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Un rapport néerlandais confirme le massacre perpétré par les soldats protégeant le site de TotalEnergies au Mozambique
Les soldats ont séparé les villageois selon leur sexe et les ont dépouillés de leur argent et de leurs téléphones. Environ 180 personnes, en majorité des hommes, ont été entassées dans deux conteneurs. Une femme a accouché à côté des portes. Personne n’a reçu de nourriture ou d’eau. Puis, pendant trois mois, les soldats ont emmené la plupart des hommes et les ont exécutés. Ces scènes, décrites dans un rapport sur les droits de l’homme commandé par les Pays-Bas, apportent de nouvelles preuves que des soldats du gouvernement mozambicain assurant la sécurité du site de TotalEnergies sont responsables d’un massacre perpétré en 2021 et révélé pour la première fois par POLITICO. Elles sont basées sur les témoignages de quatre personnes ayant assisté à un massacre perpétré entre juillet et septembre 2021 dans la guérite de fortune d’un vaste site gazier construit par le géant français de l’énergie dans le nord du Mozambique. Seuls 26 des hommes emprisonnés auraient survécu. Publiés cette semaine, alors que les gouvernements britannique et néerlandais ont annoncé retirer quelque 2,2 milliards de dollars de soutien au projet gazier, les témoignages recueillis recoupent fortement ceux d’une enquête menée en 2024 par POLITICO. Ils accentuent la pression sur un projet déjà mis à mal par une insurrection locale et deux affaires criminelles. Mardi, après la publication du rapport, TotalEnergies a déclaré que sa position sur le massacre restait inchangée. L’entreprise avait déjà affirmé que ses propres “recherches approfondies” n’avaient “pas permis d’identifier d’informations ou de preuves susceptibles de corroborer les accusations de maltraitances graves et de torture”. “TotalEnergies regrette que les auteurs […] ne se soient pas déplacés au Mozambique et n’aient pas mené d’investigation sur le terrain par eux-mêmes, mais aient produit un rapport fondé principalement sur des informations collectées par des tiers”, a réagi l’entreprise dans un communiqué. Les quatre récits — d’un survivant, d’une personne qui connaissait l’un des détenus et de deux témoins oculaires — ont été recueillis indépendamment les uns des autres et de POLITICO, qui n’a pas été informé que le think tank Clingendael, financé par le gouvernement, menait une nouvelle enquête sur le massacre. Le projet de Total au Mozambique est estimé à 20,5 milliards de dollars. | Gallo Images/Getty Images Ils fourniront des éléments supplémentaires à une plainte pénale accusant TotalEnergies de complicité de crimes de guerre en ayant “directement financé et matériellement soutenu” les soldats mozambicains qui protégeaient son site d’une insurrection par des assaillants liés à l’Etat islamique. La société a déclaré “rejeter fermement toutes ces accusations”. Dans un message envoyé après la publication de cet article, un porte-parole de TotalEnergies a ajouté que l’accusation était fausse, car Total avait évacué son personnel et n’était pas sur le terrain au moment du massacre. En mars, le parquet de Nanterre a ouvert une information judiciaire contre TotalEnergies pour homicide involontaire sur son site mozambicain. Au cœur de cette enquête : la société est accusée, trois mois avant les meurtres des personnes détenues dans les conteneurs, d’avoir abandonné les prestataires qui construisaient son site gazier lors d’une attaque de l’Etat islamique en mars 2021 sur la ville voisine de Palma. Une enquête menée de maison en maison par POLITICO a révélé que 1 354 civils ont été tués lors de cette attaque, dont 330 ont été décapités. D’autres enquêtes ont établi que 55 de ces morts faisaient partie du personnel de TotalEnergies. L’entreprise, qui a affirmé n’avoir perdu aucun de ses employés lors de l’attaque, nie ces accusations. VIOLENCES GÉNÉRALISÉES Le rapport néerlandais indique que le massacre des personnes détenues dans les conteneurs s’inscrit dans un schéma systématique de viols et d’exécutions de masse, en représailles à l’attaque de l’Etat islamique, appliqué par l’armée contre les villageois vivant autour du site de TotalEnergies. Les assaillants de l’Etat islamique ayant sillonné la région pendant des semaines après leur attaque sur Palma, 25 000 à 30 000 personnes ont cherché refuge devant les portes de Total, ce qui a “exacerbé la situation humanitaire déjà désastreuse”, peut-on lire dans le rapport. “En juin 2021, la situation était devenue catastrophique, des personnes (dont de nombreux enfants) mourant quotidiennement de faim, de maladie ou d’absence de traitement médical”, écrivent les auteurs. La réaction de l’armée a été de voler l’aide et de vendre la nourriture pillée à des prix exorbitants. C’est également à ce moment-là qu’une armée “incapable de distinguer les ‘villageois’ des ‘terroristes’” s’est vengée sur la population civile. “Les villageois ont déclaré avoir découvert des corps dans les terres agricoles environnantes, dont on pense généralement qu’il s’agit de victimes de la violence [de l’armée]”, peut-on lire dans le rapport, qui précise que “des témoins oculaires ont également fait état de cas de violences sexuelles. Dans [un village], des habitants ont raconté que des soldats ivres étaient entrés dans les maisons sans permission et avaient violé des femmes.” Dans un autre village, une enquête aléatoire menée auprès de 60 ménages a révélé que 57% d’entre eux comptaient au moins un membre qui avait été tué. Les personnes entassées par les soldats dans les conteneurs ont subi trois mois de maltraitances physiques, selon le rapport. D’après le survivant qui s’est exprimé auprès des auteurs, un jour, un grand groupe a été emmené. “D’autres ont été emmenés en plus petits groupes, pour ne plus jamais revenir. Le survivant pense qu’ils ont été interrogés et exécutés.” Les défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement ont demandé à TotalEnergies de reconsidérer son projet à la lumière des pertes de vies humaines et des violences. | Luisa Nhantumbo/EPA Après leur libération, un survivant a relaté qu’un soldat leur avait dit de ne jamais parler des tueries. “Ceux qui sont morts sont morts ; c’était la guerre”, avait lancé le soldat. “Si quelqu’un demande, dites que les autres étaient dans d’autres conteneurs et qu’ils sont encore en route.” En mai, une enquête menée par l’agence britannique de crédit à l’export, UK Export Finance, qui s’était engagée à prêter 1,15 milliard de dollars au projet de Total, a entendu directement deux des 26 survivants du massacre par le biais d’appels vidéo depuis le Mozambique. UK Export Finance n’a pas encore rendu publiques ses conclusions. Le projet de Total au Mozambique est estimé à 20,5 milliards de dollars. Il fait partie d’un projet plus vaste de développement du gaz naturel qui, avec 50 milliards de dollars, a été présenté comme l’investissement privé le plus important jamais réalisé en Afrique. LE PROJET SE POURSUIT COMME PRÉVU A la suite du rapport néerlandais, les défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement ont demandé à TotalEnergies de reconsidérer son projet à la lumière des pertes de vies humaines et des violences. “Cela fait des années qu’il est flagrant que ce projet est un désastre pour les communautés locales et pour le climat”, a affirmé Antoine Bouhey de Reclaim Finance. Adam McGibbon, d’Oil Change International, a appelé les autres prêteurs à “se retirer eux aussi et à mettre un terme définitif à ce projet cauchemardesque”. Mardi, TotalEnergies a déclaré que son projet gazier se déroulait comme prévu et que ses autres prêteurs avaient “décidé à l’unanimité d’apporter des fonds propres supplémentaires” pour compenser le retrait des Britanniques et des Néerlandais. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, mis à jour avec des commentaires supplémentaires de TotalEnergies, puis édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Actualité
Gaz
Energie et Climat France
L’UE dévoile ses règles pour interdire le gaz russe pour de bon
BRUXELLES — L’Union européenne disposera bientôt de nouveaux pouvoirs lui permettant de réduire et, à terme, d’interdire la circulation du gaz russe sur le continent au cours des trois prochaines années. Ces mesures sont annoncées dans le cadre d’une initiative sans précédent de la Commission visant à réduire la dépendance à l’égard de la Russie. S’exprimant à Strasbourg mardi, le commissaire à l’énergie Dan Jørgensen va dévoiler ses propositions pour éliminer les importations de combustibles fossiles en provenance de Russie d’ici 2027, une fois reçu l’aval du cabinet de la présidente de la Commission. Un projet de document, vu par POLITICO avant sa publication, s’engage à supprimer “l’exposition de l’Union aux risques significatifs pour le commerce et la sécurité, résultant du commerce du gaz avec la Fédération de Russie, en établissant une interdiction progressive des importations de gaz naturel [et à] introduire des règles pour mettre en œuvre et contrôler efficacement cette interdiction”. A partir du 1er janvier 2026, l’importation de gaz aussi bien par gazoduc que par voie maritime sera interdite. Des exceptions sont prévues pour les importations dans le cadre de contrats à court terme conclus avant le 17 juin 2026 ; pour les pays enclavés qui ont conclu des accords de long terme avec la Russie ainsi que pour certaines entreprises européennes qui ont également conclu des contrats à long terme — l’interdiction s’appliquera à partir du 1er janvier 2028 pour celles-ci. Dans une démarche sans précédent, le gaz qui arrivera dans l’UE via la Russie, par exemple par des points d’interconnexion en Serbie, sera considéré comme du gaz russe sauf preuve du contraire. Une documentation claire devra montrer qu’il provient d’une autre source. Les pays devront également publier de nouveaux “plans de diversification” indiquant comment ils entendent mettre fin à leur dépendance à l’égard du pétrole et du gaz russes. Ces mécanismes juridiques ont été promis dans le cadre de la feuille de route REPowerEU qui entend sevrer l’Europe de l’énergie russe le mois dernier. Celle-ci trace la voie à une interdiction générale de l’approvisionnement en combustibles fossiles qui financent la guerre du Kremlin en Ukraine. Elle concerne également l’achat de combustible nucléaire. Sur la base de cette feuille de route, les entreprises seront tenues de rendre compte de l’origine de leurs importations d’énergie. Dans le même temps, la Commission a adopté de nouvelles sanctions, proposant un moratoire sur l’achat d’essence, de diesel et de kérosène raffinés à partir de pétrole brut russe et soutenant la baisse d’un plafonnement prévu par le G7 pour le pétrole russe, qui le ferait passer de 60 dollars le baril à 45 dollars seulement. La Hongrie et la Slovaquie ont menacé d’opposer leur veto à toute mesure qui viserait à leur couper les vivres, si la Commission poursuivait son plan. En effet, ces deux pays pro-russes ont continué d’acheter du pétrole et du gaz russes depuis le début de la guerre, et ont même utilisé des dérogations temporaires pour s’enrichir grâce à des approvisionnements bon marché. Selon le texte présenté par Dan Jørgensen mardi, ces pays bénéficieraient d’un délai supplémentaire pour sortir de l’énergie russe, compte tenu de leur faible progression jusqu’à présent. Bien que ces mesures soient d’ordre commerciales et fiscales — qui peuvent être adoptées à la majorité qualifiée — l’introduction de nouvelles sanctions et la reconduction des sanctions existantes nécessiteront le soutien unanime de l’ensemble des 27 pays.
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Trump veut que l’Europe lui achète plus de gaz, mais elle prévoit de dépenser moins
BRUXELLES — L’Union européenne prévoit de réduire les objectifs d’achat de gaz naturel, alors même que le président américain Donald Trump insiste sur le fait qu’acheter plus de gaz est le seul moyen de mettre fin à sa guerre commerciale. Mardi, les pays de l’UE ont avancé dans leurs projets d’assouplir les objectifs obligatoires de remplissage des stocks avant l’hiver, dans le but de payer moins cher leurs approvisionnements, indiquent quatre diplomates à POLITICO. Ainsi, l’UE fait fi des exigences de la Maison-Blanche, qui veut que le Vieux Continent dépense 350 milliards de dollars de plus pour acheter du gaz américain afin de rétablir des échanges jugés déséquilibrés. Mais Trump a déjà imposé ce diktat par le passé, avant d’ignorer les propositions de l’Europe en faveur d’un accord et d’imposer des droits de douane. Ses taxes exacerbent désormais les tensions économiques qui poussent l’Europe à chercher des économies d’énergie. Sept pays — la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, la Hongrie, la Slovaquie et les Pays-Bas — ont mené la charge pour réduire les objectifs d’achat de gaz, en préconisant d’abaisser la cible de 90% de la capacité de stockage à 80% dans certaines circonstances. Ils estiment que l’objectif actuel contraint l’UE à acheter d’énormes volumes de gaz, dont une grande partie en provenance des Etats-Unis, à un moment où il est le plus cher. “En cette période de turbulences et [au milieu de] la bataille en cours pour la compétitivité, ce serait bien sûr une meilleure solution [d’avoir une plus grande flexibilité] que de s’en tenir aux objectifs actuels”, a déclaré le ministre lituanien de l’Energie Žygimantas Vaičiūnas lors d’une interview. La baisse de la demande industrielle “pourrait être l’une des conséquences potentielles” des droits de douane de Trump, a-t-il ajouté, ce qui rendrait objectivement plus difficile pour l’UE d’acheter davantage de GNL américain. AMIS-ENNEMIS DE L’ÉNERGIE L’Europe s’est de plus en plus tournée vers le GNL américain il y a trois ans, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine et réduit ses livraisons de gaz. Depuis, le gaz américain est devenu une bouée de sauvetage pour l’Union européenne. Ce lien ne devrait que se renforcer dans les mois à venir. L’UE s’efforce d’éliminer progressivement les derniers liens énergétiques avec la Russie et doit également remplacer le gaz qui, jusqu’à récemment, arrivait par l’Ukraine. “L’UE devra acheter davantage de gaz américain pour compenser la perte des approvisionnements russes”, décrypte Laura Page, analyste de marché chez Kpler, une société spécialisée dans les données sur les matières premières. “Réduire l’objectif de stockage allègera la pression sur les importations de gaz de l’Europe cet été, ce qui pèsera sur les prix — ce qui signifie une meilleure affaire pour l’UE.” Au rythme actuel de remplissage, les données de Kpler montrent que les réserves de l’UE n’atteindront probablement que 78% de leur capacité d’ici cet hiver. Pour atteindre 90%, l’UE devrait surpayer le gaz dans les mois à venir, souligne Laura Page. Les droits de douane de Donald Trump alimentent des prévisions de ralentissement industriel, les exportateurs européens voyant tous leurs produits expédiés outre-Atlantique taxés à 20%. Moins d’activité industrielle signifie moins de besoins en carburant. Une nouvelle analyse d’ICIS, une société spécialisée dans les données sur les matières premières, estime que la demande de gaz diminuera de 3,6% cette année et que les prix baisseront également de 3,5%. Les droits de douane de Donald Trump alimentent des prévisions de ralentissement industriel, les exportateurs européens voyant tous leurs produits expédiés outre-Atlantique taxés à 20%. | Morris MacMatzen/Getty Images Les nouveaux droits de douane américains pourraient s’approcher des “niveaux de la Grande Dépression”, pointe Andreas Schroeder, responsable de l’analyse énergétique chez ICIS. Et les droits de douane, ajoute Schroeder, “auront des conséquences étendues et à plus long terme sur les marchés européens de l’énergie”. La baisse de la demande industrielle qui en résultera réduira probablement les “livraisons de GNL spot en Europe”, ce qui se traduira à nouveau par une baisse d’activité pour les producteurs américains. Ces dernières semaines, des représentants de l’UE se sont néanmoins rendus à Washington pour tenter de conclure un accord sur l’achat de GNL, mais ces démarches n’ont abouti à rien. En privé, les diplomates ont exprimé leur frustration face au manque d’intérêt des responsables américains pour les négociations, malgré des offres concrètes d’achat de gaz. La demande de Trump d’acheter pour 350 milliards de dollars d’énergie, formulée lundi en fin de journée, va bien au-delà d’une position de négociation réaliste. Commander une telle quantité de gaz se traduirait par près de 16 millions de barils par jour, ce qui est supérieur à la production quotidienne totale actuelle des Etats-Unis, qui est d’environ 13 millions de barils. “En ce qui concerne les 350 milliards de dollars, il est important de noter que les contrats énergétiques sont conclus sur la base de la demande et du prix, et que ces facteurs fluctuent”, a rappelé Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission européenne. “Par conséquent, il est très, très difficile de faire des commentaires sur un chiffre donné par les Etats-Unis.” Douglas Busvine a contribué à cet article. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Mozambique : une information judiciaire ouverte contre TotalEnergies pour homicide involontaire
Le parquet de Nanterre a ouvert vendredi une information judiciaire à l’encontre de TotalEnergies pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger, a appris POLITICO auprès des deux parties, confirmant une information de franceinfo. Cette affaire fait suite à l’attaque djihadiste de Palma, au Mozambique en 2021, dans laquelle plus de 1 400 personnes sont mortes ou disparues. TotalEnergies développait à proximité un gigantesque et controversé projet gazier, Mozambique LNG. A l’automne 2023, sept rescapés et proches de victimes avaient porté plainte contre la major française, l’accusant d’avoir manqué à son devoir de protection envers ses sous-traitants et les habitants, une fois l’attaque lancée. TotalEnergies avait rejeté ces accusations dans un comuniqué. Dans une déclaration transmise ce samedi à POLITICO, l’entreprise réitère et rappelle “l’aide d’urgence que les équipes de Mozambique LNG ont apportée (…) afin de permettre l’évacuation de plus de 2 500 personnes”, à la fois civils et personnels. Elle promet “sa coopération à l’enquête”. De leur côté, les avocats des plaignants saluent “une étape décisive pour les victimes”.  “Les investigations que cette information judiciaire devrait permettre sont une source considérable d’espoir”, poursuivent Henri Thulliez et Vincent Brengarth. “Le parquet a dû être convaincu que les juridictions françaises étaient compétentes pour juger de l’affaire”, se félicitent ils, ajoutant que leurs clients “ont hâte” d’être entendus. Après ces massacres, TotalEnergies a déclaré la force majeure et mis son projet sur pause. Une enquête publiée par POLITICO a par ailleurs révélé une série d’exactions perpétrées peu après par des soldats mozambicains, dont certains appartenant à une task force payée par TotalEnergies, et opérant en lisière de la concession. L’entreprise compte toujours relancer son projet, et a réussi ce jeudi à confirmer le prêt de 4,7 milliards de dollars de l’agence américaine de crédits à l’export.
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TotalEnergies confirme le retard de son projet au Mozambique
PARIS — Faute d’une relance du chantier sur le site d’extraction de gaz naturel liquéfié (GNL) de TotalEnergies au Mozambique, celui ne sera pas opérationnel d’ici à 2029, comme il l’escomptait. Un retard dans l’échéancier remarqué par le Financial Times, et corroboré par la major auprès de Reuters. “La priorité est de rétablir la paix et la sécurité dans le Cabo Delgado et de lever la force majeure”, a indiqué un porte-parole du groupe à Reuters. Sollicité par POLITICO, TotalEnergies acte ce retard sans donner de nouveau calendrier, ni faire davantage de commentaires. Le projet gazier de 20 milliards de dollars est très contesté : des ONG dénoncent des violiations des droits humains et une empreinte carbone qu’elles estiment insoutenable. “Si TotalEnergies semble mettre en pause sa menace d’une relance sans cesse imminente du projet, nous n’oublions pas les impacts sévères que continuent de générer son projet au Mozambique”, a réagi auprès de POLITICO Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre France, estimant toute relance “innacceptable”. Le projet est suspendu depuis 2021, après une attaque djihadiste meurtrière non-loin. Ont suivi des exactions contre des civils menées par des soldats mozambicains en bordure du site de TotalEnergies, révélées par POLITICO. Depuis, la paix n’a pas été rétablie et le pays connait des émeutes meurtrières régulièrement, entravant la reprise du projet. Celle-ci dépend également d’un prêt de 4,7 milliards de dollars par la banque américaine Export-Import Bank, en attente de réapprobation.
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126 ONG pressent les banques de cesser leur soutien au projet de TotalEnergies au Mozambique
Une centaine d’ONG demande aux banques et agences publiques de crédit à l’exportation soutenant le projet d’extraction de gaz naturel liquéfié (GNL) de TotalEnergies au Mozambique de cesser leur financement dans l’attente d’une enquête indépendante sur les exactions commises à la lisière de la concession gazière. Cette lettre ouverte, publiée ce mercredi 22 janvier, a été envoyée à une trentaine d’établissements en décembre, dont la Société Générale et le Crédit Agricole. Ils avaient jusqu’à vendredi dernier pour répondre. Les deux banques françaises ont accusé réception de cette lettre. Dans leurs courriers, que nous avons pu consulter, ni le Crédit Agricole ni la Société Générale ne répondent sur le fond. La seconde se dit notamment tenue à des obligations de confidentialité ainsi qu’à des engagements contractuels. POLITICO a révélé fin septembre l’ampleur d’un massacre commis par des soldats mozambicains en représailles contre des civils, depuis des conteneurs marquant l’entrée du site de Mozambique LNG. Ces militaires appartenaient à la task force payée par TotalEnergies. La major française a indiqué n’avoir, après “recherches approfondies”, “identifié aucune information ou preuve susceptible de corroborer les allégations d’abus graves et de torture”.  La réponse de la major gazière soulève plusieurs questions, détaillent les ONG dans leur courrier : “Qu’est-ce que cela suggère quant à sa compétence et sa capacité à prévenir efficacement des violations aussi graves des droits de l’homme ? La déclaration de TotalEnergies selon laquelle il n’a pas été informé du massacre présumé a-t-elle pour but d’éviter de rendre des comptes ?” Les associations réclament que l’enquête indépendante sur les violations des droits de l’homme soit menée par un organisme intergouvernemental, comme le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) ou la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, écrivent les associations. Début octobre, devant les investisseurs de TotalEnergies, son PDG, Patrick Pouyanné a déclaré vouloir relancer le projet et avoir réuni l’accord de presque tous ses soutiens financiers. “Nous savons que TotalEnergies a pris contact avec ces banques et agences de crédit à l’exportation afin de s’assurer de leur soutien renouvelé en vue d’une levée de la force majeure”, écrivent les ONG dans leur lettre. Elles y voient une “occasion” pour ces acteurs de “reconsidérer [leur] participation”. “Ce projet a tout pour plaire, ironise Adam McGibbon, chargé de campagne chez Oil Change International : l’une des plus grandes attaques terroristes de l’histoire visant ses travailleurs, des allégations de torture, de meurtre et de viol autour du site du projet, un manque de compensation pour les populations locales, et une pollution climatique projetée plus importante que les émissions annuelles combinées de l’ensemble de l’Union européenne. Chaque mois, le tableau s’aggrave. Pourquoi quelqu’un voudrait-il financer ce projet ?” Alex Perry a contribué à cet article.
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TotalEnergies invite le Mozambique à enquêter sur le massacre commis sur son site gazier
TotalEnergies s’est félicité de l’offre du gouvernement mozambicain d’autoriser une enquête sur les allégations de massacre dans le cadre de son mégaprojet gazier dans le nord du Mozambique — et a demandé qu’une enquête soit menée “dès que possible”. Cet appel intervient après que la filiale mozambicaine de l’entreprise, Mozambique LNG, a déclaré avoir mené ses propres “recherches approfondies” et n’avoir “identifié aucune information ou preuve susceptible de corroborer les allégations d’abus graves et de torture”. POLITICO a rapporté en septembre qu’une unité militaire mozambicaine opérant à partir de de la concession gazière de TotalEnergies avait rassemblé dans des conteneurs à l’entrée du site un groupe de 180 à 250 personnes et les avait gardées là pendant trois mois. Onze survivants et deux témoins ont déclaré que seuls 26 hommes avaient survécu à cette épreuve. POLITICO a publié un résumé d’une enquête qui a identifié 97 victimes et énuméré les causes de leur décès : suffocation, coups à mort, coups de feu, “disparition” — enlèvement et exécution présumée — et disparition, mort présumée après avoir été vu pour la dernière fois sous la garde de l’armée. Des proches des victimes ont déclaré à POLITICO qu’ils avaient gardé le silence sur le massacre par crainte de représailles. Les travaux sur le site ont été interrompus en 2021 lorsque des militants islamistes ont envahi la région. TotalEnergies et les autorités mozambicaines ont nié toute connaissance de l’attaque. Dans une déclaration publiée mardi, Mozambique LNG note qu’en octobre, le ministère mozambicain de la défense s’est déclaré “totalement ouvert et disposé à accepter une enquête transparente et impartiale”. “Mozambique LNG a invité les autorités mozambicaines à mener une telle enquête dès que possible”, peut-on lire dans la déclaration. “Mozambique LNG continuera à suivre les autorités mozambicaines, car elles seules peuvent faire avancer l’enquête à ce stade.” Le 24 novembre, une enquête conjointe du Monde et du média d’investigation Source Material a publié des conclusions similaires à celle de POLITICO. Il y a deux semaines, des manifestants de la péninsule d’Afungi, où se trouve la concession, ont commencé à bloquer les portes d’entrée du site de Total en brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : “Total, nous ne voulons pas la guerre. Nous voulons nos droits.” Des associatifs et des législateurs européens, dont les Amis de la Terre, réclament une enquête indépendante des Nations unies sur le massacre. Un porte-parole de l’ONG en France a déclaré qu’en proposant aux autorités mozambicaines d’enquêter sur les militaires responsables de violations des droits de l’homme, TotalEnergies “démontre une fois de plus sa collusion avec les mêmes autorités dont le rôle et la responsabilité dans ces atrocités présumées sont actuellement remis en question”. “Notre demande d’une enquête véritablement indépendante est plus nécessaire et plus urgente que jamais”, a-t-elle déclaré, ajoutant que “le fait que TotalEnergies ait complètement ignoré les voix et la douleur des victimes (…) donne une très mauvaise image de l’entreprise”.
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TotalEnergies au Mozambique : des élus et ONG réclament un arrêt du projet et l’ouverture d’une enquête
PARIS — Après les révélations de POLITICO concernant des exactions commises en lisière d’un site de TotalEnergies, des ONG et élus français réclament l’arrêt du projet gazier Mozambique LNG. Cette enquête du journaliste indépendant Alex Perry documente des atrocités commises par un commando mozambicain, dont certains membres travaillaient sur le site de production de gaz naturel du géant pétrolier français, à Afungi au cours de l’été 2021. TotalEnergies a déclaré qu’elle n’avait “aucune connaissance des événements présumés décrits”. “Le groupe pétrolier et la France pouvaient-ils ignorer les crimes commis ?” s’interroge sur X le sénateur écologiste Yannick Jadot. “Nous étudions les options pour que la vérité soit établie et la justice rendue”, poursuit celui qui a mené une commission d’enquête parlementaire sur TotalEnergies cette année. La députée Ecologiste Sandrine Rousseau a déclaré également vouloir l’ouverture d’une enquête. “Il faut que le gouvernement prenne ses reponsabilités dans le soutien qu’il apporte à TotalEnergies. Je me demande comment faire en sorte que Patrick Pouyanné réponde de ces actes, il n’est pas possible de laisser ça impuni !”, a-t-elle déclarée à POLITICO. “Ce projet ne doit pas être relancé”, réagit pour sa part Lorette Philippot, des Amis de la Terre France. “TotalEnergies se montre indigne de confiance. Nous appelons les financeurs – en France, le Crédit agricole et la Société générale — à arrêter de fermer les yeux et les élus à se saisir de cette enquête et à demander des comptes.” Elle espère que ces éléments pourront nourrir l’investigation ouverte par le parquet de Paris pour “homicide involontaire” et “non-assistance à personne en danger”, à la suite de la mort de sous-traitants lors d’un autre massacre cette même année 2021, à Palma. Les Amis de la Terre et ses alliés internationaux étudient actuellement les suites à donner à cette enquête.
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