LONDRES — Le Royaume-Uni s’est retiré du financement de Mozambique LNG, un
important projet gazier mené par TotalEnergies, a confirmé le gouvernement
lundi.
Le ministre des affaires étrangères, Peter Kyle, a annulé le projet d’aide de
plus d’un milliard de dollars au projet de gaz naturel liquéfié, opéré au nord
du Mozambique par la major française.
En mars 2021, un groupe mozambicain lié à l’Etat islamique, a attaqué la ville
de Palma, a proximité du site industriel, où se trouvaient des milliers de
travailleurs du projet, tuant 1 354 personnes et en enlevant 209 autres. Au
total, 330 personnes ont été décapitées.
Parmi les morts se trouvaient 55 ouvriers travaillant sur le projet de Total,
selon une enquête menée de maison en maison par POLITICO.
Une unité militaire mozambicaine opérant depuis la guérite de l’installation
gazière a massacré au moins 97 civils au cours de l’été 2021, a rapporté
POLITICO l’année dernière.
Le soutien financier britannique, sous la forme de prêts publics et de garanties
pour les exportateurs britanniques et les banques soutenant le projet, avait été
suspendu après que TotalEnergies eut invoqué la force majeure — une clause
contractuelle qui permet aux entreprises de suspendre leurs obligations en cas
de catastrophe — suite à la détérioration de la situation sécuritaire dans la
région.
En ce qui concerne le massacre de civils, TotalEnergies a déclaré précédemment
qu’il n’avait “aucune connaissance des événements allégués (…) et n’a jamais
reçu d’informations indiquant que de tels événements ont eu lieu”.
Peter Kyle a confirmé aujourd’hui dans une déclaration écrite qu”“après un
examen détaillé, le gouvernement britannique a décidé de mettre fin à la
participation de l’UKEF [UK Export finance, l’agence britannique de crédit à
l’export] au projet”.
Il a ajouté : “Mes collaborateurs ont évalué les risques liés au projet et le
gouvernement estime que ces risques ont augmenté depuis 2020. Ce point de vue
est fondé sur une évaluation complète du projet et sur les intérêts des
contribuables britanniques, qui sont mieux servis en mettant fin à notre
participation au projet à ce stade.”
L’UKEF remboursera les primes déjà versées au projet. Peter Kyle a insisté sur
le fait que le gouvernement était “engagé dans notre partenariat national avec
le Mozambique”.
La décision de financer le projet a été prise par l’administration conservatrice
de Boris Johnson en 2020, mais elle est depuis lors entachée de controverse.
Peter Kyle a fait valoir que le financement du projet ne servait plus “les
intérêts de notre pays”.
La branche britannique de l’ONG environnementaliste Les Amis de la Terre a salué
la décision du gouvernement, rappelant que le gaz extrait du gisement pourrait
générer environ 4,5 milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre au
cours de sa durée de vie, soit plus que les émissions annuelles combinées des 27
pays de l’Union européenne.
“Ce projet gazier au Mozambique est une énorme bombe à retardement en matière de
carbone, liée à de graves violations des droits de l’homme. Il n’aurait jamais
dû être financé par le contribuable britannique, a déclaré Asad Rehman,
directeur général à Londres des Amis de la Terre. Nous exhortons maintenant les
autres pays à suivre l’exemple et à cesser de soutenir ce projet destructeur.”
A l’heure de la publication, TotalEnergies n’avait pas répondu à notre demande
de commentaire.
Graham Lanktree a contribué à cet article. Il a été initialement publié en
anglais par POLITICO et adapté en français par Alexandre Léchenet.
Tag - Pétrole
Le géant pétrolier TotalEnergies a trompé ses clients et le grand public en
prétendant être un acteur majeur de la transition énergétique, a jugé
aujourd’hui le tribunal judiciaire de Paris.
A la suite du changement de nom de Total en TotalEnergies en 2021, le producteur
pétrolier français avait lancé une campagne publicitaire affirmant que
l’entreprise avait une “ambition de neutralité carbone d’ici 2050”
Elle affirmait être “un acteur majeur de la transition énergétique” et mettre
“le développement durable au cœur de notre stratégie, de nos projets et de nos
opérations pour contribuer au bien-être des populations, en ligne avec les
Objectifs de développement durable définis par les Nations Unies” (des
déclarations encore lisibles sur leur site).
Le tribunal a estimé que la major pétrolière s’était livrée à des “pratiques
commerciales trompeuses” en diffusant sur son site web des affirmations faisant
apparaître ses activités comme plus vertes qu’elles ne l’étaient — une pratique
connue sous le nom de greenwashing (écoblanchiment). Selon le tribunal, ces
affirmations étaient “de nature à induire en erreur le consommateur, sur la
portée des engagements environnementaux du groupe”.
Le tribunal a ordonné à TotalEnergies de cesser de diffuser les allégations
trompeuses “dans un délai d’un mois”, sous peine d’une amende de 10 000 euros
par jour de retard.
Le procès contre la major pétrolière a été intenté en 2022 par un groupe d’ONG
environnementales, dont les Amis de la Terre France, Greenpeace et Notre Affaire
à Tous, avec le soutien de l’organisation caritative spécialisé dans le droit de
l’environnement ClientEarth.
“Nous espérons que la décision du tribunal aidera à faire la lumière sur la
réalité des activités de Total, qui continue son expansion pétrogazière”, a
déclaré Juliette Renaud, membre des Amis de la Terre France, dans un communiqué.
“Il est temps de contraindre Total et les autres majors à se conformer aux
recommandations des scientifiques pour en finir avec le développement de
nouveaux projets fossiles”, a-t-elle ajouté.
Contacté, TotalEnergies n’a pas répondu au moment de la publication.
L’entreprise peut faire appel de la décision.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
LONDRES — Idéalement, la science et la politique, comme l’huile et l’eau, ne
devraient pas se mélanger. Mais dans la première institution mondiale de science
du climat, le pétrole se bat pour prendre le dessus.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est
plongé dans une série de controverses en coulisses, alimentées par les pays
producteurs d’énergies fossiles et le retrait des Etats-Unis en tant que
participant actif.
L’une des querelles qui devrait éclater dans les semaines à venir porte sur la
sélection des principaux auteurs d’une section du prochain grand rapport du
Giec, qui recommandera aux gouvernements des politiques visant à réduire les
émissions fossiles.
Les conclusions du Giec constituent le fondement de la compréhension pour
l’humanité du changement climatique, et guident les gouvernements et les
investisseurs dans leurs décisions futures. A ce titre, elles font l’objet d’un
examen scientifique et politique approfondi.
Selon une note diffusée au sein du comité de sélection des auteurs, consultée
par POLITICO, l’économiste soudanais Mustafa Babiker — qui travaille depuis
longtemps pour la compagnie pétrolière Saudi Aramco — a été proposé comme l’un
des trois auteurs principaux coordinateurs du chapitre.
Mustafa Babiker est un universitaire qualifié qui contribue depuis longtemps aux
publications du Giec, notamment en dirigeant un chapitre de son dernier grand
rapport. Aucune décision définitive n’a été prise.
Mais les observateurs et certains scientifiques craignent que le fait de
confier, à une personne qui travaille depuis plus de dix-huit ans pour la plus
grande compagnie pétrolière du monde, la direction d’un travail aussi important
ne nuise à la crédibilité du Giec en tant qu’arbitre mondial de la science du
climat.
“Cela nuit à la réputation du Giec”, considère une personne au fait des
discussions. “Et il se pourrait bien que ce soit délibéré.”
Tzeporah Berman, fondatrice de l’ONG pour un traité de non-prolifération des
énergies fossiles, estime aussi que le rôle potentiel de Mustafa Babiker
créerait un risque pour la réputation de l’organisme. Elle décrit cette
nomination comme “l’un des exemples les plus flagrants de capture du politique
par l’industrie pétrolière sur la politique climatique que j’aie jamais vus”.
POLITICO a tenté de contacter Mustafa Babiker par le biais de son adresse e-mail
de Saudi Aramco et de ses diverses affiliations universitaires, mais il n’a pas
pu être joint pour un commentaire. Aramco n’a pas répondu à nos sollicitations.
“L’Arabie saoudite tient les travaux du Giec en haute estime et s’engage à
préserver l’intégrité scientifique et l’indépendance de ses processus”, a
déclaré un porte-parole officiel de la délégation saoudienne auprès des organes
de l’ONU chargés des questions climatiques. “Nous rejetons fermement l’idée
selon laquelle la nomination du Dr. Mustafa Babiker compromet la crédibilité du
Giec. Au contraire, sa vaste expérience universitaire et professionnelle […] le
rend exceptionnellement qualifié pour remplir cette fonction.”
RETARDS POTENTIELS
Cet imbroglio renvoie à un conflit plus large : les efforts croissants déployés
par les principaux pays producteurs d’énergies fossiles pour intervenir au sein
de l’organisme mondial chargé de la science du climat.
Il s’agit là d’une réponse prévisible et gérable à l’impact croissant des
politiques climatiques visant à éliminer les énergies fossiles et limiter les
effets du changement climatique, a réagi Diána Ürge-Vorsatz, vice-présidente du
Giec.
Les observateurs et certains scientifiques craignent que le fait de confier, à
une personne qui travaille depuis plus de dix-huit ans pour la plus grande
compagnie pétrolière du monde, la direction d’un travail aussi important ne
nuise à la crédibilité du Giec. | CFOTO/Future Publishing via Getty Images
“Ce que nous constatons, c’est que l’ensemble du domaine du climat est beaucoup
plus politisé et financiarisé, de sorte que […] le Giec est de plus en plus
important”, a-t-elle relaté. “De tous les côtés, les enjeux sont beaucoup plus
importants. Il y a donc une participation beaucoup plus intensive.”
Le Giec produit tous les six ou sept ans des rapports qui sont utilisés par les
investisseurs et les décideurs pour déterminer l’état de la planète et la
nécessité, ou non, d’agir.
Il s’agit d’un organisme des Nations unies. Bien que son travail scientifique
soit farouchement défendu comme indépendant, ses activités sont soumises à
l’approbation des gouvernements du monde entier.
Cette implication politique donne du poids aux conclusions finales de
l’organisme, a affirmé Diána Ürge-Vorsatz. Bien qu’elle introduise
inévitablement des intérêts divergents, c’est aussi “la force du Giec”, a-t-elle
ajouté.
Le secrétariat du Giec n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Le rapport que Mustafa Babiker pourrait contribuer à diriger est attendu pour
2028, à temps pour nourrir la prochaine série de plans d’émissions mondiaux
établis par les gouvernements.
Mais les scientifiques ont déclaré que ce calendrier était compromis, en partie
à cause des difficultés rencontrées pour parvenir à un accord lors de sa
préparation.
Le groupe d’experts est réuni à Genève depuis le 30 juin ; l’occasion peut-être
d’aplanir ces désaccords.
LE RETRAIT DE TRUMP
Le cœur de la controverse concerne l’organe de coordination de ce que l’on
appelle le groupe de travail III, le groupe de scientifiques et de responsables
publics qui se concentre sur la réponse mondiale au changement climatique
(d’autres groupes sont chargés de décrire les effets physiques et les impacts de
la crise climatique).
Ces divergences apparaissent au moment même où un acteur international clé, les
Etats-Unis, se retire du Giec.
En février, l’administration Trump est intervenue à la dernière minute pour
empêcher la coprésidente américaine du groupe de travail, Katherine Calvin, de
participer à une réunion à Hangzhou, en Chine. Cette décision a été prise après
que Donald Trump a ordonné un réexamen de toutes les participations des
Etats-Unis à des organismes environnementaux mondiaux. Une comparaison des
listes de personnel a montré que la Maison-Blanche semblait également avoir
supprimé six des neuf membres du personnel de l’unité de recherche chargée de la
production du rapport, ce qui a encore affaibli le travail de Katherine Calvin.
Cette dernière était la scientifique en chef de la NASA à l’époque, mais elle a
quitté ses fonctions en avril, selon une note publiée sur le site web de
l’agence.
Les conclusions du Giec constituent le fondement de la compréhension pour
l’humanité du changement climatique, et guident les gouvernements et les
investisseurs dans leurs décisions futures. | Patricia De Melo Moreira/AFP via
Getty Images
Malgré cela, elle reste active dans son rôle de présidente bénévole et a cosigné
la note proposant les nouveaux auteurs cette semaine.
Outre les deux présidents, le groupe compte sept vice-présidents. Trois d’entre
eux sont issus de pays faisant partie du groupe des pays producteurs de pétrole
de l’Opep+. Deux autres proviennent de pays membres du Forum des pays
exportateurs de gaz. L’un d’entre eux est originaire de Norvège, le plus grand
producteur de pétrole d’Europe, et Katherine Calvin vient du plus grand pays
exportateur de pétrole et de gaz au monde.
Les membres sont pour la plupart des universitaires et rien ne prouve qu’ils
soient motivés par des considérations politiques.
Mais l’un des vice-présidents est Malak Al-Nory, un conseiller senior du
ministère saoudien de l’Energie. Selon la personne au fait des discussions,
c’est lui qui a communiqué la nomination de Mustafa Babiker par l’Arabie
saoudite pour diriger le chapitre du rapport.
“Notre capacité à évaluer leurs compétences est pour le moins imparfaite”, ont
écrit les coprésidents du groupe III, Katherine Calvin et Joy Jacqueline Pereira
de Malaisie, dans la première note. Elles ont toutefois précisé que tous leurs
choix, y compris celui de Babiker, “ont reçu le soutien” du groupe.
“L’Arabie saoudite, comme tous les autres Etats membres, s’engage de manière
constructive pour veiller à ce que les résultats du Giec reflètent une science
rigoureuse”, a déclaré le porte-parole saoudien.
Aucun détracteur de la nomination de Mustafa Babiker, que ce soit en public ou
en privé, n’a soulevé de questions spécifiques concernant son intégrité
professionnelle ou scientifique. Il est associé de longue date au Massachusetts
Institute of Technology, diplômé des universités du Colorado et de Khartoum, et
spécialisé dans la modélisation des effets économiques des politiques
climatiques.
Mais sa collaboration de près de deux décennies avec Aramco, qui appartient
majoritairement au gouvernement saoudien, a démontré comment “l’infiltration des
compagnies pétrolières dans les rapports de politiques publiques et les
négociations tient le monde en otage des systèmes du passé qui profitent aux
pollueurs au détriment des vies et des moyens de subsistance”, a déploré
Tzeporah Berman.
Diána Ürge-Vorsatz n’a pas voulu commenter la nomination potentielle de Mustafa
Babiker. Mais en général, a-t-elle dit, la présence de plusieurs voix à la table
peut être “bénéfique”, à condition qu’elles soient “équilibrées” et qu’elles
représentent une diversité d’industries.
D’AUTRES PROFILS ÉCARTÉS
Comme le montre la note des présidents, en proposant Mustafa Babiker, des
dizaines d’autres candidats hautement qualifiés ont été écartés. Selon le
document, il s’agit notamment de Jan Minx, chercheur au Potsdam Institute for
Climate Impact Research, spécialisé dans l’analyse des résultats de la politique
climatique.
Certains gouvernements ne souhaitent pas que ce type d’analyse a posteriori soit
inclus dans le rapport du Giec. Les diplomates saoudiens se sont opposés à
plusieurs reprises à cette démarche lors de la réunion de février, selon le
Earth Negotiations Bulletin, qui publie les comptes rendus des réunions. Jan
Minx n’a pas souhaité commenter.
Le chapitre que Mustafa Babiker pourrait diriger présente un intérêt majeur pour
l’Arabie saoudite, qui entend devenir un grand exportateur d’énergies fossiles
dans les décennies à venir.
Lors de la réunion de février, l’Arabie saoudite, l’Inde, la Chine et la Russie
se sont battues pour modifier le titre et la portée du chapitre. D’autres pays,
dont la Suède, s’y sont opposés.
“Les suggestions faites par les Etats membres lors de l’élaboration des
chapitres font partie du processus d’examen ouvert du Giec”, a déclaré le
porte-parole de la délégation saoudienne pour le climat. “L’Arabie saoudite a
toujours contribué par le biais de mécanismes formels et conformément aux lignes
directrices et aux règles du Giec. Il est trompeur de qualifier cela d’ingérence
politique.”
Toutefois, des concessions ont finalement été faites pour apaiser les
inquiétudes saoudiennes.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
BRUXELLES — L’Union européenne disposera bientôt de nouveaux pouvoirs lui
permettant de réduire et, à terme, d’interdire la circulation du gaz russe sur
le continent au cours des trois prochaines années. Ces mesures sont annoncées
dans le cadre d’une initiative sans précédent de la Commission visant à réduire
la dépendance à l’égard de la Russie.
S’exprimant à Strasbourg mardi, le commissaire à l’énergie Dan Jørgensen va
dévoiler ses propositions pour éliminer les importations de combustibles
fossiles en provenance de Russie d’ici 2027, une fois reçu l’aval du cabinet de
la présidente de la Commission.
Un projet de document, vu par POLITICO avant sa publication, s’engage à
supprimer “l’exposition de l’Union aux risques significatifs pour le commerce et
la sécurité, résultant du commerce du gaz avec la Fédération de Russie, en
établissant une interdiction progressive des importations de gaz naturel [et
à] introduire des règles pour mettre en œuvre et contrôler efficacement cette
interdiction”.
A partir du 1er janvier 2026, l’importation de gaz aussi bien par gazoduc que
par voie maritime sera interdite. Des exceptions sont prévues pour les
importations dans le cadre de contrats à court terme conclus avant le 17 juin
2026 ; pour les pays enclavés qui ont conclu des accords de long terme avec la
Russie ainsi que pour certaines entreprises européennes qui ont également conclu
des contrats à long terme — l’interdiction s’appliquera à partir du 1er janvier
2028 pour celles-ci.
Dans une démarche sans précédent, le gaz qui arrivera dans l’UE via la Russie,
par exemple par des points d’interconnexion en Serbie, sera considéré comme du
gaz russe sauf preuve du contraire. Une documentation claire devra montrer qu’il
provient d’une autre source.
Les pays devront également publier de nouveaux “plans de diversification”
indiquant comment ils entendent mettre fin à leur dépendance à l’égard du
pétrole et du gaz russes.
Ces mécanismes juridiques ont été promis dans le cadre de la feuille de route
REPowerEU qui entend sevrer l’Europe de l’énergie russe le mois dernier.
Celle-ci trace la voie à une interdiction générale de l’approvisionnement en
combustibles fossiles qui financent la guerre du Kremlin en Ukraine. Elle
concerne également l’achat de combustible nucléaire. Sur la base de cette
feuille de route, les entreprises seront tenues de rendre compte de l’origine de
leurs importations d’énergie.
Dans le même temps, la Commission a adopté de nouvelles sanctions, proposant un
moratoire sur l’achat d’essence, de diesel et de kérosène raffinés à partir de
pétrole brut russe et soutenant la baisse d’un plafonnement prévu par le G7 pour
le pétrole russe, qui le ferait passer de 60 dollars le baril à 45 dollars
seulement.
La Hongrie et la Slovaquie ont menacé d’opposer leur veto à toute mesure qui
viserait à leur couper les vivres, si la Commission poursuivait son plan. En
effet, ces deux pays pro-russes ont continué d’acheter du pétrole et du gaz
russes depuis le début de la guerre, et ont même utilisé des dérogations
temporaires pour s’enrichir grâce à des approvisionnements bon marché.
Selon le texte présenté par Dan Jørgensen mardi, ces pays bénéficieraient d’un
délai supplémentaire pour sortir de l’énergie russe, compte tenu de leur faible
progression jusqu’à présent. Bien que ces mesures soient d’ordre commerciales et
fiscales — qui peuvent être adoptées à la majorité qualifiée — l’introduction de
nouvelles sanctions et la reconduction des sanctions existantes nécessiteront le
soutien unanime de l’ensemble des 27 pays.
Une centaine d’ONG demande aux banques et agences publiques de crédit à
l’exportation soutenant le projet d’extraction de gaz naturel liquéfié (GNL) de
TotalEnergies au Mozambique de cesser leur financement dans l’attente d’une
enquête indépendante sur les exactions commises à la lisière de la concession
gazière.
Cette lettre ouverte, publiée ce mercredi 22 janvier, a été envoyée à une
trentaine d’établissements en décembre, dont la Société Générale et le Crédit
Agricole. Ils avaient jusqu’à vendredi dernier pour répondre.
Les deux banques françaises ont accusé réception de cette lettre. Dans leurs
courriers, que nous avons pu consulter, ni le Crédit Agricole ni la Société
Générale ne répondent sur le fond. La seconde se dit notamment tenue à des
obligations de confidentialité ainsi qu’à des engagements contractuels.
POLITICO a révélé fin septembre l’ampleur d’un massacre commis par des soldats
mozambicains en représailles contre des civils, depuis des conteneurs marquant
l’entrée du site de Mozambique LNG.
Ces militaires appartenaient à la task force payée par TotalEnergies. La major
française a indiqué n’avoir, après “recherches approfondies”, “identifié aucune
information ou preuve susceptible de corroborer les allégations d’abus graves et
de torture”.
La réponse de la major gazière soulève plusieurs questions, détaillent les ONG
dans leur courrier : “Qu’est-ce que cela suggère quant à sa compétence et sa
capacité à prévenir efficacement des violations aussi graves des droits de
l’homme ? La déclaration de TotalEnergies selon laquelle il n’a pas été informé
du massacre présumé a-t-elle pour but d’éviter de rendre des comptes ?”
Les associations réclament que l’enquête indépendante sur les violations des
droits de l’homme soit menée par un organisme intergouvernemental, comme le
Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) ou la
Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, écrivent les
associations.
Début octobre, devant les investisseurs de TotalEnergies, son PDG, Patrick
Pouyanné a déclaré vouloir relancer le projet et avoir réuni l’accord de presque
tous ses soutiens financiers.
“Nous savons que TotalEnergies a pris contact avec ces banques et agences de
crédit à l’exportation afin de s’assurer de leur soutien renouvelé en vue d’une
levée de la force majeure”, écrivent les ONG dans leur lettre. Elles y voient
une “occasion” pour ces acteurs de “reconsidérer [leur] participation”.
“Ce projet a tout pour plaire, ironise Adam McGibbon, chargé de campagne chez
Oil Change International : l’une des plus grandes attaques terroristes de
l’histoire visant ses travailleurs, des allégations de torture, de meurtre et de
viol autour du site du projet, un manque de compensation pour les populations
locales, et une pollution climatique projetée plus importante que les émissions
annuelles combinées de l’ensemble de l’Union européenne. Chaque mois, le tableau
s’aggrave. Pourquoi quelqu’un voudrait-il financer ce projet ?”
Alex Perry a contribué à cet article.
TotalEnergies s’est félicité de l’offre du gouvernement mozambicain d’autoriser
une enquête sur les allégations de massacre dans le cadre de son mégaprojet
gazier dans le nord du Mozambique — et a demandé qu’une enquête soit menée “dès
que possible”.
Cet appel intervient après que la filiale mozambicaine de l’entreprise,
Mozambique LNG, a déclaré avoir mené ses propres “recherches approfondies” et
n’avoir “identifié aucune information ou preuve susceptible de corroborer les
allégations d’abus graves et de torture”.
POLITICO a rapporté en septembre qu’une unité militaire mozambicaine opérant à
partir de de la concession gazière de TotalEnergies avait rassemblé dans des
conteneurs à l’entrée du site un groupe de 180 à 250 personnes et les avait
gardées là pendant trois mois.
Onze survivants et deux témoins ont déclaré que seuls 26 hommes avaient survécu
à cette épreuve. POLITICO a publié un résumé d’une enquête qui a identifié 97
victimes et énuméré les causes de leur décès : suffocation, coups à mort, coups
de feu, “disparition” — enlèvement et exécution présumée — et disparition, mort
présumée après avoir été vu pour la dernière fois sous la garde de l’armée.
Des proches des victimes ont déclaré à POLITICO qu’ils avaient gardé le silence
sur le massacre par crainte de représailles.
Les travaux sur le site ont été interrompus en 2021 lorsque des militants
islamistes ont envahi la région. TotalEnergies et les autorités mozambicaines
ont nié toute connaissance de l’attaque.
Dans une déclaration publiée mardi, Mozambique LNG note qu’en octobre, le
ministère mozambicain de la défense s’est déclaré “totalement ouvert et disposé
à accepter une enquête transparente et impartiale”.
“Mozambique LNG a invité les autorités mozambicaines à mener une telle enquête
dès que possible”, peut-on lire dans la déclaration. “Mozambique LNG continuera
à suivre les autorités mozambicaines, car elles seules peuvent faire avancer
l’enquête à ce stade.”
Le 24 novembre, une enquête conjointe du Monde et du média d’investigation
Source Material a publié des conclusions similaires à celle de POLITICO.
Il y a deux semaines, des manifestants de la péninsule d’Afungi, où se trouve la
concession, ont commencé à bloquer les portes d’entrée du site de Total en
brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : “Total, nous ne
voulons pas la guerre. Nous voulons nos droits.”
Des associatifs et des législateurs européens, dont les Amis de la Terre,
réclament une enquête indépendante des Nations unies sur le massacre.
Un porte-parole de l’ONG en France a déclaré qu’en proposant aux autorités
mozambicaines d’enquêter sur les militaires responsables de violations des
droits de l’homme, TotalEnergies “démontre une fois de plus sa collusion avec
les mêmes autorités dont le rôle et la responsabilité dans ces atrocités
présumées sont actuellement remis en question”.
“Notre demande d’une enquête véritablement indépendante est plus nécessaire et
plus urgente que jamais”, a-t-elle déclaré, ajoutant que “le fait que
TotalEnergies ait complètement ignoré les voix et la douleur des victimes (…)
donne une très mauvaise image de l’entreprise”.