Sarah El Haïry, une haut-commissaire appréciée mais aux pouvoirs limités

POLITICO - Wednesday, March 5, 2025

PARIS — Les associations de protection de l’enfance, qui dénoncent depuis trois mois l’absence de ministère dédié à l’enfance, ont enfin un interlocuteur. La vice-présidente du MoDem Sarah El Haïry a été nommée ce mercredi, en conseil des ministres, à la tête du Haut-commissariat de l’enfance, comme l’avait annoncé POLITICO. 

L’ancienne ministre déléguée chargée de la jeunesse doit désormais honorer la promesse du Président et incarner la stabilité pour mener à bien les politiques de protection de l’enfance. Et les sujets sont nombreux : santé de l’enfant, soutien à la parentalité, adoption, petite enfance et accueil du jeune enfant… Un large périmètre qui s’étend au champ du numérique. 

Sur le fond des dossiers, Sarah El Haïry n’aura pas de mal à convaincre. Elle a été, par deux fois, secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse, dans le gouvernement Castex en 2020 et le gouvernement Borne en 2022. 

Son passage de sept mois à la tête d’un ministère délégué à l’enfance, la jeunesse et les familles sous le gouvernement Attal, en 2024, est venu compléter ce CV. Si bien que son profil fait consensus. “Toutes les associations qui ont pu collaborer avec elle ont apprécié son professionnalisme et son ouverture d’esprit”, affirme Thomas Rohmer, président de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (OPEN).

Une politique en recul

Toutefois, une partie de l’écosystème regrette sa capacité d’action limitée. En cause : le rattachement du haut-commissariat à la ministre de la Santé, des solidarités et des familles, Catherine Vautrin. “Depuis le départ, on se demande pourquoi ils n’ont pas plutôt fléché un portefeuille au sein d’un ministère déjà existant”, reprend Thomas Rohmer. 

“C’est une déception que ce Haut-commissariat ne soit pas au moins rattaché au Premier ministre. Son rattachement à la santé est un gros recul face à un portefeuille ministériel”, complète, auprès de POLITICO, la députée centriste Perrine Goulet, également présidente de la délégation des droits aux enfants de l’Assemblée nationale.  

Une position partagée par la Fondation de l’enfance qui attend “de découvrir la marge de manœuvre réelle” de la haut-commissaire.

Dans l’attente de sa nomination, la ministre de la Santé ne s’est d’ailleurs pas gênée pour s’emparer du sujet, entamant les discussions avec des associations, comme la Fondation pour l’enfance.

Autre inquiétude : le montant alloué à cette instance n’a pas encore été dévoilé. “Ce haut commissariat va avoir des moyens qui pourront être facilement déviés, dans un moment crucial au regard des enjeux éducatifs et du piètre état de l’aide sociale à l’enfance”, s’inquiète Thomas Rohmer d’OPEN.

“Quelqu’un de concret”

Une partie des associations de la protection de l’enfance veut en tout cas croire à une possible politique de long terme avec Sarah El Haïry. D’autant que la Nantaise, un temps intéressée par les prochaines municipales, semble avoir mis le projet de côté, selon une source proche du château. 

“Nous avons constaté que ça n’est pas quelqu’un qui fait de grandes déclarations, mais de concret dans ses actions”, analyse la présidente de la Voix de l’enfant Martine Brousse, qui a appuyé le nom de Sarah El Haïry pour le poste. 

La présidente de l’association prend pour exemple la création, lorsque Sarah El Haïry était ministre, d’une mission interministérielle relative à la situation des unités d’accueil pédiatriques des enfants en danger, pour recueillir la parole des enfants : “Elle a été particulièrement à l’écoute et rapide sur cette question. Elle est simplement partie trop tôt”. 

Quelques ambitions sur les écrans

Côté numérique, elle avait lancé, avec l’ancienne secrétaire d’Etat chargée du numérique Marina Ferrari, le label “P@rents, parlons numérique” pour des ressources destinées à accompagner les familles sur ces enjeux. “Ça tarde à décoller et ça n’apporte pas grand chose pour le moment”, remarque toutefois Thomas Rohmer, qui est membre du comité d’experts du label. 

Sarah El Haïry avait aussi l’ambition de proposer un appel à projet pour renforcer des “maraudes numériques”, dans le cadre du plan de lutte contre la prostitution des mineurs lancé en 2021, destinées à repérer en ligne et orienter les mineurs en situation de prostitution. Une idée que la haut-commissaire pourrait mettre en oeuvre alors que la Délégation aux droits des enfants mène actuellement un cycle d’auditions sur le sujet. Sa présidente, Perrine Goulet, souhaite d’ailleurs agir rapidement “sur les plateformes où sont diffusées les annonces”.

De retour aux affaires, Sarah El Haïry a donc l’occasion de reprendre ce qu’elle avait trop brièvement entamé. Et elle est attendue au tournant.