PARIS — Antoine Vermorel-Marques a décidé de prendre les choses en main. Alors
que son parti, Les Républicains, s’est fait remarquer pour avoir voté un
moratoire sur les renouvelables et que son patron, Bruno Retailleau, a proposé
de ne plus les subventionner dans une tribune au Figaro, le député de la Loire,
connu pour sa fibre écolo, organise une visioconférence en milieu de semaine
prochaine avec ses collègues de même sensibilité. L’idée : s’organiser pour
peser.
De tête, il cite les intéressés potentiels : Vincent Jeanbrun, Sébastien Martin,
Elisabeth de Maistre et Virginie Duby-Muller, parmi les députés. Marta de
Cidrac, Christine Lavarde, Agnès Evren, Didier Mandelli et Jean-Baptiste Blanc,
parmi les sénateurs. Pour ne citer qu’eux.
Initialement, les choses devaient se dérouler autrement. Le 8 juillet, les
parlementaires qui le souhaitaient étaient conviés à un dîner avec l’ingénieur
Jean-Marc Jancovici. Les propos pronucléaires du président du Shift Project
auraient sans doute étaient digestes, son credo décroissant un peu moins.
Antoine Vermorel-Marques comptait sur la fin des agapes afin de jeter quelques
idées pour structurer la rentrée. Mais le suicide, la veille, du député Olivier
Marleix a entraîné l’annulation du dîner.
UNE INITIATIVE ENCOURAGÉE PAR LAURENT WAUQUIEZ
Etonnamment, tant il est peu connu pour sa passion pour l’écologie, le feu vert
et même l’impulsion pour constituer cette petite escouade verte sont venus de
Laurent Wauquiez. A la fin de la réunion de groupe qui a suivi le vote du
moratoire sur les renouvelables proposé par l’un des leurs, Jérôme Nury, le
président des députés Droite républicaine a enjoint à ceux qui le voulaient de
se mettre au travail.
“En réponse à certaines voix du groupe qui prenaient leur distance avec Jérôme
Nury, Laurent Wauquiez a dit que c’était très bien qu’une sensibilité existe,
mais qu’il ne fallait pas le faire en opposition à Jérôme”, détaille un cadre
LR. Cette même source reconnaît que son camp “bute depuis des années” sur la
définition d’une ligne écolo de droite.
S’il y a des propositions “qui ne sont pas des interdictions tous azimuts” et
qui “ne sont pas une fuite en avant sur les dépenses publiques”, le groupe
pourra s’y retrouver, veut croire ce cadre LR. Bref, le message de Laurent
Wauquiez est passé : organisez-vous à l’avenir pour des propositions positives.
“Structurer, j’avais déjà ça en tête et Laurent a ouvert la porte en grand”, se
réjouit Antoine Vermorel-Marques, qui est un proche de Michel Barnier — ce
dernier est d’ailleurs “furieux” de la tribune cosignée par Bruno Retailleau
d’après France Inter. Le but, assure le député, n’est pas d’être un courant
minoritaire, mais que “la ligne officielle prenne en compte la ligne
environnementale”. Un beau challenge, alors que sur ce sujet LR votent de plus
en plus comme le RN.
NE PAS “LAISSER CETTE THÉMATIQUE À LA GAUCHE”
Engagée dans cette aventure, Virginie Duby-Muller se félicite qu’il puisse y
avoir “une autre voix”, car elle ne se sent “pas forcément à l’aise avec la
position du groupe” sur le moratoire sur les renouvelables, ni sur la
suppression des zones à faibles émissions lors de l’examen du projet de loi de
simplification de la vie économique.
“Il faut une écologie de droite, il ne faut pas qu’on laisse cette thématique à
la gauche”, poursuit-elle en citant comme référence Jacques Chirac, Michel
Barnier ou Nathalie Kosciusko-Morizet. La droite, dit-elle, ne doit pas se
positionner “que sur le régalien et l’immigration”.
A la veille du vote solennel de la proposition de loi de programmation
énergétique, elle a signé, avec Antoine Vermorel-Marques et Sébastien Martin,
une tribune dans L’Opinion pour rappeler que l’histoire de leur famille
politique ne les condamnait pas “à aligner des slogans ou des formules toutes
faites sur l’écologie punitive et à vouloir appuyer sur la pédale de frein”. Une
sorte de manifeste avant l’heure.
Tag - Energies renouvelables
Ils sont élus, hauts fonctionnaires, grands patrons ou activistes du climat :
tous contribuent au débat sur la transition vers la neutralité carbone, qu’ils
cherchent pour certains à l’accélérer, pour d’autres à la ralentir.
Alors que la France s’est engagée dans une transition énergétique, POLITICO
liste ceux qui l’accompagnent, la dessinent, l’infléchissent. Avec une prime,
cette année, à ceux qui incarnent une forme de stabilité… dans la tempête.
1. PATRICK POUYANNÉ
PDG DE TOTALENERGIES
Tant qu’il y aura des automobilistes et des voitures, il faudra les faire
rouler. Et tant que la majeure partie de l’énergie consommée viendra du gaz ou
du pétrole, il faudra forer. Alors autant que ça soit TotalEnergies qui s’en
occupe, répète Patrick Pouyanné à chacune de ses (rares) prises de parole, dans
la presse économique ou face à des youtubeurs.
Réputé brut de décoffrage, l’homme s’est engagé personnellement dans de nombreux
projets, dont la relance de celui, pour le moins décrié, au Mozambique (des
massacres de civils ont été perpétrés autour du site en 2021, par des soldats
prétendant œuvrer à sa protection). Mais quand les critiques sont trop fortes,
il rappelle que TotalEnergies maintient ses investissements dans les énergies
renouvelables, alors que ses concurrents Shell et BP réduisent la voilure.
Quand il ne parle pas des énergies fossiles, ses prises de parole cash ont leur
petit succès. En décembre, il ravissait ainsi son auditoire au colloque de
l’Union française de l’électricité en tirant à boulets rouges sur la politique
commerciale d’EDF. Plus récemment, il plaidait devant le Sénat pour que les
grandes entreprises remboursent les aides versées par l’Etat durant le Covid,
lorsqu’elles sont “revenues à bonne fortune”. “C’est frustrant de ne pas être
reconnu dans son pays”, regrettait il y a quelques jours Patrick Pouyanné, non
sans tacler la complexité de construire des infrastructures en France.
2. TERESA RIBERA
VICE-PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION EUROPÉENNE POUR UNE TRANSITION PROPRE, JUSTE ET
COMPÉTITIVE
Contre vents et marées : négociatrice hors pair reconnue pour son expertise sur
les politiques climatiques, la première vice-présidente de la Commission
européenne s’est imposée cette année comme la première défenseuse des acquis
environnementaux de l’UE. Une tâche ardue dans un contexte particulièrement
défavorable à l’ambition climatique, qui plus est au sein d’un exécutif européen
dont elle est la principale figure socialiste.
L’Espagnole ne le cache pas : le retour de bâton contre les objectifs du Pacte
vert européen adopté lors de la dernière mandature l’inquiète, mais elle
s’efforce de limiter la casse. Le maintien d’une partie des réglementations
européennes en matière de finance verte est ainsi une petite victoire pour la
commissaire espagnole, qui a pris la parole publiquement par la suite pour
appeler, à mots couverts, les conservateurs européens à modérer leur offensive
antiécologie.
La numéro deux de la Commission, qui a piloté la fermeture des centrales
atomiques espagnoles lorsqu’elle était ministre de la Transition écologique,
forme un duo détonnant avec le très nucléophile commissaire français Stéphane
Séjourné, qui rejoue les profondes divisions idéologiques entre les Vingt-Sept
sur l’énergie nucléaire.
3. AGNÈS PANNIER-RUNACHER
MINISTRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE, DE LA BIODIVERSITÉ, DE LA FORÊT, DE LA MER
ET DE LA PÊCHE
Voilà déjà plus de sept années consécutives qu’Agnès Pannier-Runacher est au
gouvernement. Son parcours à l’Industrie, à la Transition énergétique puis à la
Transition écologique, depuis septembre, lui confère un rôle à part pour les
industriels de l’énergie. Mais aussi pour les activistes et les ONG, qui louent
sa stabilité et son engagement.
Certes, au mois de décembre, son portefeuille a dégringolé dans le rang
protocolaire et dans celui des priorités du gouvernement. Si bien qu’elle se
retrouve un peu seule pour incarner trois très, très gros chantiers :
l’adaptation au changement climatique, la décarbonation des usages — notamment
les transports et le logement qui patinent —, et le suivi de la diplomatie
climatique.
Mais n’allez pas lui dire que l’instabilité politique en France a amoindri son
rôle. Elle listerait toutes ses homologues européennes (principalement des
femmes) pour montrer qu’elle comptera parmi les vétérans de la COP30 à Belém à
l’automne, un rendez-vous crucial pour le climat au moment où les Etats-Unis se
désengagent de la lutte. Enfin, si elle est toujours ministre…
4. STÉPHANE SÉJOURNÉ
VICE-PRÉSIDENT DE LA COMMISSION EUROPÉENNE À LA PROSPÉRITÉ ET À LA STRATÉGIE
INDUSTRIELLE
Il a beau avoir quitté Paris pour Bruxelles, Stéphane Séjourné n’oublie pas d’où
il vient. Fidèle d’Emmanuel Macron, l’ancien ministre des Affaires étrangères a
fait de la défense du nucléaire l’un de ses chevaux de bataille — il nous en a
fait part il y a quelques semaines — au sein de la Commission européenne, où il
officie comme vice-président chargé de la Stratégie industrielle.
S’il est parvenu à imprimer sa marque sur certaines avancées doctrinales dans le
Pacte pour une industrie propre et a œuvré pour accélérer le développement de
miniréacteurs nucléaires, le chantier du financement des gros réacteurs (et de
l’atome en général) avec des fonds européens demeure ouvert.
Reste donc à transformer l’essai — sans (trop) braquer ses collègues à qui le
nucléaire donne de l’urticaire.
5. CATHERINE MACGREGOR
DIRECTRICE GÉNÉRALE D’ENGIE
A l’heure où la programmation énergétique était criblée de flèches dans le dos,
Catherine MacGregor a été l’une des rares dirigeantes du secteur de l’énergie à
prendre la plume pour défendre les renouvelables et ce texte “indispensable”,
assumant une position de leader de la filière.
“Accélérer la transition énergétique [est inscrit] dans notre raison d’être”,
plaidait-elle encore il y a quelques jours au Sénat.
La patronne d’Engie — 100 000 salariés, dont la moitié en France — voit loin, et
s’engage pour la décarbonation. “Aujourd’hui, nous ne produisons que de
l’électricité”, déclarait au début de l’année celle qui est à la tête d’une
entreprise qui doit bel et bien une bonne partie de son chiffre d’affaires au
gaz. Une trentaine d’ONG demandent d’ailleurs un changement de direction,
trouvant que le fossile réduit trop lentement dans le mix d’Engie.
Elle devrait néanmoins gagner quelques années au soleil dès jeudi, avec le
renouvellement de son mandat lors de l’assemblée générale de l’énergéticien.
Rare femme à la tête d’une entreprise du CAC 40, elle en fait une marque de
fabrique. “Une source de fierté et d’attractivité”, insistait-elle devant des
journalistes l’an passé.
6. URSULA VON DER LEYEN
PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION EUROPÉENNE
On ne devient pas la femme la plus puissante du monde sans une bonne dose de
pragmatisme.
Après avoir été le visage du virage vert de l’Union européenne lors de son
premier mandat, Ursula von der Leyen a dû s’adapter. Pour s’assurer un deuxième
quinquennat à la tête de l’exécutif européen, la présidente de la Commission
s’est prêtée à un périlleux exercice d’équilibriste : montrer patte blanche aux
conservateurs tout en donnant quelques gages aux Verts.
Résultat : pour apaiser les industriels, la conservatrice allemande s’attelle
désormais à défaire une partie des règles environnementales qu’elle a contribué
à mettre en place, et mis sur pied un second volet du Pacte vert plutôt carotte
que bâton.
7. DANIEL KŘETÍNSKÝ
PDG D’EPH
L’ONG environnementale Re-Set compare sa stratégie à celle d’une hyène. Car
c’est en investissant dans une filière apparemment en fin de vie, le charbon,
que Daniel Křetínský a fait fortune, bâtissant l’un des plus gros conglomérats
fossiles en Europe, le groupe EPH.
Ce Tchèque francophile a racheté des centrales à charbon et des actifs gaziers à
bas prix en misant sur une fermeture la plus tardive possible, voire sur un
dédommagement sur fonds publics.
D’où la circonspection lorsqu’il a acquis deux centrales à charbon en France. A
Gardanne, convertie à la biomasse, sa filiale GazelEnergie vient de toper avec
l’Etat pour relancer la production, moyennant un contrat critiqué pour son coût
pour les finances publiques — 800 millions d’euros — et pour la forêt. Et c’est
sans subvention qu’il a promis de transformer Saint-Avold pour qu’elle puisse
fonctionner au gaz, après un blocage juridique levé par le Parlement il y a
quelques jours.
Charge à Daniel Křetínský de remplir sa part du contrat. L’homme étend en tout
cas son influence en France, puisque sa filiale médiatique ouvre en juin T18,
une des deux nouvelles chaînes arrivant sur la TNT, s’ajoutant aux magazines et
sites qu’il détient.
8. MARC FERRACCI
MINISTRE DE L’INDUSTRIE ET DE L’ENERGIE
Intime d’Emmanuel Macron, il fait partie du premier cercle des fidèles du chef
de l’Etat lorsque celui-ci entame son ascension vers l’Elysée. Il a pourtant
fallu attendre que le président de la République se retrouve acculé après sa
dissolution ratée pour qu’il entre au gouvernement.
A la tête d’un double portefeuille depuis l’arrivée de François Bayrou à
Matignon, il se bat pour l’Industrie aussi bien en France qu’à Bruxelles. Sur le
fond, l’économiste n’a pas flanché au moment de se frotter à l’énergie et ses
sujets éminemment techniques, en conservant toutefois une approche très
industrielle. Il a aussi profité du sursis accordé au gouvernement par la
validation du budget pour sortir une feuille de route sur le déploiement de
l’hydrogène attendue depuis des mois par la filière.
Soumis à une pression incessante de la droite et des menaces de censure du
Rassemblement national qui a fait de l’énergie son nouveau cheval de bataille,
Ferracci est parfois chahuté par les parlementaires lors des questions au
gouvernement. Il s’emploie à rappeler que la dépendance de la France aux
énergies fossiles lui coûte cher, et s’échine à répéter la ligne de l’exécutif
basée sur la complémentarité entre énergies renouvelables et nucléaire.
Un périlleux exercice de recherche permanente du juste milieu, à l’image d’un
gouvernement fragile, à la merci du moindre embrasement parlementaire.
9. JOËL BARRE
DÉLÉGUÉ INTERMINISTÉRIEL AU NOUVEAU NUCLÉAIRE
Chargé de superviser la construction des six nouveaux réacteurs nucléaires
promis par Emmanuel Macron, le chef de chantier de l’Etat a récemment repris les
choses en main.
Après l’éviction du PDG d’EDF Luc Rémont fin mars, ses services assureront
désormais un “suivi renforcé” de la relance du nucléaire, avec des rendez-vous
réguliers avec les équipes de l’énergéticien et son nouveau patron Bernard
Fontana, s’il est confirmé la semaine prochaine.
La mission de cet ingénieur de l’armement expérimenté n’a pas changé : éviter
les écueils de Flamanville pour mener à bon port (et dans les temps) les
chantiers de l’atome. Mais il doit composer avec un calendrier de plus en plus
tendu, alors qu’EDF tarde à finaliser les plans de ses réacteurs, et que le
gouvernement doit en parallèle obtenir l’aval de la Commission européenne pour
leur schéma de financement.
10. BERNARD FONTANA
DG DE FRAMATOME
C’est à un capitaine d’industrie chevronné qu’a fait appel l’Elysée pour prendre
la tête d’EDF.
Bernard Fontana a du pain sur la planche : il devra s’imposer en interne,
accélérer la cadence de la relance de l’atome, trouver une porte de sortie aux
négociations difficiles entre l’énergéticien et les industriels gourmands en
électricité, maintenir la production du parc nucléaire tout en développant les
renouvelables. Le tout en continuant de redresser les finances de l’entreprise.
La feuille de route de l’Etat est claire, et il est prévenu : s’en écarter a
valu sa place à Luc Rémont, évincé fin mars.
L’actuel directeur général de Framatome a pour lui sa connaissance des instances
dirigeantes de l’énergéticien — il siège au comité exécutif depuis un an —, et
son bilan positif à la tête du chaudronnier nucléaire, qui a connu un
redressement spectaculaire sous son égide.
Avant toute chose, il lui faudra convaincre les parlementaires, le 30 avril, de
valider sa nomination. Ce qui, par les temps qui courent, n’a rien d’une
promenade de santé.
11. CHRISTINE LAVARDE
SÉNATRICE LR DES HAUTS-DE-SEINE
La ligne d’arrivée du marathon budgétaire a été repoussée cette année : pas un
problème pour la sportive et productive sénatrice, rapporteure des crédits
“écologie”, connue pour sa capacité de travail.
Celle qui n’hésite pas à rembarrer les ministres lorsqu’ils s’arrangent avec les
chiffres a bataillé pour limiter la casse pour le Fonds vert — qui finance les
projets écolos des collectivités locales —, et remplumer le Fonds Barnier — qui
aide à la prévention des catastrophes naturelles.
Avant le retour de la loi de finances, où il sera de nouveau difficile de
concilier orthodoxie budgétaire et investissement environnemental, Christine
Lavarde mène une commission d’enquête sur les agences de l’Etat.
Après avoir poussé, avec d’autres, des cris d’orfraie contre l’Ademe et les
agences, elle a vite changé son fusil d’épaule et pris sa défense, tout en
s’interrogeant sur sa gouvernance. Il faut dire qu’elle la connaît bien : son
père en fut le président par intérim.
Elle tente aussi de faire vivre à l’Assemblée son texte sur l’indemnisation des
catastrophes naturelles, adopté à l’unanimité au Sénat.
12. DANIEL GREMILLET
SÉNATEUR LR DES VOSGES
Discret mais actif dans le domaine de l’énergie, Daniel Gremillet est à
l’origine d’une proposition de loi qui fait de plus en plus parler d’elle. Alors
que plusieurs parlementaires ont tenté de pousser des lois de programmation
énergétique, c’est la sienne, adoptée au Sénat en octobre, qui pourrait
prospérer.
Fortement teintée de nucléaire, elle pourrait calmer les ardeurs de la droite et
de l’extrême droite à l’Assemblée, qui s’effraient d’une programmation
énergétique faisant la part belle aux renouvelables.
Cet agriculteur de 71 ans, élu à la FNSEA depuis trente ans, a été rapporteur de
plusieurs textes sur l’énergie. Vice-président de la commission des Affaires
économiques, il devrait, dans les prochains mois, participer à une mission
sénatoriale sur l’avenir des barrages hydroélectriques, thème qu’il connaît bien
pour avoir déposé en 2021 une proposition de loi sur ce sujet.
13. MARIE-NOËLLE BATTISTEL
DÉPUTÉ PS DE L’ISÈRE
Dans quelques jours, la députée socialiste remettra, avec Philippe Bolo (MoDem),
un rapport très attendu sur les barrages hydroélectriques et leur avenir.
L’idée est de trouver une parade pour éviter l’ouverture à la concurrence
souhaitée par la Commission européenne. Un sujet qu’elle maîtrise depuis
longtemps : elle a écrit en 2013 un autre rapport sur le sujet, trois ans après
son arrivée à l’Assemblée, en remplacement de Didier Migaud.
Marie-Noëlle Battistel a été sensibilisée au sujet en tant que maire de La
Salle-en-Beaumont (Isère), commune du massif des Ecrins, alors que quelques
grands groupes étrangers s’intéressaient au barrage du Sautet, exploité par EDF.
Elle s’est depuis spécialisée sur les sujets énergétiques, dont elle est la
principale voix au sein du groupe socialiste.
14. THOMAS VEYRENC
DIRECTEUR GÉNÉRAL ÉCONOMIE, STRATÉGIE ET FINANCES DE RTE
Il est la caution technique d’un des rares acteurs à avoir une vue d’ensemble
sur le système électrique. Après avoir chapeauté les scénarios énergétiques 2050
du gestionnaire de réseau RTE — qui font depuis office de référence ultime pour
tout acteur sérieux du monde de l’énergie —, il a remis le couvert lors de la
publication de la stratégie décennale de développement du réseau.
Des chiffres désormais agités par les détracteurs des renouvelables pour
justifier leur opposition à la programmation énergétique. Mais les 100 milliards
annoncés doivent avant tout permettre de préparer des réseaux centenaires à
vivre cent années de plus, dans des conditions climatiques plus compliquées.
Autant dire que le document est stratégique.
Modéré et pédagogue, Thomas Veyrenc cherche souvent à élever le débat par
petites touches, dans de rares prises de position publiques, pour échapper à
l’opposition entre nucléaire et renouvelables.
15. JEAN-MARC JANCOVICI
INGÉNIEUR ET PRÉSIDENT DU SHIFT PROJECT
Influenceur énergie le plus suivi de France, l’ingénieur continue de carburer au
rythme effréné d’un long post par jour (minimum) sur Facebook et LinkedIn, où il
compte plus d’un million de suiveurs — et tant pis si sa posture sceptique
vis-à-vis des renouvelables en agace certains.
L’année 2024 fut pour lui celle de l’internationalisation. Après s’être imposé
comme une référence pour les ministères parisiens à la recherche d’éclairages
techniques, son Shift project s’est lancé à la conquête de Bruxelles en
septembre.
A l’automne, la bande dessinée qui l’a fait connaître auprès du grand public, Le
monde sans fin (Dargaud), a été traduite en anglais et publiée aux Etats-Unis
ainsi qu’au Royaume-Uni. Ce qui lui a valu une critique laudatrice dans le
Guardian saluant sa “déconstruction révélatrice [de] l’économie des fossiles”.
16. VALÉRIE LÉTARD
MINISTRE DU LOGEMENT
Après la chute du gouvernement Barnier, les lobbies du bâtiment et de
l’immobilier ont plaidé pour le maintien de Valérie Létard au ministère du
Logement. Cette spécialiste du sujet, proche de Jean-Louis Borloo et réputée
pugnace, a hérité d’un secteur en crise et est à l’écoute. Mais le projet de loi
attendu par les différents acteurs peine à voir le jour…
L’ancienne parlementaire centriste doit aussi gérer un défi dans le défi : la
rénovation énergétique. Car 2025 sera une année crash-test, avec l’interdiction
de mise en location des pires passoires thermiques — elle doit faire aboutir une
proposition de loi dans une Assemblée très polarisée sur le sujet.
La ministre a aussi lancé des chantiers contre le grand bazar fraudogène du
diagnostic de performance énergétique. Autres dossiers, non des moindres :
l’avenir de MaPrimeRénov et des certificats d’économies d’énergie. Des
discussions dans lesquelles le ministère du Logement veut peser, selon plusieurs
acteurs.
17. ARNAUD ROUSSEAU
AGRICULTEUR ET PRÉSIDENT DE LA FNSEA
Il suffisait de se promener dans les travées du Salon de l’agriculture cette
année, qui a vu fleurir les stands des énergéticiens, pour comprendre
l’imbrication entre ces deux mondes. Le groupe Avril, dont Arnaud Rousseau est
président du conseil d’administration, en est un bon exemple : l’entreprise
d’agroalimentaire et aussi une spécialiste des biocarburants.
A la tête du syndicat agricole FNSEA, ce chef d’une grande exploitation
céréalière est forcément un homme incontournable quand il s’agit de parler
agrivoltaïsme, de méthanisation ou de panneaux photovoltaïques sur les hangars.
Ces dernières semaines, la FNSEA s’est d’ailleurs mobilisée sur deux sujets
emblématiques : contre la réduction des aides au photovoltaïque en toiture et
contre la PPL Lecamp qui aurait drastiquement limité la taille des projets
agrivoltaïques. A chaque fois, associé avec des lobbies des renouvelables.
Sur tous ces sujets, Arnaud Rousseau peut s’appuyer sur l’homme aux multiples
casquettes Olivier Dauger, administrateur de la FNSEA, coprésident de France gaz
renouvelables et vice-président de France agrivoltaïsme.
18. SOPHIE MOURLON
DIRECTRICE GÉNÉRALE DE L’ÉNERGIE ET DU CLIMAT
Dans une période d’instabilité politique et même à fort risque de vacance
gouvernementale, la puissante direction de l’énergie et du climat (DGEC) est
plus que jamais perçue comme le garant d’une forme de continuité dans l’action
publique.
Agente publique depuis toujours, Sophie Mourlon est à sa tête depuis juillet
2023, après avoir notamment été directrice générale adjointe de l’Autorité de
sûreté nucléaire entre 2011 et 2014.
Cette ingénieure générale des mines, diplômée de l’Ecole polytechnique, a la
réputation d’être une énorme bosseuse. Cela tombe bien, l’année a été riche,
entre la préparation de la programmation pluriannuelle de l’énergie ou celle du
plan national d’adaptation au changement climatique, et de nombreux sujets
annexes, comme le soutien au photovoltaïque ou les certificats d’économies
d’énergie…
19. EMMANUELLE WARGON
PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION DE RÉGULATION DE L’ÉNERGIE
C’est l’un des rares pôles de stabilité du secteur : depuis sa nomination à la
tête du gendarme de l’énergie, il y a près de trois ans, l’ex-ministre du
Logement a vu défiler quatre ministres de l’Energie. Elle est désormais bien
installée dans son rôle de caution technique du système énergétique, au-dessus
de la mêlée.
Si le devoir de réserve que lui impose sa fonction l’empêche de prendre
pleinement part aux débats politiques sur l’énergie, elle se retrouve du même
coup préservée de la fièvre qui s’empare régulièrement des décideurs sur ces
sujets inflammables.
Mais elle ne manque pas de prendre la parole régulièrement. De quoi se tailler
discrètement une place dans le paysage énergétique français.
20. LAURENCE TUBIANA
DIRECTRICE DE LA FONDATION EUROPÉENNE POUR LE CLIMAT
Plus discrète ces dernières années, l’architecte de l’Accord de Paris s’est
retrouvée sous le feu de projecteurs médiatico-politiques — et au tout premier
rang — l’été dernier.
Propulsée “première ministrable” après l’arrivée en tête de la gauche aux
législatives anticipées, elle finira par renoncer au bout de quelques jours, au
vu des divisions suscitées par sa candidature. Ce retour tonitruant a permis à
cette diplomate aguerrie de se tailler une place dans le débat public. Elle
multiplie notamment les apparitions publiques (ici, là ou encore ici) en défense
des négociations climatiques internationales.
Alors que le dixième anniversaire de l’Accord de Paris sera célébré lors du
prochain grand raout des discussions sur le climat à Belém, nul doute qu’elle ne
compte pas en rester là.
21. SYLVAIN WASERMAN
PRÉSIDENT DE L’ADEME
Après sa défaite en 2022 face à un député LFI, Sylvain Waserman avait rejoint
l’Ademe en 2023 et mis sa “tranquille autorité alsacienne” à son service. Un
profil politique, qui s’avère efficace face aux attaques. Ainsi a-t-il choisi de
répondre “pied à pied” aux menaces de dissolution de l’agence proférées par la
droite et l’extrême droite.
Il défend une écologie qui protège, “positive”, et partage des petits gestes qui
sauvent la planète sur LinkedIn, qu’il a largement investi depuis son arrivée à
la tête de l’Ademe. Il construit également un réseau d’élus et hésite de moins
en moins à rappeler à chaque représentant ce que l’agence fait pour eux
localement…
Sylvain Waserman met ces jours-ci les dernières touches à un livre sur
“l’espérance climatique”, imaginant un monde où l’on a basculé du bon côté de la
transition.
22. PASCAL CANFIN
DÉPUTÉ EUROPÉEN RENEW
Il fut un acteur central de la mise en place du Pacte vert européen, jouant un
rôle clé dans le passage de plusieurs textes importants. Pascal Canfin a depuis
pâti du revers cuisant subi par le camp macroniste aux européennes et, à titre
personnel, du retour de flamme à l’encontre du texte, qui avait bien failli le
faire dégringoler des listes du parti présidentiel.
Résultat : son influence dans les arcanes bruxellois s’est érodée, et celui qui
présidait la commission Environnement de l’hémicycle européen n’est plus que
coordinateur du groupe Renew au sein du même organe.
L’ancien écolo continue de peser par d’autres biais, défendant quand il le peut
les acquis environnementaux européens auxquels il a contribué, et montant
régulièrement au front pour encourager le passage à la voiture électrique.
Surtout, celui qui parle régulièrement à Emmanuel Macron continue de tisser sa
toile dans les coulisses du pouvoir, reste impliqué dans certaines nominations
stratégiques, et ne rechigne jamais à donner un petit coup de pouce à ses
protégés.
23. VALÉRIE MASSON-DELMOTTE
PALÉOCLIMATOLOGUE
L’écologie a plus de mal à percer le mur du son médiatique, alors la voix de
Valérie Masson-Delmotte aussi. La paléoclimatologue n’en reste pas moins une
scientifique respectée et écoutée.
Depuis qu’elle a laissé sa place de coprésidente du Giec, elle continue de
décrire sans relâche, dans les médias, dans les amphis ou devant des
professionnels, l’alarmante mécanique du réchauffement en cours. Avec une parole
plus libre, mais toujours son timbre posé.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, c’est contre les attaques
dont sont victimes les scientifiques et contre la désinformation climatique que
Valérie Masson-Delmotte a concentré ses efforts à travers le mouvement Stand Up
for Science.
24. JEAN-PHILIPPE TANGUY
DÉPUTÉ RASSEMBLEMENT NATIONAL DE LA SOMME
L’homme-orchestre du RN n’hésite jamais à sortir la grosse caisse. Y compris sur
des sujets comme l’énergie, qu’il empoigne avec plaisir. Proche de Marine Le
Pen, Jean-Philippe Tanguy, doté d’un sens inné de la provocation, a gardé de son
passage en tant que stagiaire chez Alstom un goût prononcé pour les questions
industrielles et énergétiques.
Elu dans la Somme, dans une circonscription où les éoliennes saturent la vue,
celui qui est membre de la commission des Finances n’a aucun mal à conspuer,
comme tous ses collègues RN, les énergies renouvelables et à se faire l’apôtre
du nucléaire. Quitte à essayer de faire tomber le gouvernement s’il considère
qu’il n’accorde pas une place assez importante à l’atome.
25. RAPHAËL SCHELLENBERGER
DÉPUTÉ DIVERS DROITE DU HAUT-RHIN
Longtemps, Raphaël Schellenberger a été le spécialiste des questions
énergétiques pour le groupe LR à l’Assemblée. Mais celui qui a présidé la très
médiatique commission d’enquête sur la souveraineté énergétique a rompu avec ses
anciens collègues.
Cela ne l’empêche d’être à l’initiative : la semaine dernière, il proposait à
François Bayrou un “chemin de crête” pour publier sans trop de contestations la
programmation énergétique.
En matière d’énergie, ce député trouve que les textes législatifs sont trop
bavards, imaginant une programmation qui se contente de définir les grandes
stratégies : décarboner, quel que soit le moyen de production, et préparer la
montée en cadence de l’électrification.
Localement, le député de droite ne s’en cache pas : il veut faire revenir
l’atome dans sa circonscription, où se trouve la centrale nucléaire de
Fessenheim, en cours de démantèlement.
26. LAURENCE POIRIER-DIETZ
DIRECTRICE GÉNÉRALE DE GRDF
Reconduite en mars à la tête de GRDF pour quatre ans, celle qui a fait ses
classes dans d’autres filiales de la maison-mère Engie a également pris la
présidence, en octobre, de l’association européenne de distributeurs gaziers.
Il faut dire que GRDF et sa patronne s’imposent de plus en plus comme de zélés
VRP du biogaz, n’hésitant pas à faire sauter dans le vide l’humoriste Jamel
Debbouze pour son premier spot télé depuis sept ans.
Le gestionnaire travaille aussi ses liens avec les artisans, les agriculteurs et
les collectivités dans un argumentaire qui fait souvent mouche auprès des
parlementaires. Son lobbying a échoué à exempter certaines chaudières d’une
hausse de TVA, mais a réussi à éviter une augmentation de la fiscalité sur le
gaz.
27. MAXIME LAISNEY
DÉPUTÉ LFI DE SEINE-ET-MARNE
Le député Insoumis a pris en main les questions énergétiques dans son groupe.
Bûcheur, il ne rechigne à s’attaquer à aucun sujet, même les plus compliqués. Il
va mener une mission sur le prix de l’énergie après avoir dit tout le mal qu’il
pensait de l’accord entre l’Etat et EDF à l’occasion du débat budgétaire.
Il est progressivement devenu antinucléaire : “Plus je travaille sur ces
questions, plus je me dis qu’il ne faut pas s’entêter dans la relance de cette
énergie.”
28. CAMILLE ETIENNE
AUTRICE ET ACTIVISTE ÉCOLOGISTE
En septembre, Camille Etienne s’est exilée à Oxford pour reprendre ses études de
science politique. Mais la diète médiatique de la militante est toute relative :
elle continue de monter au front régulièrement, dans les médias ou auprès de ses
500 000 abonnés sur Instagram.
Sa force de frappe a aidé le milieu écolo à engranger deux victoires récentes :
contre les polluants éternels à l’Assemblée, et contre l’exploitation des fonds
marins. Camille Etienne n’oublie pas non plus sa cible favorite : l’industrie
pétrogazière, et surtout TotalEnergies, dont elle fustige en particulier les
activités au Yémen et le projet d’oléoduc en Ouganda.
29. OLGA GIVERNET
DÉPUTÉE EPR DE L’AIN
Sa nomination au poste de ministre chargée de l’Energie sous la tutelle d’Agnès
Pannier-Runacher a surpris la petite bulle qui ausculte ce portefeuille de près.
Ce serait sans doute mensonger de dire qu’en trois mois, Olga Givernet a pu
laisser une empreinte (elle n’a pas été reconduite après la censure du
gouvernement Barnier), même si cette ingénieure de formation a fait parler
d’elle en épinglant quelques acteurs des certificats d’économies d’énergie, ou
en parvenant à conclure un accord coûteux pour l’avenir de la centrale à
biomasse de Gardanne.
Redevenue députée, dans une circonscription proche de la centrale nucléaire du
Bugey, Olga Givernet se mobilise encore sur les sujets énergétiques et dit avoir
régulièrement des nouvelles de ceux qui l’ont côtoyée pendant ses trois mois à
Roquelaure.
30. JULIE LAERNOES
DÉPUTÉE ECOLOGISTE DE LOIRE-ATLANTIQUE
Julie Laernoes doit parfois se sentir un peu seule. Dans un moment où la gauche
a délaissé la bataille de l’énergie, la députée écolo née à Delft (Pays-Bas)
tente de relever le drapeau.
Si son groupe peine à inscrire des textes sur l’énergie à l’agenda, préférant
“tenter d’avoir des victoires” sur des sujets plus consensuels, elle continue de
déposer des propositions de loi. L’année dernière, c’était sa version d’une PPL
de programmation énergétique, qu’elle n’a pas votée après son passage en
commission. Plus récemment, ce fut une proposition de résolution s’attaquant aux
importations de gaz naturel et uranium russes.
Elue de Loire-Atlantique, Julie Laernoes s’est aussi forcément intéressée au
sort de la centrale à charbon de Cordemais ou au ralentissement de l’éolien
offshore qui menace 300 postes chez General Electric.
31. EVA MOREL
SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ET FONDATRICE DE QUOTACLIMAT
Lancé en 2022 à l’occasion de la campagne électorale pour l’élection
présidentielle, QuotaClimat entend donner plus de place à la crise climatique
dans les médias.
Une activité militante qui se décline entre veille et analyse de la propagation
du climatoscepticisme, plaidoyer en faveur de davantage de régulation, mais
aussi en attribuant des bons et surtout de mauvais points aux médias qui ne font
pas assez ou pas comme il faut.
Collaboratrice parlementaire pendant quatre ans, Eva Morel s’est engagée à 100%
dans l’association en tant que secrétaire générale l’été dernier. Parmi leurs
victoires, le dépôt en mai d’une proposition de loi (victime de la dissolution)
pour renforcer les pouvoirs du régulateur des médias en matière de traitement
des sujets environnementaux et climatiques.
32. ALEXANDRE LOUBET
DÉPUTÉ RN DE MOSELLE
Le directeur de campagne de Jordan Bardella pendant les élections européennes —
puis les législatives qui ont suivi — a invité son chef à un barbecue devant la
centrale à charbon de Saint-Avold en pleine campagne, permettant de médiatiser
et politiser la reconversion du site. Depuis, il s’attribue largement le
déblocage de la situation, même si c’est une proposition de loi à laquelle il
n’a pas été associé qui a permis de le faire.
Bien plus libéral que Jean-Philippe Tanguy, le député a lancé une commission
d’enquête sur la réindustrialisation qui doit lui permettre de rencontrer de
nombreux patrons et de se crédibiliser. Il voit grand pour celle-ci et aimerait
auditionner Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, ou celui d’EDF.
33. MATHILDE CAILLARD
ACTIVISTE POUR LA JUSTICE SOCIALE ET CLIMATIQUE
La militante est davantage connue sous son pseudo : “mcdansepourleclimat”. Avec
son collectif Planète boum boum, elle se mobilise en musique et dans la bonne
humeur pour des causes, notamment à l’occasion des manifestations contre la
réforme des retraites (“Retraites, climat : même combat ! Pas de retraité·es sur
une planète brûlée”), ou en faveur du fret ferroviaire, dans un hommage au
slogan des Tuche.
Mathilde Caillard entend “lutter dans la joie, par la danse, par le chant [pour]
sortir de l’apathie”, ainsi qu’elle l’écrit dans Vert, après avoir été harcelée
et critiquée en ligne pour une vidéo de danse en manifestation.
PARIS — Depuis plusieurs années, de nombreux parlementaires s’offusquent de
l’absence de loi ambitieuse sur l’énergie. Il aura fallu un équilibre
gouvernemental fragile, et une menace de censure du RN pour que l’hypothèse
revienne sérieusement sur la table.
“Il est normal que le Parlement s’exprime sur un sujet aussi important”, a
tranché François Bayrou, annonçant ce mercredi au Figaro la tenue prochaine d’un
débat sans vote sur la programmation énergétique, mais aussi l’examen d’une
proposition de loi déjà adoptée au Sénat, déposée par Daniel Gremillet (LR).
Le matin même, Marine Le Pen avait réitéré dans Le Parisien sa menace de
censure, si la programmation énergétique passait par décret, considérant que “ça
doit passer par la loi”. Le projet de programmation proposé par le gouvernement
“enferme la France dans des politiques toxiques, mortifères et ruineuses pour
les dix prochaines années”, déplorait-elle.
Depuis 2022, nombre de parlementaires sur tous les bancs réclament une loi
dédiée. Mais dans la dernière ligne droite, ce sont Les Républicains et le
Rassemblement national qui sont les plus bruyants.
Entre un Parlement qui n’arrivera pas à un consensus sur le sujet et des
filières industrielles pressantes, l’exécutif est décrit comme fébrile par de
nombreux acteurs et peinait à trouver une porte de sortie.
La programmation est en discussion depuis plusieurs mois, le secteur et beaucoup
d’élus ont pris part aux échanges. Début novembre, le gouvernement a présenté un
texte sans guère de surprises. Une dernière consultation se tient jusqu’au 5
avril et laisse la voie libre à une publication du décret.
Ce décret de programmation énergétique (PPE) trace les grandes lignes de la
production d’énergie en France, et permet de déclencher des appels d’offres et
des soutiens publics à différentes filières. Depuis la loi climat de 2019, la
PPE doit s’adosser à une loi de programmation, mais, depuis un an, les
gouvernements successifs ont décidé de faire fi de cette obligation.
LA DROITE ET LE RN À L’ASSAUT
Des inquiétudes récentes sur les conséquences des énergies renouvelables sur le
système électrique, notamment le photovoltaïque, se sont ajoutées à une défiance
bien installée. Les antirenouvelables ont surfé dessus. Début décembre,
plusieurs anciens dirigeants d’énergéticiens — entre autres —, dont l’ex-patron
d’EDF Henri Proglio, ont publié une tribune dénonçant leur “développement à
marche forcée”.
Ils réclament la suspension du décret, qui prévoit pourtant une relance du
nucléaire qu’ils plébiscitent, mais encourage dans le même temps le déploiement
des énergies renouvelables.
Mi-mars, deux sénateurs ont rassemblé 159 de leurs collègues de droite et
centristes pour demander également dans une lettre ouverte au Premier ministre
la suspension immédiate du décret et la tenue d’un débat parlementaire. Mardi,
ils ont organisé une conférence de presse pour enfoncer le clou.
Les énergies renouvelables sont une “usine à fabriquer de la subvention à la
charge du contribuable”, a regretté Henri Proglio, présent à la conférence de
presse. Il estime que “tout est fait pour organiser la catastrophe à laquelle
nous assistons aujourd’hui”.
Des idées reprises également par le Rassemblement national. Dans une tribune
publiée le 23 mars, Jean-Philippe Tanguy et Maxime Amblard — ancien de Framatome
élu député en juillet dernier — ont dénoncé “le mirage, mais surtout le danger
de l’idée d’une complémentarité entre le nucléaire et les énergies
intermittentes”, prétendant que seul leur parti se prononce à ce sujet.
A gauche, les voix sont moins fortes ces derniers temps. Le sénateur PS Franck
Montaugé rappelle qu’il dit “depuis près de deux ans” que passer par un décret
serait un “déni de démocratie”. “Comme nous sommes à la fois ni contre le
nucléaire ni contre les énergies renouvelables, nous ne pouvons pas avoir la
même exposition que d’autres sur la PPE”, décrypte un collaborateur socialiste,
qui concède que les parlementaires de gauche n’arrivent pas à se faire entendre
face à la mobilisation des antirenouvelables.
“On sait très bien qu’une loi n’ira pas dans notre sens et ne pourra pas être
mieux que la PPE aujourd’hui”, glisse également un collaborateur Ecologiste,
justifiant ainsi le mezzo voce de son groupe. Il regrette que le gouvernement ne
se soit pas tourné vers sa gauche sur ce sujet.
De l’autre côté, les filières et entreprises sortent petit à petit du bois pour
demander à ne pas perdre de temps. “Le doute s’installe”, s’inquiétait la
semaine dernière un lobbyiste du monde de l’énergie. “Le risque que ce décret ne
soit pas publié est non nul.”
Plusieurs lobbies du secteur et des grands énergéticiens espèrent qu’il paraîtra
rapidement. A l’image d’Engie, qui a organisé lundi un point presse pour
rappeler que le décret est “un texte important, qui donne de la visibilité”, une
“boussole” qui peut aussi “être agile et être révisée”. Et sa patronne,
Catherine MacGregor, en a remis une couche dans un post sur LinkedIn.
LE DÉBAT PARLEMENTAIRE IMPOSSIBLE
Le gouvernement a longtemps tergiversé, et s’il décide finalement d’en passer
par une loi, il ne s’est pas facilité la tâche.
Alors à Bercy, Bruno Le Maire et Roland Lescure ont abandonné l’idée d’un projet
de loi au début de l’année dernière. Quand Daniel Gremillet (LR) a déposé sa
proposition de loi de programmation en mai dernier, il n’a pas reçu de soutien
immédiat du gouvernement.
Mercredi, François Bayrou a annoncé que cette PPL, adoptée en novembre au Sénat,
sera reprise à l’Assemblée nationale. Elle n’a pas bénéficié de la procédure
accélérée et devra donc ensuite retourner au Sénat pour une deuxième lecture.
Si le gouvernement n’a pas accordé cette procédure, c’est parce que la version
originale du texte “ne convenait pas”, explique Olga Givernet, députée (EPR) et
ministre déléguée à l’Energie au moment de son examen. Mais elle estime que le
travail au Sénat a permis de l’améliorer et d’ajouter “quelques points
législatifs nécessaires” pour accompagner la PPE.
Depuis plusieurs jours, plusieurs ministres se sont exprimés en faveur d’un
débat, avec ou sans vote. “Personne n’a envie de discuter d’un truc qui va être
une empoignade généralisée”, avertissait cependant une figure du gouvernement.
François Bayrou n’a pas précisé au Figaro la date de publication du décret, qui
devrait se faire avant l’examen de la PPL Gremillet, tant le calendrier
parlementaire est contraint. Celle-ci devrait se faire “dès que le retour de
consultation aura été réalisé”, indique-t-on dans l’entourage du Premier
ministre.
Reste à voir si cela apaisera les menaces de censure, ou les appels à attaquer
le décret dès sa parution. Car en l’état, le Parlement ne se prononcera pas
formellement sur son contenu.
Ce papier a été mis à jour pour préciser le calendrier de parution du décret.
Le monde se prépare à ce que le président élu Donald Trump retire les Etats-Unis
de l’Accord de Paris sur le climat pour la seconde fois — sauf que cette
fois-ci, il pourrait agir plus rapidement et avec moins de retenue.
Une telle décision ferait, une fois encore, des Etats-Unis l’un des seuls pays à
ne pas être partie prenante du pacte de 2015, dans lequel près de 200
gouvernements ont pris des engagements non contraignants en vue de réduire leurs
émissions de gaz à effet de serre. La victoire de Trump aux élections de la
semaine dernière menace de faire de l’ombre à la COP29, qui a commencé lundi en
Azerbaïdjan, et où les Etats-Unis et d’autres pays vont discuter de la sortie
progressive des énergies fossiles et de l’octroi d’une aide climatique aux pays
les plus pauvres.
L’absence des Etats-Unis de l’accord mettrait les autres pays dans l’obligation
de réduire davantage leurs émissions. Mais elle soulèverait aussi d’inévitables
questions de la part de certains pays quant à l’ampleur des efforts qu’ils
devraient consentir, alors que le deuxième pollueur mondial s’en va.
“Les pays sont très attachés à Paris, cela ne fait aucun doute”, a déclaré David
Waskow, directeur de l’action internationale pour le climat au World Resources
Institute. “Je pense que ce qui est en jeu, c’est la capacité du monde à mettre
en œuvre les engagements pris à Paris.”
L’équipe de campagne de Trump a indiqué à POLITICO en juin qu’il quitterait le
pacte mondial, comme il l’avait fait en 2017 lors de son premier mandat.
Contacté, un porte-parole n’a pas répondu à notre demande de commentaire pour
cet article.
Le républicain a déclaré deux jours avant l’élection que le changement
climatique était “un vaste canular”.
“Nous n’avons pas de problème de réchauffement climatique”, a-t-il considéré
lors d’un meeting de campagne, en dépit d’une montagne de données qui prouvent
le contraire, et de prévisions selon lesquelles 2024 sera l’année la plus chaude
jamais enregistrée, dépassant le précédent record établi l’année dernière.
Lorsque Trump prendra ses fonctions en janvier, il pourrait déposer une demande
à l’ONU pour se retirer à nouveau de l’accord. Il faudrait alors un an pour que
cette décision prenne effet conformément aux dispositions du pacte, et non plus
trois ans comme c’était le cas auparavant.
Au cours de cette période, l’administration Trump pourrait ignorer les
engagements climatiques pris par les Etats-Unis sous le président Joe Biden, et
refuser de soumettre de nouveaux plans visant à réduire davantage les émissions
carbone, selon des analystes.
Comme POLITICO l’a rapporté en juin, certains conservateurs ont également
préparé le terrain pour que Trump aille encore plus loin s’il le souhaite. L’une
des options consisterait à retirer les Etats-Unis du traité des Nations unies de
1992 sur lequel repose l’ensemble du cadre des négociations mondiales annuelles
sur le climat, une étape sur laquelle il serait beaucoup plus difficile de
revenir et qui pourrait nuire durablement aux efforts déployés pour limiter le
réchauffement de la planète.
Quoi qu’il en soit, un retrait des Etats-Unis pourrait mettre le pays à l’écart
des discussions internationales sur le développement des énergies propres, ce
qui permettrait à la Chine de continuer à surpasser les Etats-Unis dans les
domaines des panneaux solaires, des véhicules électriques et d’autres
technologies vertes, a analysé Jonathan Pershing, ancien envoyé spécial pour le
climat au sein de l’administration Obama.
“La Chine est le premier partenaire commercial de pratiquement tous les pays du
monde, sa capacité d’influence n’est donc pas diminuée”, a-t-il déclaré à la
presse jeudi. “Au contraire, elle s’est accrue avec le retrait des Etats-Unis.”
Avant d’ajouter : “Je pense que nous perdons lorsque les Etats-Unis sont
absents, et si les Etats-Unis sont absents, la Chine s’engagera davantage, mais
d’une manière très différente.”
Les Etats-Unis ont été l’un des architectes de l’Accord de Paris de 2015, qui
exige des 195 pays signataires qu’ils soumettent des plans nationaux de
réduction des émissions de gaz à effet de serre et qu’ils fournissent des mises
à jour sur les progrès réalisés en vue d’atteindre ces objectifs. Il demande
également aux nations les plus riches de financer des projets climatiques, mais
aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect de l’accord.
Au cours des neuf années qui se sont écoulées depuis sa création, les émissions
ont continué d’augmenter à l’échelle mondiale, bien qu’à un rythme sans doute
plus lent qu’en l’absence d’une telle mesure. Les catastrophes ont frappé plus
durement, du Népal à la Caroline du Nord, rendant encore plus grand le besoin de
financement pour le climat, qui se chiffre en milliers de milliards de dollars
chaque année.
D’AUTRES PAYS VONT-ILS SUIVRE ?
L’Accord de Paris avait environ un an lorsque Trump a annoncé qu’il servait le
peuple “de Pittsburgh, pas de Paris” et qu’il s’en retirait. Cette décision a
suscité un choc international et la crainte que d’autres pays ne suivent les
Etats-Unis.
Aujourd’hui, l’accord “se trouve à un stade différent de son existence”,
souligne Todd Stern, qui a contribué à finaliser l’Accord de Paris en tant
qu’envoyé des Etats-Unis pour le climat. “Je serais très surpris de voir des
pays se retirer de l’accord.”
Biden l’a réintégré en 2021 et a annoncé que les Etats-Unis réduiraient de
moitié leurs émissions d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2005.
Elles ont diminué, mais pas assez rapidement pour respecter l’engagement pris
par Biden. L’intensification des mesures prises par les Etats, les villes et les
entreprises ne peuvent permettre de faire qu’une partie du chemin à parcourir en
l’absence d’efforts plus importants de la part du gouvernement fédéral.
Les pays signataires de l’Accord de Paris sont censés présenter de nouveaux
plans d’ici mi-février. Si la première économie mondiale ne contribue pas, cela
donnerait du grain à moudre aux opposants à une action climatique stricte en
Chine, en Inde ou en Europe, pour en faire moins.
“Il y a des intérêts, dans tous ces autres pays, qui veulent promouvoir une
dépendance continue aux énergies fossiles et une résistance à l’ambition
climatique”, pointe Alden Meyer, associé principal du groupe de réflexion sur le
climat E3G.
La COP29 sera l’occasion de tester le degré d’engagement des autres nations à
l’égard de l’Accord de Paris.
Ils devraient fixer un nouvel objectif pour l’aide climatique mondiale, qui
pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars par an. Des représentants de
l’administration Biden seront présents à la table des négociations. Mais avec
une future présidence Trump qui plane sur les négociations, d’autres pays
pourraient être moins enclins à verser davantage d’argent.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.