Cela fait dix ans que les Etats-Unis et l’Europe ont poussé les pays du monde
entier à adopter un accord historique visant à mettre un terme au réchauffement
incontrôlé de la planète.
Conclu par près de 200 pays, ce traité constituait un potentiel “tournant pour
le monde”, avait alors déclaré le président américain de l’époque, Barack Obama.
Presque tous les pays de la planète ont signé l’Accord de Paris de 2015, un
pacte dont le succès devait reposer sur la pression des pairs, une ambition
croissante et, sur le plan économique, une révolution de l’énergie propre.
Mais dix ans plus tard, les actions entreprises pour répondre à ces espoirs ne
sont pas à la hauteur.
Les Etats-Unis ont quitté l’accord ; deux fois. Le président Donald Trump a mis
un coup d’arrêt aux projets d’énergie verte dans son pays et trouve des alliés
pour l’aider à saper les initiatives climatiques à l’étranger, tout en signant
des accords commerciaux qui engagent les pays à acheter davantage de
combustibles fossiles américains.
L’Europe reste sur la bonne voie pour respecter ses engagements en matière de
climat, mais sa détermination vacille, car entre des électeurs inquiets pour
leur pouvoir d’achat et la montée des partis d’extrême droite, des doutes ont
émergé quant à la rapidité avec laquelle l’UE pourra tenir sa promesse de se
détourner des énergies fossiles.
L’Accord de Paris a contribué à ancrer la sensibilisation au changement
climatique dans la culture populaire et la politique, a conduit des pays et des
entreprises à s’engager à réduire leurs émissions carbone à zéro et a contribué
à orienter un flot d’investissements vers les énergies propres. D’après les
scientifiques, le traité semble avoir réduit les risques d’atteindre les niveaux
de réchauffement les plus catastrophiques.
En revanche, la production de pétrole et celle de gaz n’ont pas encore atteint
son pic, tandis que les émissions de CO2 et les températures continuent
d’augmenter. Ces dernières ne sont d’ailleurs plus qu’à quelques dixièmes de
degrés du point de bascule convenu à Paris. Mais les coûts de l’énergie verte
ont tellement baissé que, dans la plupart des régions du monde, elle est devenue
la forme d’énergie la moins chère et elle est déployée à un rythme encore
impensable il y a dix ans.
Les dirigeants et les diplomates, qui se réunissent au Brésil à partir de cette
semaine pour les négociations annuelles des Nations unies sur le climat, seront
confrontés à un test : défendre l’Accord de Paris face à l’opposition de Trump
tout en soulignant que ses objectifs sont à la fois nécessaires et bénéfiques.
Le sommet organisé dans la ville portuaire amazonienne de Belém devait être
celui où les pays riches et pauvres allaient célébrer leurs progrès et s’engager
à réduire toujours plus les émissions de gaz à effet de serre.
Au lieu de cela, le mépris des Etats-Unis pour les efforts climatiques mondiaux
et un message confus de l’Europe rajoutent des difficultés alors que la période
actuelle est bien plus incertaine que celle lors de l’adoption de l’Accord de
Paris.
Certains experts climatiques sont encore optimistes… jusqu’à un certain point.
“Je pense que l’architecture de base résiste à la destruction de Trump”, a
estimé John Podesta, président du Center for American Progress, un organisme de
centre gauche qui a coordonné la politique climatique sous les présidents Obama
et Biden.
Mais cette résistance pourrait s’affaiblir si les Etats-Unis restent en dehors
de l’accord, ce qui priverait le mouvement climat du leadership et du soutien
américains, a-t-il poursuivi. “Si tout cela disparaît, et pour longtemps, je ne
sais pas si la structure tiendra le coup”, a prévenu John Podesta.
D’autres diplomates du climat affirment que l’esprit de coopération de 2015
serait difficile à recréer aujourd’hui, raison pour laquelle il est essentiel
d’appliquer l’Accord de Paris.
“Si nous devions renégocier [l’Accord de] Paris aujourd’hui, nous n’obtiendrions
jamais l’accord que nous avions eu il y a dix ans”, a tranché Rachel Kyte,
représentante spéciale du Royaume-Uni pour les questions climatiques.
“Mais nous pouvons aussi regarder ces données extraordinaires, qui montrent que
la tendance est très claire”, a-t-elle plaidé, faisant référence à la croissance
des énergies propres. “Et la plupart de ceux qui cherchent à protéger leurs
investissements sont intéressés par cette tendance.”
LE PARADOXE DE PARIS
S’il y a bien une chose qui ne s’est pas affaiblie, c’est l’intérêt économique
pour les énergies propres. Les facteurs économiques derrière les investissements
que l’Accord de Paris a contribué à déclencher ont même dépassé ce que ses
auteurs avaient prévu.
Mais la volonté politique pour faire en sorte que les pays continuent à aller de
l’avant n’est pas toujours au rendez-vous, voire elle est parfois au point mort,
alors que les Etats-Unis — la plus grande économie du monde, la seule
superpuissance militaire et, historiquement, le plus grand émetteur de CO2 —
s’attaquent à ses fondements mêmes.
Les tentatives de Trump de saper l’accord — que résume le slogan de la
Maison-Blanche de 2017 : “Pittsburgh, pas Paris” — ont également eu un impact
sur les ambitions européennes, a jugé Laurence Tubiana, l’architecte du traité,
fin octobre devant la presse.
“Je n’ai jamais vu une telle agressivité contre la politique climatique
nationale partout dans le monde à cause des Etats-Unis”, a confié Laurence
Tubiana. “Nous sommes donc réellement confrontés à une bataille idéologique, une
bataille culturelle, où le climat fait partie de cet ensemble que le
gouvernement américain veut vaincre.”
La Maison-Blanche a fait savoir que Donald Trump se concentre sur l’exploitation
du pétrole américain et sur le dialogue avec les dirigeants étrangers sur les
questions énergétiques, plutôt que sur ce qu’elle appelle la “nouvelle arnaque
verte”. Les Etats-Unis n’enverront pas de représentants de haut niveau à la
COP30.
“La nouvelle arnaque verte aurait tué l’Amérique si le président Trump n’avait
pas été élu pour mettre en œuvre son programme énergétique de bon sens”, a
déclaré Taylor Rogers, un porte-parole. “Le président Trump ne mettra pas en
péril la sécurité économique et nationale de notre pays pour poursuivre de
vagues objectifs climatiques qui tuent d’autres pays.”
Donald Trump n’est pas le seul défi auquel l’Accord de Paris fait face.
Même sous Obama, les Etats-Unis ont insisté pour que les objectifs du traité en
matière d’émissions de CO2 ne soient pas contraignants, afin d’éviter un vote de
ratification par le Sénat qui aurait très probablement été contre.
Toutefois, contrairement aux précédents accords sur le climat auxquels les
Etats-Unis avaient refusé de se joindre, tous les pays — y compris et surtout la
Chine — doivent présenter un plan de réduction de leurs émissions. Le traité
laisse aux gouvernements le soin de tenir leurs propres engagements et de
pousser les retardataires à faire mieux. Un contexte politique exceptionnel a
contribué à faire avancer les négociations.
Barack Obama, qui misait une partie de son héritage politique sur la conclusion
d’un accord mondial sur le climat, avait passé l’année précédant l’Accord Paris
à négocier un traité distinct avec la Chine, dans lequel les deux pays, qui sont
les plus gros pollueurs de la planète, s’engageaient à réduire leurs émissions.
La France, en tant qu’hôte des négociations, était également déterminée à
parvenir à un accord mondial.
L’année suivante, plus de 160 pays ont présenté leurs plans initiaux de lutte
contre le réchauffement climatique au niveau national et ont commencé à
travailler à l’élaboration des règles qui allaient servir de fondement au
traité.
“L’Accord de Paris n’est pas une machine à produire de l’ambition. Il ne fait
que nous rappeler le niveau d’ambition dont nous avons convenu […] et suggère ce
qui est nécessaire pour revenir sur la trajectoire”, a décrit Kaveh Guilanpour,
vice-président chargé des stratégies internationales au Center for Climate and
Energy Solutions et négociateur pour le Royaume-Uni lors des négociations à
Paris. “Que les pays le fassent ou non, c’est essentiellement leur affaire.”
Catherine McKenna, ancienne ministre canadienne de l’Environnement qui a
notamment négocié le mécanisme de crédits carbone de l’Accord de Paris, a
qualifié le traité d’“incroyable exploit”, mais qu’il n’allait pas se mettre en
œuvre tout seul.
“Le problème, c’est que désormais c’est vraiment au bon vouloir des pays,
villes, régions, entreprises et institutions financières d’agir”, a-t-elle
pointé. “Ce n’est plus une histoire de traité ; maintenant, c’est : ‘faites le
travail.’”
QUAND LE VERT DEVIENT GRIS
Les signes de discorde ne sont pas difficiles à trouver dans le monde entier.
La Chine resserre son emprise sur la fabrication et l’exportation d’énergies
propres, garantissant l’accès à un plus grand nombre de pays à des énergies
renouvelables peu coûteuses, mais créant des tensions dans les régions qui
souhaitent également bénéficier des emplois et des revenus générés par la
fabrication de ces équipements et qui craignent de trop dépendre d’un seul pays.
Au Canada, le Premier ministre Mark Carney, ancien envoyé des Nations unies pour
le climat, a supprimé la taxe carbone pesant sur la consommation et prévoit
d’exploiter davantage de gaz naturel afin de renforcer les défenses économiques
face aux Etats-Unis.
L’Union européenne a passé les cinq dernières années à élaborer un vaste
ensemble de réglementations écologiques et de mesures sectorielles, et elle
estime être à peu près en bonne voie pour atteindre ces objectifs. Cependant,
bon nombre des 27 gouvernements — sous la pression d’une extrême droite en
progression, de prix élevés de l’énergie, des difficultés de certaines
industries et de la guerre de la Russie contre l’Ukraine — demandent aujourd’hui
à l’UE de réévaluer un certain nombre de ces politiques.
Toutefois, les points de vue au sein de l’Union divergent fortement, certains
préconisant de petites modifications, quand d’autres veulent revenir sur des
pans entiers de la législation.
“L’Europe doit rester un continent de cohérence”, a défendu Emmanuel Macron
après une réunion des dirigeants de l’UE en octobre. “Elle doit aller plus vite
sur la compétitivité, mais elle ne doit pas renoncer à ses objectifs
[climatiques].”
Le Premier ministre polonais Donald Tusk, en revanche, a déclaré après la même
réunion qu’il se sentait conforté par l’opposition historique de son pays à
l’agenda vert européen : “Dans la plupart des capitales européennes, on aborde
différemment aujourd’hui ces ambitions climatiques européennes exagérées.”
Au-delà de l’UE, la plupart des pays dans le monde n’ont pas encore soumis leurs
derniers plans de réduction des émissions de carbone aux Nations unies. Si les
plans annoncés par les gouvernements s’inscrivent pour la plupart dans le
prolongement des précédents, ils ne prévoient encore que des réductions modestes
par rapport à ce qui est nécessaire pour limiter à 1,5 degré le réchauffement de
la Terre depuis l’ère préindustrielle.
Selon les scientifiques, dépasser ce seuil entraînerait davantage de décès,
ainsi que des dommages physiques et économiques dont il serait de plus en plus
difficile de se remettre à chaque dixième de degré de réchauffement
supplémentaire.
Le dernier rapport de l’ONU, qui expose l’écart entre les nouvelles promesses
des pays et les objectifs de l’Accord de Paris, a montré que le monde est sur la
voie d’un réchauffement de 2,3 à 2,5 degrés, une différence marginale par
rapport aux plans soumis en 2020, et même presque nulle si l’on exclut
l’engagement des Etats-Unis. Les politiques mises en place à l’heure actuelle
laissent présager un réchauffement de 2,8 degrés.
“Nous devons réaliser une baisse sans précédent des émissions de gaz à effet de
serre dans un délai toujours plus court et dans un contexte géopolitique
difficile”, a résumé Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des
Nations unies pour l’environnement.
Mais le faire a aussi du sens, a-t-elle ajouté. “C’est là que le marché montre
que ce type d’investissements intelligents, propres et verts crée en réalité des
emplois et des opportunités. C’est là que se trouve l’avenir.”
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré dans un message
vidéo mardi que le dépassement de l’objectif de 1,5 degré fixé à Paris était
désormais inévitable dans les années à venir. Il a imploré les dirigeants de
déployer rapidement les énergies renouvelables et d’arrêter l’expansion du
pétrole, du gaz et du charbon pour s’assurer que ce dépassement soit de courte
durée.
“On est dans un sacré pétrin”, a lancé Bill Hare, un climatologue chevronné qui
a fondé l’institut Climate Analytics.
Les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas diminué et on n’a pas pris plus
de mesures alors que les catastrophes climatiques se sont multipliées.
“Je pense que ce qui se profile est un test majeur pour l’Accord de Paris,
probablement le test le plus important. Cet accord peut-il aller de l’avant sous
le poids de tous ces défis ?” formule Bill Hare. “S’il n’y parvient pas, les
gouvernements s’interrogeront franchement sur ses avantages.”
Cela ne veut pas dire que tout est perdu.
En 2015, le monde se dirigeait vers un réchauffement d’environ 4 degrés, ce qui,
selon les chercheurs, aurait été dévastateur pour une grande partie de la
planète. Aujourd’hui, cette projection est inférieure d’environ un degré.
“Je pense que beaucoup d’entre nous à Paris étaient très dubitatifs à l’époque
quant à la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5” degrés, confie Elliot
Diringer, un ancien responsable du climat qui dirigeait le programme
international du Center for Climate and Energy Solutions lors des négociations
de l’Accord de Paris.
“La question est de savoir si notre situation est meilleure grâce à l’Accord de
Paris”, a-t-il exposé. “Je pense que la réponse est oui. Avons-nous assez avancé
? Absolument pas.”
LES TECHNOLOGIES VERTES DÉFIENT LES ATTENTES
En outre, l’adoption de technologies énergétiques propres a progressé encore
plus rapidement que prévu, déclenchant ce qu’un expert du climat a appelé un
changement dans la politique climatique mondiale.
“Nous ne sommes plus dans un monde où seule la politique climatique joue un rôle
prépondérant et substantiel, mais de plus en plus l’économie climatique”, a
analysé Christiana Figueres, qui était la secrétaire exécutive de la
Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 2015.
“Oui, la politique est importante, mais elle ne l’est plus autant qu’il y a dix
ans.”
Le déploiement annuel de l’énergie solaire dans le monde est 15 fois supérieur à
ce que prévoyait l’Agence internationale de l’énergie en 2015, selon une analyse
récente de l’Energy and Climate Intelligence Unit, une association britannique.
Les énergies renouvelables représentent désormais plus de 90% des nouvelles
capacités électriques ajoutées chaque année dans le monde, selon BloombergNEF.
La Chine déploie un nombre record d’énergies renouvelables et en réduit les
coûts pour des pays, tels que le Brésil et le Pakistan, qui ont vu leurs
installations solaires monter en flèche.
Même aux Etats-Unis, où Donald Trump a abrogé de nombreuses baisses d’impôts et
autres mesures incitatives de Joe Biden, BloombergNEF prévoit que les
énergéticiens continueront à déployer des installations vertes, en grande partie
parce qu’il s’agit souvent du moyen le plus rapide de produire de l’électricité.
Les coûts des éoliennes et des batteries diminuent également. Les ventes de
véhicules électriques montent en flèche dans de nombreux pays, en grande partie
grâce à l’énorme quantité de véhicules bon marché produits par la société
chinoise BYD, le plus grand fabricant au monde.
Au niveau mondial, les investissements dans les énergies propres sont
aujourd’hui deux fois plus importants que ceux consacrés aux énergies fossiles,
selon l’Agence internationale de l’énergie.
“Aujourd’hui, on peut parler de déploiement de technologies énergétiques propres
en raison de leur compétitivité-coût et de leur capacité à réduire les coûts des
systèmes énergétiques”, a expliqué Robbie Orvis, directeur senior de la
modélisation et de l’analyse à l’institut de recherche Energy Innovation. “Pour
beaucoup d’entre elles, ce n’est même pas nécessaire de parler de climat, ce qui
n’était pas le cas il y a dix ans.”
Les tendances économiques de la dernière décennie sont frappantes, a souligné
Todd Stern, l’envoyé américain pour le climat qui a négocié l’Accord de Paris.
Ce traité “a été perçu dans le monde entier, par d’autres pays, dans les
conseils d’administration, comme la première fois en plus de vingt ans que les
chefs de gouvernement disaient enfin : ‘Oui, faisons-le’”, a-t-il mis en avant.
“Et ce n’est pas la seule raison pour laquelle il y a eu un énorme développement
technologique, mais cela n’a certainement pas fait de mal.”
Néanmoins, il existe des limites à la capacité des entreprises à mener seules la
transition vers l’énergie propre.
“Il faut une certaine forme d’intervention gouvernementale, qu’il s’agisse d’un
bâton ou d’une carotte, pour pousser l’économie vers une trajectoire bas
carbone”, a estimé Andrew Wilson, secrétaire général adjoint de la Chambre de
commerce internationale. “Si les gouvernements appuient sur le frein de l’action
climatique ou commencent sérieusement à mettre la pédale douce, cela a un effet
limitatif.”
Le Brésil, pays hôte de la COP30, souhaite démontrer que le multilatéralisme
fonctionne toujours, qu’il est utile pour la vie des gens et qu’il est capable
de répondre aux impacts climatiques auxquels les communautés du monde entier
sont confrontées.
Mais l’objectif des négociations de cette année pourrait être encore plus
simple, selon Kaveh Guilanpour, l’ancien négociateur pour le Royaume-Uni.
“Si nous sortons de la COP30 en démontrant que l’Accord de Paris est vivant et
fonctionne, a-t-il souligné, je pense que dans le contexte actuel, ce serait
déjà une information en soi.”
Nicolas Camut à Paris, Zi-Ann Lum à Ottawa, Karl Mathiesen à Londres et Zia
Weise à Bruxelles ont contribué à cet article, qui a d’abord été publié par
POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Tag - Négociations climatiques
BRUXELLES — Les ministres de l’Environnement de l’Union européenne sont parvenus
à un accord qui édulcore l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de
serre proposé pour 2040 et établit un nouveau plan climatique pour 2035.
A l’issue de négociations marathon qui se sont déroulées toute la journée de
mardi et la matinée de mercredi, les ministres ont approuvé à l’unanimité le
nouveau plan climatique de l’UE pour 2035. Attendu de longue date, il évite
ainsi à l’UE d’arriver les mains vides au sommet de la COP30, qui commence dans
quelques jours au Brésil.
Le plan, qui est une exigence de l’Accord de Paris, fixe un nouvel objectif
visant à réduire les émissions de l’UE entre 66,25% et 72,5% par rapport aux
niveaux de 1990 d’ici 2035.
Ce plan n’est pas juridiquement contraignant, mais définit l’orientation de la
politique climatique européenne pour les cinq prochaine années. Il reprend une
déclaration informelle que l’UE a présentée lors du sommet sur le climat qui
s’est tenu à New York en septembre.
Les ministres ont également adopté un objectif juridiquement contraignant visant
à réduire les émissions dans l’UE de 85% d’ici à 2040. L’accord prévoit qu’une
réduction supplémentaire de 5% sera obtenue en externalisant des réductions
d’émissions à l’étranger par l’achat de crédits carbone internationaux.
En outre, les gouvernements des 27 seraient autorisés à utiliser des crédits
carbone supplémentaires pour externaliser jusqu’à 5 points de pourcentage de
leurs objectifs nationaux de réduction d’émissions.
Les ministres ont aussi soutenu une clause de révision large qui permet à l’UE
d’ajuster son objectif pour 2040 à l’avenir si la politique climatique s’avère
avoir des effets négatifs sur l’économie européenne.
L’accord prévoit également de retarder d’un an la mise en œuvre du nouveau
marché européen du carbone (ETS2) pour les émissions liées au chauffage des
bâtiments et aux transports routiers, qui doit débuter en 2027.
La Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque et la Pologne n’ont pas soutenu
l’accord sur l’objectif 2040, tandis que la Bulgarie et la Belgique se sont
abstenues. Les autres pays de l’UE l’ont soutenu.
Les députés du Parlement européen doivent maintenant adopter leur propre
position sur l’objectif 2040 et négocier avec le Conseil de l’UE avant que ce
dernier ne puisse entrer en vigueur.
Zia Weise a contribué à cet article.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
Selon un rapport du programme des Nations unies sur l’environnement publié
mardi, les nouveaux plans nationaux conçus pour lutter plus efficacement contre
le changement climatique ne vont pas beaucoup infléchir les projections de
températures mondiales déjà dangereusement élevées.
Ces conclusions soulignent la tâche qui attend les différents pays participant
aux négociations sur le climat de la COP30, qui débutent le 10 novembre au
Brésil. Le rapport des Nations unies montre que les pays se sont engagés sur une
voie qui entraînerait des changements à long terme pour la planète, tels que des
vagues de chaleur plus meurtrières, une élévation vertigineuse du niveau de la
mer et des phénomènes extrêmes plus probables tels que les incendies et les
sécheresses.
Les températures augmenteraient de 2,3 à 2,5 degrés par rapport aux niveaux de
l’ère préindustrielle d’ici à 2100 si les gouvernements suivaient les politiques
présentées dans leurs stratégies climatiques officielles la semaine dernière,
selon son rapport annuel intitulé Emissions gap report. Cette trajectoire
dépasserait de loin les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat de 2015
dont l’objectif est de maintenir l’augmentation “bien en dessous” de 2°C et du
but plus ambitieux de 1,5°C.
“Les pays ont eu trois occasions d’atteindre leurs engagement dans le cadre de
l’Accord de Paris, et à chaque fois, elles sont tombées à côté de la cible”,
indique le rapport. “Nous avons toujours besoin d’une réduction d’ampleur sans
précédent des émissions de gaz à effet de serre, dans un délai toujours plus
court, dans un contexte géopolitique difficile.”
Bien que la trajectoire représente un progrès depuis l’Accord de Paris, lorsque
la hausse de température prévue se rapprochait de 4°C, elle est encore loin
d’être suffisante, selon ce même document. Les Nations unies sont parvenues à la
conclusion que l’augmentation de la température sur plusieurs décennies
dépassera 1,5 °C pour la première fois au cours de la prochaine décennie.
Ce faisant, elles franchiraient un seuil politique critique. Les pays ont
largement axé leurs stratégies sur l’évitement de ce point de repère, en citant
les prévisions désastreuses d’un rapport spécial des Nations unies sur la
science du climat publié en 2018, qui mettait en garde contre la probabilité
accrue de provoquer des “points de basculement” climatiques irréversibles.
“L’Accord de Paris ne fixe pas de date butoir ou d’échéance pour son objectif.
Il est largement compris comme une obligation juridique, morale et politique”,
indique le rapport, notant que “chaque fraction de degré de réchauffement
climatique a de l’importance”.
En réalité, les pays s’éloignent encore davantage de leurs engagements initiaux
: presque toutes les améliorations — représentant 0,1°C de réchauffement — par
rapport aux plans nationaux soumis en 2020, lorsque la trajectoire poussait vers
un réchauffement de 2,6° à 2,8°C, sont dues à des changements méthodologiques.
Le deuxième retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat sous la
présidence de Donald Trump effacerait encore 0,1°C de progrès, a déclaré l’ONU.
Donald Trump ne fera qu’exacerber le problème en mettant à l’écart la plus
grande économie mondiale et le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de
serre. L’ONU a constaté que les récents revirements de politique augmenteraient
les émissions américaines d’une gigatonne jusqu’en 2030, ce qui représente une
augmentation significative par rapport à l’objectif de l’ancien président Joe
Biden de réduire les émissions américaines à environ 3 gigatonnes cette
année-là.
Selon le rapport, les tendances en matière de pollution vont elle aussi dans la
mauvaise direction au niveau mondial. Les gaz à effet de serre ont augmenté de
2,3% par rapport aux niveaux de 2023, près du double de l’augmentation de 1,6%
entre 2022 et 2023 et quatre fois plus rapide que le taux de croissance annuel
moyen des années 2010. Le changement d’affectation des terres et la
déforestation ont entraîné une hausse des émissions en 2024, combinée à une
forte consommation de combustibles fossiles.
L’ONU a déclaré que l’objectif était désormais de limiter le “dépassement” de
1,5 °C et de réduire à terme les températures mondiales. Le rapport évalue un
scénario qui a 66% de chances de limiter ce dépassement à 0,3 °C et de ramener
les températures sous la barre des 1,5°C d’ici à 2100.
Mais la plupart des pays sont loin de mettre en œuvre toutes les politiques
nécessaires pour atteindre leurs objectifs pour 2030, le monde étant
actuellement sur la voie d’un réchauffement de 2,8°C supplémentaires. Et
seulement 60 signataires de l’Accord de Paris — même pas un tiers du total — ont
déposé leurs contributions nationale (CDN), les plans nationaux réclamés tous
les cinq ans, avant la date limite du 30 septembre. Un date déjà décalée de
plusieurs mois ; la limite initiale étant en février.
Les pays du G20, qui, en dehors des pays de l’Union africaine, sont responsables
de 77% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, doivent montrer la voie,
a déclaré l’ONU. Jusqu’à présent, seuls sept membres du G20 ont finalisé leur
dernière CDN, tandis que trois autres ont annoncé des objectifs informels. Les
propositions du G20 sont également insuffisantes dans l’ensemble, car aucune n’a
renforcé ses objectifs pour 2030, a déclaré l’ONU.
“L’accélération des mesures d’atténuation offre des avantages et des
opportunités”, rappelle le rapport, ajoutant que “les nouvelles CDN et la
situation géopolitique actuelle n’offrent pas de signes prometteurs que cela se
produira”. Il ajoute que c’est ce que les pays et le mutlilatéralisme doivent
résoudre “pour affirmer l’engagement collectif et la confiance dans la
réalisation de l’objectif de température de l’Accord de Paris”.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
BRUXELLES — Les gouvernements européens ne voteront pas jeudi prochain pour
fixer l’objectif climatique de l’Union en 2040, ont déclaré quatre diplomates à
POLITICO.
Les ministres de l’environnement de l’UE devaient se mettre d’accord sur cet
objectif de réduction des émissions pour 2040 lors d’une réunion le 18 septembre
prochain à Bruxelles.
Toutefois, le Danemark, qui préside les négociations, a annulé le vote, selon
les diplomates, qui ont parlé sous conditions d’anonymat. Une discussion
ministérielle aura encore lieu jeudi pour préparer un débat au niveau des
dirigeants des pays de l’UE.
Cette décision intervient après que la France et l’Allemagne se sont joints à la
Pologne et l’Italie pour demander que le vote soit reporté jusqu’a ce que les
dirigeants nationaux puissent s’exprimer sur l’objectif, créant ainsi une
minorité de blocage.
La Commission européenne a proposé de réduire les émissions de l’UE de 90% par
rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2040, mais de nombreux pays ont demandé une
marge de manœuvre supplémentaire pour l’atteindre. Certains gouvernements
souhaitent également l’affaiblir considérablement.
Ce retard risque également de fragiliser la définition d’un objectif
intermédiaire pour 2035 requis dans le cadre de l’Accord de Paris, conclu il y a
dix ans. Les ministres devaient voter sur les deux objectifs la semaine
prochaine, car l’Union avait l’intention de calculer l’objectif pour 2035 en
fonction de celui pour 2040.
Sans l’objectif pour 2040, l’UE optera probablement pour un objectif
moins-disant pour 2035. Les pays devraient encore se prononcer sur ce dernier la
semaine prochaine afin de respecter l’échéance de septembre fixée par les
Nations unies pour l’élaboration des plans nationaux.
Cet article a été initialement écrit en anglais par POLITICO et édité en
français par Alexandre Léchenet.
BRUXELLES — La France souhaite retarder l’accord sur le prochain objectif
climatique de l’Union européenne, a déclaré le président Emmanuel Macron à
l’issue du sommet des dirigeants européens qui s’est tenu jeudi.
La Commission européenne dévoilera la semaine prochaine une proposition
controversée visant à réduire de 90% les émissions de gaz à effet de serre de
l’Union européenne d’ici à 2040.
L’exécutif européen prévoit depuis longtemps d’associer à cet objectif
climatique celui pour 2035. Cet objectif n’est pas contraignant, mais il est
exigé de tous les pays dans le cadre de l’Accord de Paris avant la COP30 à
Belém, au Brésil.
L’ONU ayant fixé une échéance en septembre pour l’objectif 2035, la Commission
espère un accord rapide sur l’objectif 2040. Mais certains gouvernements se
rebellent.
POLITICO révélait mercredi que la France se rangeait du côté des traditionnels
retardataires de l’UE en matière de climat, la Pologne et la Hongrie, pour
demander à l’UE de découpler les deux objectifs.
À l’époque, des représentants du gouvernement français avaient vigoureusement
démenti ces informations. Mais à l’issue du Conseil européen de jeudi à
Bruxelles, Emmanuel Macron a confirmé qu’il souhaitait traiter l’objectif 2035
séparément. Et prendre plus de temps pour discuter de celui pour 2040.
“Ce qui nous est demandé pour Belém, ce sont des trajectoires nationales pour
2035,
c’est tout ; on le fera”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en
réponse à une question de POLITICO. “Maintenant, il y a une volonté d’avoir des
objectifs en 2040, j’y suis favorable.”
Mais il a insisté : “Les objectifs pour 2040 [ne peuvent pas être] un débat
technique fait en quelques semaines. Ça doit être un débat démocratique à 27.”
Le découplage des objectifs risque d’aboutir à un objectif pour 2035 plus bas
que prévu, inquiétant sur le rôle de leader mondial du bloc en matière de climat
à un moment où beaucoup attendent de l’UE qu’elle comble le vide laissé par le
retrait des États-Unis de l’Accord de Paris.
Toutefois, Emmanuel Macron ne pense pas qu’il faille précipiter la discussion.
“C’est formidable si on l’a pour Belém, mais ce n’est pas ça qui est attendu de
nous pour Belém, la COP à venir. C’est les [objectifs pour] 2035. Ce n’est pas
d’avoir des objectifs européens en 2040. Donc, ne nous surcontraignons pas.”
“On va arrêter de se tirer une balle dans le pied. Ce n’est pas un objectif pour
Belém. Si on l’a pour Belém, super. Si ça doit prendre plus de temps, prenons
plus de temps pour bien le faire.”
DÉBAT ANIMÉ
Le président de la République a également déclaré que l’objectif pour 2040
devait être “compatible avec notre compétitivité” et a insisté sur le fait que
les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire devaient être traitées de la
même manière dans le cadre des futurs plans climatiques de l’Union européenne.
Les pays ont également besoin de davantage de marge de manœuvre pour atteindre
l’objectif, et davantage d’investissements, a-t-il fait valoir.
Si ces différentes demandes sont prises en comptes dans le paquet législatif de
la Commission, il pourra soutenir l’objectif, a encore suggéré Emmanuel Macron.
De nombreux gouvernements ont envoyé de longues listes de demandes pour accepter
l’objectif de 2040, et la Commission devrait déjà accorder aux pays une grande
flexibilité pour atteindre l’objectif, afin de rallier une majorité de pays.
Les dirigeants de l’UE ont discuté des objectifs climatiques au cours d’un dîner
jeudi soir, un débat que le Premier ministre belge Bart De Wever a qualifié de
“houleux”.
L’initiative d’Emmanuel Macron a été soutenue par le président polonais Donald
Tusk. La Hongrie a déjà exprimé son soutien au découplage des deux objectifs.
En revanche, le Danemark, qui prendra la présidence tournante du Conseil de l’UE
la semaine prochaine, souhaite s’en tenir au calendrier de la Commission et
fixer les deux objectifs en septembre.
LES AMBITIONS EN QUESTION
La Commission souhaite fixer un objectif pour 2035 à mi-chemin entre l’objectif
actuel de l’UE pour 2030 et la prochaine étape de 2040, ce qui correspondrait à
une réduction de 72,5% des émissions par rapport à 1990.
Sans l’objectif de 2040, il n’y a pas de voie claire à suivre. Une trajectoire
linéaire entre 2030 et l’échéance de la neutralité climatique de l’Union en 2050
— une option soutenue par la Pologne — aboutirait à un objectif inférieur à 2035
d’environ 66%.
La France se présente souvent comme la protectrice de l’Accord de Paris, qui
célèbre son dixième anniversaire cette année, et la pression française pour un
report a été froidement accueillie par les défenseurs du climat et les pays les
plus vulnérables aux effets du réchauffement climatique.
Tina Stege, envoyée des Îles Marshall pour le climat, a déclaré lors du sommet
des Nations unies sur les océans qui s’est tenu à Nice au début du mois que les
dirigeants des îles du Pacifique s’étaient entretenus avec Emmanuel Macron et
lui avaient dit que le plus grand risque pour la sécurité du Pacifique était la
crise climatique.
“Nous l’avons exhorté à guider l’UE vers un [objectif 2035] ambitieux. Si la
France renonce maintenant à cette ambition, il s’agirait d’un revirement majeur
et nous serions extrêmement inquiets de ce que cela signifie pour leur
engagement en faveur de la sécurité du Pacifique”, a-t-elle ajouté.
L’eurodéputée autrichienne Lena Schilling, ancienne activites de Fridays for
Future, le mouvement initié par Greta Thunberg, a rappelé à Emmanuel Macron que
“l’action climatique internationale est née à Paris”, ajoutant : “Ne soyez pas
celui qui la tue.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
NICE, France — Un accord international sur la protection des océans pourrait
bientôt entrer en vigueur, Emmanuel Macron ayant annoncé lundi que suffisamment
de pays s’étaient “formellement engagés” à ratifier le Traité sur la haute mer.
“Si la Terre se réchauffe, l’océan quant à lui est en ébullition, a déclaré le
président français. Nos scientifiques nous disent des faits que nous n’aurions
pu imaginer : des canicules au sein même de nos océans. Et comme la mer monte,
en plus du feu, c’est la submersion qui nous guette.”
L’océan produit plus de la moitié de l’oxygène de la planète et absorbe 30% de
l’ensemble des émissions de dioxyde de carbone. Mais tout ça pourrait changer
alors que les écosystèmes marins et côtiers sont confrontés à de multiples
menaces — notamment l’impact du changement climatique mais aussi l’effet de la
pêche et de la pollution.
Selon un rapport de l’Unesco de 2024, la teneur des océans en oxygène diminue à
l’échelle planétaire et le réchauffement des océans se produit à un rythme sans
précédent et de plus en plus rapide.
“L’océan est notre principal allié, que l’on vive en Europe ou n’importe où dans
le monde”, a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission
européenne. “Toutefois, si nous négligeons l’océan, si nous le traitons de
manière irrespectueuse, l’océan se retournera contre nous”, a-t-elle ajouté,
évoquant les “tempêtes toujours plus violentes [qui] ravagent nos côtes”.
Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen se sont exprimés lors de la troisième
conférence des Nations unies sur les océans (Unoc) à Nice où des délégations de
plus de 120 pays, dont plus de 50 chefs d’Etat et de gouvernement, sont réunies
pour tenter de ressusciter les océans du monde entier, qui souffrent depuis
longtemps.
Le Traité sur la haute mer — ou l’Accord sur la biodiversité au-delà des
juridictions nationales (BBNJ), comme il est officiellement appelé — fixe des
normes pour la création d’aires marines protégées dans les eaux internationales,
entre autres mesures. Il ne pourra être mis en œuvre que lorsque 60 pays au
moins l’auront officiellement ratifié.
Les partisans de l’accord espèrent que celui-ci contribuera grandement à la
protection de 30% des terres et des mers de la planète d’ici à 2030, comme le
prévoit l’accord sur la biodiversité conclu en décembre lors de la COP15.
Grâce aux quinze nouveaux pays qui viennent de “s’engager formellement à
adhérer” — en plus de la cinquantaine de ratifications déjà déposées — le Traité
sur la haute mer sera bientôt mis en œuvre, s’est félicité Emmanuel Macron lundi
matin.
“C’est donc gagné”, a-t-il déclaré.
La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a par la suite
précisé que certains pays, comme la Suède, le Royaume-Uni ou l’Allemagne, ont
besoin d’un délai afin de consulter leur parlement pour pouvoir formellement
ratifier le texte.
NOTRE PLUS GRAND ALLIÉ
Le président français était entouré d’Ursula von der Leyen, du président
brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, du secrétaire général des Nations unies
António Guterres et du président du Costa Rica Rodrigo Chaves, qui co-organise
la conférence.
“La mer est notre premier allié contre le réchauffement climatique”, a déclaré
le président français dans son discours d’ouverture.
“Aujourd’hui, nous sommes près d’atteindre les 60 signatures en vue de la
ratification”, a déclaré la présidente de la Commission européenne. “Pour donner
vie au Traité sur la haute mer, l’Europe contribuera à hauteur de 40 millions
d’euros au programme mondial pour l’océan. C’est pourquoi je vous demande à tous
aujourd’hui d’accélérer la ratification. Car notre océan a besoin que nous
assumions notre rôle.”
Ursula von der Leyen a également promis un investissement d’un milliard d’euros
pour 50 projets à travers le monde, tant pour ceux “qui vivent de la mer” que
pour “les scientifiques et les acteurs de la conservation qui œuvrent pour la
protéger”. Un tiers de cette somme sera consacré à la recherche et aux projets
scientifiques.
L’UE a ratifié le traité le mois dernier. Lula, dans son propre discours
d’ouverture lundi, a annoncé que le Brésil ratifierait également le traité
prochainement.
Les groupes de défense de l’environnement se félicitent de l’annonce d’Emmanuel
Macron, qui fait suite à des semaines de spéculation sur la question de savoir
si le seuil des 60 pays nécessaires à la ratification serait atteint pendant la
conférence.
“Les pays ont enfin cessé de traîner les pieds et on peut espérer maintenant
aller de l’avant dans la protection de l’une des zones les plus importantes pour
la biodiversité sur Terre : la haute mer”, a déclaré Catherine Weller,
directrice politique mondiale de l’ONG Fauna & Flora.
“Il faut maintenant que les pays qui se sont engagés à ratifier le traité
parviennent à régler les derniers détails techniques et que le véritable travail
commence”, a-t-elle ajouté.
Catherine Weller a exhorté les dirigeants à suivre les “meilleures pratiques” en
concevant des réseaux connectés de zones marines protégées “de haute qualité et
bien gérées”. Ces réseaux devraient préserver les voies de migration d’espèces
gravement menacées, telles que les baleines et les requins, par exemple.
L’ÉLÉPHANT (PAS) DANS LA PIÈCE
Les Etats-Unis brillent par leur absence à Nice. Comme l’annonçait POLITICO la
semaine dernière, ils ont décidé de ne pas participer à la conférence. Un
porte-parole du département d’Etat a expliqué que la conférence était “en
contradiction” avec les positions de l’actuelle administration américaine.
La conférence, qui s’achève vendredi, est l’occasion pour les pays de discuter
et de présenter de nouveaux accords sur des sujets tels que le financement de
l’environnement, l’exploitation minière en eaux profondes, la pêche illégale ou
le chalutage de fond.
Le sommet vise à promouvoir l’utilisation durable des ressources océaniques,
l’un des 17 objectifs de développement durable fixés par les Nations unies. Mais
l’administration Trump a rejeté ces objectifs, les qualifiant d’“incompatibles
avec la souveraineté des Etats-Unis”.
Emmaunel Macron s’en est pris à cette absence, vantant un nouveau programme
scientifique visant à explorer les océans de la planète — la “mission Neptune” —
tandis que les Etats-Unis projettent d’envoyer des astronautes planter leur
drapeau sur Mars.
“Plutôt que de se précipiter sur Mars, apprenons déjà à connaître notre dernière
frontière et notre meilleur ami, l’océan”, a conclut Emmanuel Macron.
Cet article a été mis à jour. Il a d’abord été publié par POLITICO en anglais et
a été édité en français par Alexandre Léchenet.