Cela fait dix ans que les Etats-Unis et l’Europe ont poussé les pays du monde
entier à adopter un accord historique visant à mettre un terme au réchauffement
incontrôlé de la planète.
Conclu par près de 200 pays, ce traité constituait un potentiel “tournant pour
le monde”, avait alors déclaré le président américain de l’époque, Barack Obama.
Presque tous les pays de la planète ont signé l’Accord de Paris de 2015, un
pacte dont le succès devait reposer sur la pression des pairs, une ambition
croissante et, sur le plan économique, une révolution de l’énergie propre.
Mais dix ans plus tard, les actions entreprises pour répondre à ces espoirs ne
sont pas à la hauteur.
Les Etats-Unis ont quitté l’accord ; deux fois. Le président Donald Trump a mis
un coup d’arrêt aux projets d’énergie verte dans son pays et trouve des alliés
pour l’aider à saper les initiatives climatiques à l’étranger, tout en signant
des accords commerciaux qui engagent les pays à acheter davantage de
combustibles fossiles américains.
L’Europe reste sur la bonne voie pour respecter ses engagements en matière de
climat, mais sa détermination vacille, car entre des électeurs inquiets pour
leur pouvoir d’achat et la montée des partis d’extrême droite, des doutes ont
émergé quant à la rapidité avec laquelle l’UE pourra tenir sa promesse de se
détourner des énergies fossiles.
L’Accord de Paris a contribué à ancrer la sensibilisation au changement
climatique dans la culture populaire et la politique, a conduit des pays et des
entreprises à s’engager à réduire leurs émissions carbone à zéro et a contribué
à orienter un flot d’investissements vers les énergies propres. D’après les
scientifiques, le traité semble avoir réduit les risques d’atteindre les niveaux
de réchauffement les plus catastrophiques.
En revanche, la production de pétrole et celle de gaz n’ont pas encore atteint
son pic, tandis que les émissions de CO2 et les températures continuent
d’augmenter. Ces dernières ne sont d’ailleurs plus qu’à quelques dixièmes de
degrés du point de bascule convenu à Paris. Mais les coûts de l’énergie verte
ont tellement baissé que, dans la plupart des régions du monde, elle est devenue
la forme d’énergie la moins chère et elle est déployée à un rythme encore
impensable il y a dix ans.
Les dirigeants et les diplomates, qui se réunissent au Brésil à partir de cette
semaine pour les négociations annuelles des Nations unies sur le climat, seront
confrontés à un test : défendre l’Accord de Paris face à l’opposition de Trump
tout en soulignant que ses objectifs sont à la fois nécessaires et bénéfiques.
Le sommet organisé dans la ville portuaire amazonienne de Belém devait être
celui où les pays riches et pauvres allaient célébrer leurs progrès et s’engager
à réduire toujours plus les émissions de gaz à effet de serre.
Au lieu de cela, le mépris des Etats-Unis pour les efforts climatiques mondiaux
et un message confus de l’Europe rajoutent des difficultés alors que la période
actuelle est bien plus incertaine que celle lors de l’adoption de l’Accord de
Paris.
Certains experts climatiques sont encore optimistes… jusqu’à un certain point.
“Je pense que l’architecture de base résiste à la destruction de Trump”, a
estimé John Podesta, président du Center for American Progress, un organisme de
centre gauche qui a coordonné la politique climatique sous les présidents Obama
et Biden.
Mais cette résistance pourrait s’affaiblir si les Etats-Unis restent en dehors
de l’accord, ce qui priverait le mouvement climat du leadership et du soutien
américains, a-t-il poursuivi. “Si tout cela disparaît, et pour longtemps, je ne
sais pas si la structure tiendra le coup”, a prévenu John Podesta.
D’autres diplomates du climat affirment que l’esprit de coopération de 2015
serait difficile à recréer aujourd’hui, raison pour laquelle il est essentiel
d’appliquer l’Accord de Paris.
“Si nous devions renégocier [l’Accord de] Paris aujourd’hui, nous n’obtiendrions
jamais l’accord que nous avions eu il y a dix ans”, a tranché Rachel Kyte,
représentante spéciale du Royaume-Uni pour les questions climatiques.
“Mais nous pouvons aussi regarder ces données extraordinaires, qui montrent que
la tendance est très claire”, a-t-elle plaidé, faisant référence à la croissance
des énergies propres. “Et la plupart de ceux qui cherchent à protéger leurs
investissements sont intéressés par cette tendance.”
LE PARADOXE DE PARIS
S’il y a bien une chose qui ne s’est pas affaiblie, c’est l’intérêt économique
pour les énergies propres. Les facteurs économiques derrière les investissements
que l’Accord de Paris a contribué à déclencher ont même dépassé ce que ses
auteurs avaient prévu.
Mais la volonté politique pour faire en sorte que les pays continuent à aller de
l’avant n’est pas toujours au rendez-vous, voire elle est parfois au point mort,
alors que les Etats-Unis — la plus grande économie du monde, la seule
superpuissance militaire et, historiquement, le plus grand émetteur de CO2 —
s’attaquent à ses fondements mêmes.
Les tentatives de Trump de saper l’accord — que résume le slogan de la
Maison-Blanche de 2017 : “Pittsburgh, pas Paris” — ont également eu un impact
sur les ambitions européennes, a jugé Laurence Tubiana, l’architecte du traité,
fin octobre devant la presse.
“Je n’ai jamais vu une telle agressivité contre la politique climatique
nationale partout dans le monde à cause des Etats-Unis”, a confié Laurence
Tubiana. “Nous sommes donc réellement confrontés à une bataille idéologique, une
bataille culturelle, où le climat fait partie de cet ensemble que le
gouvernement américain veut vaincre.”
La Maison-Blanche a fait savoir que Donald Trump se concentre sur l’exploitation
du pétrole américain et sur le dialogue avec les dirigeants étrangers sur les
questions énergétiques, plutôt que sur ce qu’elle appelle la “nouvelle arnaque
verte”. Les Etats-Unis n’enverront pas de représentants de haut niveau à la
COP30.
“La nouvelle arnaque verte aurait tué l’Amérique si le président Trump n’avait
pas été élu pour mettre en œuvre son programme énergétique de bon sens”, a
déclaré Taylor Rogers, un porte-parole. “Le président Trump ne mettra pas en
péril la sécurité économique et nationale de notre pays pour poursuivre de
vagues objectifs climatiques qui tuent d’autres pays.”
Donald Trump n’est pas le seul défi auquel l’Accord de Paris fait face.
Même sous Obama, les Etats-Unis ont insisté pour que les objectifs du traité en
matière d’émissions de CO2 ne soient pas contraignants, afin d’éviter un vote de
ratification par le Sénat qui aurait très probablement été contre.
Toutefois, contrairement aux précédents accords sur le climat auxquels les
Etats-Unis avaient refusé de se joindre, tous les pays — y compris et surtout la
Chine — doivent présenter un plan de réduction de leurs émissions. Le traité
laisse aux gouvernements le soin de tenir leurs propres engagements et de
pousser les retardataires à faire mieux. Un contexte politique exceptionnel a
contribué à faire avancer les négociations.
Barack Obama, qui misait une partie de son héritage politique sur la conclusion
d’un accord mondial sur le climat, avait passé l’année précédant l’Accord Paris
à négocier un traité distinct avec la Chine, dans lequel les deux pays, qui sont
les plus gros pollueurs de la planète, s’engageaient à réduire leurs émissions.
La France, en tant qu’hôte des négociations, était également déterminée à
parvenir à un accord mondial.
L’année suivante, plus de 160 pays ont présenté leurs plans initiaux de lutte
contre le réchauffement climatique au niveau national et ont commencé à
travailler à l’élaboration des règles qui allaient servir de fondement au
traité.
“L’Accord de Paris n’est pas une machine à produire de l’ambition. Il ne fait
que nous rappeler le niveau d’ambition dont nous avons convenu […] et suggère ce
qui est nécessaire pour revenir sur la trajectoire”, a décrit Kaveh Guilanpour,
vice-président chargé des stratégies internationales au Center for Climate and
Energy Solutions et négociateur pour le Royaume-Uni lors des négociations à
Paris. “Que les pays le fassent ou non, c’est essentiellement leur affaire.”
Catherine McKenna, ancienne ministre canadienne de l’Environnement qui a
notamment négocié le mécanisme de crédits carbone de l’Accord de Paris, a
qualifié le traité d’“incroyable exploit”, mais qu’il n’allait pas se mettre en
œuvre tout seul.
“Le problème, c’est que désormais c’est vraiment au bon vouloir des pays,
villes, régions, entreprises et institutions financières d’agir”, a-t-elle
pointé. “Ce n’est plus une histoire de traité ; maintenant, c’est : ‘faites le
travail.’”
QUAND LE VERT DEVIENT GRIS
Les signes de discorde ne sont pas difficiles à trouver dans le monde entier.
La Chine resserre son emprise sur la fabrication et l’exportation d’énergies
propres, garantissant l’accès à un plus grand nombre de pays à des énergies
renouvelables peu coûteuses, mais créant des tensions dans les régions qui
souhaitent également bénéficier des emplois et des revenus générés par la
fabrication de ces équipements et qui craignent de trop dépendre d’un seul pays.
Au Canada, le Premier ministre Mark Carney, ancien envoyé des Nations unies pour
le climat, a supprimé la taxe carbone pesant sur la consommation et prévoit
d’exploiter davantage de gaz naturel afin de renforcer les défenses économiques
face aux Etats-Unis.
L’Union européenne a passé les cinq dernières années à élaborer un vaste
ensemble de réglementations écologiques et de mesures sectorielles, et elle
estime être à peu près en bonne voie pour atteindre ces objectifs. Cependant,
bon nombre des 27 gouvernements — sous la pression d’une extrême droite en
progression, de prix élevés de l’énergie, des difficultés de certaines
industries et de la guerre de la Russie contre l’Ukraine — demandent aujourd’hui
à l’UE de réévaluer un certain nombre de ces politiques.
Toutefois, les points de vue au sein de l’Union divergent fortement, certains
préconisant de petites modifications, quand d’autres veulent revenir sur des
pans entiers de la législation.
“L’Europe doit rester un continent de cohérence”, a défendu Emmanuel Macron
après une réunion des dirigeants de l’UE en octobre. “Elle doit aller plus vite
sur la compétitivité, mais elle ne doit pas renoncer à ses objectifs
[climatiques].”
Le Premier ministre polonais Donald Tusk, en revanche, a déclaré après la même
réunion qu’il se sentait conforté par l’opposition historique de son pays à
l’agenda vert européen : “Dans la plupart des capitales européennes, on aborde
différemment aujourd’hui ces ambitions climatiques européennes exagérées.”
Au-delà de l’UE, la plupart des pays dans le monde n’ont pas encore soumis leurs
derniers plans de réduction des émissions de carbone aux Nations unies. Si les
plans annoncés par les gouvernements s’inscrivent pour la plupart dans le
prolongement des précédents, ils ne prévoient encore que des réductions modestes
par rapport à ce qui est nécessaire pour limiter à 1,5 degré le réchauffement de
la Terre depuis l’ère préindustrielle.
Selon les scientifiques, dépasser ce seuil entraînerait davantage de décès,
ainsi que des dommages physiques et économiques dont il serait de plus en plus
difficile de se remettre à chaque dixième de degré de réchauffement
supplémentaire.
Le dernier rapport de l’ONU, qui expose l’écart entre les nouvelles promesses
des pays et les objectifs de l’Accord de Paris, a montré que le monde est sur la
voie d’un réchauffement de 2,3 à 2,5 degrés, une différence marginale par
rapport aux plans soumis en 2020, et même presque nulle si l’on exclut
l’engagement des Etats-Unis. Les politiques mises en place à l’heure actuelle
laissent présager un réchauffement de 2,8 degrés.
“Nous devons réaliser une baisse sans précédent des émissions de gaz à effet de
serre dans un délai toujours plus court et dans un contexte géopolitique
difficile”, a résumé Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des
Nations unies pour l’environnement.
Mais le faire a aussi du sens, a-t-elle ajouté. “C’est là que le marché montre
que ce type d’investissements intelligents, propres et verts crée en réalité des
emplois et des opportunités. C’est là que se trouve l’avenir.”
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré dans un message
vidéo mardi que le dépassement de l’objectif de 1,5 degré fixé à Paris était
désormais inévitable dans les années à venir. Il a imploré les dirigeants de
déployer rapidement les énergies renouvelables et d’arrêter l’expansion du
pétrole, du gaz et du charbon pour s’assurer que ce dépassement soit de courte
durée.
“On est dans un sacré pétrin”, a lancé Bill Hare, un climatologue chevronné qui
a fondé l’institut Climate Analytics.
Les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas diminué et on n’a pas pris plus
de mesures alors que les catastrophes climatiques se sont multipliées.
“Je pense que ce qui se profile est un test majeur pour l’Accord de Paris,
probablement le test le plus important. Cet accord peut-il aller de l’avant sous
le poids de tous ces défis ?” formule Bill Hare. “S’il n’y parvient pas, les
gouvernements s’interrogeront franchement sur ses avantages.”
Cela ne veut pas dire que tout est perdu.
En 2015, le monde se dirigeait vers un réchauffement d’environ 4 degrés, ce qui,
selon les chercheurs, aurait été dévastateur pour une grande partie de la
planète. Aujourd’hui, cette projection est inférieure d’environ un degré.
“Je pense que beaucoup d’entre nous à Paris étaient très dubitatifs à l’époque
quant à la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5” degrés, confie Elliot
Diringer, un ancien responsable du climat qui dirigeait le programme
international du Center for Climate and Energy Solutions lors des négociations
de l’Accord de Paris.
“La question est de savoir si notre situation est meilleure grâce à l’Accord de
Paris”, a-t-il exposé. “Je pense que la réponse est oui. Avons-nous assez avancé
? Absolument pas.”
LES TECHNOLOGIES VERTES DÉFIENT LES ATTENTES
En outre, l’adoption de technologies énergétiques propres a progressé encore
plus rapidement que prévu, déclenchant ce qu’un expert du climat a appelé un
changement dans la politique climatique mondiale.
“Nous ne sommes plus dans un monde où seule la politique climatique joue un rôle
prépondérant et substantiel, mais de plus en plus l’économie climatique”, a
analysé Christiana Figueres, qui était la secrétaire exécutive de la
Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 2015.
“Oui, la politique est importante, mais elle ne l’est plus autant qu’il y a dix
ans.”
Le déploiement annuel de l’énergie solaire dans le monde est 15 fois supérieur à
ce que prévoyait l’Agence internationale de l’énergie en 2015, selon une analyse
récente de l’Energy and Climate Intelligence Unit, une association britannique.
Les énergies renouvelables représentent désormais plus de 90% des nouvelles
capacités électriques ajoutées chaque année dans le monde, selon BloombergNEF.
La Chine déploie un nombre record d’énergies renouvelables et en réduit les
coûts pour des pays, tels que le Brésil et le Pakistan, qui ont vu leurs
installations solaires monter en flèche.
Même aux Etats-Unis, où Donald Trump a abrogé de nombreuses baisses d’impôts et
autres mesures incitatives de Joe Biden, BloombergNEF prévoit que les
énergéticiens continueront à déployer des installations vertes, en grande partie
parce qu’il s’agit souvent du moyen le plus rapide de produire de l’électricité.
Les coûts des éoliennes et des batteries diminuent également. Les ventes de
véhicules électriques montent en flèche dans de nombreux pays, en grande partie
grâce à l’énorme quantité de véhicules bon marché produits par la société
chinoise BYD, le plus grand fabricant au monde.
Au niveau mondial, les investissements dans les énergies propres sont
aujourd’hui deux fois plus importants que ceux consacrés aux énergies fossiles,
selon l’Agence internationale de l’énergie.
“Aujourd’hui, on peut parler de déploiement de technologies énergétiques propres
en raison de leur compétitivité-coût et de leur capacité à réduire les coûts des
systèmes énergétiques”, a expliqué Robbie Orvis, directeur senior de la
modélisation et de l’analyse à l’institut de recherche Energy Innovation. “Pour
beaucoup d’entre elles, ce n’est même pas nécessaire de parler de climat, ce qui
n’était pas le cas il y a dix ans.”
Les tendances économiques de la dernière décennie sont frappantes, a souligné
Todd Stern, l’envoyé américain pour le climat qui a négocié l’Accord de Paris.
Ce traité “a été perçu dans le monde entier, par d’autres pays, dans les
conseils d’administration, comme la première fois en plus de vingt ans que les
chefs de gouvernement disaient enfin : ‘Oui, faisons-le’”, a-t-il mis en avant.
“Et ce n’est pas la seule raison pour laquelle il y a eu un énorme développement
technologique, mais cela n’a certainement pas fait de mal.”
Néanmoins, il existe des limites à la capacité des entreprises à mener seules la
transition vers l’énergie propre.
“Il faut une certaine forme d’intervention gouvernementale, qu’il s’agisse d’un
bâton ou d’une carotte, pour pousser l’économie vers une trajectoire bas
carbone”, a estimé Andrew Wilson, secrétaire général adjoint de la Chambre de
commerce internationale. “Si les gouvernements appuient sur le frein de l’action
climatique ou commencent sérieusement à mettre la pédale douce, cela a un effet
limitatif.”
Le Brésil, pays hôte de la COP30, souhaite démontrer que le multilatéralisme
fonctionne toujours, qu’il est utile pour la vie des gens et qu’il est capable
de répondre aux impacts climatiques auxquels les communautés du monde entier
sont confrontées.
Mais l’objectif des négociations de cette année pourrait être encore plus
simple, selon Kaveh Guilanpour, l’ancien négociateur pour le Royaume-Uni.
“Si nous sortons de la COP30 en démontrant que l’Accord de Paris est vivant et
fonctionne, a-t-il souligné, je pense que dans le contexte actuel, ce serait
déjà une information en soi.”
Nicolas Camut à Paris, Zi-Ann Lum à Ottawa, Karl Mathiesen à Londres et Zia
Weise à Bruxelles ont contribué à cet article, qui a d’abord été publié par
POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Tag - Climat
BRUXELLES — Les ministres de l’Environnement de l’Union européenne sont parvenus
à un accord qui édulcore l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de
serre proposé pour 2040 et établit un nouveau plan climatique pour 2035.
A l’issue de négociations marathon qui se sont déroulées toute la journée de
mardi et la matinée de mercredi, les ministres ont approuvé à l’unanimité le
nouveau plan climatique de l’UE pour 2035. Attendu de longue date, il évite
ainsi à l’UE d’arriver les mains vides au sommet de la COP30, qui commence dans
quelques jours au Brésil.
Le plan, qui est une exigence de l’Accord de Paris, fixe un nouvel objectif
visant à réduire les émissions de l’UE entre 66,25% et 72,5% par rapport aux
niveaux de 1990 d’ici 2035.
Ce plan n’est pas juridiquement contraignant, mais définit l’orientation de la
politique climatique européenne pour les cinq prochaine années. Il reprend une
déclaration informelle que l’UE a présentée lors du sommet sur le climat qui
s’est tenu à New York en septembre.
Les ministres ont également adopté un objectif juridiquement contraignant visant
à réduire les émissions dans l’UE de 85% d’ici à 2040. L’accord prévoit qu’une
réduction supplémentaire de 5% sera obtenue en externalisant des réductions
d’émissions à l’étranger par l’achat de crédits carbone internationaux.
En outre, les gouvernements des 27 seraient autorisés à utiliser des crédits
carbone supplémentaires pour externaliser jusqu’à 5 points de pourcentage de
leurs objectifs nationaux de réduction d’émissions.
Les ministres ont aussi soutenu une clause de révision large qui permet à l’UE
d’ajuster son objectif pour 2040 à l’avenir si la politique climatique s’avère
avoir des effets négatifs sur l’économie européenne.
L’accord prévoit également de retarder d’un an la mise en œuvre du nouveau
marché européen du carbone (ETS2) pour les émissions liées au chauffage des
bâtiments et aux transports routiers, qui doit débuter en 2027.
La Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque et la Pologne n’ont pas soutenu
l’accord sur l’objectif 2040, tandis que la Bulgarie et la Belgique se sont
abstenues. Les autres pays de l’UE l’ont soutenu.
Les députés du Parlement européen doivent maintenant adopter leur propre
position sur l’objectif 2040 et négocier avec le Conseil de l’UE avant que ce
dernier ne puisse entrer en vigueur.
Zia Weise a contribué à cet article.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
Selon un rapport du programme des Nations unies sur l’environnement publié
mardi, les nouveaux plans nationaux conçus pour lutter plus efficacement contre
le changement climatique ne vont pas beaucoup infléchir les projections de
températures mondiales déjà dangereusement élevées.
Ces conclusions soulignent la tâche qui attend les différents pays participant
aux négociations sur le climat de la COP30, qui débutent le 10 novembre au
Brésil. Le rapport des Nations unies montre que les pays se sont engagés sur une
voie qui entraînerait des changements à long terme pour la planète, tels que des
vagues de chaleur plus meurtrières, une élévation vertigineuse du niveau de la
mer et des phénomènes extrêmes plus probables tels que les incendies et les
sécheresses.
Les températures augmenteraient de 2,3 à 2,5 degrés par rapport aux niveaux de
l’ère préindustrielle d’ici à 2100 si les gouvernements suivaient les politiques
présentées dans leurs stratégies climatiques officielles la semaine dernière,
selon son rapport annuel intitulé Emissions gap report. Cette trajectoire
dépasserait de loin les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat de 2015
dont l’objectif est de maintenir l’augmentation “bien en dessous” de 2°C et du
but plus ambitieux de 1,5°C.
“Les pays ont eu trois occasions d’atteindre leurs engagement dans le cadre de
l’Accord de Paris, et à chaque fois, elles sont tombées à côté de la cible”,
indique le rapport. “Nous avons toujours besoin d’une réduction d’ampleur sans
précédent des émissions de gaz à effet de serre, dans un délai toujours plus
court, dans un contexte géopolitique difficile.”
Bien que la trajectoire représente un progrès depuis l’Accord de Paris, lorsque
la hausse de température prévue se rapprochait de 4°C, elle est encore loin
d’être suffisante, selon ce même document. Les Nations unies sont parvenues à la
conclusion que l’augmentation de la température sur plusieurs décennies
dépassera 1,5 °C pour la première fois au cours de la prochaine décennie.
Ce faisant, elles franchiraient un seuil politique critique. Les pays ont
largement axé leurs stratégies sur l’évitement de ce point de repère, en citant
les prévisions désastreuses d’un rapport spécial des Nations unies sur la
science du climat publié en 2018, qui mettait en garde contre la probabilité
accrue de provoquer des “points de basculement” climatiques irréversibles.
“L’Accord de Paris ne fixe pas de date butoir ou d’échéance pour son objectif.
Il est largement compris comme une obligation juridique, morale et politique”,
indique le rapport, notant que “chaque fraction de degré de réchauffement
climatique a de l’importance”.
En réalité, les pays s’éloignent encore davantage de leurs engagements initiaux
: presque toutes les améliorations — représentant 0,1°C de réchauffement — par
rapport aux plans nationaux soumis en 2020, lorsque la trajectoire poussait vers
un réchauffement de 2,6° à 2,8°C, sont dues à des changements méthodologiques.
Le deuxième retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat sous la
présidence de Donald Trump effacerait encore 0,1°C de progrès, a déclaré l’ONU.
Donald Trump ne fera qu’exacerber le problème en mettant à l’écart la plus
grande économie mondiale et le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de
serre. L’ONU a constaté que les récents revirements de politique augmenteraient
les émissions américaines d’une gigatonne jusqu’en 2030, ce qui représente une
augmentation significative par rapport à l’objectif de l’ancien président Joe
Biden de réduire les émissions américaines à environ 3 gigatonnes cette
année-là.
Selon le rapport, les tendances en matière de pollution vont elle aussi dans la
mauvaise direction au niveau mondial. Les gaz à effet de serre ont augmenté de
2,3% par rapport aux niveaux de 2023, près du double de l’augmentation de 1,6%
entre 2022 et 2023 et quatre fois plus rapide que le taux de croissance annuel
moyen des années 2010. Le changement d’affectation des terres et la
déforestation ont entraîné une hausse des émissions en 2024, combinée à une
forte consommation de combustibles fossiles.
L’ONU a déclaré que l’objectif était désormais de limiter le “dépassement” de
1,5 °C et de réduire à terme les températures mondiales. Le rapport évalue un
scénario qui a 66% de chances de limiter ce dépassement à 0,3 °C et de ramener
les températures sous la barre des 1,5°C d’ici à 2100.
Mais la plupart des pays sont loin de mettre en œuvre toutes les politiques
nécessaires pour atteindre leurs objectifs pour 2030, le monde étant
actuellement sur la voie d’un réchauffement de 2,8°C supplémentaires. Et
seulement 60 signataires de l’Accord de Paris — même pas un tiers du total — ont
déposé leurs contributions nationale (CDN), les plans nationaux réclamés tous
les cinq ans, avant la date limite du 30 septembre. Un date déjà décalée de
plusieurs mois ; la limite initiale étant en février.
Les pays du G20, qui, en dehors des pays de l’Union africaine, sont responsables
de 77% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, doivent montrer la voie,
a déclaré l’ONU. Jusqu’à présent, seuls sept membres du G20 ont finalisé leur
dernière CDN, tandis que trois autres ont annoncé des objectifs informels. Les
propositions du G20 sont également insuffisantes dans l’ensemble, car aucune n’a
renforcé ses objectifs pour 2030, a déclaré l’ONU.
“L’accélération des mesures d’atténuation offre des avantages et des
opportunités”, rappelle le rapport, ajoutant que “les nouvelles CDN et la
situation géopolitique actuelle n’offrent pas de signes prometteurs que cela se
produira”. Il ajoute que c’est ce que les pays et le mutlilatéralisme doivent
résoudre “pour affirmer l’engagement collectif et la confiance dans la
réalisation de l’objectif de température de l’Accord de Paris”.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
Le géant pétrolier TotalEnergies a trompé ses clients et le grand public en
prétendant être un acteur majeur de la transition énergétique, a jugé
aujourd’hui le tribunal judiciaire de Paris.
A la suite du changement de nom de Total en TotalEnergies en 2021, le producteur
pétrolier français avait lancé une campagne publicitaire affirmant que
l’entreprise avait une “ambition de neutralité carbone d’ici 2050”
Elle affirmait être “un acteur majeur de la transition énergétique” et mettre
“le développement durable au cœur de notre stratégie, de nos projets et de nos
opérations pour contribuer au bien-être des populations, en ligne avec les
Objectifs de développement durable définis par les Nations Unies” (des
déclarations encore lisibles sur leur site).
Le tribunal a estimé que la major pétrolière s’était livrée à des “pratiques
commerciales trompeuses” en diffusant sur son site web des affirmations faisant
apparaître ses activités comme plus vertes qu’elles ne l’étaient — une pratique
connue sous le nom de greenwashing (écoblanchiment). Selon le tribunal, ces
affirmations étaient “de nature à induire en erreur le consommateur, sur la
portée des engagements environnementaux du groupe”.
Le tribunal a ordonné à TotalEnergies de cesser de diffuser les allégations
trompeuses “dans un délai d’un mois”, sous peine d’une amende de 10 000 euros
par jour de retard.
Le procès contre la major pétrolière a été intenté en 2022 par un groupe d’ONG
environnementales, dont les Amis de la Terre France, Greenpeace et Notre Affaire
à Tous, avec le soutien de l’organisation caritative spécialisé dans le droit de
l’environnement ClientEarth.
“Nous espérons que la décision du tribunal aidera à faire la lumière sur la
réalité des activités de Total, qui continue son expansion pétrogazière”, a
déclaré Juliette Renaud, membre des Amis de la Terre France, dans un communiqué.
“Il est temps de contraindre Total et les autres majors à se conformer aux
recommandations des scientifiques pour en finir avec le développement de
nouveaux projets fossiles”, a-t-elle ajouté.
Contacté, TotalEnergies n’a pas répondu au moment de la publication.
L’entreprise peut faire appel de la décision.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
BRUXELLES — Les gouvernements européens ne voteront pas jeudi prochain pour
fixer l’objectif climatique de l’Union en 2040, ont déclaré quatre diplomates à
POLITICO.
Les ministres de l’environnement de l’UE devaient se mettre d’accord sur cet
objectif de réduction des émissions pour 2040 lors d’une réunion le 18 septembre
prochain à Bruxelles.
Toutefois, le Danemark, qui préside les négociations, a annulé le vote, selon
les diplomates, qui ont parlé sous conditions d’anonymat. Une discussion
ministérielle aura encore lieu jeudi pour préparer un débat au niveau des
dirigeants des pays de l’UE.
Cette décision intervient après que la France et l’Allemagne se sont joints à la
Pologne et l’Italie pour demander que le vote soit reporté jusqu’a ce que les
dirigeants nationaux puissent s’exprimer sur l’objectif, créant ainsi une
minorité de blocage.
La Commission européenne a proposé de réduire les émissions de l’UE de 90% par
rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2040, mais de nombreux pays ont demandé une
marge de manœuvre supplémentaire pour l’atteindre. Certains gouvernements
souhaitent également l’affaiblir considérablement.
Ce retard risque également de fragiliser la définition d’un objectif
intermédiaire pour 2035 requis dans le cadre de l’Accord de Paris, conclu il y a
dix ans. Les ministres devaient voter sur les deux objectifs la semaine
prochaine, car l’Union avait l’intention de calculer l’objectif pour 2035 en
fonction de celui pour 2040.
Sans l’objectif pour 2040, l’UE optera probablement pour un objectif
moins-disant pour 2035. Les pays devraient encore se prononcer sur ce dernier la
semaine prochaine afin de respecter l’échéance de septembre fixée par les
Nations unies pour l’élaboration des plans nationaux.
Cet article a été initialement écrit en anglais par POLITICO et édité en
français par Alexandre Léchenet.
MADRID — Les feux de forêt records de cet été ont mis à l’épreuve la capacité de
l’Espagne à gérer les crises, tout en déclenchant de vives querelles politiques
et en fournissant des munitions électorales à une droite radicale en plein
essor.
Selon le système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), les
incendies ont brûlé près de 400 000 hectares en Espagne cette année, ce qui en
fait le pire été depuis trente ans.
La réponse aux incendies a été au centre d’un conflit entre le fragile
gouvernement du pays, dirigé par le Parti socialiste ouvrier (PSOE) du Premier
ministre Pedro Sánchez, et le Parti populaire (PP), un parti conservateur de
l’opposition. Alors que les socialistes restent chargés des ministères et des
agences nationales, le PP gouverne les trois régions les plus touchées : Galice,
Castille-et-León, et Estrémadure.
Le ministre des Transports, Óscar Puente, a qualifié le président du PP de
Castille et León, Alfonso Fernández Mañueco, de “honte” pour avoir été en
vacances lorsque les incendies ont commencé à dévaster sa région. Dans la
querelle qui a suivi, le PP a traité Virginia Barcones, cheffe de l’agence de
protection civile de l’Etat, de “pyromane” et de “hooligan”.
Parmi les injures proférées par les deux partis traditionnels espagnols, c’est
la formation d’extrême droite Vox — troisième parti ayant le plus de sièges au
Parlement — qui en a le plus profité, en présentant les incendies comme le
résultat d’un système politique en faillite morale.
“Tout brûle sauf la seule chose qui devrait brûler : un système corrompu conçu
contre le peuple espagnol”, a lancé Santiago Abascal, dirigeant de Vox, alors
que les incendies faisaient rage mi-août.
L’ÉCHEC DES PARTIS DE L’ESTABLISHMENT
Pedro Sánchez a souligné que les incendies étaient liés au changement climatique
et a appelé à un accord entre les partis pour faire face à ce qu’il appelle une
“urgence climatique” en Espagne.
Vox, en revanche, a utilisé les incendies pour promouvoir son propre programme
politique basé sur le déni du changement climatique et qualifiant les politiques
du gouvernement de “terrorisme climatique”. Il attribue le manque d’attention
aux zones rurales vulnérables aux politiques vertes du gouvernement et à son
adhésion aux objectifs de développement durable des Nations unies.
Vox affirme que l’installation d’infrastructures d’énergie renouvelable sur des
terres rurales au lieu de pratiquer l’agriculture traditionnelle augmente la
probabilité d’incendies. Il souhaite également centraliser le gouvernement, en
faisant de Madrid — et non plus des régions du pays — l’unique responsable de la
coordination de la lutte contre les incendies.
Le PP, qui a également parfois dénié le changement climatique mais qui se méfie
d’être trop associé à Vox, a rejeté les appels de Pedro Sánchez en faveur d’un
pacte politique, les qualifiant d’“écran de fumée” pour faire diversion étant
donné les problèmes auxquels ils font face.
Chez Vox, on présente le problème comme une défaillance des deux partis de
l’establishment.
“Le bipartisme a écorché la peau de l’Espagne […] [et] des forêts interminables
qui brûlent pendant que les conservateurs et les socialistes se renvoient les
compétences, les règlements et les budgets à la figure”, a écrit le porte-parole
du parti, Jorge Buxadé, sur le site d’information de droite OkDiario le 24 août.
Son collègue du parti, Hermann Tertsch, est même allé jusqu’à colporter la
théorie selon laquelle le gouvernement du pays aurait délibérément déclenché les
incendies pour détourner l’attention de ses propres problèmes.
De la fumée s’élève au-dessus d’une zone forestière lors d’un incendie près du
village de Quiroga, à Lugo, en Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne, le 25
août 2025. | Eliseo Trigo/EPA
Parmi ces difficultés figure l’instabilité de l’administration Sánchez, qui
gouverne avec une majorité parlementaire très faible et qui est mise à rude
épreuve ces derniers mois par une série d’enquêtes sur des affaires de
corruption.
“Cette rhétorique est utile à l’extrême droite, qui fait passer le gouvernement
comme illégitime et incapable ; que tous les problèmes du pays ont la même cause
fondamentale, à savoir le gouvernement”, analyse Paco Camas, responsable de
l’opinion publique en Espagne pour l’institut de sondage Ipsos.
Selon lui, la capacité de Vox à prendre ses distances par rapport aux partis
traditionnels et à leurs querelles permet d’élargir son audience.
“Auparavant, Vox était un parti pour les classes moyennes et supérieures, mais
depuis peu, il gagne le soutien des groupes à faibles revenus”, souligne-t-il.
“Et il parvient à s’assurer un soutien dans les zones rurales, peu peuplées ;
dans les petites villes, où les gens ont de faibles revenus.”
LES CATASTROPHES ALIMENTENT L’ESSOR DE VOX
Les incendies de forêt sont le dernier épisode en date d’une série de crises
nationales qui ont exacerbé un climat politique déjà délétère dans le pays.
En octobre 2024, des inondations soudaines dans l’est de l’Espagne ont tué plus
de 220 personnes, ce qui a provoqué un conflit entre le PP et le PSOE. Celui
s’est propagé jusqu’à Bruxelles, lorsque les conservateurs ont tenté, en vain,
de bloquer la nomination de l’ancienne ministre socialiste Teresa Ribera au
poste de commissaire européen.
Vox a utilisé les incendies pour promouvoir son propre programme politique basé
sur le déni du changement climatique et qualifiant les politiques du
gouvernement de “terrorisme climatique”. | Fernando Sanchez/Europa Press via
Getty Images
En avril, une panne d’électricité — dont la cause n’a pas encore été entièrement
expliquée — a privé le pays d’électricité pendant plusieurs heures, ce qui a
donné lieu à des théories conspirationnistes farfelues et à de nouveaux
affrontements politiques.
Vox a présenté ces crises comme la preuve d’un Etat défaillant, les liant même à
l’immigration et citant ce que certains ont critiqué comme étant la lenteur de
l’aide apportée en réponse à l’éruption d’un volcan dans les îles Canaries en
2021.
“Peu importe qu’il s’agisse d’un volcan, d’une pandémie, d’une invasion de
migrants, d’une inondation, d’une panne d’électricité ou, maintenant,
d’incendies de forêt”, a énuméré Santiago Abascal, le leader de Vox. “L’Etat
s’est effondré et a été occupé par une mafia corrompue au service de Pedro
Sánchez.”
En effet, le soutien à Vox était déjà en hausse avant les incendies. Un sondage
réalisé en juillet par l’agence nationale de recherche CIS créditait la
formation d’extrême droite de 19%, réduisant ainsi l’écart avec les deux
principaux partis, tous deux à 27% (bien que d’autres instituts de sondage
placent le PSOE nettement en deuxième position). Le soutien de Vox a
particulièrement augmenté parmi les travailleurs ruraux, dont beaucoup ont été
directement touchés par les incendies.
Le parti semble prendre des électeurs au PP plutôt qu’au PSOE. Cependant, alors
que les feux de l’été s’éteignent, le gouvernement sera à nouveau contraint de
faire face au scandale de corruption qui a éclaté au printemps dernier. Un
système de pots-de-vin massif, qui implique des poids lourds du PSOE, reste
“suffisamment lourd pour faire tomber le gouvernement”, d’après Paco Camas.
Persuader sa grande alliance parlementaire d’approuver un nouveau budget pour
2026 — ce qui n’est pas une tâche facile — semble être le meilleur espoir de
Pedro Sánchez de survivre dans les mois à venir.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
BRUXELLES — Le commissaire européen chargé du climat a mis en garde contre le
risque d’effondrement du Gulf Stream dans quelques décennies, après que des
scientifiques néerlandais ont constaté que les principaux courants océaniques
s’affaiblissaient plus rapidement qu’on ne le pensait.
Selon une étude publiée cette semaine par des chercheurs de l’université
d’Utrecht, circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC), qui
fait partie du Gulf Stream — un courant de l’océan Atlantique qui empêche
l’Europe de devenir glaciale — pourrait commencer à s’arrêter dans les années
2060 en raison du changement climatique.
Le commissaire européen chargé du climat, Wopke Hoekstra, a qualifié ces
résultats de “signal d’alarme” dans un message publié sur les réseaux sociaux.
Le Gulf Stream, note-t-il, “transporte les eaux tropicales chaudes vers le nord,
ce qui permet aux hivers de l’Europe du Nord d’être beaucoup plus doux que ceux
des régions situées à la même latitude, comme le Canada. Cette nouvelle étude
indique que le Gulf Stream pourrait s’effondrer de notre vivant”.
L’arrêt de l’AMOC entraînerait une chute des températures en Europe, alors même
que le réchauffement climatique se poursuit. Cela réduirait également les
précipitations et entraînerait probablement des étés encore plus secs, avec des
conséquences dévastatrices pour l’agriculture.
Au début du mois, la vice-présidente de la Commission européenne, Teresa Ribera,
chargée de la politique verte de l’UE, a suggéré que l’AMOC soit “ajouté à la
liste des acronymes de sécurité nationale en Europe”, compte tenu des graves
conséquences d’une fermeture.
L’étude néerlandaise, qui analyse 25 modèles climatiques différents, a révélé
que dans le cadre d’un scénario d’émissions modérées — c’est-à-dire une
augmentation des températures mondiales d’environ 2,7 degrés Celsius par rapport
aux niveaux préindustriels au cours de ce siècle — l’AMOC pourrait commencer à
s’effondrer à partir de 2063.
La planète s’est déjà réchauffée de 1,3 °C et devrait atteindre 2,7 °C selon les
plans climatiques actuels des gouvernements. Dans le cadre d’un scénario à
fortes émissions prévoyant un réchauffement supérieur à 4 °C, ce qui est
considéré comme improbable, l’arrêt de la production pourrait se produire dès
2055, ont-ils constaté.
Selon des études antérieures, il était peu probable qu’un effondrement se
produise au cours de ce siècle.
DES CHANCES NON-NULLES
Sybren Drijfhout, titulaire de la chaire de sciences océaniques et terrestres à
l’université de Southampton et chercheur à l’Institut météorologique royal
néerlandais, a déclaré que l’étude de l’université d’Utrecht était “solide”.
Le chercheur, qui n’a pas participé à l’étude d’Utrecht, a publié jeudi une
autre étude qui aboutit à une conclusion similaire : l’AMOC atteindra un point
de bascule au cours de ce siècle et entamera un déclin avant de s’arrêter après
l’année 2100.
Selon cette étude, le scénario improbable de fortes émissions a 70 % de chances
de conduire à un tel effondrement de l’AMOC, tandis que le scénario modéré —
l’augmentation de 2,7 °C à laquelle la planète s’attend actuellement —
n’impliquerait que 37 % de chances d’effondrement.
Pourtant, même un scénario à faibles émissions conforme aux objectifs de
l’accord de Paris de 2015 sur le climat qui limite le réchauffement à moins de 2
°C donne 25 % de chances à un arrêt de la production, écrivent les chercheurs.
“Pour autant que les modèles actuels le suggèrent, nous concluons que le risque
d’un arrêt de l’AMOC septentrional est plus important qu’on ne le pensait”, ont
écrit Sybren Drijfhout et ses collègues.
Dans son billet, Wopke Hoekstra exprime sa frustration : le climat est devenu
moins prioritaire dans la politique européenne ces dernières années, en dépit de
la menace que représente le réchauffement de la planète.
“On a l’impression que le changement climatique a été relégué au second plan
parce que nous sommes tellement occupés à traiter d’autres problèmes urgents”,
a-t-il écrit.
“Le progrès prend du temps. Il n’est pas linéaire, a-t-il poursuivi. Il y aura
des moments où l’attention se réduit Nous remercions donc vivement ces
scientifiques de nous avoir à nouveau donné un sérieux coup de semonce en
matière de climat.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
BRUXELLES — Le pape venait de mourir. Et Teresa Ribera était en deuil — pas
seulement de l’homme.
Le pape François a incarné une époque où le rêve de Teresa Ribera d’un monde
plus vert, façonné par des institutions internationales puissantes et des avis
scientifiques, semblait enfin se concrétiser.
Dix ans se sont écoulés depuis les moments les plus forts pour Teresa Ribera :
2015, l’année qui a vu l’élaboration de l’Accord de Paris sur le changement
climatique et la proclamation du pape qui a plaidé moralement en faveur de
l’action environnementale.
A la mort de François, en avril, l’Espagnole s’efforçait d’empêcher que tout
cela soit démantelé.
Depuis son arrivée à Bruxelles en décembre en tant que vice-présidente exécutive
de la Commission européenne chargée à la fois de la politique verte et de la
concurrence, elle a mené une bataille — en grande partie secrète — contre des
opposants qui craignent que les efforts de l’UE pour lutter contre le changement
climatique soient inabordables ou qu’ils offrent une victoire facile aux
populistes.
Son influence s’est manifestée cette semaine lorsque la Commission européenne a
affronté à la fois le président français, le mécontentement de la plus grande
force politique de l’UE et la certitude d’un blacklash de l’extrême droite en
présentant un nouvel objectif climatique pour l’Europe.
Teresa Ribera a présenté l’objectif proposé, à savoir une étape de réduction des
émissions pour 2040, comme une réponse à l’opposition croissante à une action
ambitieuse en faveur du climat.
“Pour tous ceux qui contestent la science, cachent les problèmes, demandent un
report, pensent que le monde va rester tel qu’il est et que le marché va tout
résoudre […] la réponse de l’Europe est très claire”, a-t-elle tancé lors d’une
conférence de presse mercredi.
Mais la pression politique a incité la Commission à assouplir l’objectif en
faisant des concessions aux gouvernements, notamment une proposition
controversée visant à sous-traiter une partie des efforts de l’Union européenne
aux pays les plus pauvres.
C’était, comme les sept premiers mois du mandat de Teresa Ribera, un compromis
né de l’évolution de la réalité politique, à laquelle elle s’est efforcée de
résister tout en s’y adaptant.
Le récit de cette période est basé sur des entretiens avec 11 responsables au
sein de la Commission et de gouvernements nationaux, des collaborateurs de
Teresa Ribera et des observateurs attentifs de l’UE. Nombre d’entre eux
hésitaient à parler aux journalistes de l’Espagnole, qui attache une grande
importance à la vie privée et à la loyauté, c’est pourquoi l’anonymat leur a été
accordé. POLITICO a également interviewé Teresa Ribera trois fois au cours de
cette période.
Ses alliés et ses détracteurs l’ont décrite comme isolée, manquant d’alliés
politiques en raison des défaites subies par ses collègues sociaux-démocrates,
et faisant face à des attaques venant de l’extérieur et de l’intérieur de la
Commission. Malgré cela, elle a remporté une série de victoires discrètes.
Le pape François a incarné une époque où le rêve de Teresa Ribera d’un monde
plus vert, façonné par des institutions internationales puissantes et des avis
scientifiques, semblait enfin se concrétiser. | Fabio Frustaci/EPA
Les partis populistes et illibéraux ayant intégré la lutte contre le changement
climatique dans leur liste de critiques, les enjeux, tels que les perçoit Teresa
Ribera, dépassent les objectifs écologiques de l’UE. Presque religieux.
Certainement moraux.
“Aujourd’hui, comme jamais auparavant, le programme vert […] est remis en
question”, a-t-elle écrit dans une lettre chargée d’émotion adressée à El País,
deux jours après la mort du pape François. Cette “contre-réforme”, a-t-elle
ajouté, doit être affrontée de peur que le monde “ne retourne à des temps
sombres”.
VOUS ÊTES EMBAUCHÉE
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, savait
exactement à quoi elle s’attendait lorsqu’elle a demandé à Teresa Ribera de
protéger les ambitions vertes menacées de l’UE.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a fait passer le message dans une
lettre adressée à Ursula von der Leyen en août 2024, nommant la deux fois
ministre, ancienne négociatrice des Nations unies sur le climat et experte
politique à la Commission.
Pedro Sánchez a vanté son “expérience politique” et ses “connaissances
approfondies” en matière de changement climatique, d’énergie et de protection de
l’environnement, qui, selon lui, ont valu à Teresa Ribera “un grand prestige à
l’échelle internationale et nationale”. La lettre a été communiquée à POLITICO
en vertu des lois sur la liberté d’information.
Teresa Ribera pourrait “générer des consensus et des accords dans le cadre de
négociations internationales complexes”, s’enthousiasmait le Premier ministre
espagnol.
C’était utile pour Ursula von der Leyen. Le Pacte vert européen — un ensemble
d’objectifs et de réglementations couvrant presque tous les secteurs de
l’économie européenne — est un élément clé de l’héritage législatif de la
présidente. Présenté en 2019, il vise non seulement à mettre fin à la
contribution de l’Europe au changement climatique d’ici le milieu du siècle,
mais aussi à rééquilibrer l’impact de l’industrie et de l’agriculture sur la
nature.
Tant von der Leyen que Ribera savaient que des problèmes se profilaient à
l’horizon.
Les élections européennes de 2024 ont augmenté le nombre de parlementaires
d’extrême droite — les agents mêmes de la contre-réforme que Teresa Ribera
pensait affronter —, garantissant que les attaques contre le programme vert
allaient s’intensifier. De plus, le Parti populaire européen (PPE), formation de
centre droit d’Ursula von der Leyen, la plus grande force du Parlement européen,
a commencé à s’opposer à des parties importantes du Pacte vert, invoquant les
coûts pour l’industrie et la nécessité de contrer les discours des extrêmes.
Selon deux personnes ayant une connaissance directe des discussions et deux
personnes informées des discussions, Ursula von der Leyen a dit à Teresa Ribera
qu’elle la choisissait comme première vice-présidente exécutive — c’est-à-dire
comme numéro 2 de la Commission — précisément en raison de ses compétences
écologiques.
Teresa Ribera a compris que son travail se résumait à une mission primordiale :
défendre le Pacte vert.
OBJECTIF 90%
Le soutien d’Ursula von der Leyen à Teresa Ribera s’est manifesté lors des
dernières négociations agitées sur le nouvel objectif climatique de l’UE pour
2040.
Jusqu’à mardi, la forme finale de la proposition de loi — et même sa publication
— restait incertaine.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, savait
exactement à quoi elle s’attendait lorsqu’elle a demandé à Teresa Ribera de
protéger les ambitions vertes menacées de l’UE. | Jose Manuel Vidal/EPA
Sa présentation a déjà été retardée pendant des mois, car le commissaire
européen chargé du Climat, Wopke Hoekstra, dont le travail est supervisé par
Teresa Ribera, a bataillé pour trouver le juste niveau de concessions
politiquement viables.
Après des mois de discussions avec les gouvernements et les parlementaires,
Wopke Hoekstra a suggéré que l’UE s’en tienne à la réduction de 90% des
émissions promise par Ursula von der Leyen l’année dernière, mais qu’elle
sous-traite une partie de ses efforts climatiques aux pays les plus pauvres en
achetant des crédits carbone. Ce compromis a déplu à Teresa Ribera, mais elle a
fini par l’accepter.
Malgré cette concession, une vague d’opposition s’est levée lundi lorsque la
proposition a été présentée aux autres commissaires et à leurs équipes. Teresa
Ribera et Wopke Hoesktra ont même dû faire face à des appels pour retarder
l’annonce, après que le président français Emmanuel Macron a suggéré une pause
lors d’un dîner avec les dirigeants de l’UE la semaine précédente.
Ce dîner a été “un moment important”, retrace un responsable européen au fait
des discussions internes. “Il a montré à tout le monde que les grands pays
n’étaient pas […] du côté de la Commission.”
Au cours du repas, Ursula von der Leyen s’est opposée à Emmanuel Macron,
défendant l’objectif et insistant sur le fait qu’il devait être proposé cette
semaine, affirment trois personnes au fait des discussions.
Elle a présenté les mêmes arguments cette semaine aux commissaires hésitants,
qui sont finalement rentrés dans le rang mardi. Wopke Hoekstra et Teresa Ribera
ont obtenu leur compromis.
DANS LES TRANCHÉES
Teresa Ribera a mené de nombreuses batailles de ce type au cours des sept
derniers mois.
Elle a essayé d’agir comme une gardienne du droit, en appréhendant les documents
de la Commission et en s’assurant qu’ils s’alignent sur les précédents
engagements verts de l’UE.
L’Espagnole n’a pas toujours eu le soutien total de l’Allemande, qui a été prête
à sacrifier un nombre croissant de réglementations écologiques pour répondre aux
préoccupations du PPE tout en essayant de préserver les objectifs climatiques
fondamentaux.
Malgré cela, Teresa Ribera a remporté des victoires importantes.
En janvier, une première version de la grande doctrine économique du second
mandat d’Ursula von der Leyen — ladite “boussole pour la compétitivité” — ne
contenait que quelques références vertes nébuleuses tout en mettant l’accent sur
la déréglementation. Teresa Ribera est intervenue pour s’assurer que la version
finale fasse spécifiquement référence aux initiatives menacées en matière de
politique verte.
Pedro Sánchez, le leader socialiste le plus puissant, est un allié politique de
Teresa Ribera. | Oliver Matthys/EPA
Un mois plus tard, la Commission a lancé un projet de loi “omnibus” visant à
réduire les charges administratives pesant sur les entreprises. Ce projet de loi
a édulcoré les règles relatives à la finance verte et les règles de reporting
des entreprises. Mais il serait allé encore plus loin, laissant des règles clés
entièrement non contraignantes et donc sans effet, si Teresa Ribera n’était pas
intervenue en coulisses, a rapporté POLITICO en février.
La vice-présidente exécutive de la Commission s’est également battue en
coulisses pour tenter de sauver une loi anti-greenwashing qui était en train
d’être enterrée.
En même temps, elle s’est rebellée contre la position publique de l’UE sur des
questions telles que Gaza, les droits des personnes LGBTQ+ et l’immigration.
En mai, après que des rumeurs eurent circulé selon lesquelles Ursula von der
Leyen demandait aux commissaires de ne pas assister à la Pride de Budapest,
interdite, Teresa Ribera s’est ostensiblement présentée à une conférence de
presse sur les progrès en matière de climat, muni d’un carnet de notes aux
couleurs de l’arc-en-ciel.
Sur le réseau social Bluesky, elle a exprimé sa solidarité avec la communauté
LGBTQ+ hongroise des mois avant qu’Ursula von der Leyen ne le fasse. Elle publie
fréquemment des messages soulignant la misère à Gaza, critiquant parfois
carrément Israël, ainsi que la répression de Trump à l’encontre de la recherche
scientifique et des universités. Elle a relayé une tribune de l’ancien chef des
affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell, condamnant l’inaction de l’Union sur
Gaza, et a exprimé son soutien aux sauveteurs de migrants en Méditerranée.
Lorsque les Etats-Unis ont bombardé l’Iran en juin, elle a semblé déplorer la
mise à l’écart de l’ordre multilatéral, en écrivant : “Des décennies pour
construire un ordre international fondé sur la charte des Nations unies, les
droits de l’homme et l’Etat de droit.”
LA DAME DE FER
La position de Teresa Ribera implique la solitude.
Elle est sans ambiguïté dans sa doctrine politique socialiste, ce qui est
remarquable dans un paysage politique en mutation.
Lors d’une interview dans ses bureaux, juste après son installation au
Berlaymont, POLITICO a remarqué une photographie des années 1970 accrochée
derrière le canapé moderniste dans laquelle la nouvelle commissaire s’est
assise. Sur cette photo, Margaret Thatcher, alors chef de l’opposition
britannique et bête noire de la gauche britannique, participait à une réunion
sur le même canapé. Teresa Ribera a plaisanté en disant qu’elle pourrait
l’échanger contre une photo de l’actuel Premier ministre travailliste Keir
Starmer. Peu de temps après, la photo avait disparu.
Le centre gauche est en recul en Europe. Le leader socialiste le plus puissant,
Pedro Sánchez, est un allié politique de Teresa Ribera. Mais le Premier ministre
espagnol a été affaibli par une série de mauvais résultats électoraux, une
coalition fracturée et, plus récemment, un important scandale de corruption.
Encouragés, les opposants espagnols de droite et d’extrême droite de Teresa
Ribera ont monté une campagne féroce contre elle dans la presse.
Les défaites électorales ont également réduit le nombre d’élus avec lesquels
Teresa Ribera a défendu le Pacte vert lorsqu’elle était ministre. Ses alliés en
Allemagne, en Autriche, en Belgique et aux Pays-Bas ont disparu.
Au niveau international, l’ordre mondial qu’elle a contribué à façonner est
également soumis à de profondes pressions, tant de la part de la Maison-Blanche
que des populistes à travers l’UE. Elle s’est efforcée d’avancer à pas feutrés,
en s’abstenant de manifester ouvertement son mépris pour le président américain
Donald Trump et ceux qui le soutiennent. Mais elle n’a pas non plus utilisé le
réseau social X d’Elon Musk depuis décembre.
Wopke Hoekstra, un membre du PPE qui a récupéré le dossier du climat à la fin de
2023, a été chargé de rédiger l’objectif de 2040. | Oliver Matthys/EPA
“Elle semblait plus fatiguée et frustrée que la dernière fois que je l’ai vue”,
confie un ancien représentant d’un pays de l’UE qui a récemment rencontré Teresa
Ribera.
L’Espagnole s’appuie sur deux de ses expériences pour prendre du recul dans
l’adversité. Celle, longue, des négociations des Nations unies sur le climat,
qui ont connu de nombreux revers depuis leur lancement dans les années 1990. Et
l’amour profond de sa famille pour l’équipe de football de l’Atlético de Madrid
— l’éternelle outsider de la capitale espagnole, souvent dépassée par son riche
voisin, le Real Madrid.
EN QUÊTE D’AMIS
Là où Teresa Ribera, en tant que politique, semble le plus tenter de retenir la
vague du backlash, c’est à la Commission.
Elle a peu d’alliés au sein du collège des commissaires européens. Il n’y a que
quatre socialistes parmi les 27 membres dans l’équipe d’Ursula von der Leyen —
cinq si l’on compte Maroš Šefčovič, dont le parti slovaque a été suspendu du
groupe.
Le PPE domine le collège. Et les propositions de la Commission ont nettement
évolué pour intégrer les priorités de la droite.
Si l’on exagère souvent l’ampleur du recul de l’UE sur les questions écologiques
— il existe toujours un large consensus sur la nécessité de lutter contre le
changement climatique —, l’air du temps à Bruxelles, alimenté par un intense
lobbying des entreprises, est à l’assouplissement de la réglementation
écologique.
Défense, désindustrialisation, dérégulation… Donald. Tels sont les “D” qui
feront battre le cœur des capitales européennes en 2025. La décarbonation a
perdu de sa superbe.
La Commission affirme que ses récentes réformes n’ont pas compromis la mission
principale du Pacte vert, en particulier en ce qui concerne le climat. Elle
qualifie les changements de “simplification”, en rationalisant les exigences
trop lourdes.
Il s’agit au moins en partie d’un euphémisme, tance François Gemenne, le
politiste belge qui enseigne à HEC Paris.
“Quoi qu’ils puissent dire et proclamer, il y a un certain recul au niveau de
l’UE en ce qui concerne le Pacte vert”, affirme-t-il.
Teresa Ribera a tenté de résister à ce déclin.
“Elle essaie constamment de réduire l’intensité du changement de doctrine au
sein de la Commission”, relate un responsable au sein de l’exécutif européen à
propos de l’Espagnole. Ce n’est pas un rôle populaire “si soudainement votre
priorité en tant que Commission est de faciliter la vie des entreprises [et]
qu’elle croit davantage en une réglementation stricte”.
Les équipes de Ribera et de Hoekstra insistent toutes deux sur le fait qu’elles
entretiennent des relations amicales et constructives. | Oliver Hoslet/EPA
Teresa Ribera “a travaillé en étroite collaboration avec la présidente”, a
assuré Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission, dans un communiqué
envoyé par e-mail. “Aucun membre du Collège ne travaille de manière isolée, que
ce soit sur le plan politique ou autre.”
En tant que vice-présidente exécutive, Teresa Ribera s’est vu confier de vastes
responsabilités par Ursula von der Leyen, mais un pouvoir diffus. Elle supervise
le travail des autres commissaires quand cela a un lien avec le Pacte vert.
Il y a deux écoles de pensée sur l’intention d’Ursula von der Leyen. D’une part,
la structure dilue le pouvoir de Teresa Ribera, évitant ainsi le genre de fief
politique créé par son prédécesseur à la vice-présidence exécutive, le
socialiste néerlandais Frans Timmermans. D’autre part, cela signifie que les
décisions prises dans le cadre du Pacte vert sont validées par tous les partis,
ce qui pourrait atténuer les attaques du PPE.
Le partage des responsabilités a inévitablement engendré des tensions.
Wopke Hoekstra, membre du PPE qui a pris en charge le dossier du climat à la fin
de 2023, a été chargé de rédiger l’objectif de 2040.
Les équipes de Ribera et de Hoekstra insistent toutes deux sur le fait qu’elles
entretiennent des relations amicales et constructives. L’Espagnole et le
Néerlandais étaient “globalement alignés” sur l’objectif, d’après le responsable
européen précité.
Mais à deux reprises au moins, Teresa Ribera a publiquement devancé le travail
de Wopke Hoekstra, annonçant à POLITICO que l’objectif final serait de 90% et
ajoutant qu’il devrait tenir compte de l’avis d’un conseil scientifique qui
venait d’exclure l’utilisation de crédits carbone internationaux pour atteindre
l’objectif.
Par ailleurs, les collaborateurs de la direction générale de l’action pour le
climat à la Commission, qui travaillent pour Hoekstra, n’ont pas toujours
partagé les documents clés de l’équipe de Teresa Ribera. Alors que le premier
est subordonné à la seconde dans l’organigramme de von der Leyen.
“La façon dont je vois les choses, Wopke Hoekstra domine sur ces questions”,
explique un représentant du PPE. “Ribera est un peu marginalisée au sein de la
Commission. Wopke a les commissaires du PPE qui ont tendance à être de son côté,
et Ribera, en tant que social-démocrate, est assez seule.”
Là où Teresa Ribera, en tant que politique, semble le plus tenter de retenir la
vague du backlash, c’est à la Commission. | Oliver Hoslet/EPA
Pourtant, le duo était là mercredi, présentant ensemble son compromis 2040 —
Hoekstra avec une cravate de travers, Ribera avec une contenance inhabituelle.
Oui, a-t-elle reconnu, l’époque de la montée des préoccupations publiques,
politiques (et papales) qui a donné naissance au Pacte vert et à l’Accord de
Paris n’est “pas le monde d’aujourd’hui”. Mais l’UE ne bat pas en retraite, a
insisté Teresa Ribera : “Nous sommes là.”
Le ton est le même que celui qu’elle a adopté lors de son éloge funèbre du pape
François en avril dernier : nostalgie du passé récent, défense de l’avenir
lointain, mais empêtrée dans les problèmes politiques du présent.
Karl Mathiesen a enquêté à Bruxelles et à Londres. Zia Weise à Bruxelles.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
BRUXELLES — La Commission européenne a dévoilé mercredi une législation visant à
réduire l’empreinte carbone de l’UE de 90 % d’ici à 2040 avec quelques
ajustements, réduisant l’ambition de départ.
L’exécutif européen, suivant les recommandations de ses conseillers
scientifiques, a proposé ce chiffre il y a plus d’un an, envisageant un objectif
ambitieux qui, comme pour les objectifs 2030 et 2050 de l’Union européenne,
devait être atteint uniquement grâce aux efforts déployés au sein de l’UE.
Cet objectif s’est toutefois heurté à une forte résistance de la part des
gouvernements, ce qui a incité la Commission à leur accorder une marge de
manœuvre sans précédent pour l’atteindre.
Une partie de l’objectif pourra être atteint grâce à des crédits carbone
internationaux, un mécanisme controversé qui externalise une partie des efforts
climatiques de l’Union européenne vers les pays en développement.
Par ce biais, les gouvernements de l’UE seraient en mesure de financer des
projets climatiques dans d’autres pays et de comptabiliser les réductions
d’émissions qui en résultent dans leurs propres objectifs. Les critiques, y
compris les conseillers scientifiques de l’Union, avertissent que cela risque de
saper les efforts nationaux de décarbonisation de l’UE.
Comme l’a rapporté POLITICO en début de semaine, la Commission propose de fixer
des limites strictes aux crédits, de conditionner leur utilisation à une étude
d’impact appropriée, d’exiger que les projets financés produisent des réductions
d’émissions significatives et suggère de les exclure du marché du carbone de
l’UE.
L’exécutif européen souhaite également qu’un maximum de 3 points de pourcentages
de l’objectif soit atteint grâce à des crédits, s’alignant ainsi sur la position
de l’Allemagne en la matière.
La proposition accorde également aux pays deux concessions supplémentaires pour
faciliter la réalisation de l’objectif : d’une part, l’intégration des
absorptions de CO2 dans le marché carbone de l’UE, ce qui permettrait d’alléger
la pression sur les industries énergo-intensives ; d’autre part, une plus grande
flexibilité entre les objectifs d’absorption du CO2 et les objectifs de
réduction des émissions des pays.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
LONDRES — Idéalement, la science et la politique, comme l’huile et l’eau, ne
devraient pas se mélanger. Mais dans la première institution mondiale de science
du climat, le pétrole se bat pour prendre le dessus.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est
plongé dans une série de controverses en coulisses, alimentées par les pays
producteurs d’énergies fossiles et le retrait des Etats-Unis en tant que
participant actif.
L’une des querelles qui devrait éclater dans les semaines à venir porte sur la
sélection des principaux auteurs d’une section du prochain grand rapport du
Giec, qui recommandera aux gouvernements des politiques visant à réduire les
émissions fossiles.
Les conclusions du Giec constituent le fondement de la compréhension pour
l’humanité du changement climatique, et guident les gouvernements et les
investisseurs dans leurs décisions futures. A ce titre, elles font l’objet d’un
examen scientifique et politique approfondi.
Selon une note diffusée au sein du comité de sélection des auteurs, consultée
par POLITICO, l’économiste soudanais Mustafa Babiker — qui travaille depuis
longtemps pour la compagnie pétrolière Saudi Aramco — a été proposé comme l’un
des trois auteurs principaux coordinateurs du chapitre.
Mustafa Babiker est un universitaire qualifié qui contribue depuis longtemps aux
publications du Giec, notamment en dirigeant un chapitre de son dernier grand
rapport. Aucune décision définitive n’a été prise.
Mais les observateurs et certains scientifiques craignent que le fait de
confier, à une personne qui travaille depuis plus de dix-huit ans pour la plus
grande compagnie pétrolière du monde, la direction d’un travail aussi important
ne nuise à la crédibilité du Giec en tant qu’arbitre mondial de la science du
climat.
“Cela nuit à la réputation du Giec”, considère une personne au fait des
discussions. “Et il se pourrait bien que ce soit délibéré.”
Tzeporah Berman, fondatrice de l’ONG pour un traité de non-prolifération des
énergies fossiles, estime aussi que le rôle potentiel de Mustafa Babiker
créerait un risque pour la réputation de l’organisme. Elle décrit cette
nomination comme “l’un des exemples les plus flagrants de capture du politique
par l’industrie pétrolière sur la politique climatique que j’aie jamais vus”.
POLITICO a tenté de contacter Mustafa Babiker par le biais de son adresse e-mail
de Saudi Aramco et de ses diverses affiliations universitaires, mais il n’a pas
pu être joint pour un commentaire. Aramco n’a pas répondu à nos sollicitations.
“L’Arabie saoudite tient les travaux du Giec en haute estime et s’engage à
préserver l’intégrité scientifique et l’indépendance de ses processus”, a
déclaré un porte-parole officiel de la délégation saoudienne auprès des organes
de l’ONU chargés des questions climatiques. “Nous rejetons fermement l’idée
selon laquelle la nomination du Dr. Mustafa Babiker compromet la crédibilité du
Giec. Au contraire, sa vaste expérience universitaire et professionnelle […] le
rend exceptionnellement qualifié pour remplir cette fonction.”
RETARDS POTENTIELS
Cet imbroglio renvoie à un conflit plus large : les efforts croissants déployés
par les principaux pays producteurs d’énergies fossiles pour intervenir au sein
de l’organisme mondial chargé de la science du climat.
Il s’agit là d’une réponse prévisible et gérable à l’impact croissant des
politiques climatiques visant à éliminer les énergies fossiles et limiter les
effets du changement climatique, a réagi Diána Ürge-Vorsatz, vice-présidente du
Giec.
Les observateurs et certains scientifiques craignent que le fait de confier, à
une personne qui travaille depuis plus de dix-huit ans pour la plus grande
compagnie pétrolière du monde, la direction d’un travail aussi important ne
nuise à la crédibilité du Giec. | CFOTO/Future Publishing via Getty Images
“Ce que nous constatons, c’est que l’ensemble du domaine du climat est beaucoup
plus politisé et financiarisé, de sorte que […] le Giec est de plus en plus
important”, a-t-elle relaté. “De tous les côtés, les enjeux sont beaucoup plus
importants. Il y a donc une participation beaucoup plus intensive.”
Le Giec produit tous les six ou sept ans des rapports qui sont utilisés par les
investisseurs et les décideurs pour déterminer l’état de la planète et la
nécessité, ou non, d’agir.
Il s’agit d’un organisme des Nations unies. Bien que son travail scientifique
soit farouchement défendu comme indépendant, ses activités sont soumises à
l’approbation des gouvernements du monde entier.
Cette implication politique donne du poids aux conclusions finales de
l’organisme, a affirmé Diána Ürge-Vorsatz. Bien qu’elle introduise
inévitablement des intérêts divergents, c’est aussi “la force du Giec”, a-t-elle
ajouté.
Le secrétariat du Giec n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Le rapport que Mustafa Babiker pourrait contribuer à diriger est attendu pour
2028, à temps pour nourrir la prochaine série de plans d’émissions mondiaux
établis par les gouvernements.
Mais les scientifiques ont déclaré que ce calendrier était compromis, en partie
à cause des difficultés rencontrées pour parvenir à un accord lors de sa
préparation.
Le groupe d’experts est réuni à Genève depuis le 30 juin ; l’occasion peut-être
d’aplanir ces désaccords.
LE RETRAIT DE TRUMP
Le cœur de la controverse concerne l’organe de coordination de ce que l’on
appelle le groupe de travail III, le groupe de scientifiques et de responsables
publics qui se concentre sur la réponse mondiale au changement climatique
(d’autres groupes sont chargés de décrire les effets physiques et les impacts de
la crise climatique).
Ces divergences apparaissent au moment même où un acteur international clé, les
Etats-Unis, se retire du Giec.
En février, l’administration Trump est intervenue à la dernière minute pour
empêcher la coprésidente américaine du groupe de travail, Katherine Calvin, de
participer à une réunion à Hangzhou, en Chine. Cette décision a été prise après
que Donald Trump a ordonné un réexamen de toutes les participations des
Etats-Unis à des organismes environnementaux mondiaux. Une comparaison des
listes de personnel a montré que la Maison-Blanche semblait également avoir
supprimé six des neuf membres du personnel de l’unité de recherche chargée de la
production du rapport, ce qui a encore affaibli le travail de Katherine Calvin.
Cette dernière était la scientifique en chef de la NASA à l’époque, mais elle a
quitté ses fonctions en avril, selon une note publiée sur le site web de
l’agence.
Les conclusions du Giec constituent le fondement de la compréhension pour
l’humanité du changement climatique, et guident les gouvernements et les
investisseurs dans leurs décisions futures. | Patricia De Melo Moreira/AFP via
Getty Images
Malgré cela, elle reste active dans son rôle de présidente bénévole et a cosigné
la note proposant les nouveaux auteurs cette semaine.
Outre les deux présidents, le groupe compte sept vice-présidents. Trois d’entre
eux sont issus de pays faisant partie du groupe des pays producteurs de pétrole
de l’Opep+. Deux autres proviennent de pays membres du Forum des pays
exportateurs de gaz. L’un d’entre eux est originaire de Norvège, le plus grand
producteur de pétrole d’Europe, et Katherine Calvin vient du plus grand pays
exportateur de pétrole et de gaz au monde.
Les membres sont pour la plupart des universitaires et rien ne prouve qu’ils
soient motivés par des considérations politiques.
Mais l’un des vice-présidents est Malak Al-Nory, un conseiller senior du
ministère saoudien de l’Energie. Selon la personne au fait des discussions,
c’est lui qui a communiqué la nomination de Mustafa Babiker par l’Arabie
saoudite pour diriger le chapitre du rapport.
“Notre capacité à évaluer leurs compétences est pour le moins imparfaite”, ont
écrit les coprésidents du groupe III, Katherine Calvin et Joy Jacqueline Pereira
de Malaisie, dans la première note. Elles ont toutefois précisé que tous leurs
choix, y compris celui de Babiker, “ont reçu le soutien” du groupe.
“L’Arabie saoudite, comme tous les autres Etats membres, s’engage de manière
constructive pour veiller à ce que les résultats du Giec reflètent une science
rigoureuse”, a déclaré le porte-parole saoudien.
Aucun détracteur de la nomination de Mustafa Babiker, que ce soit en public ou
en privé, n’a soulevé de questions spécifiques concernant son intégrité
professionnelle ou scientifique. Il est associé de longue date au Massachusetts
Institute of Technology, diplômé des universités du Colorado et de Khartoum, et
spécialisé dans la modélisation des effets économiques des politiques
climatiques.
Mais sa collaboration de près de deux décennies avec Aramco, qui appartient
majoritairement au gouvernement saoudien, a démontré comment “l’infiltration des
compagnies pétrolières dans les rapports de politiques publiques et les
négociations tient le monde en otage des systèmes du passé qui profitent aux
pollueurs au détriment des vies et des moyens de subsistance”, a déploré
Tzeporah Berman.
Diána Ürge-Vorsatz n’a pas voulu commenter la nomination potentielle de Mustafa
Babiker. Mais en général, a-t-elle dit, la présence de plusieurs voix à la table
peut être “bénéfique”, à condition qu’elles soient “équilibrées” et qu’elles
représentent une diversité d’industries.
D’AUTRES PROFILS ÉCARTÉS
Comme le montre la note des présidents, en proposant Mustafa Babiker, des
dizaines d’autres candidats hautement qualifiés ont été écartés. Selon le
document, il s’agit notamment de Jan Minx, chercheur au Potsdam Institute for
Climate Impact Research, spécialisé dans l’analyse des résultats de la politique
climatique.
Certains gouvernements ne souhaitent pas que ce type d’analyse a posteriori soit
inclus dans le rapport du Giec. Les diplomates saoudiens se sont opposés à
plusieurs reprises à cette démarche lors de la réunion de février, selon le
Earth Negotiations Bulletin, qui publie les comptes rendus des réunions. Jan
Minx n’a pas souhaité commenter.
Le chapitre que Mustafa Babiker pourrait diriger présente un intérêt majeur pour
l’Arabie saoudite, qui entend devenir un grand exportateur d’énergies fossiles
dans les décennies à venir.
Lors de la réunion de février, l’Arabie saoudite, l’Inde, la Chine et la Russie
se sont battues pour modifier le titre et la portée du chapitre. D’autres pays,
dont la Suède, s’y sont opposés.
“Les suggestions faites par les Etats membres lors de l’élaboration des
chapitres font partie du processus d’examen ouvert du Giec”, a déclaré le
porte-parole de la délégation saoudienne pour le climat. “L’Arabie saoudite a
toujours contribué par le biais de mécanismes formels et conformément aux lignes
directrices et aux règles du Giec. Il est trompeur de qualifier cela d’ingérence
politique.”
Toutefois, des concessions ont finalement été faites pour apaiser les
inquiétudes saoudiennes.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.