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Climat: la Commission propose un objectif assoupli pour 2040
BRUXELLES — La Commission européenne a dévoilé mercredi une législation visant à réduire l’empreinte carbone de l’UE de 90 % d’ici à 2040 avec quelques ajustements, réduisant l’ambition de départ. L’exécutif européen, suivant les recommandations de ses conseillers scientifiques, a proposé ce chiffre il y a plus d’un an, envisageant un objectif ambitieux qui, comme pour les objectifs 2030 et 2050 de l’Union européenne, devait être atteint uniquement grâce aux efforts déployés au sein de l’UE. Cet objectif s’est toutefois heurté à une forte résistance de la part des gouvernements, ce qui a incité la Commission à leur accorder une marge de manœuvre sans précédent pour l’atteindre. Une partie de l’objectif pourra être atteint grâce à des crédits carbone internationaux, un mécanisme controversé qui externalise une partie des efforts climatiques de l’Union européenne vers les pays en développement. Par ce biais, les gouvernements de l’UE seraient en mesure de financer des projets climatiques dans d’autres pays et de comptabiliser les réductions d’émissions qui en résultent dans leurs propres objectifs. Les critiques, y compris les conseillers scientifiques de l’Union, avertissent que cela risque de saper les efforts nationaux de décarbonisation de l’UE. Comme l’a rapporté POLITICO en début de semaine, la Commission propose de fixer des limites strictes aux crédits, de conditionner leur utilisation à une étude d’impact appropriée, d’exiger que les projets financés produisent des réductions d’émissions significatives et suggère de les exclure du marché du carbone de l’UE. L’exécutif européen souhaite également qu’un maximum de 3 points de pourcentages de l’objectif soit atteint grâce à des crédits, s’alignant ainsi sur la position de l’Allemagne en la matière. La proposition accorde également aux pays deux concessions supplémentaires pour faciliter la réalisation de l’objectif : d’une part, l’intégration des absorptions de CO2 dans le marché carbone de l’UE, ce qui permettrait d’alléger la pression sur les industries énergo-intensives ; d’autre part, une plus grande flexibilité entre les objectifs d’absorption du CO2 et les objectifs de réduction des émissions des pays. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Alexandre Léchenet.
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Emmanuel Macron confirme vouloir retarder le prochain rendez-vous climatique de l’UE
BRUXELLES — La France souhaite retarder l’accord sur le prochain objectif climatique de l’Union européenne, a déclaré le président Emmanuel Macron à l’issue du sommet des dirigeants européens qui s’est tenu jeudi. La Commission européenne dévoilera la semaine prochaine une proposition controversée visant à réduire de 90% les émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne d’ici à 2040. L’exécutif européen prévoit depuis longtemps d’associer à cet objectif climatique celui pour 2035. Cet objectif n’est pas contraignant, mais il est exigé de tous les pays dans le cadre de l’Accord de Paris avant la COP30 à Belém, au Brésil. L’ONU ayant fixé une échéance en septembre pour l’objectif 2035, la Commission espère un accord rapide sur l’objectif 2040. Mais certains gouvernements se rebellent. POLITICO révélait mercredi que la France se rangeait du côté des traditionnels retardataires de l’UE en matière de climat, la Pologne et la Hongrie, pour demander à l’UE de découpler les deux objectifs. À l’époque, des représentants du gouvernement français avaient vigoureusement démenti ces informations. Mais à l’issue du Conseil européen de jeudi à Bruxelles, Emmanuel Macron a confirmé qu’il souhaitait traiter l’objectif 2035 séparément. Et prendre plus de temps pour discuter de celui pour 2040. “Ce qui nous est demandé pour Belém, ce sont des trajectoires nationales pour 2035, c’est tout ; on le fera”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en réponse à une question de POLITICO. “Maintenant, il y a une volonté d’avoir des objectifs en 2040, j’y suis favorable.” Mais il a insisté : “Les objectifs pour 2040 [ne peuvent pas être] un débat technique fait en quelques semaines. Ça doit être un débat démocratique à 27.” Le découplage des objectifs risque d’aboutir à un objectif pour 2035 plus bas que prévu, inquiétant sur le rôle de leader mondial du bloc en matière de climat à un moment où beaucoup attendent de l’UE qu’elle comble le vide laissé par le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Toutefois, Emmanuel Macron ne pense pas qu’il faille précipiter la discussion. “C’est formidable si on l’a pour Belém, mais ce n’est pas ça qui est attendu de nous pour Belém, la COP à venir. C’est les [objectifs pour] 2035. Ce n’est pas d’avoir des objectifs européens en 2040. Donc, ne nous surcontraignons pas.” “On va arrêter de se tirer une balle dans le pied. Ce n’est pas un objectif pour Belém. Si on l’a pour Belém, super. Si ça doit prendre plus de temps, prenons plus de temps pour bien le faire.” DÉBAT ANIMÉ Le président de la République a également déclaré que l’objectif pour 2040 devait être “compatible avec notre compétitivité” et a insisté sur le fait que les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire devaient être traitées de la même manière dans le cadre des futurs plans climatiques de l’Union européenne. Les pays ont également besoin de davantage de marge de manœuvre pour atteindre l’objectif, et davantage d’investissements, a-t-il fait valoir. Si ces différentes demandes sont prises en comptes dans le paquet législatif de la Commission, il pourra soutenir l’objectif, a encore suggéré Emmanuel Macron. De nombreux gouvernements ont envoyé de longues listes de demandes pour accepter l’objectif de 2040, et la Commission devrait déjà accorder aux pays une grande flexibilité pour atteindre l’objectif, afin de rallier une majorité de pays. Les dirigeants de l’UE ont discuté des objectifs climatiques au cours d’un dîner jeudi soir, un débat que le Premier ministre belge Bart De Wever a qualifié de “houleux”. L’initiative d’Emmanuel Macron a été soutenue par le président polonais Donald Tusk. La Hongrie a déjà exprimé son soutien au découplage des deux objectifs. En revanche, le Danemark, qui prendra la présidence tournante du Conseil de l’UE la semaine prochaine, souhaite s’en tenir au calendrier de la Commission et fixer les deux objectifs en septembre. LES AMBITIONS EN QUESTION La Commission souhaite fixer un objectif pour 2035 à mi-chemin entre l’objectif actuel de l’UE pour 2030 et la prochaine étape de 2040, ce qui correspondrait à une réduction de 72,5% des émissions par rapport à 1990. Sans l’objectif de 2040, il n’y a pas de voie claire à suivre. Une trajectoire linéaire entre 2030 et l’échéance de la neutralité climatique de l’Union en 2050 — une option soutenue par la Pologne — aboutirait à un objectif inférieur à 2035 d’environ 66%. La France se présente souvent comme la protectrice de l’Accord de Paris, qui célèbre son dixième anniversaire cette année, et la pression française pour un report a été froidement accueillie par les défenseurs du climat et les pays les plus vulnérables aux effets du réchauffement climatique. Tina Stege, envoyée des Îles Marshall pour le climat, a déclaré lors du sommet des Nations unies sur les océans qui s’est tenu à Nice au début du mois que les dirigeants des îles du Pacifique s’étaient entretenus avec Emmanuel Macron et lui avaient dit que le plus grand risque pour la sécurité du Pacifique était la crise climatique. “Nous l’avons exhorté à guider l’UE vers un [objectif 2035] ambitieux. Si la France renonce maintenant à cette ambition, il s’agirait d’un revirement majeur et nous serions extrêmement inquiets de ce que cela signifie pour leur engagement en faveur de la sécurité du Pacifique”, a-t-elle ajouté. L’eurodéputée autrichienne Lena Schilling, ancienne activites de Fridays for Future, le mouvement initié par Greta Thunberg, a rappelé à Emmanuel Macron que “l’action climatique internationale est née à Paris”, ajoutant : “Ne soyez pas celui qui la tue.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Alexandre Léchenet.
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Augustin Augier nommé secrétaire général à la planification écologique
PARIS — Augustin Augier succèdera à Antoine Pellion à la tête du secrétariat général à la planification écologique (SGPE), ont confirmé deux sources gouvernementales. Ce proche de François Bayrou — il est le fils de Marielle de Sarnez, cofondatrice du MoDem disparue en 2021 — est engagé à gauche : il fut notamment le bras droit de Marine Tondelier en tant que délégué général des Ecologistes jusqu’à l’été dernier. Il a également dirigé la campagne d’Eric Piolle lors de la primaire du parti pour l’élection présidentielle de 2022. Emmanuel Macron était réticent à l’idée de le nommer, Augustin Augier a depuis le départ les faveurs de François Bayrou, qui avait proposé qu’un jury départage les différents candidats. Celui-ci s’est tenu il y a un mois. Nathalie Lhayani, directrice de la politique durable à la Caisse des dépôts, était également sur les rangs. Elle était poussée par des proches du président de la République, notamment son conseiller écologie sur le départ Benoît Faraco et l’eurodéputé Pascal Canfin. Dans un message partagé en ligne, elle a constaté qu’il était “difficile de faire mieux” qu’Augustin Augier sur sa “proximité avec le Premier ministre”. Elle dit espérer que cela “lui permettra de faire avancer la transformation écologique de notre pays”. “Finalement c’est la seule chose qui importe”, a ajouté la candidate déçue. Le secrétariat général à la planification écologique participe sous l’autorité du Premier ministre à la mise en œuvre la planification définie en 2023 et coordonne l’action gouvernementale sur ces sujets. Antoine Pellion a quitté son poste à la fin du mois de mars, et son adjoint, Frédérik Jobert, a assuré l’intérim avant de partir à son tour début mai.
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Programmation énergétique : François Bayrou espère s’en sortir sans vote
PARIS — Depuis plusieurs années, de nombreux parlementaires s’offusquent de l’absence de loi ambitieuse sur l’énergie. Il aura fallu un équilibre gouvernemental fragile, et une menace de censure du RN pour que l’hypothèse revienne sérieusement sur la table. “Il est normal que le Parlement s’exprime sur un sujet aussi important”, a tranché François Bayrou, annonçant ce mercredi au Figaro la tenue prochaine d’un débat sans vote sur la programmation énergétique, mais aussi l’examen d’une proposition de loi déjà adoptée au Sénat, déposée par Daniel Gremillet (LR). Le matin même, Marine Le Pen avait réitéré dans Le Parisien sa menace de censure, si la programmation énergétique passait par décret, considérant que “ça doit passer par la loi”. Le projet de programmation proposé par le gouvernement “enferme la France dans des politiques toxiques, mortifères et ruineuses pour les dix prochaines années”, déplorait-elle. Depuis 2022, nombre de parlementaires sur tous les bancs réclament une loi dédiée. Mais dans la dernière ligne droite, ce sont Les Républicains et le Rassemblement national qui sont les plus bruyants. Entre un Parlement qui n’arrivera pas à un consensus sur le sujet et des filières industrielles pressantes, l’exécutif est décrit comme fébrile par de nombreux acteurs et peinait à trouver une porte de sortie. La programmation est en discussion depuis plusieurs mois, le secteur et beaucoup d’élus ont pris part aux échanges. Début novembre, le gouvernement a présenté un texte sans guère de surprises. Une dernière consultation se tient jusqu’au 5 avril et laisse la voie libre à une publication du décret. Ce décret de programmation énergétique (PPE) trace les grandes lignes de la production d’énergie en France, et permet de déclencher des appels d’offres et des soutiens publics à différentes filières. Depuis la loi climat de 2019, la PPE doit s’adosser à une loi de programmation, mais, depuis un an, les gouvernements successifs ont décidé de faire fi de cette obligation. LA DROITE ET LE RN À L’ASSAUT Des inquiétudes récentes sur les conséquences des énergies renouvelables sur le système électrique, notamment le photovoltaïque, se sont ajoutées à une défiance bien installée. Les antirenouvelables ont surfé dessus. Début décembre, plusieurs anciens dirigeants d’énergéticiens — entre autres —, dont l’ex-patron d’EDF Henri Proglio, ont publié une tribune dénonçant leur “développement à marche forcée”. Ils réclament la suspension du décret, qui prévoit pourtant une relance du nucléaire qu’ils plébiscitent, mais encourage dans le même temps le déploiement des énergies renouvelables. Mi-mars, deux sénateurs ont rassemblé 159 de leurs collègues de droite et centristes pour demander également dans une lettre ouverte au Premier ministre la suspension immédiate du décret et la tenue d’un débat parlementaire. Mardi, ils ont organisé une conférence de presse pour enfoncer le clou. Les énergies renouvelables sont une “usine à fabriquer de la subvention à la charge du contribuable”, a regretté Henri Proglio, présent à la conférence de presse. Il estime que “tout est fait pour organiser la catastrophe à laquelle nous assistons aujourd’hui”. Des idées reprises également par le Rassemblement national. Dans une tribune publiée le 23 mars, Jean-Philippe Tanguy et Maxime Amblard — ancien de Framatome élu député en juillet dernier — ont dénoncé “le mirage, mais surtout le danger de l’idée d’une complémentarité entre le nucléaire et les énergies intermittentes”, prétendant que seul leur parti se prononce à ce sujet. A gauche, les voix sont moins fortes ces derniers temps. Le sénateur PS Franck Montaugé rappelle qu’il dit “depuis près de deux ans” que passer par un décret serait un “déni de démocratie”. “Comme nous sommes à la fois ni contre le nucléaire ni contre les énergies renouvelables, nous ne pouvons pas avoir la même exposition que d’autres sur la PPE”, décrypte un collaborateur socialiste, qui concède que les parlementaires de gauche n’arrivent pas à se faire entendre face à la mobilisation des antirenouvelables. “On sait très bien qu’une loi n’ira pas dans notre sens et ne pourra pas être mieux que la PPE aujourd’hui”, glisse également un collaborateur Ecologiste, justifiant ainsi le mezzo voce de son groupe. Il regrette que le gouvernement ne se soit pas tourné vers sa gauche sur ce sujet.  De l’autre côté, les filières et entreprises sortent petit à petit du bois pour demander à ne pas perdre de temps. “Le doute s’installe”, s’inquiétait la semaine dernière un lobbyiste du monde de l’énergie. “Le risque que ce décret ne soit pas publié est non nul.” Plusieurs lobbies du secteur et des grands énergéticiens espèrent qu’il paraîtra rapidement. A l’image d’Engie, qui a organisé lundi un point presse pour rappeler que le décret est “un texte important, qui donne de la visibilité”, une “boussole” qui peut aussi “être agile et être révisée”. Et sa patronne, Catherine MacGregor, en a remis une couche dans un post sur LinkedIn. LE DÉBAT PARLEMENTAIRE IMPOSSIBLE Le gouvernement a longtemps tergiversé, et s’il décide finalement d’en passer par une loi, il ne s’est pas facilité la tâche. Alors à Bercy, Bruno Le Maire et Roland Lescure ont abandonné l’idée d’un projet de loi au début de l’année dernière. Quand Daniel Gremillet (LR) a déposé sa proposition de loi de programmation en mai dernier, il n’a pas reçu de soutien immédiat du gouvernement. Mercredi, François Bayrou a annoncé que cette PPL, adoptée en novembre au Sénat, sera reprise à l’Assemblée nationale. Elle n’a pas bénéficié de la procédure accélérée et devra donc ensuite retourner au Sénat pour une deuxième lecture. Si le gouvernement n’a pas accordé cette procédure, c’est parce que la version originale du texte “ne convenait pas”, explique Olga Givernet, députée (EPR) et ministre déléguée à l’Energie au moment de son examen. Mais elle estime que le travail au Sénat a permis de l’améliorer et d’ajouter “quelques points législatifs nécessaires” pour accompagner la PPE. Depuis plusieurs jours, plusieurs ministres se sont exprimés en faveur d’un débat, avec ou sans vote. “Personne n’a envie de discuter d’un truc qui va être une empoignade généralisée”, avertissait cependant une figure du gouvernement. François Bayrou n’a pas précisé au Figaro la date de publication du décret, qui devrait se faire avant l’examen de la PPL Gremillet, tant le calendrier parlementaire est contraint. Celle-ci devrait se faire “dès que le retour de consultation aura été réalisé”, indique-t-on dans l’entourage du Premier ministre. Reste à voir si cela apaisera les menaces de censure, ou les appels à attaquer le décret dès sa parution. Car en l’état, le Parlement ne se prononcera pas formellement sur son contenu. Ce papier a été mis à jour pour préciser le calendrier de parution du décret.
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Dans l’Oise, un discret composant toxique de l’hydrogène vert inquiète
Cet été, les habitants de la ville de Villers-Saint-Paul, dans l’Oise, ont reçu un avertissement inquiétant : ne mangez pas les œufs pondus par vos poules. Des tests ont révélé que ces œufs contiennent un cocktail de PFAS — ou “polluants éternels” — potentiellement dangereux. Les PFAS, des composants perfluoroalkylées ou polyfluoroalkylées, sont un groupe de substances fabriquées par l’homme qui ne se décomposent pas et peuvent causer de graves problèmes de santé, notamment des cancers, des lésions hépatiques et des problèmes de fertilité. Comment ces produits chimiques toxiques se sont-ils retrouvés dans les œufs ? La réponse n’est pas tout à fait claire, mais les soupçons se sont portés sur une usine voisine, appartenant à Chemours, le géant américain de la chimie, qui produit des PFAS. Ironiquement, c’est Chemours elle-même qui a effectué les tests dans le cadre d’un accord avec les autorités régionales. A l’époque, l’entreprise fait tout pour garder la confiance de la population locale : elle prévoit de s’agrandir pour produire des produits chimiques à base de PFAS essentiels à la fabrication de l’hydrogène vert, un carburant au cœur des ambitions de décarbonation de l’Europe. Le projet industriel est estimé à 186 millions d’euros. “Lorsque nous avons appris que d’énormes investissements allaient être réalisés [dans l’usine locale], tout le monde a pensé que c’était une très bonne nouvelle”, a expliqué à POLITICO Alexandre Ouizille, maire adjoint de la ville et sénateur socialiste, en évoquant la création d’emplois et les avantages pour le climat. Mais après que des articles de presse ont révélé “l’éternelle pollution par les PFAS”, l’ambiance a changé, selon lui. Les résultats des tests sur les œufs ne sont pas les seuls en cause : dès 2023, une enquête du Monde avait révélé une pollution aux PFAS dans la région. Cela a incité à l’époque le maire de Villers-Saint-Paul, Gérard Weyn, à demander l’avis du ministère de la Transition écologique. “Avant que la commune ne s’engage plus avant dans ce projet, vos réponses à ces différentes questions de précautions sont indispensables pour dissiper les doutes sur l’innocuité de l’installation actuelle et du projet d’extension”, a-t-il écrit dans une lettre consultée par POLITICO. La direction régionale de l’environnement affirme ne pas savoir si la pollution provient de l’usine Chemours. Elles soulignent que certains types de produits chimiques PFAS présents dans les œufs — y compris ceux dont la concentration est la plus élevée — ne correspondent pas à l’activité de l’usine, alors que d’autres le sont. Des tests supplémentaires seront effectués afin de “fiabiliser les conclusions”. Cela n’a pas pour autant rassuré les responsables politiques locaux, qui craignent que l’augmentation de la production de PFAS ne fasse qu’accroître le risque de pollution. Au cœur de ce différend, une tension mondiale : alors que les pays s’empressent de développer de nouvelles technologies pour tenter d’enrayer le changement climatique, nombre de celles-ci s’avèrent avoir des effets secondaires imprévus qui posent eux-mêmes de graves risques, dont certains, comme les PFAS, commencent à peine à être compris par la science. “Vous avez deux grands sujets environnementaux en jeu, a encore déclaré Alexandre Ouizille, l’adjoint au maire. Il y a la décarbonation et la question des PFAS. C’est vraiment difficile.” LE DÉBAT ÉTERNEL Les PFAS sont notamment utilisés dans la production de pompes à chaleur, de batteries, de panneaux solaires et d’éoliennes. Autant de technologies cruciales pour la stratégie de neutralité carbone de l’Union européenne. L’usine Chemours de Villers-Saint-Paul produit déjà des produits chimiques pour des mousses anti-incendie ou des revêtements antitaches pour les textiles et les matériaux de construction. Les nouveaux investissements de l’entreprise visent à augmenter la production de Nafion, un produit chimique qui aide à séparer l’hydrogène et l’oxygène pur dans l’eau, grâce au processus d’électrolyse. L’hydrogène est un gaz à combustion propre qui pourrait contribuer à résoudre certains des problèmes de décarbonation les plus épineux, qu’il s’agisse de la fabrication de l’acier et du plastique, ou l’élaboration du carburant pour le transport maritime et l’aviation. Des restrictions sur les polluants éternels pourraient avoir des “conséquences catastrophiques” pour la production d’hydrogène et, par extension, pour la transition écologique, mettent en garde les industriels. Le changement climatique s’accompagne bien entendu de ses propres effets sur la santé, qu’il s’agisse des décès dus aux catastrophes naturelles et aux chaleurs extrêmes, de l’augmentation des maladies infectieuses ou des bactéries résistantes aux médicaments qui émergent de la fonte du pergélisol. “Nous, vous, tout le monde, nous voyons les impacts du changement climatique. Ils sont imminents et nous ne pouvons pas attendre des décennies pour pouvoir agir sur le climat”, expose Daria Nochevnik, directrice des affaires publiques et des partenariats au sein du conseil de l’hydrogène, qui rassemble les industriels du secteur. “Nous devons travailler avec les solutions dont nous disposons actuellement.” Mais les décideurs politiques prennent de plus en plus conscience des effets parallèles de la pollution par les PFAS. Ces substances chimiques cancérigènes ont été trouvées dans toute sorte de choses, du lait maternel aux testicules. Une étude américaine soutenue par l’Agence américaine de protection de l’environnement a établi un lien entre une substance que les chercheurs appellent “Nafion BP2” ou “acide hydro-PS” et la toxicité sur le développement et les effets auto-immuns chez les rats. “Ce qu’il est important de comprendre, c’est que les effets de cette étude ont été observés à des niveaux très élevés d’exposition”, a déclaré Chemours dans un communiqué envoyé par courrier électronique. Alors que l’acide hydro-PS n’est “pas émis par le site de Villers-Saint-Paul aujourd’hui”, l’entreprise promet que les nouvelles installations fabriquant de Nafion “comprendront des investissements supplémentaires dans des installations de contrôle des émissions à la pointe de la technologie avec une efficacité de destruction supérieure à 99,9%”. Les inquiétudes suscitées par les PFAS ont conduit l’Union européenne à s’efforcer d’éliminer progressivement ces substances chimiques dans toute une série de secteurs sur lesquels elle compte pour assurer la transition écologique, notamment celui de l’hydrogène. Mais les représentants de l’industrie estiment que Bruxelles se coupe l’herbe sous le pied en risquant de ralentir la transition vers l’énergie propre. De puissants décideurs politiques se sont fait l’écho de ces préoccupations, notamment l’ancien premier ministre italien et ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, dans le rapport retentissant qu’il a publié le mois dernier. DES ALTERNATIVES LOINTAINES Dans le cadre de la proposition de l’UE visant à éliminer progressivement ces produits chimiques, le secteur de l’hydrogène s’est vu accorder douze ans pour trouver des alternatives plus sûres. Bien qu’il y ait “très peu” d’alternatives non-PFAS aux produits chimiques comme le nafion sur le marché, l’exemption proposée est un “délai raisonnable” pour trouver et tester de nouvelles substances, soutient Jonatan Kleimark de l’ONG ChemSec, spécialisée dans la politique des produits chimiques, d’autant plus qu’il faudra encore plusieurs années avant que la proposition de l’UE ne devienne une loi. Certaines alternatives au Nafion pourraient même être plus efficaces, explique Carolin Klose, une chercheuse de l’institut Hahn-Schickard qui travaille au développement de telles alternatives. Mais le passage à une production à grande échelle pourrait prendre beaucoup de temps. A Villers-Saint-Paul, le projet de Chemours est maintenu, mais sous certaines conditions, qui ont fait l’objet d’un accord avec la commune : l’industriel doit effectuer un contrôle quotidien de la sécurité chimique et partager les résultats avec la direction régionale de l’environnement. “Des investissements importants ont été réalisés pour mettre en place des technologies de réduction des émissions qui sont parmi les plus efficaces pour traiter les rejets”, a déclaré Chemours. “Nous nous sommes engagés à réduire les émissions de produits chimiques organiques fluorés dans l’air et dans l’eau de 99 % ou plus d’ici 2030.” Tout en reconnaissant la coopération du fabricant, l’adjoint au maire Alexandre Ouizille continuera à plaider en faveur d’industries exemptes de PFAS. “Je dirais que, dans la mesure du possible, [ces industries] doivent travailler sur des solutions exemptes de PFAS. La santé des populations locales est en jeu.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Alexandre Léchenet.
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