LONDRES — Le Royaume-Uni s’est retiré du financement de Mozambique LNG, un
important projet gazier mené par TotalEnergies, a confirmé le gouvernement
lundi.
Le ministre des affaires étrangères, Peter Kyle, a annulé le projet d’aide de
plus d’un milliard de dollars au projet de gaz naturel liquéfié, opéré au nord
du Mozambique par la major française.
En mars 2021, un groupe mozambicain lié à l’Etat islamique, a attaqué la ville
de Palma, a proximité du site industriel, où se trouvaient des milliers de
travailleurs du projet, tuant 1 354 personnes et en enlevant 209 autres. Au
total, 330 personnes ont été décapitées.
Parmi les morts se trouvaient 55 ouvriers travaillant sur le projet de Total,
selon une enquête menée de maison en maison par POLITICO.
Une unité militaire mozambicaine opérant depuis la guérite de l’installation
gazière a massacré au moins 97 civils au cours de l’été 2021, a rapporté
POLITICO l’année dernière.
Le soutien financier britannique, sous la forme de prêts publics et de garanties
pour les exportateurs britanniques et les banques soutenant le projet, avait été
suspendu après que TotalEnergies eut invoqué la force majeure — une clause
contractuelle qui permet aux entreprises de suspendre leurs obligations en cas
de catastrophe — suite à la détérioration de la situation sécuritaire dans la
région.
En ce qui concerne le massacre de civils, TotalEnergies a déclaré précédemment
qu’il n’avait “aucune connaissance des événements allégués (…) et n’a jamais
reçu d’informations indiquant que de tels événements ont eu lieu”.
Peter Kyle a confirmé aujourd’hui dans une déclaration écrite qu”“après un
examen détaillé, le gouvernement britannique a décidé de mettre fin à la
participation de l’UKEF [UK Export finance, l’agence britannique de crédit à
l’export] au projet”.
Il a ajouté : “Mes collaborateurs ont évalué les risques liés au projet et le
gouvernement estime que ces risques ont augmenté depuis 2020. Ce point de vue
est fondé sur une évaluation complète du projet et sur les intérêts des
contribuables britanniques, qui sont mieux servis en mettant fin à notre
participation au projet à ce stade.”
L’UKEF remboursera les primes déjà versées au projet. Peter Kyle a insisté sur
le fait que le gouvernement était “engagé dans notre partenariat national avec
le Mozambique”.
La décision de financer le projet a été prise par l’administration conservatrice
de Boris Johnson en 2020, mais elle est depuis lors entachée de controverse.
Peter Kyle a fait valoir que le financement du projet ne servait plus “les
intérêts de notre pays”.
La branche britannique de l’ONG environnementaliste Les Amis de la Terre a salué
la décision du gouvernement, rappelant que le gaz extrait du gisement pourrait
générer environ 4,5 milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre au
cours de sa durée de vie, soit plus que les émissions annuelles combinées des 27
pays de l’Union européenne.
“Ce projet gazier au Mozambique est une énorme bombe à retardement en matière de
carbone, liée à de graves violations des droits de l’homme. Il n’aurait jamais
dû être financé par le contribuable britannique, a déclaré Asad Rehman,
directeur général à Londres des Amis de la Terre. Nous exhortons maintenant les
autres pays à suivre l’exemple et à cesser de soutenir ce projet destructeur.”
A l’heure de la publication, TotalEnergies n’avait pas répondu à notre demande
de commentaire.
Graham Lanktree a contribué à cet article. Il a été initialement publié en
anglais par POLITICO et adapté en français par Alexandre Léchenet.
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BRUXELLES — L’Union européenne disposera bientôt de nouveaux pouvoirs lui
permettant de réduire et, à terme, d’interdire la circulation du gaz russe sur
le continent au cours des trois prochaines années. Ces mesures sont annoncées
dans le cadre d’une initiative sans précédent de la Commission visant à réduire
la dépendance à l’égard de la Russie.
S’exprimant à Strasbourg mardi, le commissaire à l’énergie Dan Jørgensen va
dévoiler ses propositions pour éliminer les importations de combustibles
fossiles en provenance de Russie d’ici 2027, une fois reçu l’aval du cabinet de
la présidente de la Commission.
Un projet de document, vu par POLITICO avant sa publication, s’engage à
supprimer “l’exposition de l’Union aux risques significatifs pour le commerce et
la sécurité, résultant du commerce du gaz avec la Fédération de Russie, en
établissant une interdiction progressive des importations de gaz naturel [et
à] introduire des règles pour mettre en œuvre et contrôler efficacement cette
interdiction”.
A partir du 1er janvier 2026, l’importation de gaz aussi bien par gazoduc que
par voie maritime sera interdite. Des exceptions sont prévues pour les
importations dans le cadre de contrats à court terme conclus avant le 17 juin
2026 ; pour les pays enclavés qui ont conclu des accords de long terme avec la
Russie ainsi que pour certaines entreprises européennes qui ont également conclu
des contrats à long terme — l’interdiction s’appliquera à partir du 1er janvier
2028 pour celles-ci.
Dans une démarche sans précédent, le gaz qui arrivera dans l’UE via la Russie,
par exemple par des points d’interconnexion en Serbie, sera considéré comme du
gaz russe sauf preuve du contraire. Une documentation claire devra montrer qu’il
provient d’une autre source.
Les pays devront également publier de nouveaux “plans de diversification”
indiquant comment ils entendent mettre fin à leur dépendance à l’égard du
pétrole et du gaz russes.
Ces mécanismes juridiques ont été promis dans le cadre de la feuille de route
REPowerEU qui entend sevrer l’Europe de l’énergie russe le mois dernier.
Celle-ci trace la voie à une interdiction générale de l’approvisionnement en
combustibles fossiles qui financent la guerre du Kremlin en Ukraine. Elle
concerne également l’achat de combustible nucléaire. Sur la base de cette
feuille de route, les entreprises seront tenues de rendre compte de l’origine de
leurs importations d’énergie.
Dans le même temps, la Commission a adopté de nouvelles sanctions, proposant un
moratoire sur l’achat d’essence, de diesel et de kérosène raffinés à partir de
pétrole brut russe et soutenant la baisse d’un plafonnement prévu par le G7 pour
le pétrole russe, qui le ferait passer de 60 dollars le baril à 45 dollars
seulement.
La Hongrie et la Slovaquie ont menacé d’opposer leur veto à toute mesure qui
viserait à leur couper les vivres, si la Commission poursuivait son plan. En
effet, ces deux pays pro-russes ont continué d’acheter du pétrole et du gaz
russes depuis le début de la guerre, et ont même utilisé des dérogations
temporaires pour s’enrichir grâce à des approvisionnements bon marché.
Selon le texte présenté par Dan Jørgensen mardi, ces pays bénéficieraient d’un
délai supplémentaire pour sortir de l’énergie russe, compte tenu de leur faible
progression jusqu’à présent. Bien que ces mesures soient d’ordre commerciales et
fiscales — qui peuvent être adoptées à la majorité qualifiée — l’introduction de
nouvelles sanctions et la reconduction des sanctions existantes nécessiteront le
soutien unanime de l’ensemble des 27 pays.