BRUXELLES — Aux dernières nouvelles, Mario Draghi ne semblait pas très satisfait
des progrès réalisés par l’UE en suivant son plan de relance de l’économie
européenne.
L’Europe doit réagir au “wake-up call très brutal de Trump”, a-t-il déclaré le
mois dernier, qualifiant l’Union de “mal équipée” pour faire face aux défis
mondiaux.
Un an après la publication du rapport sur la compétitivité, la Commission
européenne a lancé une multitude d’initiatives politiques portant des noms
accrocheurs, tels que “la boussole pour la compétitivité” et “le Pacte pour une
industrie propre”. Dans la plupart des cas, il semble que l’ambition soit là. Ce
qui fait défaut, c’est l’adhésion nécessaire des gouvernements nationaux.
Le European Policy Innovation Council, un think tank basé à Bruxelles, partage
l’impression qu’il y a eu beaucoup d’idées mais peu de réalisations. Son
“Observatoire Draghi” a mesuré les progrès accomplis dans divers domaines
politiques et, selon ses calculs, 11% des propositions sont “pleinement mises en
œuvre”.
Il est maintenant temps pour les experts politiques de POLITICO Pro de se
prononcer.
LE BUDGET : LOIN DU COMPTE
La Commission a créé un fonds de 409 milliards d’euros, dans le cadre du budget
septennal de l’UE, afin de financer la relance de l’industrie européenne.
Sa présidente, Ursula von der Leyen, a fait valoir que cela permettrait aux
entreprises du Vieux Continent de se développer rapidement et de réduire les
formalités administratives pour obtenir des subventions de l’UE, deux priorités
défendues par Mario Draghi.
Mais le zèle réformateur d’Ursula von der Leyen a été sapé par les gouvernements
nationaux et par certains de ses propres commissaires, qui se sont opposés à des
réductions importantes des subventions accordées aux agriculteurs et aux régions
les plus pauvres. Celles-ci ont toujours constitué une part importante du budget
et sont dépensées au niveau national pour l’essentiel.
La taille globale du budget proposé — qui représente 1,26% du revenu national
brut de l’UE, remboursement de la dette post-Covid inclus — est loin d’être à la
hauteur des défis soulignés par Mario Draghi.
Draghi-omètre :
FINANCE : DE L’AMBITION, MAIS PEU DE RÉSULTATS À CE STADE
L’appel de Mario Draghi en faveur d’un véritable marché unique de
l’investissement dans l’UE a été entendu. La nouvelle Commission von der Leyen,
entrée en fonction l’année dernière, en a fait une priorité politique et lui a
donné un nouveau nom clinquant : “l’union de l’épargne et de l’investissement”.
Elle a ajouté de nouvelles initiatives à “l’union des marchés des capitaux”,
vieille de 10 ans.
Jusqu’à présent, l’ambition semble respectable, mais bon nombre des propositions
centrales, comme les plans visant à instaurer une supervision européenne unique
des marchés de capitaux et à lever les barrières nationales pour les
entreprises, telles que les Bourses et les chambres de compensation, restent à
venir.
Comme pour tout ce qui concerne les idées de Mario Draghi, il faut s’attendre à
une opposition nationale et sectorielle à de nombreux projets de la Commission,
en particulier lorsqu’ils touchent à des domaines délicats pour les
gouvernements, comme la fiscalité ou les règles en matière d’insolvabilité.
Il ne serait donc pas surprenant qu’il fasse à nouveau, dans un an, un discours
frustré sur l’absence de progrès.
Draghi-omètre :
DETTE COMMUNE : VOYONS VOIR
Mario Draghi a toujours plaidé en faveur d’un emprunt commun de l’UE, du type de
celui qui a été contracté pendant la pandémie pour financer la reprise
économique.
Les nouveaux fonds pourraient aider à financer de grands projets
d’infrastructure dans l’ensemble de l’Union. Plus important encore peut-être,
cela permettrait de créer ce que l’on appelle un “actif européen sûr”,
c’est-à-dire une vaste réserve de dette négociable qui pourrait attirer des
investissements du monde entier, contribuer à promouvoir l’utilisation de l’euro
comme monnaie à l’échelle internationale et servir de référence pour les prêts
dans l’ensemble de l’Union européenne.
Mais il y a quelques grands “mais”.
Les emprunts conjoints ont toujours été un tabou politique, bloqués par les pays
dits frugaux, comme l’Allemagne et les Pays-Bas. Jusqu’à présent, ce tabou reste
largement intact, le chancelier allemand Friedrich Merz s’opposant à toute
nouvelle incursion de l’UE sur le marché des dettes souveraines.
Pourtant, certains signes indiquent que l’ancienne interdiction est en train de
changer : le programme de prêt de 150 milliards d’euros pour la défense
européenne a été financé par des emprunts de l’UE. C’est encore loin de l’énorme
marché des obligations d’Etat américaines, qui se mesure en dizaines de milliers
de milliards de dollars, mais c’est déjà ça.
La nouvelle proposition de budget de la Commission contient également de
nouvelles possibilités d’emprunts conjoints. La question qui reste en suspens
est de savoir si l’UE peut émettre de nouveaux emprunts de manière régulière et
prévisible — comme le font les gouvernements nationaux, et c’est ce que les
investisseurs veulent voir — ou si elle continuera à se tourner vers les marchés
obligataires de manière sporadique. Jusqu’à présent, c’est cette dernière option
qui a été retenue.
Draghi-omètre :
AUTOMOBILE : LE MINIMUM
Sur le papier, l’industrie automobile est l’un des rares domaines où la
Commission a tout ce qu’il fallait. Mario Draghi a appelé à un plan d’action
industriel pour le secteur et à l’adoption par l’exécutif d’une ligne “neutre
sur le plan technologique” dans sa révision des émissions des flottes.
Mais le diable est dans les détails, et ceux-ci sont plus difficiles à trouver.
Peu après le Nouvel An, Ursula von der Leyen a annoncé un “dialogue stratégique”
pour le secteur automobile et a publié un “plan d’action pour l’automobile”. Ce
que le plan manque en détail, il le compense par son optimisme. Les propositions
s’alignent en outre sur de nombreuses recommandations de Mario Draghi, telles
que la mise en place d’un réseau de recharge plus robuste, la promesse d’un
cadre réglementaire pour la conduite autonome et l’introduction de la neutralité
technologique dans la législation de 2035 sur les émissions des voitures.
Mais c’est une histoire connue : le problème se situe au niveau de la mise en
œuvre, qui est toujours à la traîne. Hormis la présentation d’une mesure visant
à accorder aux constructeurs automobiles une certaine indulgence sur leurs
objectifs d’émissions de cette année et l’avancement de la révision de la loi
2035, peu de mesures ont été prises depuis la publication du plan en mars.
Pendant ce temps, les constructeurs automobiles chinois continuent d’importer
leurs véhicules, délaissant les modèles électriques au profit des hybrides, plus
populaires, après que la Commission a frappé les véhicules électriques de
nouveaux droits de douane.
Draghi-omètre :
ENERGIE : DÉPENDANCE EXCESSIVE DES ETATS-UNIS, PEU DE MESURES CONCRÈTES
Le diagnostic de Mario Draghi sur les problèmes auxquels est confrontée
l’économie européenne mettait clairement en évidence les coûts élevés de
l’énergie qui nuisent aux industries du continent. Mais sa prescription —
jusqu’à 500 milliards d’euros d’investissements dans les réseaux électriques
rien que pour cette décennie — s’est avérée une pilule amère à avaler pour la
Commission, à court d’argent.
Depuis, Bruxelles a publié un “plan d’action pour une énergie abordable”, qui
présente une série de mesures visant à réduire les factures. Parmi celles-ci
figure un plan visant à investir dans les infrastructures américaines d’énergies
fossiles afin d’obtenir les meilleurs prix, ce qui a suscité l’indignation des
associations environnementales.
Ursula von der Leyen s’est engagée à dépenser 750 milliards de dollars
supplémentaires pour l’énergie américaine dans les années à venir, dans le cadre
d’un accord commercial avec Washington.
Jusqu’à présent, on ne sait pas très bien ce que cela pourrait signifier pour
les prix de l’énergie, ni même si c’est possible. Jusqu’à présent, pour
l’énergie, le rapport Draghi a donné lieu à de grandes promesses, mais à peu
d’actions.
Draghi-omètre :
TÉLÉCOMS : LES GOUVERNEMENTS NE SONT PAS FANS
Le discours de Mario Draghi — moins d’opérateurs de télécoms, dérégulation, etc.
— est arrivé à Bruxelles à point nommé, soutenant le propre projet de réforme de
la Commission.
Pourtant, ce Telecoms Act est confronté à des vents contraires. Bien que
certaines idées puissent être intégrées dans le règlement sur les réseaux
numériques (DNA) prévu pour décembre, et que les règles relatives aux fusions
soient en cours de réexamen, les gouvernements nationaux ont déjà rejeté une
grande partie des prescriptions de Mario Draghi.
Qu’il s’agisse des régulateurs, des gouvernements nationaux ou des petits
opérateurs, rares sont ceux qui sont prêts à avaler le remède de Draghi en
matière de télécommunications. Ce qui survivra dans la proposition de la
Commission reste incertain — mais il est presque certain qu’il n’obtiendra pas
tout.
Draghi-omètre :
CONCURRENCE : DES PROGRÈS COSMÉTIQUES
Teresa Ribera, la commissaire européenne chargée de la Concurrence, a réagi
rapidement aux appels lancés par Mario Draghi pour que la politique de
concurrence soit adaptée aux défis actuels en matière de productivité et de
croissance.
Au cours des premiers mois de son mandat, elle a rapidement lancé (et achevé)
une révision des lignes directrices de l’Union sur les subventions publiques —
l’encadrement des aides d’Etat dans le cadre du Pacte pour une industrie propre
(CISAF) — afin qu’elles soient mieux adaptées à l’augmentation de la
productivité des entreprises et aux efforts de décarbonation.
Elle a également lancé une vaste révision des lignes directrices accompagnant
les règles de l’UE en matière de fusion d’entreprises, qui, selon Mario Draghi,
devraient être adaptées pour tenir compte des arguments relatifs à l’efficacité
et à l’innovation.
Problème, ces nouvelles lignes directrices sur les fusions ne seront prêtes qu’à
la fin de l’année 2027. En outre, il ne s’agit que de lignes directrices et non
d’un nouveau règlement : les experts prévoient donc une influence limitée sur la
manière dont les responsables de la Commission chargés de la concurrence
évaluent les fusions.
Si le nouvel encadrement des aides d’Etat ne modifie pas radicalement la marge
de manœuvre des pays de l’UE lorsqu’il s’agit de subventionner leur industrie,
même les points les plus ambitieux, comme les réductions sur les factures
d’électricité pour les entreprises gourmandes en énergie, sont assortis de
lourdes conditions. Ceux qui espèrent une révision de la politique de
concurrence conservatrice de l’Union européenne risquent d’être déçus.
Draghi-omètre :
COMMERCE : TOUJOURS LA MÊME CHOSE
Sur ce point, tout dépend de la personne à qui l’on s’adresse. Les secteurs
industriels de l’UE qui demandent plus de protections commerciales trouveront
probablement que la Commission n’est pas à la hauteur. Dans le même temps, elle
a tenu bon face aux pressions chinoises visant à enterrer les droits de douane
sur les voitures électriques pour contrer le soutien de l’Etat de Pékin.
Bruxelles a appliqué ces mesures moins de deux mois après la publication du
rapport Draghi et s’est toujours opposé à l’adoption d’un prix plancher avec les
Chinois depuis.
Mario Draghi a suggéré que la Commission ouvre de nombreuses enquêtes de ce
type, notamment de sa propre initiative et pas seulement sur la base d’une
plainte formelle de l’industrie. Cela ne s’est pas encore produit ; l’affaire
des véhicules électriques reste la seule à ce jour.
Le rapport de l’Italien appelait à une politique économique étrangère
européenne. La guerre tarifaire du président américain Donald Trump a rendu
cette question encore plus urgente.
Mais là encore, peu de choses ont été réalisées pour préparer solidement l’UE à
des temps encore plus difficiles. La réponse longue et coûteuse aux tarifs
douaniers de Trump y est pour beaucoup, de même que la stratégie traditionnelle
de prudence de l’UE en matière de politique commerciale, qui s’en tient aux
règles de l’Organisation mondiale du commerce.
Draghi-omètre :
CYBERSÉCURITÉ : DES PROMESSES, ENCORE DES PROMESSES
L’Europe est confrontée à une guerre conventionnelle à sa frontière orientale et
à une guerre hybride partout ailleurs. Cela signifie des cyberattaques sur les
réseaux énergétiques et les télécommunications, l’ingérence dans les élections
et l’instrumentalisation de l’immigration.
La Commission et les dirigeants du Danemark, de l’Estonie, de la Finlande, de
l’Allemagne, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne et de la Suède ont
publié une déclaration commune de soutien lors du sommet des alliés de l’Otan
sur la mer Baltique, le 14 janvier, avant le lancement de l’opération Baltic
Sentry de l’Alliance visant à renforcer la présence militaire dans la mer
Baltique.
Bruxelles a également affecté 540 millions d’euros à l’infrastructure de
connectivité dans le cadre du programme Mécanisme pour l’interconnexion en
Europe 2024-2027, qui comprend le financement de systèmes de câbles intelligents
conçus non seulement pour transporter des données, mais aussi pour servir de
capteurs d’alerte précoce.
Il promet également de renforcer la capacité européenne de déploiement et de
réparation des câbles en constituant une flotte capable d’intervenir rapidement
dans toutes les eaux de l’UE, mais peu de choses se sont produites depuis que la
vice-présidente exécutive Henna Virkkunen a fait cette déclaration en janvier.
Draghi-omètre :
DÉFENSE : JALOUSEMENT GARDÉE PAR LES ETATS MEMBRES
Si vous lisez certaines lignes du rapport sur la compétitivité présenté par
Mario Draghi il y a un an, il est facile de voir que l’UE l’a écouté. Par
exemple, l’Italien a demandé de “créer un poste de commissaire chargé de
l’industrie de la défense, doté d’une structure et d’un financement appropriés”.
C’est ce qui a été fait, mais c’était la partie la plus facile.
Cette proposition figurait déjà dans le manifeste du Parti populaire européen
d’Ursula von der Leyen pour les élections européennes de juin 2024. Dans le même
rapport, Mario Drgahi appelle à “renforcer la Commission dans son rôle de
coordination dans le domaine de la politique industrielle de défense”. Et c’est
la partie la moins facile.
La défense est une responsabilité nationale et les gouvernements n’ont
généralement pas envie que la Commission joue un rôle plus important.
Le mois dernier, Mario Draghi a répété que les barrières internes étaient l’une
des principales raisons du retard de l’Europe et qu’elles rendaient également le
développement de la défense européenne moins efficace. Bien que les pays de l’UE
aient l’intention d’augmenter leurs investissements militaires de 2 000
milliards d’euros d’ici 2031, “nous avons des barrières internes qui imposent
des droits de douane de 64% sur les équipements et de 95% sur les métaux”,
a-t-il pointé.
Les diplomates soulignent que Mario Draghi défend souvent des idées qui ne sont
pas en phase avec les gouvernements nationaux. Le meilleur exemple remonte à
septembre dernier, lorsqu’il a appelé l’Europe à “fédéraliser une partie des
dépenses d’investissement”. Le mot “fédéralisme” est devenu presque tabou, et
les emprunts dédiés à la défense sur les marchés financiers (ou defense bonds)
sont encore loin de voir le jour.
Draghi-omètre :
SANTÉ : LENTEMENT MAIS SÛREMENT
Peu de commissaires ont repris les messages du rapport Draghi avec autant
d’enthousiasme que celui de la Santé, Olivér Várhelyi. Il s’efforce d’achever
d’ici la fin de l’année une proposition de législation sur les biotechnologies,
qui devrait permettre d’accomplir certaines tâches importantes dans le cadre de
son plan de draghification.
Selon Mario Draghi, le sous-investissement et la bureaucratie sont les
principaux responsables de la faible compétitivité de l’Europe par rapport aux
Etats-Unis et à la Chine en matière d’innovation pharmaceutique et d’essais
cliniques. Le lobby pharmaceutique européen a salué la proposition de budget de
juillet pour l’inclusion d’un programme-cadre de recherche avec un budget accru
de 175 milliards d’euros, mais il affirme que le financement de la recherche en
santé en Europe demeure insuffisant.
Mario Draghi a fait remarquer que le dernier budget d’Horizon Europe allouait
8,2 milliards d’euros à la santé, ce qui est dérisoire par rapport aux 47
milliards d’euros dépensés par les Etats-Unis en 2023. La dernière proposition
de budget de l’UE alloue 22,6 milliards d’euros à la santé, aux biotechnologies
et à la bioéconomie. Un investissement important, mais il y a encore un long
chemin à parcourir.
Sur le plan réglementaire, les recommandations les plus urgentes de l’Italien à
court terme étaient que la Commission maximise l’impact de l’espace européen des
données de santé (EHDS) et mette pleinement en œuvre le règlement relatif à
l’évaluation des technologies de la santé. L’EHDS existe, mais les évaluateurs
nationaux ont eu du mal à obtenir les ressources dont ils ont besoin.
L’une des idées de Mario Draghi, qui consiste en ce que l’UE soutienne des
“centres d’innovation de classe mondiale” sur le modèle des centres
californiens, a déjà été intégrée dans la stratégie sur les sciences de la vie
publiée en juillet. Toutefois, les espoirs de l’industrie de voir un texte
changer la donne reposent toujours sur la législation sur les biotechnologies.
Draghi-omètre :
DURABILITÉ : TOUT EST FAIT, LES ENTREPRISES DISENT MERCI
Le premier grand texte législatif de cette Commission est tout droit sorti du
manuel de Draghi : un projet de loi gigantesque qui réduit toute une série de
lois environnementales pour les entreprises.
Dans le cadre de la proposition de loi de simplification omnibus — qui suit
actuellement le processus législatif —, beaucoup moins d’entreprises seront
soumises à des règles en matière de reporting environnemental, et celles qui le
seront encore verront leurs obligations considérablement réduites.
La portée d’une taxe carbone aux frontières a également été réduite. Les
entreprises sont ravies. Les associations environnementales sont consternées.
Parmi les législateurs, c’est au Parlement européen que la résistance est la
plus forte, mais les groupes de droite ont les moyens de vaincre les opposants
de gauche au projet de loi.
A la suite de la publication du texte en février, la Commission a proposé une
longue liste de réformes qui édulcorent les réglementations environnementales
introduites dans le cadre du Pacte vert européen : des obligations imposées aux
agriculteurs aux réglementations sur les produits chimiques en passant par les
règles contre le greenwashing ; tout cela au nom de la réduction des
“réglementations restrictives” détestées par Mario Draghi.
Draghi-omètre :
AGRICULTURE : LA GRANDE ABSENTE
Le rapport Draghi ne contient aucune proposition concernant l’avenir de
l’agriculture, alors que la politique agricole commune (PAC) représente un tiers
du budget de l’UE. Une recherche Ctrl + F dans le document de 400 pages ne donne
qu’une poignée d’occurrences du mot “agriculture”, principalement en rapport
avec les technologies de l’information, l’intelligence artificielle et
l’observation par satellite.
Ce qui ressort clairement du rapport Draghi, c’est qu’il considère les dépenses
agricoles de l’UE comme une source potentielle d’argent à réallouer vers ses
priorités stratégiques — principalement le renforcement de la compétitivité
industrielle et de la sécurité européenne. La proposition de budget à long terme
et le projet de réforme de la PAC dévoilés en juillet prévoient une réduction de
20% du budget des subventions agricoles, qui passerait ainsi à 300 milliards
d’euros, et ce, sans tenir compte de l’inflation.
La Commission a fait valoir qu’en réalité, le montant allant dans les poches des
agriculteurs restait le même, le financement du développement rural étant
simplement transféré vers des enveloppes gérées par les gouvernements nationaux.
C’est peut-être le cas, mais le rapport Draghi n’en fait pas mention.
Draghi-omètre :
Francesca Micheletti, Carlo Martuscelli, Kathryn Carlson, James Fernyhough,
Mathieu Pollet, Gabriel Gavin, Koen Verhelst, Douglas Busvine, Jacopo Barigazzi,
Jordyn Dahl, Antoaneta Roussi, Rory O’Neill et Gregorio Sorgi ont contribué à
cet article. Ce dernier a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été
édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Tag - Télécoms
Les antennes Starlink, annoncées par François Bayrou pour rétablir au plus vite
les communications d’urgence à Mayotte, le seront à titre gracieux, ou du moins
en partie, a appris POLITICO de sources concordantes.
Dès le passage du cyclone Chido, l’entreprise d’Elon Musk a en effet proposé de
mettre à disposition ses satellites. Quelque 100 kits ont ainsi été prêtés à la
France et sont en cours d’acheminement à Mayotte, pour livraison le 6 janvier.
L’abonnement mensuel pour les faire fonctionner a également été offert par
Starlink, pour une durée de trois mois.
Ils s’ajouteront à 25 premiers kits déjà déployés par la société LRG pour
rétablir la connexion entre les services de l’Etat et les mairies.
“L’idée est de permettre en urgence de pallier l’absence de communication sur
une partie de l’île”, précise une source préfectorale. “Ces 25 kits Starlink
sont disposés dans les 13 communes éligibles et permettent un échange
d’information essentiel à la gestion de crise”, notamment avec les communes les
plus isolées, ajoute la même source.
En plus de ces 100 premières antennes déployées en urgence, 100 autres doivent
être achetées et déployées dans la foulée du plan Mayotte Debout, annoncé lundi
par le Premier ministre. Cette fois, le ministère de l’Intérieur pourrait bien
avoir à régler la note.
“Les solutions pour le déploiement au total de 200 kits Starlink à Mayotte sont
en cours d’étude”, précise auprès de POLITICO le ministère de l’Intérieur. Le
coût total de l’opération n’a donc pas encore été complètement arrêté.
Elus, lobbyistes, membres du gouvernement ou hauts fonctionnaires… Tous
construisent, inspirent, voire infléchissent, au quotidien les politiques du
numérique. POLITICO a listé la crème de la crème : voici les 42 personnes les
plus influentes du moment, sur les sujets liés à la régulation de la tech et au
développement du numérique en France.
1. XAVIER NIEL
Fondateur d’Iliad
Après des années de labeur, Xavier Niel a décidé de s’amuser et il le fait
savoir. Son livre, “Une sacrée envie de foutre le bordel” affiche clairement la
couleur — Orange comme la couverture, référence à l’opérateur historique
bousculé par l’iconoclaste homme d’affaires. Il se paye aussi le culot de monter
sur scène, à L’Olympia, devant un parterre de fans conquis, pour raconter son
parcours et ses choix entrepreneuriaux, aussi agressifs que visionnaires.
Rappelez-vous, le milliardaire, autodidacte, a fait ses premiers pas dans le
minitel rose, avant d’exploser dans les télécoms en proposant la première offre
« triple play » française, puis un forfait mobile illimité qui pousse la
concurrence à casser les prix. Depuis, Niel met des billes un peu partout : dans
la french tech (Deezer, Sorare, Alan… ou encore l’incubateur Station F), les
médias (le groupe Le Monde, la société de production Mediawan), la formation
(école 42). Pour l’heure, seule la télévision lui résiste encore. En 2023, il
échoue à obtenir une fréquence TNT face à TF1 et M6, toutes deux candidates à
leur renouvellement. Gageons qu’il n’a pas dit son dernier mot.
2. HENNA VIRKKUNEN
Vice-présidente exécutive de la Commission européenne, chargée de la
souveraineté numérique, de la sécurité et de la démocratie
Notre classement ne pouvait pas faire l’impasse sur celle qui a remplacé Thierry
Breton dans le cœur des acteurs de la Tech. Si sa lettre de mission cite, en
premier lieu, le soutien aux “technologies de pointe” et à l’intelligence
artificielle, la nouvelle commissaire au numérique sera aussi chargée du cloud,
des semi-conducteurs, des réseaux, de la cybersécurité, du e-commerce, ou encore
des droits d’auteur. Elle devra également veiller à la bonne mise en œuvre des
règlements sur les services numériques et sur les marchés numériques. Henna
Virkkunen aura autorité sur la direction générale des réseaux de communication,
du contenu et des technologies (DG CNECT). Un portefeuille légèrement différent
de celui de son prédécesseur, qui avait hérité du Marché intérieur et des
services (DG GROW).
3. CLARA CHAPPAZ
Secrétaire d’Etat chargée de l’intelligence artificielle et du Numérique
Startuppeuse, directrice de la mission French Tech de 2021 à 2024… Sur le
papier, la secrétaire d’Etat au numérique du gouvernement Barnier à tout pour
plaire à l’écosystème de l’innovation. Son portefeuille, logé à la recherche et
plus à Bercy, est pourtant une petite révolution. Une décision qui laisse
songeur. Pour certains, c’est le signe que le gouvernement penche désormais pour
une approche moins sociétale et économique, davantage centrée sur la recherche
fondamentale. Pour d’autres, c’est un choix peu lisible, qui pourrait bien
amoindrir le poids du secrétariat d’Etat en interministériel.
Son agenda politique est tout tracé : à charge pour elle de mener à bien le
sommet sur l’intelligence artificielle, que la France accueillera les 10 et 11
février 2025. L’événement, piloté par l’Elysée, réunira chefs d’État et de
gouvernements, dirigeants d’entreprises, chercheurs, ONG, artistes et membres de
la société civile.
4. BENOÎT LOUTREL
Membre du collège de l’Arcom
Polytechnicien, il est le “Monsieur Plateformes” de l’Arcom. Et pour cause : il
maîtrise aussi bien les contenus que les tuyaux. Benoît Loutrel a été
successivement directeur de la régulation des marchés fixes et mobiles,
directeur général adjoint et directeur général de l’Arcep. Après une brève
incursion aux affaires publiques de Google, il s’est lancé, en mars 2019, dans
une mission sur la régulation des réseaux sociaux, confiée par l’Elysée.
L’objectif : entrouvrir le capot de Facebook, dont la politique de modération
était alors sous le feu des critiques. En 2021, Benoît Loutrel rejoint le
collège de l’Arcom, où il préside le groupe de travail sur les plateformes
numériques. Son franc-parler y fait des étincelles : il n’hésite pas à
interpeller les plateformes, dont il critique le manque de transparence.
5. ANNE BOUVEROT
Envoyée spéciale d’Emmanuel Macron pour l’AI action summit
Dans la foulée d’une première édition britannique du sommet de l’intelligence
artificielle (IA) centrée sur ses dangers, Anne Bouverot doit organiser la
prochaine édition, prévue en France en février 2025. Son objectif : porter une
vision française de l’IA, à savoir une approche centrée sur les bénéfices de
l’innovation, tout en encourageant une “gouvernance mondiale”.
Après 18 ans chez Orange, Anne Bouverot est désormais présidente du conseil
d’administration de l’Ecole normale supérieure (ENS) et s’est spécialisée sur
les impacts sociétaux de l’IA. Elle est devenue, depuis un an, l’un des rouages
de la politique française en matière d’intelligence artificielle, en étant l’une
des principales plumes du rapport — ambitieux et dispendieux — qui devait guider
l’action du gouvernement en la matière.
6. ARTHUR MENSCH
Fondateur de Mistral AI
Alors que sa start-up a atteint une valorisation de 5,8 milliards d’euros en à
peine un an, Arthur Mensch porte sur ses épaules les espoirs français dans le
domaine de l’intelligence artificielle (IA) générative. Il est à ce titre devenu
une voix très écoutée des décideurs politiques. Passé par l’Ecole Polytechnique,
l’Ecole normale supérieure et Google Deepmind, Arthur Mensch se veut désormais
avocat de l’écosystème français de l’IA – notamment face aux réglementations
jugées trop strictes, règlement européen sur l’IA en tête.
Arthur Mensch peut appuyer ses arguments sur la solide trajectoire de sa
start-up. Depuis son lancement, Mistral AI a dévoilé de nouveaux modèles à un
niveau soutenu et recruté, en France et aux Etats-Unis, une soixantaine de
personnes. Arthur Mensch l’assure cependant : malgré son étirement d’un côté à
l’autre de l’Atlantique, la start-up restera française.
7. RACHIDA DATI
Ministre de la Culture
Ministre plus politique que technique, Rachida Dati a rapidement pris position
sur l’intelligence artificielle à son arrivée rue de Valois, en janvier 2024.
“Il n’y a pas de raison que [le droit d’auteur] ne soit pas rémunéré, simplement
parce que c’est noyé par l’intelligence artificielle”, déclarait-elle en mars,
lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Fervente défenseure des créateurs —
qui le lui rendent bien et ont massivement salué sa reconduction à la Culture au
sein du gouvernement Barnier —, elle n’a pas hésité à monter au créneau pour
ajouter un volet culturel au menu du sommet sur l’intelligence artificielle.
Parmi ses priorités, la ministre a aussi placé très haut la mise en œuvre des
propositions issus des états généraux de l’information (EGI), qu’elle espère
traduire en projet de loi courant 2025.
8. BENOÎT COEURÉ
Président de l’Autorité de la concurrence
Peu connu du grand public lorsqu’il est propulsé à la tête du régulateur, Benoît
Coeuré est un économiste passé par la Banque centrale européenne (BCE) et la
direction du Trésor. Celui qui a succédé à Isabelle de Silva a fait du numérique
(et de l’environnement) sa priorité. Au cours des derniers mois, l’autorité
s’est notamment positionnée sur le secteur du cloud et sur l’intelligence
artificielle générative.
9. JOHANNA BROUSSE
Cheffe de la section J3 du parquet de Paris
Elle est l’un des visages de la lutte contre la cybercriminalité, et des deux
coups de filet qui ont secoué le secteur au cours de l’année 2024. Johanna
Brousse est cheffe de la section J3 du parquet de Paris, qui a été à la manœuvre
lors du blocage du site coco.gg, connu pour héberger des activités illégales.
Plus retentissant : cette section est aussi à l’origine de l’arrestation du
patron de Telegram, Pavel Durov, à la fin de l’été.
A la tête de la section cybercriminalité depuis 2021, la tenace magistrate de 40
ans à peine est ainsi au cœur d’un nouveau chapitre de la régulation du web :
certains patrons de plateformes sont désormais mis face à leur responsabilité
judiciaire.
10. CHANTAL RUBIN
Cheffe du pôle Régulation des plateformes numériques à la direction générale des
entreprises (DGE)
C’est la papesse de la régulation des plateformes. Passée par le régulateur de
l’énergie, Chantal Rubin a rejoint la direction générale des entreprises il y a
20 ans, où elle a fait de la tech sa spécialité. Désormais cheffe du pôle
“Régulation des Plateformes numériques”, cette grande serviteure de l’Etat est
autant incontournable pour le secteur qu’inconnue du public. Elle était ainsi en
première ligne, au côté de son homologue de la Culture Laure Durand-Viel (passée
depuis au secrétariat général du gouvernement), pour définir la position de la
France lors des négociations sur les règlements sur les marchés et les services
numériques (connus sous le petit nom de DSA et DMA).
11. PIERRE-ÉDOUARD STÉRIN
Fondateur de Smartbox et d’Otium Capital
Pierre-Edouard Stérin ne cache plus, ces derniers mois, ses ambitions
politiques. Avec l’appui d’Otium Capital, fond d’investissement qui abonde la
French Tech depuis des années, et du Fonds du Bien Commun, son organisation
philanthropique, Pierre-Edouard Stérin a mis sur pied le “projet Périclès” censé
permettre l’accès au pouvoir d’une droite conservatrice, en misant notamment sur
le Rassemblement national (RN). S’il a échoué à racheter l’hebdomadaire Marianne
après avoir essuyé les tirs de barrage de la rédaction, le milliardaire
catholique qui réside en Belgique n’abandonne pas pour autant ses ambitions dans
les médias. Il cherche plus largement des leviers pour peser sur l’opinion
publique pour mener sa “bataille culturelle”.
12. VINCENT STRUBEL
Directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes
d’information
C’est un pur produit de l’Anssi que Vincent Strubel. Ingénieur X-Télécoms,
membre du corps des Mines, il a fait de la sécurité des systèmes d’information
sa spécialité. Il rejoint l’agence en 2009 comme chef du laboratoire
architectures matérielles et logicielles. Il occupe ensuite les postes de
responsable des expertises, puis Opérateur des systèmes d’information
interministériels classifiés, avant d’être nommé directeur général, en 2023.
13. ARTHUR DELAPORTE ET STÉPHANE VOJETTA
Député PS du Calvados et député EPR des Français établis hors de France
Adversaires en politique, ces deux élus ont trouvé un terrain d’entente :
réguler le secteur de l’influence. Arthur Delaporte (PS) et Stéphane Vojetta
(EPR) ont porté ensemble la loi qui encadre les activités des créateurs de
contenus. Une collaboration semble-t-il concluante, puisque les deux députés
entendent remettre le couvert. Ils prévoient en effet déposer une nouvelle
proposition de loi d’ici la fin de l’année, qui s’attaquera aux angles morts de
la loi sur l’influence, notamment à la question de l’alcool et de sa promotion
sur des réseaux sociaux, prisés des plus jeunes.
14. PAVEL DUROV
Fondateur et dirigeant de Telegram
Son arrestation cet été à l’aéroport du Bourget a été un événement mondial.
Depuis, celui qui ne venait en France qu’occasionnellement a dû prendre ses
habitudes à Paris, où il doit pointer au commissariat deux fois par semaine.
Défenseur autoproclamé de la liberté d’expression, Pavel Durov a connu une
trajectoire sinueuse. Après avoir lancé le “Facebook russe” Vkontakte dans son
pays natal, Pavel Durov a créé Telegram, plateforme de messagerie à la
modération quasi-absente. C’est elle et les contenus illégaux qui y pullulent
qui lui valent désormais d’être poursuivi par la justice française.
Cela n’empêche pas Paul du Rove — le nom qu’il a choisi au moment d’acquérir la
nationalité française en 2021, avec la bénédiction d’Emmanuel Macron — de
continuer à contrôler Telegram depuis Paris. Il cultive parallèlement ses
réseaux d’affaires en France, dans l’attente de nouveaux rebondissements
judiciaires.
15. FLORENCE PHILBERT
Directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC)
Ancienne présidente d’un financeur du cinéma, cette conseillère-maître à la Cour
des comptes a été nommée au ministère de la Culture en janvier 2020. Son
périmètre touche de près à la régulation du numérique : sa direction s’est en
effet dotée, fin 2020, en pleines négociations des règlements sur les services
et les marchés numériques, d’une “délégation à la régulation des plateformes”.
Sa mission : assurer une veille technologique et analyser l’évolution des
modèles économiques des plateformes. Une expertise précieuse lorsqu’il faudra
mettre en musique les états généraux de l’information, qui prévoient un volet
sur la publicité en ligne.
16. YANN LE CUN
Chef de la recherche en IA chez Meta
Pionnier de l’intelligence artificielle, ce chercheur français dirige la
recherche en IA de Meta, qu’il a rejoint dès 2013 pour ouvrir le premier
laboratoire du groupe à New York. Lauréat du prix Turing 2018, considéré comme
le Nobel de l’informatique, il est aujourd’hui érigé en star de l’IA et déplace
les foules à chacune de ses conférences. Chez Meta, Yann Le Cun bénéficie d’une
grande liberté de parole et d’action. En juin dernier, sur X, il n’a pas hésité
à interpeller Elon Musk pour dénoncer “la façon dont il traite ses
scientifiques”, qui publient trop rarement leurs avancées en leur nom. En 2018,
le chercheur a quitté son poste opérationnel pour se (re)concentrer sur la
recherche.
17. BENOIT TABAKA
Directeur des affaires publiques de Google France
Il est connu comme le loup blanc dans le petit monde du numérique. Rien
d’étonnant : du Forum des droits sur l’internet au secrétariat général du
Conseil national du numérique, en passant par les affaires publiques du groupe
PriceMinister, Benoit Tabaka a enfilé bon nombre de casquettes au cours de sa
carrière. A la tête des affaires publiques de Google France depuis 2018, il a su
tisser une relation apaisée avec les pouvoirs publics (ministres,
parlementaires, mais aussi collectivités locales), privilégiant le dialogue
permanent à l’opposition de principe.
18. CORINE DE BILBAO
Présidente de Microsoft France
Après 28 ans au sein du groupe General Electric, dont trois à la présidence de
GE France, elle a pris les rênes de la filiale française du géant de
l’informatique en juillet 2021. Une arrivée qui a pu surprendre dans les rangs
de la tech. « J’aime sortir de ma zone de confort », résume-t-elle dans une
interview au Monde.
A la tête de Microsoft, elle doit mener à bien la construction, en France, de
data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Un investissement de 4
milliards d’euros, annoncé en mai dernier à l’occasion du sommet Choose France.
Un choix qui n’a rien d’anodin et permet à l’entreprise américaine de donner des
gages à la France en matière de sécurité et de souveraineté de la donnée.
19. HENRI VERDIER
Ambassadeur pour le Numérique
Nommé en octobre 2018, Henri Verdier apparaît comme un électron libre au sein du
très feutré Quai d’Orsay. Il faut dire que son parcours détonne parmi les
diplomates : chantre de l’open data et de la transformation numérique de l’Etat,
il fut directeur d’Etalab, puis a pris la tête de la direction du numérique de
l’État.
Depuis six ans, l’ambassadeur s’est surtout démarqué en accompagnant les
obsessions du président Macron : appel de Christchurch pour lutter contre la
diffusion de contenus terroristes, Lab de protection de l’enfance… Des
initiatives qui ont marqué les esprits, mais peinent à exister dans la durée. Le
sommet parisien sur l’IA sera une nouvelle occasion de prouver la pertinence
d’une diplomatie du numérique à la française.
20. DANIEL KŘETÍNSKÝ
PDG de Czech Media Invest
A la tête d’un empire de près de 10 milliards d’euros, l’homme d’affaires
tchèque a fait fortune dans l’énergie, en prenant le contrôle, aux côtés de la
Slovaquie, du gazoduc Eustream. Depuis, il n’a cessé de s’étendre, rachetant
successivement Metro en Allemagne, Casino et Fnac-Darty en France, Foot Locker
aux Etats-Unis, Sainsbury en Angleterre. En France, il s’est aussi imposé dans
le monde des médias et l’édition, investissant dans TF1 et M6, le magazine Elle
et Editis, numéro deux français de l’édition.
Sa dernière obsession : s’emparer d’Atos. Des vues qui ont déclenché l’ire d’une
partie de la classe politique française.
21. PAUL MIDY
Député de l’Essonne depuis 2022
Paul Midy se veut la voix des startups à l’Assemblée. L’année dernière,
l’énergique quarantenaire avait pris son bâton de pèlerin pour aller recueillir
leurs doléances dans le cadre d’une mission parlementaire sur le soutien à
l’investissement dans les start-up et les PME innovantes. Il va désormais devoir
défendre leurs acquis dans une période de disette budgétaire.
Ancien rapporteur spécial du projet de loi visant à sécuriser et réguler
l’espace numérique (SREN), Paul Midy est également partisan de la manière forte
pour s’attaquer aux délits en ligne. Après avoir agité le secteur en proposant
une levée de l’anonymat en ligne — une notion contestée — il a poussé l’an
dernier en faveur d’un système d’identité numérique. Un sujet qui pourrait
revenir à l’agenda, alors que l’enjeu de la protection des mineurs en ligne
s’impose dans les débats au niveau français et européen.
22. MARIE-LAURE DENIS
Présidente de la Cnil
Conseillère d’Etat, Marie-Laure Denis est présidente de la Commission nationale
de l’informatique et des libertés depuis février 2019. Cette haute fonctionnaire
a consacré 20 ans de carrière à la régulation au sein d’autorités
administratives indépendantes : le Conseil supérieur de l’audiovisuel (devenu
l’Arcom) jusqu’en 2011, le régulateurs des télécoms (l’Arcep) jusqu’en 2017, et
la Commission de régulation de l’énergie de 2017 à 2019. Renouvelée en novembre
2023, elle a placé parmi ses priorités la protection de l’enfance en ligne et
l’éducation au numérique, la régulation de l’intelligence artificielle, ou
encore la prévention des risques cyber.
23. PASCAL ROGARD
Directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques
Cet inlassable défenseur de “l’exception culturelle” est connu pour ses passes
d’armes avec les plateformes, et notamment TikTok qu’il menace régulièrement
d’un procès pour non-versement des droits d’auteur. Juriste de formation et
lobbyiste influent à Paris comme à Bruxelles, où il a mené le combat pour
l’adoption de la directive Copyright, Pascal Rogard a fait toute sa carrière au
service de la culture, d’abord auprès des producteurs et réalisateurs de cinéma,
puis des auteurs. Loin de s’opposer de manière systématique aux Gafam — pourvu
qu’ils paient leur dîme —, il défend une réforme de la chronologie des médias au
service du public et de l’intérêt général, quitte à braquer au sein de son
propre camp.
24. JUSTINE ATLAN
Directrice générale d’e-Enfance
Elle est incontournable sur la protection des mineurs en ligne. La directrice
générale d’e-Enfance, association qui accompagne les victimes de
cyberharcèlement, Justine Atlan a l’oreille des gouvernements, de Luc Chatel,
ministre de l’Education nationale de 2009 à 2012, à Charlotte Caubel, secrétaire
d’état à la protection de l’enfance de 2022 à 2024. Sa cause a séduit jusqu’à
Brigitte Macron, qui l’a reçue pour parler des ravages des écrans sur les jeunes
enfants.
Ces dernières années, les nombreuses législations sur la protection des mineurs
lui ont donné une opportunité en or pour porter son message. Pour elle, un
système de vérification de l’âge des internautes est indispensable, tout comme
la mise en place d’un accord parental pour l’inscription des moins de 15 ans sur
les réseaux sociaux.
25. BRIGITTE MACRON
Première dame
L’épouse d’Emmanuel Macron est une influence discrète mais persistante sur les
sujets de protection de l’enfance en ligne. Elle est sur les talons des
ministres chargés de l’Enfance et du Numérique, parfois même dans les réunions.
Les grandes plateformes l’ont bien compris. Meta, Google, TikTok… toutes ont été
nombreuses à solliciter un rendez-vous élyséen avec Brigitte Macron dans
l’espoir de convaincre la première dame de leur engagement, contre le
harcèlement en ligne notamment. Si elle n’a pas de rôle officiel, Brigitte
Macron reçoit chaque année des centaines de courriers, de parents notamment,
faisant état de situations de harcèlement en ligne. “Elle est marquée par les
rumeurs diffusées sur les réseau sociaux qui l’ont touchée personnellement et
qui ont touché son couple”, note un ancien collaborateur du Palais.
26. ALEXANDRA BENSAMOUN
Professeure de droit, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle
Membre du conseil supérieur de la propriété intellectuelle, Alexandra Bensamoun
est une spécialiste du droit d’auteur… Elle était surtout la seule représentante
de la culture au sein du comité interministériel chargé par Elisabeth Borne de
plancher sur la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle. Qu’à cela
ne tienne : sa force de persuasion lui a permis d’introduire une recommandation
sur le droit d’auteur dans les conclusions du comité. Plus récemment, elle a été
mandatée par le ministère de la Culture pour mener deux missions sur le sujet :
l’une sur les obligations de transparence incombant aux plateformes, l’autre sur
la rémunération des ayants droit. Des rapports très attendus par le secteur de
la tech, qui craint que ses recommandations ne soient un frein à l’innovation.
27. DENIS MASSÉGLIA
Député EPR du Maine-et-Loire
Le député Ensemble pour la République (EPR) Denis Masséglia se présente comme un
passionné de jeu vidéo. Il est même actif sur Twitch pour y diffuser ses parties
en direct ou y parler politique. L’élu a aussi présidé, depuis 2017, le tout
premier groupe de travail de l’Assemblée dédié à cette industrie. Il a été
rapporteur d’une partie de la loi sur l’espace numérique, s’occupant notamment
des Jonum, ces jeux Web3 ayant des caractéristiques d’un jeu d’argent. Il est
désormais rapporteur spécial de la mission Médias livre et industries
culturelles du projet de loi de finances pour 2025. Sans surprise, il est un
fervent défenseur du crédit d’impôt jeu vidéo.
28. INOXTAG
Influenceur
Vidéaste franco-algérien de 22 ans, Inès Benazzouz ne compte pas moins de 8,9
millions d’abonnés sur YouTube et 7 millions sur son compte Instagram. A la
rentrée, le youtubeur a fait vendre plus de 200 000 places pour découvrir en
salle de cinéma son documentaire “Kaizen”, qui relate son année de préparation
pour gravir l’Everest. Il a créé la polémique dans le milieu très conservateur
du cinéma en explosant les seuils prévus pour déroger à la chronologie des
médias — et ainsi diffuser une œuvre en salle et sur YouTube le lendemain. Le
Centre national du cinéma (CNC) a signalé l’infraction au procureur de la
République. Cela fait risquer au producteur et exploitant de salles MK2, qui a
organisé les diffusions, jusqu’à 45 000 euros d’amende.
30. ANNE LE HÉNANFF
Députée Horizons du Morbihan
La députée Horizons Anne Le Hénanff piaffe dans l’attente du projet de loi
“résilience” qui doit ramener dans l’actualité l’un de ses dadas, la
cybersécurité. L’élue du Morbihan est toute désignée pour rapporter ce texte,
qui adaptera le droit français à la directive européenne NIS2 — la discussion
s’annonce technique, mais très suivie par le petit milieu cyber.
Membre de la commission de la défense, Anne Le Hénanff est également attentive
au secteur du cloud. Elle s’était déjà penchée sur ce sujet abrasif lors de
l’examen du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique
(SREN) et gardera un œil sur ce dossier.
29. ROXANNE VARZA
Directrice de Station F
Peu de personnes peuvent se vanter de connaître les visages de l’écosystème des
startups français comme Roxanne Varza. Née à Palo Alto, naturalisée française,
Roxanne Varza est à la tête de l’incubateur de Station F depuis 2015. Elle avait
été repérée par le milliardaire Xavier Niel, fondateur de Station F, alors
qu’elle feuilletonnait l’actualité des jeunes pousses françaises pour le média
TechCrunch.
En parallèle de ses missions à la tête de l’incubateur, Roxanne Varza a rejoint
cette année l’équipe public-privé chargée de préparer le sommet mondial sur
l’IA, qui se tiendra en février prochain en France. Elle coordonne dans ce cadre
le volet “Innovation et culture”.
31. DAVID EL SAYEGH
Directeur général adjoint de la Sacem
Avocat de formation, il a mené la charge contre les plateformes lors des
négociations sur la directive Droit d’auteur en 2018, et, plus récemment, sur le
règlement européen sur l’intelligence artificielle. S’il ne s’oppose pas au
développement de cette technologie, David El Sayegh défend une intelligence
artificielle “régulée, transparente et vertueuse”, qui rémunère correctement les
auteurs. Il est également président du Gesac, le lobby européen des sociétés
d’auteurs et compositeurs de musique, depuis mai 2022.
32. FABRICE LAYER
Directeur des relations gouvernementales de Shein
Ancien responsable des affaires publiques du groupe de télécoms chinois Huawei,
Fabrice Layer s’attèle, depuis un an, à un nouveau défi : redorer l’image de
Shein en France. Décrié pour ses pratiques anti-environnementales et les
conditions de travail de ses ouvriers, le site de mode en ligne chinois est à la
fois dans le collimateur de la Commission européenne et des parlementaires
français. La proposition de loi sur la fast-fashion, adoptée mi-mars à
l’Assemblée nationale, doit être examinée au Sénat prochainement.
33. BRUNO PATINO
Président d’Arte et président du comité de pilotage des états généraux de
l’information
Président d’Arte, professeur associé à Sciences Po, auteur d’une dizaine de
livres… Bruno Patino est un hyperactif. Il a travaillé partout : dans le livre,
la presse, la radio, la télévision. Rien d’étonnant qu’il ait accepté, au
débotté, de remplacer Bruno Lasserre à la tête du comité de pilotage des États
généraux de l’information. Alors que les EGI ont restitué leurs travaux le 12
septembre, l’homme de médias pointe, dans Le Monde, une “marginalisation de
l’information par rapport à quantité d’autres messages, noyée par les
plates-formes numériques”. Il appelle l’interprofession à se rassembler pour
porter les propositions auprès des pouvoirs publics.
34. PHILIPPE LATOMBE
Député MoDem de Vendée
Membre de la commission des Affaires économiques, l’élu a fait de la
souveraineté numérique son cheval de bataille — il est l’auteur d’un rapport
parlementaire sur le sujet, publié en 2021. Du soutien au start-ups au transfert
de données vers les Etats-Unis, en passant par le cloud souverain, Philippe
Latombe se mobilise sur tous les fronts et appelle régulièrement à une volonté
politique forte à Paris et à Bruxelles pour protéger entreprises nationales et
citoyens.
35. GUILLAUME POUPARD
Directeur général adjoint de Docaposte
Il a passé près de huit ans à la tête de l’agence chargée de protéger des
cyberattaques les entreprises et les infrastructures numériques de l’Etat. Sous
son mandat, l’Anssi est montée en puissance, gagnant en capacité d’enquête à la
faveur des lois de programmation militaire, doublant ses effectifs, et rayonnant
à l’international.
En janvier 2023, Guillaume Poupard a rejoint Docaposte en tant que directeur
général adjoint. Il y est chargé du cyber et du cloud et demeure très investi
sur la protection des données sensibles.
36. STÉPHANIE YON-COURTIN
Députée européenne Renew
C’est l’une des eurodéputées françaises qui s’est le plus investie sur les
sujets numériques sous la Commission von der Leyen I. Elue depuis 2019,
Stéphanie Yon-Courtin a été rapporteure sur le Digital Markets Act (DMA), le
texte qui réglemente les marchés numériques, et siège aujourd’hui à la
commission Marché intérieur du Parlement européen.
Juriste de formation, elle a travaillé par le passé sur le programme MEDIA de la
Commission de Bruxelles avant de se spécialiser en droit de la concurrence. De
2007 à 2010, elle était conseillère pour les affaires internationales au cabinet
du président de l’Autorité de la concurrence Bruno Lasserre.
37. LAURE DE LA RAUDIÈRE
Présidente de l’Arcep
Pas facile de succéder à l’hyperactif Sébastien Soriano. Laure de la Raudière a
pourtant réussi à imprimer sa marque dans le secteur des télécoms. Normalienne
et ingénieur télécoms, elle a passé onze ans chez France Télécom, avant de
fonder sa société de conseil. Elue députée d’Eure-et-Loire en 2007, elle
s’investit dans les dossiers numériques et fait pas moins de neuf rapports sur
le sujet, de la neutralité du net à l’économie numérique, en passant par la
couverture du territoire. Sa nomination, début 2012, à la tête de l’Arcep,
l’autorité de régulation du secteur, surprend autant qu’elle rassemble. Ce qui a
fait pencher la balance ? “Elle est à la fois très ancrée dans la politique
locale et sait traiter de sujets techniques arides”, expliquait alors aux Echos
le ministre de l’Economie Bruno le Maire. Il aurait vivement recommandé la
députée à Emmanuel Macron.
38. PATRICK CHAIZE
Sénateur LR de l’Ain
“On ne peut pas lui reprocher de ne pas connaître ses sujets”, reconnaît une
lobbyiste souvent en désaccord avec lui. Patrick Chaize, sénateur de l’Ain, a
une obsession : les télécoms, qu’il veille à mettre à l’agenda parlementaire
aussi fréquemment qu’il le peut.
Fils d’électricien automobile, président de l’Avicca, l’association des
collectivités locales engagées dans le numérique, Patrick Chaize est dur avec
les opérateurs télécoms — il souhaite les voir améliorer la qualité des
raccordements en fibre optique — et avec les plateformes numériques. Lors des
émeutes du printemps 2023, il avait fait la demande ébouriffante que celles-ci
suppriment les contenus incitant à la violence dans les deux heures.
L’amendement avait été écarté en douceur. Patrick Chaize est un parlementaire
que l’on ménage, tant dans le secteur télécoms que du côté du gouvernement.
39. AURÉLIEN LOPEZ-LIGUORI
Député RN de l’Hérault
Sous la précédente législature, le député Rassemblement national (RN) Aurélien
Lopez-Liguori était président du groupe d’études consacré à la souveraineté
numérique. Il devrait s’accrocher à ce sceptre qui lui a non seulement permis de
gagner en épaisseur sur les sujets numériques, mais aussi de briser des
frontières sur le plan politique.
Via le groupe d’études, Aurélien Lopez-Liguori avait en effet fait porter des
amendements avec d’autres formations politiques, rongeant le cordon sanitaire du
RN.
Ambitieux, l’élu héraultais de 31 ans avait également caressé l’idée d’un
portefeuille ministériel après l’envolée temporaire de son parti dans les
sondages. Le projet est remisé, mais Aurélien Lopez-Liguori continue de soigner
ses relations avec l’écosystème numérique, qui lui a progressivement entrebâillé
la porte.
40. CATHERINE MORIN-DESAILLY
Sénatrice UDI de Seine-Maritime
Elle a quitté la présidence de la commission Culture du Sénat en 2020, pour se
plonger dans les affres du numérique, s’investissant dans la commission
d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok et celle sur les politiques
publiques face aux opérations d’influences étrangères, dont elle était
vice-présidente. Dans les prochains mois, l’élue, qui est également membre de la
Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), souhaite
travailler sur l’hébergement des données de santé.
41. BÉNÉDICTE DE KERSAUZON
Déléguée générale de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de
contenus
Après sept ans chez BNP Paribas, Bénédicte de Kersauzon s’attaque à un défi de
taille : faire de l’Umicc, la fédération des acteurs de l’influence, un
véritable syndicat. A cette fin, elle a récemment embauché le youtubeur Gaspard
G. au poste de secrétaire général. La fédération, créée début 2023 au moment de
l’examen de la loi influenceurs, reste toutefois fragile, plusieurs agences
d’influenceurs ayant déjà mis les voiles, à l’instar de Bump, fondée par le
YouTubeur Squeezie.
42. ERIC BOTHOREL
Député EPR des Côtes-d’Armor
Adoubé par le secteur des télécoms, à qui il prête une oreille attentive, le
député breton œuvre pour réduire la fracture territoriale de la couverture
numérique. Il a mené, en 2024, une mission d’information consacrée à l’avenir de
la couverture mobile, et porte auprès du gouvernement le déploiement de la fibre
pour tous dès 2025.
A l’Assemblée, Eric Bothorel est membre de la commission des Affaires
économiques et coprésident du groupe d’études sur la cybersécurité et la
souveraineté numérique, et de celui sur l’économie numérique de la donnée, de la
connaissance et de l’intelligence artificielle. En 2020, le Premier ministre
Jean Castex lui avait d’ailleurs confié une mission relative à la politique
publique de la donnée.