récit du néoministre, “était très intéressée, puisqu’elle
regardait un film sur une autre télé” en même temps que l’annonce de la
composition du gouvernement.
Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont
il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. |
Teresa Suarez/EPA
10. MEILLEURE RÉVÉLATION : GABRIEL ZUCMAN
Gabriel Zucman, vous connaissez ? Cet automne, on n’a parlé que de lui. Le nom
de cet économiste prof à Berkeley et à l’ENS, auteur du livre Les milliardaires
ne paient pas d’impôts sur le revenu et nous allons y mettre
fin (Seuil), était sur toutes les lèvres et en particulier celles des
socialistes, à l’heure où tous se préparaient à entrer dans la mêlée budgétaire.
Sa proposition phare ? Instaurer un taux plancher d’imposition de 2% sur les
revenus des ménages détenant au moins 100 millions d’euros de patrimoine, vite
rebaptisée taxe Zucman. Las, le PS n’a pas réussi à la faire adopter, pas plus
que sa contre-proposition d’une version allégée. En attendant,
l’économiste a engrangé des points de notoriété. Jusqu’à faire son entrée, début
juillet, dans notre classement des 40 personnalités les plus influentes de
l’Hexagone ; et se retrouver, début décembre, parmi les quelques Français qui
comptent en Europe dans notre classement P28.
11. MEILLEUR SOUFFLEUR : BRUNO RETAILLEAU
L’image paraît déjà vintage : il fallait le voir, Bruno Retailleau, alors
ministre de l’Intérieur et aux côtés de son N+1, François Bayrou, lors de la
conférence de presse du “comité interministériel de contrôle de l’immigration”,
le 26 février dernier. La scène du Premier ministre cherchant péniblement ses
mots, ses papiers, puis son verre d’eau, au côté de son ministre de
l’Intérieur impassible (ou presque), a fait les délices des réseaux sociaux et
des détracteurs du patron du MoDem.
12. MEILLEURE ADAPTATION : LE JOURNAL D’UN PRISONNIER
Nicolas Sarkozy dans Le Comte de Monte-Cristo : vingt jours d’incarcération à la
prison de la Santé ; ressenti quatorze ans. Plus de deux siècles après Edmond
Dantès, l’ex-président de la République endosse dans son Journal d’un
prisonnier (Fayard) les habits du héros d’Alexandre Dumas. Rien ne
nous sera épargné : son régime alimentaire (il ne s’est nourri que de laitages
et de barres de céréales) ; les conditions dans lesquelles il l’a écrit,
“au Bic sur une petite table en contreplaqué” ; ses conversations avec
l’aumônier de la prison et le rôle de la prière qui lui a donné “la force de
porter la croix de cette injustice”.
Bonus : si vous voulez l’entendre de vos oreilles, il y a aussi le passage de
Nicolas Sarkozy dans le podcast Legend, avec quelques séquences déjà cultes :
“Je me suis senti faible, et je me sens faible à chaque instant, et c’est pour
ça que je suis fort. Parce que si vous vous sentez pas faible, vous êtes
pas fort”, y confesse l’ancien président. Et son livre fait un tabac en
librairies : l’ancien président se classe deuxième des ventes derrière Astérix
et Obélix (eux aussi très très forts, mais pour les raisons que vous savez).
Elisa Bertholomey, Jason Wiels, Sarah Paillou, Kenza Pacenza,Jean-Christophe
Catalon et Pauline de Saint Remy ont notamment contribué à la rédaction de cet
article.
De Lisbonne à Tallinn, les Européens sont accablés par la flambée des prix de
l’immobilier. Cette semaine, Bruxelles a l’intention de faire quelque chose pour
y remédier.
“C’est une vraie crise”, a souligné le commissaire européen au Logement, Dan
Jørgensen, lors d’un entretien à POLITICO, avant l’approbation du tout premier
plan pour le logement abordable de l’UE. “Et il ne suffit pas d’en parler.”
Ainsi, les mesures prévues visent à libérer des fonds publics pour la
construction de nouveaux logements, analyser la spéculation sur le marché de
l’immobilier, et donner aux autorités régionales et locales des outils pour
freiner les locations de courte durée qui contribuent à la pénurie de logements.
“Le plan sera un mélange d’actions concrètes au niveau de l’UE et de
recommandations que les Etats membres pourront appliquer”, a détaillé Dan
Jørgensen. Ce dernier a aussi précisé que la Commission européenne souhaite
donner aux gouvernements nationaux, régionaux et locaux les moyens d’apporter de
réels changements sur le terrain, sans pour autant outrepasser son rôle dans un
domaine où elle n’a pas de compétence officielle.
“C’est un réel problème qui touche des millions de personnes, et l’inaction fait
le jeu des populistes de droite”, a fait remarquer Dan Jørgensen, mentionnant
les partis ultranationalistes qui ont attisé le mécontentement face à la flambée
des prix de l’immobilier pour remporter d’importantes victoires électorales dans
des pays comme les Pays-Bas et le Portugal.
“Normalement, l’UE n’a pas joué un grand rôle dans ce domaine”, a-t-il
poursuivi. “Il faut que cela change.”
DE L’ARGENT, DES OUTILS ET DE LA TRANSPARENCE
La mesure la plus concrète qui sera annoncée cette semaine est la révision des
règles relatives aux aides d’Etat, afin de permettre aux gouvernements nationaux
de construire plus facilement des logements abordables.
Les Etats membres se plaignent depuis longtemps de ne pouvoir utiliser les fonds
publics que pour fournir des logements aux familles à faibles revenus. Compte
tenu du fait que même les personnes appartenant à la classe moyenne ont
aujourd’hui du mal à se loger, la nouvelle réglementation permettra de débloquer
de l’argent public pour tous les groupes exclus du marché de l’immobilier.
Le plan donnera également aux autorités nationales, régionales et locales les
moyens de cibler les appartements touristiques qui exacerbent la pénurie de
logements dans des villes comme Barcelone, Florence et Prague.
“Je ne suis pas du côté de ceux qui demandent l’interdiction des locations de
courte durée”, a prévenu Dan Jørgensen, ajoutant que ces plateformes ont permis
aux voyageurs de vivre l’Europe différemment et ont fourni à certaines familles
une source de revenus nécessaire. Mais le modèle s’est développé à un rythme
“que personne n’aurait pu imaginer, les locations de courte durée représentant
20% des logements dans certaines zones très tendues”, a-t-il pointé. Cela s’est
transformé en une “machine à fric au lieu de ce que c’était censé être”.
Le commissaire a insisté sur le fait que ce sont les dirigeants nationaux,
régionaux et locaux qui choisiront en dernier ressort d’utiliser ou non les
outils de contrôle des locations de courte durée. “Nous n’allons pas forcer les
gens à faire quoi que ce soit”, a-t-il assuré. “Si vous estimez que le statu quo
convient, vous pouvez laisser les choses comme elles sont.”
Par ailleurs, une section plus abstraite du plan visera également à lutter
contre la spéculation sur le marché de l’immobilier.
“C’est une vraie crise”, a souligné le commissaire européen au Logement, Dan
Jørgensen, lors d’un entretien à POLITICO. | Lilli Förter/Getty Images
Tout en insistant sur le fait qu’il n’est “pas contre ceux qui gagnent de
l’argent”, Dan Jørgensen a souligné que le parc immobilier européen était traité
comme “l’or, le bitcoin et d’autres investissements réalisés dans le seul but de
gagner de l’argent”, en ignorant le rôle vital du logement pour la société dans
son ensemble. “Avoir un toit au-dessus de la tête, une maison décente […] est un
droit de l’homme.”
Dans un premier temps, le plan de cette semaine proposera que l’UE produise une
analyse de la spéculation afin de déterminer l’ampleur du problème. Toutefois,
Dan Jørgensen a reconnu qu’il pourrait s’avérer difficile d’utiliser les données
obtenues pour prendre des mesures concrètes afin de lutter contre la
financiarisation du marché. “Bien que personne ne prétende que ce problème
n’existe pas, il y a un débat politique sur la question de savoir s’il s’agit
d’une bonne ou d’une mauvaise chose.” Mais la régulation est essentielle au bon
fonctionnement du marché intérieur, a-t-il ajouté.
DES RECOMMANDATIONS
Le plan pour le logement de la Commission comprendra également une nouvelle
stratégie concernant la construction. Elle visera notamment à réduire les
formalités administratives et à créer des normes communes, de sorte que les
matériaux de construction fabriqués à des prix compétitifs dans un Etat membre
puissent être facilement utilisés pour des projets de logement dans un autre.
En outre, un appel d’offres sera lancé pour répondre aux besoins de plus d’un
million de sans-abri européens, dont beaucoup ne sont pas citoyens des pays dans
lesquels ils dorment dans la rue. “Nous voulons examiner leurs droits et la
manière dont ils sont respectés”, a exposé Dan Jørgensen. “Nous parlons d’êtres
humains qui ont des besoins, de personnes qui méritent notre aide et notre
compassion.”
Le commissaire a expliqué que la complexité de la crise du logement nécessite
une approche “holistique”, l’amenant à travailler en tandem avec les
vice-présidents exécutifs de la Commission, Teresa Ribera (Concurrence) et
Roxana Mînzatu (Droits sociaux), ainsi que Stéphane Séjourné (Marché intérieur)
et Henna Virkkunen (Technologies numériques), entre autres.
Il a également souligné que le paquet de mesures ne constituait pas une prise de
pouvoir de la part de la Commission et que les autorités nationales, régionales
et locales étaient toujours les mieux placées pour traiter de nombreux aspects
de la crise. “Mais”, a-t-il ajouté, “il y a des domaines dans lesquels nous
n’avons rien fait et dans lesquels nous pouvons faire quelque chose”.
Bien qu’une grande partie du plan consiste en des recommandations que les Etats
membres ne seront pas contraints de mettre en œuvre, Dan Jørgensen a mis en
garde contre le fait de les ignorer. La Commission propose des solutions, a-t-il
développé, et “les décideurs politiques devront rendre des comptes à leurs
populations s’ils ne font pas des choses qu’il est évident qu’ils pourraient
faire”.
“Les citoyens normaux profiteront de toutes les occasions pour faire connaître
leurs exigences, que ce soit lors des élections locales, nationales ou
européennes”, a poursuivi Dan Jørgensen. “Je le dis respectueusement aux
décideurs de toute l’Europe : soit ils prennent ce problème au sérieux, soit ils
acceptent de céder le pouvoir aux populistes.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
Lorsque Nicolas Sarkozy, le 1er juillet dernier, a surpris son monde en recevant
le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, dans ses bureaux de la
rue de Miromesnil, à Paris, certains observateurs y ont vu l’expression de sa
rancoeur envers Emmanuel Macron. L’ex de l’Elysée avait trouvé là, pensait-on,
une façon de faire suer ce président en faveur duquel il a toujours plaidé,
jusque-là, auprès de sa famille politique mais qu’il ne pouvait plus voir en
peinture.
Il faut dire qu’à l’époque, Sarkozy s’était déjà bien éloigné de l’actuel
occupant du Palais. Depuis la dissolution, notamment — une décision qu’il a
condamnée. Sa colère contre son lointain successeur était devenue franchement
personnelle, en 2025, lorsqu’Emmanuel Macron a permis — disgrâce ultime — qu’on
lui retire sa Légion d’honneur (les détails de l’affaire, qui nous ont été
confirmés, avaient été rapportés en détail par Le Point).
Mais si “Sarko” recevait le jeune président du RN, dont il a longtemps, en
privé, moqué le manque d’expérience, à coups de “Ce pauvre Bardella, qui n’a
jamais été président d’un club de ping-pong”, c’était aussi qu’il avait fini par
céder aux flatteries incessantes du même pas trentenaire, reconnaissent
volontiers certains proches de l’ancien président.
Bardella n’avait-il pas, entre autres hommages peu discrets, laissé un livre de
l’ancien président en évidence sur son bureau, lors de ses voeux de janvier 2023
? Mieux, l’aspirant candidat à la présidentielle écrivait dans son premier
livre, Ce que je cherche, paru en novembre 2024 : “L’idée de réunir dans un même
élan les Français issus des classes populaires et une partie de la bourgeoisie
conservatrice, comme Nicolas Sarkozy le fit en 2007, est pertinente”. “Il
(Sarkozy) est sensible au fait qu’on soit gentil avec lui, c’est tout. Ceux qui
ont compris ça ont toujours obtenu tout ce qu’ils voulaient”, concède un fidèle
d’entre les fidèles de l’ancien locataire de l’Elysée, interrogé par POLITICO.
Même son de cloche, en plus raide, chez un stratège du parti lui aussi sollicité
— un rien blasé celui-là : “Il est en recherche d’amour, toute sa vie ça a été
ça”. Et de conclure, sur les intentions de Nicolas Sarkozy : “C’est moins guidé
par ses convictions que par son affect.”
L’analyse est assez largement partagée dans les rangs des Républicains, en ce
mois de décembre, alors que Nicolas Sarkozy a franchi un nouveau cap. Six mois
après le goût amer laissé par sa décision de recevoir le protégé de Marine Le
Pen, les propos tenus par l’ancien président du parti dans son Journal d’un
prisonnier (Fayard), rédigé au cours de ses trois semaines d’incarcération à la
prison de la Santé et à paraître ce mercredi, en a laissé beaucoup cette fois
carrément perplexes.
Qu’a-t-il voulu provoquer, exactement, en écrivant qu’il n’était pas — qu’il
n’est plus — favorable à la constitution d’un “front républicain” contre le RN,
ce dont il a fait part à Marine Le Pen lorsqu’il l’a appelée pour la remercier
de son soutien après sa condamnation, et dans quel intérêt le fait-il ? “Oui, la
fin du front républicain, c’est ce qu’on a fait en juin 2024”, persifle ainsi un
wauquiéziste. Mais encore : à quoi pense concrètement son entourage, pour les
mois et les années qui viennent, en précisant qu’il a voulu parler d’un
“rassemblement, le plus large possible, comme il l’a fait en 2007 avec une
majorité allant de Villiers à Besson”, tout en refusant d’employer l’expression
“union des droites” ?
Si l’idée du front républicain contre le RN n’est plus défendue par la majorité
des cadres à droite — hormis, notamment, Jean-François Copé, qui estime que
Sarkozy a incontestablement “fait la bascule” (vers l’extrême droite) — et
encore moins soutenue par ses sympathisants, d’autres sont plus prudents : ainsi
de François Fillon, qui, en privé, estime lui aussi que ce principe n’a plus
lieu d’être, mais qui considère que le sens des institutions de la Vème
république est malgré tout que chaque famille politique de la droite soit
représentée à la présidentielle. A la question de savoir si LR “peut encore
jouer un rôle” lors de la prochaine présidentielle, Sarkozy répond dans une
interview au Point parue hier, “je le crois et surtout je l’espère”. Sans plus
de précisions.
CENTRE DE GRAVITÉ
“C’est le journal d’un prisonnier, c’est pas le journal d’un stratège
politique…”, grince un cadre du parti, pour qui la prise de position de Sarkozy
reste confuse et ne répond pas à la seule vraie question de fond : celle de
l’éventualité d’une gouvernance avec le RN. Beaucoup trouvent pourtant l’ancien
détenu très clair. En écrivant que sa famille politique, LR, “n’est pas
aujourd’hui en position de force” et “ne peut plus à elle seule espérer incarner
l’avenir”, puisqu’elle “aura du mal à être qualifiée au second tour”, l’ex-chef
de l’Etat brise un vrai tabou, au-delà de la seule question de l’union des
droites : il laisse entrevoir un scénario où les Républicains ne seraient qu’une
force supplétive dans le “rassemblement” qu’il appelle de ses voeux.
De quoi mettre Bruno Retailleau, actuel président du parti et ardent défenseur
d’une candidature LR à la présidentielle, en “porte-à-faux”, dans les mots de
l’un des prédécesseurs du Vendéen à la tête de LR. Au siège, on souligne
d’ailleurs avec amertume que Nicolas Sarkozy fait partie de ceux qui “ont vécu
des années durant sur le front républicain”, et même “théorisé que l’élection
présidentielle se gagne au centre”.
De fait, s’il a toujours revendiqué de parler aux électeurs du RN, et avait déjà
franchi un cap, en déclarant au Figaro au mois de septembre être “persuadé que
la stratégie du ‘front républicain’ ne marcher[ait] pas une deuxième fois”,
l’ancien président s’était en effet, jusque-là, fermement opposé au principe
d’une alliance électorale ou gouvernementale. Au nom, officiellement, de sa
“fidélité aux valeurs de la droite républicaine”, avait-il dit dans
l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2022. Mais aussi, plus récemment,
pour des raisons tactiques, liées au poids pris par le RN dans l’opinion :
“L’union des droites doit se faire par les électeurs, non par les états-majors”,
déclarait-il ainsi le 15 juin 2024, après le ralliement d’Eric Ciotti au RN,
dans le Journal du Dimanche. “Cette alliance est d’autant plus inopportune quand
la droite républicaine est si faible car il s’agit alors d’une absorption”,
ajoutait-il, avant de cingler : “Être le supplétif du RN n’est pas une ambition
mais un constat de renoncement.”
Est-il mûr, cette fois, pour pousser son ancienne famille politique à accepter
“l’étreinte de l’ours”, dans les mots de l’un de ses proches ? Un indice : la
première motivation de Nicolas Sarkozy, lorsqu’il décida de recevoir Jordan
Bardella, fut peut-être plus simple que n’ont cru déceler les observateurs. “Ça
faisait des mois qu’il disait ‘non, non, non’. Et puis il a fini par se dire
‘Fuck, je vois le petit’”, confiait à POLITICO le fidèle sarkozyste cité
précédemment, juste après son incarcération à la prison de la Santé. Et le même
d’ajouter dans un sourire, quoique le plus sérieusement du monde : “C’est parce
qu’il est plus détendu, c’est parce que Carla (Bruni-Sarkozy) n’est plus du tout
gauche”.
La possibilité que le RN ne soit pas représenté par Marine Le Pen en 2027 aurait
en outre changé la donne, dans l’esprit de Sarkozy — ce qui ne l’a pas empêché,
après sa condamnation, d’être touché du soutien que lui a apporté la triple
candidate à la présidentielle, elle-même sous le coup d’une condamnation en
première instance pour le moins handicapante. L’ex de l’Elysée a toujours
“méprisé” la fille du fondateur du Front national, dans les mots du même. Mais
“des trucs se créent” dans l’épreuve judiciaire partagée, décrite par un proche
de Sarkozy comme une “mort politique pour l’une, et une humiliation personnelle
et sociale pour l’autre”.
Sarkozy serait donc en réalité tout simplement en partie séduit par le visage
ripoliné du RN et n’a plus d’opposition de principe à ouvrir un dialogue avec
les cadres d’un parti dont il avait autrefois réussi à siphonner l’électorat, à
l’image d’une large majorité des sympathisants de LR.
Une version qui ne convainc pas tout le monde à LR. “Il cherche juste le
prochain président qui va l’amnistier et il pense que Bardella a plus de chances
que Retailleau”, s’agace le même stratège cité plus haut. “Il est focus sur son
agenda personnel”, abonde l’ancien président de LR également cité dans cet
article.
L’ancien chef de l’Etat n’est en tout cas pas décidé à ce stade à aller plus
loin : “Il ne dit pas qu’il faut dupliquer ce qu’il a fait à [Valérie] Pécresse,
on n’y est pas”, souligne le même proche cité précédemment. Comprenez : il n’est
pas encore dit que Sarkozy ne soutiendra pas le candidat des Républicains en
2027 comme il l’a fait avec la candidate de 2022, veut croire notre homme. “Son
candidat, ça pourrait même très bien être Edouard [Philippe]”, insiste le même.
Pour qui la seule certitude, à ce stade, est qu’un accord de gouvernement, un
jour ou l’autre, devra être conclu avec le RN, mais “le plus raisonnable
possible, sur nos bases à nous”. “On va leur expliquer que la retraite à 60 ans,
ça n’existe pas…”
BRUXELLES — Plus de 80% des entreprises européennes seront libérées de leurs
obligations en matière d’information environnementale après que les institutions
de l’UE sont parvenues lundi à un accord sur une proposition visant à assouplir
la réglementation verte.
L’accord est une victoire législative majeure pour la présidente de la
Commission européenne, Ursula von der Leyen. Elle qui cherche à faire de
l’allègement des démarches administratives pour les entreprises l’un des
marqueurs de son second mandat.
Toutefois, cette victoire a eu un coût politique : ce dossier a poussé au bord
de l’effondrement la coalition qui avait permis sa réélection ; sa propre
famille politique, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, s’étant
alliée à l’extrême droite pour faire passer l’accord.
La nouvelle loi, la première d’une longue série de textes de simplification
omnibus, réduira massivement le champ d’application des obligations
d’information des entreprises sur leur durabilité introduites au cours de la
précédente législature. Derrière cette réduction des formalités administratives,
l’objectif est de stimuler la compétitivité des entreprises européennes et de
favoriser la croissance économique.
L’accord conclut une année d’intenses négociations entre les décideurs
européens, les investisseurs, les entreprises et la société civile, qui se sont
opposés sur la question de savoir à quel point il fallait réduire les
obligations des entreprises en matière reporting sur l’impact environnemental de
leurs activités et de leurs chaînes d’approvisionnement, alors même que les
effets du changement climatique en Europe ne cessent de s’aggraver.
“Il s’agit d’une étape importante dans la réalisation de notre objectif commun,
qui est de créer un environnement économique plus favorable pour aider la
croissance et l’innovation de nos entreprises”, s’est félicitée Marie Bjerre,
ministre danoise des Affaires européennes. Le Danemark, qui assure la présidence
du Conseil de l’UE jusqu’à la fin de l’année, a mené les négociations au nom des
gouvernements de l’Union.
“Cet accord apporte une réduction historique des coûts”, a applaudi Jörgen
Warborn (PPE), qui a mené les négociations au Parlement. “Nous avons obtenu
quelque chose de très positif pour les entreprises en Europe […]. J’espère que
cet omnibus aura son atterrissage final la semaine prochaine à Strasbourg, où
nous le voterons en séance plénière.”
Marie Bjerre, ministre des Affaires européennes du Danemark, a déclaré que
l’accord était une étape importante pour créer un environnement économique plus
favorable. | Philipp von Ditfurth/picture alliance via Getty Images
Proposé par la Commission en février dernier, cet omnibus vise à répondre aux
préoccupations des entreprises qui estiment que les formalités administratives
nécessaires pour se conformer aux lois de l’UE sont coûteuses et injustes.
Nombre d’entre elles estiment que l’Europe fait de l’excès de zèle en matière de
législation et de restrictions environnementales. Et l’accusent d’être
responsable de la faiblesse de la croissance économique et de pertes d’emplois,
les empêchant de rivaliser avec leurs concurrentes américaines et chinoises.
Mais les associations environnementales et de la société civile — ainsi que
certaines entreprises — ont fait valoir que ce retour en arrière mettrait en
péril l’environnement et la santé humaine.
Ce désaccord s’est propagé à Bruxelles, perturbant l’équilibre des pouvoirs au
Parlement, puisque le PPE a rompu le fameux “cordon sanitaire” — une règle
tacite qui interdit aux partis traditionnels de collaborer avec l’extrême droite
— pour adopter des coupes importantes dans la réglementation verte. Il s’agit
d’un précédent pour les futures législations européennes, alors que l’UE est
confrontée à des priorités parfois contradictoires : stimuler la croissance
économique et progresser dans sa transition écologique.
Depuis, le terme “omnibus” est devenu une expression courante dans le jargon
bruxellois, la Commission ayant présenté au moins 10 autres projets de loi de
simplification sur des sujets tels que la protection des données, la finance,
l’utilisation des produits chimiques, l’agriculture et la défense.
MOINS DE PAPERASSE
L’accord conclu par les négociateurs du Parlement européen, du Conseil de l’UE
et de la Commission comprend des modifications de deux textes législatifs clés
de l’arsenal réglementaire de l’Union sur l’écologie : la directive relative à
la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises
(CSRD) et la directive sur le devoir de diligence des entreprises en matière de
durabilité (CS3D).
A l’origine, celles-ci imposaient aux entreprises, grandes et petites, de
collecter et de publier des données sur leurs émissions de gaz à effet de serre,
la quantité d’eau qu’elles utilisent, l’impact de la hausse des températures sur
les conditions de travail, les fuites de produits chimiques et le respect des
droits de l’homme et du droit du travail par leurs fournisseurs, qui sont
souvent répartis dans le monde entier.
Désormais, les obligations de déclaration ne s’appliqueront qu’aux entreprises
employant plus de 1 000 personnes et réalisant un chiffre d’affaires net de 450
millions d’euros, tandis que seules les plus grandes entreprises — avec plus de
5 000 salariés et un chiffre d’affaires net d’au moins 1,5 milliard d’euros —
seront soumises à des obligations de devoir de vigilance sur leur chaîne
d’approvisionnement.
Elles ne sont pas non plus tenues d’adopter des plans de transition, détaillant
la manière dont elles entendent adapter leur business model pour atteindre les
objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Il est important de noter que les décideurs se sont débarrassés d’un cadre
juridique européen qui permettait aux citoyens de tenir les entreprises
responsables de l’impact de leurs chaînes d’approvisionnement sur les droits de
l’homme ou les écosystèmes locaux.
Les députés européens auront une nouvelle fois leur mot à dire sur l’adoption ou
non de l’accord : le vote final étant prévu pour le 16 décembre. Cela signifie
que les parlementaires ont la possibilité de rejeter l’accord conclu par les
colégislateurs s’ils considèrent qu’il s’éloigne trop de leur position initiale.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
This story is also available in English.
Donald Trump présente l’Europe comme un groupe de pays “en décrépitude” dirigés
par des personnes “faibles” dans un grand entretien accordé à POLITICO,
sermonnant ses alliés et les décrivant comme incapables de contrôler les flux
migratoires et de mettre fin à la guerre en Ukraine. Il signale en outre être
prêt à soutenir des candidats à des élections en Europe partageant sa vision du
continent.
Cette attaque en règle contre les dirigeants politiques européens représente la
dénonciation la plus virulente à ce jour du président américain à l’encontre des
démocraties européennes, au risque de provoquer une rupture franche avec des
pays comme la France et l’Allemagne aux relations déjà très tendues avec
l’administration Trump.
“Je pense qu’ils sont faibles”, dit Trump à propos des dirigeants politiques
européens. “Mais je pense aussi qu’ils veulent être tellement politiquement
corrects.”
“Ils ne savent pas quoi faire”, ajoute-t-il. “L’Europe ne sait pas quoi faire.”
Les commentaires de Trump sur l’Europe interviennent à un moment
particulièrement délicat dans les négociations visant à mettre fin à la guerre
menée par la Russie en Ukraine, alors que les dirigeants européens s’inquiètent
de plus en plus du risque que les Etats-Unis abandonnent l’Ukraine et ses alliés
continentaux face à l’agression russe. Dans l’interview, Trump ne donne aucune
assurance aux Européens à ce sujet et déclare que la Russie est manifestement en
position de force par rapport à l’Ukraine.
Le président américain s’est exprimé depuis la Maison-Blanche, au cours d’un
entretien enregistré lundi avec Dasha Burns, journaliste à POLITICO et
animatrice du podcast The Conversation. Donald Trump a été désigné personnalité
la plus influente sur la politique européenne pour l’année à venir, dans un
classement où ont par le passé figuré à la première place le président ukrainien
Volodymyr Zelenskyy, la présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni ou encore
le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.
Les commentaires du président américain sur l’Europe contrastent fortement avec
certaines de ses remarques sur les sujets de politique intérieure dans
l’interview. Aux Etats-Unis, Trump et son parti sont confrontés à une série de
revers électoraux et à un dysfonctionnement croissant au Congrès, sur fond de
mécontentement des électeurs confrontés à des difficultés économiques
importantes.
Trump peine à adapter son discours à cette nouvelle réalité : dans l’interview,
il attribue une note « A +++++ » à la situation économique du pays, et insiste
sur le fait que les prix seraient en baisse dans tous les domaines, tout en
refusant d’esquisser des mesures pour faire face à la hausse imminente des
primes d’assurance maladie.
Même dans un contexte de turbulences croissantes aux Etats-Unis, Trump reste une
figure singulière de la politique internationale.
Ces derniers jours, une vague de consternation a traversé les capitales
européennes à la publication du nouveau document sur la stratégie de sécurité
nationale de Trump, un manifeste très virulent qui oppose son administration à
l’establishment politique européen traditionnel et promet de « cultiver la
résistance » intérieure au statu quo européen en matière d’immigration et
d’autres questions politiquement sensibles.
Dans l’interview, Trump a encore grossi le trait sur cette vision du monde,
décrivant des villes comme Londres et Paris comme croulant sous le poids de
l’immigration en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique. Sans un changement de
politique frontalière, déclare Trump, certains États européens « ne seront plus
des pays viables ».
Utilisant un langage incendiaire, Trump qualifie le maire de gauche de Londres,
Sadiq Khan, fils d’immigrants pakistanais et premier maire musulman de la ville,
de « désastre » et attribue son élection à l’immigration : « Il a été élu parce
que beaucoup de gens sont arrivés. Ils votent pour lui maintenant. »
Lundi, le président du Conseil européen, António Costa, a reproché à
l’administration Trump ce document sur la sécurité nationale et a exhorté la
Maison Blanche à respecter la souveraineté et le droit à l’autonomie
gouvernementale de l’Europe.
« Des alliés ne menacent pas d’interférer dans la vie démocratique ou les choix
politiques internes de leurs partenaires », a déclaré Costa. « Ils les
respectent. »
Dans son entretien avec POLITICO, Trump empiète sur ces limites et déclare qu’il
continuera à soutenir ses candidats préférés lors des élections européennes,
même au risque d’offenser les sensibilités locales.
« Je serais prêt à soutenir », a déclaré Trump. « J’ai soutenu des personnes,
mais j’ai soutenu des personnes que beaucoup d’Européens n’aiment pas. J’ai
soutenu Viktor Orbán », le Premier ministre hongrois d’extrême droite que Trump
dit admirer pour ses politiques de contrôle des frontières.
C’est la guerre entre la Russie et l’Ukraine, plutôt que la politique
électorale, qui semble occuper le plus l’esprit de Trump. Il affirme avoir
proposé un nouveau projet de plan de paix, qui a plu selon lui à certains
responsables ukrainiens, mais que Zelenskyy lui-même n’aurait pas encore
examiné. « Ce serait bien qu’il le lise », déclare Trump.
Zelenskyy a rencontré lundi les dirigeants français, allemand et britannique et
a continué à s’opposer à la cession de territoire ukrainien à la Russie dans le
cadre d’un accord de paix.
Le président américain déclare ne guère miser sur les dirigeants européens dans
la recherche d’une fin à la guerre : « Ils parlent, mais ils ne produisent rien,
et la guerre continue encore et encore. »
Dans un nouveau geste de défiance à l’égard de Zelenskyy, politiquement affaibli
en Ukraine par un scandale de corruption, Trump renouvelle son appel à ce que
l’Ukraine organise de nouvelles élections.
« Ils n’ont pas organisé d’élections depuis longtemps », déclare Trump. « Vous
savez, ils parlent de démocratie, mais on en arrive à un point où ce n’est plus
une démocratie.»
AMÉRIQUE LATINE
Tout en affirmant poursuivre un programme de paix à l’étranger, Trump déclare
qu’il pourrait étendre encore les actions militaires menées par son
administration en Amérique latine contre des cibles qu’elle estime liées au
trafic de drogue. Trump a déployé une force militaire massive dans les Caraïbes
pour frapper les trafiquants de drogue présumés et faire pression sur le régime
autoritaire du Venezuela.
Au cours de l’interview, Trump refuse à plusieurs reprises d’exclure l’envoi de
troupes américaines au Venezuela dans le cadre d’une initiative visant à
renverser le dirigeant autoritaire Nicolás Maduro, qu’il accuse d’exporter de la
drogue et des personnes dangereuses vers les États-Unis. Certains dirigeants de
la droite américaine ont averti Trump qu’une invasion terrestre du Venezuela
constituerait une ligne rouge pour les conservateurs qui ont voté pour lui en
partie pour mettre fin aux opérations militaires à l’étranger.
« Je ne veux ni confirmer ni infirmer. Je ne parle pas de cela », déclare Trump
à propos du déploiement de troupes terrestres, ajoutant : « Je ne veux pas vous
parler de stratégie militaire. »
Mais le président précise qu’il envisagerait d’utiliser la force contre des
cibles dans d’autres pays où le trafic de drogue est très actif, notamment au
Mexique et en Colombie.
« Bien sûr, je le ferais », a-t-il déclaré.
Trump défend tout juste certaines de ses actions les plus controversées en
Amérique latine, notamment sa récente grâce accordée à l’ancien président
hondurien Juan Orlando Hernández, qui purgeait une peine de plusieurs décennies
dans une prison américaine après avoir été condamné pour un vaste complot de
trafic de drogue. Trump déclare qu’il savait « très peu » de choses sur
Hernández, si ce n’est que « des personnes très bien informées » lui avaient dit
que l’ancien président hondurien avait été injustement pris pour cible par ses
adversaires politiques.
« Ils m’ont demandé de le faire et j’ai dit que je le ferais », reconnaît Trump,
sans nommer les personnes qui avaient demandé la grâce pour Hernández.
Santé et économie
Invité à évaluer la situation l’économique sous son mandat, Trump la qualifie de
succès retentissant : « A ++++ ». A propos du mécontentement des électeurs
concernant le coût de la vie, Trump déclare que l’administration Biden en est
responsable : « J’ai hérité de ce bazar. J’ai hérité d’un vrai bazar ».
Le président est confronté à un environnement politique hostile en raison des
difficultés financières des Américains. Environ la moitié des électeurs et près
de 4 personnes sur 10 ayant voté pour Trump en 2024 ont déclaré dans un récent
sondage POLITICO que le coût de la vie n’avait jamais été aussi élevé.
Trump déclare qu’il pourrait apporter des modifications supplémentaires à sa
politique tarifaire afin de contribuer à faire baisser le prix de certains
produits, comme il l’a déjà fait, mais il insiste sur le fait que, dans
l’ensemble, les choses vont dans la bonne direction en termes de prix.
« Les prix sont tous en baisse », a déclaré Trump, ajoutant : « Tout est en
baisse. »
Les prix ont augmenté de 3% au cours des 12 mois se terminant en septembre,
selon le dernier indice des prix à la consommation.
BRUXELLES — Bruxelles s’apprête à se lancer dans un exercice d’équilibriste :
comment inciter le secteur public à acheter davantage de produits fabriqués dans
l’UE sans être accusé de faire du protectionnisme ?
L’exécutif européen devait présenter explicitement cette semaine ce que veut
dire en pratique son programme “acheter européen”, en dévoilant sa proposition
d’Industrial Accelerator Act. Mais ce lundi, cette mesure, destinée à garantir
que des milliards d’euros de marchés publics soient attribués à des entreprises
européennes, a été repoussée à la fin du mois de janvier.
Ce report intervient alors qu’un groupe de neuf Etats membres — mené par la
République tchèque et comprenant l’Estonie, la Finlande, l’Irlande, la Lettonie,
Malte, le Portugal, la Slovaquie et la Suède — est monté au créneau. Ces pays
craignent que l’Union européenne ne se nuise à elle-même en isolant certains
secteurs de l’économie du reste du monde.
Cette rébellion contre la proposition législative montre que deux visions
s’affrontent sur ce que l’Europe doit faire pour rivaliser avec les Etats-Unis
et la Chine.
Pour le camp mené par Emmanuel Macron et dominé par les puissances industrielles
de l’Union, l’Europe ne peut réussir dans la compétition mondiale que si elle
accorde un traitement préférentiel à ses propres champions industriels et
technologiques dans l’attribution de grands contrats, tels que les réseaux de
transport public.
A l’inverse, pour les pays plus petits et à l’approche libérale en matière
commerciale, c’est impensable. Ils affirment que leurs économies ne peuvent
rester compétitives que si elles sont libres de choisir les meilleurs produits
au meilleur prix. Et même si cela signifie se fournir auprès des Chinois ou des
Coréens.
Depuis des années, ces pays soupçonnent que cette stratégie d’“acheter européen”
affaiblira l’économie de l’UE en accordant un traitement préférentiel aux grands
groupes franco-allemands, qui seront moins soumis à la pression de la
concurrence et pratiqueront des prix injustement élevés à l’égard de leurs
fournisseurs et de leurs clients.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a soutenu
l’idée de permettre aux gouvernements et aux autres organismes publics
d’exprimer une “préférence européenne” en matière de marchés publics, après
avoir entamé son second mandat il y a un an.
L’Industrial Accelerator Act est un premier test pour ce principe, puisqu’il a
été intégré dans cette proposition législative conçue à l’origine pour accélérer
les investissements dans des projets de décarbonation dans le cadre du Pacte
pour une industrie propre d’Ursula von der Leyen.
Au cours du processus de rédaction, le commissaire européen à l’Industrie, le
Français Stéphane Séjourné, a intégré le principe d’“acheter européen” dans la
proposition, ainsi qu’un contrôle plus strict des investissements étrangers.
A MANIPULER AVEC PRÉCAUTION
Dans leur contre-attaque, les Tchèques ont appelé Bruxelles à “faire preuve de
la plus grande prudence possible lors de l’élaboration de l’approche de la
‘préférence européenne’”, selon un document de position obtenu par POLITICO
avant une réunion des ministres de l’Industrie de l’UE lundi.
“Adopter des règles disproportionnées sur la ‘préférence européenne’ comme une
norme dans nos politiques publiques pourrait risquer […] d’aggraver la méfiance
à l’égard du système commercial multilatéral et de l’UE en tant que partenaire
fiable et prévisible”, poursuit le document tchèque, qui a été signé par les
huit autres pays.
Une délégation du syndicat patronal Keidanren — qui compte Toyota et Mitsubishi
parmi ses adhérents — a récemment rencontré un membre du cabinet de Stéphane
Séjourné pour discuter de l’idée de la préférence européenne, selon une personne
au fait du dossier. | Kiyoshi Ota/EPA
Ces craintes sont partagées en dehors de l’Europe : une délégation du syndicat
patronal japonais Keidanren — qui compte Toyota et Mitsubishi parmi ses
adhérents — a récemment rencontré un membre du cabinet de Stéphane Séjourné pour
discuter de l’idée de la préférence européenne, selon une personne au fait du
dossier.
Leur idée est d’exempter les “partenaires [de l’UE] de même sensibilité”, tels
que le Japon, de ces exigences.
Les préoccupations exprimées dans le document tchèque ont également été reprises
par certaines organisations professionnelles européennes — même si, en théorie,
elles auraient tout à gagner à ce que leurs gouvernements achètent davantage de
produits, de services ou de technologies d’origine nationale.
Peter Kofler, président des Danish Entrepreneurs, a mis en garde contre les
“murs de protection qui nous isolent de la réalité mondiale”.
“Imposer la ‘préférence européenne’ avant que nos solutions ne soient de classe
mondiale nous enfermera dans une économie de second rang”, a-t-il prévenu.
LA MISE EN ŒUVRE EST ESSENTIELLE
D’autres organisations professionnelles se sont montrées ouvertes aux exigences
en matière de préférences locales, mais s’inquiètent de la manière dont elles
seraient mises en œuvre, ou craignent qu’elles ne soient considérées comme une
charge administrative supplémentaire, au moment même où Ursula von der Leyen se
donne pour mission de simplifier.
Orgalim, un lobby de la tech, s’est prononcé largement en faveur de la
proposition, tout en soulignant la nécessité d’éviter “des charges
administratives et réglementaires supplémentaires qui étouffent le secteur à un
moment où nous avons désespérément besoin de flexibilité pour innover et être
compétitifs”.
Dans une prise de position antérieure, la Pologne a estimé que les exigences en
matière de contenu local pourraient être des “outils importants”, mais que leur
succès “dépendra en grande partie de leur calibrage”. Appelant à une approche
flexible du “Made in Europe”, les Polonais ont également averti que les pays les
plus avancés dans la transition vers les énergies vertes pourraient en
bénéficier de manière disproportionnée.
Aleksandra Kordecka, experte au sein du cabinet Séjourné, a tenté de dissiper
ces inquiétudes lors d’un récent événement. “L’objectif du ‘Made in Europe’, je
pense, est que l’argent public aille à l’industrie européenne et aux emplois
européens”, a-t-elle exposé.
La Commission souhaite créer un environnement permettant aux industries
européennes de rivaliser avec les surcapacités chinoises massives, a ajouté
Aleksandra Kordecka : “Il ne s’agit absolument pas de fermer complètement le
marché.”
Jordyn Dahl et Camille Gijs ont contribué à cet article, qui a d’abord été
publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe
Catalon.
LONDRES — Le gouvernement britannique envisage d’interdire les dons en
cryptomonnaies aux partis politiques, ce qui pourrait sonner l’alerte chez
Reform UK et son leader Nigel Farage.
En pleine ascension dans les sondages au Royaume-Uni, ce parti populiste a
ouvert la porte aux actifs numériques pour les dons au printemps dernier, dans
le cadre de la “révolution crypto” qu’il promet pour le Royaume-Uni. Et il en a
même déjà accepté.
Aucune mesure contre ce procédé ne figure dans le document décrivant les
contours du prochain projet de loi du gouvernement britannique sur les élections
(ou Elections Bill), présenté comme un plan visant à renforcer la démocratie du
pays. Mais les responsables publiques envisagent désormais d’interdire l’usage
des cryptomonnaies dans le financement des responsables politiques, selon trois
personnes au fait des discussions récentes sur ce projet de loi.
Le gouvernement n’a pas démenti qu’une telle mesure était à l’étude, et s’est
contenté d’indiquer qu’il “donnerait plus de détails dans [s]on Elections Bill”.
Cette année, Reform UK est devenu le premier parti politique britannique à
accepter des dons en cryptomonnaie. Nigel Farage a indiqué à Reuters en octobre
que sa formation avait reçu “quelques” dons sous forme de cryptoactifs après que
la Commission électorale — qui réglemente les dons aux partis politiques — a
confirmé qu’elle avait été informée du premier don en cryptomonnaie.
Reform UK a mis en place sa propre plateforme pour les dons en cryptomonnaies et
a promis des contrôles “renforcés” pour éviter tout abus.
Reform UK a mis en place sa propre plateforme pour les dons en cryptomonnaies et
a promis des contrôles “renforcés” pour éviter tout abus. | Dan Kitwood/Getty
Images
Nigel Farage, qui détient des cryptoactifs de long terme, s’est présenté au
secteur britannique des cryptos comme leur “seul espoir”. Il cherche ainsi à
imiter son allié de longue date, le président américain Donald Trump, qui a
largement adhéré aux monnaies numériques. Nigel Farage a souligné qu’il
soutenait publiquement la filière depuis “bien avant Trump”.
DIFFICILE À TRACER
Le plan initial de l’exécutif pour son Elections Bill comprend une série de
mesures allant de l’instauration du droit de vote à 16 ans au renforcement des
pouvoirs de la Commission électorale. Aucune mesure ne figure contre les dons en
cryptomonnaies, mais le gouvernement, dirigé par les travaillistes — qui sont
loin derrière Reform UK dans les sondages —, est sous pression pour instaurer
une interdiction.
Parmi ceux qui ont suggéré un durcissement figurent le ministre Pat McFadden, le
président du comité spécial des affaires économiques et du commerce à la Chambre
des communes, Liam Byrne, et le président du groupe parlementaire transpartisan
sur la lutte contre la corruption et l’équité fiscale, Phil Brickell.
Les experts en transparence ont alerté qu’il pouvait être difficile de tracer
l’origine des dons en cryptomonnaies. Cela fait craindre que les dons venus de
l’étranger aux partis politiques et aux candidats — interdits dans presque tous
les cas de figure par la loi au Royaume-Uni —, ainsi que les bénéfices tirés
d’activités criminelles et les opérations de blanchiment d’argent puissent
passer à travers les mailles du filet.
Le projet de loi électorale des travaillistes devrait également imposer de
nouvelles règles aux partis politiques et à leurs donateurs. Il devrait prévoir
un durcissement sur les dons provenant de sociétés-écrans et d’associations non
déclarées, et pourrait obliger les partis à enregistrer et à conserver une
évaluation des risques liés aux dons susceptibles de présenter un risque
d’ingérence étrangère.
Les cryptomonnaies sont un nouveau champ de bataille en matière d’ingérence
étrangère. Les services de renseignement russes adoptent de plus en plus les
monnaies numériques pour échapper aux sanctions et financer des actions de
déstabilisation — comme lors des élections en Moldavie — depuis que Moscou a été
coupé du système bancaire mondial à la suite de l’invasion de l’Ukraine.
La question de l’intervention du Kremlin dans la politique britannique a refait
surface ces derniers mois après que Nathan Gill — ancien chef de Reform au Pays
de Galles et ex-député européen du Brexit Party de Nigel Farage — a été condamné
à dix ans et demi de prison le mois dernier parce qu’il a été rémunéré pour
faire des déclarations prorusses au Parlement européen.
Nigel Farage a pris ses distances avec Nathan Gill, décrivant l’ancien député
européen comme une “pomme pourrie” qui l’avait trahi.
Cela n’a pas empêchait le Parti travailliste de passer à l’offensive : le
Premier ministre Keir Starmer demandant à Nigel Farage de lancer une enquête
interne sur les activités de Nathan Gill.
Selon un porte-parole du ministère du Logement, des Communautés et des
Collectivités locales, qui est responsable du projet de loi : “Le système de
financement politique dont nous avons hérité a rendu notre démocratie vulnérable
aux ingérences étrangères.”
“Nos nouvelles règles strictes en matière de dons en politique, telles que
définies dans notre stratégie électorale, protégeront les élections au
Royaume-Uni tout en veillant à ce que les partis puissent continuer à se
financer.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS — D’ordinaire, le poing levé est davantage l’apanage des militants
anticapitalistes que celui des employeurs. Pourtant, c’est ce symbole qu’a
choisi le mouvement patronal “Trop c’est trop”.
Ce collectif formé par 2 000 signataires d’une tribune publiée début novembre
dans L’Express pour dénoncer la “dérive fiscale” et un débat budgétaire
contraire à l’intérêt des entreprises, est en cours de structuration, a appris
POLITICO.
Un compte LinkedIn “Trop c’est trop !” est déjà entré sur le ring lundi soir, et
sera bientôt suivi par un compte sur X afin de donner davantage d’écho à
l’exaspération fiscale des patrons.
Ce vent de colère s’est fait ressentir jusqu’à Matignon. Son locataire,
Sébastien Lecornu, à la recherche d’un compromis pour faire atterrir les textes
financiers, a pris la plume lundi pour leur répondre.
Une réaction insuffisante pour tempérer les ardeurs du duo à l’origine du texte
: Erwan Le Noan, du cabinet de conseil Altermind, et Eric Maumy, PDG du groupe
April. Les deux instigateurs du mouvement veulent continuer à faire entendre la
voix des patrons au-delà des débats budgétaires, et en particulier lors des
futures échéances électorales.
OPÉRATION COUP DE POING
“L’idée, c’est de capitaliser sur cette mobilisation et de continuer à exister
dans le débat public”, nous répond Erwan Le Noan. L’essayiste-consultant
explique avoir été motivé à mettre sur pied cette “plateforme permettant
d’accroître la parole” des patrons, après avoir reçu plusieurs centaines de
mails de la part de dirigeants d’entreprise en réaction à la tribune.
Cette initiative n’est pas sans rappeler le mouvement contestataire des Pigeons,
né en 2012, au début du quinquennat Hollande sur fond de hausse de taxation du
capital.
“Je nous souhaite le même succès”, rebondit Le Noan, qui est en contact avec
Geoffroy Roux de Bézieux, Virginie Calmels (CroissancePlus), Stanislas de
Bentzmann (Devoteam), ou encore Philippe d’Ornano (Sisley/Meti).
Ce dernier, signataire de la tribune, justifie son activisme auprès de POLITICO
par le fait que “les gens rationnels ont tendance à penser que des mesures
irrationnelles ne passeront jamais, mais si l’on ne fait pas gaffe, ces mesures
finissent par passer, il faut donc faire un travail d’explication”.
“Les entreprises sont inquiètes comme elles ne l’ont pas été depuis des années,
le fait de structurer ce mouvement pour parler d’une seule voix permettra
d’avoir plus d’impact que si chacun parle de son côté”, abonde un autre
signataire de la tribune, Olivier Schiller, le président de l’ETI Septodont.
Pour donner un écho médiatique à l’initiative, l’agence de communication The
Arcane, fondée par Marion Darrieutort, s’active en coulisses.
UN COLLOQUE AUX FAUX AIRS DE MEETING
Si “Trop c’est trop !” n’a pas vocation à se transformer en parti politique, en
organisation ou en think tank, le mouvement sera sous le feu des projecteurs le
17 décembre.
Non pas pour un meeting, comme le Medef l’avait imaginé en octobre avant de
reculer, mais pour tenir un colloque organisé avec L’Express, salle Gaveau à
Paris. Les 2 000 signataires seront conviés et assisteront à des interventions
sur, entre autres, “les Français et leurs entreprises” ou “la croissance
française plutôt que les taxes”.
D’après l’invitation consultée par POLITICO, Nicolas Dufourcq (Bpifrance) ou
Agnès Verdier-Molinié (Ifrap), ainsi que plusieurs dirigeants signataires de la
tribune, dont Patrick Martin, se succéderont sur scène.
BRUXELLES — La commissaire européenne chargée de la Concurrence, Teresa Ribera,
n’a pas mâché ses mots contre l’administration Trump, l’accusant d’utiliser le
“chantage” pour contraindre l’UE à assouplir sa réglementation du numérique.
Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a suggéré lundi à Bruxelles
que les Etats-Unis pourraient modifier leur approche en matière de droits de
douane sur l’acier et l’aluminium si l’UE revoyait ses règles en matière de
numérique. Les responsables européens ont interprété ses remarques comme visant
les réglementations phares de l’UE, notamment celle sur les marchés numériques
(DMA).
“C’est du chantage”, a considéré la commissaire espagnole dans un entretien à
POLITICO mercredi. “Le fait que ce soit leur intention ne signifie pas que nous
acceptons ce genre de chantage.”
Teresa Ribera — qui, en tant que première vice-présidente exécutive de la
Commission, est la numéro 2 de l’exécutif européen derrière la présidente Ursula
von der Leyen — a souligné que la réglementation européenne du numérique ne
devrait pas avoir de lien avec les négociations commerciales. L’équipe de Donald
Trump cherche à réviser l’accord conclu par le président américain avec Ursula
von der Leyen dans son golf écossais en juillet.
Ces déclarations interviennent à un moment sensible des négociations
commerciales en cours. Washington considère le DMA comme discriminatoire, parce
que les grandes plateformes technologiques qu’il réglemente — comme Microsoft,
Google ou Amazon — sont presque toutes américaines. Il s’insurge également
contre le règlement sur les services numériques (DSA), qui vise à limiter les
discours haineux illégaux et la désinformation en ligne, car il est conçu pour
encadrer les réseaux sociaux comme X d’Elon Musk.
Teresa Ribera a rappelé que ces règles étaient une question de souveraineté, et
qu’elles ne devraient pas entrer dans le champ d’une négociation commerciale.
“Nous respectons les règles, quelles qu’elles soient, qu’ils ont établies pour
leurs marchés : le marché numérique, le secteur de la santé, l’acier, tout ce
que vous voulez […] les voitures, les normes”, a-t-elle posé en parlant des
Etats-Unis. “C’est leur problème, leur réglementation et leur souveraineté. Il
en va de même ici.”
Teresa Ribera, avec la commissaire aux Technologies numériques Henna Virkkunen,
supervise le DMA, qui veille au bon comportement des grandes plateformes
numériques et à une concurrence équitable.
Elle a vivement réagi aux propos tenus par Howard Lutnick lors de sa rencontre
avec des responsables et des ministres européens lundi, martelant que “les
règles européennes en matière de numérique ne sont pas à négocier”.
Henna Virkkunen tenait la même ligne mardi. Lundi, elle a présenté à ses
homologues américains le paquet de mesures de simplification de l’UE, comprenant
la proposition d’omnibus numérique. Ce paquet a été présenté comme une
initiative européenne visant à réduire les formalités administratives, mais
certains l’ont interprété comme une tentative de répondre aux préoccupations des
Big Tech américaines en matière de régulation.
Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a suggéré lundi à Bruxelles
que les Etats-Unis pourraient modifier leur approche en matière de droits de
douane sur l’acier et l’aluminium si l’UE revoyait ses règles en matière de
numérique. | Nicolas Tucat/Getty Images
Interrogée sur les raisons qui l’ont poussée à faire une déclaration aussi
forte, Teresa Ribera a répondu que les remarques d’Howard Lutnick constituaient
“une attaque directe contre le DMA”, avant d’ajouter : “Il est de ma
responsabilité de défendre le bon fonctionnement du marché numérique en Europe.”
DES FISSURES APPARAISSENT
Malgré la réplique intransigeante de Teresa Ribera, la solidarité des Etats
membres envers le DMA commence doucement à se fissurer.
Après la réunion de lundi, Howard Lutnick a pointé que certains ministres
européens du Commerce n’étaient pas aussi réticents que la Commission à l’idée
de revoir les règles numériques de l’UE : “Je vois beaucoup de ministres […]
certains sont plus ouverts d’esprit que d’autres”, a-t-il observé sur Bloomberg
TV, affirmant que si l’Europe veut des investissements américains, elle doit
changer son modèle de régulation.
Parmi les participants, au moins une Européenne semble d’accord. L’Allemande
Katherina Reiche, qui s’est exprimée en marge de la réunion, a déclaré à la
presse qu’elle était favorable à un nouvel assouplissement des règles de l’UE en
matière de numérique.
“L’Allemagne a clairement fait savoir qu’elle voulait avoir la possibilité de
jouer un rôle dans le monde numérique”, a exposé Katherina Reiche, citant en
particulier le DMA et le DSA.
Les efforts de lobbying déployés par Washington contre les règles européennes
sur le numérique s’inscrivent dans le cadre d’une bataille plus large menée par
les Etats-Unis au niveau mondial pour affaiblir les lois sur le numérique dans
les pays étrangers.
Ce mois-ci, la Corée du Sud a cédé au lobbying de l’administration Trump en
revenant en arrière sur son propre projet d’encadrement de la concurrence dans
le secteur numérique.
Le représentant américain au commerce prépare son rapport 2026 et lance une
nouvelle série de consultations dans les semaines à venir. Entre-temps, la
Commission poursuit son évaluation des règles dans le cadre de son Digital
Fairness Fitness Check et de la révision en cours du DMA.
Mais entre le lobbying de Washington et les Etats membres qui se désolidarisent,
la question n’est pas seulement de savoir ce à quoi va aboutir la révision du
DMA, mais s’il peut survivre à la guerre commerciale.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.