L’Union européenne peut continuer à considérer l’énergie nucléaire, et dans
certains cas le gaz fossile, comme “écologiquement durable”. Le tribunal de la
Cour de justice de l’Union européenne s’est prononcé mercredi contre une plainte
de l’Autriche, qui cherchait à annuler l’inclusion de ces deux sources d’énergie
dans le règlement sur la taxonomie de l’UE, qui détermine quels investissements
peuvent être considérés comme verts.
Ainsi, la plus haute juridiction de l’UE a jugé que la Commission européenne ne
manquait pas à ses obligations en matière de lutte contre le changement
climatique.
Le tribunal déclare dans son arrêt que la Commission peut “considérer que la
production d’énergie nucléaire est proche de zéro émission de gaz à effet de
serre et qu’il n’existe actuellement pas d’autres solutions de remplacement bas
carbone réalisables sur le plan technologique et économique en quantité
suffisante”.
La tribunal a ajouté qu’elle “avalise l’approche selon laquelle les activités
économiques liées au gaz fossile peuvent, à certaines conditions, contribuer
substantiellement à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à
celui -ci”.
L’affaire a été introduite par le gouvernement autrichien en 2022, qui arguait
que l’inclusion du nucléaire et du gaz fossile était contraire au droit
communautaire et que la Commission n’avait pas réalisé d’évaluation impact ou de
consultation publique et avait contourné les processus législatifs normaux.
Leonore Gewessler, qui était alors ministre autrichienne du Climat et de
l’Energie et qui dirige aujourd’hui le parti d’opposition des Verts, a intenté
une action en justice après la publication de la liste des investissements
verts, il y a près de trois ans.
“Ce à quoi je m’oppose de toutes mes forces, c’est à la tentative
d’écologisation de l’énergie nucléaire et du gaz par la voie détournée d’un acte
délégué supplémentaire”, déclarait Leonore Gewessler à l’époque. “Je pense que
c’est irresponsable et déraisonnable. De notre point de vue, ce n’est pas non
plus légal.” Le gouvernement luxembourgeois a également exprimé son soutien à
cette affaire.
La décision pourrait mettre fin à l’impasse dans laquelle se trouve les
financement des réacteurs nucléaires conventionnels par l’UE et constitue une
aubaine pour la France, qui a redoublé d’efforts pour débloquer de tels
investissements.
Elle intervient également juste après que l’Allemagne a signé la semaine
dernière un accord avec la France pour développer une politique cohérente
acceptant l’inclusion du nucléaire dans un mix énergétique décarboné.
Cette décision a donné lieu à des spéculations selon lesquelles le gouvernement
allemand, qui a fermé ses propres réacteurs à la suite de la catastrophe de
Fukushima en 2011, pourrait cesser de bloquer les efforts visant à orienter les
fonds de l’UE vers cette technologie.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
Tag - Nucléaire
Ils sont élus, hauts fonctionnaires, grands patrons ou activistes du climat :
tous contribuent au débat sur la transition vers la neutralité carbone, qu’ils
cherchent pour certains à l’accélérer, pour d’autres à la ralentir.
Alors que la France s’est engagée dans une transition énergétique, POLITICO
liste ceux qui l’accompagnent, la dessinent, l’infléchissent. Avec une prime,
cette année, à ceux qui incarnent une forme de stabilité… dans la tempête.
1. PATRICK POUYANNÉ
PDG DE TOTALENERGIES
Tant qu’il y aura des automobilistes et des voitures, il faudra les faire
rouler. Et tant que la majeure partie de l’énergie consommée viendra du gaz ou
du pétrole, il faudra forer. Alors autant que ça soit TotalEnergies qui s’en
occupe, répète Patrick Pouyanné à chacune de ses (rares) prises de parole, dans
la presse économique ou face à des youtubeurs.
Réputé brut de décoffrage, l’homme s’est engagé personnellement dans de nombreux
projets, dont la relance de celui, pour le moins décrié, au Mozambique (des
massacres de civils ont été perpétrés autour du site en 2021, par des soldats
prétendant œuvrer à sa protection). Mais quand les critiques sont trop fortes,
il rappelle que TotalEnergies maintient ses investissements dans les énergies
renouvelables, alors que ses concurrents Shell et BP réduisent la voilure.
Quand il ne parle pas des énergies fossiles, ses prises de parole cash ont leur
petit succès. En décembre, il ravissait ainsi son auditoire au colloque de
l’Union française de l’électricité en tirant à boulets rouges sur la politique
commerciale d’EDF. Plus récemment, il plaidait devant le Sénat pour que les
grandes entreprises remboursent les aides versées par l’Etat durant le Covid,
lorsqu’elles sont “revenues à bonne fortune”. “C’est frustrant de ne pas être
reconnu dans son pays”, regrettait il y a quelques jours Patrick Pouyanné, non
sans tacler la complexité de construire des infrastructures en France.
2. TERESA RIBERA
VICE-PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION EUROPÉENNE POUR UNE TRANSITION PROPRE, JUSTE ET
COMPÉTITIVE
Contre vents et marées : négociatrice hors pair reconnue pour son expertise sur
les politiques climatiques, la première vice-présidente de la Commission
européenne s’est imposée cette année comme la première défenseuse des acquis
environnementaux de l’UE. Une tâche ardue dans un contexte particulièrement
défavorable à l’ambition climatique, qui plus est au sein d’un exécutif européen
dont elle est la principale figure socialiste.
L’Espagnole ne le cache pas : le retour de bâton contre les objectifs du Pacte
vert européen adopté lors de la dernière mandature l’inquiète, mais elle
s’efforce de limiter la casse. Le maintien d’une partie des réglementations
européennes en matière de finance verte est ainsi une petite victoire pour la
commissaire espagnole, qui a pris la parole publiquement par la suite pour
appeler, à mots couverts, les conservateurs européens à modérer leur offensive
antiécologie.
La numéro deux de la Commission, qui a piloté la fermeture des centrales
atomiques espagnoles lorsqu’elle était ministre de la Transition écologique,
forme un duo détonnant avec le très nucléophile commissaire français Stéphane
Séjourné, qui rejoue les profondes divisions idéologiques entre les Vingt-Sept
sur l’énergie nucléaire.
3. AGNÈS PANNIER-RUNACHER
MINISTRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE, DE LA BIODIVERSITÉ, DE LA FORÊT, DE LA MER
ET DE LA PÊCHE
Voilà déjà plus de sept années consécutives qu’Agnès Pannier-Runacher est au
gouvernement. Son parcours à l’Industrie, à la Transition énergétique puis à la
Transition écologique, depuis septembre, lui confère un rôle à part pour les
industriels de l’énergie. Mais aussi pour les activistes et les ONG, qui louent
sa stabilité et son engagement.
Certes, au mois de décembre, son portefeuille a dégringolé dans le rang
protocolaire et dans celui des priorités du gouvernement. Si bien qu’elle se
retrouve un peu seule pour incarner trois très, très gros chantiers :
l’adaptation au changement climatique, la décarbonation des usages — notamment
les transports et le logement qui patinent —, et le suivi de la diplomatie
climatique.
Mais n’allez pas lui dire que l’instabilité politique en France a amoindri son
rôle. Elle listerait toutes ses homologues européennes (principalement des
femmes) pour montrer qu’elle comptera parmi les vétérans de la COP30 à Belém à
l’automne, un rendez-vous crucial pour le climat au moment où les Etats-Unis se
désengagent de la lutte. Enfin, si elle est toujours ministre…
4. STÉPHANE SÉJOURNÉ
VICE-PRÉSIDENT DE LA COMMISSION EUROPÉENNE À LA PROSPÉRITÉ ET À LA STRATÉGIE
INDUSTRIELLE
Il a beau avoir quitté Paris pour Bruxelles, Stéphane Séjourné n’oublie pas d’où
il vient. Fidèle d’Emmanuel Macron, l’ancien ministre des Affaires étrangères a
fait de la défense du nucléaire l’un de ses chevaux de bataille — il nous en a
fait part il y a quelques semaines — au sein de la Commission européenne, où il
officie comme vice-président chargé de la Stratégie industrielle.
S’il est parvenu à imprimer sa marque sur certaines avancées doctrinales dans le
Pacte pour une industrie propre et a œuvré pour accélérer le développement de
miniréacteurs nucléaires, le chantier du financement des gros réacteurs (et de
l’atome en général) avec des fonds européens demeure ouvert.
Reste donc à transformer l’essai — sans (trop) braquer ses collègues à qui le
nucléaire donne de l’urticaire.
5. CATHERINE MACGREGOR
DIRECTRICE GÉNÉRALE D’ENGIE
A l’heure où la programmation énergétique était criblée de flèches dans le dos,
Catherine MacGregor a été l’une des rares dirigeantes du secteur de l’énergie à
prendre la plume pour défendre les renouvelables et ce texte “indispensable”,
assumant une position de leader de la filière.
“Accélérer la transition énergétique [est inscrit] dans notre raison d’être”,
plaidait-elle encore il y a quelques jours au Sénat.
La patronne d’Engie — 100 000 salariés, dont la moitié en France — voit loin, et
s’engage pour la décarbonation. “Aujourd’hui, nous ne produisons que de
l’électricité”, déclarait au début de l’année celle qui est à la tête d’une
entreprise qui doit bel et bien une bonne partie de son chiffre d’affaires au
gaz. Une trentaine d’ONG demandent d’ailleurs un changement de direction,
trouvant que le fossile réduit trop lentement dans le mix d’Engie.
Elle devrait néanmoins gagner quelques années au soleil dès jeudi, avec le
renouvellement de son mandat lors de l’assemblée générale de l’énergéticien.
Rare femme à la tête d’une entreprise du CAC 40, elle en fait une marque de
fabrique. “Une source de fierté et d’attractivité”, insistait-elle devant des
journalistes l’an passé.
6. URSULA VON DER LEYEN
PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION EUROPÉENNE
On ne devient pas la femme la plus puissante du monde sans une bonne dose de
pragmatisme.
Après avoir été le visage du virage vert de l’Union européenne lors de son
premier mandat, Ursula von der Leyen a dû s’adapter. Pour s’assurer un deuxième
quinquennat à la tête de l’exécutif européen, la présidente de la Commission
s’est prêtée à un périlleux exercice d’équilibriste : montrer patte blanche aux
conservateurs tout en donnant quelques gages aux Verts.
Résultat : pour apaiser les industriels, la conservatrice allemande s’attelle
désormais à défaire une partie des règles environnementales qu’elle a contribué
à mettre en place, et mis sur pied un second volet du Pacte vert plutôt carotte
que bâton.
7. DANIEL KŘETÍNSKÝ
PDG D’EPH
L’ONG environnementale Re-Set compare sa stratégie à celle d’une hyène. Car
c’est en investissant dans une filière apparemment en fin de vie, le charbon,
que Daniel Křetínský a fait fortune, bâtissant l’un des plus gros conglomérats
fossiles en Europe, le groupe EPH.
Ce Tchèque francophile a racheté des centrales à charbon et des actifs gaziers à
bas prix en misant sur une fermeture la plus tardive possible, voire sur un
dédommagement sur fonds publics.
D’où la circonspection lorsqu’il a acquis deux centrales à charbon en France. A
Gardanne, convertie à la biomasse, sa filiale GazelEnergie vient de toper avec
l’Etat pour relancer la production, moyennant un contrat critiqué pour son coût
pour les finances publiques — 800 millions d’euros — et pour la forêt. Et c’est
sans subvention qu’il a promis de transformer Saint-Avold pour qu’elle puisse
fonctionner au gaz, après un blocage juridique levé par le Parlement il y a
quelques jours.
Charge à Daniel Křetínský de remplir sa part du contrat. L’homme étend en tout
cas son influence en France, puisque sa filiale médiatique ouvre en juin T18,
une des deux nouvelles chaînes arrivant sur la TNT, s’ajoutant aux magazines et
sites qu’il détient.
8. MARC FERRACCI
MINISTRE DE L’INDUSTRIE ET DE L’ENERGIE
Intime d’Emmanuel Macron, il fait partie du premier cercle des fidèles du chef
de l’Etat lorsque celui-ci entame son ascension vers l’Elysée. Il a pourtant
fallu attendre que le président de la République se retrouve acculé après sa
dissolution ratée pour qu’il entre au gouvernement.
A la tête d’un double portefeuille depuis l’arrivée de François Bayrou à
Matignon, il se bat pour l’Industrie aussi bien en France qu’à Bruxelles. Sur le
fond, l’économiste n’a pas flanché au moment de se frotter à l’énergie et ses
sujets éminemment techniques, en conservant toutefois une approche très
industrielle. Il a aussi profité du sursis accordé au gouvernement par la
validation du budget pour sortir une feuille de route sur le déploiement de
l’hydrogène attendue depuis des mois par la filière.
Soumis à une pression incessante de la droite et des menaces de censure du
Rassemblement national qui a fait de l’énergie son nouveau cheval de bataille,
Ferracci est parfois chahuté par les parlementaires lors des questions au
gouvernement. Il s’emploie à rappeler que la dépendance de la France aux
énergies fossiles lui coûte cher, et s’échine à répéter la ligne de l’exécutif
basée sur la complémentarité entre énergies renouvelables et nucléaire.
Un périlleux exercice de recherche permanente du juste milieu, à l’image d’un
gouvernement fragile, à la merci du moindre embrasement parlementaire.
9. JOËL BARRE
DÉLÉGUÉ INTERMINISTÉRIEL AU NOUVEAU NUCLÉAIRE
Chargé de superviser la construction des six nouveaux réacteurs nucléaires
promis par Emmanuel Macron, le chef de chantier de l’Etat a récemment repris les
choses en main.
Après l’éviction du PDG d’EDF Luc Rémont fin mars, ses services assureront
désormais un “suivi renforcé” de la relance du nucléaire, avec des rendez-vous
réguliers avec les équipes de l’énergéticien et son nouveau patron Bernard
Fontana, s’il est confirmé la semaine prochaine.
La mission de cet ingénieur de l’armement expérimenté n’a pas changé : éviter
les écueils de Flamanville pour mener à bon port (et dans les temps) les
chantiers de l’atome. Mais il doit composer avec un calendrier de plus en plus
tendu, alors qu’EDF tarde à finaliser les plans de ses réacteurs, et que le
gouvernement doit en parallèle obtenir l’aval de la Commission européenne pour
leur schéma de financement.
10. BERNARD FONTANA
DG DE FRAMATOME
C’est à un capitaine d’industrie chevronné qu’a fait appel l’Elysée pour prendre
la tête d’EDF.
Bernard Fontana a du pain sur la planche : il devra s’imposer en interne,
accélérer la cadence de la relance de l’atome, trouver une porte de sortie aux
négociations difficiles entre l’énergéticien et les industriels gourmands en
électricité, maintenir la production du parc nucléaire tout en développant les
renouvelables. Le tout en continuant de redresser les finances de l’entreprise.
La feuille de route de l’Etat est claire, et il est prévenu : s’en écarter a
valu sa place à Luc Rémont, évincé fin mars.
L’actuel directeur général de Framatome a pour lui sa connaissance des instances
dirigeantes de l’énergéticien — il siège au comité exécutif depuis un an —, et
son bilan positif à la tête du chaudronnier nucléaire, qui a connu un
redressement spectaculaire sous son égide.
Avant toute chose, il lui faudra convaincre les parlementaires, le 30 avril, de
valider sa nomination. Ce qui, par les temps qui courent, n’a rien d’une
promenade de santé.
11. CHRISTINE LAVARDE
SÉNATRICE LR DES HAUTS-DE-SEINE
La ligne d’arrivée du marathon budgétaire a été repoussée cette année : pas un
problème pour la sportive et productive sénatrice, rapporteure des crédits
“écologie”, connue pour sa capacité de travail.
Celle qui n’hésite pas à rembarrer les ministres lorsqu’ils s’arrangent avec les
chiffres a bataillé pour limiter la casse pour le Fonds vert — qui finance les
projets écolos des collectivités locales —, et remplumer le Fonds Barnier — qui
aide à la prévention des catastrophes naturelles.
Avant le retour de la loi de finances, où il sera de nouveau difficile de
concilier orthodoxie budgétaire et investissement environnemental, Christine
Lavarde mène une commission d’enquête sur les agences de l’Etat.
Après avoir poussé, avec d’autres, des cris d’orfraie contre l’Ademe et les
agences, elle a vite changé son fusil d’épaule et pris sa défense, tout en
s’interrogeant sur sa gouvernance. Il faut dire qu’elle la connaît bien : son
père en fut le président par intérim.
Elle tente aussi de faire vivre à l’Assemblée son texte sur l’indemnisation des
catastrophes naturelles, adopté à l’unanimité au Sénat.
12. DANIEL GREMILLET
SÉNATEUR LR DES VOSGES
Discret mais actif dans le domaine de l’énergie, Daniel Gremillet est à
l’origine d’une proposition de loi qui fait de plus en plus parler d’elle. Alors
que plusieurs parlementaires ont tenté de pousser des lois de programmation
énergétique, c’est la sienne, adoptée au Sénat en octobre, qui pourrait
prospérer.
Fortement teintée de nucléaire, elle pourrait calmer les ardeurs de la droite et
de l’extrême droite à l’Assemblée, qui s’effraient d’une programmation
énergétique faisant la part belle aux renouvelables.
Cet agriculteur de 71 ans, élu à la FNSEA depuis trente ans, a été rapporteur de
plusieurs textes sur l’énergie. Vice-président de la commission des Affaires
économiques, il devrait, dans les prochains mois, participer à une mission
sénatoriale sur l’avenir des barrages hydroélectriques, thème qu’il connaît bien
pour avoir déposé en 2021 une proposition de loi sur ce sujet.
13. MARIE-NOËLLE BATTISTEL
DÉPUTÉ PS DE L’ISÈRE
Dans quelques jours, la députée socialiste remettra, avec Philippe Bolo (MoDem),
un rapport très attendu sur les barrages hydroélectriques et leur avenir.
L’idée est de trouver une parade pour éviter l’ouverture à la concurrence
souhaitée par la Commission européenne. Un sujet qu’elle maîtrise depuis
longtemps : elle a écrit en 2013 un autre rapport sur le sujet, trois ans après
son arrivée à l’Assemblée, en remplacement de Didier Migaud.
Marie-Noëlle Battistel a été sensibilisée au sujet en tant que maire de La
Salle-en-Beaumont (Isère), commune du massif des Ecrins, alors que quelques
grands groupes étrangers s’intéressaient au barrage du Sautet, exploité par EDF.
Elle s’est depuis spécialisée sur les sujets énergétiques, dont elle est la
principale voix au sein du groupe socialiste.
14. THOMAS VEYRENC
DIRECTEUR GÉNÉRAL ÉCONOMIE, STRATÉGIE ET FINANCES DE RTE
Il est la caution technique d’un des rares acteurs à avoir une vue d’ensemble
sur le système électrique. Après avoir chapeauté les scénarios énergétiques 2050
du gestionnaire de réseau RTE — qui font depuis office de référence ultime pour
tout acteur sérieux du monde de l’énergie —, il a remis le couvert lors de la
publication de la stratégie décennale de développement du réseau.
Des chiffres désormais agités par les détracteurs des renouvelables pour
justifier leur opposition à la programmation énergétique. Mais les 100 milliards
annoncés doivent avant tout permettre de préparer des réseaux centenaires à
vivre cent années de plus, dans des conditions climatiques plus compliquées.
Autant dire que le document est stratégique.
Modéré et pédagogue, Thomas Veyrenc cherche souvent à élever le débat par
petites touches, dans de rares prises de position publiques, pour échapper à
l’opposition entre nucléaire et renouvelables.
15. JEAN-MARC JANCOVICI
INGÉNIEUR ET PRÉSIDENT DU SHIFT PROJECT
Influenceur énergie le plus suivi de France, l’ingénieur continue de carburer au
rythme effréné d’un long post par jour (minimum) sur Facebook et LinkedIn, où il
compte plus d’un million de suiveurs — et tant pis si sa posture sceptique
vis-à-vis des renouvelables en agace certains.
L’année 2024 fut pour lui celle de l’internationalisation. Après s’être imposé
comme une référence pour les ministères parisiens à la recherche d’éclairages
techniques, son Shift project s’est lancé à la conquête de Bruxelles en
septembre.
A l’automne, la bande dessinée qui l’a fait connaître auprès du grand public, Le
monde sans fin (Dargaud), a été traduite en anglais et publiée aux Etats-Unis
ainsi qu’au Royaume-Uni. Ce qui lui a valu une critique laudatrice dans le
Guardian saluant sa “déconstruction révélatrice [de] l’économie des fossiles”.
16. VALÉRIE LÉTARD
MINISTRE DU LOGEMENT
Après la chute du gouvernement Barnier, les lobbies du bâtiment et de
l’immobilier ont plaidé pour le maintien de Valérie Létard au ministère du
Logement. Cette spécialiste du sujet, proche de Jean-Louis Borloo et réputée
pugnace, a hérité d’un secteur en crise et est à l’écoute. Mais le projet de loi
attendu par les différents acteurs peine à voir le jour…
L’ancienne parlementaire centriste doit aussi gérer un défi dans le défi : la
rénovation énergétique. Car 2025 sera une année crash-test, avec l’interdiction
de mise en location des pires passoires thermiques — elle doit faire aboutir une
proposition de loi dans une Assemblée très polarisée sur le sujet.
La ministre a aussi lancé des chantiers contre le grand bazar fraudogène du
diagnostic de performance énergétique. Autres dossiers, non des moindres :
l’avenir de MaPrimeRénov et des certificats d’économies d’énergie. Des
discussions dans lesquelles le ministère du Logement veut peser, selon plusieurs
acteurs.
17. ARNAUD ROUSSEAU
AGRICULTEUR ET PRÉSIDENT DE LA FNSEA
Il suffisait de se promener dans les travées du Salon de l’agriculture cette
année, qui a vu fleurir les stands des énergéticiens, pour comprendre
l’imbrication entre ces deux mondes. Le groupe Avril, dont Arnaud Rousseau est
président du conseil d’administration, en est un bon exemple : l’entreprise
d’agroalimentaire et aussi une spécialiste des biocarburants.
A la tête du syndicat agricole FNSEA, ce chef d’une grande exploitation
céréalière est forcément un homme incontournable quand il s’agit de parler
agrivoltaïsme, de méthanisation ou de panneaux photovoltaïques sur les hangars.
Ces dernières semaines, la FNSEA s’est d’ailleurs mobilisée sur deux sujets
emblématiques : contre la réduction des aides au photovoltaïque en toiture et
contre la PPL Lecamp qui aurait drastiquement limité la taille des projets
agrivoltaïques. A chaque fois, associé avec des lobbies des renouvelables.
Sur tous ces sujets, Arnaud Rousseau peut s’appuyer sur l’homme aux multiples
casquettes Olivier Dauger, administrateur de la FNSEA, coprésident de France gaz
renouvelables et vice-président de France agrivoltaïsme.
18. SOPHIE MOURLON
DIRECTRICE GÉNÉRALE DE L’ÉNERGIE ET DU CLIMAT
Dans une période d’instabilité politique et même à fort risque de vacance
gouvernementale, la puissante direction de l’énergie et du climat (DGEC) est
plus que jamais perçue comme le garant d’une forme de continuité dans l’action
publique.
Agente publique depuis toujours, Sophie Mourlon est à sa tête depuis juillet
2023, après avoir notamment été directrice générale adjointe de l’Autorité de
sûreté nucléaire entre 2011 et 2014.
Cette ingénieure générale des mines, diplômée de l’Ecole polytechnique, a la
réputation d’être une énorme bosseuse. Cela tombe bien, l’année a été riche,
entre la préparation de la programmation pluriannuelle de l’énergie ou celle du
plan national d’adaptation au changement climatique, et de nombreux sujets
annexes, comme le soutien au photovoltaïque ou les certificats d’économies
d’énergie…
19. EMMANUELLE WARGON
PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION DE RÉGULATION DE L’ÉNERGIE
C’est l’un des rares pôles de stabilité du secteur : depuis sa nomination à la
tête du gendarme de l’énergie, il y a près de trois ans, l’ex-ministre du
Logement a vu défiler quatre ministres de l’Energie. Elle est désormais bien
installée dans son rôle de caution technique du système énergétique, au-dessus
de la mêlée.
Si le devoir de réserve que lui impose sa fonction l’empêche de prendre
pleinement part aux débats politiques sur l’énergie, elle se retrouve du même
coup préservée de la fièvre qui s’empare régulièrement des décideurs sur ces
sujets inflammables.
Mais elle ne manque pas de prendre la parole régulièrement. De quoi se tailler
discrètement une place dans le paysage énergétique français.
20. LAURENCE TUBIANA
DIRECTRICE DE LA FONDATION EUROPÉENNE POUR LE CLIMAT
Plus discrète ces dernières années, l’architecte de l’Accord de Paris s’est
retrouvée sous le feu de projecteurs médiatico-politiques — et au tout premier
rang — l’été dernier.
Propulsée “première ministrable” après l’arrivée en tête de la gauche aux
législatives anticipées, elle finira par renoncer au bout de quelques jours, au
vu des divisions suscitées par sa candidature. Ce retour tonitruant a permis à
cette diplomate aguerrie de se tailler une place dans le débat public. Elle
multiplie notamment les apparitions publiques (ici, là ou encore ici) en défense
des négociations climatiques internationales.
Alors que le dixième anniversaire de l’Accord de Paris sera célébré lors du
prochain grand raout des discussions sur le climat à Belém, nul doute qu’elle ne
compte pas en rester là.
21. SYLVAIN WASERMAN
PRÉSIDENT DE L’ADEME
Après sa défaite en 2022 face à un député LFI, Sylvain Waserman avait rejoint
l’Ademe en 2023 et mis sa “tranquille autorité alsacienne” à son service. Un
profil politique, qui s’avère efficace face aux attaques. Ainsi a-t-il choisi de
répondre “pied à pied” aux menaces de dissolution de l’agence proférées par la
droite et l’extrême droite.
Il défend une écologie qui protège, “positive”, et partage des petits gestes qui
sauvent la planète sur LinkedIn, qu’il a largement investi depuis son arrivée à
la tête de l’Ademe. Il construit également un réseau d’élus et hésite de moins
en moins à rappeler à chaque représentant ce que l’agence fait pour eux
localement…
Sylvain Waserman met ces jours-ci les dernières touches à un livre sur
“l’espérance climatique”, imaginant un monde où l’on a basculé du bon côté de la
transition.
22. PASCAL CANFIN
DÉPUTÉ EUROPÉEN RENEW
Il fut un acteur central de la mise en place du Pacte vert européen, jouant un
rôle clé dans le passage de plusieurs textes importants. Pascal Canfin a depuis
pâti du revers cuisant subi par le camp macroniste aux européennes et, à titre
personnel, du retour de flamme à l’encontre du texte, qui avait bien failli le
faire dégringoler des listes du parti présidentiel.
Résultat : son influence dans les arcanes bruxellois s’est érodée, et celui qui
présidait la commission Environnement de l’hémicycle européen n’est plus que
coordinateur du groupe Renew au sein du même organe.
L’ancien écolo continue de peser par d’autres biais, défendant quand il le peut
les acquis environnementaux européens auxquels il a contribué, et montant
régulièrement au front pour encourager le passage à la voiture électrique.
Surtout, celui qui parle régulièrement à Emmanuel Macron continue de tisser sa
toile dans les coulisses du pouvoir, reste impliqué dans certaines nominations
stratégiques, et ne rechigne jamais à donner un petit coup de pouce à ses
protégés.
23. VALÉRIE MASSON-DELMOTTE
PALÉOCLIMATOLOGUE
L’écologie a plus de mal à percer le mur du son médiatique, alors la voix de
Valérie Masson-Delmotte aussi. La paléoclimatologue n’en reste pas moins une
scientifique respectée et écoutée.
Depuis qu’elle a laissé sa place de coprésidente du Giec, elle continue de
décrire sans relâche, dans les médias, dans les amphis ou devant des
professionnels, l’alarmante mécanique du réchauffement en cours. Avec une parole
plus libre, mais toujours son timbre posé.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, c’est contre les attaques
dont sont victimes les scientifiques et contre la désinformation climatique que
Valérie Masson-Delmotte a concentré ses efforts à travers le mouvement Stand Up
for Science.
24. JEAN-PHILIPPE TANGUY
DÉPUTÉ RASSEMBLEMENT NATIONAL DE LA SOMME
L’homme-orchestre du RN n’hésite jamais à sortir la grosse caisse. Y compris sur
des sujets comme l’énergie, qu’il empoigne avec plaisir. Proche de Marine Le
Pen, Jean-Philippe Tanguy, doté d’un sens inné de la provocation, a gardé de son
passage en tant que stagiaire chez Alstom un goût prononcé pour les questions
industrielles et énergétiques.
Elu dans la Somme, dans une circonscription où les éoliennes saturent la vue,
celui qui est membre de la commission des Finances n’a aucun mal à conspuer,
comme tous ses collègues RN, les énergies renouvelables et à se faire l’apôtre
du nucléaire. Quitte à essayer de faire tomber le gouvernement s’il considère
qu’il n’accorde pas une place assez importante à l’atome.
25. RAPHAËL SCHELLENBERGER
DÉPUTÉ DIVERS DROITE DU HAUT-RHIN
Longtemps, Raphaël Schellenberger a été le spécialiste des questions
énergétiques pour le groupe LR à l’Assemblée. Mais celui qui a présidé la très
médiatique commission d’enquête sur la souveraineté énergétique a rompu avec ses
anciens collègues.
Cela ne l’empêche d’être à l’initiative : la semaine dernière, il proposait à
François Bayrou un “chemin de crête” pour publier sans trop de contestations la
programmation énergétique.
En matière d’énergie, ce député trouve que les textes législatifs sont trop
bavards, imaginant une programmation qui se contente de définir les grandes
stratégies : décarboner, quel que soit le moyen de production, et préparer la
montée en cadence de l’électrification.
Localement, le député de droite ne s’en cache pas : il veut faire revenir
l’atome dans sa circonscription, où se trouve la centrale nucléaire de
Fessenheim, en cours de démantèlement.
26. LAURENCE POIRIER-DIETZ
DIRECTRICE GÉNÉRALE DE GRDF
Reconduite en mars à la tête de GRDF pour quatre ans, celle qui a fait ses
classes dans d’autres filiales de la maison-mère Engie a également pris la
présidence, en octobre, de l’association européenne de distributeurs gaziers.
Il faut dire que GRDF et sa patronne s’imposent de plus en plus comme de zélés
VRP du biogaz, n’hésitant pas à faire sauter dans le vide l’humoriste Jamel
Debbouze pour son premier spot télé depuis sept ans.
Le gestionnaire travaille aussi ses liens avec les artisans, les agriculteurs et
les collectivités dans un argumentaire qui fait souvent mouche auprès des
parlementaires. Son lobbying a échoué à exempter certaines chaudières d’une
hausse de TVA, mais a réussi à éviter une augmentation de la fiscalité sur le
gaz.
27. MAXIME LAISNEY
DÉPUTÉ LFI DE SEINE-ET-MARNE
Le député Insoumis a pris en main les questions énergétiques dans son groupe.
Bûcheur, il ne rechigne à s’attaquer à aucun sujet, même les plus compliqués. Il
va mener une mission sur le prix de l’énergie après avoir dit tout le mal qu’il
pensait de l’accord entre l’Etat et EDF à l’occasion du débat budgétaire.
Il est progressivement devenu antinucléaire : “Plus je travaille sur ces
questions, plus je me dis qu’il ne faut pas s’entêter dans la relance de cette
énergie.”
28. CAMILLE ETIENNE
AUTRICE ET ACTIVISTE ÉCOLOGISTE
En septembre, Camille Etienne s’est exilée à Oxford pour reprendre ses études de
science politique. Mais la diète médiatique de la militante est toute relative :
elle continue de monter au front régulièrement, dans les médias ou auprès de ses
500 000 abonnés sur Instagram.
Sa force de frappe a aidé le milieu écolo à engranger deux victoires récentes :
contre les polluants éternels à l’Assemblée, et contre l’exploitation des fonds
marins. Camille Etienne n’oublie pas non plus sa cible favorite : l’industrie
pétrogazière, et surtout TotalEnergies, dont elle fustige en particulier les
activités au Yémen et le projet d’oléoduc en Ouganda.
29. OLGA GIVERNET
DÉPUTÉE EPR DE L’AIN
Sa nomination au poste de ministre chargée de l’Energie sous la tutelle d’Agnès
Pannier-Runacher a surpris la petite bulle qui ausculte ce portefeuille de près.
Ce serait sans doute mensonger de dire qu’en trois mois, Olga Givernet a pu
laisser une empreinte (elle n’a pas été reconduite après la censure du
gouvernement Barnier), même si cette ingénieure de formation a fait parler
d’elle en épinglant quelques acteurs des certificats d’économies d’énergie, ou
en parvenant à conclure un accord coûteux pour l’avenir de la centrale à
biomasse de Gardanne.
Redevenue députée, dans une circonscription proche de la centrale nucléaire du
Bugey, Olga Givernet se mobilise encore sur les sujets énergétiques et dit avoir
régulièrement des nouvelles de ceux qui l’ont côtoyée pendant ses trois mois à
Roquelaure.
30. JULIE LAERNOES
DÉPUTÉE ECOLOGISTE DE LOIRE-ATLANTIQUE
Julie Laernoes doit parfois se sentir un peu seule. Dans un moment où la gauche
a délaissé la bataille de l’énergie, la députée écolo née à Delft (Pays-Bas)
tente de relever le drapeau.
Si son groupe peine à inscrire des textes sur l’énergie à l’agenda, préférant
“tenter d’avoir des victoires” sur des sujets plus consensuels, elle continue de
déposer des propositions de loi. L’année dernière, c’était sa version d’une PPL
de programmation énergétique, qu’elle n’a pas votée après son passage en
commission. Plus récemment, ce fut une proposition de résolution s’attaquant aux
importations de gaz naturel et uranium russes.
Elue de Loire-Atlantique, Julie Laernoes s’est aussi forcément intéressée au
sort de la centrale à charbon de Cordemais ou au ralentissement de l’éolien
offshore qui menace 300 postes chez General Electric.
31. EVA MOREL
SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ET FONDATRICE DE QUOTACLIMAT
Lancé en 2022 à l’occasion de la campagne électorale pour l’élection
présidentielle, QuotaClimat entend donner plus de place à la crise climatique
dans les médias.
Une activité militante qui se décline entre veille et analyse de la propagation
du climatoscepticisme, plaidoyer en faveur de davantage de régulation, mais
aussi en attribuant des bons et surtout de mauvais points aux médias qui ne font
pas assez ou pas comme il faut.
Collaboratrice parlementaire pendant quatre ans, Eva Morel s’est engagée à 100%
dans l’association en tant que secrétaire générale l’été dernier. Parmi leurs
victoires, le dépôt en mai d’une proposition de loi (victime de la dissolution)
pour renforcer les pouvoirs du régulateur des médias en matière de traitement
des sujets environnementaux et climatiques.
32. ALEXANDRE LOUBET
DÉPUTÉ RN DE MOSELLE
Le directeur de campagne de Jordan Bardella pendant les élections européennes —
puis les législatives qui ont suivi — a invité son chef à un barbecue devant la
centrale à charbon de Saint-Avold en pleine campagne, permettant de médiatiser
et politiser la reconversion du site. Depuis, il s’attribue largement le
déblocage de la situation, même si c’est une proposition de loi à laquelle il
n’a pas été associé qui a permis de le faire.
Bien plus libéral que Jean-Philippe Tanguy, le député a lancé une commission
d’enquête sur la réindustrialisation qui doit lui permettre de rencontrer de
nombreux patrons et de se crédibiliser. Il voit grand pour celle-ci et aimerait
auditionner Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, ou celui d’EDF.
33. MATHILDE CAILLARD
ACTIVISTE POUR LA JUSTICE SOCIALE ET CLIMATIQUE
La militante est davantage connue sous son pseudo : “mcdansepourleclimat”. Avec
son collectif Planète boum boum, elle se mobilise en musique et dans la bonne
humeur pour des causes, notamment à l’occasion des manifestations contre la
réforme des retraites (“Retraites, climat : même combat ! Pas de retraité·es sur
une planète brûlée”), ou en faveur du fret ferroviaire, dans un hommage au
slogan des Tuche.
Mathilde Caillard entend “lutter dans la joie, par la danse, par le chant [pour]
sortir de l’apathie”, ainsi qu’elle l’écrit dans Vert, après avoir été harcelée
et critiquée en ligne pour une vidéo de danse en manifestation.
PARIS — Depuis plusieurs années, de nombreux parlementaires s’offusquent de
l’absence de loi ambitieuse sur l’énergie. Il aura fallu un équilibre
gouvernemental fragile, et une menace de censure du RN pour que l’hypothèse
revienne sérieusement sur la table.
“Il est normal que le Parlement s’exprime sur un sujet aussi important”, a
tranché François Bayrou, annonçant ce mercredi au Figaro la tenue prochaine d’un
débat sans vote sur la programmation énergétique, mais aussi l’examen d’une
proposition de loi déjà adoptée au Sénat, déposée par Daniel Gremillet (LR).
Le matin même, Marine Le Pen avait réitéré dans Le Parisien sa menace de
censure, si la programmation énergétique passait par décret, considérant que “ça
doit passer par la loi”. Le projet de programmation proposé par le gouvernement
“enferme la France dans des politiques toxiques, mortifères et ruineuses pour
les dix prochaines années”, déplorait-elle.
Depuis 2022, nombre de parlementaires sur tous les bancs réclament une loi
dédiée. Mais dans la dernière ligne droite, ce sont Les Républicains et le
Rassemblement national qui sont les plus bruyants.
Entre un Parlement qui n’arrivera pas à un consensus sur le sujet et des
filières industrielles pressantes, l’exécutif est décrit comme fébrile par de
nombreux acteurs et peinait à trouver une porte de sortie.
La programmation est en discussion depuis plusieurs mois, le secteur et beaucoup
d’élus ont pris part aux échanges. Début novembre, le gouvernement a présenté un
texte sans guère de surprises. Une dernière consultation se tient jusqu’au 5
avril et laisse la voie libre à une publication du décret.
Ce décret de programmation énergétique (PPE) trace les grandes lignes de la
production d’énergie en France, et permet de déclencher des appels d’offres et
des soutiens publics à différentes filières. Depuis la loi climat de 2019, la
PPE doit s’adosser à une loi de programmation, mais, depuis un an, les
gouvernements successifs ont décidé de faire fi de cette obligation.
LA DROITE ET LE RN À L’ASSAUT
Des inquiétudes récentes sur les conséquences des énergies renouvelables sur le
système électrique, notamment le photovoltaïque, se sont ajoutées à une défiance
bien installée. Les antirenouvelables ont surfé dessus. Début décembre,
plusieurs anciens dirigeants d’énergéticiens — entre autres —, dont l’ex-patron
d’EDF Henri Proglio, ont publié une tribune dénonçant leur “développement à
marche forcée”.
Ils réclament la suspension du décret, qui prévoit pourtant une relance du
nucléaire qu’ils plébiscitent, mais encourage dans le même temps le déploiement
des énergies renouvelables.
Mi-mars, deux sénateurs ont rassemblé 159 de leurs collègues de droite et
centristes pour demander également dans une lettre ouverte au Premier ministre
la suspension immédiate du décret et la tenue d’un débat parlementaire. Mardi,
ils ont organisé une conférence de presse pour enfoncer le clou.
Les énergies renouvelables sont une “usine à fabriquer de la subvention à la
charge du contribuable”, a regretté Henri Proglio, présent à la conférence de
presse. Il estime que “tout est fait pour organiser la catastrophe à laquelle
nous assistons aujourd’hui”.
Des idées reprises également par le Rassemblement national. Dans une tribune
publiée le 23 mars, Jean-Philippe Tanguy et Maxime Amblard — ancien de Framatome
élu député en juillet dernier — ont dénoncé “le mirage, mais surtout le danger
de l’idée d’une complémentarité entre le nucléaire et les énergies
intermittentes”, prétendant que seul leur parti se prononce à ce sujet.
A gauche, les voix sont moins fortes ces derniers temps. Le sénateur PS Franck
Montaugé rappelle qu’il dit “depuis près de deux ans” que passer par un décret
serait un “déni de démocratie”. “Comme nous sommes à la fois ni contre le
nucléaire ni contre les énergies renouvelables, nous ne pouvons pas avoir la
même exposition que d’autres sur la PPE”, décrypte un collaborateur socialiste,
qui concède que les parlementaires de gauche n’arrivent pas à se faire entendre
face à la mobilisation des antirenouvelables.
“On sait très bien qu’une loi n’ira pas dans notre sens et ne pourra pas être
mieux que la PPE aujourd’hui”, glisse également un collaborateur Ecologiste,
justifiant ainsi le mezzo voce de son groupe. Il regrette que le gouvernement ne
se soit pas tourné vers sa gauche sur ce sujet.
De l’autre côté, les filières et entreprises sortent petit à petit du bois pour
demander à ne pas perdre de temps. “Le doute s’installe”, s’inquiétait la
semaine dernière un lobbyiste du monde de l’énergie. “Le risque que ce décret ne
soit pas publié est non nul.”
Plusieurs lobbies du secteur et des grands énergéticiens espèrent qu’il paraîtra
rapidement. A l’image d’Engie, qui a organisé lundi un point presse pour
rappeler que le décret est “un texte important, qui donne de la visibilité”, une
“boussole” qui peut aussi “être agile et être révisée”. Et sa patronne,
Catherine MacGregor, en a remis une couche dans un post sur LinkedIn.
LE DÉBAT PARLEMENTAIRE IMPOSSIBLE
Le gouvernement a longtemps tergiversé, et s’il décide finalement d’en passer
par une loi, il ne s’est pas facilité la tâche.
Alors à Bercy, Bruno Le Maire et Roland Lescure ont abandonné l’idée d’un projet
de loi au début de l’année dernière. Quand Daniel Gremillet (LR) a déposé sa
proposition de loi de programmation en mai dernier, il n’a pas reçu de soutien
immédiat du gouvernement.
Mercredi, François Bayrou a annoncé que cette PPL, adoptée en novembre au Sénat,
sera reprise à l’Assemblée nationale. Elle n’a pas bénéficié de la procédure
accélérée et devra donc ensuite retourner au Sénat pour une deuxième lecture.
Si le gouvernement n’a pas accordé cette procédure, c’est parce que la version
originale du texte “ne convenait pas”, explique Olga Givernet, députée (EPR) et
ministre déléguée à l’Energie au moment de son examen. Mais elle estime que le
travail au Sénat a permis de l’améliorer et d’ajouter “quelques points
législatifs nécessaires” pour accompagner la PPE.
Depuis plusieurs jours, plusieurs ministres se sont exprimés en faveur d’un
débat, avec ou sans vote. “Personne n’a envie de discuter d’un truc qui va être
une empoignade généralisée”, avertissait cependant une figure du gouvernement.
François Bayrou n’a pas précisé au Figaro la date de publication du décret, qui
devrait se faire avant l’examen de la PPL Gremillet, tant le calendrier
parlementaire est contraint. Celle-ci devrait se faire “dès que le retour de
consultation aura été réalisé”, indique-t-on dans l’entourage du Premier
ministre.
Reste à voir si cela apaisera les menaces de censure, ou les appels à attaquer
le décret dès sa parution. Car en l’état, le Parlement ne se prononcera pas
formellement sur son contenu.
Ce papier a été mis à jour pour préciser le calendrier de parution du décret.
PARIS — Lui-même ne s’y attendait pas, en tout cas pas ce jour-là, selon trois
sources au fait de l’affaire : reçu vendredi après-midi par Eric Lombard,
ministre de l’Economie et des Finances, le PDG d’EDF, Luc Rémont, s’est vu
montrer la porte.
Et sans ménagement : tombé quelques heures plus tard, le communiqué de l’Elysée
annonçant la nomination, à sa place, de Bernard Fontana — actuel directeur
général de Framatome, l’équipementier nucléaire d’EDF — ne contenait pas un mot
pour lui.
Si la rupture est brutale, c’est que l’exécutif, lassé des retards accumulés sur
la construction de six nouveaux réacteurs et de l’entêtement du PDG d’EDF, était
pressé de reprendre la main.
Luc Rémont est arrivé à la tête d’EDF à la fin de l’année 2022. Une année
désastreuse pour l’énergéticien, alors que de nombreuses centrales sont à
l’arrêt. De minuscules fissures ont été découvertes sur la tuyauterie permettant
de refroidir le cœur des réacteurs — un phénomène inattendu appelé “corrosion
sous contrainte” et nécessitant de longues réparations.
Des problèmes désormais loin derrière lui : en 2024, les centrales ont retrouvé
leurs couleurs, la production d’électricité de l’entreprise revenant à un
excellent niveau. Signe qu’EDF va mieux, la production électrique du pays tout
entier atteint un niveau jamais vu depuis 2019.
Le 21 février dernier, Luc Rémont était tout sourire pour présenter les bons
résultats du groupe, première année où il présentait son bilan, basé sur son
projet d’entreprise.
Sauf que ledit projet ne cadre pas avec celui de l’Etat.
Le PDG veut accompagner des constructions de réacteurs dans toute l’Europe pour
mobiliser la filière, tout en vendant son électricité atomique à un prix
suffisamment élevé pour rentabiliser les investissements du groupe.
L’Etat de son côté veut faire d’EDF le “bras armé” de sa stratégie énergétique
et industrielle après son retour à 100% dans le giron public en 2023, et lui
demande de se concentrer avant tout sur la France tout en consentant des
réductions aux industriels très gourmands en électricité pour garantir leur
compétitivité.
“Assez vite, [les ministres] ont perdu le contrôle sur la vision que Luc Rémont
a déployé pour lui-même sur EDF. Et après, c’était fini”, analysait
rétrospectivement un ex-conseiller ministériel, il y a quelques jours.
Mais si Luc Rémont a été remercié, c’est principalement en raison des retards
pris dans la construction des six nouveaux réacteurs, promise par le président
de la République il y a trois ans et dont la mise en service doit se faire à
partir de 2038, ont confirmé plusieurs sources à POLITICO.
“La décision est mûrie depuis plusieurs mois”, explique ainsi un conseiller à
Bercy, selon lequel Luc Rémont n’arrivait pas “à incarner ni à mettre en œuvre”
la relance nucléaire. “Il y a un vrai désaccord sur le pilotage industriel”,
résume un deuxième conseiller.
“COUP DE GRÂCE”
Le sort du PDG aurait été scellé lundi, à l’occasion du conseil de politique
nucléaire, selon ces mêmes sources. Régie par le secret-défense, l’instance
présidée par Emmanuel Macron, prend les principales décisions sur le nucléaire
civil en comité très restreint.
Seul le Premier ministre, certains membres du gouvernement et quelques hauts
fonctionnaires ont le droit d’y assister. Joël Barre, vigie de l’Etat sur la
relance de l’atome, et le Haut-commissaire à l’énergie atomique Vincent Berger
sont également présents.
Rassemblée autour d’une table, la crème des décideurs de la chose atomique ont
dressé un bilan contrasté de la relance du nucléaire français, en présence de
Luc Rémont, selon plusieurs personnes au fait des échanges. Dans la foulée, un
communiqué de l’Elysée acte à demi-mot la mise sous tutelle du chantier atomique
de l’entreprise par l’Etat.
Joël Barre et son équipe de la délégation interministérielle du nouveau
nucléaire (Dinn) assureront un “suivi renforcé” du programme de relance, avec
des rendez-vous mensuels entre EDF et la Dinn, et un rendez-vous tous les six
mois avec le PDG de l’entreprise et l’Etat.
La réunion “a permis de constater qu’aucun dossier n’avançait et que cette
paralysie décisionnelle mettait en risque le programme”, selon le deuxième
conseiller cité plus haut. Ça a été le “coup de grâce”, abonde le premier : le
président de la République était “très mécontent” de la tournure du CPN et “a
tranché très vite après”.
Il y a quelques semaines, Joël Barre expliquait à POLITICO le retard pris dans
le dossier à la fois par les “soubresauts de l’actualité politique” des derniers
mois mais surtout par un “retard du côté EDF sur l’affermissement et la
consolidation du devis et du calendrier”. Initialement attendu à la fin de
l’année dernière, le devis définitif des six nouveaux réacteurs était désormais
espéré par l’Etat pour la fin 2025, voire début 2026, détaillait-il.
Ce report d’un an “a été ressenti comme absolument inadmissible, d’autant plus
que c’était une surprise”, détaille encore le deuxième conseiller à Bercy.
“Sur le plan industriel, deux ans ont été perdus sur la réussite concrète de
l’EPR2, dont le design n’est toujours pas abouti et dont le modèle financier
n’est toujours pas bouclé”, grince un bon connaisseur du dossier ayant requis
l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement. “L’énergie de dingue
consacrée [par Luc Rémont] à faire sa politique commerciale et à ne pas réguler
n’a pas été consacrée à… en fait… gérer la boîte”.
“Le Conseil de politique nucléaire a été l’occasion de montrer qu’il y avait
aussi beaucoup de défis qui restaient devant nous”, admettait un conseiller
ministériel lors d’un point presse organisé vendredi, invoquant la nécessité
pour l’Etat de “passer dans une phase nouvelle” de la relance de l’atome, “avec
un profil plus industriel”.
“Il est impératif de réagir rapidement”, explique-t-on encore à Bercy.
Les ambitions européennes de Luc Rémont interrogeaient également. Le patron
d’EDF, déjà engagé dans des projets au Royaume-Uni et en France, voit plus
grand, et prospecte aux quatre coins du continent pour vendre ses réacteurs, de
la République Tchèque à la Suède en passant par l’Italie et la Pologne. Une
envie d’ailleurs qui n’est pas au goût de la Cour des comptes, qui recommandait
dans un récent rapport de privilégier la France.
Ni à celui de Joël Barre. Au cours du même entretien avec POLITICO, si celui-ci
convenait qu’il “faut être présent” à l’étranger, il enjoignait l’énergéticien à
s’assurer que ses offres à l’export soient en “synergie avec le programme
français” et compatibles avec ses ressources.
Luc Rémont, à l’occasion de la présentation des résultats d’EDF, contestait “se
disperser” mais expliquait chercher à créer “la surface suffisante” pour amener
la filière nucléaire européenne “au meilleur niveau de performance”.
SOUTIEN AUX INDUSTRIELS
C’est une autre facette de la gestion de Luc Rémont qui occupait ces derniers
jours les projecteurs politico-médiatiques : les rabais réclamés par l’Etat sur
le prix de l’électricité nucléaire dédiée aux industriels très gourmands en
électricité, les électrointensifs.
Soumises à une forte concurrence internationale et se disant très affectées par
la flambée de leurs factures énergétiques, ces entreprises issues de divers
secteurs de l’industrie lourde comme l’acier ou la chimie forment la pierre
angulaire du complexe industriel français. Dans l’esprit de l’exécutif, leur
survie est donc primordiale pour préserver les espoirs gouvernementaux de
réindustrialiser le pays, tout en le décarbonant.
Mises en service entre 1979 et 1994 et quasiment toutes amorties, les centrales
nucléaires existantes soutiennent ces industriels grâce à un dispositif régulé,
l’Arenh, qui doit s’éteindre à la fin de l’année.
En 2023, EDF, sous l’égide de Luc Rémont, et le gouvernement d’Elisabeth Borne
engagent des discussions houleuses pour imaginer un nouveau dispositif, lors
desquelles Luc Rémont menace plusieurs fois de démissionner. Avant de parvenir à
un accord aux contours flous conclu mi-novembre 2023 et jamais rendu public,
mais que POLITICO a pu consulter.
Le patron d’EDF, qui a auparavant dirigé la filiale française de la banque
d’investissement Merrill Lynch pendant cinq ans, entend pour le post-Arenh avoir
les coudées franches et obtient du gouvernement une liberté commerciale
quasi-totale. En échange, l’énergéticien s’engage à signer des contrats à long
terme avec ces industriels, adossé à la production nucléaire, pour un volume
total de 40 térawattheures.
“L’Etat souhaitait qu’EDF ‘brade’ des offres pour garder des électrointensifs
sur le territoire quand EDF cherche à gagner sa vie et à préparer ses nombreux
investissements”, résumait un lobbyiste spécialisé dans la foulée de l’annonce
du départ de Luc Rémont.
Mais les négociations patinent. Un an et demi après la signature de l’accord,
seules dix lettres d’intention ont été signées avec des industriels pour un
volume total de 12,7 térawattheures, pour seulement deux contrats paraphés.
EDF reconnaît avoir signé moins de contrats à long terme que prévu, mais y voit
davantage l’effet de la baisse des prix sur le marché l’électricité, qui
n’incite pas les industriels à signer.
Depuis plusieurs mois, lors de réunions dans les ministères, Luc Rémont se
refuse à baisser les prix proposés par EDF pour ses contrats de long terme. “Il
prétend avoir fait tous les efforts possibles pour proposer un prix
‘compétitif’”, grince une ancienne conseillère.
Au début du mois, Marc Ferracci, le ministre de l’Industrie et de l’Energie a
réclamé à EDF un bilan écrit des négociations, transmis la semaine dernière, que
son cabinet est en train d’examiner. “Ce bilan montre que 1% de l’objectif est
atteint” pour le volet industriel de l’accord, constate simplement le cabinet.
Cette demande fait suite à l’annonce par EDF de la mise aux enchères prochaine
des contrats à long terme aux plus offrants. Elle renforce les inquiétudes des
industriels et réveille les responsables politiques. Anciens ministres et
parlementaires mulitplient les prises de parole pour pousser EDF à revoir sa
copie.
EDF fait “un bras d’honneur à l’industrie française”, s’insurgeait publiquement
jeudi soir Benoît Bazin, le PDG de Saint-Gobain, un électrointensif.
“EDF n’a pas rempli sa part du contrat” pour accompagner l’industrie, pestait
pour sa part l’ancien ministre Roland Lescure auprès de POLITICO.
Les industriels ont mené “une campagne” contre EDF et ses dirigeants, selon une
interlocutrice au fait des échanges. Ce qui n’a pas arrangé les relations déjà
tendues avec l’exécutif. Et a sûrement facilité la décision du gouvernement de
débrancher Luc Rémont.
Bernard Fontana, un industriel chevronné, prendra les rênes d’EDF en avril, si
sa nomination est confirmée par les parlementaires. Il aura pour principale
tâche de recentrer les activités de l’entreprise autour de la construction de
nouveaux réacteurs nucléaires en France. Et sera surveillé de près.
Pauline de Saint Remy a contribué à cet article.
FLAMANVILLE — Stéphane Séjourné, vice-président de la commission européenne
chargé de l’industrie, s’est rendu la semaine dernière dans la centrale
nucléaire de Flamanville, en Normandie, mais il espère se faire entendre jusqu’à
Bruxelles. Son message : il est temps d’écouter les défenseurs du nucléaire.
“Il y a une partie de l’Europe — qui, je pense, est majoritaire aujourd’hui —
qui considère que le nucléaire doit entrer dans notre logique de décarbonation,
qui est une logique économique”, a déclaré Stéphane Séjourné à POLITICO, à bord
d’un TER qui rentrait à Paris, jeudi soir dernier.
“Le contexte a changé, économique et social. Le contexte politique aussi, et
donc il faut pouvoir s’adapter.”
La campagne atomique de Stéphane Séjourné s’inscrit dans le cadre d’une
offensive plus large menée par le gouvernement français pour renverser la vapeur
en matière d’énergie nucléaire à dans les instances européennes.
L’Union européenne a toujours exclu l’énergie atomique des mesures d’incitation
qu’elle accorde aux sources d’énergies renouvelables, comme l’éolien ou le
photovoltaïque. Une situation que les défenseurs de l’atome veulent modifier.
Leur argument : en tant qu’énergie bas carbone, le nucléaire mérite un plus
grand soutien de la part de Bruxelles, pour apporter sa pierre à l’édifice de la
transition énergétique.
Aujourd’hui, le gouvernement français peut compter sur Stéphane Séjourné. Le
commissaire européen fait pression pour que cette façon de voir soit au cœur du
Pacte pour l’industrie verte (Clean Industrial Deal), le futur plan de l’UE pour
aider les industries à réduire leurs émissions de carbone, qui doit être
présenté le 26 février par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission.
Le commissaire français n’est pas seul dans sa quête. La guerre en Ukraine, la
crise énergétique qui s’ensuivit et le virage à droite de l’Europe – les partis
de droite étant plus favorables au nucléaire – sont autant d’arguments qui ont
renforcé le statut de l’énergie atomique sur le continent.
A cela s’ajoute le situation politique en Allemagne. Le pays, meilleur ennemi de
la France pour tout ce qui touche au nucléaire, est accaparé par son
gouvernement démissionnaire, ses élections prévues pour la semaine prochaine et
une économie en perte de vitesse. Cela crée une ouverture que les défenseurs du
nucléaire ne veulent pas manquer.
Les partisans du nucléaire jettent toutes leurs forces dans la bataille. La
semaine dernière, le Medef et les fédérations patronales de treize autres pays
d’Europe et du Royaume-Uni ont signé une déclaration demandant un soutien accru
de l’UE au secteur nucléaire.
Le nouveau groupe se veut l’équivalent — pour le secteur privé — de l’Alliance
nucléaire, au sein de laquelle une douzaine de pays membres de l’UE, le
gouvernement français en tête, se rencontrent régulièrement lors des réunions
des ministres de l’Energie à Bruxelles.
Il y a une “logique économique” à relancer l’énergie nucléaire en Europe,
explique Stéphane Séjourné, qui estime qu’il s’agit d’un atout compétitif.
L’électricité d’origine nucléaire “est décarbonée, elle nous permet d’atteindre
notre [objectif] de souveraineté européenne, elle fait baisser le prix aussi
parce que la quantité de production est quand même énorme”, fait-il valoir.
Pourtant, les derniers réacteurs nucléaires construits ou en cours de
construction en Europe ont tous connu des retards importants et des dépassements
de coûts. Une situation qui soulève des questions quant à la capacité de
l’industrie de pouvoir livrer de nouveaux réacteurs dans les délais et les
budgets impartis.
Le dernier réacteur d’EDF construit à Flamanville, que Stéphane Séjourné a
visité cette semaine, est devenu le symbole des difficultés de l’industrie. La
construction a duré 17 ans au lieu de cinq et a coûté sept fois plus que prévu,
selon un récent audit de la Cour des comptes.
Bien que les représentants de l’industrie affirment qu’ils peuvent aller plus
vite si on leur donne des objectifs clairs et inamovibles, ces difficultés ont
incité les autorités françaises à faire preuve de prudence.
Si gouvernement français si tient prêt à approuver le financement public de six
nouveaux réacteurs nucléaires, il le fera notamment à condition qu’ils
produisent de l’électricité à des prix “compétitifs” par rapport aux sources
d’énergies renouvelables comme l’éolien offshore, a récemment confié à POLITICO
Joël Barre, le haut fonctionnaire chargé de superviser la relance du nucléaire
en France.
Et même si les vents politiques semblent souffler en faveur de Stéphane
Séjourné, son prosélytisme nucléaire sans fard pourrait s’accompagner de risques
politiques.
Lorsqu’on lui demande s’il craint de se mettre à dos certains de ses collègues
commissaires européens, l’ancien ministre français des affaires étrangères — qui
est un proche du président Emmanuel Macron — répond qu’il a été envoyé à
Bruxelles “pour faire bouger les lignes”.
“Il faut respecter ceux qui ne sont pas de cet avis, c’est pour ça qu’il y a des
discussions, ajoute Stéphane Séjourné, un drapeau de l’UE épinglé au revers de
sa veste. Après, ça n’empêche pas d’assumer une parole forte sur ce sujet de la
part du commissaire français.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
PARIS — Les parlementaires ont confirmé aujourd’hui la nomination de
Pierre-Marie Abadie à la tête de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui
deviendra l’ASNR suite à sa fusion avec l’autre organisme responsable de la
surveillance de l’atome au 1er janvier prochain.
L’intéressé a obtenu une courte majorité, récoltant 44 voix parmi les membres
des commissions du Développement durable des deux chambres, ont indiqué à
POLITICO deux sources parlementaires. Soit neuf de plus que le seuil nécessaire
à sa nomination.
Le vote a donné lieu à de nombreuses abstentions : 12 à l’Assemblée, et 17 au
Sénat.
Proposé pour reprendre le poste par l’Elysée en mai, Pierre-Marie Abadie aurait
dû être auditionné par les parlementaires mi-juin. Son audition ayant cependant
été repoussée par la dissolution, il a finalement été entendu la semaine
dernière à l’Assemblée, et ce matin au Sénat. Les urnes du Palais-Bourbon
avaient été scellées en attendant sa seconde audition ce matin.
Au cours des auditions, plusieurs parlementaires, dont la députée Ecologiste
Julie Laernoes, s’étaient inquiété des liens de Pierre-Marie Abadie avec
l’Agence de gestion des déchets radioactifs (Andra), qu’il dirige depuis dix
ans.
Le projet d’enfouissement de déchets souterrains Cigéo, porté par l’Andra, étant
en cours d’instruction par l’ASN, Pierre-Marie Abadie a annoncé qu’il se
déportera de ce dossier.
Il prendra ses fonctions le 13 novembre.
Pendant des années, Michele Governatori, spécialiste de l’énergie reconnu en
Italie, a été régulièrement invité au lycée de sa fille. Il a tenté, et échoué,
à capter l’attention des adolescents distraits.
Ensuite, il a débattu avec Avvocato atomico, l’avocat de l’atome, et ça l’a
transformé en quelqu’un d’important.
Avvocato atomico, ou Luca Romano dans la vraie vie, est un influenceur qui
éveille numériquement une nouvelle génération d’Italiens aux opinions
pro-nucléaires, un virage à 180 degrés par rapport à leurs parents et
grands-parents, qui ont banni la source d’énergie non pas une fois, mais deux
fois.
“Tout le monde dans la classe de ma fille connaissait Avvocato atomico”, raconte
Michele Governatori, qui travaille pour le think tank Ecco. “Ma fille a commencé
à me demander pourquoi l’Italie n’investissait pas dans l’énergie nucléaire pour
résoudre la crise climatique.”
Avec une armée de 186 000 followers sur Instagram et 132 000 sur TikTok, Luca
Romano est rapidement devenu l’une des personnes les plus en vue pour
réhabiliter le nucléaire en Italie. Son message, distillé dans des milliers de
posts et de vidéos, est que s’opposer au nucléaire est un non-sens idéologique
et risque d’entraver la transition écologique.
L’argumentaire trouve un écho auprès d’une jeune génération éco-anxieuses,
branchée sur les réseaux sociaux et ouverte à une technologie qu’elle n’associe
plus aux effondrements et aux guerres apocalyptiques.
En 2023, près de deux tiers des Italiens âgés de 18 à 54 ans étaient favorables
à la construction de nouvelles centrales nucléaires, selon l’institut de sondage
SWG qui suit l’évolution de l’opinion publique italienne. Pour les plus de 55
ans, ce chiffre n’est que de 47 %.
La première ministre italienne, Giorgia Meloni, s’est emparée de cette évolution
de l’opinion publique, exhortant son pays à revenir à l’énergie nucléaire.
Ces nouvelles centrales ne sont pas nécessairement faciles à vendre. L’Italie,
patrie du physicien atomique Enrico Fermi et autrefois troisième producteur
mondial d’énergie nucléaire, s’est détourné du nucléaire à la suite de la
catastrophe de Tchernobyl en 1986. Le pays a voté pour la fermeture de ses
centrales nucléaires et réaffirmé cette décision en 2011 lorsque le gouvernement
a tenté de les rouvrir.
Mais les jeunes Italiens ne sont pas attachés à cet héritage culturel et Luca
Romano a déclaré à POLITICO qu’ils voyaient le nucléaire d’un œil nouveau.
“Les jeunes n’ont pas vécu les traumatismes de la guerre froide et de
Tchernobyl, mais ils ont très peur du changement climatique”, explique
l’influenceur. “C’est pourquoi ils considèrent le nucléaire, qui fait partie du
panel de solutions, d’une manière plus favorable.”
JOUER À L’AVOCAT DE L’ATOME
Luca Romano a créé son compte lorsque la pandémie a frappé le pays en 2020. Le
professeur de mathématiques et de physique a dû travailler en ligne, et il a vu
ce compte comme un moyen de s’en sortir.
Le projet s’est développé tout seul, explique Luca Romano, attirant des milliers
de followers à chaque fois que l’énergie nucléaire faisait la une de
l’actualité. Que ça soit la décision controversée de l’Union européenne de
qualifier l’énergie nucléaire d’investissement “durable” ou les articles
évoquant la décision japonaise de rejeter dans la mer l’eau de la centrale de
Fukushima. À chaque fois, le nombre de followers grimpait.
Puis il y a eu la plus grande histoire de toutes : l’occupation par la Russie de
la centrale nucléaire de Zaporijia, en Ukraine. Luca Romano affirme que son
nombre d’abonnés a augmenté de 50 % en une semaine ce jour-là.
Du point de vue de Luca Romano, la couverture médiatique de ces événements a
donné lieu à “beaucoup d’alarmisme injustifié”. Son objectif est de faire la
part des choses : “Il y a beaucoup de fake news en ligne, mais la presse
italienne est pire.”
L’engouement pour ses contenus a ouvert au créateur des opportunités
commerciales, lui permettant de quitter son poste d’enseignant deux ans après
avoir lancé ses activités en ligne. Aujourd’hui, dit-il, l’essentiel de ses
revenus provient de conférences, des droits d’auteur de son livre, de dons
Patreon ou encore d’une boutique en ligne où les fans peuvent acheter des
gadgets personnalisés, comme des bouteilles portant l’eau “Eau de Fukushima” sur
le côté.
Des entreprises ont également contacté Luca Romano, lui proposant de s’associer
pour réaliser des vidéos promotionnelles.
Luca Romano se montre prudent face à ces offres. Il a par exemple refusé un
offre d’ENI, le géant italien du pétrole et du gaz, qui lui demandait de
promouvoir ses recherches sur la fusion nucléaire, un espoir toujours présent
selon lequel l’imitation du processus de production d’énergie du soleil pourrait
créer une énergie quasi illimitée. L’entreprise proposait, selon l’influenceur 5
000 euros par reel Instagram.
“Il n’a pas été facile de dire non”, nous a-t-il expliqué.
Luca Romano a pris sa décision parce qu’ENI a promis que cette fusion serait
accessible commercialement d’ici à 2030. Pour lui, c’est totalement irréaliste :
“Soit [Claudio Descalzi, PDG d’ENI] ment, soit on lui ment”, détaille-t-il.
ENI n’a pas répondu à notre demande de commentaire.
Luca Romano, en revanche, a dit oui à une start-up italienne spécialisée dans
l’énergie qui conçoit des miniréacteurs nucléaires, qui pourraient, esen
théorie, être produits industriellement à un coût bien inférieur à celui des
réacteurs traditionnels.
Il a utilisé les fonds gagnés pour financer un rassemblement de personnes
partageant ses idées à Milan, appelé “Festival de l’environnementalisme
scientifique”, et pour se rendre au sommet annuel des Nations unies sur le
climat qui s’est tenu l’année dernière à Dubaï.
Luca Romano fait également équipe avec d’autres célébrités en ligne. En 2022, il
s’est associé à CartoniMorti, un créateur comptant plus de 1,4 million
d’abonnés, pour réaliser un film d’explication de 14 minutes sur le débat
relatif à l’énergie nucléaire.
Andrea Lorenzon, derrière le compte CartoniMorti, a déclaré qu’il n’avait pas
d’opinion tranchée sur l’énergie nucléaire avant de réaliser la vidéo. Il
voulait plutôt améliorer ce qu’il considérait comme un débat public mal informé.
Il s’est penché sur le sujet pendant quelques mois, en discutant avec des
experts et en écoutant des podcasts, puis il a travaillé avec Luca Romano pour
réaliser la vidéo.
La vidéo “Nucléaire, les plus grands doutes”, sortie en septembre 2022, a
décollé — une surprise quand on sait qu’une explication geek sur la source
d’énergie de vos parents n’est pas une recette garantie pour générer du buzz. Le
film a été visionné 1,4 million de fois.
“Je n’avais aucune idée que tant de gens s’intéressaient à ce sujet”, a expliqué
à POLITICO Andrea Lorenzon, ajoutant que des gens l’arrêtaient même dans la rue
pour le féliciter et le remercier.
BATAILLE D’IDÉES (ET DE GÉNÉRATIONS)
La thèse générale présentée dans ces vidéos est la suivante : si vous êtes
pragmatique et que vous vous souciez de l’environnement, il n’y a aucune raison
d’exclure l’énergie nucléaire.
Le sondage de SWG révèle que seuls 18 % des Italiens âgés de 18 à 34 ans
s’opposeraient à une nouvelle flotte nucléaire, contre 30 % des Italiens âgés de
plus de 55 ans.
Le gouvernement de droite dure de Giorgia Meloni est sur la même ligne. La
Première ministre s’est engagée à ce que, d’ici à 2050, l’Italie tire jusqu’à 22
% de ses besoins énergétiques de l’énergie nucléaire.
Les chercheurs en énergie plus traditionnels ne sont pas autant convaincus.
Beaucoup considèrent les réacteurs nucléaires comme un mauvais investissement —
trop d’argent et de temps pour une source d’énergie risquée qui, selon ses
détracteurs critiques, devrait essentiellement être une transition vers des
options plus renouvelables comme l’éolien et le solaire.
“Le nucléaire a des coûts exorbitants et des problèmes de sécurité qu’il n’a
jamais résolus”, a déclaré Nicola Armaroli, chimiste et directeur de recherche
au conseil national de la recherche italien (CNR), dont les travaux portent sur
la transition énergétique.
Cela dit, Nicola Armaroli comprend l’attrait du nucléaire. Selon lui, l’énergie
nucléaire peut produire une grande quantité d’électricité dans un périmètre
restreint, sans émettre de CO2.
“Sur le papier, c’est la solution parfaite. Dans le monde réel, c’est une autre
histoire”, a-t-il déclaré.
LE RESTE, C’EST DE LA POLITIQUE
Sur le papier, le gouvernement Meloni se consacre également à cette solution.
Dans son plan climatique récemment mis à jour, l’Italie a déclaré qu’elle
construirait un nouveau parc de centrales nucléaires pour l’aider à éradiquer
ses émissions d’ici à 2050. Le plan prévoit que les nouveaux miniréacteurs et
les nouvelles centrales à fusion fournissent entre 11 % et 22 % des besoins
énergétiques du pays à cette date. Le gouvernement a promis de légiférer en ce
sens d’ici la fin de l’année.
En réalité, personne ne croit aux promesses, pas même les ambassadeurs
nucléaires comme Luca Romano.
“Le gouvernement se dit pro-nucléaire, mais il y a des obstacles tangibles”,
a-t-il déclaré.
Le sud de l’Italie reste très méfiant à l’égard de l’énergie nucléaire et ENI
s’oppose aux réacteurs nucléaires traditionnels. L’équipe de Meloni n’a pas non
plus résolu la question du stockage des déchets radioactifs, qui se pose depuis
longtemps, détaille Luca Romano. En outre, elle est totalement tributaire des
miniréacteurs et de la fusion nucléaire, dont l’avenir n’est garanti.
Sur cette évaluation, influenceurs et institutionnalistes se rejoignent. Michele
Governatori — l’expert qui a attiré l’attention de sa fille en débattant avec
l’avocat de l’atome — convient que Giorgia Meloni ne semble pas sérieuse dans
ses projets nucléaires.
“Dans le meilleur des cas, il s’agit d’un bluff”, prédit Michele Governatori.
“Si ce n’est pas le cas, ça risque d’être un bain de sang économique.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
PARIS — “Vous n’aurez pas deux fois l’occasion de faire une bonne impression.”
Cette citation, que l’on attribue parfois à Coco Chanel, ira comme un gant à
Michel Barnier à l’heure où il prononcera sa déclaration de politique générale.
C’est peu dire que ceux qui s’intéressent aux questions énergétiques scruteront
chaque mot prononcé mardi.
Le Premier ministre n’a pour l’instant abordé le sujet qu’à travers deux mots,
répétés à l’envi : “dette écologique”. Au ralenti depuis des mois, les filières
attendent au mieux des impulsions, au pire d’éviter des amputations.
EN MÊME TEMPS, ENR ET NUCLÉAIRE
Si le locataire de Matignon ne cache pas sa fibre pronucléaire, le monde des
énergies renouvelables attend de savoir à quelle sauce il va être mangé. Il
suffira d’un signe. “Est-ce que Michel Barnier marche sur les deux jambes ou sur
une seule, celle du nucléaire ? C’est le big sujet”, pointe un ancien conseiller
ministériel ayant suivi ces dossiers.
Alors que la droite est vent debout contre l’éolien terrestre, et que le Premier
ministre n’a pas caché son aversion contre les éoliennes en mer, un lobbyiste
des renouvelables espère que le chef du gouvernement sera “en mode paix des
braves” et n’opposera pas nucléaire et ENR.
Les partisans de l’atome, eux, se disent rassurés à la fois par le profil de
Michel Barnier, favorable à la relance de la filière française, et l’existence —
du moins sur le papier — d’une majorité pronucléaire à l’Assemblée.
Comme leurs homologues des renouvelables, ils réclament toutefois à l’exécutif
une feuille de route actualisée, plus de deux ans et demi après le discours de
Belfort du président-candidat Emmanuel Macron, qui souhaitait alors la
construction de six nouveaux réacteurs et la réalisation d’études pour huit
supplémentaires.
“On espère que le discours de demain confirmera de manière concrète l’avancée de
la relance du nucléaire avec une vision qui va au-delà de six EPR et qui inclura
le financement”, avance le LR Bernard Accoyer, ex-président de l’Assemblée
aujourd’hui à la tête d’un lobby nucléophile, Patrimoine nucléaire et climat.
Les modalités de financement des futurs réacteurs EPR — objet d’intenses
discussions entre EDF et l’Etat qui sont censées aboutir en début d’année
prochaine — concentrent les inquiétudes du secteur, qui espère des décisions
rapides.
“Ce dont les industriels auront besoin, c’est d’avoir un plan”, prévient Myrto
Tripathi. La présidente des Voix du nucléaire estime que l’inscription dans les
textes de la construction de nouveaux réacteurs doit précéder la discussion sur
le financement.
UNE PROGRAMMATION, COÛTE QUE COÛTE
Le gouvernement doit prendre à bras-le-corps la programmation pluriannuelle de
l’énergie. C’est sans doute, chez nos interlocuteurs, la demande qui revient le
plus souvent.
Il faut “donner de la visibilité aux acteurs”, défend le député macroniste
Jean-Luc Fugit, ancien président du Conseil supérieur de l’énergie. Le
parlementaire — comme tous ses collègues spécialistes de la question — espère
que cela passe par une loi. Les énergéticiens, eux, sont moins catégoriques.
Certains s’inquiètent du temps perdu par les débats à l’Assemblée et n’auraient
rien contre un décret, même s’ils reconnaissent que ce procédé a moins de
robustesse.
Récemment, le Haut conseil pour le climat a rappelé le retard de la France et a,
lui aussi, considéré comme indispensable de donner de la “visibilité” aux
acteurs. Une visibilité qui ne concerne pas seulement la programmation
énergétique, mais aussi d’autres textes en souffrance : un décret sur la
décarbonation des usages ou le plan sur l’adaptation au changement climatique
(Pnacc). Ce dernier avait déjà été promis par Gabriel Attal dans sa déclaration
de politique générale il y a neuf mois.
“Le Pnacc est prêt, il est sur l’étagère du ministre, c’est un gain facile”,
rappelle un membre d’une ONG en référence au travail effectué par l’ancien
ministre de la Transition écologique Christophe Béchu.
“Ce sujet doit être sur le dessus de l’agenda”, intime Cécile Duflot, directrice
générale d’Oxfam France. L’ancienne ministre estime que la dernière version de
ce plan doit être retravaillée, quitte à être “peut-être très en retard”, mais
“robuste”. Elle espère que le gouvernement ne se contentera pas d’un catalogue
d’ordres à destination des collectivités locales, et qu’un tel plan se déploiera
aussi au niveau européen.
RECETTES EN TOUT GENRE
Alors que l’exécutif cherche à renflouer les caisses de l’Etat, une multitude de
dispositifs fiscaux en lien avec l’énergie ont été évoqués ces dernières
semaines. La transformation de la peu rémunératrice contribution sur les rentes
inframarginales (Crim) en une taxe sur la production installée d’électricité,
proposée par Bruno Le Maire, fait l’unanimité contre elle dans le secteur.
Les énergéticiens s’étonnent de voir leurs revenus ciblés, alors que ceux-ci ont
retrouvé leur niveau d’avant-crise énergétique, et qu’ils font face à
d’importants investissements. Les experts relèvent, eux, l’incongruité d’une
taxe sur l’électricité à l’heure où l’on cherche à électrifier les usages.
Certains y sont déjà allés de leurs contre-propositions. Comme EDF, qui a
suggéré le versement d’un dividende à l’Etat — ce qui a le double avantage de
porter sur un montant convenu à l’avance, et qui n’est à verser qu’en cas de
l’atteinte d’un certain nombre d’objectifs.
A Bercy, on assure que rien n’est encore décidé, mais que le discours de Michel
Barnier devrait permettre de clarifier qui devra passer à la caisse. “Il sera
intéressant de voir comment il va concilier besoin d’investissements dans le
secteur et besoin de prendre l’argent du secteur pour les finances publiques”,
résume le lobbyiste des renouvelables précité.
BOOSTER L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE
A priori, l’efficacité énergétique et l’électrification des usages sont des
sujets consensuels, même si le Rassemblement national s’est lancé dans un combat
contre l’interdiction de la vente de véhicules thermiques en 2035 — et a
récemment déposé une proposition de loi réautorisant la location des passoires
thermiques.
“J’espère que Michel Barnier confirmera le chemin de décarbonation par
l’électrification des usages, et qu’il enverra des signaux positifs sur le
soutien à la demande”, nous textote un lobbyiste d’un important énergéticien
étranger, évoquant les pompes à chaleur, les véhicules électriques ou encore
l’électrification des processus industriels.
Directeur de la stratégie de France renouvelables, Mattias Vandenbulcke espère
un accompagnement social “pour une transition des usages juste”.
S’il voulait un peu entrer dans les détails, le Premier ministre pourrait avoir
un mot pour le verdissement des flottes de véhicules qui fait l’objet d’une
mission flash, récemment relancée. D’ailleurs, Olga Givernet devait en être la
corapporteure avec le socialiste Gérard Leseul avant sa nomination comme
ministre délégué à l’Energie.
Enfin, s’il évoque la question de la rénovation énergétique des bâtiments, le
Premier ministre devra choisir une voie : soutenir l’offre ou cibler le
dispositif ?
Les députés EPR — groupe dont est issue Agnès Pannier-Runacher, ministre de la
Transition écologique — plaidaient pour une remise à plat du dispositif. Les
professionnels du bâtiment et les énergéticiens ont appelé, eux, dans une lettre
ouverte commune, à abandonner la réforme visant à cibler les rénovations
d’ampleur, pour lancer des chantiers à tout va, par petits gestes, et relancer
le secteur.
Une fuite en avant, dénoncent les ONG. Alexis Monteil-Gutel, codirecteur du
réseau Cler, demande une réorientation des subventions sur la rénovation
performante et une sortie progressive des aides aux actions isolées. Il prévient
: “La précarité énergétique est galopante, c’est une potentielle bombe sociale à
retardement.”