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La cour de justice européenne estime que l’énergie nucléaire peut être écologique
L’Union européenne peut continuer à considérer l’énergie nucléaire, et dans certains cas le gaz fossile, comme “écologiquement durable”. Le tribunal de la Cour de justice de l’Union européenne s’est prononcé mercredi contre une plainte de l’Autriche, qui cherchait à annuler l’inclusion de ces deux sources d’énergie dans le règlement sur la taxonomie de l’UE, qui détermine quels investissements peuvent être considérés comme verts. Ainsi, la plus haute juridiction de l’UE a jugé que la Commission européenne ne manquait pas à ses obligations en matière de lutte contre le changement climatique. Le tribunal déclare dans son arrêt que la Commission peut “considérer que la production d’énergie nucléaire est proche de zéro émission de gaz à effet de serre et qu’il n’existe actuellement pas d’autres solutions de remplacement bas carbone réalisables sur le plan technologique et économique en quantité suffisante”. La tribunal a ajouté qu’elle “avalise l’approche selon laquelle les activités économiques liées au gaz fossile peuvent, à certaines conditions, contribuer substantiellement à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à celui -ci”. L’affaire a été introduite par le gouvernement autrichien en 2022, qui arguait que l’inclusion du nucléaire et du gaz fossile était contraire au droit communautaire et que la Commission n’avait pas réalisé d’évaluation impact ou de consultation publique et avait contourné les processus législatifs normaux. Leonore Gewessler, qui était alors ministre autrichienne du Climat et de l’Energie et qui dirige aujourd’hui le parti d’opposition des Verts, a intenté une action en justice après la publication de la liste des investissements verts, il y a près de trois ans. “Ce à quoi je m’oppose de toutes mes forces, c’est à la tentative d’écologisation de l’énergie nucléaire et du gaz par la voie détournée d’un acte délégué supplémentaire”, déclarait Leonore Gewessler à l’époque. “Je pense que c’est irresponsable et déraisonnable. De notre point de vue, ce n’est pas non plus légal.” Le gouvernement luxembourgeois a également exprimé son soutien à cette affaire. La décision pourrait mettre fin à l’impasse dans laquelle se trouve les financement des réacteurs nucléaires conventionnels par l’UE et constitue une aubaine pour la France, qui a redoublé d’efforts pour débloquer de tels investissements. Elle intervient également juste après que l’Allemagne a signé la semaine dernière un accord avec la France pour développer une politique cohérente acceptant l’inclusion du nucléaire dans un mix énergétique décarboné. Cette décision a donné lieu à des spéculations selon lesquelles le gouvernement allemand, qui a fermé ses propres réacteurs à la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011, pourrait cesser de bloquer les efforts visant à orienter les fonds de l’UE vers cette technologie. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Alexandre Léchenet.
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Energie et climat : les 33 personnalités qui comptent
Ils sont élus, hauts fonctionnaires, grands patrons ou activistes du climat : tous contribuent au débat sur la transition vers la neutralité carbone, qu’ils cherchent pour certains à l’accélérer, pour d’autres à la ralentir. Alors que la France s’est engagée dans une transition énergétique, POLITICO liste ceux qui l’accompagnent, la dessinent, l’infléchissent. Avec une prime, cette année, à ceux qui incarnent une forme de stabilité… dans la tempête. 1. PATRICK POUYANNÉ PDG DE TOTALENERGIES Tant qu’il y aura des automobilistes et des voitures, il faudra les faire rouler. Et tant que la majeure partie de l’énergie consommée viendra du gaz ou du pétrole, il faudra forer. Alors autant que ça soit TotalEnergies qui s’en occupe, répète Patrick Pouyanné à chacune de ses (rares) prises de parole, dans la presse économique ou face à des youtubeurs. Réputé brut de décoffrage, l’homme s’est engagé personnellement dans de nombreux projets, dont la relance de celui, pour le moins décrié, au Mozambique (des massacres de civils ont été perpétrés autour du site en 2021, par des soldats prétendant œuvrer à sa protection). Mais quand les critiques sont trop fortes, il rappelle que TotalEnergies maintient ses investissements dans les énergies renouvelables, alors que ses concurrents Shell et BP réduisent la voilure. Quand il ne parle pas des énergies fossiles, ses prises de parole cash ont leur petit succès. En décembre, il ravissait ainsi son auditoire au colloque de l’Union française de l’électricité en tirant à boulets rouges sur la politique commerciale d’EDF. Plus récemment, il plaidait devant le Sénat pour que les grandes entreprises remboursent les aides versées par l’Etat durant le Covid, lorsqu’elles sont “revenues à bonne fortune”. “C’est frustrant de ne pas être reconnu dans son pays”, regrettait il y a quelques jours Patrick Pouyanné, non sans tacler la complexité de construire des infrastructures en France. 2. TERESA RIBERA VICE-PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION EUROPÉENNE POUR UNE TRANSITION PROPRE, JUSTE ET COMPÉTITIVE Contre vents et marées : négociatrice hors pair reconnue pour son expertise sur les politiques climatiques, la première vice-présidente de la Commission européenne s’est imposée cette année comme la première défenseuse des acquis environnementaux de l’UE. Une tâche ardue dans un contexte particulièrement défavorable à l’ambition climatique, qui plus est au sein d’un exécutif européen dont elle est la principale figure socialiste. L’Espagnole ne le cache pas : le retour de bâton contre les objectifs du Pacte vert européen adopté lors de la dernière mandature l’inquiète, mais elle s’efforce de limiter la casse. Le maintien d’une partie des réglementations européennes en matière de finance verte est ainsi une petite victoire pour la commissaire espagnole, qui a pris la parole publiquement par la suite pour appeler, à mots couverts, les conservateurs européens à modérer leur offensive antiécologie. La numéro deux de la Commission, qui a piloté la fermeture des centrales atomiques espagnoles lorsqu’elle était ministre de la Transition écologique, forme un duo détonnant avec le très nucléophile commissaire français Stéphane Séjourné, qui rejoue les profondes divisions idéologiques entre les Vingt-Sept sur l’énergie nucléaire. 3. AGNÈS PANNIER-RUNACHER MINISTRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE, DE LA BIODIVERSITÉ, DE LA FORÊT, DE LA MER ET DE LA PÊCHE Voilà déjà plus de sept années consécutives qu’Agnès Pannier-Runacher est au gouvernement. Son parcours à l’Industrie, à la Transition énergétique puis à la Transition écologique, depuis septembre, lui confère un rôle à part pour les industriels de l’énergie. Mais aussi pour les activistes et les ONG, qui louent sa stabilité et son engagement. Certes, au mois de décembre, son portefeuille a dégringolé dans le rang protocolaire et dans celui des priorités du gouvernement. Si bien qu’elle se retrouve un peu seule pour incarner trois très, très gros chantiers : l’adaptation au changement climatique, la décarbonation des usages — notamment les transports et le logement qui patinent —, et le suivi de la diplomatie climatique. Mais n’allez pas lui dire que l’instabilité politique en France a amoindri son rôle. Elle listerait toutes ses homologues européennes (principalement des femmes) pour montrer qu’elle comptera parmi les vétérans de la COP30 à Belém à l’automne, un rendez-vous crucial pour le climat au moment où les Etats-Unis se désengagent de la lutte. Enfin, si elle est toujours ministre… 4. STÉPHANE SÉJOURNÉ VICE-PRÉSIDENT DE LA COMMISSION EUROPÉENNE À LA PROSPÉRITÉ ET À LA STRATÉGIE INDUSTRIELLE Il a beau avoir quitté Paris pour Bruxelles, Stéphane Séjourné n’oublie pas d’où il vient. Fidèle d’Emmanuel Macron, l’ancien ministre des Affaires étrangères a fait de la défense du nucléaire l’un de ses chevaux de bataille — il nous en a fait part il y a quelques semaines — au sein de la Commission européenne, où il officie comme vice-président chargé de la Stratégie industrielle. S’il est parvenu à imprimer sa marque sur certaines avancées doctrinales dans le Pacte pour une industrie propre et a œuvré pour accélérer le développement de miniréacteurs nucléaires, le chantier du financement des gros réacteurs (et de l’atome en général) avec des fonds européens demeure ouvert. Reste donc à transformer l’essai — sans (trop) braquer ses collègues à qui le nucléaire donne de l’urticaire. 5. CATHERINE MACGREGOR DIRECTRICE GÉNÉRALE D’ENGIE A l’heure où la programmation énergétique était criblée de flèches dans le dos, Catherine MacGregor a été l’une des rares dirigeantes du secteur de l’énergie à prendre la plume pour défendre les renouvelables et ce texte “indispensable”, assumant une position de leader de la filière. “Accélérer la transition énergétique [est inscrit] dans notre raison d’être”, plaidait-elle encore il y a quelques jours au Sénat. La patronne d’Engie — 100 000 salariés, dont la moitié en France — voit loin, et s’engage pour la décarbonation. “Aujourd’hui, nous ne produisons que de l’électricité”, déclarait au début de l’année celle qui est à la tête d’une entreprise qui doit bel et bien une bonne partie de son chiffre d’affaires au gaz. Une trentaine d’ONG demandent d’ailleurs un changement de direction, trouvant que le fossile réduit trop lentement dans le mix d’Engie. Elle devrait néanmoins gagner quelques années au soleil dès jeudi, avec le renouvellement de son mandat lors de l’assemblée générale de l’énergéticien. Rare femme à la tête d’une entreprise du CAC 40, elle en fait une marque de fabrique. “Une source de fierté et d’attractivité”, insistait-elle devant des journalistes l’an passé. 6. URSULA VON DER LEYEN PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION EUROPÉENNE On ne devient pas la femme la plus puissante du monde sans une bonne dose de pragmatisme. Après avoir été le visage du virage vert de l’Union européenne lors de son premier mandat, Ursula von der Leyen a dû s’adapter. Pour s’assurer un deuxième quinquennat à la tête de l’exécutif européen, la présidente de la Commission s’est prêtée à un périlleux exercice d’équilibriste : montrer patte blanche aux conservateurs tout en donnant quelques gages aux Verts. Résultat : pour apaiser les industriels, la conservatrice allemande s’attelle désormais à défaire une partie des règles environnementales qu’elle a contribué à mettre en place, et mis sur pied un second volet du Pacte vert plutôt carotte que bâton. 7. DANIEL KŘETÍNSKÝ PDG D’EPH L’ONG environnementale Re-Set compare sa stratégie à celle d’une hyène. Car c’est en investissant dans une filière apparemment en fin de vie, le charbon, que Daniel Křetínský a fait fortune, bâtissant l’un des plus gros conglomérats fossiles en Europe, le groupe EPH. Ce Tchèque francophile a racheté des centrales à charbon et des actifs gaziers à bas prix en misant sur une fermeture la plus tardive possible, voire sur un dédommagement sur fonds publics. D’où la circonspection lorsqu’il a acquis deux centrales à charbon en France. A Gardanne, convertie à la biomasse, sa filiale GazelEnergie vient de toper avec l’Etat pour relancer la production, moyennant un contrat critiqué pour son coût pour les finances publiques — 800 millions d’euros — et pour la forêt. Et c’est sans subvention qu’il a promis de transformer Saint-Avold pour qu’elle puisse fonctionner au gaz, après un blocage juridique levé par le Parlement il y a quelques jours. Charge à Daniel Křetínský de remplir sa part du contrat. L’homme étend en tout cas son influence en France, puisque sa filiale médiatique ouvre en juin T18, une des deux nouvelles chaînes arrivant sur la TNT, s’ajoutant aux magazines et sites qu’il détient. 8. MARC FERRACCI MINISTRE DE L’INDUSTRIE ET DE L’ENERGIE Intime d’Emmanuel Macron, il fait partie du premier cercle des fidèles du chef de l’Etat lorsque celui-ci entame son ascension vers l’Elysée. Il a pourtant fallu attendre que le président de la République se retrouve acculé après sa dissolution ratée pour qu’il entre au gouvernement. A la tête d’un double portefeuille depuis l’arrivée de François Bayrou à Matignon, il se bat pour l’Industrie aussi bien en France qu’à Bruxelles. Sur le fond, l’économiste n’a pas flanché au moment de se frotter à l’énergie et ses sujets éminemment techniques, en conservant toutefois une approche très industrielle. Il a aussi profité du sursis accordé au gouvernement par la validation du budget pour sortir une feuille de route sur le déploiement de l’hydrogène attendue depuis des mois par la filière. Soumis à une pression incessante de la droite et des menaces de censure du Rassemblement national qui a fait de l’énergie son nouveau cheval de bataille, Ferracci est parfois chahuté par les parlementaires lors des questions au gouvernement. Il s’emploie à rappeler que la dépendance de la France aux énergies fossiles lui coûte cher, et s’échine à répéter la ligne de l’exécutif basée sur la complémentarité entre énergies renouvelables et nucléaire. Un périlleux exercice de recherche permanente du juste milieu, à l’image d’un gouvernement fragile, à la merci du moindre embrasement parlementaire. 9. JOËL BARRE DÉLÉGUÉ INTERMINISTÉRIEL AU NOUVEAU NUCLÉAIRE Chargé de superviser la construction des six nouveaux réacteurs nucléaires promis par Emmanuel Macron, le chef de chantier de l’Etat a récemment repris les choses en main. Après l’éviction du PDG d’EDF Luc Rémont fin mars, ses services assureront désormais un “suivi renforcé” de la relance du nucléaire, avec des rendez-vous réguliers avec les équipes de l’énergéticien et son nouveau patron Bernard Fontana, s’il est confirmé la semaine prochaine. La mission de cet ingénieur de l’armement expérimenté n’a pas changé : éviter les écueils de Flamanville pour mener à bon port (et dans les temps) les chantiers de l’atome. Mais il doit composer avec un calendrier de plus en plus tendu, alors qu’EDF tarde à finaliser les plans de ses réacteurs, et que le gouvernement doit en parallèle obtenir l’aval de la Commission européenne pour leur schéma de financement. 10. BERNARD FONTANA DG DE FRAMATOME C’est à un capitaine d’industrie chevronné qu’a fait appel l’Elysée pour prendre la tête d’EDF. Bernard Fontana a du pain sur la planche : il devra s’imposer en interne, accélérer la cadence de la relance de l’atome, trouver une porte de sortie aux négociations difficiles entre l’énergéticien et les industriels gourmands en électricité, maintenir la production du parc nucléaire tout en développant les renouvelables. Le tout en continuant de redresser les finances de l’entreprise. La feuille de route de l’Etat est claire, et il est prévenu : s’en écarter a valu sa place à Luc Rémont, évincé fin mars. L’actuel directeur général de Framatome a pour lui sa connaissance des instances dirigeantes de l’énergéticien — il siège au comité exécutif depuis un an —, et son bilan positif à la tête du chaudronnier nucléaire, qui a connu un redressement spectaculaire sous son égide. Avant toute chose, il lui faudra convaincre les parlementaires, le 30 avril, de valider sa nomination. Ce qui, par les temps qui courent, n’a rien d’une promenade de santé. 11. CHRISTINE LAVARDE SÉNATRICE LR DES HAUTS-DE-SEINE La ligne d’arrivée du marathon budgétaire a été repoussée cette année : pas un problème pour la sportive et productive sénatrice, rapporteure des crédits “écologie”, connue pour sa capacité de travail. Celle qui n’hésite pas à rembarrer les ministres lorsqu’ils s’arrangent avec les chiffres a bataillé pour limiter la casse pour le Fonds vert — qui finance les projets écolos des collectivités locales —, et remplumer le Fonds Barnier — qui aide à la prévention des catastrophes naturelles. Avant le retour de la loi de finances, où il sera de nouveau difficile de concilier orthodoxie budgétaire et investissement environnemental, Christine Lavarde mène une commission d’enquête sur les agences de l’Etat. Après avoir poussé, avec d’autres, des cris d’orfraie contre l’Ademe et les agences, elle a vite changé son fusil d’épaule et pris sa défense, tout en s’interrogeant sur sa gouvernance. Il faut dire qu’elle la connaît bien : son père en fut le président par intérim. Elle tente aussi de faire vivre à l’Assemblée son texte sur l’indemnisation des catastrophes naturelles, adopté à l’unanimité au Sénat. 12. DANIEL GREMILLET SÉNATEUR LR DES VOSGES Discret mais actif dans le domaine de l’énergie, Daniel Gremillet est à l’origine d’une proposition de loi qui fait de plus en plus parler d’elle. Alors que plusieurs parlementaires ont tenté de pousser des lois de programmation énergétique, c’est la sienne, adoptée au Sénat en octobre, qui pourrait prospérer. Fortement teintée de nucléaire, elle pourrait calmer les ardeurs de la droite et de l’extrême droite à l’Assemblée, qui s’effraient d’une programmation énergétique faisant la part belle aux renouvelables. Cet agriculteur de 71 ans, élu à la FNSEA depuis trente ans, a été rapporteur de plusieurs textes sur l’énergie. Vice-président de la commission des Affaires économiques, il devrait, dans les prochains mois, participer à une mission sénatoriale sur l’avenir des barrages hydroélectriques, thème qu’il connaît bien pour avoir déposé en 2021 une proposition de loi sur ce sujet. 13. MARIE-NOËLLE BATTISTEL DÉPUTÉ PS DE L’ISÈRE Dans quelques jours, la députée socialiste remettra, avec Philippe Bolo (MoDem), un rapport très attendu sur les barrages hydroélectriques et leur avenir. L’idée est de trouver une parade pour éviter l’ouverture à la concurrence souhaitée par la Commission européenne. Un sujet qu’elle maîtrise depuis longtemps : elle a écrit en 2013 un autre rapport sur le sujet, trois ans après son arrivée à l’Assemblée, en remplacement de Didier Migaud. Marie-Noëlle Battistel a été sensibilisée au sujet en tant que maire de La Salle-en-Beaumont (Isère), commune du massif des Ecrins, alors que quelques grands groupes étrangers s’intéressaient au barrage du Sautet, exploité par EDF. Elle s’est depuis spécialisée sur les sujets énergétiques, dont elle est la principale voix au sein du groupe socialiste. 14. THOMAS VEYRENC DIRECTEUR GÉNÉRAL ÉCONOMIE, STRATÉGIE ET FINANCES DE RTE Il est la caution technique d’un des rares acteurs à avoir une vue d’ensemble sur le système électrique. Après avoir chapeauté les scénarios énergétiques 2050 du gestionnaire de réseau RTE — qui font depuis office de référence ultime pour tout acteur sérieux du monde de l’énergie —, il a remis le couvert lors de la publication de la stratégie décennale de développement du réseau. Des chiffres désormais agités par les détracteurs des renouvelables pour justifier leur opposition à la programmation énergétique. Mais les 100 milliards annoncés doivent avant tout permettre de préparer des réseaux centenaires à vivre cent années de plus, dans des conditions climatiques plus compliquées. Autant dire que le document est stratégique. Modéré et pédagogue, Thomas Veyrenc cherche souvent à élever le débat par petites touches, dans de rares prises de position publiques, pour échapper à l’opposition entre nucléaire et renouvelables. 15. JEAN-MARC JANCOVICI INGÉNIEUR ET PRÉSIDENT DU SHIFT PROJECT Influenceur énergie le plus suivi de France, l’ingénieur continue de carburer au rythme effréné d’un long post par jour (minimum) sur Facebook et LinkedIn, où il compte plus d’un million de suiveurs — et tant pis si sa posture sceptique vis-à-vis des renouvelables en agace certains. L’année 2024 fut pour lui celle de l’internationalisation. Après s’être imposé comme une référence pour les ministères parisiens à la recherche d’éclairages techniques, son Shift project s’est lancé à la conquête de Bruxelles en septembre. A l’automne, la bande dessinée qui l’a fait connaître auprès du grand public, Le monde sans fin (Dargaud), a été traduite en anglais et publiée aux Etats-Unis ainsi qu’au Royaume-Uni. Ce qui lui a valu une critique laudatrice dans le Guardian saluant sa “déconstruction révélatrice [de] l’économie des fossiles”. 16. VALÉRIE LÉTARD MINISTRE DU LOGEMENT Après la chute du gouvernement Barnier, les lobbies du bâtiment et de l’immobilier ont plaidé pour le maintien de Valérie Létard au ministère du Logement. Cette spécialiste du sujet, proche de Jean-Louis Borloo et réputée pugnace, a hérité d’un secteur en crise et est à l’écoute. Mais le projet de loi attendu par les différents acteurs peine à voir le jour… L’ancienne parlementaire centriste doit aussi gérer un défi dans le défi : la rénovation énergétique. Car 2025 sera une année crash-test, avec l’interdiction de mise en location des pires passoires thermiques — elle doit faire aboutir une proposition de loi dans une Assemblée très polarisée sur le sujet. La ministre a aussi lancé des chantiers contre le grand bazar fraudogène du diagnostic de performance énergétique. Autres dossiers, non des moindres : l’avenir de MaPrimeRénov et des certificats d’économies d’énergie. Des discussions dans lesquelles le ministère du Logement veut peser, selon plusieurs acteurs. 17. ARNAUD ROUSSEAU AGRICULTEUR ET PRÉSIDENT DE LA FNSEA Il suffisait de se promener dans les travées du Salon de l’agriculture cette année, qui a vu fleurir les stands des énergéticiens, pour comprendre l’imbrication entre ces deux mondes. Le groupe Avril, dont Arnaud Rousseau est président du conseil d’administration, en est un bon exemple : l’entreprise d’agroalimentaire et aussi une spécialiste des biocarburants. A la tête du syndicat agricole FNSEA, ce chef d’une grande exploitation céréalière est forcément un homme incontournable quand il s’agit de parler agrivoltaïsme, de méthanisation ou de panneaux photovoltaïques sur les hangars. Ces dernières semaines, la FNSEA s’est d’ailleurs mobilisée sur deux sujets emblématiques : contre la réduction des aides au photovoltaïque en toiture et contre la PPL Lecamp qui aurait drastiquement limité la taille des projets agrivoltaïques. A chaque fois, associé avec des lobbies des renouvelables. Sur tous ces sujets, Arnaud Rousseau peut s’appuyer sur l’homme aux multiples casquettes Olivier Dauger, administrateur de la FNSEA, coprésident de France gaz renouvelables et vice-président de France agrivoltaïsme. 18. SOPHIE MOURLON DIRECTRICE GÉNÉRALE DE L’ÉNERGIE ET DU CLIMAT Dans une période d’instabilité politique et même à fort risque de vacance gouvernementale, la puissante direction de l’énergie et du climat (DGEC) est plus que jamais perçue comme le garant d’une forme de continuité dans l’action publique. Agente publique depuis toujours, Sophie Mourlon est à sa tête depuis juillet 2023, après avoir notamment été directrice générale adjointe de l’Autorité de sûreté nucléaire entre 2011 et 2014. Cette ingénieure générale des mines, diplômée de l’Ecole polytechnique, a la réputation d’être une énorme bosseuse. Cela tombe bien, l’année a été riche, entre la préparation de la programmation pluriannuelle de l’énergie ou celle du plan national d’adaptation au changement climatique, et de nombreux sujets annexes, comme le soutien au photovoltaïque ou les certificats d’économies d’énergie… 19. EMMANUELLE WARGON PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION DE RÉGULATION DE L’ÉNERGIE C’est l’un des rares pôles de stabilité du secteur : depuis sa nomination à la tête du gendarme de l’énergie, il y a près de trois ans, l’ex-ministre du Logement a vu défiler quatre ministres de l’Energie. Elle est désormais bien installée dans son rôle de caution technique du système énergétique, au-dessus de la mêlée. Si le devoir de réserve que lui impose sa fonction l’empêche de prendre pleinement part aux débats politiques sur l’énergie, elle se retrouve du même coup préservée de la fièvre qui s’empare régulièrement des décideurs sur ces sujets inflammables. Mais elle ne manque pas de prendre la parole régulièrement. De quoi se tailler discrètement une place dans le paysage énergétique français. 20. LAURENCE TUBIANA DIRECTRICE DE LA FONDATION EUROPÉENNE POUR LE CLIMAT Plus discrète ces dernières années, l’architecte de l’Accord de Paris s’est retrouvée sous le feu de projecteurs médiatico-politiques — et au tout premier rang — l’été dernier. Propulsée “première ministrable” après l’arrivée en tête de la gauche aux législatives anticipées, elle finira par renoncer au bout de quelques jours, au vu des divisions suscitées par sa candidature. Ce retour tonitruant a permis à cette diplomate aguerrie de se tailler une place dans le débat public. Elle multiplie notamment les apparitions publiques (ici, là ou encore ici) en défense des négociations climatiques internationales. Alors que le dixième anniversaire de l’Accord de Paris sera célébré lors du prochain grand raout des discussions sur le climat à Belém, nul doute qu’elle ne compte pas en rester là. 21. SYLVAIN WASERMAN PRÉSIDENT DE L’ADEME Après sa défaite en 2022 face à un député LFI, Sylvain Waserman avait rejoint l’Ademe en 2023 et mis sa “tranquille autorité alsacienne” à son service. Un profil politique, qui s’avère efficace face aux attaques. Ainsi a-t-il choisi de répondre “pied à pied” aux menaces de dissolution de l’agence proférées par la droite et l’extrême droite. Il défend une écologie qui protège, “positive”, et partage des petits gestes qui sauvent la planète sur LinkedIn, qu’il a largement investi depuis son arrivée à la tête de l’Ademe. Il construit également un réseau d’élus et hésite de moins en moins à rappeler à chaque représentant ce que l’agence fait pour eux localement… Sylvain Waserman met ces jours-ci les dernières touches à un livre sur “l’espérance climatique”, imaginant un monde où l’on a basculé du bon côté de la transition. 22. PASCAL CANFIN DÉPUTÉ EUROPÉEN RENEW Il fut un acteur central de la mise en place du Pacte vert européen, jouant un rôle clé dans le passage de plusieurs textes importants. Pascal Canfin a depuis pâti du revers cuisant subi par le camp macroniste aux européennes et, à titre personnel, du retour de flamme à l’encontre du texte, qui avait bien failli le faire dégringoler des listes du parti présidentiel. Résultat : son influence dans les arcanes bruxellois s’est érodée, et celui qui présidait la commission Environnement de l’hémicycle européen n’est plus que coordinateur du groupe Renew au sein du même organe. L’ancien écolo continue de peser par d’autres biais, défendant quand il le peut les acquis environnementaux européens auxquels il a contribué, et montant régulièrement au front pour encourager le passage à la voiture électrique. Surtout, celui qui parle régulièrement à Emmanuel Macron continue de tisser sa toile dans les coulisses du pouvoir, reste impliqué dans certaines nominations stratégiques, et ne rechigne jamais à donner un petit coup de pouce à ses protégés. 23. VALÉRIE MASSON-DELMOTTE PALÉOCLIMATOLOGUE L’écologie a plus de mal à percer le mur du son médiatique, alors la voix de Valérie Masson-Delmotte aussi. La paléoclimatologue n’en reste pas moins une scientifique respectée et écoutée. Depuis qu’elle a laissé sa place de coprésidente du Giec, elle continue de décrire sans relâche, dans les médias, dans les amphis ou devant des professionnels, l’alarmante mécanique du réchauffement en cours. Avec une parole plus libre, mais toujours son timbre posé. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, c’est contre les attaques dont sont victimes les scientifiques et contre la désinformation climatique que Valérie Masson-Delmotte a concentré ses efforts à travers le mouvement Stand Up for Science. 24. JEAN-PHILIPPE TANGUY DÉPUTÉ RASSEMBLEMENT NATIONAL DE LA SOMME L’homme-orchestre du RN n’hésite jamais à sortir la grosse caisse. Y compris sur des sujets comme l’énergie, qu’il empoigne avec plaisir. Proche de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy, doté d’un sens inné de la provocation, a gardé de son passage en tant que stagiaire chez Alstom un goût prononcé pour les questions industrielles et énergétiques. Elu dans la Somme, dans une circonscription où les éoliennes saturent la vue, celui qui est membre de la commission des Finances n’a aucun mal à conspuer, comme tous ses collègues RN, les énergies renouvelables et à se faire l’apôtre du nucléaire. Quitte à essayer de faire tomber le gouvernement s’il considère qu’il n’accorde pas une place assez importante à l’atome. 25. RAPHAËL SCHELLENBERGER DÉPUTÉ DIVERS DROITE DU HAUT-RHIN Longtemps, Raphaël Schellenberger a été le spécialiste des questions énergétiques pour le groupe LR à l’Assemblée. Mais celui qui a présidé la très médiatique commission d’enquête sur la souveraineté énergétique a rompu avec ses anciens collègues. Cela ne l’empêche d’être à l’initiative : la semaine dernière, il proposait à François Bayrou un “chemin de crête” pour publier sans trop de contestations la programmation énergétique. En matière d’énergie, ce député trouve que les textes législatifs sont trop bavards, imaginant une programmation qui se contente de définir les grandes stratégies : décarboner, quel que soit le moyen de production, et préparer la montée en cadence de l’électrification. Localement, le député de droite ne s’en cache pas : il veut faire revenir l’atome dans sa circonscription, où se trouve la centrale nucléaire de Fessenheim, en cours de démantèlement. 26. LAURENCE POIRIER-DIETZ DIRECTRICE GÉNÉRALE DE GRDF Reconduite en mars à la tête de GRDF pour quatre ans, celle qui a fait ses classes dans d’autres filiales de la maison-mère Engie a également pris la présidence, en octobre, de l’association européenne de distributeurs gaziers. Il faut dire que GRDF et sa patronne s’imposent de plus en plus comme de zélés VRP du biogaz, n’hésitant pas à faire sauter dans le vide l’humoriste Jamel Debbouze pour son premier spot télé depuis sept ans. Le gestionnaire travaille aussi ses liens avec les artisans, les agriculteurs et les collectivités dans un argumentaire qui fait souvent mouche auprès des parlementaires. Son lobbying a échoué à exempter certaines chaudières d’une hausse de TVA, mais a réussi à éviter une augmentation de la fiscalité sur le gaz. 27. MAXIME LAISNEY DÉPUTÉ LFI DE SEINE-ET-MARNE Le député Insoumis a pris en main les questions énergétiques dans son groupe. Bûcheur, il ne rechigne à s’attaquer à aucun sujet, même les plus compliqués. Il va mener une mission sur le prix de l’énergie après avoir dit tout le mal qu’il pensait de l’accord entre l’Etat et EDF à l’occasion du débat budgétaire. Il est progressivement devenu antinucléaire : “Plus je travaille sur ces questions, plus je me dis qu’il ne faut pas s’entêter dans la relance de cette énergie.” 28. CAMILLE ETIENNE AUTRICE ET ACTIVISTE ÉCOLOGISTE En septembre, Camille Etienne s’est exilée à Oxford pour reprendre ses études de science politique. Mais la diète médiatique de la militante est toute relative : elle continue de monter au front régulièrement, dans les médias ou auprès de ses 500 000 abonnés sur Instagram. Sa force de frappe a aidé le milieu écolo à engranger deux victoires récentes : contre les polluants éternels à l’Assemblée, et contre l’exploitation des fonds marins. Camille Etienne n’oublie pas non plus sa cible favorite : l’industrie pétrogazière, et surtout TotalEnergies, dont elle fustige en particulier les activités au Yémen et le projet d’oléoduc en Ouganda. 29. OLGA GIVERNET DÉPUTÉE EPR DE L’AIN Sa nomination au poste de ministre chargée de l’Energie sous la tutelle d’Agnès Pannier-Runacher a surpris la petite bulle qui ausculte ce portefeuille de près. Ce serait sans doute mensonger de dire qu’en trois mois, Olga Givernet a pu laisser une empreinte (elle n’a pas été reconduite après la censure du gouvernement Barnier), même si cette ingénieure de formation a fait parler d’elle en épinglant quelques acteurs des certificats d’économies d’énergie, ou en parvenant à conclure un accord coûteux pour l’avenir de la centrale à biomasse de Gardanne. Redevenue députée, dans une circonscription proche de la centrale nucléaire du Bugey, Olga Givernet se mobilise encore sur les sujets énergétiques et dit avoir régulièrement des nouvelles de ceux qui l’ont côtoyée pendant ses trois mois à Roquelaure. 30. JULIE LAERNOES DÉPUTÉE ECOLOGISTE DE LOIRE-ATLANTIQUE Julie Laernoes doit parfois se sentir un peu seule. Dans un moment où la gauche a délaissé la bataille de l’énergie, la députée écolo née à Delft (Pays-Bas) tente de relever le drapeau. Si son groupe peine à inscrire des textes sur l’énergie à l’agenda, préférant “tenter d’avoir des victoires” sur des sujets plus consensuels, elle continue de déposer des propositions de loi. L’année dernière, c’était sa version d’une PPL de programmation énergétique, qu’elle n’a pas votée après son passage en commission. Plus récemment, ce fut une proposition de résolution s’attaquant aux importations de gaz naturel et uranium russes. Elue de Loire-Atlantique, Julie Laernoes s’est aussi forcément intéressée au sort de la centrale à charbon de Cordemais ou au ralentissement de l’éolien offshore qui menace 300 postes chez General Electric. 31. EVA MOREL SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ET FONDATRICE DE QUOTACLIMAT Lancé en 2022 à l’occasion de la campagne électorale pour l’élection présidentielle, QuotaClimat entend donner plus de place à la crise climatique dans les médias. Une activité militante qui se décline entre veille et analyse de la propagation du climatoscepticisme, plaidoyer en faveur de davantage de régulation, mais aussi en attribuant des bons et surtout de mauvais points aux médias qui ne font pas assez ou pas comme il faut. Collaboratrice parlementaire pendant quatre ans, Eva Morel s’est engagée à 100% dans l’association en tant que secrétaire générale l’été dernier. Parmi leurs victoires, le dépôt en mai d’une proposition de loi (victime de la dissolution) pour renforcer les pouvoirs du régulateur des médias en matière de traitement des sujets environnementaux et climatiques. 32. ALEXANDRE LOUBET DÉPUTÉ RN DE MOSELLE Le directeur de campagne de Jordan Bardella pendant les élections européennes — puis les législatives qui ont suivi — a invité son chef à un barbecue devant la centrale à charbon de Saint-Avold en pleine campagne, permettant de médiatiser et politiser la reconversion du site. Depuis, il s’attribue largement le déblocage de la situation, même si c’est une proposition de loi à laquelle il n’a pas été associé qui a permis de le faire. Bien plus libéral que Jean-Philippe Tanguy, le député a lancé une commission d’enquête sur la réindustrialisation qui doit lui permettre de rencontrer de nombreux patrons et de se crédibiliser. Il voit grand pour celle-ci et aimerait auditionner Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, ou celui d’EDF. 33. MATHILDE CAILLARD ACTIVISTE POUR LA JUSTICE SOCIALE ET CLIMATIQUE La militante est davantage connue sous son pseudo : “mcdansepourleclimat”. Avec son collectif Planète boum boum, elle se mobilise en musique et dans la bonne humeur pour des causes, notamment à l’occasion des manifestations contre la réforme des retraites (“Retraites, climat : même combat ! Pas de retraité·es sur une planète brûlée”), ou en faveur du fret ferroviaire, dans un hommage au slogan des Tuche. Mathilde Caillard entend “lutter dans la joie, par la danse, par le chant [pour] sortir de l’apathie”, ainsi qu’elle l’écrit dans Vert, après avoir été harcelée et critiquée en ligne pour une vidéo de danse en manifestation.
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Programmation énergétique : François Bayrou espère s’en sortir sans vote
PARIS — Depuis plusieurs années, de nombreux parlementaires s’offusquent de l’absence de loi ambitieuse sur l’énergie. Il aura fallu un équilibre gouvernemental fragile, et une menace de censure du RN pour que l’hypothèse revienne sérieusement sur la table. “Il est normal que le Parlement s’exprime sur un sujet aussi important”, a tranché François Bayrou, annonçant ce mercredi au Figaro la tenue prochaine d’un débat sans vote sur la programmation énergétique, mais aussi l’examen d’une proposition de loi déjà adoptée au Sénat, déposée par Daniel Gremillet (LR). Le matin même, Marine Le Pen avait réitéré dans Le Parisien sa menace de censure, si la programmation énergétique passait par décret, considérant que “ça doit passer par la loi”. Le projet de programmation proposé par le gouvernement “enferme la France dans des politiques toxiques, mortifères et ruineuses pour les dix prochaines années”, déplorait-elle. Depuis 2022, nombre de parlementaires sur tous les bancs réclament une loi dédiée. Mais dans la dernière ligne droite, ce sont Les Républicains et le Rassemblement national qui sont les plus bruyants. Entre un Parlement qui n’arrivera pas à un consensus sur le sujet et des filières industrielles pressantes, l’exécutif est décrit comme fébrile par de nombreux acteurs et peinait à trouver une porte de sortie. La programmation est en discussion depuis plusieurs mois, le secteur et beaucoup d’élus ont pris part aux échanges. Début novembre, le gouvernement a présenté un texte sans guère de surprises. Une dernière consultation se tient jusqu’au 5 avril et laisse la voie libre à une publication du décret. Ce décret de programmation énergétique (PPE) trace les grandes lignes de la production d’énergie en France, et permet de déclencher des appels d’offres et des soutiens publics à différentes filières. Depuis la loi climat de 2019, la PPE doit s’adosser à une loi de programmation, mais, depuis un an, les gouvernements successifs ont décidé de faire fi de cette obligation. LA DROITE ET LE RN À L’ASSAUT Des inquiétudes récentes sur les conséquences des énergies renouvelables sur le système électrique, notamment le photovoltaïque, se sont ajoutées à une défiance bien installée. Les antirenouvelables ont surfé dessus. Début décembre, plusieurs anciens dirigeants d’énergéticiens — entre autres —, dont l’ex-patron d’EDF Henri Proglio, ont publié une tribune dénonçant leur “développement à marche forcée”. Ils réclament la suspension du décret, qui prévoit pourtant une relance du nucléaire qu’ils plébiscitent, mais encourage dans le même temps le déploiement des énergies renouvelables. Mi-mars, deux sénateurs ont rassemblé 159 de leurs collègues de droite et centristes pour demander également dans une lettre ouverte au Premier ministre la suspension immédiate du décret et la tenue d’un débat parlementaire. Mardi, ils ont organisé une conférence de presse pour enfoncer le clou. Les énergies renouvelables sont une “usine à fabriquer de la subvention à la charge du contribuable”, a regretté Henri Proglio, présent à la conférence de presse. Il estime que “tout est fait pour organiser la catastrophe à laquelle nous assistons aujourd’hui”. Des idées reprises également par le Rassemblement national. Dans une tribune publiée le 23 mars, Jean-Philippe Tanguy et Maxime Amblard — ancien de Framatome élu député en juillet dernier — ont dénoncé “le mirage, mais surtout le danger de l’idée d’une complémentarité entre le nucléaire et les énergies intermittentes”, prétendant que seul leur parti se prononce à ce sujet. A gauche, les voix sont moins fortes ces derniers temps. Le sénateur PS Franck Montaugé rappelle qu’il dit “depuis près de deux ans” que passer par un décret serait un “déni de démocratie”. “Comme nous sommes à la fois ni contre le nucléaire ni contre les énergies renouvelables, nous ne pouvons pas avoir la même exposition que d’autres sur la PPE”, décrypte un collaborateur socialiste, qui concède que les parlementaires de gauche n’arrivent pas à se faire entendre face à la mobilisation des antirenouvelables. “On sait très bien qu’une loi n’ira pas dans notre sens et ne pourra pas être mieux que la PPE aujourd’hui”, glisse également un collaborateur Ecologiste, justifiant ainsi le mezzo voce de son groupe. Il regrette que le gouvernement ne se soit pas tourné vers sa gauche sur ce sujet.  De l’autre côté, les filières et entreprises sortent petit à petit du bois pour demander à ne pas perdre de temps. “Le doute s’installe”, s’inquiétait la semaine dernière un lobbyiste du monde de l’énergie. “Le risque que ce décret ne soit pas publié est non nul.” Plusieurs lobbies du secteur et des grands énergéticiens espèrent qu’il paraîtra rapidement. A l’image d’Engie, qui a organisé lundi un point presse pour rappeler que le décret est “un texte important, qui donne de la visibilité”, une “boussole” qui peut aussi “être agile et être révisée”. Et sa patronne, Catherine MacGregor, en a remis une couche dans un post sur LinkedIn. LE DÉBAT PARLEMENTAIRE IMPOSSIBLE Le gouvernement a longtemps tergiversé, et s’il décide finalement d’en passer par une loi, il ne s’est pas facilité la tâche. Alors à Bercy, Bruno Le Maire et Roland Lescure ont abandonné l’idée d’un projet de loi au début de l’année dernière. Quand Daniel Gremillet (LR) a déposé sa proposition de loi de programmation en mai dernier, il n’a pas reçu de soutien immédiat du gouvernement. Mercredi, François Bayrou a annoncé que cette PPL, adoptée en novembre au Sénat, sera reprise à l’Assemblée nationale. Elle n’a pas bénéficié de la procédure accélérée et devra donc ensuite retourner au Sénat pour une deuxième lecture. Si le gouvernement n’a pas accordé cette procédure, c’est parce que la version originale du texte “ne convenait pas”, explique Olga Givernet, députée (EPR) et ministre déléguée à l’Energie au moment de son examen. Mais elle estime que le travail au Sénat a permis de l’améliorer et d’ajouter “quelques points législatifs nécessaires” pour accompagner la PPE. Depuis plusieurs jours, plusieurs ministres se sont exprimés en faveur d’un débat, avec ou sans vote. “Personne n’a envie de discuter d’un truc qui va être une empoignade généralisée”, avertissait cependant une figure du gouvernement. François Bayrou n’a pas précisé au Figaro la date de publication du décret, qui devrait se faire avant l’examen de la PPL Gremillet, tant le calendrier parlementaire est contraint. Celle-ci devrait se faire “dès que le retour de consultation aura été réalisé”, indique-t-on dans l’entourage du Premier ministre. Reste à voir si cela apaisera les menaces de censure, ou les appels à attaquer le décret dès sa parution. Car en l’état, le Parlement ne se prononcera pas formellement sur son contenu. Ce papier a été mis à jour pour préciser le calendrier de parution du décret.
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EDF : les dessous de l’éviction de Luc Rémont
PARIS — Lui-même ne s’y attendait pas, en tout cas pas ce jour-là, selon trois sources au fait de l’affaire : reçu vendredi après-midi par Eric Lombard, ministre de l’Economie et des Finances, le PDG d’EDF, Luc Rémont, s’est vu montrer la porte. Et sans ménagement : tombé quelques heures plus tard, le communiqué de l’Elysée annonçant la nomination, à sa place, de Bernard Fontana — actuel directeur général de Framatome, l’équipementier nucléaire d’EDF — ne contenait pas un mot pour lui. Si la rupture est brutale, c’est que l’exécutif, lassé des retards accumulés sur la construction de six nouveaux réacteurs et de l’entêtement du PDG d’EDF, était pressé de reprendre la main. Luc Rémont est arrivé à la tête d’EDF à la fin de l’année 2022. Une année désastreuse pour l’énergéticien, alors que de nombreuses centrales sont à l’arrêt. De minuscules fissures ont été découvertes sur la tuyauterie permettant de refroidir le cœur des réacteurs — un phénomène inattendu appelé “corrosion sous contrainte” et nécessitant de longues réparations. Des problèmes désormais loin derrière lui : en 2024, les centrales ont retrouvé leurs couleurs, la production d’électricité de l’entreprise revenant à un excellent niveau. Signe qu’EDF va mieux, la production électrique du pays tout entier atteint un niveau jamais vu depuis 2019. Le 21 février dernier, Luc Rémont était tout sourire pour présenter les bons résultats du groupe, première année où il présentait son bilan, basé sur son projet d’entreprise. Sauf que ledit projet ne cadre pas avec celui de l’Etat. Le PDG veut accompagner des constructions de réacteurs dans toute l’Europe pour mobiliser la filière, tout en vendant son électricité atomique à un prix suffisamment élevé pour rentabiliser les investissements du groupe. L’Etat de son côté veut faire d’EDF le “bras armé” de sa stratégie énergétique et industrielle après son retour à 100% dans le giron public en 2023, et lui demande de se concentrer avant tout sur la France tout en consentant des réductions aux industriels très gourmands en électricité pour garantir leur compétitivité. “Assez vite, [les ministres] ont perdu le contrôle sur la vision que Luc Rémont a déployé pour lui-même sur EDF. Et après, c’était fini”, analysait rétrospectivement un ex-conseiller ministériel, il y a quelques jours. Mais si Luc Rémont a été remercié, c’est principalement en raison des retards pris dans la construction des six nouveaux réacteurs, promise par le président de la République il y a trois ans et dont la mise en service doit se faire à partir de 2038, ont confirmé plusieurs sources à POLITICO. “La décision est mûrie depuis plusieurs mois”, explique ainsi un conseiller à Bercy, selon lequel Luc Rémont n’arrivait pas “à incarner ni à mettre en œuvre” la relance nucléaire. “Il y a un vrai désaccord sur le pilotage industriel”, résume un deuxième conseiller. “COUP DE GRÂCE” Le sort du PDG aurait été scellé lundi, à l’occasion du conseil de politique nucléaire, selon ces mêmes sources. Régie par le secret-défense, l’instance présidée par Emmanuel Macron, prend les principales décisions sur le nucléaire civil en comité très restreint. Seul le Premier ministre, certains membres du gouvernement et quelques hauts fonctionnaires ont le droit d’y assister. Joël Barre, vigie de l’Etat sur la relance de l’atome, et le Haut-commissaire à l’énergie atomique Vincent Berger sont également présents. Rassemblée autour d’une table, la crème des décideurs de la chose atomique ont dressé un bilan contrasté de la relance du nucléaire français, en présence de Luc Rémont, selon plusieurs personnes au fait des échanges. Dans la foulée, un communiqué de l’Elysée acte à demi-mot la mise sous tutelle du chantier atomique de l’entreprise par l’Etat. Joël Barre et son équipe de la délégation interministérielle du nouveau nucléaire (Dinn) assureront un “suivi renforcé” du programme de relance, avec des rendez-vous mensuels entre EDF et la Dinn, et un rendez-vous tous les six mois avec le PDG de l’entreprise et l’Etat. La réunion “a permis de constater qu’aucun dossier n’avançait et que cette paralysie décisionnelle mettait en risque le programme”, selon le deuxième conseiller cité plus haut. Ça a été le “coup de grâce”, abonde le premier : le président de la République était “très mécontent” de la tournure du CPN et “a tranché très vite après”. Il y a quelques semaines, Joël Barre expliquait à POLITICO le retard pris dans le dossier à la fois par les “soubresauts de l’actualité politique” des derniers mois mais surtout par un “retard du côté EDF sur l’affermissement et la consolidation du devis et du calendrier”. Initialement attendu à la fin de l’année dernière, le devis définitif des six nouveaux réacteurs était désormais espéré par l’Etat pour la fin 2025, voire début 2026, détaillait-il. Ce report d’un an “a été ressenti comme absolument inadmissible, d’autant plus que c’était une surprise”, détaille encore le deuxième conseiller à Bercy. “Sur le plan industriel, deux ans ont été perdus sur la réussite concrète de l’EPR2, dont le design n’est toujours pas abouti et dont le modèle financier n’est toujours pas bouclé”, grince un bon connaisseur du dossier ayant requis l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement. “L’énergie de dingue consacrée [par Luc Rémont] à faire sa politique commerciale et à ne pas réguler n’a pas été consacrée à… en fait… gérer la boîte”. “Le Conseil de politique nucléaire a été l’occasion de montrer qu’il y avait aussi beaucoup de défis qui restaient devant nous”, admettait un conseiller ministériel lors d’un point presse organisé vendredi, invoquant la nécessité pour l’Etat de “passer dans une phase nouvelle” de la relance de l’atome, “avec un profil plus industriel”. “Il est impératif de réagir rapidement”, explique-t-on encore à Bercy. Les ambitions européennes de Luc Rémont interrogeaient également. Le patron d’EDF, déjà engagé dans des projets au Royaume-Uni et en France, voit plus grand, et prospecte aux quatre coins du continent pour vendre ses réacteurs, de la République Tchèque à la Suède en passant par l’Italie et la Pologne. Une envie d’ailleurs qui n’est pas au goût de la Cour des comptes, qui recommandait dans un récent rapport de privilégier la France. Ni à celui de Joël Barre. Au cours du même entretien avec POLITICO, si celui-ci convenait qu’il “faut être présent” à l’étranger, il enjoignait l’énergéticien à s’assurer que ses offres à l’export soient en “synergie avec le programme français” et compatibles avec ses ressources. Luc Rémont, à l’occasion de la présentation des résultats d’EDF, contestait “se disperser” mais expliquait chercher à créer “la surface suffisante” pour amener la filière nucléaire européenne “au meilleur niveau de performance”. SOUTIEN AUX INDUSTRIELS C’est une autre facette de la gestion de Luc Rémont qui occupait ces derniers jours les projecteurs politico-médiatiques : les rabais réclamés par l’Etat sur le prix de l’électricité nucléaire dédiée aux industriels très gourmands en électricité, les électrointensifs. Soumises à une forte concurrence internationale et se disant très affectées par la flambée de leurs factures énergétiques, ces entreprises issues de divers secteurs de l’industrie lourde comme l’acier ou la chimie forment la pierre angulaire du complexe industriel français. Dans l’esprit de l’exécutif, leur survie est donc primordiale pour préserver les espoirs gouvernementaux de réindustrialiser le pays, tout en le décarbonant. Mises en service entre 1979 et 1994 et quasiment toutes amorties, les centrales nucléaires existantes soutiennent ces industriels grâce à un dispositif régulé, l’Arenh, qui doit s’éteindre à la fin de l’année. En 2023, EDF, sous l’égide de Luc Rémont, et le gouvernement d’Elisabeth Borne engagent des discussions houleuses pour imaginer un nouveau dispositif, lors desquelles Luc Rémont menace plusieurs fois de démissionner. Avant de parvenir à un accord aux contours flous conclu mi-novembre 2023 et jamais rendu public, mais que POLITICO a pu consulter. Le patron d’EDF, qui a auparavant dirigé la filiale française de la banque d’investissement Merrill Lynch pendant cinq ans, entend pour le post-Arenh avoir les coudées franches et obtient du gouvernement une liberté commerciale quasi-totale. En échange, l’énergéticien s’engage à signer des contrats à long terme avec ces industriels, adossé à la production nucléaire, pour un volume total de 40 térawattheures. “L’Etat souhaitait qu’EDF ‘brade’ des offres pour garder des électrointensifs sur le territoire quand EDF cherche à gagner sa vie et à préparer ses nombreux investissements”, résumait un lobbyiste spécialisé dans la foulée de l’annonce du départ de Luc Rémont. Mais les négociations patinent. Un an et demi après la signature de l’accord, seules dix lettres d’intention ont été signées avec des industriels pour un volume total de 12,7 térawattheures, pour seulement deux contrats paraphés. EDF reconnaît avoir signé moins de contrats à long terme que prévu, mais y voit davantage l’effet de la baisse des prix sur le marché l’électricité, qui n’incite pas les industriels à signer. Depuis plusieurs mois, lors de réunions dans les ministères, Luc Rémont se refuse à baisser les prix proposés par EDF pour ses contrats de long terme. “Il prétend avoir fait tous les efforts possibles pour proposer un prix ‘compétitif’”, grince une ancienne conseillère. Au début du mois, Marc Ferracci, le ministre de l’Industrie et de l’Energie a réclamé à EDF un bilan écrit des négociations, transmis la semaine dernière, que son cabinet est en train d’examiner. “Ce bilan montre que 1% de l’objectif est atteint” pour le volet industriel de l’accord, constate simplement le cabinet. Cette demande fait suite à l’annonce par EDF de la mise aux enchères prochaine des contrats à long terme aux plus offrants. Elle renforce les inquiétudes des industriels et réveille les responsables politiques. Anciens ministres et parlementaires mulitplient les prises de parole pour pousser EDF à revoir sa copie. EDF fait “un bras d’honneur à l’industrie française”, s’insurgeait publiquement jeudi soir Benoît Bazin, le PDG de Saint-Gobain, un électrointensif. “EDF n’a pas rempli sa part du contrat” pour accompagner l’industrie, pestait pour sa part l’ancien ministre Roland Lescure auprès de POLITICO. Les industriels ont mené “une campagne” contre EDF et ses dirigeants, selon une interlocutrice au fait des échanges. Ce qui n’a pas arrangé les relations déjà tendues avec l’exécutif. Et a sûrement facilité la décision du gouvernement de débrancher Luc Rémont. Bernard Fontana, un industriel chevronné, prendra les rênes d’EDF en avril, si sa nomination est confirmée par les parlementaires. Il aura pour principale tâche de recentrer les activités de l’entreprise autour de la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France. Et sera surveillé de près. Pauline de Saint Remy a contribué à cet article.
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Stéphane Séjourné, en mission pour le nucléaire au sommet de l’Europe
FLAMANVILLE — Stéphane Séjourné, vice-président de la commission européenne chargé de l’industrie, s’est rendu la semaine dernière dans la centrale nucléaire de Flamanville, en Normandie, mais il espère se faire entendre jusqu’à Bruxelles. Son message : il est temps d’écouter les défenseurs du nucléaire. “Il y a une partie de l’Europe  — qui, je pense, est majoritaire aujourd’hui — qui considère que le nucléaire doit entrer dans notre logique de décarbonation, qui est une logique économique”, a déclaré Stéphane Séjourné à POLITICO, à bord d’un TER qui rentrait à Paris, jeudi soir dernier. “Le contexte a changé, économique et social. Le contexte politique aussi, et donc il faut pouvoir s’adapter.” La campagne atomique de Stéphane Séjourné s’inscrit dans le cadre d’une offensive plus large menée par le gouvernement français pour renverser la vapeur en matière d’énergie nucléaire à dans les instances européennes. L’Union européenne a toujours exclu l’énergie atomique des mesures d’incitation qu’elle accorde aux sources d’énergies renouvelables, comme l’éolien ou le photovoltaïque. Une situation que les défenseurs de l’atome veulent modifier. Leur argument : en tant qu’énergie bas carbone, le nucléaire mérite un plus grand soutien de la part de Bruxelles, pour apporter sa pierre à l’édifice de la transition énergétique. Aujourd’hui, le gouvernement français peut compter sur Stéphane Séjourné. Le commissaire européen fait pression pour que cette façon de voir soit au cœur du Pacte pour l’industrie verte (Clean Industrial Deal), le futur plan de l’UE pour aider les industries à réduire leurs émissions de carbone, qui doit être présenté le 26 février par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission. Le commissaire français n’est pas seul dans sa quête. La guerre en Ukraine, la crise énergétique qui s’ensuivit et le virage à droite de l’Europe – les partis de droite étant plus favorables au nucléaire – sont autant d’arguments qui ont renforcé le statut de l’énergie atomique sur le continent. A cela s’ajoute le situation politique en Allemagne. Le pays, meilleur ennemi de la France pour tout ce qui touche au nucléaire, est accaparé par son gouvernement démissionnaire, ses élections prévues pour la semaine prochaine et une économie en perte de vitesse. Cela crée une ouverture que les défenseurs du nucléaire ne veulent pas manquer. Les partisans du nucléaire jettent toutes leurs forces dans la bataille. La semaine dernière, le Medef et les fédérations patronales de treize autres pays d’Europe et du Royaume-Uni ont signé une déclaration demandant un soutien accru de l’UE au secteur nucléaire. Le nouveau groupe se veut l’équivalent — pour le secteur privé — de l’Alliance nucléaire, au sein de laquelle une douzaine de pays membres de l’UE, le gouvernement français en tête, se rencontrent régulièrement lors des réunions des ministres de l’Energie à Bruxelles. Il y a une “logique économique” à relancer l’énergie nucléaire en Europe, explique Stéphane Séjourné, qui estime qu’il s’agit d’un atout compétitif. L’électricité d’origine nucléaire “est décarbonée, elle nous permet d’atteindre notre [objectif] de souveraineté européenne, elle fait baisser le prix aussi parce que la quantité de production est quand même énorme”, fait-il valoir. Pourtant, les derniers réacteurs nucléaires construits ou en cours de construction en Europe ont tous connu des retards importants et des dépassements de coûts. Une situation qui soulève des questions quant à la capacité de l’industrie de pouvoir livrer de nouveaux réacteurs dans les délais et les budgets impartis. Le dernier réacteur d’EDF construit à Flamanville, que Stéphane Séjourné a visité cette semaine, est devenu le symbole des difficultés de l’industrie. La construction a duré 17 ans au lieu de cinq et a coûté sept fois plus que prévu, selon un récent audit de la Cour des comptes. Bien que les représentants de l’industrie affirment qu’ils peuvent aller plus vite si on leur donne des objectifs clairs et inamovibles, ces difficultés ont incité les autorités françaises à faire preuve de prudence. Si gouvernement français si tient prêt à approuver le financement public de six nouveaux réacteurs nucléaires, il le fera notamment à condition qu’ils produisent de l’électricité à des prix “compétitifs” par rapport aux sources d’énergies renouvelables comme l’éolien offshore, a récemment confié à POLITICO Joël Barre, le haut fonctionnaire chargé de superviser la relance du nucléaire en France. Et même si les vents politiques semblent souffler en faveur de Stéphane Séjourné, son prosélytisme nucléaire sans fard pourrait s’accompagner de risques politiques. Lorsqu’on lui demande s’il craint de se mettre à dos certains de ses collègues commissaires européens, l’ancien ministre français des affaires étrangères — qui est un proche du président Emmanuel Macron — répond qu’il a été envoyé à Bruxelles “pour faire bouger les lignes”. “Il faut respecter ceux qui ne sont pas de cet avis, c’est pour ça qu’il y a des discussions, ajoute Stéphane Séjourné, un drapeau de l’UE épinglé au revers de sa veste. Après, ça n’empêche pas d’assumer une parole forte sur ce sujet de la part du commissaire français.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Alexandre Léchenet.
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Pierre-Marie Abadie confirmé à la tête le gendarme du nucléaire
PARIS — Les parlementaires ont confirmé aujourd’hui la nomination de Pierre-Marie Abadie à la tête de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui deviendra l’ASNR suite à sa fusion avec l’autre organisme responsable de la surveillance de l’atome au 1er janvier prochain. L’intéressé a obtenu une courte majorité, récoltant 44 voix parmi les membres des commissions du Développement durable des deux chambres, ont indiqué à POLITICO deux sources parlementaires. Soit neuf de plus que le seuil nécessaire à sa nomination. Le vote a donné lieu à de nombreuses abstentions : 12 à l’Assemblée, et 17 au Sénat. Proposé pour reprendre le poste par l’Elysée en mai, Pierre-Marie Abadie aurait dû être auditionné par les parlementaires mi-juin. Son audition ayant cependant été repoussée par la dissolution, il a finalement été entendu la semaine dernière à l’Assemblée, et ce matin au Sénat. Les urnes du Palais-Bourbon avaient été scellées en attendant sa seconde audition ce matin. Au cours des auditions, plusieurs parlementaires, dont la députée Ecologiste Julie Laernoes, s’étaient inquiété des liens de Pierre-Marie Abadie avec l’Agence de gestion des déchets radioactifs (Andra), qu’il dirige depuis dix ans. Le projet d’enfouissement de déchets souterrains Cigéo, porté par l’Andra, étant en cours d’instruction par l’ASN, Pierre-Marie Abadie a annoncé qu’il se déportera de ce dossier. Il prendra ses fonctions le 13 novembre.
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Rencontre avec l’influenceur qui tente de réhabiliter l’énergie atomique dans une Italie anti-nucléaire
Pendant des années, Michele Governatori, spécialiste de l’énergie reconnu en Italie, a été régulièrement invité au lycée de sa fille. Il a tenté, et échoué, à capter l’attention des adolescents distraits. Ensuite, il a débattu avec Avvocato atomico, l’avocat de l’atome, et ça l’a transformé en quelqu’un d’important. Avvocato atomico, ou Luca Romano dans la vraie vie, est un influenceur qui éveille numériquement une nouvelle génération d’Italiens aux opinions pro-nucléaires, un virage à 180 degrés par rapport à leurs parents et grands-parents, qui ont banni la source d’énergie non pas une fois, mais deux fois. “Tout le monde dans la classe de ma fille connaissait Avvocato atomico”, raconte Michele Governatori, qui travaille pour le think tank Ecco. “Ma fille a commencé à me demander pourquoi l’Italie n’investissait pas dans l’énergie nucléaire pour résoudre la crise climatique.” Avec une armée de 186 000 followers sur Instagram et 132 000 sur TikTok, Luca Romano est rapidement devenu l’une des personnes les plus en vue pour réhabiliter le nucléaire en Italie. Son message, distillé dans des milliers de posts et de vidéos, est que s’opposer au nucléaire est un non-sens idéologique et risque d’entraver la transition écologique. L’argumentaire trouve un écho auprès d’une jeune génération éco-anxieuses, branchée sur les réseaux sociaux et ouverte à une technologie qu’elle n’associe plus aux effondrements et aux guerres apocalyptiques. En 2023, près de deux tiers des Italiens âgés de 18 à 54 ans étaient favorables à la construction de nouvelles centrales nucléaires, selon l’institut de sondage SWG qui suit l’évolution de l’opinion publique italienne. Pour les plus de 55 ans, ce chiffre n’est que de 47 %. La première ministre italienne, Giorgia Meloni, s’est emparée de cette évolution de l’opinion publique, exhortant son pays à revenir à l’énergie nucléaire. Ces nouvelles centrales ne sont pas nécessairement faciles à vendre. L’Italie, patrie du physicien atomique Enrico Fermi et autrefois troisième producteur mondial d’énergie nucléaire, s’est détourné du nucléaire à la suite de la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Le pays a voté pour la fermeture de ses centrales nucléaires et réaffirmé cette décision en 2011 lorsque le gouvernement a tenté de les rouvrir. Mais les jeunes Italiens ne sont pas attachés à cet héritage culturel et Luca Romano a déclaré à POLITICO qu’ils voyaient le nucléaire d’un œil nouveau. “Les jeunes n’ont pas vécu les traumatismes de la guerre froide et de Tchernobyl, mais ils ont très peur du changement climatique”, explique l’influenceur. “C’est pourquoi ils considèrent le nucléaire, qui fait partie du panel de solutions, d’une manière plus favorable.” JOUER À L’AVOCAT DE L’ATOME Luca Romano a créé son compte lorsque la pandémie a frappé le pays en 2020. Le professeur de mathématiques et de physique a dû travailler en ligne, et il a vu ce compte comme un moyen de s’en sortir. Le projet s’est développé tout seul, explique Luca Romano, attirant des milliers de followers à chaque fois que l’énergie nucléaire faisait la une de l’actualité. Que ça soit la décision controversée de l’Union européenne de qualifier l’énergie nucléaire d’investissement “durable” ou les articles évoquant la décision japonaise de rejeter dans la mer l’eau de la centrale de Fukushima. À chaque fois, le nombre de followers grimpait. Puis il y a eu la plus grande histoire de toutes : l’occupation par la Russie de la centrale nucléaire de Zaporijia, en Ukraine. Luca Romano affirme que son nombre d’abonnés a augmenté de 50 % en une semaine ce jour-là. Du point de vue de Luca Romano, la couverture médiatique de ces événements a donné lieu à “beaucoup d’alarmisme injustifié”. Son objectif est de faire la part des choses : “Il y a beaucoup de fake news en ligne, mais la presse italienne est pire.” L’engouement pour ses contenus a ouvert au créateur des opportunités commerciales, lui permettant de quitter son poste d’enseignant deux ans après avoir lancé ses activités en ligne. Aujourd’hui, dit-il, l’essentiel de ses revenus provient de conférences, des droits d’auteur de son livre, de dons Patreon ou encore d’une boutique en ligne où les fans peuvent acheter des gadgets personnalisés, comme des bouteilles portant l’eau “Eau de Fukushima” sur le côté. Des entreprises ont également contacté Luca Romano, lui proposant de s’associer pour réaliser des vidéos promotionnelles. Luca Romano se montre prudent face à ces offres. Il a par exemple refusé un offre d’ENI, le géant italien du pétrole et du gaz, qui lui demandait de promouvoir ses recherches sur la fusion nucléaire, un espoir toujours présent selon lequel l’imitation du processus de production d’énergie du soleil pourrait créer une énergie quasi illimitée. L’entreprise proposait, selon l’influenceur 5 000 euros par reel Instagram. “Il n’a pas été facile de dire non”, nous a-t-il expliqué. Luca Romano a pris sa décision parce qu’ENI a promis que cette fusion serait accessible commercialement d’ici à 2030. Pour lui, c’est totalement irréaliste : “Soit [Claudio Descalzi, PDG d’ENI] ment, soit on lui ment”, détaille-t-il. ENI n’a pas répondu à notre demande de commentaire. Luca Romano, en revanche, a dit oui à une start-up italienne spécialisée dans l’énergie qui conçoit des miniréacteurs nucléaires, qui pourraient, esen théorie, être produits industriellement à un coût bien inférieur à celui des réacteurs traditionnels. Il a utilisé les fonds gagnés pour financer un rassemblement de personnes partageant ses idées à Milan, appelé “Festival de l’environnementalisme scientifique”, et pour se rendre au sommet annuel des Nations unies sur le climat qui s’est tenu l’année dernière à Dubaï. Luca Romano fait également équipe avec d’autres célébrités en ligne. En 2022, il s’est associé à CartoniMorti, un créateur comptant plus de 1,4 million d’abonnés, pour réaliser un film d’explication de 14 minutes sur le débat relatif à l’énergie nucléaire. Andrea Lorenzon, derrière le compte CartoniMorti, a déclaré qu’il n’avait pas d’opinion tranchée sur l’énergie nucléaire avant de réaliser la vidéo. Il voulait plutôt améliorer ce qu’il considérait comme un débat public mal informé. Il s’est penché sur le sujet pendant quelques mois, en discutant avec des experts et en écoutant des podcasts, puis il a travaillé avec Luca Romano pour réaliser la vidéo. La vidéo “Nucléaire, les plus grands doutes”, sortie en septembre 2022, a décollé — une surprise quand on sait qu’une explication geek sur la source d’énergie de vos parents n’est pas une recette garantie pour générer du buzz. Le film a été visionné 1,4 million de fois. “Je n’avais aucune idée que tant de gens s’intéressaient à ce sujet”, a expliqué à POLITICO Andrea Lorenzon, ajoutant que des gens l’arrêtaient même dans la rue pour le féliciter et le remercier. BATAILLE D’IDÉES (ET DE GÉNÉRATIONS) La thèse générale présentée dans ces vidéos est la suivante : si vous êtes pragmatique et que vous vous souciez de l’environnement, il n’y a aucune raison d’exclure l’énergie nucléaire. Le sondage de SWG révèle que seuls 18 % des Italiens âgés de 18 à 34 ans s’opposeraient à une nouvelle flotte nucléaire, contre 30 % des Italiens âgés de plus de 55 ans. Le gouvernement de droite dure de Giorgia Meloni est sur la même ligne. La Première ministre s’est engagée à ce que, d’ici à 2050, l’Italie tire jusqu’à 22 % de ses besoins énergétiques de l’énergie nucléaire. Les chercheurs en énergie plus traditionnels ne sont pas autant convaincus. Beaucoup considèrent les réacteurs nucléaires comme un mauvais investissement — trop d’argent et de temps pour une source d’énergie risquée qui, selon ses détracteurs critiques, devrait essentiellement être une transition vers des options plus renouvelables comme l’éolien et le solaire. “Le nucléaire a des coûts exorbitants et des problèmes de sécurité qu’il n’a jamais résolus”, a déclaré Nicola Armaroli, chimiste et directeur de recherche au conseil national de la recherche italien (CNR), dont les travaux portent sur la transition énergétique. Cela dit, Nicola Armaroli comprend l’attrait du nucléaire. Selon lui, l’énergie nucléaire peut produire une grande quantité d’électricité dans un périmètre restreint, sans émettre de CO2. “Sur le papier, c’est la solution parfaite. Dans le monde réel, c’est une autre histoire”, a-t-il déclaré. LE RESTE, C’EST DE LA POLITIQUE Sur le papier, le gouvernement Meloni se consacre également à cette solution. Dans son plan climatique récemment mis à jour, l’Italie a déclaré qu’elle construirait un nouveau parc de centrales nucléaires pour l’aider à éradiquer ses émissions d’ici à 2050. Le plan prévoit que les nouveaux miniréacteurs et les nouvelles centrales à fusion fournissent entre 11 % et 22 % des besoins énergétiques du pays à cette date. Le gouvernement a promis de légiférer en ce sens d’ici la fin de l’année. En réalité, personne ne croit aux promesses, pas même les ambassadeurs nucléaires comme Luca Romano. “Le gouvernement se dit pro-nucléaire, mais il y a des obstacles tangibles”, a-t-il déclaré. Le sud de l’Italie reste très méfiant à l’égard de l’énergie nucléaire et ENI s’oppose aux réacteurs nucléaires traditionnels. L’équipe de Meloni n’a pas non plus résolu la question du stockage des déchets radioactifs, qui se pose depuis longtemps, détaille Luca Romano. En outre, elle est totalement tributaire des miniréacteurs et de la fusion nucléaire, dont l’avenir n’est garanti. Sur cette évaluation, influenceurs et institutionnalistes se rejoignent. Michele Governatori — l’expert qui a attiré l’attention de sa fille en débattant avec l’avocat de l’atome — convient que Giorgia Meloni ne semble pas sérieuse dans ses projets nucléaires. “Dans le meilleur des cas, il s’agit d’un bluff”, prédit Michele Governatori. “Si ce n’est pas le cas, ça risque d’être un bain de sang économique.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Alexandre Léchenet.
Energie et Climat France
Nucléaire
Le jeu d’équilibriste de Michel Barnier face aux défis énergétiques
PARIS — “Vous n’aurez pas deux fois l’occasion de faire une bonne impression.”  Cette citation, que l’on attribue parfois à Coco Chanel, ira comme un gant à Michel Barnier à l’heure où il prononcera sa déclaration de politique générale. C’est peu dire que ceux qui s’intéressent aux questions énergétiques scruteront chaque mot prononcé mardi. Le Premier ministre n’a pour l’instant abordé le sujet qu’à travers deux mots, répétés à l’envi : “dette écologique”. Au ralenti depuis des mois, les filières attendent au mieux des impulsions, au pire d’éviter des amputations. EN MÊME TEMPS, ENR ET NUCLÉAIRE Si le locataire de Matignon ne cache pas sa fibre pronucléaire, le monde des énergies renouvelables attend de savoir à quelle sauce il va être mangé. Il suffira d’un signe. “Est-ce que Michel Barnier marche sur les deux jambes ou sur une seule, celle du nucléaire ? C’est le big sujet”, pointe un ancien conseiller ministériel ayant suivi ces dossiers. Alors que la droite est vent debout contre l’éolien terrestre, et que le Premier ministre n’a pas caché son aversion contre les éoliennes en mer, un lobbyiste des renouvelables espère que le chef du gouvernement sera “en mode paix des braves” et n’opposera pas nucléaire et ENR. Les partisans de l’atome, eux, se disent rassurés à la fois par le profil de Michel Barnier, favorable à la relance de la filière française, et l’existence — du moins sur le papier — d’une majorité pronucléaire à l’Assemblée. Comme leurs homologues des renouvelables, ils réclament toutefois à l’exécutif une feuille de route actualisée, plus de deux ans et demi après le discours de Belfort du président-candidat Emmanuel Macron, qui souhaitait alors la construction de six nouveaux réacteurs et la réalisation d’études pour huit supplémentaires. “On espère que le discours de demain confirmera de manière concrète l’avancée de la relance du nucléaire avec une vision qui va au-delà de six EPR et qui inclura le financement”, avance le LR Bernard Accoyer, ex-président de l’Assemblée aujourd’hui à la tête d’un lobby nucléophile, Patrimoine nucléaire et climat. Les modalités de financement des futurs réacteurs EPR — objet d’intenses discussions entre EDF et l’Etat qui sont censées aboutir en début d’année prochaine — concentrent les inquiétudes du secteur, qui espère des décisions rapides. “Ce dont les industriels auront besoin, c’est d’avoir un plan”, prévient Myrto Tripathi. La présidente des Voix du nucléaire estime que l’inscription dans les textes de la construction de nouveaux réacteurs doit précéder la discussion sur le financement. UNE PROGRAMMATION, COÛTE QUE COÛTE Le gouvernement doit prendre à bras-le-corps la programmation pluriannuelle de l’énergie. C’est sans doute, chez nos interlocuteurs, la demande qui revient le plus souvent. Il faut “donner de la visibilité aux acteurs”, défend le député macroniste Jean-Luc Fugit, ancien président du Conseil supérieur de l’énergie. Le parlementaire — comme tous ses collègues spécialistes de la question — espère que cela passe par une loi. Les énergéticiens, eux, sont moins catégoriques. Certains s’inquiètent du temps perdu par les débats à l’Assemblée et n’auraient rien contre un décret, même s’ils reconnaissent que ce procédé a moins de robustesse. Récemment, le Haut conseil pour le climat a rappelé le retard de la France et a, lui aussi, considéré comme indispensable de donner de la “visibilité” aux acteurs. Une visibilité qui ne concerne pas seulement la programmation énergétique, mais aussi d’autres textes en souffrance : un décret sur la décarbonation des usages ou le plan sur l’adaptation au changement climatique (Pnacc). Ce dernier avait déjà été promis par Gabriel Attal dans sa déclaration de politique générale il y a neuf mois. “Le Pnacc est prêt, il est sur l’étagère du ministre, c’est un gain facile”, rappelle un membre d’une ONG en référence au travail effectué par l’ancien ministre de la Transition écologique Christophe Béchu. “Ce sujet doit être sur le dessus de l’agenda”, intime Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France. L’ancienne ministre estime que la dernière version de ce plan doit être retravaillée, quitte à être “peut-être très en retard”, mais “robuste”. Elle espère que le gouvernement ne se contentera pas d’un catalogue d’ordres à destination des collectivités locales, et qu’un tel plan se déploiera aussi au niveau européen. RECETTES EN TOUT GENRE Alors que l’exécutif cherche à renflouer les caisses de l’Etat, une multitude de dispositifs fiscaux en lien avec l’énergie ont été évoqués ces dernières semaines. La transformation de la peu rémunératrice contribution sur les rentes inframarginales (Crim) en une taxe sur la production installée d’électricité, proposée par Bruno Le Maire, fait l’unanimité contre elle dans le secteur. Les énergéticiens s’étonnent de voir leurs revenus ciblés, alors que ceux-ci ont retrouvé leur niveau d’avant-crise énergétique, et qu’ils font face à d’importants investissements. Les experts relèvent, eux, l’incongruité d’une taxe sur l’électricité à l’heure où l’on cherche à électrifier les usages. Certains y sont déjà allés de leurs contre-propositions. Comme EDF, qui a suggéré le versement d’un dividende à l’Etat — ce qui a le double avantage de porter sur un montant convenu à l’avance, et qui n’est à verser qu’en cas de l’atteinte d’un certain nombre d’objectifs. A Bercy, on assure que rien n’est encore décidé, mais que le discours de Michel Barnier devrait permettre de clarifier qui devra passer à la caisse. “Il sera intéressant de voir comment il va concilier besoin d’investissements dans le secteur et besoin de prendre l’argent du secteur pour les finances publiques”, résume le lobbyiste des renouvelables précité. BOOSTER L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE A priori, l’efficacité énergétique et l’électrification des usages sont des sujets consensuels, même si le Rassemblement national s’est lancé dans un combat contre l’interdiction de la vente de véhicules thermiques en 2035 — et a récemment déposé une proposition de loi réautorisant la location des passoires thermiques. “J’espère que Michel Barnier confirmera le chemin de décarbonation par l’électrification des usages, et qu’il enverra des signaux positifs sur le soutien à la demande”, nous textote un lobbyiste d’un important énergéticien étranger, évoquant les pompes à chaleur, les véhicules électriques ou encore l’électrification des processus industriels. Directeur de la stratégie de France renouvelables, Mattias Vandenbulcke espère un accompagnement social “pour une transition des usages juste”.  S’il voulait un peu entrer dans les détails, le Premier ministre pourrait avoir un mot pour le verdissement des flottes de véhicules qui fait l’objet d’une mission flash, récemment relancée. D’ailleurs, Olga Givernet devait en être la corapporteure avec le socialiste Gérard Leseul avant sa nomination comme ministre délégué à l’Energie. Enfin, s’il évoque la question de la rénovation énergétique des bâtiments, le Premier ministre devra choisir une voie : soutenir l’offre ou cibler le dispositif ? Les députés EPR — groupe dont est issue Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique — plaidaient pour une remise à plat du dispositif. Les professionnels du bâtiment et les énergéticiens ont appelé, eux, dans une lettre ouverte commune, à abandonner la réforme visant à cibler les rénovations d’ampleur, pour lancer des chantiers à tout va, par petits gestes, et relancer le secteur. Une fuite en avant, dénoncent les ONG. Alexis Monteil-Gutel, codirecteur du réseau Cler, demande une réorientation des subventions sur la rénovation performante et une sortie progressive des aides aux actions isolées. Il prévient : “La précarité énergétique est galopante, c’est une potentielle bombe sociale à retardement.”
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