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Chez Les Républicains, les parlementaires à la fibre écolo s’organisent
PARIS — Antoine Vermorel-Marques a décidé de prendre les choses en main. Alors que son parti, Les Républicains, s’est fait remarquer pour avoir voté un moratoire sur les renouvelables et que son patron, Bruno Retailleau, a proposé de ne plus les subventionner dans une tribune au Figaro, le député de la Loire, connu pour sa fibre écolo, organise une visioconférence en milieu de semaine prochaine avec ses collègues de même sensibilité. L’idée : s’organiser pour peser. De tête, il cite les intéressés potentiels : Vincent Jeanbrun, Sébastien Martin, Elisabeth de Maistre et Virginie Duby-Muller, parmi les députés. Marta de Cidrac, Christine Lavarde, Agnès Evren, Didier Mandelli et Jean-Baptiste Blanc, parmi les sénateurs. Pour ne citer qu’eux. Initialement, les choses devaient se dérouler autrement. Le 8 juillet, les parlementaires qui le souhaitaient étaient conviés à un dîner avec l’ingénieur Jean-Marc Jancovici. Les propos pronucléaires du président du Shift Project auraient sans doute étaient digestes, son credo décroissant un peu moins. Antoine Vermorel-Marques comptait sur la fin des agapes afin de jeter quelques idées pour structurer la rentrée. Mais le suicide, la veille, du député Olivier Marleix a entraîné l’annulation du dîner. UNE INITIATIVE ENCOURAGÉE PAR LAURENT WAUQUIEZ Etonnamment, tant il est peu connu pour sa passion pour l’écologie, le feu vert et même l’impulsion pour constituer cette petite escouade verte sont venus de Laurent Wauquiez. A la fin de la réunion de groupe qui a suivi le vote du moratoire sur les renouvelables proposé par l’un des leurs, Jérôme Nury, le président des députés Droite républicaine a enjoint à ceux qui le voulaient de se mettre au travail. “En réponse à certaines voix du groupe qui prenaient leur distance avec Jérôme Nury, Laurent Wauquiez a dit que c’était très bien qu’une sensibilité existe, mais qu’il ne fallait pas le faire en opposition à Jérôme”, détaille un cadre LR. Cette même source reconnaît que son camp “bute depuis des années” sur la définition d’une ligne écolo de droite. S’il y a des propositions “qui ne sont pas des interdictions tous azimuts” et qui “ne sont pas une fuite en avant sur les dépenses publiques”, le groupe pourra s’y retrouver, veut croire ce cadre LR. Bref, le message de Laurent Wauquiez est passé : organisez-vous à l’avenir pour des propositions positives. “Structurer, j’avais déjà ça en tête et Laurent a ouvert la porte en grand”, se réjouit Antoine Vermorel-Marques, qui est un proche de Michel Barnier — ce dernier est d’ailleurs “furieux” de la tribune cosignée par Bruno Retailleau d’après France Inter. Le but, assure le député, n’est pas d’être un courant minoritaire, mais que “la ligne officielle prenne en compte la ligne environnementale”. Un beau challenge, alors que sur ce sujet LR votent de plus en plus comme le RN. NE PAS “LAISSER CETTE THÉMATIQUE À LA GAUCHE” Engagée dans cette aventure, Virginie Duby-Muller se félicite qu’il puisse y avoir “une autre voix”, car elle ne se sent “pas forcément à l’aise avec la position du groupe” sur le moratoire sur les renouvelables, ni sur la suppression des zones à faibles émissions lors de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique. “Il faut une écologie de droite, il ne faut pas qu’on laisse cette thématique à la gauche”, poursuit-elle en citant comme référence Jacques Chirac, Michel Barnier ou Nathalie Kosciusko-Morizet. La droite, dit-elle, ne doit pas se positionner “que sur le régalien et l’immigration”. A la veille du vote solennel de la proposition de loi de programmation énergétique, elle a signé, avec Antoine Vermorel-Marques et Sébastien Martin, une tribune dans L’Opinion pour rappeler que l’histoire de leur famille politique ne les condamnait pas “à aligner des slogans ou des formules toutes faites sur l’écologie punitive et à vouloir appuyer sur la pédale de frein”. Une sorte de manifeste avant l’heure.
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Energie et climat : les 33 personnalités qui comptent
Ils sont élus, hauts fonctionnaires, grands patrons ou activistes du climat : tous contribuent au débat sur la transition vers la neutralité carbone, qu’ils cherchent pour certains à l’accélérer, pour d’autres à la ralentir. Alors que la France s’est engagée dans une transition énergétique, POLITICO liste ceux qui l’accompagnent, la dessinent, l’infléchissent. Avec une prime, cette année, à ceux qui incarnent une forme de stabilité… dans la tempête. 1. PATRICK POUYANNÉ PDG DE TOTALENERGIES Tant qu’il y aura des automobilistes et des voitures, il faudra les faire rouler. Et tant que la majeure partie de l’énergie consommée viendra du gaz ou du pétrole, il faudra forer. Alors autant que ça soit TotalEnergies qui s’en occupe, répète Patrick Pouyanné à chacune de ses (rares) prises de parole, dans la presse économique ou face à des youtubeurs. Réputé brut de décoffrage, l’homme s’est engagé personnellement dans de nombreux projets, dont la relance de celui, pour le moins décrié, au Mozambique (des massacres de civils ont été perpétrés autour du site en 2021, par des soldats prétendant œuvrer à sa protection). Mais quand les critiques sont trop fortes, il rappelle que TotalEnergies maintient ses investissements dans les énergies renouvelables, alors que ses concurrents Shell et BP réduisent la voilure. Quand il ne parle pas des énergies fossiles, ses prises de parole cash ont leur petit succès. En décembre, il ravissait ainsi son auditoire au colloque de l’Union française de l’électricité en tirant à boulets rouges sur la politique commerciale d’EDF. Plus récemment, il plaidait devant le Sénat pour que les grandes entreprises remboursent les aides versées par l’Etat durant le Covid, lorsqu’elles sont “revenues à bonne fortune”. “C’est frustrant de ne pas être reconnu dans son pays”, regrettait il y a quelques jours Patrick Pouyanné, non sans tacler la complexité de construire des infrastructures en France. 2. TERESA RIBERA VICE-PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION EUROPÉENNE POUR UNE TRANSITION PROPRE, JUSTE ET COMPÉTITIVE Contre vents et marées : négociatrice hors pair reconnue pour son expertise sur les politiques climatiques, la première vice-présidente de la Commission européenne s’est imposée cette année comme la première défenseuse des acquis environnementaux de l’UE. Une tâche ardue dans un contexte particulièrement défavorable à l’ambition climatique, qui plus est au sein d’un exécutif européen dont elle est la principale figure socialiste. L’Espagnole ne le cache pas : le retour de bâton contre les objectifs du Pacte vert européen adopté lors de la dernière mandature l’inquiète, mais elle s’efforce de limiter la casse. Le maintien d’une partie des réglementations européennes en matière de finance verte est ainsi une petite victoire pour la commissaire espagnole, qui a pris la parole publiquement par la suite pour appeler, à mots couverts, les conservateurs européens à modérer leur offensive antiécologie. La numéro deux de la Commission, qui a piloté la fermeture des centrales atomiques espagnoles lorsqu’elle était ministre de la Transition écologique, forme un duo détonnant avec le très nucléophile commissaire français Stéphane Séjourné, qui rejoue les profondes divisions idéologiques entre les Vingt-Sept sur l’énergie nucléaire. 3. AGNÈS PANNIER-RUNACHER MINISTRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE, DE LA BIODIVERSITÉ, DE LA FORÊT, DE LA MER ET DE LA PÊCHE Voilà déjà plus de sept années consécutives qu’Agnès Pannier-Runacher est au gouvernement. Son parcours à l’Industrie, à la Transition énergétique puis à la Transition écologique, depuis septembre, lui confère un rôle à part pour les industriels de l’énergie. Mais aussi pour les activistes et les ONG, qui louent sa stabilité et son engagement. Certes, au mois de décembre, son portefeuille a dégringolé dans le rang protocolaire et dans celui des priorités du gouvernement. Si bien qu’elle se retrouve un peu seule pour incarner trois très, très gros chantiers : l’adaptation au changement climatique, la décarbonation des usages — notamment les transports et le logement qui patinent —, et le suivi de la diplomatie climatique. Mais n’allez pas lui dire que l’instabilité politique en France a amoindri son rôle. Elle listerait toutes ses homologues européennes (principalement des femmes) pour montrer qu’elle comptera parmi les vétérans de la COP30 à Belém à l’automne, un rendez-vous crucial pour le climat au moment où les Etats-Unis se désengagent de la lutte. Enfin, si elle est toujours ministre… 4. STÉPHANE SÉJOURNÉ VICE-PRÉSIDENT DE LA COMMISSION EUROPÉENNE À LA PROSPÉRITÉ ET À LA STRATÉGIE INDUSTRIELLE Il a beau avoir quitté Paris pour Bruxelles, Stéphane Séjourné n’oublie pas d’où il vient. Fidèle d’Emmanuel Macron, l’ancien ministre des Affaires étrangères a fait de la défense du nucléaire l’un de ses chevaux de bataille — il nous en a fait part il y a quelques semaines — au sein de la Commission européenne, où il officie comme vice-président chargé de la Stratégie industrielle. S’il est parvenu à imprimer sa marque sur certaines avancées doctrinales dans le Pacte pour une industrie propre et a œuvré pour accélérer le développement de miniréacteurs nucléaires, le chantier du financement des gros réacteurs (et de l’atome en général) avec des fonds européens demeure ouvert. Reste donc à transformer l’essai — sans (trop) braquer ses collègues à qui le nucléaire donne de l’urticaire. 5. CATHERINE MACGREGOR DIRECTRICE GÉNÉRALE D’ENGIE A l’heure où la programmation énergétique était criblée de flèches dans le dos, Catherine MacGregor a été l’une des rares dirigeantes du secteur de l’énergie à prendre la plume pour défendre les renouvelables et ce texte “indispensable”, assumant une position de leader de la filière. “Accélérer la transition énergétique [est inscrit] dans notre raison d’être”, plaidait-elle encore il y a quelques jours au Sénat. La patronne d’Engie — 100 000 salariés, dont la moitié en France — voit loin, et s’engage pour la décarbonation. “Aujourd’hui, nous ne produisons que de l’électricité”, déclarait au début de l’année celle qui est à la tête d’une entreprise qui doit bel et bien une bonne partie de son chiffre d’affaires au gaz. Une trentaine d’ONG demandent d’ailleurs un changement de direction, trouvant que le fossile réduit trop lentement dans le mix d’Engie. Elle devrait néanmoins gagner quelques années au soleil dès jeudi, avec le renouvellement de son mandat lors de l’assemblée générale de l’énergéticien. Rare femme à la tête d’une entreprise du CAC 40, elle en fait une marque de fabrique. “Une source de fierté et d’attractivité”, insistait-elle devant des journalistes l’an passé. 6. URSULA VON DER LEYEN PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION EUROPÉENNE On ne devient pas la femme la plus puissante du monde sans une bonne dose de pragmatisme. Après avoir été le visage du virage vert de l’Union européenne lors de son premier mandat, Ursula von der Leyen a dû s’adapter. Pour s’assurer un deuxième quinquennat à la tête de l’exécutif européen, la présidente de la Commission s’est prêtée à un périlleux exercice d’équilibriste : montrer patte blanche aux conservateurs tout en donnant quelques gages aux Verts. Résultat : pour apaiser les industriels, la conservatrice allemande s’attelle désormais à défaire une partie des règles environnementales qu’elle a contribué à mettre en place, et mis sur pied un second volet du Pacte vert plutôt carotte que bâton. 7. DANIEL KŘETÍNSKÝ PDG D’EPH L’ONG environnementale Re-Set compare sa stratégie à celle d’une hyène. Car c’est en investissant dans une filière apparemment en fin de vie, le charbon, que Daniel Křetínský a fait fortune, bâtissant l’un des plus gros conglomérats fossiles en Europe, le groupe EPH. Ce Tchèque francophile a racheté des centrales à charbon et des actifs gaziers à bas prix en misant sur une fermeture la plus tardive possible, voire sur un dédommagement sur fonds publics. D’où la circonspection lorsqu’il a acquis deux centrales à charbon en France. A Gardanne, convertie à la biomasse, sa filiale GazelEnergie vient de toper avec l’Etat pour relancer la production, moyennant un contrat critiqué pour son coût pour les finances publiques — 800 millions d’euros — et pour la forêt. Et c’est sans subvention qu’il a promis de transformer Saint-Avold pour qu’elle puisse fonctionner au gaz, après un blocage juridique levé par le Parlement il y a quelques jours. Charge à Daniel Křetínský de remplir sa part du contrat. L’homme étend en tout cas son influence en France, puisque sa filiale médiatique ouvre en juin T18, une des deux nouvelles chaînes arrivant sur la TNT, s’ajoutant aux magazines et sites qu’il détient. 8. MARC FERRACCI MINISTRE DE L’INDUSTRIE ET DE L’ENERGIE Intime d’Emmanuel Macron, il fait partie du premier cercle des fidèles du chef de l’Etat lorsque celui-ci entame son ascension vers l’Elysée. Il a pourtant fallu attendre que le président de la République se retrouve acculé après sa dissolution ratée pour qu’il entre au gouvernement. A la tête d’un double portefeuille depuis l’arrivée de François Bayrou à Matignon, il se bat pour l’Industrie aussi bien en France qu’à Bruxelles. Sur le fond, l’économiste n’a pas flanché au moment de se frotter à l’énergie et ses sujets éminemment techniques, en conservant toutefois une approche très industrielle. Il a aussi profité du sursis accordé au gouvernement par la validation du budget pour sortir une feuille de route sur le déploiement de l’hydrogène attendue depuis des mois par la filière. Soumis à une pression incessante de la droite et des menaces de censure du Rassemblement national qui a fait de l’énergie son nouveau cheval de bataille, Ferracci est parfois chahuté par les parlementaires lors des questions au gouvernement. Il s’emploie à rappeler que la dépendance de la France aux énergies fossiles lui coûte cher, et s’échine à répéter la ligne de l’exécutif basée sur la complémentarité entre énergies renouvelables et nucléaire. Un périlleux exercice de recherche permanente du juste milieu, à l’image d’un gouvernement fragile, à la merci du moindre embrasement parlementaire. 9. JOËL BARRE DÉLÉGUÉ INTERMINISTÉRIEL AU NOUVEAU NUCLÉAIRE Chargé de superviser la construction des six nouveaux réacteurs nucléaires promis par Emmanuel Macron, le chef de chantier de l’Etat a récemment repris les choses en main. Après l’éviction du PDG d’EDF Luc Rémont fin mars, ses services assureront désormais un “suivi renforcé” de la relance du nucléaire, avec des rendez-vous réguliers avec les équipes de l’énergéticien et son nouveau patron Bernard Fontana, s’il est confirmé la semaine prochaine. La mission de cet ingénieur de l’armement expérimenté n’a pas changé : éviter les écueils de Flamanville pour mener à bon port (et dans les temps) les chantiers de l’atome. Mais il doit composer avec un calendrier de plus en plus tendu, alors qu’EDF tarde à finaliser les plans de ses réacteurs, et que le gouvernement doit en parallèle obtenir l’aval de la Commission européenne pour leur schéma de financement. 10. BERNARD FONTANA DG DE FRAMATOME C’est à un capitaine d’industrie chevronné qu’a fait appel l’Elysée pour prendre la tête d’EDF. Bernard Fontana a du pain sur la planche : il devra s’imposer en interne, accélérer la cadence de la relance de l’atome, trouver une porte de sortie aux négociations difficiles entre l’énergéticien et les industriels gourmands en électricité, maintenir la production du parc nucléaire tout en développant les renouvelables. Le tout en continuant de redresser les finances de l’entreprise. La feuille de route de l’Etat est claire, et il est prévenu : s’en écarter a valu sa place à Luc Rémont, évincé fin mars. L’actuel directeur général de Framatome a pour lui sa connaissance des instances dirigeantes de l’énergéticien — il siège au comité exécutif depuis un an —, et son bilan positif à la tête du chaudronnier nucléaire, qui a connu un redressement spectaculaire sous son égide. Avant toute chose, il lui faudra convaincre les parlementaires, le 30 avril, de valider sa nomination. Ce qui, par les temps qui courent, n’a rien d’une promenade de santé. 11. CHRISTINE LAVARDE SÉNATRICE LR DES HAUTS-DE-SEINE La ligne d’arrivée du marathon budgétaire a été repoussée cette année : pas un problème pour la sportive et productive sénatrice, rapporteure des crédits “écologie”, connue pour sa capacité de travail. Celle qui n’hésite pas à rembarrer les ministres lorsqu’ils s’arrangent avec les chiffres a bataillé pour limiter la casse pour le Fonds vert — qui finance les projets écolos des collectivités locales —, et remplumer le Fonds Barnier — qui aide à la prévention des catastrophes naturelles. Avant le retour de la loi de finances, où il sera de nouveau difficile de concilier orthodoxie budgétaire et investissement environnemental, Christine Lavarde mène une commission d’enquête sur les agences de l’Etat. Après avoir poussé, avec d’autres, des cris d’orfraie contre l’Ademe et les agences, elle a vite changé son fusil d’épaule et pris sa défense, tout en s’interrogeant sur sa gouvernance. Il faut dire qu’elle la connaît bien : son père en fut le président par intérim. Elle tente aussi de faire vivre à l’Assemblée son texte sur l’indemnisation des catastrophes naturelles, adopté à l’unanimité au Sénat. 12. DANIEL GREMILLET SÉNATEUR LR DES VOSGES Discret mais actif dans le domaine de l’énergie, Daniel Gremillet est à l’origine d’une proposition de loi qui fait de plus en plus parler d’elle. Alors que plusieurs parlementaires ont tenté de pousser des lois de programmation énergétique, c’est la sienne, adoptée au Sénat en octobre, qui pourrait prospérer. Fortement teintée de nucléaire, elle pourrait calmer les ardeurs de la droite et de l’extrême droite à l’Assemblée, qui s’effraient d’une programmation énergétique faisant la part belle aux renouvelables. Cet agriculteur de 71 ans, élu à la FNSEA depuis trente ans, a été rapporteur de plusieurs textes sur l’énergie. Vice-président de la commission des Affaires économiques, il devrait, dans les prochains mois, participer à une mission sénatoriale sur l’avenir des barrages hydroélectriques, thème qu’il connaît bien pour avoir déposé en 2021 une proposition de loi sur ce sujet. 13. MARIE-NOËLLE BATTISTEL DÉPUTÉ PS DE L’ISÈRE Dans quelques jours, la députée socialiste remettra, avec Philippe Bolo (MoDem), un rapport très attendu sur les barrages hydroélectriques et leur avenir. L’idée est de trouver une parade pour éviter l’ouverture à la concurrence souhaitée par la Commission européenne. Un sujet qu’elle maîtrise depuis longtemps : elle a écrit en 2013 un autre rapport sur le sujet, trois ans après son arrivée à l’Assemblée, en remplacement de Didier Migaud. Marie-Noëlle Battistel a été sensibilisée au sujet en tant que maire de La Salle-en-Beaumont (Isère), commune du massif des Ecrins, alors que quelques grands groupes étrangers s’intéressaient au barrage du Sautet, exploité par EDF. Elle s’est depuis spécialisée sur les sujets énergétiques, dont elle est la principale voix au sein du groupe socialiste. 14. THOMAS VEYRENC DIRECTEUR GÉNÉRAL ÉCONOMIE, STRATÉGIE ET FINANCES DE RTE Il est la caution technique d’un des rares acteurs à avoir une vue d’ensemble sur le système électrique. Après avoir chapeauté les scénarios énergétiques 2050 du gestionnaire de réseau RTE — qui font depuis office de référence ultime pour tout acteur sérieux du monde de l’énergie —, il a remis le couvert lors de la publication de la stratégie décennale de développement du réseau. Des chiffres désormais agités par les détracteurs des renouvelables pour justifier leur opposition à la programmation énergétique. Mais les 100 milliards annoncés doivent avant tout permettre de préparer des réseaux centenaires à vivre cent années de plus, dans des conditions climatiques plus compliquées. Autant dire que le document est stratégique. Modéré et pédagogue, Thomas Veyrenc cherche souvent à élever le débat par petites touches, dans de rares prises de position publiques, pour échapper à l’opposition entre nucléaire et renouvelables. 15. JEAN-MARC JANCOVICI INGÉNIEUR ET PRÉSIDENT DU SHIFT PROJECT Influenceur énergie le plus suivi de France, l’ingénieur continue de carburer au rythme effréné d’un long post par jour (minimum) sur Facebook et LinkedIn, où il compte plus d’un million de suiveurs — et tant pis si sa posture sceptique vis-à-vis des renouvelables en agace certains. L’année 2024 fut pour lui celle de l’internationalisation. Après s’être imposé comme une référence pour les ministères parisiens à la recherche d’éclairages techniques, son Shift project s’est lancé à la conquête de Bruxelles en septembre. A l’automne, la bande dessinée qui l’a fait connaître auprès du grand public, Le monde sans fin (Dargaud), a été traduite en anglais et publiée aux Etats-Unis ainsi qu’au Royaume-Uni. Ce qui lui a valu une critique laudatrice dans le Guardian saluant sa “déconstruction révélatrice [de] l’économie des fossiles”. 16. VALÉRIE LÉTARD MINISTRE DU LOGEMENT Après la chute du gouvernement Barnier, les lobbies du bâtiment et de l’immobilier ont plaidé pour le maintien de Valérie Létard au ministère du Logement. Cette spécialiste du sujet, proche de Jean-Louis Borloo et réputée pugnace, a hérité d’un secteur en crise et est à l’écoute. Mais le projet de loi attendu par les différents acteurs peine à voir le jour… L’ancienne parlementaire centriste doit aussi gérer un défi dans le défi : la rénovation énergétique. Car 2025 sera une année crash-test, avec l’interdiction de mise en location des pires passoires thermiques — elle doit faire aboutir une proposition de loi dans une Assemblée très polarisée sur le sujet. La ministre a aussi lancé des chantiers contre le grand bazar fraudogène du diagnostic de performance énergétique. Autres dossiers, non des moindres : l’avenir de MaPrimeRénov et des certificats d’économies d’énergie. Des discussions dans lesquelles le ministère du Logement veut peser, selon plusieurs acteurs. 17. ARNAUD ROUSSEAU AGRICULTEUR ET PRÉSIDENT DE LA FNSEA Il suffisait de se promener dans les travées du Salon de l’agriculture cette année, qui a vu fleurir les stands des énergéticiens, pour comprendre l’imbrication entre ces deux mondes. Le groupe Avril, dont Arnaud Rousseau est président du conseil d’administration, en est un bon exemple : l’entreprise d’agroalimentaire et aussi une spécialiste des biocarburants. A la tête du syndicat agricole FNSEA, ce chef d’une grande exploitation céréalière est forcément un homme incontournable quand il s’agit de parler agrivoltaïsme, de méthanisation ou de panneaux photovoltaïques sur les hangars. Ces dernières semaines, la FNSEA s’est d’ailleurs mobilisée sur deux sujets emblématiques : contre la réduction des aides au photovoltaïque en toiture et contre la PPL Lecamp qui aurait drastiquement limité la taille des projets agrivoltaïques. A chaque fois, associé avec des lobbies des renouvelables. Sur tous ces sujets, Arnaud Rousseau peut s’appuyer sur l’homme aux multiples casquettes Olivier Dauger, administrateur de la FNSEA, coprésident de France gaz renouvelables et vice-président de France agrivoltaïsme. 18. SOPHIE MOURLON DIRECTRICE GÉNÉRALE DE L’ÉNERGIE ET DU CLIMAT Dans une période d’instabilité politique et même à fort risque de vacance gouvernementale, la puissante direction de l’énergie et du climat (DGEC) est plus que jamais perçue comme le garant d’une forme de continuité dans l’action publique. Agente publique depuis toujours, Sophie Mourlon est à sa tête depuis juillet 2023, après avoir notamment été directrice générale adjointe de l’Autorité de sûreté nucléaire entre 2011 et 2014. Cette ingénieure générale des mines, diplômée de l’Ecole polytechnique, a la réputation d’être une énorme bosseuse. Cela tombe bien, l’année a été riche, entre la préparation de la programmation pluriannuelle de l’énergie ou celle du plan national d’adaptation au changement climatique, et de nombreux sujets annexes, comme le soutien au photovoltaïque ou les certificats d’économies d’énergie… 19. EMMANUELLE WARGON PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION DE RÉGULATION DE L’ÉNERGIE C’est l’un des rares pôles de stabilité du secteur : depuis sa nomination à la tête du gendarme de l’énergie, il y a près de trois ans, l’ex-ministre du Logement a vu défiler quatre ministres de l’Energie. Elle est désormais bien installée dans son rôle de caution technique du système énergétique, au-dessus de la mêlée. Si le devoir de réserve que lui impose sa fonction l’empêche de prendre pleinement part aux débats politiques sur l’énergie, elle se retrouve du même coup préservée de la fièvre qui s’empare régulièrement des décideurs sur ces sujets inflammables. Mais elle ne manque pas de prendre la parole régulièrement. De quoi se tailler discrètement une place dans le paysage énergétique français. 20. LAURENCE TUBIANA DIRECTRICE DE LA FONDATION EUROPÉENNE POUR LE CLIMAT Plus discrète ces dernières années, l’architecte de l’Accord de Paris s’est retrouvée sous le feu de projecteurs médiatico-politiques — et au tout premier rang — l’été dernier. Propulsée “première ministrable” après l’arrivée en tête de la gauche aux législatives anticipées, elle finira par renoncer au bout de quelques jours, au vu des divisions suscitées par sa candidature. Ce retour tonitruant a permis à cette diplomate aguerrie de se tailler une place dans le débat public. Elle multiplie notamment les apparitions publiques (ici, là ou encore ici) en défense des négociations climatiques internationales. Alors que le dixième anniversaire de l’Accord de Paris sera célébré lors du prochain grand raout des discussions sur le climat à Belém, nul doute qu’elle ne compte pas en rester là. 21. SYLVAIN WASERMAN PRÉSIDENT DE L’ADEME Après sa défaite en 2022 face à un député LFI, Sylvain Waserman avait rejoint l’Ademe en 2023 et mis sa “tranquille autorité alsacienne” à son service. Un profil politique, qui s’avère efficace face aux attaques. Ainsi a-t-il choisi de répondre “pied à pied” aux menaces de dissolution de l’agence proférées par la droite et l’extrême droite. Il défend une écologie qui protège, “positive”, et partage des petits gestes qui sauvent la planète sur LinkedIn, qu’il a largement investi depuis son arrivée à la tête de l’Ademe. Il construit également un réseau d’élus et hésite de moins en moins à rappeler à chaque représentant ce que l’agence fait pour eux localement… Sylvain Waserman met ces jours-ci les dernières touches à un livre sur “l’espérance climatique”, imaginant un monde où l’on a basculé du bon côté de la transition. 22. PASCAL CANFIN DÉPUTÉ EUROPÉEN RENEW Il fut un acteur central de la mise en place du Pacte vert européen, jouant un rôle clé dans le passage de plusieurs textes importants. Pascal Canfin a depuis pâti du revers cuisant subi par le camp macroniste aux européennes et, à titre personnel, du retour de flamme à l’encontre du texte, qui avait bien failli le faire dégringoler des listes du parti présidentiel. Résultat : son influence dans les arcanes bruxellois s’est érodée, et celui qui présidait la commission Environnement de l’hémicycle européen n’est plus que coordinateur du groupe Renew au sein du même organe. L’ancien écolo continue de peser par d’autres biais, défendant quand il le peut les acquis environnementaux européens auxquels il a contribué, et montant régulièrement au front pour encourager le passage à la voiture électrique. Surtout, celui qui parle régulièrement à Emmanuel Macron continue de tisser sa toile dans les coulisses du pouvoir, reste impliqué dans certaines nominations stratégiques, et ne rechigne jamais à donner un petit coup de pouce à ses protégés. 23. VALÉRIE MASSON-DELMOTTE PALÉOCLIMATOLOGUE L’écologie a plus de mal à percer le mur du son médiatique, alors la voix de Valérie Masson-Delmotte aussi. La paléoclimatologue n’en reste pas moins une scientifique respectée et écoutée. Depuis qu’elle a laissé sa place de coprésidente du Giec, elle continue de décrire sans relâche, dans les médias, dans les amphis ou devant des professionnels, l’alarmante mécanique du réchauffement en cours. Avec une parole plus libre, mais toujours son timbre posé. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, c’est contre les attaques dont sont victimes les scientifiques et contre la désinformation climatique que Valérie Masson-Delmotte a concentré ses efforts à travers le mouvement Stand Up for Science. 24. JEAN-PHILIPPE TANGUY DÉPUTÉ RASSEMBLEMENT NATIONAL DE LA SOMME L’homme-orchestre du RN n’hésite jamais à sortir la grosse caisse. Y compris sur des sujets comme l’énergie, qu’il empoigne avec plaisir. Proche de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy, doté d’un sens inné de la provocation, a gardé de son passage en tant que stagiaire chez Alstom un goût prononcé pour les questions industrielles et énergétiques. Elu dans la Somme, dans une circonscription où les éoliennes saturent la vue, celui qui est membre de la commission des Finances n’a aucun mal à conspuer, comme tous ses collègues RN, les énergies renouvelables et à se faire l’apôtre du nucléaire. Quitte à essayer de faire tomber le gouvernement s’il considère qu’il n’accorde pas une place assez importante à l’atome. 25. RAPHAËL SCHELLENBERGER DÉPUTÉ DIVERS DROITE DU HAUT-RHIN Longtemps, Raphaël Schellenberger a été le spécialiste des questions énergétiques pour le groupe LR à l’Assemblée. Mais celui qui a présidé la très médiatique commission d’enquête sur la souveraineté énergétique a rompu avec ses anciens collègues. Cela ne l’empêche d’être à l’initiative : la semaine dernière, il proposait à François Bayrou un “chemin de crête” pour publier sans trop de contestations la programmation énergétique. En matière d’énergie, ce député trouve que les textes législatifs sont trop bavards, imaginant une programmation qui se contente de définir les grandes stratégies : décarboner, quel que soit le moyen de production, et préparer la montée en cadence de l’électrification. Localement, le député de droite ne s’en cache pas : il veut faire revenir l’atome dans sa circonscription, où se trouve la centrale nucléaire de Fessenheim, en cours de démantèlement. 26. LAURENCE POIRIER-DIETZ DIRECTRICE GÉNÉRALE DE GRDF Reconduite en mars à la tête de GRDF pour quatre ans, celle qui a fait ses classes dans d’autres filiales de la maison-mère Engie a également pris la présidence, en octobre, de l’association européenne de distributeurs gaziers. Il faut dire que GRDF et sa patronne s’imposent de plus en plus comme de zélés VRP du biogaz, n’hésitant pas à faire sauter dans le vide l’humoriste Jamel Debbouze pour son premier spot télé depuis sept ans. Le gestionnaire travaille aussi ses liens avec les artisans, les agriculteurs et les collectivités dans un argumentaire qui fait souvent mouche auprès des parlementaires. Son lobbying a échoué à exempter certaines chaudières d’une hausse de TVA, mais a réussi à éviter une augmentation de la fiscalité sur le gaz. 27. MAXIME LAISNEY DÉPUTÉ LFI DE SEINE-ET-MARNE Le député Insoumis a pris en main les questions énergétiques dans son groupe. Bûcheur, il ne rechigne à s’attaquer à aucun sujet, même les plus compliqués. Il va mener une mission sur le prix de l’énergie après avoir dit tout le mal qu’il pensait de l’accord entre l’Etat et EDF à l’occasion du débat budgétaire. Il est progressivement devenu antinucléaire : “Plus je travaille sur ces questions, plus je me dis qu’il ne faut pas s’entêter dans la relance de cette énergie.” 28. CAMILLE ETIENNE AUTRICE ET ACTIVISTE ÉCOLOGISTE En septembre, Camille Etienne s’est exilée à Oxford pour reprendre ses études de science politique. Mais la diète médiatique de la militante est toute relative : elle continue de monter au front régulièrement, dans les médias ou auprès de ses 500 000 abonnés sur Instagram. Sa force de frappe a aidé le milieu écolo à engranger deux victoires récentes : contre les polluants éternels à l’Assemblée, et contre l’exploitation des fonds marins. Camille Etienne n’oublie pas non plus sa cible favorite : l’industrie pétrogazière, et surtout TotalEnergies, dont elle fustige en particulier les activités au Yémen et le projet d’oléoduc en Ouganda. 29. OLGA GIVERNET DÉPUTÉE EPR DE L’AIN Sa nomination au poste de ministre chargée de l’Energie sous la tutelle d’Agnès Pannier-Runacher a surpris la petite bulle qui ausculte ce portefeuille de près. Ce serait sans doute mensonger de dire qu’en trois mois, Olga Givernet a pu laisser une empreinte (elle n’a pas été reconduite après la censure du gouvernement Barnier), même si cette ingénieure de formation a fait parler d’elle en épinglant quelques acteurs des certificats d’économies d’énergie, ou en parvenant à conclure un accord coûteux pour l’avenir de la centrale à biomasse de Gardanne. Redevenue députée, dans une circonscription proche de la centrale nucléaire du Bugey, Olga Givernet se mobilise encore sur les sujets énergétiques et dit avoir régulièrement des nouvelles de ceux qui l’ont côtoyée pendant ses trois mois à Roquelaure. 30. JULIE LAERNOES DÉPUTÉE ECOLOGISTE DE LOIRE-ATLANTIQUE Julie Laernoes doit parfois se sentir un peu seule. Dans un moment où la gauche a délaissé la bataille de l’énergie, la députée écolo née à Delft (Pays-Bas) tente de relever le drapeau. Si son groupe peine à inscrire des textes sur l’énergie à l’agenda, préférant “tenter d’avoir des victoires” sur des sujets plus consensuels, elle continue de déposer des propositions de loi. L’année dernière, c’était sa version d’une PPL de programmation énergétique, qu’elle n’a pas votée après son passage en commission. Plus récemment, ce fut une proposition de résolution s’attaquant aux importations de gaz naturel et uranium russes. Elue de Loire-Atlantique, Julie Laernoes s’est aussi forcément intéressée au sort de la centrale à charbon de Cordemais ou au ralentissement de l’éolien offshore qui menace 300 postes chez General Electric. 31. EVA MOREL SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ET FONDATRICE DE QUOTACLIMAT Lancé en 2022 à l’occasion de la campagne électorale pour l’élection présidentielle, QuotaClimat entend donner plus de place à la crise climatique dans les médias. Une activité militante qui se décline entre veille et analyse de la propagation du climatoscepticisme, plaidoyer en faveur de davantage de régulation, mais aussi en attribuant des bons et surtout de mauvais points aux médias qui ne font pas assez ou pas comme il faut. Collaboratrice parlementaire pendant quatre ans, Eva Morel s’est engagée à 100% dans l’association en tant que secrétaire générale l’été dernier. Parmi leurs victoires, le dépôt en mai d’une proposition de loi (victime de la dissolution) pour renforcer les pouvoirs du régulateur des médias en matière de traitement des sujets environnementaux et climatiques. 32. ALEXANDRE LOUBET DÉPUTÉ RN DE MOSELLE Le directeur de campagne de Jordan Bardella pendant les élections européennes — puis les législatives qui ont suivi — a invité son chef à un barbecue devant la centrale à charbon de Saint-Avold en pleine campagne, permettant de médiatiser et politiser la reconversion du site. Depuis, il s’attribue largement le déblocage de la situation, même si c’est une proposition de loi à laquelle il n’a pas été associé qui a permis de le faire. Bien plus libéral que Jean-Philippe Tanguy, le député a lancé une commission d’enquête sur la réindustrialisation qui doit lui permettre de rencontrer de nombreux patrons et de se crédibiliser. Il voit grand pour celle-ci et aimerait auditionner Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, ou celui d’EDF. 33. MATHILDE CAILLARD ACTIVISTE POUR LA JUSTICE SOCIALE ET CLIMATIQUE La militante est davantage connue sous son pseudo : “mcdansepourleclimat”. Avec son collectif Planète boum boum, elle se mobilise en musique et dans la bonne humeur pour des causes, notamment à l’occasion des manifestations contre la réforme des retraites (“Retraites, climat : même combat ! Pas de retraité·es sur une planète brûlée”), ou en faveur du fret ferroviaire, dans un hommage au slogan des Tuche. Mathilde Caillard entend “lutter dans la joie, par la danse, par le chant [pour] sortir de l’apathie”, ainsi qu’elle l’écrit dans Vert, après avoir été harcelée et critiquée en ligne pour une vidéo de danse en manifestation.
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Programmation énergétique : François Bayrou espère s’en sortir sans vote
PARIS — Depuis plusieurs années, de nombreux parlementaires s’offusquent de l’absence de loi ambitieuse sur l’énergie. Il aura fallu un équilibre gouvernemental fragile, et une menace de censure du RN pour que l’hypothèse revienne sérieusement sur la table. “Il est normal que le Parlement s’exprime sur un sujet aussi important”, a tranché François Bayrou, annonçant ce mercredi au Figaro la tenue prochaine d’un débat sans vote sur la programmation énergétique, mais aussi l’examen d’une proposition de loi déjà adoptée au Sénat, déposée par Daniel Gremillet (LR). Le matin même, Marine Le Pen avait réitéré dans Le Parisien sa menace de censure, si la programmation énergétique passait par décret, considérant que “ça doit passer par la loi”. Le projet de programmation proposé par le gouvernement “enferme la France dans des politiques toxiques, mortifères et ruineuses pour les dix prochaines années”, déplorait-elle. Depuis 2022, nombre de parlementaires sur tous les bancs réclament une loi dédiée. Mais dans la dernière ligne droite, ce sont Les Républicains et le Rassemblement national qui sont les plus bruyants. Entre un Parlement qui n’arrivera pas à un consensus sur le sujet et des filières industrielles pressantes, l’exécutif est décrit comme fébrile par de nombreux acteurs et peinait à trouver une porte de sortie. La programmation est en discussion depuis plusieurs mois, le secteur et beaucoup d’élus ont pris part aux échanges. Début novembre, le gouvernement a présenté un texte sans guère de surprises. Une dernière consultation se tient jusqu’au 5 avril et laisse la voie libre à une publication du décret. Ce décret de programmation énergétique (PPE) trace les grandes lignes de la production d’énergie en France, et permet de déclencher des appels d’offres et des soutiens publics à différentes filières. Depuis la loi climat de 2019, la PPE doit s’adosser à une loi de programmation, mais, depuis un an, les gouvernements successifs ont décidé de faire fi de cette obligation. LA DROITE ET LE RN À L’ASSAUT Des inquiétudes récentes sur les conséquences des énergies renouvelables sur le système électrique, notamment le photovoltaïque, se sont ajoutées à une défiance bien installée. Les antirenouvelables ont surfé dessus. Début décembre, plusieurs anciens dirigeants d’énergéticiens — entre autres —, dont l’ex-patron d’EDF Henri Proglio, ont publié une tribune dénonçant leur “développement à marche forcée”. Ils réclament la suspension du décret, qui prévoit pourtant une relance du nucléaire qu’ils plébiscitent, mais encourage dans le même temps le déploiement des énergies renouvelables. Mi-mars, deux sénateurs ont rassemblé 159 de leurs collègues de droite et centristes pour demander également dans une lettre ouverte au Premier ministre la suspension immédiate du décret et la tenue d’un débat parlementaire. Mardi, ils ont organisé une conférence de presse pour enfoncer le clou. Les énergies renouvelables sont une “usine à fabriquer de la subvention à la charge du contribuable”, a regretté Henri Proglio, présent à la conférence de presse. Il estime que “tout est fait pour organiser la catastrophe à laquelle nous assistons aujourd’hui”. Des idées reprises également par le Rassemblement national. Dans une tribune publiée le 23 mars, Jean-Philippe Tanguy et Maxime Amblard — ancien de Framatome élu député en juillet dernier — ont dénoncé “le mirage, mais surtout le danger de l’idée d’une complémentarité entre le nucléaire et les énergies intermittentes”, prétendant que seul leur parti se prononce à ce sujet. A gauche, les voix sont moins fortes ces derniers temps. Le sénateur PS Franck Montaugé rappelle qu’il dit “depuis près de deux ans” que passer par un décret serait un “déni de démocratie”. “Comme nous sommes à la fois ni contre le nucléaire ni contre les énergies renouvelables, nous ne pouvons pas avoir la même exposition que d’autres sur la PPE”, décrypte un collaborateur socialiste, qui concède que les parlementaires de gauche n’arrivent pas à se faire entendre face à la mobilisation des antirenouvelables. “On sait très bien qu’une loi n’ira pas dans notre sens et ne pourra pas être mieux que la PPE aujourd’hui”, glisse également un collaborateur Ecologiste, justifiant ainsi le mezzo voce de son groupe. Il regrette que le gouvernement ne se soit pas tourné vers sa gauche sur ce sujet.  De l’autre côté, les filières et entreprises sortent petit à petit du bois pour demander à ne pas perdre de temps. “Le doute s’installe”, s’inquiétait la semaine dernière un lobbyiste du monde de l’énergie. “Le risque que ce décret ne soit pas publié est non nul.” Plusieurs lobbies du secteur et des grands énergéticiens espèrent qu’il paraîtra rapidement. A l’image d’Engie, qui a organisé lundi un point presse pour rappeler que le décret est “un texte important, qui donne de la visibilité”, une “boussole” qui peut aussi “être agile et être révisée”. Et sa patronne, Catherine MacGregor, en a remis une couche dans un post sur LinkedIn. LE DÉBAT PARLEMENTAIRE IMPOSSIBLE Le gouvernement a longtemps tergiversé, et s’il décide finalement d’en passer par une loi, il ne s’est pas facilité la tâche. Alors à Bercy, Bruno Le Maire et Roland Lescure ont abandonné l’idée d’un projet de loi au début de l’année dernière. Quand Daniel Gremillet (LR) a déposé sa proposition de loi de programmation en mai dernier, il n’a pas reçu de soutien immédiat du gouvernement. Mercredi, François Bayrou a annoncé que cette PPL, adoptée en novembre au Sénat, sera reprise à l’Assemblée nationale. Elle n’a pas bénéficié de la procédure accélérée et devra donc ensuite retourner au Sénat pour une deuxième lecture. Si le gouvernement n’a pas accordé cette procédure, c’est parce que la version originale du texte “ne convenait pas”, explique Olga Givernet, députée (EPR) et ministre déléguée à l’Energie au moment de son examen. Mais elle estime que le travail au Sénat a permis de l’améliorer et d’ajouter “quelques points législatifs nécessaires” pour accompagner la PPE. Depuis plusieurs jours, plusieurs ministres se sont exprimés en faveur d’un débat, avec ou sans vote. “Personne n’a envie de discuter d’un truc qui va être une empoignade généralisée”, avertissait cependant une figure du gouvernement. François Bayrou n’a pas précisé au Figaro la date de publication du décret, qui devrait se faire avant l’examen de la PPL Gremillet, tant le calendrier parlementaire est contraint. Celle-ci devrait se faire “dès que le retour de consultation aura été réalisé”, indique-t-on dans l’entourage du Premier ministre. Reste à voir si cela apaisera les menaces de censure, ou les appels à attaquer le décret dès sa parution. Car en l’état, le Parlement ne se prononcera pas formellement sur son contenu. Ce papier a été mis à jour pour préciser le calendrier de parution du décret.
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Accord de Paris : pourquoi le second retrait de Trump sera différent
Le monde se prépare à ce que le président élu Donald Trump retire les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat pour la seconde fois — sauf que cette fois-ci, il pourrait agir plus rapidement et avec moins de retenue. Une telle décision ferait, une fois encore, des Etats-Unis l’un des seuls pays à ne pas être partie prenante du pacte de 2015, dans lequel près de 200 gouvernements ont pris des engagements non contraignants en vue de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. La victoire de Trump aux élections de la semaine dernière menace de faire de l’ombre à la COP29, qui a commencé lundi en Azerbaïdjan, et où les Etats-Unis et d’autres pays vont discuter de la sortie progressive des énergies fossiles et de l’octroi d’une aide climatique aux pays les plus pauvres. L’absence des Etats-Unis de l’accord mettrait les autres pays dans l’obligation de réduire davantage leurs émissions. Mais elle soulèverait aussi d’inévitables questions de la part de certains pays quant à l’ampleur des efforts qu’ils devraient consentir, alors que le deuxième pollueur mondial s’en va. “Les pays sont très attachés à Paris, cela ne fait aucun doute”, a déclaré David Waskow, directeur de l’action internationale pour le climat au World Resources Institute. “Je pense que ce qui est en jeu, c’est la capacité du monde à mettre en œuvre les engagements pris à Paris.” L’équipe de campagne de Trump a indiqué à POLITICO en juin qu’il quitterait le pacte mondial, comme il l’avait fait en 2017 lors de son premier mandat. Contacté, un porte-parole n’a pas répondu à notre demande de commentaire pour cet article. Le républicain a déclaré deux jours avant l’élection que le changement climatique était “un vaste canular”. “Nous n’avons pas de problème de réchauffement climatique”, a-t-il considéré lors d’un meeting de campagne, en dépit d’une montagne de données qui prouvent le contraire, et de prévisions selon lesquelles 2024 sera l’année la plus chaude jamais enregistrée, dépassant le précédent record établi l’année dernière. Lorsque Trump prendra ses fonctions en janvier, il pourrait déposer une demande à l’ONU pour se retirer à nouveau de l’accord. Il faudrait alors un an pour que cette décision prenne effet conformément aux dispositions du pacte, et non plus trois ans comme c’était le cas auparavant. Au cours de cette période, l’administration Trump pourrait ignorer les engagements climatiques pris par les Etats-Unis sous le président Joe Biden, et refuser de soumettre de nouveaux plans visant à réduire davantage les émissions carbone, selon des analystes. Comme POLITICO l’a rapporté en juin, certains conservateurs ont également préparé le terrain pour que Trump aille encore plus loin s’il le souhaite. L’une des options consisterait à retirer les Etats-Unis du traité des Nations unies de 1992 sur lequel repose l’ensemble du cadre des négociations mondiales annuelles sur le climat, une étape sur laquelle il serait beaucoup plus difficile de revenir et qui pourrait nuire durablement aux efforts déployés pour limiter le réchauffement de la planète. Quoi qu’il en soit, un retrait des Etats-Unis pourrait mettre le pays à l’écart des discussions internationales sur le développement des énergies propres, ce qui permettrait à la Chine de continuer à surpasser les Etats-Unis dans les domaines des panneaux solaires, des véhicules électriques et d’autres technologies vertes, a analysé Jonathan Pershing, ancien envoyé spécial pour le climat au sein de l’administration Obama. “La Chine est le premier partenaire commercial de pratiquement tous les pays du monde, sa capacité d’influence n’est donc pas diminuée”, a-t-il déclaré à la presse jeudi. “Au contraire, elle s’est accrue avec le retrait des Etats-Unis.” Avant d’ajouter : “Je pense que nous perdons lorsque les Etats-Unis sont absents, et si les Etats-Unis sont absents, la Chine s’engagera davantage, mais d’une manière très différente.” Les Etats-Unis ont été l’un des architectes de l’Accord de Paris de 2015, qui exige des 195 pays signataires qu’ils soumettent des plans nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre et qu’ils fournissent des mises à jour sur les progrès réalisés en vue d’atteindre ces objectifs. Il demande également aux nations les plus riches de financer des projets climatiques, mais aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect de l’accord. Au cours des neuf années qui se sont écoulées depuis sa création, les émissions ont continué d’augmenter à l’échelle mondiale, bien qu’à un rythme sans doute plus lent qu’en l’absence d’une telle mesure. Les catastrophes ont frappé plus durement, du Népal à la Caroline du Nord, rendant encore plus grand le besoin de financement pour le climat, qui se chiffre en milliers de milliards de dollars chaque année. D’AUTRES PAYS VONT-ILS SUIVRE ? L’Accord de Paris avait environ un an lorsque Trump a annoncé qu’il servait le peuple “de Pittsburgh, pas de Paris” et qu’il s’en retirait. Cette décision a suscité un choc international et la crainte que d’autres pays ne suivent les Etats-Unis. Aujourd’hui, l’accord “se trouve à un stade différent de son existence”, souligne Todd Stern, qui a contribué à finaliser l’Accord de Paris en tant qu’envoyé des Etats-Unis pour le climat. “Je serais très surpris de voir des pays se retirer de l’accord.” Biden l’a réintégré en 2021 et a annoncé que les Etats-Unis réduiraient de moitié leurs émissions d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2005. Elles ont diminué, mais pas assez rapidement pour respecter l’engagement pris par Biden. L’intensification des mesures prises par les Etats, les villes et les entreprises ne peuvent permettre de faire qu’une partie du chemin à parcourir en l’absence d’efforts plus importants de la part du gouvernement fédéral. Les pays signataires de l’Accord de Paris sont censés présenter de nouveaux plans d’ici mi-février. Si la première économie mondiale ne contribue pas, cela donnerait du grain à moudre aux opposants à une action climatique stricte en Chine, en Inde ou en Europe, pour en faire moins. “Il y a des intérêts, dans tous ces autres pays, qui veulent promouvoir une dépendance continue aux énergies fossiles et une résistance à l’ambition climatique”, pointe Alden Meyer, associé principal du groupe de réflexion sur le climat E3G. La COP29 sera l’occasion de tester le degré d’engagement des autres nations à l’égard de l’Accord de Paris. Ils devraient fixer un nouvel objectif pour l’aide climatique mondiale, qui pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars par an. Des représentants de l’administration Biden seront présents à la table des négociations. Mais avec une future présidence Trump qui plane sur les négociations, d’autres pays pourraient être moins enclins à verser davantage d’argent. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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