Le monde se prépare à ce que le président élu Donald Trump retire les Etats-Unis
de l’Accord de Paris sur le climat pour la seconde fois — sauf que cette
fois-ci, il pourrait agir plus rapidement et avec moins de retenue.
Une telle décision ferait, une fois encore, des Etats-Unis l’un des seuls pays à
ne pas être partie prenante du pacte de 2015, dans lequel près de 200
gouvernements ont pris des engagements non contraignants en vue de réduire leurs
émissions de gaz à effet de serre. La victoire de Trump aux élections de la
semaine dernière menace de faire de l’ombre à la COP29, qui a commencé lundi en
Azerbaïdjan, et où les Etats-Unis et d’autres pays vont discuter de la sortie
progressive des énergies fossiles et de l’octroi d’une aide climatique aux pays
les plus pauvres.
L’absence des Etats-Unis de l’accord mettrait les autres pays dans l’obligation
de réduire davantage leurs émissions. Mais elle soulèverait aussi d’inévitables
questions de la part de certains pays quant à l’ampleur des efforts qu’ils
devraient consentir, alors que le deuxième pollueur mondial s’en va.
“Les pays sont très attachés à Paris, cela ne fait aucun doute”, a déclaré David
Waskow, directeur de l’action internationale pour le climat au World Resources
Institute. “Je pense que ce qui est en jeu, c’est la capacité du monde à mettre
en œuvre les engagements pris à Paris.”
L’équipe de campagne de Trump a indiqué à POLITICO en juin qu’il quitterait le
pacte mondial, comme il l’avait fait en 2017 lors de son premier mandat.
Contacté, un porte-parole n’a pas répondu à notre demande de commentaire pour
cet article.
Le républicain a déclaré deux jours avant l’élection que le changement
climatique était “un vaste canular”.
“Nous n’avons pas de problème de réchauffement climatique”, a-t-il considéré
lors d’un meeting de campagne, en dépit d’une montagne de données qui prouvent
le contraire, et de prévisions selon lesquelles 2024 sera l’année la plus chaude
jamais enregistrée, dépassant le précédent record établi l’année dernière.
Lorsque Trump prendra ses fonctions en janvier, il pourrait déposer une demande
à l’ONU pour se retirer à nouveau de l’accord. Il faudrait alors un an pour que
cette décision prenne effet conformément aux dispositions du pacte, et non plus
trois ans comme c’était le cas auparavant.
Au cours de cette période, l’administration Trump pourrait ignorer les
engagements climatiques pris par les Etats-Unis sous le président Joe Biden, et
refuser de soumettre de nouveaux plans visant à réduire davantage les émissions
carbone, selon des analystes.
Comme POLITICO l’a rapporté en juin, certains conservateurs ont également
préparé le terrain pour que Trump aille encore plus loin s’il le souhaite. L’une
des options consisterait à retirer les Etats-Unis du traité des Nations unies de
1992 sur lequel repose l’ensemble du cadre des négociations mondiales annuelles
sur le climat, une étape sur laquelle il serait beaucoup plus difficile de
revenir et qui pourrait nuire durablement aux efforts déployés pour limiter le
réchauffement de la planète.
Quoi qu’il en soit, un retrait des Etats-Unis pourrait mettre le pays à l’écart
des discussions internationales sur le développement des énergies propres, ce
qui permettrait à la Chine de continuer à surpasser les Etats-Unis dans les
domaines des panneaux solaires, des véhicules électriques et d’autres
technologies vertes, a analysé Jonathan Pershing, ancien envoyé spécial pour le
climat au sein de l’administration Obama.
“La Chine est le premier partenaire commercial de pratiquement tous les pays du
monde, sa capacité d’influence n’est donc pas diminuée”, a-t-il déclaré à la
presse jeudi. “Au contraire, elle s’est accrue avec le retrait des Etats-Unis.”
Avant d’ajouter : “Je pense que nous perdons lorsque les Etats-Unis sont
absents, et si les Etats-Unis sont absents, la Chine s’engagera davantage, mais
d’une manière très différente.”
Les Etats-Unis ont été l’un des architectes de l’Accord de Paris de 2015, qui
exige des 195 pays signataires qu’ils soumettent des plans nationaux de
réduction des émissions de gaz à effet de serre et qu’ils fournissent des mises
à jour sur les progrès réalisés en vue d’atteindre ces objectifs. Il demande
également aux nations les plus riches de financer des projets climatiques, mais
aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect de l’accord.
Au cours des neuf années qui se sont écoulées depuis sa création, les émissions
ont continué d’augmenter à l’échelle mondiale, bien qu’à un rythme sans doute
plus lent qu’en l’absence d’une telle mesure. Les catastrophes ont frappé plus
durement, du Népal à la Caroline du Nord, rendant encore plus grand le besoin de
financement pour le climat, qui se chiffre en milliers de milliards de dollars
chaque année.
D’AUTRES PAYS VONT-ILS SUIVRE ?
L’Accord de Paris avait environ un an lorsque Trump a annoncé qu’il servait le
peuple “de Pittsburgh, pas de Paris” et qu’il s’en retirait. Cette décision a
suscité un choc international et la crainte que d’autres pays ne suivent les
Etats-Unis.
Aujourd’hui, l’accord “se trouve à un stade différent de son existence”,
souligne Todd Stern, qui a contribué à finaliser l’Accord de Paris en tant
qu’envoyé des Etats-Unis pour le climat. “Je serais très surpris de voir des
pays se retirer de l’accord.”
Biden l’a réintégré en 2021 et a annoncé que les Etats-Unis réduiraient de
moitié leurs émissions d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2005.
Elles ont diminué, mais pas assez rapidement pour respecter l’engagement pris
par Biden. L’intensification des mesures prises par les Etats, les villes et les
entreprises ne peuvent permettre de faire qu’une partie du chemin à parcourir en
l’absence d’efforts plus importants de la part du gouvernement fédéral.
Les pays signataires de l’Accord de Paris sont censés présenter de nouveaux
plans d’ici mi-février. Si la première économie mondiale ne contribue pas, cela
donnerait du grain à moudre aux opposants à une action climatique stricte en
Chine, en Inde ou en Europe, pour en faire moins.
“Il y a des intérêts, dans tous ces autres pays, qui veulent promouvoir une
dépendance continue aux énergies fossiles et une résistance à l’ambition
climatique”, pointe Alden Meyer, associé principal du groupe de réflexion sur le
climat E3G.
La COP29 sera l’occasion de tester le degré d’engagement des autres nations à
l’égard de l’Accord de Paris.
Ils devraient fixer un nouvel objectif pour l’aide climatique mondiale, qui
pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars par an. Des représentants de
l’administration Biden seront présents à la table des négociations. Mais avec
une future présidence Trump qui plane sur les négociations, d’autres pays
pourraient être moins enclins à verser davantage d’argent.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.